Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Les scientifiques actuels , et non des moindres, reprennent volontiers la vieille tradition du discours analogique. Dans ce but, ils déduisent de ce qui est déjà connu ce qui ne l’est pas encore, jettent des ponts entre différentes disciplines pour réaliser un surcroît de connaissance. Pour les théologiens, la réalité de Dieu ne peut être approchée que par des voies indirectes. C’est aussi le cas de la métaphore qui fonctionne par un transfert imagé de signification. Ainsi le tout petit angle droit de notre géométrie élémentaire engendre une pléthore de systèmes dont la caractéristique est l’orthogonalité. En mécanique quantique existent des états dits orthogonaux et dans l’art sacré il y a la fameuse rosace emplie de sens.

Il est trompeur de croire que l’organisation de l’Univers n’est faite que d’Evolution.
Dans le cadre de la matière, les lois physiques sont immuables ; dans le cadre de l’esprit il existe également des constantes universelles qu’on désigne sous le terme d’Archétype.
Pour imaginer cet Univers, j’aime cette métaphore du vitrail de nos églises dont les structures rigides laissent se précipiter la lumière, source de créations et d’évolutions.

La psychologie de Jung utilise la notion d’archétype pour désigner des images abstraites et anciennes qui font partie du trésor commun de l’humanité et qui se retrouvent dans toutes les mythologies. On y rencontre des invariants, des symboles universels et constants. L’archétype est aussi un modèle intelligible qui témoigne, à un niveau supérieur, de l’organisation de la pensée commune à tous les êtres humains depuis l’apparition de l’intelligence.

Dans l’Antiquité, Thalès a mis en évidence les notions de RAPPORT et de PARALLELISME. Le réel est inaccessible à nos capacités mentales ; l’Homme ne peut qu’établir des relations entre les objets. En outre on dira que deux idéologies sont parallèles si elles admettent une direction et une finalité communes. Dire que la science et la religion sont complémentaires dans l’approche du divin est une contre vérité.

Pythagore a, quant à lui, étudié les objets dans le cadre de l’ORTHOGONALITE.
Ce qui fait penser d’abord à cette notion c’est la Verticalité et l’Horizontalité : la transcendance et le monde créé, lieu de toutes les possibilités immanentes. La verticalité symbolise l’ascensionnel et le progrès. Teilhard évoque, dans le phénomène humain, les notions d’énergies tangentielles et d’énergies radiales : énergies d’arrangements de choses assujetties au même degré de complexité et énergies centrées attirant les choses dans une direction de plus grande complexité. Deux systèmes de pensée seront dits orthogonaux s’ils se situent dans deux plans différents de la Connaissance. Dans sa théorie de la Relativité, Einstein a dit : « Le temps est orthogonal à l’espace ». De même la science et la religion sont « orthogonales l’une par rapport à l’autre ». Comme deux droites perpendiculaires ont un point commun, science et religion se complètent pour que l’humanité converge vers un centre au sens teilhardien du terme. La science ne mène pas à la vérité mais elle propose des directions et des pistes de recherche.

Dés la petite enfance, l’être humain sait APPARIER les objets d’une collection, par exemple : installer des poupées une à une sur un nombre égal de petites chaises et reconnaître les anomalies de configuration dans les deux collections. Cette notion d’appariement ou correspondance biunivoque sert de base à toute recherche scientifique ou autre. L’analogie, par exemple, a une mission d’interprétation des textes bibliques.
La droite et la gauche de notre corps, le haut et le bas, nous introduisent dans le mystérieux domaine de la DUALITE : composition et décomposition, analyse et synthèse, etc. La Connaissance et la recherche découlent de ces modes cognitifs.

Un autre modèle est celui de l’Homme qui joint les mains comme pour réaliser un cône ascendant. Soit il le fait pour demander une faveur suprême ou pour implorer une divinité, soit il prie ou médite dans une sorte d’unification de son corps : c’est un geste universel qui a son importance.

Teilhard a justement inventé cette image de section conique pour établir une correspondance entre l’espace et le temps et probablement mettre en évidence la nature religieuse de l’homme et sa recherche permanente de l’absolu ou celle du pardon..

La métaphore du cône est donc très riche en symbolisme. Le cône est supposé vertical et de révolution de sorte qu’il possède un axe vertical et un sommet. Si on comprend bien, la section d’un tel cône représente géométriquement un Espace circulaire dont l’étendue varie de façon proportionnelle à son éloignement du Sommet. Le Temps est la variable qui rapproche l’espace du sommet. Nous sommes donc bien dans la configuration de deux réalités orthogonales. Epistémologiquement ces propriétés doivent logiquement signifier que les variations de la variable Temps induisent tout naturellement un rapprochement et un renforcement des liaisons entre les éléments de l’Espace. Le Sommet est alors semblable à un « trou noir » de l’astrophysique, au sein duquel les forces d’interactions sont extrêmement élevées. L’idée de Teilhard est sans doute de convaincre que notre Univers va perpétuellement en s’enrichissant par le truchement des relations d’amour et de solidarité toujours inachevées entre les hommes. En fait ces relations d’Amour sont multiples et souvent invisibles. Les médias ne font que perturber ce bel agencement ! Citons un tout petit fait divers : Récemment un couple africain demanda à l’évêque de Saint Etienne de lui procurer quelques prénoms afin de faire baptiser leur enfant dans la religion catholique. Le prêtre, fouillant dans l’histoire de ses ascendants, leur proposa : Pierre, Marc, Auguste, etc…Un peu plus tard le couple ayant bien réfléchi, choisit Auguste ! en référence au passé de celui qui porta ce prénom. L’évêque en fut ravi et conclut : « maintenant nous aurons un petit Auguste congolais !! ». Cette histoire illustre bien la réalité selon laquelle il peut s’établir entre des êtres très éloignés géographiquement une relation planétaire d’ordre spirituel. Il est certain que nous avons changé de monde.

Rien à voir avec la fin du géocentrisme au temps de Galilée trois cents ans auparavant. Avec l’évolution biologique, les valeurs planétaires n’ont plus la même signification. L’Homme se trouve concerné par un changement de paradigme ; il devient la forme supérieure du monde animal, et non plus seulement un être évolué mais isolé du monde animal. Cet isolement lui ôte toute idée qu’il possède un avenir, en vertu de son appartenance à un monde en évolution : il y a quelque chose en avant de lui ! Le darwinisme, d’ailleurs, se présentait juste à point nommé dans cet élan scientifique et philosophique, pour fournir une certaine justification à l’idée de progrès. Un problème apparaît alors pour l’homme de notre époque : celui, inéluctable, de l’extinction des espèces ; la disparition mystérieuse des phyla au cours des périodes géologiques. La vie moyenne des différentes espèces se mesure en quelques millions d’années. Une mort collective concerne ainsi toutes les espèces y compris l’espèce humaine : une raison, pour nos contemporains, de se soucier de cette ombre menaçante qui se présente à eux. Dans sa détresse métaphysique, l’homme ne va-t-il pas tenter de prolonger techniquement sa survie, dans l’espace et dans le temps ? Peut-il abolir, par son intelligence, cette idée de Fin de l’humanité ?
Teilhard dit que l’humanité est une espèce qui converge, donc il conclut :

« Car enfin si, par structure, l’Humanité ne va pas se dissipant, mais se concentrant sur elle-même ; autrement dit si, unique parmi toutes les formes vivantes que nous connaissons, notre phylum zoologique dérive laborieusement vers un point critique de Spéciation : alors, tous les espoirs ne nous sont-ils pas permis en matière de survie et d’irréversible ?
La fin d’une espèce « réfléchie » : non plus une désagrégation et une mort, mais une nouvelle percée et une renaissance (cette fois hors du Temps et de l’Espace), par excès même d’unification et de co – réflexion. ». (L’avenir de l’homme page 349)

Bien sûr cette idée d’un salut de l’espèce humaine en direction, non pas d’un transformisme spatio – temporel, mais d’une sorte d’évasion psychique par excès de conscience, ne peut être scientifiquement envisagée. Nous abordons un domaine qui fait intervenir une vision philosophique selon laquelle l’idée de co – réflexion entraîne un accroissement de la personne, concept qui ne peut que renforcer notre optimisme, notre foi et notre pouvoir d’action. En outre, l’Union ne confond pas, mais différencie.
Teilhard évoque, dans le cadre d’une Biogenèse bien comprise, la suprématie du plus – être sur le bien – être. La Fin de l’espèce se conçoit comme un « enlèvement » de l’humanité vers la Jérusalem céleste par un Christ accompli, tout comme Marie fut enlevée dans le Ciel.




Lundi 7 Février 2011 12:14