Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Marcel Comby / Noosphère et liberté chrétienne / Réponse à Jean Pierre Frésafond Suite à l'article paru dans le n° 48 de la revue Teilhard Aujourd’hui
1- L’expérience de l’incomplétude nous apprend que la réalité nous est voilée. Or dans ce cas précis du thème de l’esprit, nous ne pouvons qu’utiliser un langage construit sur le symbolisme et l’analogie. Ce mode de penser est omniprésent dans les différentes méthodes scientifiques. On rencontre l’analogie en mathématiques, physique, technologie, cybernétique, biologie, linguistique, psychologie, droit, philosophie, science des religions et théologie. On la met en œuvre comme moyen heuristique pour faire progresser la compréhension de notre environnement. Teilhard, en fait, ne fait pas de démonstration scientifique.

Le langage usuel étant trop simple devant la complexité des choses de la vie, on recourt à ce qu’on appelle : « transfert de signification d’un type d’expérience à un autre ». Les différentes cultures ont créé des métaphores qui sont des mots ou des expressions imagés qui médiatisent par un recours aux faits concrets des connaissances abstraites. Par exemple la noosphère, en tant que nappe pensante recouvrant la biosphère, sert à exprimer des réalités plus complexes non localisables. Dans la littérature biblique, on trouve les mots Paradis, Eden, Shéol (séjour des morts, Au-delà, etc. Ils se dérobent à toute idée physique de lieu. La pensée de Teilhard présente un aspect tout à fait biblique bien qu’elle s’appuie sur des notions scientifiques, ce qui peut faire naître chez le lecteur des contre sens ou de fâcheuses illusions.

L’analogie fonde son transfert de signification sur la Similitude entre choses comparées. On peut avoir des similitudes de structure, de forme, de fonction, de comportement, etc…Des propositions analogiques ont toujours quelque chose de relatif et de réformable. Elles ne fixent pas dans le définitif ce qu’elles signifient. Elles ouvrent par contre de manière constructive sur un domaine plus vaste, englobant davantage de vérités.

Dans la Bible, on assiste au mariage entre le langage de tous les jours et celui du culte. Le divin est dit humainement, comparé pour le croyant à l’homme et à la nature. .Le transfert suivant lequel l’homme est dit créé à l’image de Dieu, semblable à lui, présuppose que d’abord Dieu soit imaginé semblable à l’homme ou à la nature. Le texte de Gn I met l’accent sur une analogie d’agir. Cependant le Créateur se différencie infiniment de tout créé par son essence même, ce qui montre que l’analogie ne constitue pas une preuve d’existence de Dieu ni une description objective du réel. Le croyant et le théologien voient dans les métaphores et les analogies surtout des indications de la direction dans laquelle une approche respectueuse peut être tentée. Ainsi, dans la pensée teilhardienne, l’idée de convergence ne se rapporte pas à un phénomène physique mais à une réalité bien supérieure, celle d’unification dans le Christ, celle que l’on ne peut admettre que dans la foi.

2- Alors se pose le problème de la spiritualité. Ce mot est utilisé par tous ceux, par exemple, qui s’adonnent à la pratique du tir à l’arc ou à la méditation transcendantale. Les scientifiques savent établir une corrélation entre ces expériences mentales et le monde subatomique baigné dans l’univers des ondes. Je pense que, dans un contexte chrétien, l’utilisation du terme « ondes spirituelles » n’est pas appropriée pour évoquer l’eschatologie. Ce qui se passe pour tout homme en fin de vie est de l’ordre du mystère et non de nos connaissances sur l’énergie. Les expressions : énergies tangentielles et énergies radiales, relèvent du domaine de l’analogie. Elles me font penser au symbolisme de la rosace dont on connait les rôles joués respectivement par la circonférence, les rayons et le centre. On se trouve ici dans le domaine de la théologie pure et non celui d’une science théosophique dont le but serait de concilier nos aspirations à plus de connaissance et notre désir naturel de côtoyer le sacré. Les théories de Teilhard qui, par exemple traitent de l’atomisme de l’esprit, me semblent simplement se fonder sur le désir d’utiliser le langage de la physique pour présenter non pas le caractère des choses ni leur nature ni leur essence, mais les relations entre les choses. Reste à interpréter ces relations pour progresser dans la compréhension de l’organisation du monde. Les progrès de la recherche scientifique suivent ce processus et j’aime citer cette réflexion d’Etienne Klein : « La science nous permet de savoir ce à quoi nous ne devons pas croire ! » ce qui, en fait, libère notre psyché de toute chose illusoire y compris celles qui conduisent à la pensée fondamentaliste au sein des religions. Cela n’autorise pas à « s’excommunier au titre de la liberté absolue ! ». La liberté doit se comprendre dans le cadre d’une relation, d’une rencontre avec quelqu’un, le Christ. Pour moi, ce qu’on appelle « Noosphère » se construit justement sur un ensemble infiniment gigantesque et infiniment complexe de relations qui s’inscrivent au sein d’un système organisé dont la finalité est la convergence vers le point Omega. L’évolution est aussi et surtout celle de nos consciences qui, considérées à un instant donné, sont des entités en voie de perfectionnement. J’ajouterai que toute liberté absolue de conscience conduirait l’homme à une sorte de démence car cette liberté-là est tout simplement désincarnée. L’homme est un être paradoxal dont l’équilibre vital et psychique n’est réalisé que dans une situation duale : d’une part les contraintes légitimes de nature morale ou religieuse et d’autre part les impératifs d’émancipation qui parcourent tous les strates de sa psyché. Cet homme paradoxal est celui qui est capable d’aimer ou comme le disait le philosophe Alain : « Tout amour est de quelque chose que l'on n'a pas en soi ; aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi ». Nous sommes donc en permanence liés à nos semblables pour nous construire. C’est là que nous exerçons notre liberté qui, à tout instant, représente une rupture dans la chaîne des événements de notre vie. Pour que cette liberté soit effective, on peut la conjuguer avec quatre verbes : Donner – Recevoir Demander – Refuser C’est un chemin de conscience et de travail sur soi. Il ne s'agit pas de changer ce que l'on est, il est question- là de changer le regard qu'on porte sur soi. Passer d'un regard de jugement, dévalorisation, honte, culpabilité, etc. à un regard de compassion et d'amour. Lorsqu'on change notre regard sur nous même, nos pensées, nos paroles et nos comportements changent sans efforts. Alors justement, ce regard sur soi change au plus haut point lorsqu’on a compris et intégré notre relation au Christ ; là se situe le phénomène mystique de convergence vers Oméga.

Lundi 13 Janvier 2014 15:04