Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Réflexion pour septembre 2014
Teilhard de Chardin "Le Milieu Divin", Editions du Seuil


Marcel Comby / Le Milieu Divin  3ème partie
On peut appeler « Milieu Divin », l’ensemble de toutes les relations entre Dieu et l’univers et plus précisément entre Dieu Trinité et la nature humaine. Mais qui dit relation, met en évidence les notions de forces, d’énergies, d’actions, de paroles et de langages.

Dans l’espace-temps, l’homme use de son langage rationnel pour communiquer alors que dans le domaine métaphysique il usera du langage symbolique. Appelons SYMBOLE cette possibilité de transparence de toute chose. Ainsi Teilhard écrit (page 162) : « S’il est permis de modifier légèrement un mot sacré, nous dirons que le grand Mystère du christianisme ce n’est pas seulement l’apparition, mais la transparence de Dieu dans l’univers. » Ne disons pas : « telle chose a d’abord sa réalité de chose, ensuite elle a la possibilité de faire penser à Dieu », car d’où vient sa réalité de chose, si ce n’est pas par Dieu ou pour Dieu qu’elle est ? Disons plutôt : « telle chose a sa réalité en Dieu », ensuite elle est présente à nos yeux superficiels comme l’illusion d’être réelle sur son plan. Alors si Dieu m’éclaire, je verrai que cette réalité illusoire n’est rien d’autre qu’illusoire, et qu’elle me cachait la présence immuable du seul Réel auquel mon âme aspire. Teilhard écrit encore : « Oh ! oui, Seigneur, pas seulement le rayon qui effleure mais le rayon qui pénètre. »

Un des fondateurs de la sociologie, Emile Durkheim, avait montré que toutes les religions cherchent à délimiter aussi précisément que possible la sphère du sacré et celle du profane. Pour Teilhard, ces sphères se confondent : « rien n’est profane ici-bas » (p 47). Les choses ne sont pas divines en elles-mêmes, mais Dieu agit à l’intérieur et à travers elles. Il les fait évoluer, il les transforme. Il agit aussi en l’homme et à travers lui, car l’homme transforme les choses et se transforme lui-même. Le panthéisme de Teilhard, si panthéisme il y a, est un panthéisme d’action, de mouvement, d’évolution, de transformation.

Dans « Le Milieu Divin », écrit en 1926 et publié 30 ans plus tard, Teilhard s’intéresse essentiellement à la foi, c’est-à-dire à la nature, à la forme et à l’étendue du lien que chaque homme tisse, ou en tout cas a la possibilité de tisser, avec Dieu. Je cite Saint Paul : « Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent. (He, XI, 3 « Aujourd’hui, certes, nous voyons dans un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui, je connais d’une manière imparfaite ; mais alors je connaîtrai comme je fus connu. (Cor XIII, 12).
Pour Teilhard la foi n’est pas qu’une adhésion intellectuelle au dogme chrétien mais la croyance que l’univers est l’argile dont le Créateur pétrit à son gré les multiples possibilités (page 168). La foi est une puissance qui opère, la révélation d’une unification en Dieu des forces de la nature. (page 169). Nos échecs, nos fautes et notre mort peuvent être refondus en « mieux » par Dieu. (page 171).

Une certaine théologie avait fait de Dieu un objet de la raison et l’avait fait disparaître comme objet d’amour. Teilhard lui restitue cette qualité, et plus encore : Dieu est pour lui non seulement « objet d’amour » mais centre producteur d’amour rayonnant sur et en toutes choses. Teilhard écrit (page 164) : « le charme lourd de responsabilité du Milieu Divin est d’avoir une intensité toujours croissante ; le vœu fou de tout amour est de ce perdre dans ce que l’on aime et de s’y enfoncer de plus en plus. » Outre la foi, Teilhard met en évidence deux autres vertus concourant à cette « infinie concentration du divin en nous : la pureté et la fidélité » (page 164)

Durant très longtemps, l’impureté a été considérée avant tout comme une déviation de nature sexuelle. La pureté doit être considérée sous un aspect plus global : « la rectitude et l’élan que l’amour de Dieu met dans nos vies. » L’impureté est alors une paresse spirituelle qui plonge l’homme dans l’unique jouissance des plaisirs terrestres et la pureté coïncide avec un souci toujours renouvelé de marcher dans les pas du Christ rédempteur.

La fidélité n’est pas de nos jours la vertu la plus pratiquée en raison d’un contexte socio-culturel instable qui met l’accent sur la facilité et la recherche du toujours mieux pour nos satisfactions immédiates. La notion de désengagement s’applique à des domaines très divers : la religion, la recherche scientifique, la vie de couple, la politique, le respect et la domination raisonnable de la nature, etc. C’est ainsi que (page 174) : « Par la fidélité nous nous trouvons situés au point de convergence des innombrables faisceaux des forces extérieures et intérieures du monde. » En outre (page 175) : « Dieu ne se présente pas à nous, êtres finis, comme une chose toute faite. Il est pour nous l’éternelle découverte et l’éternelle croissance. »
J’y vois là une grande exigence qui s’appuie encore ici le mouvement et le renouvellement continu de notre être intérieur vers un but dont le symbole serait « l’étoile des rois mages. »
« Pureté, foi et fidélité, vertus immobiles et vertus qui opèrent, vous êtes véritablement dans la sérénité des énergies supérieures de la nature ; vous êtes les principes formateurs de la Terre Nouvelle. » (page 177).

Mardi 2 Septembre 2014 17:13