Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Marcel Comby /  La métaphysique de l’Air
L’Air est un symbole de spiritualisation associé au vent et au souffle.
Il représente le monde subtil intermédiaire entre le Ciel et la Terre. Ainsi il est partout. !
Dans la mythologie hindoue, Vâyu (Waju) est monté sur une gazelle et porte un étendard flottant au vent des huit courants cosmiques. Vâyu est le souffle vital, le souffle cosmique et s’identifie au Verbe qui est lui-même souffle.
L’Air est le milieu propre de la propagation de la lumière, de l’envol physique aussi bien que spirituel, de l’élévation, de la dispersion des parfums, de la montée de l’encens vers la voûte de l’église, des couleurs, des vibrations de toutes espèces.

C’est une voie de communication entre la terre et le ciel.

Le verbe est à l’origine de l’intelligence, de la communication entre les êtres humains, de la parole donc et de l’amour. La prière est avant tout parole articulée,…mais aussi la cause de destructions, de massacres, de tortures morales et physiques.
Un sage a dit : « La langue est plus dure que les dents ! ». Celles-ci peuvent mordre mais la langue peut tuer.
L’homme, avec le verbe, s’est élevé au-dessus de l’animal et a su dominer la terre. Il a pu réaliser des œuvres gigantesques et merveilleuses, mais c’est lui qui est à la source de la haine, des guerres et des génocides.
L’Air est le milieu où se manifeste le souffle divin, identique au Verbe jailli de la Bouche de Yahvé, en même temps que le souffle de sa narine qui représente la puissance créatrice et conservatrice de la Vie.

L’Air est une émanation du souffle de l’Esprit, qui dans la Genèse, se meut sur les eaux primordiales pour les séparer et créer le monde.

Vâyu, qui relie comme un fil la chaîne des mondes, est une émanation de l’esprit universel. L’univers étant tissé par ce fil, l’homme est tissé, par les cinq souffles de ses cinq sens, car leur circulation se suscite pas seulement la simple respiration ordinaire, mais unifie toutes les énergies vitales.

Afin de comprendre un peu comment le Verbe de Dieu possède la qualité suprême de se trouver partout, on peut comparer ces deux modèles qui nous sont familiers : le soleil et la parole humaine.
Le soleil illumine notre environnement mais certains rayons se heurtent à des obstacles éventuels et ainsi ne pénètrent pas partout : à la lumière du jour sont associées les ténèbres de la nuit. La parole humaine se trouve simultanément dans celui qui la prononce et dans tous ceux qui l’entendent. Telle est la métaphore qui nous élève au-delà de nos conceptions premières assez restrictives.

Saint Jean commence ainsi son Evangile : Au commencement était le Verbe

S’élevant donc au- dessus de toutes les créatures, au-dessus des montagnes, au-dessus des cieux et des astres, au-dessus de toutes les Puissances et au-dessus de tout, l’Evangéliste a perçu une prodigieuse intuition et s’en est pénétré.
Jean, le chéri de Jésus, chéri au point de reposer sur sa poitrine, devait puiser dans cet amour intime un secret qu’il divulgue dans son Evangile. Aucune parole humaine ne peut expliquer cet immense bonheur de recevoir au plus profond de soi l’existence du Verbe de Dieu

La lumière du soleil qui descend du ciel est source de vie et elle procure aux objets toute leur beauté et leurs couleurs. Elle pénètre tous les corps transparents et passe à travers les fenêtres de nos maisons et l’iris de nos yeux mais ne traverse pas les murailles.

Au Verbe de Dieu, au contraire, tout est accessible, rien n’est caché pour lui bien que, contrairement à la philosophie de Spinoza par exemple, il ne s’identifie pas à sa création. Contrairement au soleil, le Verbe se situe à la fois en Orient et en Occident, ou plus précisément dans un cœur oriental et un cœur occidental. Mais quelle preuve peut-on donner de cela ? L’homme est un infirme qui parle à des infirmes ! Aucune parole, aucun son de la voix ne peuvent transmettre ce qu’il y a de plus énigmatique et de plus subtil et profond.
Par lui tout a été fait
On ne peut que contempler et admirer ses œuvres et trembler devant lui. L’homme cependant doit mobiliser toutes ses forces et son intelligence pour tenter de comprendre.
Le désire-t-il réellement ?

La parole est mortelle tandis que le Verbe est immortel ; la parole est muable et le Verbe est immuable, comme un printemps toujours présent ; la parole passe mais le Verbe demeure éternellement. Si un homme nourrit d’autres êtres humains, alors cette nourriture est partagée et chacun n’a pas tout mais seulement une partie des aliments.

Mais si le même homme distribue la parole à tous ceux qui l’écoutent, alors chacun obtiendra la parole tout entière. Telle est la puissance de la parole, capable d’être reçue dans son intégralité et gardée intacte par celui qui la donne. Il convient donc de se méfier de l’usage que l’on fait du mot : partage.
Que n’est donc pas le Verbe de Dieu ? Ce n’est pas l’air qu’on respire, l’eau que l’on boit, le feu qui nous réchauffe, la terre qui nous nourrit. C’est infiniment plus et nous ne pouvons la voir ni l’entendre ni la sentir ni la toucher ni la goûter.

Car la Parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche
et dans ton cœur pour que tu la mettes en pratique
(Det , 30 , 14)

Maintenant je vais rappeler les œuvres du Seigneur,
ce que j’ai vu je vais le raconter.
Par ses paroles le Seigneur a fait ses œuvres
et la création obéit à sa volonté
(Si , 42 , 15)

Allez annoncer hardiment au peuple dans le Temple
tout ce qui concerne toutes les paroles de cette vie-là
(Ac , 5 , 20)
Telle est la nature de la prédication évangélique, qui est parole de vie !

En ce qui concerne l’intimité divine, Jean utilise deux images complémentaires :
Dieu est présenté comme l’intelligence qui conçoit un Verbe et comme un Père qui engendre un Fils.

Un Verbe ne fait pas un être distinct de l’Esprit qui le conçoit
et le Fils est une personne distincte du Père qui l’engendre.
En Dieu, le Verbe est son Fils : dualité des personnes
dans l’unité de leur nature.

L’action de Dieu est triple dans le prologue Johannique :

- Le Verbe est créateur et organisateur du cosmos
Tout fut fait par lui et sans lui rien ne fut… En lui était la Vie.

L’auteur de l’épître aux hébreux écrit :

Ce Fils porte toutes choses par sa parole puissante…
Par lui, il a créé les mondes.

Cette parole nous enseigne le livre de la Sagesse, tient toutes choses, fait tenir ensemble tout le cosmos, en fait justement un cosmos c'est-à-dire un monde organisé et intelligible.

- Le Verbe est illuminateur de l’intelligence de l’homme
Il vient dans le monde et en venant : Il éclaire tout homme

Depuis la création du monde, Dieu se laisse voir à l’intelligence
à travers ses œuvres.
(Ro , 1 , 19)


Le Verbe vient à la rencontre de l’homme pour le conduire à la révélation plénière de Dieu, à condition qu’il soit accueilli ! Jean note malheureusement qu’il ne l’est pas, sauf pour quelques-uns qui deviennent : enfants de Dieu.
Il est l’éducateur des juifs, c'est-à-dire qu’il est venu chez les siens ; les siens, son peuple choisi, élu depuis Abraham, les siens formés par les prophètes, les sages et les hommes de Dieu. Et là encore Jean note avec tristesse : Et les siens ne l’ont pas accueilli.

- Le Verbe s’est fait chair
Le Verbe venant à la rencontre de l’homme pour l’éclairer, devient un homme fragile, assume une chair humaine mortelle ; il devient humble créature ; l’inaccessible trois fois saint langé dans une crèche. Et il a fallu la foi à transporter les montagnes pour voir la gloire de Dieu dans l’humble humanité de Jésus et pour se laisser éclairer par le climat paisible et extraordinaire de l’Evangile : plein de grâce et de vérité.

Ce n’est plus la loi de Moïse qui conduit l’homme à Dieu, c’est la grâce et la vérité données par Jésus. Ainsi le don de Dieu est inépuisable. Comme Marie, nous sommes appelés à vivre totalement : dans la grâce et la vérité.

Connaître, pour la Bible, c’est tout à la fois connaître par l’intelligence mais aussi contempler, établir une relation, vénérer et aimer. Dieu est désormais
connu, dans tous les sens du terme, et seulement par le Fils incarné. Et cette connaissance de Dieu est la vie et la plénitude de l’homme. Certes ce que nous sommes : enfants de Dieu, n’est pas encore manifesté ; mais nous le sommes vraiment. L’homme contemporain en est-il conscient ? L’expression : être enfant de suppose une relation proche et intime qui se réalise dans le silence et le secret du cœur. Il ne s’agit pas du silence qui enferme sur soi, mais d’un silence d’écoute et de contemplation.
 

Mercredi 12 Mai 2010 13:13