Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Le texte de Marcel Comby est, normalement, assorti d'un tableau présentant les quatre éléments. Chaque élément est coordonné à différents niveaux : macrocosme, microcosme, métaphysique. En raisons de difficultés techniques, il n'est pas possible pour l'instant d'associer ce tableau au corpus du texte de l'auteur.


En 1909, il y a donc un siècle, naissait Simone Weil.

« Penser la science ! » : tel était le leitmotiv qui guidait Simone Weil dans sa quête de la transcendance. On doit échapper à l’alternative entre l’exaltation moderne de la science pourvoyeuse des très hautes technologies et son rejet en bloc. La science contemporaine a découvert de nouvelles échelles et de nouveaux modes d’observation qui dépassent la perception sensible. Mais ce faisant, elle a tendance à se couper inexorablement du monde et à construire des systèmes formels de signes qui ne réfèrent à rien de concret. Ainsi la physique quantique, qui étudie l’infiniment petit, réduit le réel à un ensemble d’équations. La science est au service d’une puissance qui rend l’homme « maître et possesseur de la nature ».

Simone Weil estimait donc nécessaire un retour à la conception grecque de la science, qui doit viser à refléter la vérité de l’être. La Grèce envisageait la science comme la découverte progressive d’un réseau de nécessités, de lois et de ruptures d’équilibre qui permettaient de reconnaître à la fois l’intelligibilité du cosmos et les limites de la raison et de la puissance humaine. La science grecque véhiculait une sagesse qui doit être, selon la pensée même de Simone Weil, réinjectée dans la science contemporaine.

Simone Weil parlait de « dé création » c’est-à-dire l’annulation du sujet aliéné par son ego donc clos sur lui-même. Etant issue d’une volonté divine par essence bonne, la création est parfaitement pure. Mais l’homme la transforme en un mélange de bien et de mal car il oriente sa liberté vers un désir d’autosuffisance absolue. Le mal correspond donc à cette volonté de se constituer en personne autonome par rapport au monde et par rapport à Dieu. Pour accéder à la plénitude, l’homme doit consentir à la mort, aussi bien à la mort physique qu’à la mort spirituelle. La personne doit accepter d’être dé – créé puis re – créé en Dieu. L’espérance est ainsi la génération de la vie divine en l’homme. La problématique actuelle réside dans le fait que l’homme ne sait plus ou ne veut plus s’unir à Dieu pour achever la création. L’homme contemporain est plongé dans un monde de bruit et d’agitation et il n’aspire souvent qu’à un bonheur immédiat tout en ignorant que Jésus, mort crucifié sur la croix, lui demande de s’unir à lui dans le mystère de la Rédemption. Il y a ici toute une démarche spirituelle à redécouvrir par nos sociétés en régression socio-culturelle.

En fait, le monde actuel n’est ni dangereux ni condamnable en raison de la violence, de la perte des valeurs morales et du culte des prouesses technologiques. On parle d’ailleurs rarement des trains qui arrivent à l’heure. Ce monde là est à apprécier et à aimer, autant que celui de nos grands parents ! Par contre ce qui est impressionnant et redoutable, c’est que ce monde - là constitue, comme le précisait Simone Weil, un univers fermé sur lui-même, livré à ses seules interrogations sur l’éthique et la laïcité, armé du seul « principe de précaution ». Pourtant les textes sacrés nous livrent une fabuleuse histoire qui témoigne de ce que nous sommes réellement : à l’image de la Trinité et participants au mystère de l’Alliance avec Jésus et Marie. Le progrès possède un prix à payer : la remise en cause de nos convictions les plus obsolètes et une ouverture à l’autre dans la recherche de ce qui est la vérité ; la vérité sur la personne humaine dans sa grandeur et sa fragilité ; la vérité sur ses rapports avec la transcendance en dehors de tout dogmatisme réducteur.

De nombreux colloques ont eu lieu depuis quelques années sur le thème de la science, des technologies de pointe et de leur rapport avec l’éthique ou les religions. Dés le début des années 80, des scientifiques ont tenté avec plus ou moins de bonheur de mettre leurs connaissances au service de la recherche du sens de la vie. C’est ainsi qu’ils ont remis au goût du jour Spinoza et Teilhard de Chardin ainsi que les philosophies d’origine extrême orientale.
S’il existe une réelle cohérence dans l’organisation du monde et des analogies troublantes, il n’en demeure pas moins que la science n’explique pas tout ; son rôle est d’éclairer la raison afin de la diriger suivant des directions et des points de repère. Voir le tableau ci-dessus. Notre intelligence dont le fond est essentiellement rationnel, se trouve alors écartelée entre deux positions extrêmes : celui de nier carrément les réalités de nature métaphysique et celui de construire des systèmes de pensée dont le contenu réalise un amalgame de tout. On peut même considérer les merveilles de la science comme des preuves en faveur d’une causalité d’origine divine. C’est le « concordisme ». Il convient, dans ma logique propre, non de rejeter systématiquement ce que les autres découvrent par leur intelligence et leur sensibilité, mais d’exprimer en toute franchise l’idée que je me fais des choses avec leur place dans l’univers.

Le mot « matrice » est lié généralement à la fécondation, il s’agit donc d’un embryon à l’origine de toute naissance fut-elle cosmique. Selon mon opinion personnelle, l’univers constitue un ensemble d’espaces séparés par des points de nucléation ( en topologie on dirait points d’adhérence) qui délimitent les différentes phases de la matière qui présentent entre elles des rapports d’analogie. On dit aussi homologies ou isomorphismes.

Le récit des débuts de la Genèse m’a conduit à utiliser les éléments fondamentaux qui sont : l’air, l’eau, la terre et le feu et qu’on retrouve dans l’œuvre poétique de Bachelard.. Ces éléments possèdent une essence qui leur est propre. Les trois premiers correspondent, au niveau moléculaire, à des états d’énergie conditionnés par la température ; c’est le cas de l’eau par exemple. Tandis que le quatrième est un agent de transformation thermodynamique donc une réalité de niveau supérieur aux trois autres. On retrouve alors ici une configuration semblable à celle de l’espace de dimension 4 qui figure dans la théorie de la Relativité.
Ce lien permet d’établir une analogie basée sur le fait que tout élément d’une ligne a même essence que l’élément correspondant sur une autre ligne et sur la même verticale. Il s’agit alors d’un tableau essentiellement symbolique.

Les différents états d’énergie admettent une polarité : le positif et le négatif
Aussi l’explication de la vie ne se résume pas à la contemplation de ce tableau à deux entrées.
Il existe comme une troisième dimension : la dualité, qui préside à la dynamique de la vie.
Les vérités métaphysiques ne peuvent absolument pas être comprises par notre pensée cartésienne qui fonctionne comme une sorte de filtre qui ne laisserait passer que des nombres, des formes, des rapports et on peut juger du rôle éminent joué par la logique mathématique qui représente un outil universel. Ce faisant, le langage, les mots et expressions contenus dans les textes sacrés permettent d’établir des liens de logique et de cohérence, des analogies, des homologies par le jeu des symboles et des métaphores.
Au niveau subatomique, nous rencontrons l’aspect quaternaire de la matière :

- Le vide et la vacuité dans la mystique orientale
- La danse cosmique qui décrit les mouvements ordonné des particules
- Les énergies électromagnétiques et la kundalini
- L’Espace - Temps et la fusion de l’être dans la grande Nature

Au niveau métaphysique, il n’est qu’à lire les Livres Saints pour y découvrir le rôle éminent de tous ces mots qui portent en eux leur puissance initiatique :
Air symbolisera le Verbe aussi bien que la communication avec Dieu par la Foi
Eau symbolisera le Fils de Dieu aussi bien que la génération de la vie divine apportée par Jésus et fondement de l’Espérance
Feu symbolisera l’Esprit Saint ainsi que l’Amour fondement de la Charité.
Terre symbolisera l’Eglise du Christ dont le représentant primordial est Marie qui est
femme dans le mystère de l’Alliance. (on peut évoquer la Terre Promise)

Du point de vue du Symbolisme, la première colonne évoque avec le Verbe la Création ; la seconde colonne avec le Fils de l’homme évoque l’Incarnation ; la troisième colonne évoque la Rédemption comme œuvre de sublime Amour ; la quatrième colonne évoque avec Jésus et Marie l’Assomption en tant que retour du manifesté vers la Jérusalem Céleste autrement dit la Christogénèse.

Toutes ces avancées spectaculaires dont nous sommes des spectateurs émerveillés et des consommateurs fervents, ne devraient pas nous masquer toute la complexité de l’être humain : toute personne est paradoxale. L’être humain est en recherche de liberté afin de grandir et de s’épanouir ; c’est pour cela qu’il refuse tout dogmatisme qui étouffe ses désirs les plus intérieurs. Mais en même temps il témoigne de son angoisse face à une fuite des repères et des barrières qui lui sont nécessaires pour sa survie. La science ne prouvera jamais rien sur la nature du Dieu Créateur. Par contre les facultés de l’homme lui permettent d’approcher le Mystère et de comprendre qu’il est Symbole, créé à l’image de la Trinité, sachant qu’on entend ici par symbole, tout ce qui est capable de transparence. A une époque difficile où l’homme se trouve dépassé par l’influence des nouvelles technologies, n’est-il pas grand temps de se poser la question : qu’est-ce en fait que l’humain ?



















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Jeudi 13 Janvier 2011 18:12