Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






Galerie

Réflexion sur le livre "Comment je crois"




Ce mode de penser est omniprésent dans les différentes méthodes scientifiques. On rencontre l’analogie en mathématiques, physique, technologie, cybernétique, biologie, linguistique, psychologie, droit, philosophie, science des religions et théologie. On la met en œuvre comme moyen heuristique pour faire progresser la compréhension de notre environnement.

Le langage usuel étant trop simple devant la complexité des choses de la vie, on recourt à ce qu’on appelle : « transfert de signification d’un type d’expérience à un autre ». Les différentes cultures ont créé des métaphores qui sont des mots ou des expressions imagés qui médiatisent par un recours aux faits concrets des connaissances abstraites. Par exemple la « tête » en tant que partie du corps, sert à exprimer des réalités plus complexes : chef de famille, chef d’entreprise, de clan, etc…Cependant les métaphores tout comme les symboles et mythes et la poésie qui les véhicule, peuvent disparaître en raison de la subjectivité dont ces choses sont porteuses au sein d’une civilisation.

L’analogie fonde son transfert de signification sur la Similitude entre choses comparées. On peut avoir des similitudes de structures, de forme, de fonction, de comportement, etc…Des propositions analogiques ont toujours quelque chose de relatif et de réformable. Elles ne fixent pas dans le définitif ce qu’elles signifient. Elles ouvrent par contre de manière constructive sur un domaine plus vaste, englobant davantage de vérités.

Dans la Bible, on assiste au mariage entre le langage de tous les jours et celui du culte. Le divin est dit humainement, comparé pour le croyant à l’homme et à la nature. .Le transfert suivant lequel l’homme est dit créé à l’image de Dieu, semblable à lui, présuppose que d’abord Dieu soit imaginé semblable à l’homme ou à la nature. Le texte de Gn I met l’accent sur une analogie d’agir. Cependant le Créateur se différencie infiniment de tout créé par son essence même, ce qui montre que l’analogie ne constitue pas une preuve d’existence de Dieu ni une description objective du réel. Le croyant et le théologien voient dans les métaphores et les analogies surtout des indications de la direction dans laquelle une approche respectueuse peut être tentée. Les paraboles de Jésus ne veulent rien prouver mais seulement proposer un chemin de vie qui annonce le salut. Ce sont des analogies du Royaume à venir.

Le langage que nous utilisons s’inspire de nos intuitions, de nos connaissances, de notre sensibilité vis-à-vis d’une formulation qui nous touche particulièrement. Nous devons la respecter mais elle peut être porteuse d’ambiguïté. Ainsi j’ai pu lire dans un livre écrit par Jeanne Mortier cette phrase encadrée : « Le Christ universel est la synthèse du Christ et de l’Univers ». Un grand nombre de théologiens ne verront aucun sens dans cet aphorisme si ce n’est un vulgaire anthropomorphisme dont on mesure toute l’ambiguïté. C’est précisément le mot « synthèse » qui pose question. Plutôt que de m’appuyer sur le terme de synthèse qui annonce une certaine forme de panthéisme, je préfère utiliser le terme de « superposition » des niveaux de réalités : rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ! Ce qui compte alors pour moi, c’est l’idée de relation ou encore d’interaction n’entrant pas dans le jeu des confusions multiples. Ce tome 10 évoquant l’organisation du monde dans un cadre essentiellement théologique, apporte un grand nombre de sujet de réflexions mais, compte tenu de l’expérience de chacun, il sera sans doute l’objet de nombreux débats. En particulier les questions liées au miracle ne peuvent en aucun cas aboutir sur un consensus de fond. Le problème posé est alors le suivant : Quelle est la finalité de nos rencontres mensuelles en dehors de la simple étude de la pensée teilhardienne ?
Certes, en matière d’analogie, il y a une dialectique du mystère en science comme en théologie, mais les deux domaines de la connaissance possèdent leurs contraintes propres. La science se fonde sur l’expérimentation et sur la création de modèles faisant souvent appel au savoir mathématique. La théologie est fondée sur l’acte de croire et la foi nait d’une rencontre et y conduit. Cette foi s’exprime bien par des mots mais la relation entre Dieu et l’homme possède un tel caractère de personnalisation et d’intimité qu’il devient impossible pour l’autre de connaître une parcelle de vérité sur cette relation sans tomber dans le trivial et la caricature. Dire « comment je crois » peut être simplement l’expression d’une manière propre de concevoir le monde de l’intériorité. Ce peut être aussi la mise au grand jour de ses propres expériences de vie. Dans ce dernier cas il n’existe plus de place pour la spéculation intellectuelle ou la contestation car on touche là au plus profond de la nature humaine, réalité qui nous est voilée, une sorte de domaine où il nous est interdit de pénétrer.








Dimanche 26 Février 2012 11:23