Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 9 / "Comment je Crois" Editions du Seuil, tme-1
Réflexion à présenter en mars 2013


La configuration conique imaginée par Teilhard est très loin de rendre compte des réalités se rapportant à une approche convenable du Christianisme. On n’y retrouve pas tous les aspects bipolaires que l’on découvre dans les Ecritures. Ne faudrait-il pas prolonger le cône vers le haut pour exprimer le double mouvement de l’Etre dans sa manifestation ?
Dans les récits sacrés, on parle en effet de la lumière et des ténèbres, du masculin et du féminin (Adam et Eve entre autres), l’Abîme, monde des profondeurs opposé au monde des hauteurs, la cataphase et l’apophase, le principe actif opposé au principe actif, l’Ascension et la descente aux enfers, le Bien et le Mal, etc.

Le Christianisme est essentiellement une manifestation de la Miséricorde divine qui est l’un des aspects du Verbe porteur de la Toute Possibilité Universelle, tout comme le Vide quantique est chargé d’états virtuels capables de s’actualiser à tout instant (je raisonne ici par analogie pour saisir l’agir de Dieu au sein de la création). Il s’agit de l’Amour au sens le plus élevé : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » (Mat XII, 7). Le sacrifice imposé par la Loi mosaïque est centré sur un unique symbole : le Christ (donc le point Oméga) et corrélativement sur le rite eucharistique. Dans un sens « descendant », celui de la Révélation chrétienne, Dieu se manifeste d’abord comme Père en tant que Personne qui envoie en mission le Fils et l’Esprit pour proclamer une Loi Nouvelle. Cette personnalité divine se révèle dans l’Unité de trois Personnes distinctes, mystère qui se trouve à la base de l’humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Dans le Christianisme, Dieu se révèle par l’Incarnation du Verbe, parfaite image du Père, par le Sacrifice suprême et la Rédemption. Cette œuvre se réalise par la Maternité divine qui représente le principe complémentaire de celui de la paternité. Marie sera, dans l’œuvre de salut de l’Homme, la nouvelle Eve tandis que le Christ est le nouvel Adam. Teilhard écrit, page 157 de son livre « Comment je crois » : « De ceci il résulte que, prises dans leur sens plein, Création, Incarnation, Rédemption ne sont pas des faits localisables en un point déterminé du temps et de l’espace, mais de véritables dimensions du Monde (non pas objets de perception, mais condition de toutes les perceptions. »
L’Homme peut donc être lui-même un Symbole c’est-à dire transparence de la réalité divine. Dans le Christianisme, tout processus initiatique comporte une « descente aux Enfers » et un retour à « l’Etat primordial ». Le chrétien est celui qui réalise en mode actif et en mode passif les virtualités du baptême : « Agir comme Jésus et ressembler à Marie ».

L’essence du Christianisme réside aussi dans le fait que l’économie de la Rédemption s’inscrit dans une dialectique qui met en évidence une loi paradoxale, ce qui n’a rien de surprenant dans la mesure où l’on reconnait à l’Homme sa capacité de choisir entre le Bien et le Mal. Cette liberté doit en fait, non pas le mettre dans une situation d’oppression mentale et de culpabilité, mais au contraire l’épanouir en tant que flèche montante de l’Evolution. C’est pour cette raison que le paradoxe réside dans le fait que nous sommes en présence, non d’une religion prônant l’exercice de la vertu dans un sens totalitariste, mais d’une philosophie de l’échec. D’ailleurs le scandale de la Croix nous situe dans un mystère qui évacue tout aspect glorieux et prométhéen qui placerait l’Homme égal à Dieu. « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue » (St Jean, prologue). Dans l’évolution de sa personne, l’être humain vit des états les plus divers et termine son chemin terrestre par la mort. Ce qui lui est demandé se situe dans une « docte ignorance » de son devenir. Autrement dit, la réussite n’est pas contenue dans les seules contingences terrestres mais au contraire dans la reconnaissance de sa fragilité et de sa condition de personne, pécheresse et mortelle. Cette montée de conscience vers le point Oméga (le Christ) est alors le fruit d’une rencontre. Cette loi d’échec ne terrasse pas l’Homme, mais au contraire le libère ; en cela le Christianisme ne peut être périmé à condition qu’il ne soit pas considéré de manière simpliste, soit par des adeptes d’une tradition fondamentaliste, soit, plus nombreux, par les partisans d’un relativisme confortable. La direction de l’évolution est celle où l’être humain se sentira aimé de son créateur et, par suite, plus enclin à aimer ses semblables. On donne plus volontiers dans la mesure où l’on a beaucoup reçu, telle est la loi de la nature et aussi celle de la loi divine.


Samedi 2 Mars 2013 20:11