Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Il y a quelques mois, nous avons travaillé sur le chapitre « La Montée de l’Autre » extrait du livre L’ACTIVATION DE L’ENERGIE de Teilhard de Chardin.
Il se trouve que je m’occupe aussi de la rédaction de la revue CIMES, éditée par le G.H.M. (Groupe Haute Montagne). Cette académie créée en 1920. rassemble des alpinistes du monde entier ayant marqué leur époque comme Hilary, Desmaison, Bonatti, etc …

L’un des membre de cette académie, Erik Decamp, cinquante cinq ans, polytechnicien, guide de haute montagne, ancien professeur à l’Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme à Chamonix, a écrit à ma demande, un article fort intéressant intitulé :
« Frontières, lieux communs et Montagnes ordinaires »
et que nous avons publié.

Or, la pensée de cet ami alpiniste est tout à fait teilhardienne, à tel point que son article, une ode à l’altérité, aurait pu être intitulé « Les Frontières et la Montée de l’Autre ».

Erik connaît Teilhard et il a accepté que son article soit publié sur notre site. J’ai donc le plaisir de le proposer à votre aimable attention


FRONTIÈRES, LIEUX COMMUNS ET MONTAGNES ORDINAIRES

A MON INSU
Les montagnes sont des frontières naturelles : c’est ce que l'on peut appeler un "lieu commun". Un lieu commun est à la fois une idée qui nous est tellement commune à tous qu'elle en paraît banale, et un lieu partagé, qui nous est commun : l'intersection. Nous voici déjà à la frontière, là où deux pays se rencontrent, se chevauchent, se coupent, se mêlent, se croisent, là où se marque le passage de l'un à l'autre.
Une fois que nous avons affirmé, comme il est habituel de le faire, que les montagnes constituent par leur morphologie même une forme naturelle de frontière, il nous incombe l'essentiel : regarder de plus près ce que cela signifie, ce que la géographie même nous donne à penser, en partant de quelques lieux communs concernant les frontières.

D’ABORD, DES ESPACES
"Moi je pense que ce qui existe c'est entre" (Jean Luc GODARD)

UNE FRONTIERE SEPARE.
La frontière marque la séparation entre deux choses, deux entités, deux états. Elle est cette ligne d'un côté de laquelle on se trouve dans un état, et de l'autre côté de laquelle on se trouve dans un autre état. Pourtant la frontière fait aussi bien autre chose que séparer : elle relie. Elle est un point de contact, elle est "entre". Être “entre”, c’est se situer dans un espace intermédiaire et on dit aussi d’une relation qu’elle est “entre” deux personnes. Notre frontière commune est un lieu que nous avons en commun, en partage : avoir une frontière commune, c'est être en contact, pouvoir communiquer. “”Entre” unit et sépare” (H. Maldiney)

Ce qui est d'un côté a tendance à y rester. L'Himalaya offre un contre-exemple spectaculaire qui semble un défi au bon sens : cette chaîne immense n'est pas une ligne de partage des eaux. Deux des plus grands fleuves du continent indien, l'Indus et le Brahmapoutre, prennent leur source au nord de l'Himalaya et le traversent de part en part. Voilà une frontière naturelle qui relie et trace des voies de communication : il suffit à l’eau de couler pour passer du Tibet à l’Inde. Pour l'eau, la frontière est ailleurs : bien plus au nord, sur les hauts plateaux tibétains. Où est la frontière ? Cela dépend pour qui.
Elle sépare en deux. Ce n’est pas toujours vrai : elle peut séparer en trois, comme au sommet du Mont Dolent, frontière commune à la France, l'Italie et la Suisse. Alors, quand on franchit la frontière, on ne sait pas dans quel état on va se trouver !
Elle est une ligne. Pas seulement : elle peut aussi être un point, on l'a vu, ou un territoire étendu, comme le no man's land du Kunjerab Pass, entre le Pakistan et la Chine. Terre sans homme.
Elle marque une différence, sépare les identités. Mais ceux qui habitent les flancs des chaînes de montagnes ont souvent entre eux une profonde affinité, au point de s'identifier les uns aux autres plus facilement qu'ils ne se reconnaissent dans les habitants des plaines de leur propre "état". Les peuples des frontières, Sherpas, Kurdes, ont une identité, souvent irréductible à celles qui s'affirment de part et d'autre. Certains d’entre eux ont, bon gré, mal gré, un statut d’hommes sans terre. “No land’s man”.

UNE FRONTIERE LIMITE.
Une frontière limite, au sens où elle dessine les contours d’un territoire, au sens où elle peut entraver la libre circulation, au sens où elle ne permet pas de voir ce qui se passe de l’autre côté. Les chaînes de montagnes, vues comme des barrières, ont tout pour incarner naturellement cette vision de la frontière comme obstacle. Mais les montagnes elles-mêmes ne sont pas seulement des barrières : les lignes de crête s’infléchissent pour former des cols, se tendent pour dessiner des sommets.

Alors que la chaîne de montagne est obstacle, le col est passage. Au col, la frontière fait rêver, un nouvel espace s’ouvre à “ce moment fait de contraires, le premier regard par-dessus le col” dont parle Victor Segalen
. Franchir la frontière peut être désirable.

Le sommet, lieu sans étendue et sans durée, se résume à un “point de vue”, un “point d’où l’on voit” et évoque à lui tout seul l’idée que la frontière puisse aussi être l’endroit idéal pour prendre de la hauteur : avoir une vision globale, voir plus loin, voir de tous côtés, permettre le discernement, peut-être même prendre de la distance pour mieux voir en soi.

La frontière ne se contente pas de limiter, elle peut ouvrir la possibilité d’un changement. Le massif du Mont-Blanc est parfois le lieu d’une transition climatique spectaculaire, beau temps d’un côté mauvais temps de l’autre ; alors les Chamoniards se tournent au midi, vers le massif, vers le tunnel qui fait office de “porte du soleil”, lorsqu’il fait beau dans le Val d’Aoste alors que leur vallée est sous la pluie.
Le frontière est changement et ce changement peut faire peur : comment est-ce de l’autre côté, comment nous l’imaginons-nous ? Comment est “l’autre” ? Alors on hésite à “faire le pas”, ou on répugne à voir “l’autre” franchir “nos” frontières.
Car parler de frontière c’est aussi parler de propriété : la limite est-elle la fin de mon territoire, le début du territoire de l’autre, ou n’appartient-elle à personne ? Si elle est une ligne immatérielle, on peut vivre dans l’illusion que cette question ne se pose pas. Si elle s’incarne dans une chaîne de montagnes, tout change : autour du sommet du Mont-Blanc, qui n’est qu’un point, se jouent d’interminables polémiques entre les communes qui en revendiquent la propriété. Ce serait risible si l’on ne percevait les enjeux derrière l’anecdote.

La frontière limite et délimite. Curieux, non ? Mais peut-être la langue entend-elle par là qu’elle donne des repères et que ces repères ne sont pas destinés à fermer notre espace, mais à nous offrir les points d’appui nécessaires pour l’ouvrir.
“Gentilshommes, un étranger vient de nous donner une précieuse leçon : il faut se tenir à l’extérieur d’un cercle pour s’apercevoir qu’il est rond” (Salman Rushdie)

UNE FRONTIERE,ON LA FRANCHIT.
Dit autrement : on est d’un côté ou de l’autre, on est l’un ou l’autre, et une frontière, ce n’est pas fait pour qu’on y reste. Pourtant la montagne nous offre l’expérience inouïe de pouvoir parcourir des lignes de crête, là où justement on reste à la frontière. Intensité, fragilité. J’aime y voir la raison d’être secrète des peuples des frontières, ces gens des crêtes sans qui, peut-être chacun resterait chez soi.

PUIS, DES ENDROITS
“La photo se produit exactement à l’endroit où se tient celui qui la prend” (Denis Roche, La photographie est interminable)
Cette phrase m’intéresse pour les directions dans lesquelles elle étend ses significations. Que dit Denis Roche ? Tout tourne autour du mot “endroit”. Il précise : “ Mon “endroit”, c’est celui où je suis, où je me trouve, où je me tiens”. Il écrit, plus loin : “On ne peut pas prendre une photo à distance, ou comme je le dis souvent “derrière la colline”, à un endroit où on se trouve pas”. Ce qui lui fait dire que toute photographie est autobiographique.

Mais qui dit “endroit” dit “envers” : l’envers, c’est l’autre côté, “derrière la colline”. Entre les deux se situe une frontière, qui n’est tout à fait elle-même que parce qu’elle est vue depuis l’endroit où je me trouve. Ceci nous invite à penser que l’endroit où je me trouve, en posant la limite de ce qui est à ma portée, détermine une géographie autobiographique. Autrement dit : mon endroit, c’est cela même qui dessine mes frontières. Il est constitué de ce qui fait que, justement, je m’y trouve : il est en rapport avec mon identité, mes croyances, mes habitudes, le passé dont je suis dépositaire et les normes et valeurs en lesquelles je me reconnais. Entendre ainsi l’endroit ouvre des dimensions symboliques à l’idée de frontière, qui prend alors son élan. A l’envers de mon endroit, au-delà de la frontière, se situe ce qui est pour moi invisible, inaccessible, impensable, impossible, incroyable, hors de portée, inconnu. Mon insu.

Retour à la montagne, en une sorte de géographie autobiographique.

LES FRONTIERRES QUE JE ME CREE.
Mon envers, ce qui est hors de ma portée, c’est aussi ce que je ne crois pas possible, ce que je ne peux penser. La pratique de l’alpinisme nous offre parfois la possibilité de saisir de quoi sont faites de telles frontières. J’ai été frappé d’entendre un jour un débutant, qui s’était surpris lui-même à aller au-delà que ce qu’il croyait pouvoir faire, nous dire : “toute ma vie je me suis construit en transgressant les barrières que l’on dressait autour de moi. L’expérience que vous m’avez permis de vivre m’a fait prendre conscience qu’aujourd’hui, les limites, c’est moi qui me les crée”. Mon endroit est aussi ce qui me fait voir ceci comme une progression, cela comme une transgression ; ceci comme probable, cela comme improbable ; ceci comme un équilibre, cela comme un déséquilibre ; ceci comme une instabilité, cela comme un mouvement.

LES FRONTIERES INVISIBLES.
Alpiniste, je suis aux aguets de la frontière fragile qu’il y a souvent entre la bonne et la mauvaise décision. Ce qui me guette quotidiennement, c’est la lente dérive des pratiques qui, d’écart en écart, peut insensiblement mener à la catastrophe. Je suis, comme l’a si bien écrit Sir Ernest Shackleton
,
"émerveillé de la limite imperceptible qui sépare le succès de la faillite, et du rebondissement soudain qui change un désastre apparemment certain en une réussite relative"

LES FRONTIERES HERITEES.
Notre culture est imprégnée de la dualité réussite/échec. Je me souviens d’avoir lu, il y a fort longtemps, le récit par un alpiniste britannique d’une expédition himalayenne qui n’avait pas atteint le sommet projeté. Pour la première fois, j’y voyais le mot “attempt”, tentative. Ce n’était pas un succès, non plus qu’un échec. Voilà comment, un jour, mon “endroit” a changé.
Nous héritons de frontières créées par les personnes auxquelles nous aspirons, parfois sans le savoir, à nous identifier. Que ces personnes soient seulement connues à travers ce qu’elles ont réussi, et ce que je ne réussis pas complètement moi-même aura valeur d’échec. Qu’elles soient aussi connues à travers les obstacles qui les ont arrêtées, et ce que j’appelais échec aura peut-être pour nom : tentative, épreuve ou apprentissage.

LES FRONTIERES NORMATIVES : ce qui est “intéressant”, ce qui ne l’est pas.
La frontière entre ce qui nous intéresse et ce qui ne nous intéresse pas est autobiographique, mais nous pouvons parfois être surpris par ce qui la détermine.
Revenons à l’Himalaya : pourquoi tant d’alpinistes ont-ils, pendant plusieurs décennies, participé de manière quelque peu obsessionnelle, à la “course aux 8000” ? Réponse : parce qu’ils comptaient en mètres. Il suffit de voir les formes d’alpinisme qu’ont développé les Britanniques dans la même période, la nature de leurs ambitions, pour comprendre la puissance de la frontière symbolique des “trois zéros”. Pourtant, quoi de plus arbitraire, a priori dénué de signification, que le système de mesure des longueurs ?

LES FRONTIERES NORMATIVES : sécurité, risque.
La question du risque traverse nos sociétés, qui aspirent à tracer une frontière claire entre ce qui serait “à risques” (des activités, des conduites, des sports) et ce qui serait “sans risque”. Les alpinistes viennent inquiéter ces normes, déplacer ces frontières, car nous sommes perçus comme des gens pratiquant une activité risquée, tout en étant préoccupés de sécurité, des gens réfléchis qui pratiquent une activité que toute personne réfléchie devrait s'abstenir de pratiquer ("sois prudent, encore que la prudence serait de ne pas y aller"). En bref, nous sommes perçus comme des gens soucieux d'évaluer correctement leurs limites tout en n'ayant de cesse de les transgresser.

LES FRONTIERES NORMATIVES : liberté, contrainte.
Ce qui est liberté, ce qui est contrainte, dessine pour chacun de nous des frontières essentielles. Les alpinistes font partie de ces groupes (avec les entrepreneurs ?) qui se réclament volontiers d’un “espace de liberté”. C’est une revendication qui peut porter le meilleur comme le pire. J'entends parfois, derrière l'espace de liberté, une dénomination qui flatte le désir de se sentir appartenir à une élite, à une aristocratie du risque, ou qui traduit l’envie de s'affranchir de la loi commune.
Je me demande aussi quelles valeurs on entend promouvoir à travers ce terme. J'y vois, en positif : l'initiative, la responsabilité, la solidarité, l'engagement, l'autonomie. En négatif : l'individualisme, la loi du plus fort, le mépris envers ceux qui "n'osent pas".
En réalité, et c’est sans doute ce qui fait le sel de l’alpinisme, il y a tension entre cet environnement qui impose de fortes contraintes, et la liberté que chacun de nous y exerce.

LES FRONTIERES NORMATIVES : acceptable, inacceptable.
Nos actes et notre discours sur nos actes dessinent des frontières symboliques dont il est essentiel de mesurer la portée. Ce constat m’a saisi lorsqu’un jour, assistant au cinéma à une projection du film “Shoah” de Claude Lanzmann, j’ai entendu le dialogue suivant :
« Et après la guerre, qu’avez-vous fait ?
J’étais dans une maison d’édition alpine
Ah oui ?
Oui, oui. J’ai écrit et publié des guides de montagne. J’ai édité une revue alpine.
C’est votre sport favori, la montagne ?
Oui, oui.
La montagne, l’air et…
Oui
… Le soleil, l’air pur…
Pas l’air du ghetto »
L’homme qui répond ainsi à Claude Lanzmann est le Dr Franz Gassler, qui fut adjoint du Dr Auerswald, Commissaire du “district juif” de Varsovie..
Ce jour-là, j’ai eu honte de constater que j’avais, que je le veuille ou non, quelque chose en commun avec ce monsieur, puisque lui aussi se réclamait d’une passion pour la montagne. Et j’ai
pris conscience de la raison pour laquelle tout un pan du discours sur la montagne me révulsait déjà : il n’était pas, et de loin, débarrassé de ce qui lui avait donné sa place dans la symbolique du nazisme. Depuis ses débuts la « barque symbolique » de l’alpinisme a été assez chargée : nationalisme, élitisme, récupération des valeurs liées au goût de l’effort et au dépassement de soi, exaltation de valeurs guerrières, une sorte de fascination pour le choc de la jeunesse contre la mort… En son temps le fascisme a été le référent favori des alpinistes qui prétendaient résoudre les « derniers grands problèmes des Alpes ». Le moment culminant de la récupération idéologique de la montagne a certainement été en 1938 la décoration par Hitler des quatre alpinistes qui avaient réussi la première ascension de la face nord de l’Eiger. Aujourd’hui personne dans le milieu de l’alpinisme ne se reconnaîtrait ouvertement dans la symbolique du nazisme, mais beaucoup laissent, en mots ou en actes, s’exprimer des affinités dont ils ne mesurent pas toujours la portée. Cela, ce ne sont plus vraiment des faits, des écueils désignés et par là même évitables, ce sont des courants difficiles à détecter, à nommer, à décrire. Ces affinités inavouées créent des frontières qui s’expriment en termes de valeurs. J’ai su ce jour-là que jamais plus je n’entendrais certains mots, certaines formes de discours sans être hanté par les idées auxquels ils renvoient.

La pureté des cimes. J’aime le paysage de la haute montagne, les lumières et les formes qui s’y déploient, la limpidité de l’air hivernal. Pourtant quelque chose m’interdit d’en parler en termes de pureté, bien que, comme nous tous, j’aime cet état. Je l’aime mais n’en fais pas pour autant une manière de distinguer, sans le dire, le pur de l’impur, de me distinguer, en tant qu’amateur des cimes si pures, d’une communauté humaine qui n’accède pas à ces lieux. Car toujours viennent se greffer sur l’idée de pureté de troublants usages de la logique : parce que la pureté est dans les lieux, elle serait dans le cœur de celui qui s’y rend. Cela suffirait à prouver que quelque chose en lui le place hors du commun. Là commence l’inacceptable.

Le goût de l’effort. Comme bien des alpinistes, j’apprécie souvent mieux la beauté d’un sommet au terme d’une marche ou d’une escalade qu’après y être monté avec des moyens mécaniques ; j’ai ce « goût de l’effort » associé, à juste titre, à la pratique de l’alpinisme. Mais je ne tolère pas que l’on assortisse cela d’un mépris plus ou moins affiché pour ceux qui, de passage, viennent voir ces paysages en touristes. Que savons-nous d’eux pour avoir la prétention d’affirmer que notre vie, parce que nous goûtons ces efforts, a plus de valeur que la leur ?

Le haut et le bas. Le haut est connoté positivement, le bas négativement; le bon est en haut, le mauvais en bas ; le beau est en haut, le laid en bas ; l’élite est en haut, la masse en bas . On parle de hautes pensées et de basses besognes, de haut du panier et de bas de gamme. La perception de la montagne est enlisée dans cette association d’idées, qui contamine l’opinion que les alpinistes se font d’eux-mêmes. Qu’ils y mettent ce qu’il faut de complaisance, et le haut devient le supérieur, le bas l’inférieur. La connivence sémantique avec la supériorité d’un groupe humain n’est pas loin.




ENFIN, RETOUR À UNE GÉOGRAPHIE IMAGINAIRE
Dans La Traversée des Frontières, Jean-Pierre VERNANT
écrit : “Pour être soi, il faut se projeter vers ce qui est étranger, se prolonger dans et par lui. Demeurer enclos dans son identité, c’est se perdre et cesser d’être. On se connaît, on se construit par le contact, l’échange, le commerce avec l’autre. Entre les rives du même et de l’autre, l’homme est un pont”.
Cette image du pont nous invite à revenir à la géographie des montagnes pour nous en inspirer dans notre vision et notre “pratique” des frontières : une frontière est autant une ouverture qu’une limite ; elle peut être déplacée si nous même bougeons et cherchons nos “cols”, nos “sommets”, et les “fleuves” pour nous porter au-delà, vers ce qui est autre.

Lundi 6 Avril 2009 15:10