Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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dans son 1er chapitre
“Ecrits du temps de la guerre”


Marcel Comby / Le mystérieux concept d’Ether
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-L’éther serait une énergie en provenance directe de la Source. Elle est pure, parfaite et compose tout ce qui existe. En fait, c'est l'énergie même de la Source. Elle permet de maintenir en place tout ce qui existe, c'est une vibration qui unit et qui manifeste l'origine de toute chose. Sa vibration dépasse toutes les vibrations, l'éther constitue une sorte de "super énergie" transcendantale. L'éther ne serait pas une substance matérielle qu'on pourrait détecter à l'aide des instruments scientifiques, ce n'est même pas de la matière mais en même temps, il permet la matière, c'est son substrat. Il s’agirait de l’énergie du Cosmos et de la Création. Pour le découvrir, si cela est possible, il faut emprunter une voie qui mobilise des grands moyens spirituels. Comme les quatre éléments Feu, Eau, Air et Terre, il n'y a pas qu'un seul aspect de l'Ether. Il existe plein d'aspects et d'émanations de l'Ether selon notre niveau spirituel. Il s’agit, en fait, d’un concept nébuleux, aux frontières de la science et de l’occulte.

-Ce «cinquième élément» fait l’objet d’une exposition dans un centre de culture contemporaine : La Panacée à Montpellier, qui se propose de retracer l’histoire de l’énigmatique substance qui revient régulièrement hanter l’imaginaire artistique comme scientifique. La pièce est remplie d’un étrange bourdonnement fluctuant. Il provient des vibrations d’un fil de cuivre enroulé de quatre kilomètres de long, formant quatre antennes qui résonnent en sympathie avec les ondes cosmiques, ces flots de particules qui proviennent de l’espace. L’ambiance surnaturelle est renforcée par la vidéo vaporeuse qui fait apparaître, telle une hallucination nocturne, une ville fantôme aux pieds des Blue Mountains en Australie, où résident Joyce Hinterding et David Haines, les deux artistes auteurs de l’installation Two Works for Wilhelm Reich présentée à La Panacée, centre d’art contemporain à Montpellier. «Ce que vous entendez, c’est l’activité solaire, le bruit de fond de la voie lactée, explique David Haines. Ces sons liminaux très basses fréquences [Very Low Frequency, VLF, ndlr] ne sont normalement pas audibles par l’oreille humaine, ce sont des vibrations qui nécessitent une traduction.» Les artistes donnent à entendre cette radio naturelle terrestre dans un environnement de plus en plus saturé par les ondes d’origine artificielle.
-Entamée au début du XXe siècle avec la première transmission transatlantique du télégraphe sans fil en 1901, la colonisation et l’industrialisation du spectre électromagnétique se sont accélérées à l’ère du wireless et de l’informatique en nuage. Notre corps baigne désormais dans une symphonie discordante de champs magnétiques émis par nos gadgets électroniques, depuis les quelques mètres de portée du wi-fi jusqu’à la couverture des satellites. Cette symphonie discordante, cet océan impalpable et invisible, autrefois appelé «éther», est précisément ce que tente de saisir et de réactualiser «Dernières Nouvelles de l’éther», l’exposition présentée à La Panacée jusqu’au 22 juin 2014. Outil majeur de l’histoire des sciences, l’éther, cette métaphore de l’inconnu, continue d’alimenter un imaginaire très fort et d’inspirer les artistes. Franck Bauchard, directeur du centre et commissaire de l’expo avec Sébastien Pluot S’exprime ainsi : «Aujourd’hui, on n’a pas de terme pour nommer cet espace grâce auquel on communique et qui était l’éther : une notion devenue complètement obsolète avec la théorie de la relativité. Paradoxalement, on se débarrasse scientifiquement de l’éther au moment où on sature les ondes d’activités humaines.» On peut se demander alors pourquoi, bien que définitivement discréditée, cette mystérieuse entité cosmique resurgit continuellement dans la conscience collective présente dans notre civilisation numérique sans doute la plus éthérée qui soit. «L’éther est le superflux du ciel suscitant une plénitude de pensée, bien que le mot soit là pour suppléer le vide», écrit Joe Milutis, écrivain et artiste américain, soulignant ce paradoxe fondamental.
-Substance médiatrice entre la science, la technologie et la spéculation occulte, l’éther, notion fuyante et polysémique, ne s’est jamais stabilisée, variant constamment à travers les âges. Son histoire est ancienne et débute avec les Grecs. Dans la mythologie, Ether est l’un des dieux primordiaux, créé en même temps que l’univers, dont ils forment le tissu même. Fils d’Erèbe (dieu des Ténèbres) et de Nix (déesse de la Nuit) selon Hésiode, l’éther personnifiait l’air que respiraient les dieux, plus subtil que l’air dense et lourd des mortels. Anaxagore, philosophe présocratique, sépare l’air (terrestre) de l’éther (astral), mais ce qu’il désigne sous le nom d’éther est le feu. L’Epinomis attribué à Platon mentionne une première fois l’éther comme cinquième corps, avec le feu, l’eau, l’air et la terre. Aristote en fait la «quintessence» de l’univers. Puis la matière supposée emplir la sphère céleste s’est progressivement démystifiée, est descendue sur terre pour se rapprocher des hommes.
-Après un millénaire d’éthers variables, forgés par les métaphysiciens, mais aussi les alchimistes et les magiciens, une sorte d’éther global, consensuel et scientifique commence à prendre forme à partir du XVIIIe siècle avec les Lumières. Depuis Descartes, Newton et Young, il était considéré comme une substance dans laquelle baigneraient toutes les choses, un élément invisible répandu partout dans le vide comme dans l’intérieur des corps. Et notamment le milieu permettant la propagation des ondes lumineuses (éther luminifère). «Sans lui, de nombreux phénomènes physiques resteraient inexplicables», lit-on dans le Nouveau Larousse illustré de 1905. L’éther, ce rien qui connectait tout, était devenu le médium fantôme à travers lequel la physique imaginait que tous les échanges devaient se passer. Au milieu du XIXe siècle, des dizaines de théories de l’éther circulaient dans les cercles scientifiques, expliquant, selon les cas, la propagation de la lumière, du son, de l’électricité, la gravitation, les mouvements de la planète. Jusqu’à ce qu’en 1864, James Clerk Maxwell, physicien écossais, réunifie l’électricité, l’électromagnétisme et la lumière dans sa théorie sur l’onde électromagnétique. Hertz finit par transformer «l’éther luminifère» du XIXe siècle en «spectre électromagnétique» du XXe siècle et ouvre la voie aux médias modernes, la télégraphie sans fil, puis la radio, qui vont révolutionner la communication en abolissant l’espace et le temps. L’hypothèse de l’éther est remise en cause dès 1887 avec les expériences de Michelson et Morley (qui concluent que la vitesse de la lumière est identique, quel que soit l’élément qu’elle traverse). Einstein lui porte le coup de grâce en 1905, en le déclarant «superflu» dans sa théorie de la relativité restreinte, déplaçant le médium du champ de la science à celui de la poésie.
-Mais tandis que ces fantastiques découvertes scientifiques éclairaient d’un jour nouveau quantité de phénomènes invisibles et inexpliqués jusque-là, l’imaginaire aussi se déchaînait. Au milieu du XIXe siècle, une stupéfiante vague de spiritualisme et de tables tournantes a électrisé la planète, contaminant l’Amérique puis l’Europe et le reste du monde. On retrouve cette empreinte spiritualiste dans les dessins automatiques d’un peintre médium contemporain, Philippe Deloison, alignés dans l’exposition, qui recouvre ses cahiers de vibrations fantomatiques émanant de silhouettes humaines dessinées au crayon de couleur, dictés par des entités invisibles. La réalité, pour moi personnellement, résulte du fait qu’il existe une forme particulière d’énergie intermédiaire entre les grandes énergies physiques bien connues et cette énergie originelle citée par Teilhard de Chardin dans sa vision métaphysique du monde. Il s’agit en l’occurrence des énergies dites « subtiles » qui se situent au niveau du monde quantique et de la culture orientale traditionnelle ; pensons au YOGA par exemple et des réseaux de méridiens de chakras.
-Ces possibles relations entre esprit, énergie, électricité, éther et communication occulte ont occupé une pléthore de penseurs à la fin du XIXe siècle. Y compris des scientifiques éminents, qui pensaient pouvoir trouver une explication rationnelle à des phénomènes comme la clairvoyance, la transe, l’hypnose, la télépathie et autres curiosités parapsychologiques, s’employant à tenter de réconcilier les domaines de la physique et de la métaphysique. Comme Oliver Lodge, grand spécialiste de l’électromagnétisme et l’un des pionniers de la radio, ou Sir William Crookes, physicien britannique qui précise : «Si les communications des esprits se font à travers les vibrations de l’éther ou dans une substance encore plus subtile, nous aurions là une explication possible de la télépathie.» De la télégraphie électrique sans fil à la transmission de pensées, de cerveau à cerveau, tout n’était plus que question de longueur d’ondes. «La physique de l’éther a eu un impact fort sur les débuts de la modernité dans les arts, la littérature et la philosophie, à partir de la fin du XIXe siècle jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale », explique Franck Bauchard, citant Duchamp, Malevitch, Kandinsky, Jarry et la pataphysique, Artaud, jusqu’à l’écriture automatique adoptée par Breton et les surréalistes, persuadés que «ce monde sans fil» appelait d’autres formes. Les commissaires ont fait de ce lien entre télépathie et électromagnétisme une dimension centrale de l’exposition «Dernières Nouvelles de l’éther».
-D’après Sébastien Pluot, les effets invisibles et imperceptibles de la «société électromagnétique globale» lancent un défi central aux artistes : comment les représenter autrement que par l’ordre de l’allégorie ? L’artiste conceptuel Robert Barry - dont le père était ingénieur électrique et radioamateur - déplore que les artistes ne fassent que travailler sur un champ très étroit du spectre, celui de la lumière visible, alors que leur rôle serait d’étendre ce spectre à l’ensemble des radiations. «Comment faire savoir à quelqu’un que la pièce est pleine de choses invisibles ?» interroge Barry qui, à la fin des années 60, a créé une série d’œuvres où il diffuse du gaz, de la radioactivité, des ultrasons ou des ondes électromagnétiques dans un espace. Son œuvre de 1969, consistant à déployer un champ électromagnétique de 97 MHZ, est réactivée dans l’auditorium de La Panacée. L’œuvre invisible est uniquement signalée par un discret cartel. La même année, l’artiste conceptuel propose Telepathic Piece, une œuvre d’art qui n’est ni de l’ordre du langage ni de l’image, et qu’il tente de communiquer par télépathie. «Dès les années 60, des artistes comme Barry pressentaient déjà cette organisation paramétrée de la société par des systèmes imperceptibles», estime Sébastien Pluot. Les rayons X permettent de voir à travers le corps, pourquoi ne pourrait-on pas voir à travers la pensée ? Certains s’emparent des technologies (électroencéphalogramme, électrocardiogramme, détecteur de mensonges) pour en montrer les limites et réfuter ironiquement l’idéologie de la transparence de l’expression.
-Depuis le début du XXe siècle, le globe s’est retrouvé progressivement enveloppé d’une armature d’information désincarnée, véhiculée par les radars, radio, télévision, téléphonie mobile, satellitaire, Internet sans fil. En 1999, Jack Hitt, auteur américain, s’interrogeait dans le magazine Wired : «Est-ce une coïncidence si ce siècle - connu comme le temps de l’inquiétude, une époque où sévissent des hystéries variées, l’ère qui donna naissance à l’existentialisme - correspond à notre entrée dans la bulle électromagnétique, où nous avons décidé d’installer nos existences ? Nous n’avons jamais bien saisi que nous évoluons dans une douce mer électromagnétique comme nous le faisons dans l’air. C’est à la fois une composante de notre atmosphère et une étendue dans laquelle notre conscience s’immerge.» Par leur puissance, ces réseaux hertziens supplantent les phénomènes naturels. Jusque dans les endroits les plus reculés, comme a pu le constater l’artiste sonore Dominique Blais, parti au Spitzberg dans le cercle arctique pour y enregistrer les émissions radio des vents solaires. Cette omniprésence, qui sature l’atmosphère, suscite aujourd’hui une nouvelle inquiétude, celle d’une synchronisation et d’une manipulation des esprits par les ondes. Elle est notamment exprimée par le film expérimental Spectres of the Spectrum, de 1999, du réalisateur Craig Baldwin, projeté dans le cadre de l’exposition. L’action de ce film de science-fiction, fait d’un collage d’archives télévisuelles, se situe en 2007 : le monde est sous le contrôle du New Electromagnetic Order, un empire du mal qui planifie l’effacement des souvenirs de tous les êtres vivants, projet contré par un groupe de rebelles télépathes. Une peur de l’intrusion qui rejoint celle de la surveillance généralisée alimentée notamment par le récent scandale de la National Security Agency. Au point que certains rêvent d’échapper à cette étreinte électromagnétique, cherchant refuge dans les rares zones blanches, vierges de tout signal.
-Désormais, l’éther n’est plus ce monde inconnu et mystérieux, propice à toutes sortes de spéculations, mais un environnement où transitent les transactions économiques, les flux d’information, les échanges relationnels. Les commissaires Bauchard et Pluot regrettent qu’on ait «perdu cet imaginaire autour des ondes». L’éther s’est vu supplanté par le cloud («nuage»), terme tout aussi nébuleux mais moins glamour désignant l’informatique dématérialisée dans des serveurs distants, et par extension l’Internet. Pourtant, le terme éther resurgit régulièrement, toujours porteur d’un potentiel utopique. Il est au cœur des mythes et promesses du sans-fil dans les années 70, qui annonçait un monde plus démocratique, où les communications deviendraient soudain fluides, et l’émergence de nouveaux modes de vie mobiles. Dans une interview à Mediapart, l’écrivain Jérôme Baccelli, auteur d’une récente et envoûtante méditation sur le vide, Aujourd’hui l’abîme - qui pourrait servir de complément littéraire aux Dernières Nouvelles de l’éther -, faisait remarquer que «depuis le Nasdaq, né dans les années 80, les deux industries les plus éthérées qui soient se sont réunies pour dominer sans rival l’économie mondiale : je parle des hautes technologies et de la finance. Il en résulte une nébuleuse omnipotente dont on ignore non seulement la course et la destination, mais aussi la nature exacte». On pense à son roman en écoutant les notes de musique qu’égrène le piano mécanique d’Hugo Bregeau, qui a transformé en partition l’activité du CAC 40, soulignant l’aspect fantomatique de ces transactions, de plus en plus rapides, intelligentes, abstraites, qui ont pourtant des conséquences très palpables dans l’économie et la vie réelle. Le protagoniste du roman de Jérôme Baccelli est un trader en cavale, ex-employé dans le high frequency trading, ces transactions ultrarapides réalisées par des algorithmes opaques. Seul sur son bateau, ballotté par l’océan, il retrace l’histoire de la fascination des hommes pour le vide : de l’éther («cette idée floue, ce vague à l’âme», comme il le décrit poétiquement) à Einstein qui l’enterre un peu vite, des cieux visqueux de Van Gogh aux monochromes ultramarins de Klein, de Steve Jobs aux logiciels de spéculation boursière. «Depuis Anaxagore, la science n’a cessé de se demander si le vide parfait existe ou pas, de suggérer qu’il y aurait un cinquième élément qui maintiendrait les choses en ordre, à commencer par le cosmos !» déclare Baccelli à Mediapart. L’auteur est fasciné par la régularité avec laquelle ce cinquième élément disparaît et réapparaît à peu près à chaque siècle depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. «Autrefois, il s’appelait l’éther et ses défenseurs jusqu’à récemment encore se couvraient de ridicule rien qu’à évoquer ce nom. Or, depuis les années 60, on s’accorde à nouveau sur la possibilité de l’éther, quoique sous une autre appellation.» Comme Baccelli l’écrit dans son roman : «L’éther, c’est comme la littérature : ça n’a jamais servi à rien… sauf à survivre.»
-Comme le faisait autrefois le physicien Schrödinger, un des fondateurs de la mécanique quantique, on peut se poser la question fondamentale : « quel est ce facteur cosmique qui permet, malgré le renouvellement permanent des molécules vivantes, la stabilité structurelle d’un paysage dans le temps ? »
-Comme le faisait autrefois Teilhard de Chardin, on peut imaginer qu’il existe une réalité organisatrice de l’univers dont la colonne vertébrale serait de nature vibratoire et dont la composante fondamentale serait une Energie qui contiendrait toutes les autres dans une parfaite harmonie. L’unité du monde ferait qu’il existe une communion mystérieuse mais réelle entre les composants de ce monde dont il convient d’y inclure la pensée, toute nos pensées, nos sensations et de nos émotions. Teilhard a justement inventé le terme de « Noosphère » ou sphère pensante qui englobe toute notre planète.

Dimanche 4 Janvier 2015 19:02