Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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, tome chapitre /Editions du Seuil



Les théorèmes d'incomplétude de Gödel sont deux théorèmes célèbres de logique mathématique, démontrés par Kurt Gödelen 1931 . Ces théorèmes ont trait aux mathématiques. Le premier dit essentiellement qu'une théorie suffisante pour faire de l'arithmétique est nécessairement incomplète, au sens où il existe dans cette théorie des énoncés qui ne sont pas démontrables et dont la négation n'est pas non plus démontrable : c'est-à-dire qu'il existe des énoncés que l'on ne pourra jamais déterminer en restant dans le cadre de la théorie. Sous le même genre d'hypothèses sur les théories considérées, le second théorème affirme qu'il existe un énoncé exprimant la cohérence de la théorie - le fait qu'elle ne permette pas de démontrer tout, et donc n'importe quoi - et que cet énoncé ne peut pas être démontré dans la théorie elle-même. Ainsi on ne peut, en toute rigueur définir le parallélisme et l’orthogonalité. Cependant il est possible d’établir tout un jeu de propositions logiques au sein d’un système cohérent capable de servir et féconder le progrès de toute science.

Dans le discours théologique, on se heurte au même problème de langage, de logique, de cohérence et d’incomplétude. Sait-on définir parfaitement la notion d’évolution, de Rédemption et de péché originel ?. Bien sûr que non ! Il nous faut admettre comme préalable à toute théorie qu’il existe un certains nombres de mystères. Les progrès de la réflexion tout au cours des siècles, y compris l’herméneutique des textes bibliques, permettent certainement de promouvoir un discours assez cohérent sur le problème concernant l’évolution et la christologie. Cela peut demander, en fait, une certaine dose de prudence et de justesse de langage. La pensée de Teilhard va dans le sens d’une certaine hauteur de vue qui rend archaïques un certain nombre d’idées anciennes qui perdurent encore actuellement. Le contenu des dogmes ne doit pas faire perdre de vue un autre mystère : celui de l’homme, être à la fois complexe et paradoxal. C’est en raison de cette difficulté à appréhender la nature humaine que les Evangiles nous paraissent parfois hors de notre portée ; c’est que l’homme procède à la fois de la Terre et du Ciel ! Mais, pour décrire le Ciel, le langage humain se doit de bien préciser ce qu’il est raisonnable de dire à propos du Christ, de son Eglise, de la Rédemption, du péché, du mal, d’un univers évolutif, d’un état de dispersion initial et d’un état d’harmonie final, etc…Teilhard a certes lancé une grande idée mais il n’a pas tout dit et ce qu’il a dit n’est pas toujours d’une lumineuse clarté.
Nos contemporains ont certes du mal à raccrocher avec des idées assez réductrices concernant leur religion, mais quel que soit le discours qu’on leur présente, il leur faut avant tout la Foi. Mais alors, à quoi faut-il croire ? Que faut-il faire ? Dieu n’est pas une Energie (lire Maître Eckart) mais par contre, on peut dire qu’il est à l’origine de toutes les énergies dont l’une, très précieuse, s’appelle la Grâce. Vaut-il mieux lire Teilhard que lire des mantras ? Les deux sont utiles ! Le premier nourrit l’esprit mais il ne faut pas en abuser. Les seconds ont un caractère plus organique. Les Bouddhistes communiquent avec leur Transcendance à eux par les sons (émis par la gorge ou les moulins à prières). Les Chrétiens ou les musulmans communiquent avec leur Transcendance à eux par la parole articulée et le chant. Si l’on admet avec sincérité que l’Univers possède une profonde unité, alors on attachera la plus grande importance à la communication avec les autres et avec plus grand que soi. Cette communication n’est pas qu’une pensée car Dieu n’est pas une idée ni un alibi pour tout se permettre. La seule prononciation des mots : Père, Jésus, Marie, YHVH ou Allah, établit avec notre être un lien authentique avec tout ce qui existe hors de l’espace et hors du temps. Ainsi même les moines orientaux dans leur méditation, peuvent avoir accès à un certain univers qui n’est pas le Dieu des monothéistes mais un espace de type quantique. (lire les expériences du philosophe Sri Aurobindo). En fait, se prendre la tête pour élaborer certaines théories non scientifiquement validées, n’a qu’une importance relative. L’essentiel à mon sens, est de faire ce qu’il faut pour rester bien dans ses baskets. Penser par soi-même ? Cela me rappelle un peu Mai 68 !! Des professeurs de Philo engageaient leurs élèves à retrouver par eux-mêmes les connaissances. Ils s’asseyaient alors sans faire de cours. Ce fut une catastrophe magistrale. L’homme est paradoxal : il a besoin de liberté pour penser juste, mais il a besoin aussi de points de repère. C’est d’ailleurs là que réside l’intérêt du dialogue, c’est évident !

Lundi 26 Novembre 2012 13:47