Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






LE MILIEU DIVIN, Editions du Seuil, 1ère partie pages 31 à 67
travail pour le 25/4/2014


Marcel Comby / DIVINISATION DES ACTIVITES
Pages 33 – 34 Teilhard ne précise pas ce qu’est pour lui la recherche de Dieu. En fait je parlerais plus volontiers de relation avec Dieu. Mais Dieu n’est ni un sentiment ni une idée ni une action. On ne doit donc pas se figer sur une opinion selon laquelle la recherche du divin réside dans une extrême concentration de l’esprit qui, à la limite, peut entraîner des troubles psychiques. Tout est dans une Sagesse qui consiste à entretenir en soi un juste équilibre entre prière articulée ou chantée et actions extérieures.

Dans un gîte d’étapes, existe une phrase du Bouddha : « Il n’y a pas de chemin vers le bonheur. Le bonheur, c’est le chemin. » Cet aphorisme peut être extrapolé de la manière suivante : l’au-delà est déjà ici-bas. La vie en soi représente un élément qui se fond dans la cosmogénèse. Mais quel genre de vie parle-t-on ?
« Le péché le plus typique de notre époque, a écrit récemment le théologien dominicain Timothy Radcliffe, est la superficialité qui n’impose que de petites satisfactions. Une grande part de notre culture contemporaine rend triviaux les désirs du cœur humain. Le cœur et l’esprit humains sont faits pour saisir le sens de l’existence, assouvir notre soif de compréhension. Une société qui anesthésie l’âme avec de petites satisfactions et des distractions triviales s’effondrera dans l’ennui. »
J’ajouterai que l’autre péché le plus grave est l’absence de transmission des connaissances qui débouche sur une culture déplorablement dépourvue d’un désir plus fondamental : la recherche permanente d’un sens à notre vie. Et pourtant d’anciennes civilisations ont témoigné à leur façon d’un étonnement mystique face à l’immensité et la beauté de l’univers. Cette quête du sens engendre d’ailleurs un certain goût de vivre qui, pour Teilhard de Chardin, s’apparente à une sorte d’unité entre matière et esprit.

Pages 35 - 36 Cela rejoint ce qui est écrit précédemment. En outre et à contrario, on peut réfléchir sur certaines positions prises par certains membres de congrégations qui font passer la Règle monastique en priorité face à un événement imprévu comme recevoir une visite inattendue d’un ami ou d’un membre de la famille. Il a existé autrefois une mentalité au sein de l’Eglise selon laquelle toute jeune personne croyante ne devait pas fréquenter les bals de campagne. Or ceux-ci étaient justement l’unique lieu où garçons et filles pouvaient avoir l’occasion de se rencontrer. On peut donc parler ici d’une rupture culturelle entre la théologie enseignée et l’anthropologie. Un moine disait un jour : « Même si vous ramassez un brin d’herbe au sol ; vous êtes pécheur ! » Ce qui veut dire que l’homme, durant sa vie, participe nécessairement à un processus évolutif et par conséquent à une exigence de détachement de ce qui n’est pas essentiel ainsi qu’à un effort de développent en voie d’être divinisé. .
Teilhard évoque une dualité : amour de Dieu – amour du monde ; mais si on sait trouver les mots justes et la bonne formule alors on doit pouvoir gommer cette dichotomie. Autrefois en contemplant des moines bouddhistes Zen chanter le Hannya Shingyo, j’avais eu cette intuition que ce n’était pas un face à face avec une réalité supérieure puisqu’ils faisaient tous face à un mur obscur, mais une position du corps et de l’esprit se laissant pénétrer par l’arrière par une énergie matérialisée par un large faisceau de lumière en provenance des fenêtres du dojo. Il s’agit d’une métaphore dont on peut transférer la signification dans le langage chrétien. Nous sommes imprégnés de la nature divine sans être encore en Dieu et cette énergie est censée nous orienter vers un futur qu’on peut appeler l’ultra humain. L’évolution décrite par Teilhard, c’est un peu cela. Nous sommes en présence d’un mouvement de création où Dieu et l’homme coopèrent. Ainsi aller vers le Christ où aller vers les autres constitue le même acte chrétien.

Pages 38 – 39 En ce qui concerne la question de la liberté, je l’ai traitée dans un article précédent. En gros, la liberté consiste en une rupture dans une chaîne d’événements. On ne peut donc pas en faire un absolu. Nous avons surtout la liberté de nous remettre en cause. Là encore il y a un équilibre à trouver entre notre créativité et nos convictions personnelles et les valeurs que nous devons respecter. Ainsi je dois croire en la Résurrection mais j’ai la liberté de penser que cette résurrection n’est pas un événement qui se passera pour nous à la fin des temps, mais une réalité métaphysique qui s’exerce dans le temps présent et qui préside à l’éternisation de nos actes pour reprendre le terme utilisé par Teilhard. Cela, je ne l’ai jamais appris au catéchisme ! De même (page 49) l’incarnation ne sera achevée que lorsque la part de substance élue que renferme tout objet aura rejoint le centre définitif de sa complétion

Pages 55 à 58 Le sacré n’existe pas que dans l’idée. Comme des nuées dans le ciel, les idées vont et viennent dans notre esprit sans qu’on puisse les stopper. Le sacré se manifeste à la fois dans l’esprit et le corps mais plus encore dans les grands rassemblements d’individus communiant à un même processus d’élévation spirituelle. En passant à proximité du stade Geoffroy Guichard le dimanche 6 avril, je fus stupéfait par le nombre incommensurable de voitures et de cars flanqués dans tous les coins du quartier. C’était impressionnant à tel point que je dis à mon épouse : « Ceci, c’est du sacré !! » En fait, l’homme occidental s’est forgé une religion, celle du superficiel qui parfois supplante ses devoirs les plus élémentaires. Dans le cadre du collectif, tout ce qui est excessif est la reproduction de la Tour de Babel.

Teilhard écrit en outre : « Vienne le temps où toutes les actions de la vie seraient sacralisées ; ce moment étant venu, peu de choses sépareront la vie dans les cloîtres et la vie dans le siècle » Là, j’applaudis à deux mains !

Pages 59 – 60 Ici également nous assistons à un renversement de valeurs. Dans notre société est considéré comme humain tout ce qui s’oppose à la vertu. On le constate dans les médias et chez nos hommes politiques pour qui seul le politiquement correct a valeur de vérité. On se souvient de Jean Paul II parlant de l’évolution du sida ; Il fut carrément accusé de meurtre !

Jeudi 24 Avril 2014 11:36