Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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LA PRÉVIE


Marcel COMBY / LE DEDANS DES CHOSES
     Teilhard de Chardin, étudiant, en tant que paléontologiste, l’évolution de l’infiniment petit, fut conduit à conjecturer qu’il existait une sorte de psyché qu’il nomma le Dedans des choses. Il y aurait donc, selon lui, dès le niveau corpusculaire élémentaire (proton, neutron, électron) un aspect extérieur (le Dehors des choses) susceptible d’être décrit et analysé par notre physique habituelle, et aussi un aspect intérieur irréductible à l’aspect matériel seul.
     Ce Dedans des choses aurait été, d’après Teilhard, le moteur capable d’édifier les premières structures vivantes. Cependant le passage du corpuscule élémentaire, même avec son Dedans, à la structure vivante plus complexe, telle qu’une cellule, marque le franchissement d’un seuil, avec des variations quantitatives et aussi des variations qualitatives des propriétés du Dedans. Entre le Vivant formé d’un assemblage de cellules (comme le végétal ou l’animal) et l’Homme, il y aurait notamment le franchissement d’un nouveau seuil, avec la naissance de la pensée humaine, pointe actuelle de l’évolution. Teilhard suggère que, dans un futur qui s’inscrit dans un au-delà de la prévie, il y aurait un phénomène pensant toujours en progrès : on irait vers une sorte de psychisme total que Teilhard appellera : Noosphère où sphère de la pensée pour notre terre, avec une convergence finale à l’échelle de l’Univers entier vers un certain point Oméga que Teilhard identifie au Christ.
 

Ce que Teilhard nous apporte n’est pas neuf. Une certaine idéation transcendantale s’est propagée à travers les siècles depuis les hommes de la préhistoire. Citons en particulier ce qui se disait dans la Grèce antique :                    « Par rapport au petit, il n'y a pas de minimum, mais il y a toujours un plus petit, car il n'est pas possible que l'être soit anéanti par la division » écrit Anaxagore qui n'était donc pas partisan de la théorie de l'atome, particule indivisible et insécable, développée par Démocrite, disciple de Leucippe, père de l'atomisme. « Une énergie, le Noûs , ordonne le monde en organisant et différenciant la matière et l'être. On peut rapprocher cette force de la faculté d'intelligence ».           Ce concept fut repris par Aristote.
Thalès, il y a plus de 20 siècles, précisait que « toutes les choses sont pleines des dieux ». Plus près de nous, il y a moins de 300 ans, c’est Leibniz qui nous propose des monades qui entreraient dans la constitution de tous les êtres et qui prêteraient à leur Matière leurs propriétés psychiques. Depuis Newton, le monde de la Science tendait à s’isoler de plus en plus du monde de l’Esprit donc de celui de la Métaphysique.
 
     Cependant, pourquoi la Science ne viendrait-elle pas apporter un éclairage utile et cohérent dans toute herméneutique concernant la vie de l’esprit et la finalité de notre séjour terrestre. Teilhard ne s’est pas contenté de rapprocher Science et Métaphysique. Il affirmait, avec son Dedans des choses, que la compréhension du comportement des objets de notre Univers matériel, thème de prédilection des recherches en physique, ne pouvait progresser indéfiniment sans, à un certain moment, incorporer ce Dedans des choses. Il s’agit d’une belle idée qui, au départ s’avère des plus ambiguës. On ne peut passer de manière continue du domaine de la matière qui nous entoure à celui du divin sans tomber dans le créationnisme, la gnose ou le panthéisme. Mais il est possible de prolonger cette idée du Dedans des choses, non pas en distillant mot à mot la pensée de Teilhard comme s’il s’agissait des Evangiles, mais en donnant des ailes à cette pensée pour lui permettre de voler toujours plus haut. Que la Matière ait deux faces : l’une inerte et l’autre vivante, constitue une conception révolutionnaire des choses. Cette conception a besoin d’être étayée par l’entremise des Connaissances acquises durant ces dernières décennies.
 
     Il est possible de réconcilier Science et Théologie grâce à ce que nous avons appris concernant l’infiniment petit : d’abord les notions fondamentales de Relation et de Complexité ; puis tout ce qui concerne les propriétés de l’atome : la dualité onde – corpuscule, la non – séparabilité et l’auto – organisation de la matière, l’information, etc. Mais il faut admettre que cette convergence, bien utile de deux champs de connaissances aussi différents, possède tous deux leur limite propre : l’expérience de l’incomplétude.
  • Le physicien actuel prend conscience que le Réel lui échappe, mais il est en perpétuelle recherche d’unité.
  • Le théologien vit aussi l’incomplétude face à l’inconnaissable et le mystère de mal et de la Résurrection.
     L’œuvre de Teilhard et son action apportent un certain relief au discours religieux qui sort ainsi d’un certain fixisme. Le discours sur le Dedans des choses nous fait découvrir que l’homme participe à une Christo genèse, d’où la place du progrès sous toutes ses formes. « Être plus, c’est d’abord savoir plus » (T. 5)
     « La relation est l’essence de l’être ! »  (Lanza Del Vasto)  

Samedi 24 Juin 2017 10:02


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