Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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P 35 On pourrait prendre aussi comme exemple mécaniste le mouvement et le comportement de boules sur un billard dotées d’une capacité de conscience et de liberté relative. Il existe au départ, pour chaque élément, des conditions initiales apportées par la personne qui joue, ce qui engendre une trajectoire qui préfigure le sens selon lequel toute boule sera assujettie. Au début de notre vie, nous obéissons à un déterminisme mais nous avons ensuite une certaine latitude pour organiser les diverses phases de notre existence compte tenu d’autres déterminismes et d’autres contraintes. Par contre le rôle du divin n’est pas seulement de fournir une impulsion initiale ; il est aussi de créer une sorte de voile énergétique absolument invisible dont la fonction est d’entretenir toutes possibilités d’échanges et de relations entre les êtres et entre Dieu et les êtres. La nature divine se situe au plus profond de la matière sans toutefois s’identifier à elle. Elle se superpose à elle de façon intime sans que nous nous en rendions compte. Oui, elle fait que les choses se fassent.
P 36 Dieu semble tout à fait absent malgré sa présence infiniment proche. Cependant, grâce à cette possibilité d’échanges, il peut être connu non pas dans sa nature mais à travers l’expérience relationnelle : expérience d’ordre psychique ou expérience d’ordre physique. L’échange s’effectue essentiellement au niveau de la parole tout comme ce qui se passe au niveau de la Création (Au début de la Genèse on peut lire ; « Dieu dit : ») ou au niveau de certains états psychiques loin de toute agitation neuronale. On remarque cependant dans l’histoire certains phénomènes d’hystérie comme chez Thérèse d’Avila. La Force divine n’est pas par essence extra – phénoménal.
P 38 A propos de la notion de miracle. Contrairement à la vision de Teilhard, l’opération divine peut très bien être en discontinuité avec les lois physiques. Dans certains cas (certes rares) il peut y avoir violation des lois naturelles : « Pour Dieu tout est possible » Mat (19, 23 – 30). Pour moi il ne s’agit pas d’un présupposé ni d’une interprétation personnelle des Evangiles, mais d’une certitude absolue. Bien entendu on peut considérer des phénomènes de grande amplitude comme la chute du régime de l’empire soviétique sans bain de sang comme un miracle dans la mesure où c’est le Bien qui a triomphé. Teilhard écrit que les faits matériels contiennent du divin, à fortiori au sein de faits qui dépassent notre logique immédiate.
P 42 Durant longtemps j’ai eu l’intuition qu’on ne pouvait séparer Dieu du Monde bien qu’on ne doive pas identifier le Christ à la multitude. Je pensais également que l’existence et l’action divine ne pouvaient se concevoir que dans la relation entre les êtres humains. Il ne peut donc pas exister de schémas dans lesquels Dieu se trouve face au néant ou encore à des êtres isolés dans le cosmos. Ce face à face relationnel peut alors être considéré comme l’Âme du Monde.
P 43 Oui l’existence du Mal est un accompagnement rigoureusement inévitable de la Création. Mais il convient d’éviter d’accorder au mot Mal une connotation trop sentimentale, ce qui peut donner justement à l’ensemble des créatures une idée foncièrement pessimiste. C’est un peu le péché contemporain ! D’abord le Mal est un mystère. Ensuite on doit envisager tous ses aspects et toutes les nuances qui s’inscrivent dans une organisation rationnelle de la Vie de l’homme sur terre. Dieu a créé l’Homme libre. Le Mal est le fruit d’une séparation d’avec le Créateur et vaincre ce Mal, c’est avant tout la recherche de ce Dieu qui est conçu comme un manque.
Dans la relation qui existe entre le Monde et Dieu, le fait d’attribuer à celui-ci des interrogations personnelles au sujet de son œuvre de Création, constitue un anthropomorphisme dont je doute de sa validité. De Dieu et du déterminisme nous ne savons rien en définitive. A mon avis Teilhard semble pousser trop loin une explication mécaniste des choses. Mon sentiment personnel est une perception que la Réalité est parfaitement agencée pour créer un univers cohérent qui fait que (je l’ai suggéré avec succès en plein colloque !) Satan lui-même constitue un élément indispensable pour une bonne organisation de la Vie terrestre. Dieu a voulu l’homme libre donc il ne pouvait inventer un être dépendant d’une quelconque force imaginaire qui lui dicterait un comportement vertueux à tous égard ; l’Amour ne peut se concevoir sans capacité de choisir.
« Le bien est l’univers conscient et le mal est l’univers inconscient » est un aphorisme dont je ne comprends pas la signification. Il y a la lumière et les ténèbres…cela me suffit ! De même lorsqu’on parle du Christ, il est inutile d’ajouter universel comme je le vois à la page 146 du tome 10. La liberté de l’esprit dans le domaine de la foi et de la théologie exige un minimum de langage métaphorique sans quoi on risque de tomber dans une certaine confusion et, ce qui est pire, dans une attitude d’esprit vouée à une perpétuelle insatisfaction. Dans une perspective de clarification, il serait bon que l’œuvre de Teilhard et l’enseignement traditionnel de l’Eglise catholique fassent l’objet d’un travail critique qui préserve toute dérive dans un sens comme dans un autre.


Mardi 7 Février 2012 18:30