Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Selon Teilhard, dans son 1er chapitre “Ecrits du temps de la guerre”


Marcel COMBY / EVEIL COSMIQUE
Ce titre n’est pas sans évoquer cette exaltation légitime qui envahit la personne de ces astrophysiciens qui réussissent cet exploit extraordinaire de faire atterrir Philae sur la comète 67P/Tchourioumov - Guérassimenko le 12 novembre 2014, plus de dix ans après avoir quitté la Terre. Selon la vision de Teilhard de Chardin, ce terme « cosmique » me semble davantage désigner ce qu’il y a de profond, de sublime et d’universel en la personne de l’homme. Et cela se découvre derrière la phénoménologie de tout être humain ayant, comme Teilhard, vécu certaines situations particulières. A ce titre, Teilhard évoque à maintes reprises le rôle de la Matière dans l’explication de la Vie. Je parlerais plus volontiers de cette subtile et mystérieuse Energie qui peut, en certaines circonstances, apparaître à notre conscience. A cet égard, les messages bibliques sont en résonance avec la pensée de Teilhard.

Le Dieu d’Abraham semble revêtir l’aspect d’un Dieu autoritaire qui désire éprouver la vertu d’obéissance de sa créature. En fait, je pense que ces dieux- là n’existent que dans l’imagination car nous sommes tous conditionnés par nos schémas anthropomorphiques qui nous placent toujours dans des situations de dominant - dominé. La psychanalyse peut nous apporter des réponses sur des questions relevant de la véritable connaissance de la psyché qui mettra en évidence la description d’un Dieu qui désire notre libération, effet de son amour infini. Il existe effectivement une autre compréhension de la vie selon laquelle l’être humain a pour vocation de devenir adulte au plein sens du terme. Nous pensons souvent obéir plus ou moins consciemment à notre éducation dans le but de soumettre nos désirs les plus chers, au nom d’une divinité de mort. Nous voulons aller jusqu’au bout de nos opinions politiques ou religieuses, de notre soumission à des principes ou à des idéologies réductrices, de nos positions d’autorité parfois, de nos propensions à l’intolérance. C’est alors que peut survenir un fait, un événement, une parole, une intuition, qui va inverser l’état des choses. Cette protection de la vie, illustrée par ce Dieu qui arrête la main d’Abraham, est obtenue par un renoncement : celui de nos pulsions primitives, de nos désirs immédiats et irréfléchis. Dieu avait tout simplement désiré éprouver les convictions spirituelles de ce patriarche. Dans le désert mecquois, Abraham vit en songe qu’il devait sacrifier son fils et, par la suite, fut tenté par Satan de désobéir à cette douloureuse injonction. Mais son amour de Dieu fut plus fort que sa souffrance. A l’instant où, dans une soumission parfaite, il allait égorger son fils, la voix de Dieu arrêta son geste : « O Abraham, tu as été fidèle à ton songe, rachète ton enfant avec le mouton que voici. » Il prit la bête et l’immola en signe de gratitude et de remerciement. Cette épreuve atteste la profondeur de l’attachement d’Abraham à Dieu. La morale de l’histoire est que si nous croyons aimer un être, aimons-le en Dieu.
Un certain jour de jeune enseignant que j’étais au sein de l’école normale Gerson, j’ai voulu, en toute légitimité d’ailleurs m’opposer violemment à un groupe important d’élèves dont le niveau scolaire et le comportement à mon égard s’avéraient intolérable. J’avais l’opportunité de prendre une mesure d’autorité qui avait l’avantage d’être fort efficace en cette fin d’année scolaire. Cette mesure, je la pris bel et bien. Mais quelle catastrophe sur le plan relationnel ! L’établissement scolaire où j’enseignais sans grand enthousiasme, fut plongé dans une atmosphère de silence et de tension extrême, si bien qu’un collègue me demanda de faire machine arrière.
Au bout de quelques heures de réflexion, d’une nuit peut-être, je décidai d’aller annoncer publiquement mon intention de lever la sanction, prétextant que ce qui arrivait était l’objet d’un malentendu. A 25 ans, on n’a pas encore appris toute les subtilités de la vie relationnelle et on a tendance à faire avant tout valoir ses droits à l’autorité et au respect. A cet âge, on traite les affaires avec plus ou moins d’arrogance et on garde ses distances. Ma décision était un pari qui pouvait tourner en ma défaveur et me faire perdre la face. Rien de tout cela !
Durant les jours qui suivirent, je vis venir près de moi des jeunes lycéens avec lesquelles je n’avais eu des rapports aussi chaleureux. C’est ainsi que je ressentis en moi une immense libération. Telles sont les lois de la psychologie qui parfois sont paradoxales, autant que cette phrase de l’Evangile :
« Si l’on te frappe la joue droite, tends l’autre joue ! »

Teilhard écrit (page 18) : « La parole libératrice, la voici : ce n’est pas assez pour l’homme, rejetant son égoïsme, de vivre socialement. Il a besoin de vivre d’un cœur total, en union avec l’ensemble du Monde qui le porte – cosmiquement. »
L’éveil cosmique n’est pas une rêverie qui s’attarde à la contemplation des galaxies qui nous entourent. Il s’agit d’un état de conscience qui s’inscrit dans une vision systémique du réel qui met en évidence des dynamismes spirituels et des forces d’union. Au cosmos des savants et des poètes est associée une cosmogénèse. Le monde dualiste de l’esprit et de la matière fait place à une entité unique, une force d’Amour, une douce chaleur dont on peut ressentir les radiations. Comme le décrit Teilhard (page 16), « Toutes sortes d’influences obscures m’enveloppent, me pénètrent – émanent de moi aussi – portant l’écho et le contrecoup de tout ce qui vibre et se meut dans l’éther immense. » L’écriture de Teilhard est empreinte d’une poésie dont chaque mot traduit une profonde sensibilité à tout ce qui relève d’une écoute de son être autrement dit d’une indubitable médiumnité.

Comment sa pensée novatrice, longtemps tenue au secret, est-elle venue à éclore ? Au commencement était la vision : celle d’une matière qui a un poids, une consistance, et surtout un avenir. De son cœur rayonnait une lumière que devina très tôt le jeune Pierre Teilhard, les yeux grands ouverts sur le plus petit des matériaux : une clé de charrue ou un simple renfort métallique. Mais, pour le garçon de six ans émerveillé par la lueur émanant du fer, le cœur des choses n’a pas encore de nom précis. Né non loin des volcans d’Auvergne, il pressentait seulement ce feu qui anime la matière. La vision première allait devoir encore mûrir, se confirmer, en particulier dans et par la vie religieuse. Tels furent les prémices de ce qui allait devenir plus tard l’éveil cosmique.

Lundi 5 Janvier 2015 12:08