Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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La façon dont nous respirons tout au long de notre vie influence considérablement la qualité de cette vie et le goût de vivre. Une mauvaise respiration réduit la vitalité et provoque un ralentissement du système métabolique. Une respiration trop superficielle et trop courte est source de fatigue, voire d’épuisement, et peut mener à l’anémie et à la dépression.
Une mauvaise respiration nous prive de toute notre joie de vivre.
Où est donc le problème ? Il faut généralement chercher les raisons d’une respiration incorrecte dans le domaine affectif.
Le problème peut apparaître dés l’enfance quand on ordonne brutalement à un enfant de cesser de pleurer. Il obéit alors en retenant sa respiration. Le fait de réprimer un sentiment ou une émotion provoque une tension musculaire qui met un frein à la respiration. En devenant adultes, nous sommes obligés de refouler ces émotions. On noie ses sentiments au lieu de les exprimer et le phénomène de la respiration s’en trouve inhibé. Nous nous habituons alors à une respiration limitée. La respiration est le reflet de la santé mentale.

Ce n’est donc pas pour rien que la description du Prana se trouve déjà dans les Upanishads. Prana est impliquée dans toute forme vivante et son énergie « subtile » n’est pas éloignée dans sa conception du « Chi » que l’acuponcture cherche à réguler.
Selon la philosophie du Yoga, l’air contenu dans le souffle est une manifestation du Prana dans le corps. Souffle, à nos latitudes, a donné le terme « spiritus » ou souffle vital.
Dans le yoga - Sûtra, Prânâyâma (terme de sanskrit) est la connaissance et le contrôle du Prana qui est la source d’où toute énergie provient, la substance universelle. Le Prana circulerait dans l’organisme par un réseau de canaux subtils : les nadis, semblables aux méridiens chinois. Dans le Yoga, les techniques de prânâyâma sont employées pour commander le mouvement des énergies subtiles dans le corps, ce qui produit une augmentation de vitalité chez l’adepte.

Il n’est donc pas surprenant de retrouver chez Teilhard, cette idée selon laquelle ce fameux « goût de vivre » représente une dynamique organisée de mouvement de l’Energie Universelle. Mais ce terme « goût de vivre » ne représente-t-il pas également une métaphore d’un mouvement cosmique que je me permets d’appeler « Respiration du Monde »
Il n’y a qu’à se souvenir de cet aphorisme hugolien : « Les choses de la vie sont comme les ondes océanes, elles se composent et se décomposent sans cesse ». C’est le phénomène de l’inspire – expire qui s’extrapolent à l’Universel. Ne sommes nous pas en permanence interpellés par les difficultés quotidiennes de la vie pour comprendre comment y remédier. Il y a les problèmes d’éducation, le soulagement de la misère et de la souffrance, la transmission de nos valeurs, la gestion des catastrophes, le rôle de l’éthique et celui des religions, etc…

Au bord de l’océan on peut avoir cette expérience magnifique du flux et du reflux, le déflux comme le dit le psychothérapeute lettonien Armands Brants. L’homme prend place dans cette pulsation et participe en collectif au mouvement de la Grande Impulsion Primaire.
L’océan est une belle image symbolique. Pour Brants, dans le flux, il y a passage du « JE indifférencié » à un « JE différencié ». Le flux correspond à une tension psychique : passion, volonté, colère, tristesse, etc. Le déflux montre les relations inter psychiques qui caractérisent le « Nous » ou le « JE – monde ». Il s’agit d’un lâcher prise qui procure le goût de vivre dans le sentiment de création par exemple de quelque chose de nouveau.. La Vie à chaque instant a besoin de Création.
L’harmonie cosmique n’est-elle pas dans le jeu interactif d’un ensemble de forces antagonistes : force attractive de gravitation d’une part et forces répulsives d’autre part dues aux mouvements des particules en présence. Un phénomène de diastole – systole assure l’écoulement rationnel de l’énergie et un équilibre général de notre monde toujours en mouvement et en recherche de sa finalité.

Notons d’abord que rien ne s’obtient sans la douleur naturelle de l’effort. Le couple douleur – plaisir représente une constante essentielle dans la conduite de nos vies. On est très loin du « tout avoir tout de suite » de nos sociétés à la dérive. Teilhard ne méprise pas pour autant l’usage des médicaments pour les cas les plus graves de souffrances physiques et morales. En ce qui concerne l’Ethique qui est sensée procurer aux individus des règles de conduite dans certains événements douloureux, le goût de vivre ou parfois de revivre est lié à cet éveil de conscience qui reconnaît la nécessité de savoir assumer le mieux possible ses propres responsabilités. Toute erreur ne doit pas en fin de compte culpabiliser mais procurer un tremplin pour gérer le futur le mieux possible. Pensons à ces milliers de gens qui sortent des prisons totalement dépersonnalisés et à d’autres qui ont raté leur vie sociale ou leur vie familiale.

A propos du goût de vivre, Teilhard parle de FOI et de VOLONTE. La foi établit une communication avec l’autre : Dieu ou le Prochain ou l’humanité toute entière. La volonté est cette qualité qui découle d’un désir d’établir cette communication. Il y a la foi en l’homme, en la science, en la médecine, en une transcendance. Faire confiance c’est déjà une entrée dans la joie de vivre. Teilhard pense que les religions doivent concourir à apporter le goût de vivre. Cependant Marie s’adressant à Bernadette durant la troisième apparition, lui dit ceci : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre ! ». Se pose donc en ce monde le problème du bonheur et de la souffrance.
Durant des décennies, les religions ont apporté une sorte de compensation à l’homme des pays du sud plongés dans la pauvreté. L’absence d’avoir stimule le sentiment religieux. C’est une sorte de déflux s’exprimant dans l’expérience de la misère. Quant à l’homme des pays riches du nord, il a perdu en grande partie cette attirance vers la transcendance car un voile recouvre sa conscience et phénoménologiquement parlant il ne respire qu’à peine. En fait une religion n’est ni une compensation psychique, ni une morale, ni une idéologie. C’est une respiration qui s’inscrit dans une manifestation de l’Energie vitale universelle convergente. A ce titre, nous trouvons dans les Evangiles des événements où il est question de souffrance et de guérison, une dualité incontournable. L’homme moderne a raison de vouloir vaincre toutes formes de souffrances et d’apporter une aide aux malades proche des fins dernières. Mais dans sa quête de bonheur et dans sa panique devant la mort , il a infiniment tort de vouloir évacuer toute la symbolique que la souffrance porte en elle. Jésus a souffert, a été crucifié, et la Rédemption ne saurait se réaliser sans l’Homme. En outre, l’homme moderne ne croit qu’en la guérison thérapeutique et il se voile la face lorsqu’il s’agit d’envisager la question de la mort. Il oublie que la guérison pouvait être un acte divin. Le goût de vivre ne relève pas que de circonstances terrestres favorables à notre épanouissement horizontal. Il relève aussi des liens subtils qui peuvent se tisser entre l’être humain et le Christ attracteur. Notre respiration se confond avec la respiration du monde dont la manifestation essentielle est une prise en compte de deux réalités complémentaires : chez les Asiatiques, c’est le Yin et Le Yang ; dans le christianisme, c’est le message d’espérance qui place l’être humain dans une dynamique laissant de côté les seuls plaisirs immédiats.

Teilhard fut certes un grand chercheur dans le mystère divin et dans celui de l’homme.. Il a voulu ouvrir son esprit scientifique à une théologie d’évolution.
La théologie n’est ni un catéchisme savant, ni l’instrument idéologique d’une religion, ni une métaphysique sans but. Sa fonction n’est pas de donner des certitudes aveugles mais de dévoiler la profondeur infinie des mystères de la foi. Elle cherche à se frayer, dans la rigueur d’un discours intelligible, le passage entre une foi qui se vit et une foi qui se dit. Ce passage n’est pas facile à négocier tant les choses de la foi sont intimes et ses contours fuyants. L’œuvre de la théologie, et sa grandeur, est de se saisir de la Parole de Dieu, reçue comme le témoignage du Dieu Vivant dans l’histoire, pour en faire une parole sur Dieu, une parole de Vérité. Cette prétention de la théologie est immédiatement pondérée par l’humilité scientifique conforme à son objet et à sa méthode : tout discours sur Dieu, quel qu’en soit l’origine, est nécessairement incomplet et inadéquat. C’est pourquoi la théologie est fondamentalement, en dépit de la rigueur de sa méthode, une herméneutique attentive au monde et ouverte à l’universalité des savoirs : elle est la respiration indispensable de la foi. Elle fait partie de la grande respiration du monde, celle qui procure en fin de compte la sérénité.

Samedi 13 Mars 2010 14:23