Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réflexion à présenter lors de la réunion du 27/2/15


Marcel COMBY / Communion avec la Terre / Chapitre 2, ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE
Les découvertes en mécanique quantique ont mis en évidence la double nature des particules subatomiques : ondulatoire et corpusculaire. Ce qui fait que le XXe siècle nous a apporté une formidable révélation concernant la matière. Celle-ci ne peut plus être cette entité qui s’oppose à l’esprit de manière absolue. D’ailleurs les lois de la physique moderne confirment les concepts qui régissent les grandes traditions mystiques de l’Asie. On ne doit pas considérer l’univers comme une collection d’objets physiques et les atomes comme un ensemble de briques élémentaires non sécables, mais plutôt comme un réseau complexe de relations entre les différentes parties d’un tout unitaire. Dans le Bouddhisme, l’image universelle de l’étoffe cosmique joue un rôle essentiel. Lothar Schäfer, dans son livre : « In Search of Divine Reality », utilise le terme: “ mind – like background” en parlant de l’ensemble des choses composant l’univers. Et là on rejoint étrangement les visions holistes de Teilhard de Chardin qui s’exprimait plusieurs décennies avant ce physicien américain.

Dans la sphère religieuse, il existe deux éléments complémentaires : corps et esprit qui entre dans le cadre du symbolisme. Le rite met en jeu le corps, donc la matière, tel qu’il s’insère dans son environnement : l’eau, la lumière, la nourriture, l’huile, les couleurs et les parfums. L’imposition des mains représente un contact du corps au corps. Il existe donc un langage par le corps qui accompagne un langage verbal du rite en créant des métaphores. En somme la matière peut revêtir des aspects soit profanes soit sacrés et dans le rite religieux, c’est la matière et l’esprit qui donnent sens au message que l’on désire transmettre. Mais, tout de même, c’est l’esprit qui donne consistance aux choses en leur attribuant une mission.
Normalement Dieu, pur esprit, n’est pas dans la matière. Cependant, lors de la consécration eucharistique chrétienne, on doit parler de transsubstantiation ; il s’agit là de l’accomplissement d’un miracle selon lequel le pain et le vin deviennent respectivement le corps et le sang du Christ. Teilhard n’a jamais pensé que tout était divin, mais que le divin était présent en toute chose. Dieu ne se noie pas dans le multiple ni ne se fond amoureusement dans le créé ni ne se dissout dans le flux des contingences, mais s’unit, à travers les apparences, à l’Amour qui les illumine. Cela est évident pour quiconque a admis que la plénitude de l’Être est de type personnel. Toute personne est centre de convergence, ce qui exclut toute idée de panthéisme de dissolution dont Teilhard ne veut pas.

Selon Teilhard, le monde n’est pas constitué de deux substances distinctes : esprit et matière, mais d’une entité unique à double face : l’Esprit / Matière. Teilhard considère que l’Esprit, qui nous est révélé dans notre perception intérieure, doit avoir des prolongements plus ou moins diffus dans tout l’univers. De plus, selon lui, la réalité authentique du Monde est de nature spirituelle tandis que les réalités matérielles n’ont qu’une apparence trompeuse. D’où ce titre : « La tentation de la matière » Teilhard était très conscient de l’incompatibilité entre sa vision spirituelle et la science classique matérialiste issue du XIXe siècle. L’homme est la clef de l’univers et il refuse de se laisser aspirer par une cosmogonie mécaniciste. Pourquoi ne pas édifier une Physique à partir de l’Esprit ? Le monde est formé, non pas d’objets statiques en interaction, mais de dynamismes spirituels, de forces d’union dont les interactions constituent la trame de l’étoffe du monde et prennent pour nous l’apparence d’objets inertes. Malgré les progrès de la physique moderne, les physiciens reconnaissent volontiers ne pas savoir ce que sont, dans leur nature intime, un champ ou une énergie quantique. Ils ne savent donc plus précisément ce qu’est la matière.

Teilhard est préoccupé par l’idée de progrès de tout homme et de la transformation de l’univers par celui-ci (B – Vers le Surhomme) : « Qui pourrait dire le nombre des germes qui sommeillent, la richesse des potentialités qui s’abritent dans la matière ? » Il ajoute que le moment est venu de dominer la Nature, de la faire parler, de la maîtriser, …et de se libérer par l’épanouissement de l’esprit qui doit dominer la matière par un goût ardent de la recherche du sens de la Vie lequel est blotti dans l’intériorité. Cela me rappelle un épisode de l’histoire. Durant les événements de mai 1968, mon chef d’établissement se trouvait submergé par des troubles incontrôlables. C’était comme une révolution alimentée par des remises en question hystériques et des incantations insupportables. Le chaos ! Un jour cet homme désarmé s’approcha de moi et me glissa à l’oreille : « La solution à nos problèmes se trouve au fond de soi ! »
Ne peut-on pas voir dans cette réflexion la capacité plus ou moins consciente de percevoir le sens de la totalité à travers sa propre évolution morale ?

En ce qui concerne le mot « Surhomme », il m’est venu l’idée que cette métaphore pouvait s’expliquer par un renvoi à la topologie mathématique. Elle est liée à la notion de limite supérieure, atteinte ou non atteinte, qui porte le nom de borne supérieure. En fait, la nature humaine est créée pour l’évolution et le progrès dont il n’est pas possible de fixer un point d’aboutissement. Celui-ci n’est pas un élément de l’espace-temps.

 

Dimanche 8 Février 2015 16:48