Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Notre adhérent, Marcel Comby, a porté à notre connaissance ce texte paru dans le site national Teilhard de Chardin .


Je suis frappé par le contraste entre l’association Teilhard américaine et l’association
française.
En effet, les Américains comptent de nombreux jeunes en leur sein. L’association
française n’abrite que très peu de moins de 30 ans et ce n’est jamais bon signe quant à la
survie d’une communauté. Certes, aux Etats-Unis, Teilhard est enseigné aux étudiants et de
nombreuses écoles sont de confession catholique. Je ne crois pas néanmoins que ce soit cela
qui manque chez nous et que l’exemple de l’enseignement américain doive être suivi. C’est
ailleurs qu’il faut porter notre réflexion.

Les questionnements profonds qui décident des engagements de notre vie ne peuvent
se mener que par une démarche personnelle et volontaire, une démarche de vie. Et c’est bien
cela qui manque (de mon point de vue) à notre association. Une réflexion sur Teilhard
purement intellectuelle et rationnelle ne me suffit pas et je ne crois pas qu’elle soit capable de
« séduire » les jeunes générations. Pour être compris, je suis convaincu que Teilhard doit
d’abord être ressenti avec la totalité de soi. Ce que je trouve de plus beau chez lui, n’est pas ce
qu’il dit mais plutôt ce qu’il cherche à montrer et à faire vivre. Cette expérience personnelle
de la globalité transcendante, à la limite de l’inexprimable.
Et tout le problème est là, justement. L’indicible ne se plie pas au cadre restreint de
notre logique, ne se satisfait d’aucun formalisme si poussé soit-t-il. Quel que soit le
raffinement d’un vocabulaire, toujours quelque chose échappe. Pour illustrer cela, je pense à
une phrase de B. Nicolescu lors de la conférence « Science et Quête de sens » à Saint-Etienne
en avril 2003 : « Le réel, c’est ce qui résiste à nos représentations. ». Teilhard lui-même avait
compris cela. Son travail l’a poussé à jeter des éclairages différents avec le plus d’angles de
vue possibles sur ses expériences mystiques. Il ne voulait pas que l’on répète ses mots, mais
bien plutôt que l’on suive ses pas dans l’amour des hommes et du monde.
L’indicible ne se dit pas donc, il s’expérimente ! Et cela doit nous pousser à nous
interroger sur notre façon de vivre et de partager notre Foi. En effet, tout part de l’expérience
que l’on fait du monde, des sentiments que l’on éprouve, donc globalement tout part d’un
ressenti vécu à la première personne du présent, quelque chose d’incarné. Les représentations
que l’on peut avoir par la suite des ses expériences sont nécessaires et peut-être même
salutaires, mais elles ne doivent en aucun cas étouffer, supplanter le rapport-source qu'est le
rapport direct entre la personne et le monde. C'est à travers celui-ci que se renouvelle toujours
la vitalité d'une authentique recherche .
La démarche est la même en science de la nature : L’EXPERIENCE NE MENT PAS !
Si un modèle ou une théorie ne rend pas compte des faits, c’est qu’il doit être approfondi
voire remplacé. L’expérience mystique ne déroge pas à cette règle et a, pour moi, la primauté
sur les conclusions amenées par une construction rationnelle basée sur cette expérience. Une
construction logique est par nature incomplète. Ne pas perdre de vue que le monde ne nous
ment pas. Or nous sommes souvent tellement aveuglés et abasourdis par nos représentations
que nous ne savons plus regarder et écouter le monde et les autres.
Je pense qu’il est donc important et urgent de redonner le premier plan à l’expérience
au présent, et ceci quel que soit le nom qu’on lui donne par ailleurs. Les discours véhiculant
ce qui nous motive doivent redevenir clairs et admettre que finalement, nous ne savons que
très peu de choses sur l’univers qui nous entoure. Ce n’est donc pas une connaissance qui
nous motive, mais bien une expérience de l’amour et de l’harmonie dans notre vie. Une
expérience instantanée et infinie qui peut être choisie comme boussole (comme repère) pour
nos actes et nos choix.

Cela, je crois est un message qui peut toucher tout le monde et qui n’exclut personne
du débat. Pour les jeunes, qui souvent fuient le corporatisme et l’intégrisme et qui donc se
méfient des religions, le message ne doit pas être fermé et plein de vérités mais plutôt ouvert
et source infinie de questionnement et d’émerveillement.



Mercredi 26 Mai 2010 12:32