teilhard de Chardin


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"Sous une lumière blafarde
Court, danse et se tord sans raison
La Vie, impudente et criarde"
Charles Baudelaire (la fin de la journée).

Tout l'opposé –n'est-ce pas- de la pensée de Teilhard, et pourtant, si nous sommes honnêtes, reconnaissons que, parfois, ce genre de sentiment nous envahit. Où est alors cet "élan vital", cette "froide et primordiale détermination à survivre", cette "énergie d'évolution universelle" ?. Pour ne pas désespérer tout à fait et durablement, il faut parier. Parier Teilhard contre Baudelaire.

Que nous explique Teilhard dans ce texte, "le goût de vivre" ?. La matière se complexifie, au cours d'un processus d'auto-arrangement, qui aboutit à un état plus compliqué organiquement et psychiquement. Pour les êtres inanimés –et les animaux- cet instinct de vie irréfléchi, c'est une force aveugle ; encore que certaines espèces –les souris, je crois- savent réguler les naissances en période de crise, de disette par exemple. Ce cas n'est sûrement pas isolé; il serait intéressant d'en trouver d'autres, de les étudier, ce qui montrerait que même chez les animaux l'instinct de vie n'est pas complètement irréfléchi, spontané, mais une question apparaîtrait : qu'est-ce qui commande ces réactions animales ?
Mais revenons à ce qui se passe au niveau Humain. Ce "goût de vivre", toujours selon Teilhard, "commande et dirige l'univers". Cependant, il est fragile ; il est devenu conscient –d'où cette fragilité – et donc sujet à des variations, voire même un amenuisement. Englué dans un monde qu'il juge "froid, aveugle, et hermétiquement clos", l'Homme peut, à l'extrême limite, perdre le "goût de l'Evolution".
Pourtant, on peut remarquer que dans les pires moments de son histoire, l'Humanité a continué de se reproduire, vaille que vaille, mais il s'agit là d'une réaction purement instinctive.
Teilhard imagine un point extrême de rupture. Il se pose alors la question : " comment maintenir en l'Homme la source de son élan vital" ? Deux possibilités : par des drogues, des excitants en tout genre, ce qui n'est pas une solution ; ou bien par un travail sur soi, dégager les raisons de vivre, et, comme le dit Nietzsche "faire sortir du désespoir le plus profond l'espoir le plus invincible".
Dans un autre texte, Teilhard ne voit que deux possibilités pour l'Homme : le suicide ou l'adoration de Dieu.
La seule issue, pour continuer à vivre, c'est l'adhésion à un idéal. Cet idéal peut prendre des formes multiples : idéal esthétique, idéal social ou altruiste, idéal divin. Entre les deux possibilités évoquées –le suicide ou l'adoration de Dieu – s'en trouverait une troisième : l'Autre, mon Prochain, ce ne serait d'ailleurs qu'une étape intermédiaire : l'Autre menant au Divin.
Le ressort vital est –semble-t-il – l'intérêt que l'on porte au Monde, appréhendé dans son sens le plus large ; Le Monde, c'est l'Art, c'est la Société, c'est l'Autre dont je suis responsable – et cette responsabilité me donne fortement le goût de vivre -, c'est une croyance à ce qui me dépasse, croyance à laquelle je peux adhérer sans être inféodée à un système ecclésial, quel qu'il soit.
Dans cette optique, qui se veut lucide sans être béate, il semble que le pari initial soit gagné.




Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 29 Mars 2010 à 09:33 | Commentaires (0)