Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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j’ai choisi dans la troisième partie du PHENOMENE HUMAIN «La pensée », le chapitre premier: « La naissance d’une Pensée ». qui comporte lui-même deux parties « Le pas de la Réflexion » et «les formes originelles ».
Mon discours s’appuiera sur des citations choisies, mais avant d’aborder le sujet, il me semble nécessaire de préciser une question de vocabulaire et de vous montrer que les nouvelles avancées des sciences physiques ne contredisent en rien les réflexions de notre Savant mais est contesté par les scientifiques biologistes qui s’en tiennent à un raisonnement réductionniste et ou la causalité est « leur seule croyance » possible.
— Conscience: Terme dont la signification est volontairement généralisée par TeilharcL sans tenir compte de son étymologie. Désigne toute forme de psychisme, depuis la plus diluée et la plus élémentaire, jusqu’à la plus concentrée, où le mot conscience, au seuil du psychisme humain est relayé par le terme de conscience réfléchie ou réflexion.
Sur la matière : voici un texte de deux pages de J. Staune Photocopies,)
Complétons par quelques perles de nos savants biologistes qui pensent que la conscience n’existe pas en soi: «Il semble relativement manifeste qu’il est possible de donner une explication physique du comportement qui n’évoque ni n’explique l’existence de la conscience » Chalmers
«Nous ne sommes rien d’autre qu’un paquet de neurones » Crick
« Si l’on reprend le mot émerger au pied de la lettre, comme lorsque l’on dit que l’iceberg émerge de l’eau. Mais il suffit de dire que la conscience est ce système de régulation en fonctionnement. L’homme n’a dès lors plus rien à faire de « l’esprit », il lui suffit d’être un homme neuronal » Changeux
Ce n’est pas réjouissant le réductionniste prôné par ces scientifiques de renon. nous devrions nous persuader n’être qu’un ordinateur certes perfectionné et pour certain d’entre eux avec une puce de divin !!! Ce qui m’étonne c’est que les physiciens ont une démarche beaucoup plus interrogative en questionnant l’infiniment petit.
Interrogeons Telihard:
La Physique est arrivée à circonscrire provisoirement le monde de l’atome. La biologie est parvenue à mettre un certain ordre dans les constructions de la Vie... Tous ces traits mis ensemble, le portrait, manifestement, ne correspond pas à la réalité. L’Homme , tel que la science réussit aujourd’hui à le reconstituer, est un animal comme les autres... Or, à en juger par les résultats biologiques de son apparition, n’est-il pas justernent quelque chose de tout différent ?

Le pas de la réflexion
De même que, parmi les biologistes, l’incertitude règne toujours concernant l’existence d’un sens, et a fortiori d’un axe définis à l’Evolution... la plus grande divergence se manifeste encore, entre psychologues, quand il s’agit de décider si le psychisme humain diffère spécifiquement de celui des êtres apparus avant lui... La réflexion est le pouvoir acquis par une conscience de se relier sur soi et de prendre possession d'elle-même comme d’un objet doué de sa consistance et de sa valeur particulières : non plus seulement connaître. mais se connaître ; non plus seulement savoir, mais savoir que l’on sait... En réalité, c’est un autre monde qui naît. Abstraction, logique, choix et inventions raisonnés, mathématiques, art perception calculée de l’espace et de la durée, anxiétés et rêves d’amour... .L’animal sait, bien entendu. Mais il ne sait pas qu’il sait, autrement il aurait depuis longtemps multipliés des inventions... Pour le cartésien, la pensée seule existe; et l’animal, dépourvu de tout dedans. n’est qu’un automate.... pour les biologistes rien ne sépare nettement instinct et pensée... Du moment que l’Evolution est transformation primairement psychique il n’y a pas un instinct dans la nature. mais une multitude de formes d’instincts dont chacun correspond à une solution particulière du problème de la vie...
Lorsque de l’eau, sous pression normale, est parvenue à 100 degrés et, qu’on la chauffe encore. le premier événement qui suit, - sans changement de température — est tumultueuse expansion des molécules libérées et vaporisées: ainsi par cette comparaison lointaine, pouvons-nous imaginer dans son mécanisme le pas critique de la réflexion.

Les spiritualistes ont raison quand ils défendent si âprement une certaine transcendance de l'homme sur le reste de la Nature. Les matérialistes n’ont pas tort non plus quand ils soutiennent que l’Homme n’est qu’un terme de plus dans la série des formes animales. Dans ce cas, comme dans tant d’autres, les deux évidence antithétiques se résolvent dans un mouvement, pourvu que dans ce mouvement soit faite la part essentielle au phénomène, si hautement naturel, de « changement » d’état.)

Réalisation
Si l’être dont l’homme est issu n’avait pas été bipède, ses mains ne se seraient pas trouvées libres à temps pour décharger les mâchoires de leur fonction préhensible, et par suite l’épais bandeau de muscles maxillaires qui emprisonnait le crâne ne se serait pas relâché; C’ est grâce à la bipédie libérant les mains que le cerveau a pu grossir et c’est grâce à elle, en même temps, que les yeux, se rapprochant sur la face diminuée, ont pu converger, et à fixer ce que les mains prenaient, rapprochaient et en tous sens se présentaient: le geste même, extériorisé, de la réflexion ! ... Ce qui nous effraie, part contre, à première vue, s ‘est d’avoir à constater que ce pas, pour s ‘exécuter, a dû se fàire d’un seul coup.
Retenons donc seulement sans essayer de nous représenter l’inimaginable, que l’accès à la Pensée représentent un seuil, lequel doit être franchi d’un pas. Intervalle «trans-expérimental » sur lequel nous ne pouvons scientifiquement rien dire mais audelà duquel nous nous trouvons transportés sur un palier biologique entierement nouveau...
Le centre psychique réfléchi, une fois ramassé sur lui-même, ne saurait subsister que par un double mouvement, qui ne fait qu’un, se centrer plus outre sur soi, par pénétration dans un espace nouveau et en même temps centrer le reste du monde autour de lui, par établissement d’une perspective sans cesse plus cohérente et mieux organisée dans les réalités qui l’environnent...
Plus chaque phylum se chargeait de psychisme, plus il tendait à se «granuler ». Valorisation croissante de l’animal par rapport à l’espèce. Au niveau de 1 ‘homme, enfin, le phénomène se précipite et prend définitivement figure. Avec la personne, douée par la personnalisation d’un pouvoir indéfini d’évolution élémentaire, le rameau cesse de porter dans son ensemble anonyme les promesses exclusives de l’avenir. La cellule est devenu « quelqu’un ». Après le grain de matière, après le grain de vie, vpjçjje grain de pçnsée enfin constitué...
Jusqu’alors c’était assez de considérer, dans la nature, une large vibration simple la montée de conscience. Maintenant il va s’agir de définir et d’harmoniser dans ses lois (phénomène bien plus délicat)! une montée des consciences. Un progrès fhit d’autres progrès aussi durables que lui. Un mouvement de mouvements...
Impossible d’en douter. Dans le inonde devenu humain, c’est bien toujours la ramification zoologique qui, malgré les apparences et la complexité, se prolonge et opère suivant le même mécanisme qu’auparavant. Seulement par suite de la quantité d’énergie intérieure libérée par la réflexion, l’opération tend alors à émerger des organes matériels pour se formuler aussi, ou même surtout, en esprit. Le psychique spontané n’est plus seulement une auréole du somatique. Il devient la partie appréciable ou même partie principale, du phénomène...
D’autre part, du fait même que les fibres du phylum humain se montrent entourées de leur gaine psychique, nous commençons à comprendre l’extraordinaire pouvoir d’agglutination et de coalescence qu’elles présentent. Et nous voici du même coup sur le chemin d’une découverte fondamentale où finira par culminer notre étude du Phénomène humain: convergence de l’esprit...
Déjà dans les insectes par exemple ou chez le castor nous saisissons. et de manière flagrante, l’existence d’instincts héréditairement formés, ou même fixés, sous le jeu des spontanéités animales. A partir de la réflexion, la réalité du mécanisme devient, non seulement manifeste. mais prépondérante. Sous l’effort libre et ingénieux des intelligences qui se succèdent, quelque chose (même en l’absence de toute variation mesurable du crâne et du cerveau) s’accumule irréversiblement de toute évidence, et se transmet, au moins collectivement, par éducation, au fil des âges. Nous y reviendrons. Or ce quelque chose, construction de matière ou construction de beauté, système de pensée ou systèmes d’action, finit toujours par se traduire en augmentation de conscience, losciençe n’étant rien moins â son tour, nous le savons m en t. cia s le sang de la vie en évolution....
Nous n'avons pas cessé de suivre, depuis les flottants contours de la Terre Juvénile, les stades successifs d’une même grande affaire. Sous les pulsations de la géo-chimie, de la géo-tectonique, de la géo-biologie, un seul et même processus de fond toujours reconnaissable: celui qui, après s’être matérialisé dans les premières cellules, se prolongeait dans l’édification des systèmes nerveux. La Géogénèse, disions-nous, émigrant dans une biogénèse, qui n’est finalement pas autre chose qu’une psychogénèse. Avec et dans la crise de la Réflexion, ce n’est rien moins que le terme suivant de la série qui se découvre. La Psychogénèse nous avait couduits jusqu’à l’homme. Elle s’efface maintenant, relayée et absorbée par une fonction plus haute l’enfantement d’abord, puis ultérieurement tous les développements de l'Esprit : la Noogénèse. Quand pour la première fois, dans un vivant, l’instinct s’est aperçu au miroir de lui-même, c’est le Monde tout entier qui a fait un pas.
Par l’hominisation, en dépit des insignifiances de la saute anatomique, c’est un âge nouveau qui commence. La terre fait « peau neuve », mieux encore, elle trouve son âme.
L’Homme est entré sans bruit. En fait, il a marché si doucement que lorsque, trahi par les instruments de pierres indélébiles qui multiplient sa présence, nous commençons à l’apercevoir, - déjà du Cap de Bonne-Espérance à Pékin, il couvre l’Ancien Monde... Au regard de la science, donc, qui de loin, ne saisit que des ensembles, le « premier homme» est, et ne peut être qu’une foule. et sa jeunesse est faite de milliers et de milliers d’années.
Pour saisir l'ampleur vraiment cosmique du "PHENOMENE HUMAIN" il est cessaire que nous en suivions les racines, à travers la Vie jusqu’aux premiers enveloppements de la Terre sur elle-même.
Mais, si nous voulons comprendre la nature spécifique et deviner le secret de l’Homme. Il n’est pas d’autre méthode que d’observer ce que la Réflexion a déjà donné, et ce qu’elle annonce, en avant.


Lundi 3 Décembre 2007 21:16