Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Définitions : Morale et Ethique ont un but commun : orienter vers ce qui est bien et dérouter de ce qui est mal.

-La morale est l’invitation à l’obéissance à des règles issues de l’éducation (familiale, religieuse civique cultuelle)

- L’éthique est le résultat de l’engagement personnel qui conduit à déterminer ce qu’il est bien de faire dans une situation donnée.

La morale est référence, l’éthique est discernement. La morale interpelle, l’éthique responsabilise. La morale est l’horizon, l’éthique est le chemin. La morale est typiquement le domaine du respect de règles. L’éthique est typiquement le respect des autres (connus, inconnus, futurs).

La morale dit la règle et n’a que faire des conséquences, la démarche éthique, au contraire, ne se déconnecte pas de l’utilité des actes. Elle leur donne une dimension supplémentaire. L’Ethique est donc choix, donc liberté.

La morale et l’éthique renvoient à la philosophie. En revanche le comportement éthique renvoie au quotidien de l’activité des hommes qui dans leur environnement professionnel ont des responsabilités.

Déontologie : La déontologie est l’énoncé des devoirs qu’établit une profession pour donner des repères à ses membres.

Comportement éthique : Ensemble des réactions, attitudes, conduites, objectivement observables, qui auraient pu être autres, et qui sont dignes d’estime car appréciées par des gens de sa culture, réputés pour être habités par des principes moraux, comme étant, à la fois, exemplaires et judicieux. Les comportements deviennent éthiques par la conduite et non par le savoir. ils ne résultent pas d’une opinion qu’on émet mais des actes qu’on accomplit. L’attention portée à mettre de l’éthique dans ses comportements correspond à un désir personnel d’élévation.

Les comportements éthiques sont aux points de rencontre de cinq courants d’influences [ Morale, Principes, Education

[ Lois, Règles Normes

[ Mœurs, Environnement, Systèmes

[ Volonté, Motivation, Autodiscipline

[ Formation, Culture, Réflexion


Les comportements éthiques varient selon les époques. Aristote, considéré comme le père de l’éthique, était un peu raciste et antiféministe et il serait peu crédible aujourd’hui.


Propos recueillis lors de conférences données par M. Cocherel intitulés : Forger son éthique.



Voici les propos de Socrate qui avait, dans la Grèce antique, une haute réputation de sagesse.



Quelqu’un vint un jour trouver le grand philosophe et lui dit : « Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur un ami ? »

Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais le faire passer un test, celui des trois passoires.

Les trois passoires ?

Mais oui, reprit Socrate. Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il serait bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des trois passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?

Non, j’en ai seulement entendu parler.

Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bien ?

Ah non ! Au contraire.

Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain qu’elles soient vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il te reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

Non pas vraiment.

Alors conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter, n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?



Revenons à notre propos sur l’Ethique.


Qu’entendons-nous sous le terme de valeur ?

Une valeur est une référence que l’on s’approprie librement pour éclairer ses décisions, et constituer un guide pour orienter ses conduites. C’est une étoile pour inspirer le sens de sa vie. Une valeur s’identifie comme méritant de la considération, suscitant du respect, et se ressent comme idéal à atteindre, spécificité à acquérir et à cultiver.

Les choses n’existent vraiment, et ne durent, que lorsque l’on peut les nommer. Dès lors qu’une valeur est nommée, le chemin est plus court pour la faire sienne.

Essayons un petit exercice sur une liste de mots exprimés avec son antithèse :

Anticipation Immobilisme, courte vue ; authenticité fausseté Bien collectif individualisme, favoritisme Bienveillance, agressivité, sévérité clarté confusion, équivoque cohérence inconséquence, contradiction confiance doute, crainte Indulgence sévérité, sauvagerie Initiative routine indolence Intégrité corruption Liberté servitude contrainte Loyauté duplicité, perfidie traîtrise … A vous de continuer…

Il nous faudrait maintenant définir le mot vertu :

C’est une disposition, aptitude, talent, force d’âme, énergie, manière d’être, état d’esprit, permettant ou facilitant la mise en œuvre des valeurs.

La démarche éthique est une construction. Les valeurs et les vertus en sont les fondations.




Nous pouvons faire une liste semblable à celle des valeurs :

Mais le lecteur peut la faire également, voici seulement quelques exemples :

Altruisme égoïsme générosité égoïsme cupidité Bonté méchanceté courage lâcheté, crédibilité défiance, incertitude délicatesse grossièreté mépris efficacité impuissance, incapacité … A vous de continuer…



Quelques réflexions d’actualité sur la finance mondiale et l’éthique

On a vu le peu que valait l'école du "tout éthique", où la déontologie autoproclamée des professionnels devait suffire. Le balancier peut revenir maintenant vers le tout-régulation, où la loi internationale suffirait à encadrer les comportements. Disons ici une conviction très forte : une finance durable exige les deux. Les acteurs laissés à eux-mêmes, sans règles contraignantes, seraient toujours trop sujets à la tentation. mais finance sans conscience resterait ruine de l'âme, si on ose paraphraser Rabelais. L'éthique des financiers, c'est résister à une idolâtrie, celle de l'argent, et reconnaître trois principes simples : responsabilité, humilité, et justice.

Citons Sainte Thérèse d'Avila :
« Quel excrément que l'argent.. Mais pour la terre quel bon engrais! »

Ce qu'en pense un philosophe :

Mais, dira-t-on, l'éthique n'est-elle pas une branche de la philosophie? L'ennui, c'est qu'il ne suffit pas de savoir ce qu'il faut faire pour avoir le courage de le faire. Hegel dit à peu près que l'on ne vient pas à bout de ses aigreurs d'estomac en étudiant la physiologie. On y arrive mieux en se mettant au régime. Tous les universitaires savent que, si l'on cherche un salaud dans un département de philosophie, on a de bonnes chances de le trouver spécialiste d'éthique, de même que le cinglé dans le département est souvent le logicien. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que tout les moralistes seraient pervers, et tous les logiciens fous...


L’Ethique selon Lévinas par F-D Sebrah dans revue Philosophie magazine

Lévinas présente l’éthique comme la « philosophie première ». A vrai dire, cette expression est en partie trompeuse ? Car l’éthique, selon Lévinas, est une pratique qui se situe et s’éprouve « avant » toute philosophie conçue comme un questionnement rationnel se déployant dans le langage. En outre, cette pratique n’est en rien ce que la philosophie grecque nous a légué sous le nom d’« éthique ». Les Grecs envisageaient l’éthique comme la quête de la vie bonne, la recherche des règles permettant le bonheur individuel et assurant le « séjour commun » parmi les hommes. Lévinas rompt avec cette conception en renversant les perspectives : l’éthique est désormais un mouvement et une épreuve, l’épreuve de la mise en question de ma subjectivité et de mes pouvoirs par l’exposition à la vulnérabilité d’autrui. Cette vulnérabilité est si radicale qu’elle se meut en une interpellation de moi-même par l’Autre. L’éthique est ainsi l’épreuve de la responsabilité infinie pour autrui. Elle est nécessairement vécue à la première personne – c’est moi qui suis exposé à autrui – et dans une relation de face-à-face avec lui. L’éthique est donc bien la « philosophie première », et même « première » par rapport à toute philosophie dans la mesure où celle-ci ne se comprend qu’à partir de l’éthique comme ouverture à l’Autre. C’est cette ouverture qui décèle la dimension du sens. Il convient néanmoins d’éviter une interprétation malheureuse : « première », dans l’expression « philosophie première » ne renvoie pas, ainsi que c’est habituellement l’usage, à un fondement assuré. L’épreuve d’autrui défait toute certitude, tout fondement substantiel de la pensée et de l’existence. Loin d’être rassurante, elle est traumatisante en ce qu’elle ébranle mon être et l’être tout entier. L’éthique est au-delà de toute ontologie (au sens d’une connaissance du réel) elle me livre à l’« autrement qu’être ».

Le sens de l’Autre de Lévinas à Teilhard avec A. de la Garanderie, Aubin éditeur

Revenons aux propos de Lévinas qui concernent le devoir de ne pas faire de mal au prochain… la reconnaissance de l’autre permet à la conscience de l’être humain de mesurer l’infinité de l’infini, de faire l’épreuve du vécu de sa finitude, qui porte témoignage du fait qu’il n’est qu’une « créature » et que le temps ne lui appartient pas… Penser aux autres, à l’autre, ne faire aucun tort au prochain, que ce soit celui d’hier, d’aujourd’hui ou de demain. Y a-t-il lieu d’espérer autre chose pour nous autres, êtres humains. Lévinas ne nous le dit pas.

Teilhard nous fait espérer davantage. Les ruptures dans la temporalité de la nature … se produisent à chaque étape, toujours surprenante, au cours de laquelle l’être créé se compose, grandit en complexité, s’ouvre en conscience, jusqu’à l’homme, qui est sa rupture la plus éclatante, la plus monstrueuse, au point de conduire à la conscience révélatrice de Dieu. ... qui est participant à Son œuvre. Dès lors, y a-t-il opposition absolue entre l’Infini et la condition finie de la nature ? N’y a-t-il pas lieu de chercher les voies d’accès à l’Infini lui-même ? Ne faut-il pas considérer que les progrès de la nature avant que l’homme en fasse partie se manifestent par des dépassements de finitude qui annonçaient l’Infini ?

Encyclique « Caritas in veritate »

Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement… Un développement demande, en outre, une vision transcendante de la personne ; il a besoin de Dieu : sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l’homme, qui s’expose à la présomption de se sauver par lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. D’autre part, seule la rencontre de Dieu permet de ne pas « voir dans l’autre que l’autre » mais reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui « devienne soin de l’autre pour l’autre ».

En relisant ces textes, je me suis remémoré ma lecture des Evangiles et les propos tenus par Jésus-Christ. Ils m’ont paru être orientés moins sur des obligations religieuses ou morales que sur la responsabilité envers autrui :

Vendez vos biens, et donnez-les en aumônes … Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Luc 12 27


Guérison d’un hydropique au jour de Sabbat

… Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux pharisiens : « Est-il permis le sabbat de guérir, ou non ? » Et ils se tinrent cois. Il prit alors le malade, le guérit et le renvoya. Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour de sabbat ? » Luc 13 29


Le tribut dû à César

… Nous est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Mais pénétrant leur astuce, il leur dit : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie ? Et la légende ? » - « De César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. … Luc 20 31


La femme adultère

… Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous a prescrit dans la loi de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » … « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » … et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » - « Personne, Seigneur, répondit-elle.- « Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus. Jean 8 12


N’est-ce pas une bonne leçon d’éthique toujours d’actualité plus de deux mille ans après les événements ?

Dimanche 31 Janvier 2010 16:11