Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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M. Comby /     La frontière entre le Bien et le Mal
Je viens de lire un ouvrage du philosophe Alexandre Jollien qui s’intitule : « Eloge de la faiblesse ». Il s’agit d’un récit autobiographique d’une vie singulière, étonnante, qui relate le cheminement de l’auteur, infirme moteur cérébral, qui, en raison de son handicap, était destiné à un destin banal mais qui se retrouve à l’université. On peut y découvrir la très étonnante preuve d’adaptation de l’être humain et sa capacité à trouver un sens aux expériences de la vie, à la souffrance et à l’effort.

En fait, l’auteur refuse toute forme de commisération et de pitié qui semblerait découler d’un sentiment authentique de charité chrétienne alors que l’exigence des autres voire leur mépris constitueraient à contrario un stimulant évident. Dans son expérience de la dissemblance d’avec l’autre et de ses expériences douloureuses mais toujours stimulantes, l’auteur invite à s’interroger sur la distinction entre le normal et l’anormal. Son questionnement renverse ce que nous croyons savoir et qui règle souvent nos comportements face à ce qui, dans l’étranger, ne nous ressemble pas. Selon Alexandre Jollien, la philosophie doit aider à progresser c’est-à-dire à découvrir au cœur de la faiblesse la grandeur de l’homme. Qui ne connaît pas l’appel socratique du « Connais-toi toi-même » faite d’étonnement face à l’énigme humaine qui se transforme en émerveillement devant l’existence de soi-même et d’autrui ? Se pose alors le problème de la réussite qui est souvent conformisme face aux réalités ambiantes pas toujours sublimes ; la poursuite de la performance et l’attrait lâche du politiquement et socialement correct. Chaque expérience est positive, même la plus difficile ou la plus singulière. « Comprendre » au sens hébreu du terme signifiait « goûter » ou « faire l’expérience de », s’imprégner de sa propre histoire pour lui donner un sens. Les réalités humaines ne sont pas tranchées ; la vérité se trouve sans doute dans la nuance.

Durant l’histoire de l’humanité, aucune société n’a réussi à imposer au monde un modèle idéal ; il n’existe pas non plus de démocratie idéale ni de comportement individuel absolument dépourvu d’imperfection. Le Bien et le Mal s’interpénètrent intimement pour constituer une réalité universelle qui s’organise autour de la liberté humaine et à laquelle aucun n’échappe. On peut cependant établir quelques points de repères sans tomber dans les travers manichéens qui apportent une explication caricaturale du monde. D’une manière générale et en guise de repères :
Le Bien : rassemble, unit, apaise, crée, libère, épanouit,…
Le Mal : divise, sépare, agite, détruit, enferme, désespère,…

Mais, en fait, bien et mal occupent l’étendue d’un spectre de complexité où se font face des myriades de comportements souvent contradictoires où l’on ne distingue pas vraiment de frontière évidente entre ce qui nous parait blanc et ce qui nous parait noir. L’homme se trouve concerné, dans sa conscience, par cette dualité qui met en jeu son libre choix des décisions de chaque instant et son humilité devant ce qui constitue un Mystère.
 

Jeudi 19 Avril 2012 17:23