Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Page 40 : « L’éducation. La transmission par l’exemple d’un perfectionnement, d’un geste, et sa reproduction par imitation……… »

Un récent magasine de France Inter évoquait le cas de cet enfant sauvage capturé en Aveyron il y a deux siècles et qu’on a tenté sans succès de lui faire acquérir un peu d’humanité. Cet enfant était en fait très proche de l’animalité. Alors se pose la question : Comment imaginer un premier Homme ayant déjà le sens de ce qui est bien ou mal, sans avoir auparavant bénéficié d’un héritage culturel ? Se pose donc le problème des origines et de tous les débats autour de l’anthropologie. Qu’est-ce que l’homme ? Quelle est sa spécificité ? Y a-t-il un « principe d’humanité » ? La science peut-elle apporter des réponses ?
Les enjeux théologiques sont tout aussi évidents. Comment l’homme est-il « image de Dieu », comme l’affirme la Bible ? ou « animal rationnel » émergent de la matière ?

Page 39 : « Au regard de la Physique, un des caractères les plus extraordinaires de la Vie est son ADDITIVITE. La vie se propage en ajoutant sans cesse à elle-même ce qu’elle acquiert successivement, - comme une mémoire, on l’a dit depuis longtemps…Une part essentielle du phénomène se passe forcément au moment même de la reproduction…voilà pourquoi la science de la Vie concentre de plus en plus ses efforts sur l’étude de l’hérédité cellulaire…Ce qui s’opère secrètement dans l’infime de la cellule n’est pas encore éclaircie… »

Au regard de l’anthropologie, je pense que ce principe d’additivité se caractérise, non pas par une émergence d’intelligence et de sensibilité, mais par l’émergence d’une capacité d’adaptation à un monde nouveau. Regardons nos petits enfants : ils n’ont plus, de façon relative, les mêmes repères que nous, mais ils savent mieux que nous s’adapter au monde des technologies.

L’émission dYves Calvi sur France 5 a eu récemment pour thème : « La fin du Monde ». J’ai appris que l’ancien calendrier Maya avait prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012 !!! Or il faut s’entendre sur les mots et leur sens véritable. Il existe bien à notre époque, non pas la fin du monde, mais la fin d’un monde. On peut remarquer que l’histoire de l’humanité a été marquée par des périodes de plusieurs siècles qui se sont succédées selon des schémas de rupture. Nous sommes aujourd’hui à l’aube d’un bouleversement car toutes les idéologies des deux siècles précédents se sont effondrées sauf la démocratie dont on voit actuellement les vertus indéniables mais aussi les innombrables défauts et perversions. Demeure alors l’éternel problème de l’Education à des valeurs qui s’adaptent à un avenir très proche autant qu’incertain. Aujourd’hui l’individu doit être capable d’inventer pour survivre.
Retour sur le passé avec le modèle scolaire d’il y a 30 ans et plus. Il arrive souvent que mon épouse, ancienne institutrice, soit interpellée sur la place du marché par un ancien parent d’élève qui se fait un plaisir de rappeler les souvenirs d’une autre époque : celle qui se caractérisait par une collaboration des plus étroites entre parents et enseignants dans une atmosphère le plus souvent très cordiale. Des amitiés pouvaient naître plutôt que des rancoeurs. L’époque actuelle se caractérise au contraire par l’impérialisme de la revendication et le malaise des enseignants.
Teilhard écrivait jadis : « Par l’éducation, ensuite, se poursuit, grâce à la diffusion progressive de perspectives et d’attitudes communes, la lente convergence des esprits et des cœurs hors laquelle il ne semble pas y avoir d’issue, en avant de nous, aux mouvements de la Vie »…
Ne doit-on pas regretter les temps où l’éducation n’était pas seulement un savoir à transmettre (d’ailleurs actuellement il est généralement mal transmis) mais une attention à l’enfant qui s’opérait effectivement dans un esprit de convergence. Certaines congrégations religieuses avaient dans les siècles derniers ouvert des écoles où l’on pratiquait l’attention à la personne. L’évolution de la pratique religieuse n’a d’ailleurs pas entamé le crédit accordé aux établissements sous contrat. Teilhard aurait sans doute, de nos jours, une vision perplexe de notre Education Nationale pour qui la liberté pédagogique et la créativité sont des valeurs trop bourgeoises. On retrouve cette rigidité socio-psychologique dans le comportement des individus face à l’invasion culturelle des techniques informatiques. Celles-ci suscitent le développement de passions inassouvies chez les jeunes collégiens. Une récente information a révélé que beaucoup de ceux-ci passaient une partie de la nuit avec leurs appareils de sorte qu’ils étaient incapables le lendemain de mettre leurs cerveaux en état de réceptivité. C’est là une manifestation de nature entropique qui transforme l’être humain en un robot incapable d’adaptation à la vie toute simple. On est loin de la vision teilhardienne.

Page 44 : « L’additivité de la vie organique, nous le savons aujourd’hui de science sûre, est bien autre chose qu’une simple superposition de caractères ajoutés les uns aux autres comme les couches successives formant un dépôt sédimentaire. La Vie ne fait pas seulement boule de neige : mais elle se comporte plutôt comme un arbre dont les cercles s’ajoutent suivant un certain mode de croissance, d’une manière dirigée »

Le terme : manière dirigée, ne doit pas être comprise dans un sens désespérément dirigiste, mais plutôt dans le sens d’une organisation harmonieuse et intelligente dont Teilhard mesure d’ailleurs toutela fragilité :

Page 40 : « L’éducation. Pour divers motifs nous sommes curieusement enclins à minimiser la signification et la portée de cette fonction dans les développements de la Vie…Elle paraît si étroitement liée à la condition humaine…Comment essayer de lui donner une valeur biologique universelle ?...elle est un édifice si superficiel, si fragile ; elle se pose sur nos vies comme un lustre si accidentel ; elle se conserve et se propage à la faveur de circonstances si précaires et si changeantes …Comment songer à la comparer aux déterminismes profonds qui confèrent aux développements de la Vie leur marche inéluctable ?...
L’éducation , sommes-nous tentés d’ajouter, est un mécanisme extrinsèque, secondairement superposé à la transmission de la vie…D’où cette conclusion qui me paraît légitime. Loin d’être chez le vivant un phénomène artificiel, accidentel et accessoire, l’éducation n’est rien moins qu’une des formes essentielles et naturelles de l’additivité biologique. En elle nous saisissons peut-être, dans sa frange encore consciente, l’hérédité individuelle germinale en pleine formation : comme si la mutation organique prenait alors la forme d’une invention psychique faite par les parents, puis transmise par eux. Et en elle, c’est le moins qu’il faille dire, nous voyons l’hérédité dépasser l’individu pour entrer dans sa phase collective, et devenir sociale. ».

Les enfants que nous avons formés portent en eux les valeurs humaines universelles qui viennent un jour se fixer dans l’inconscient et réapparaître d’une manière totalement inattendue. Même l’éducation religieuse non extériorisée constituera un terreau sur lequel jaillira sans doute la vie sociale sous une autre forme. Teilhard, le croyant, conclut ainsi :

Page 48 : Par l’éducation, ensuite, se poursuit, grâce à la diffusion progressive de perspectives et d’attitudes communes, la lente convergence des esprits et des cœurs hors laquelle il ne semble pas y avoir d’issue, en avant de nous, aux mouvements de la Vie… Au moyen de l’éducation, enfin, s’opère, à la fois directement et indirectement, l’incorporation progressive du Monde au Verbe incarné… »

Page 46 : « Ainsi se retrouve, du côté chrétien, la moi mystérieuse d’additivité et d’hérédité sociale qui commande en tous domaines les démarches de la Vie. »

On peut se demander ici pourquoi Teilhard se limite-t-il à la seule religion chrétienne.
Le fondement de toute religion est bien l’hérédité.
Reprenant St Paul, Teilhard insiste cependant sur le fait que le processus de mondialisation doit se construire de sorte que l’homme en soit le centre, et apparaître comme une recherche de l’unité dans la différentiation, une recherche du bien commun à tous les niveaux des contingences terrestres. Cette union c’est d’abord celle qui émerge du contact entre l’Orient et l’Occident dans la mesure où il peut exister une synthèse entre deux philosophies et deux cultures parfaitement en opposition.
Le problème qui se pose aux différentes religions est le processus d’accélération de l’évolution humaine qui est multidimensionnelle. Teilhard, dans sa rencontre avec l’Orient, a certes vibré plus qu’un autre à cette préoccupation de l’Unité et de la Fusion avec une entité suprême telle que la « grande Nature ». En Inde, il a découvert un peuple centré sur l’Un et le Divin, « l’Invisible plus réel que le visible ! ». Il voit le Bouddhisme comme éminemment universaliste et cosmique. Il y a découvert l’importance de l’amour dans la compassion, mais cependant il reste sceptique sur la capacité de des religions à s’adapter à la modernité qui place l’Occident dans un état de mutation profonde. D’ailleurs cet amour qui nous séduit parfois, représente plutôt un amour d’évasion qui tend à faire disparaître des réalités telles que la personnalité des individus et l’existence du cosmos ; tout n’est qu’illusion. Ce sont des religions désincarnées qui sont incompatibles avec le fait de l’Incarnation chez les chrétiens.
Pour Teilhard, toute religion « universelle » repose sur deux critères :
- L’homme doit avoir foi en l’Avenir de l’humanité
- Dans une Création qui a vu l’émergence de la personne et dans une évolution convergente, le divin ne peut être conçu comme une entité impersonnelle.
Dieu est immanent et transcendant, être personnel et personnalisant, amour et amorisant, qui rassemble les hommes et les attire vers le sommet de l’Ultra – Humain. En ce sens Dieu est l’alpha et l’Oméga, réalité suprême qui concerne à la fois l’humain et le divin.

A ce stade de l’évolution, il y a nécessairement intercommunication des religions actuelles. Pour Teilhard la religion de l’avenir admet pour axe central le Dieu révélé par Jésus Christ, le Dieu créateur et évoluteur, l’édification du « Christ cosmique » de St Paul, l’expansion universelle du centre christique par la Résurrection et l’intégration de la totalité du genre humain dans un seul Corps.
Tels sont les ingrédients de la Christogénèse qui place le Christ dans une dimension humano – cosmique d’animateur de l’Evolution orientée vers une convergence générale. Il s’agit dans cet œcuménisme de la recherche d’un Christ Universel qui satisferait aux consciences, aux attentes et aux convictions des fidèles de toutes religions.



Dimanche 14 Novembre 2010 11:53