Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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avril 2012



Par suite d’une organisation cérébrale qualitativement supérieure, de la longue enfance et de l’acquisition d’un langage, les hommes ont peu à peu perdu leur comportement inné pour le remplacer par l’acquis de l’éducation. Doit être assuré la survie du groupe. Ayant un jour atteint le seuil décisif de la pensée réfléchie, l’homme a du même coup gagné la liberté de choix. C’est ce qui explique la possibilité d’un choix dont la sanction est la souffrance et la mort. En fait, il s’agit d’un problème d’éthique concernant toute l’humanité plutôt qu’un seul homme coupable. La supposée désobéissance d’Adam et ses conséquences n’admettent pas de limites. Les préhistoriens qui ont écrit des ouvrages de synthèse sur les origines et la destinée de l’homme, affirment que le décalage est tel, entre le savoir-faire et les valeurs morales, que l’hypothèse d’une fin prématurée de notre espèce n’est pas à exclure. Revenons au récit de la Genèse :
Le jardin d’Eden constitue une région où le nouvel homme va trouver des conditions favorables à sa survie. La Bible précise qu’il est arrosé par quatre fleuves ; deux de ceux-ci peuvent être reconnus : le Nil et l’Euphrate. On a découvert des fossiles très anciens d’hominidés tout au long de la Rift Valley. L’arbre interdit de ce jardin est très séduisant ; il est bon à manger, beau à regarder, précieux pour agir avec clairvoyance, désirable pour rendre intelligent. L’expression « arbre de la connaissance du bien et du mal » reste toute fois ambiguë. La Bible œcuménique traduit par « l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur ». Alors la conscience de soi apparaît chez le couple adamique après qu’il ait mangé du fruit défendu. La prise de conscience suit la faute : « leurs yeux à tous deux s’ouvrirent et ils virent avec honte qu’ils étaient nus ! ». Nous pouvons observer là une accession à la pensée, sans doute la pensée rationnelle et la perception claire et lucide des choses qui, dans divers passages biblique est synonyme de faiblesse et d’absence de protection. La crainte de la mort se fait immédiatement sentir. Le défi de l’homme à son Créateur instille un poison lent mais sûr dont les effets se font sentir dès la génération suivante, celle de Caïn et d'Abel.
Si l’humanité a connu un âge d’or, il débute autour de – 35000 par l’avènement de l’homme actuel pour se terminer vers – 6000 par le changement le plus important de notre histoire : le passage de l’économie de chasse à celle de production. La conquête de la planète s’achève. Le sentiment religieux est bien attesté, mais l’homme cherche également à la maîtrise des forces surnaturelles. Cet âge d’or est aussi le temps de la magie. L’homme vit en harmonie avec la nature dont il obtient subsistance et confort. Ne possédant rien qu’il ne puisse transporter lui-même, il est pauvre sans en avoir conscience. L’évolution a modelé son corps et son intelligence ainsi que sa capacité d’abstraction l’ont conduit vers les sommets de l’art de tous les temps. Les représentations manifestent justement la présence de la magie, pratiques permettant de soumettre à la volonté humaine des puissances invisibles. C’est dans ce contexte que s’élabore la notion de spiritualité. Le temps biblique est celui du destin. Il est écrit : « Abel fut berger et Caïn fut laboureur » ; cette courte phrase indique le changement total de mode de vie. L’homme prédateur depuis des temps immémoriaux va produire sa subsistance, prendre possession du sol et se le disputer, récolter sa nourriture et la stocker. La sédentarisation le conduira vers une société organisée et hiérarchisée. Caïn et Abel sont ainsi les initiateurs du monde moderne.
Poursuivons le texte de la Genèse : « Or, au bout de quelques temps, Caïn offrit des fruits de la terre en oblation à l’Eternel ; et Abel lui offrit aussi des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. Et l’Eternel eut égard à Abel et à son oblation ; mais il eut point égard à Caïn ni à son oblation ; et Caïn fut fort irrité et son visage fut abattu. Genèse et Préhistoire s’accordent pour montrer que les premières religions organisées sont contemporaines de la nouvelle économie agropastorale. De même elles montrent toutes les évolutions et inventions destinées à organiser la vie, parfois dans la douleur et la violence. Se vérifie alors la parole divine : « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Avant le meurtre d’Abel comme avant la désobéissance du premier « couple », le Créateur intervient pour signaler le péril, mais sans aliéner jamais la liberté des protagonistes. L’histoire malheureuse de Caïn montre l’avènement de la jalousie et du repentir. Mais le signe que Caïn porte au front est celui de la protection et du pardon ; premier signe corporel de l’Alliance.
Le récit de la Chute et de ses conséquences ne constitue en rien un fait historique. Il révèle plutôt les aspects passionnels des rapports entre Dieu et les hommes : colère et châtiment, alliance et pardon, gages d’amour tels le sacrifice d’Abraham et la passion du Christ, épreuves terribles de l’Exode et du livre de Job.


Mardi 24 Avril 2012 15:28