Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Teilhard nous dit : « L’évolution de cette qualité, la Responsabilité, doit être observée et mesurée, non plus par le degré de complexité organique, mais par degré d’INTER – INFLUENCE ; Ce mot traduit les aspects de la conscience dans toutes les situations interactives qui s’inscrivent dans un système évoluant dans une démarche de convergence. Au sein des systèmes soumis à des lois naturelles de physique classique, l’état des composants résulte d’un certain déterminisme. Lorsqu’on aborde la physique quantique, on découvre un univers qui ne répond plus aux données de la logique traditionnelle. Alors qu’en est-il du vivant et en particulier de l’être humain ? On pourrait croire que le concept de « Responsabilité » induit naturellement un certain déterminisme qui fait qu’à toute situation donnée, il existe des codes qui permettent de le faire évoluer dans ce qu’on appellera la bonne direction. Toute faute doit être châtiée et toute bonne action récompensée. Mais dans ce schéma un peu manichéen, c’est oublier que ce qu’on appelle COMPLEXITE, contient aussi le PARADOXAL ; Tout individu responsable est ainsi conduit à agir de manière intelligente.
L’homme a droit à sa part de liberté et il la revendique en toute légitimité. Il sera donc poussé à rejeter les idéologies qu’il considère comme anachroniques ou stupides. Mais par contre il ressentira un jour ou l’autre le besoin de repères moraux. En fait les dogmes religieux sont « ouverts » dans la mesure où ils évitent l’effondrement de la psyché dans la CONFUSION. Les lois morales actuelles de bioéthique par exemple, canalisent les émotions naturelles afin de les placer en situation de responsabilité, respectant la liberté mais indiquant toutes les conséquences qui devront être acceptées.
Il existe des exemples qui montrent que dans les inévitables conflits de tous les jours la nature humaine ne doit pas se situer dans la légitimité d’un déterminisme qui paraît s’imposer de façon logique et naturelle.
Je cite le cas de la mère de famille face à un enfant qui fait un énorme caprice devant un bol de soupe. Soit elle va elle-même essayer de résoudre la tension en administrant une fessée car la dite maman pense que logiquement son enfant désobéissant mérite certes un châtiment. Soit elle va détourner l’attention de l’enfant en lui montrant gentiment qu’un oiseau du jardin voudrait bien goûter de sa soupe. C’est la maman intelligente qui sait spontanément canaliser la violence par un geste qu’on peut qualifier de paradoxal. Elle agit en responsable éclairée dans le sens de la convergence selon Teilhard. Inutile donc d’aller chercher bien loin. Devrait-on alors imaginer des écoles de parents ? Signalons que la famille constitue le premier foyer de violence dans les démocraties comme la nôtre. Environ 150 femmes en France meurent chaque année, victimes de coups et blessures. La responsabilité d’adultes immatures est considérable et de plus les problèmes de ce type sont excessivement complexes. Parallèlement à ce fléau naissent des institutions, des associations, des services sociaux capables de prendre en charges tous les protagonistes d’un drame familial. Signalons aussi l’évolution du contexte socio – économique qui affecte les citoyens dans leurs conditions de travail. Le salarié de notre époque présente souffre de solitude ou d’horaires démentiels, et cela il faudra bien revoir le cadre de vie de chacun sans provoquer une révolution inéluctable.
En ce qui concerne les oppositions frontales entre une personne et un groupe, on remarque dans certains cas la place du discernement dans les conduites à tenir face à une situation pouvant dégénérer vers l’entropie. J’ai vécu ce genre d’événement lorsque j’étais jeune enseignant. Manifestement dans certaines circonstances, on se trouve dans son droit le plus absolu de faire régner le règlement. Mais il peut s’en suivre un défaut complet de communication. On se sent traversé par une sorte de fil de fer : hyper concentration de l’énergie. Un jour peut survenir où une décision personnelle retourne complètement la situation en faveur de tous : heureuse expansion de l’énergie, (les hindous appelle cette énergie : la Shakti) fruit d’un refus d’imposer son ego et de courir le risque de perdre la face.
La responsabilité est aussi prise de risque : admirer ces foules iraniennes qui bravent les représailles policières ou même la mort. Aspiration à la démocratie. N’empêche, 20 ans après la chute du mur de Berlin, d’aucuns regrettent par souci de survie l’organisation socio économique de l’ex Union Soviétique. La justice imposée par l’idéologie socialiste exige une certaine privation des libertés et des répressions brutales, mais la liberté accompagnant les systèmes démocratiques et capitalistes engendre de profondes injustices. Résoudre la dualité c’est faire appel à la « moralisation » du capitalisme et en même temps à la conscience de chacun dans le regard tourné vers autrui. On s’aperçoit que les grandes catastrophes stimulent la solidarité mondiale, c’est un peu une loi du genre. Le problème épineux du réchauffement climatique a tendance à rassembler les hommes autour de projets qui préservent à la fois l’environnement et le bien être de ceux qui furent longtemps les oubliés du système économique mondial. Il y a toujours quelque part une revanche de la Nature sur l’inconscience humaine. On peut affirmer que l’homme et la Nature se complètent dans une sorte d’influence réciproque et ce pour le salut de l’humanité. Ainsi, comme l’affirme Teilhard, dans un monde de nature convergente, la RESPONSABILITE en tant que vertu humaine s’universalise et s’intensifie au rythme de l’Evolution. On n’aurait jamais imaginé il y a 50 ans, l’idée d’un éventuel gouvernement mondial ! Sur le plan des religions, on n’aurait jamais imaginé une rencontre inter confessionnelle telle que celle d’Assise avec Jean Paul II. Par contre son successeur se trouve dans l’incapacité de poursuivre un processus d’évolution en raison de la complexité des problèmes. Pour l’avenir, le journaliste Bernard Lecomte souligne justement combien la question est loin d’être réglée de la communication « dans » et « de » l’Eglise. Les collaborateurs du pape restant partagés entre ceux qui pensent que l’institution devrait prendre en compte les règles de la communication dans les sociétés modernes et ceux qui considèrent que l’Eglise n’a pas à communiquer mais à proclamer « à temps et à contretemps » la Vérité qu’elle a reçue en dépôt de son fondateur et que c’est à la société d’avoir l’humilité de se plier à cette Vérité-là ! Il est possible que le même clivage traverse la Conférence des évêques de France. Ceci, au sein de notre monde tourmenté, pourrait en partie expliquer cela !
N’oublions pas que l’homme porte en soi une image énergétique de la transcendance. Sa responsabilité commence donc par un retour sur soi pour développer ses potentialités intérieures cachées, masquées par son intellect et ses activités souvent mal contrôlées. Les religions devraient justement l’y aider. Combien de camarades de lycée privé, pourtant pourvus d’un bagage catéchétique consistant, m’ont avoué avoir perdu la foi. La faute à qui ou à quoi ? Je me souviens de la remarque d’un oncle missionnaire qui montrait manifestement le divorce entre le conditionnement par les dogmes chrétiens et la connaissance des réalités humaines dans tout ce qu’elles ont d’essentiel et de vital. Si j’ai globalement échappé à cette rupture définitive d’avec le transcendant, c’est à mon enfance que je le dois. Je fus très tôt fasciné par le symbolisme et les activités du corps dans le déroulement des rites liturgiques. Les prêtres que j’ai connus m’ont largement facilité cet accès au sens de la vie religieuse en tant que célébration physique d’une réalité supérieure indicible mais rythmée par la justesse des couleurs et des sons en harmonie avec le temps.
On ne peut en rester là naturellement. Une connaissance éclairée des textes bibliques permet de se connaître soi-même et de saisir l’organisation de l’univers dans tout ce qu’elle possède de raisonnable et de merveilleux. Les clichés d’antan ont largement entretenu une caricature spirituelle au sein des esprits. L’hémorragie au sein du clergé durant les années 60 constitua un phénomène d’explosion socio culturelle inéluctable tandis que plus tard les régimes totalitaires européens s’effondraient à leur tour. N’est-ce pas là un signe révélateur que l’Evolution est en marche et que l’homme se trouve condamné naturellement à s’ouvrir à un nouveau projet de vie en commun sans renier pour autant la valeur des grandes Traditions de l’humanité. Connaître son Passé pour inventer l’Avenir !
Comme le suggère l’écrivain contemporaine Annick de Souzenelle : cette Responsabilité de l’homme réside dans le fait selon lequel « il ne doit pas s’emparer du fruit de l’Arbre de la Connaissance avant de l’être devenu. Ce faisant il se retrouve toujours dans la situation d’une chenille sur laquelle on aurait collé des ailes de papillon ! La main de l’homme est un symbole de connaissance autrement dit un signe de sa volonté de prendre puissance sur le monde…La connaissance véritable est celle qui naît de nos transformations intérieures, et non celle dont on se saisit à l’extérieure. »
Pour Teilhard, l’objectif est le point Omega, la fusion de tout dans le Tout. Le moyen est l’hominisation dans la personnalisation. Cette personnalisation ne peut résulter que du dynamisme de la socialisation, qui est force, et non du statisme asocial du droit moderne libéral. Est injuste, est péché, tout ce qui limite la force socialisante et donc personnalisante. Mais qui est donc responsable de la Responsabilité ? Teilhard de Chardin nous dit que le moraliste et le juriste de la modernité seront remplacés par l’Ingénieur de l’Energétique qui devient : « l’ingénieur et le technicien des énergies spirituelles du monde ».

Annick de Souzenelle, en évoquant les mutations de la psyché qui acheminent l’homme ou la femme vers le temps de la vieillesse, soulève le problème lié à l’état dit : « Adulte ». Celui-ci se situe au-delà des deux contingences : physique et psychique. L’adulte est l’être qui trouve en soi sa propre autorité et qui se reconnaît seul RESPONSABLE de son comportement. Et cette responsabilité implique les « épousailles » avec soi-même, et ces épousailles ne peuvent se faire sans l’intervention de la « Puissance créatrice du Saint-Nom » en nous. Sans elle les énergies psychiques animales ne peuvent connaître la transmutation spirituelle. Cette zone animale de l’être humain est alors aménagée de sorte que tous les événements refoulés, blessants, mortifères du passé, profitent d’une émergence de conscience qui conduit l’être vers son Orient, sa propre Terre Promise. Mûrir, c’est entrer dans une communication constante, de moins en moins discontinue, avec le noyau de notre être. Alors la vieillesse n’est plus déchéance mais accomplissement.
Aujourd’hui l’humanité est encore animale, une « jungle ». Cependant il existe de plus en plus des émergences de conscience. Nous arrivons à une charnière des temps, à un passage nécessaire qui concerne le collectif, l’Homme total, qui vit l’expérience du dépassement de la loi.





Vendredi 1 Janvier 2010 18:52