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Marcel COMBY / La quatrième blessure de l’histoire
Il s’agit de la révolution digitale qui s’inscrit dans la longue marche philosophique, scientifique et technologique de l’humanité.

Selon Freud, la première blessure fut, avec Copernic, la fin du géocentrisme. L’homme n’est plus au centre de l’Univers car c’est notre planète qui tourne au soleil et non l’inverse.

La seconde blessure viendra avec Darwin et la théorie de l’évolution. L’homme n’est plus au centre de la Création ; son apparition s’inscrit dans la longue histoire qui va de l’existence de la matière en fusion à l’avènement de la matière vivante. Enfin la troisième blessure vient avec les théories de Freud. L’homme n’est plus maître de soi-même puisqu’il est dominé par son inconscient. Ainsi apparait une nouvelle dépendance et une nouvelle symbolique du nombre 4.
Comme la langue d’Esope, l’outil numérique introduit, en fait, le meilleur comme le pire, en fonction de l’usage qui en est fait. Mais le phénomène numérique est tout une situation simplement en train de transformer le phénomène humain ; il change l’humanité dans son mode d’existence collective mais aussi l’individu au travers de mutations anthropologiques profondes. Cette révolution place la nature humaine dans une situation latérale. L’interconnexion, activée par les réseaux sociaux ou noyée dans les bases de données, nous positionne comme les éléments d’un tout et nous en sommes aussi le reflet. Le paradoxe est que cette interdépendance croissante va de pair avec un individualisme en plein développement à la faveur d’outils qui favorisent la naissance d’un nouveau paradigme.

Chacune des révolutions précédentes a créé une grande avancée épistémologique, à la fois une blessure et un progrès. De même, la révolution digitale nous blesse car elle signifie quantification du réel qui semble nous réduire à des chiffres ; et pourtant elle nous accorde des pouvoirs sans pareils et nous facilite la vie. Elle permet le télétravail et rend les organisations plus horizontales. Elle facilite la compréhension du monde et fait voyager, en ouvrant l’horizon à l’humanité entière. Nous ne sommes qu’au début d’un changement de civilisation dont on doit prendre la mesure par l’éducation et par le droit.
L’école doit prendre en compte la nouvelle civilisation numérique, non pour la subir mais pour préparer les élèves à la maîtriser. Il est frappant de constater la très faible compréhension de la nature et du fonctionnement des outils par les adolescents. De même chez les étudiants, il existe une certaine distorsion entre les capacités de manipulations d’un ordinateur et l’analyse d’un problème donné. Cela ne procède pas de la même logique donc ne fait pas appel aux mêmes parties du cerveau. Lorsque le moteur est apparu au début du XXe siècle, son fonctionnement était enseigné dès l’école primaire. L’idéal serait qu’aujourd’hui le monde du numérique soit maîtrisé, autrement dit que tout homme sache qu’il y a un monde avant le digital. L’impérialisme du numérique doit être compensé par une solide culture, une maîtrise de la langue maternelle et des mathématiques. Un livre n’est pas un écran tactile où tout est images mouvantes ! Certains cadres de la Silicon Valley ont créé une école sans écrans pour leurs enfants. L’idéal à rechercher serait celui d’un(e ) élève qui connaisse les fondamentaux de l’outil (hardware) et son langage (software) et qui connaisse aussi ce qui se joue sur le plan de la vie collective derrière les évolutions techniques.
Le défi qui nous attend est celui de savoir comment l’humanité peut se réaliser, par une unité plus grande sans perdre sa diversité. Plus de liberté et moins d’esclavage technique.

Mardi 24 Février 2015 12:21