Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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REFLEXION POUR LE 25/09/2015
"ECRITS DU TEMPS DE LA GUERRE"


Marcel COMBY /lutte contre la multitude / LE MYSTERE DE L"AME
Au beau milieu des événements de mai 1968, je vois encore ce chef d’établissement qui apporta un avis combien apaisant, face au tintamarre des discussions sans fin. Il s’exprimait ainsi : « La solution de tous les problèmes, elle est en soi… ! ». Chacun a tout à fait le droit de remuer ciel et terre pour faire bouger les réalités sociales. Chacun a le droit de souffrir dans sa tête des malheurs du monde. Mais personne n’est tout puissant et il arrive que l’homme s’épuise à se torturer mentalement jusqu’à ce qu’une voix intérieure lui souffle une idée particulière qui lui font entrevoir une autre démarche de la psyché. Le dénuement de l’esprit peut alors être renaissance.

On peut alors se poser la question : qu’est-ce donc que l’âme humaine ?

Depuis l’Antiquité, le problème de l’âme a suscité de nombreuses discussions philosophiques. Le mot évoque une force invisible et un principe vital, matériel ou immatériel, mortel ou immortel, perception fugace d’une énergie supranaturelle, objet de croyance ou d’illusions. L’étymologie latine du mot est anima : le souffle. On a aussi, en grec, le mot anemos : vent. Le souffle est fondamental pour l’existence de la vie : il est aspiration et expiration : la dualité qui préside à toute organisation cohérente du phénomène vital. Il n’est donc pas étonnant que ce mot : âme ait participé à de nombreuses croyances et interprétations, ainsi qu’à des représentations symboliques. L’âme a été également associée à des théories mettant en évidence le caractère « cosmique » de la nature humaine qui est faite de trois corps subtils : physique, éthérique, spirituel. On parle volontiers de l’aura : émanation qui procède de ce qu’une personne a de plus mystérieux. On parlera volontiers de charisme pour une personne qui possède un ascendant sur un groupe.

Dans l’ancienne civilisation chinoise, l’âme, composée de deux principes : l’un associé à la matière pesante et l’autre associé à l’esprit des dieux, était une réalité duale. Cette conception rejoint le double principe du Yin, terrestre et femelle, et du Yang, mâle et céleste.
En arabe il y a deux mots pour l’âme :
Nafs : le souffle, l’énergie vitale, réalité mortelle !
Ruh : le vent, l’Esprit, le divin, réalité immortelle !
Citons aussi les spéculations à propos de l’anima et de l’animus qui mettent en évidence que, depuis fort longtemps dans l’histoire, l’homme distingue deux essences en lui : l’une procédant de la terre et l’autre procédant du ciel, avec toutes les nuances anthropologiques qui se rapportent aux civilisations, des moins évoluées aux plus avancées dans la compréhension de la psyché. On retrouve, chez Platon et ensuite chez beaucoup de penseurs, cette idée selon laquelle le corps emprisonne l’âme. St Paul exprime une division tripartite de l’homme : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche… » (Tess, 5,23)
« On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel " Cor, 15,44)
Pour St Paul, la psyché (en hébreux : néphesh) est le principe vital qui anime le corps humain. Elle est sa vie, son âme vivante qui doit s’effacer devant le pneuma : le souffle spirituel. Dans la Résurrection du corps par l’Esprit, de psychique le corps devient pneumatique, incorruptible, immortel. En un sens très large, la psyché peut désigner, par opposition au corps, le siège de la vie morale et des sentiments.

La philosophie de St Thomas distingue trois niveaux de l’âme humaine : celui qui gouverne les fonctions élémentaires de nutrition et de reproduction, celui qui participe à l’activité des sens et enfin celui de la raison et de l’amour. Le sens mystique de l’âme se rencontre dans la tradition chrétienne. Le niveau de connaissance spirituelle n’est plus d’ordre psychologique, l’âme est animée par l’Esprit Saint. La nature ontologique de l’âme est d’une profondeur telle que St Paul écrit encore :
« Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur… » (He, 4,12)


La pensée de Jung met en évidence les multiples interprétations de la réalité « âme ». Il s’agit d’un état psychologique qui jouit d’une certaine indépendance vis-à-vis de l’ensemble des facultés de la psyché. L’âme possède à la fois des qualités terrestres et des qualités spirituelles ; elle est, en ce sens, une aspiration et une expiration de l’inconscient. L’anima exerce une action médiatrice entre le Moi et le Soi.
Edouard Herriot, en parlant de la culture, donnait une définition par la voie négative. Ainsi il disait : « La culture est ce qui reste quand on a tout oublié ! ». La culture est liée à un savoir, à une histoire, à un principe fusionnel, et on la reconnaît à la suite de l’abandon du savoir.
Pour l’âme, l’analogie avec la culture est assez évidente : ne parle-t-on pas de l’âme d’un peuple ? L’âme d’une vielle maison de famille ? L’âme possède une histoire et on reconnaît sa présence à la suite de l’abandon d’une fébrile activité, d’une séparation, d’un manque, d’un lâcher prise hors du monde.

De même la dernière partie de la vie d’un homme ou d’une femme est une période de retour sur l’essentiel. On dit qu’à l’âge ou s’accumulent les souvenirs, la personne humaine possède une vision de la vie qui n’est plus celles des individus plus jeunes. La vieillesse constitue un état particulier de transformation et d’émergence de l’âme. Un couple qui a vécu durant 30 ou 40 ans ou plus et qui a résisté à l’usure du temps, surmonté toutes les difficultés de la vie commune, qui a engrangé une masse importante de leçons de vivre, possède la capacité de percevoir ce qu’il y a de plus fort et de plus profond dans l’acte de vivre ensemble : Le sens de la fidélité, par exemple. La vie trépidante de notre monde actuel pousse l’individu vers l’activisme et la superficialité des choses quand ce n’est pas vers une certaine lassitude de vivre. La vie réside alors dans une résistance à la pression des flots destructeurs de la désespérance. Nous avons tous plus ou moins la tentation de juger notre société complètement folle et dépravée. Devant les déceptions et le pessimisme de ses interlocuteurs, une humble religieuse affirmait, avec conviction, que tout se voyait dans les plus petites choses de la vie. Cette manifestation de l’âme, qui réussit à s’opposer au monde des sentiments immédiats et aux nostalgies à la mode, constitue un des aspects propres du Christianisme. Le Chrétien est celui qui prend conscience intuitivement que, dans un monde aussi déspiritualisé soit-il, il reste présent à ce monde, ce qui n’a rien d’une évidence ! L’évolution des sociétés actuelles portent nécessairement vers un certain désenchantement du monde que nous vivons et, par voie de conséquence, vers un abandon partiel ou total de nos capacités à nous intéresser à ce monde et de notre volonté à croire encore en lui. L’ennemi de l’âme est justement cet esprit de fausse globalisation qui laisse prise à un envahissement de la « multitude » pour reprendre le terme de Teilhard. En fait l’âme représente une entité intermédiaire entre l’homme (corps et esprit) et son Créateur. « Elle n’est pas seule,…elle est légion » expression de l’union dans la différentiation.

Samedi 19 Septembre 2015 10:54