Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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"MILIEU DIVIN" Editions du Seuil


Renée JOUBERT / Divinisation des passivités
Dans ce texte, tantôt exposé, tantôt prière, TEILHARD de CHARDIN explique sa pensée sur les sujets les plus graves : le MAL et la MORT.
Nous devons avancer face à des forces de deux natures :
-des forces favorables qui soutiennent notre effort : les passivités de croissance.
-des forces ennemies qui entravent notre marche : les passivités de diminution.

Ces diminutions concernent de façon inégale la moitié de notre vie .Nous ne naissons pas libres :
‘’Autant sinon plus que la mort nous subissons la vie. " L’expression ‘’subir’’ me gêne .Il est vrai que nous naissons avec un capital génétique auquel nous ne pouvons rien. ’’La vie profonde, la vie fontale , la vie naissante nous échappe absolument" .(page 67). Mais cette vie que nous recevons aux probabilités infimes devrait être accueillie comme un don ; nous avions si peu de chances d’être là.

Teilhard a le vertige en réfléchissant à l’improbabilité de se trouver dans ‘’un monde réussi’’ mais il a entendu une voix qui le sauve et le rassure :’’EGO SUM, NOLI TIMERE ’’ (c’est moi,ne craignez point).
Ce vertige le conduit à s’adresser directement à DIEU : ’’Dans la vie qui sourd en moi et dans cette matière qui me supporte, c’est vous-même que je rencontre et je baise vos deux merveilleuses mains :-celle qui saisit et …et se confond en nous avec la source de la vie-celle qui embrasse si largement que… les ressorts de l’univers se plient harmonieusement à la fois. (page 68)
’Vous, dont la sagesse aimante me forme à partir de toutes les forces et de tous les hasards de la Terre ,donnez -moi d’ébaucher un geste dont la pleine efficacité m’apparaitra en face des puissances de diminution et de mort….Faites que ,après avoir désiré ,je croie, je croie ardemment.je croie en toutes choses, à votre active présence .’’ ( page 68)
Il se trace une ligne de vie : ’’A votre appel je répondrai par le soin de ne pas étouffer ni dévier ni gaspiller ma puissance d’aimer et de faire.’’ (page 69)

Peut-être aurons –nous la chance d’échapper aux différentes épreuves dont pourrait être faite notre vie ; handicaps physiques, intellectuels, moraux ou maladies, accidents ,mais, inéluctablement ,nous serons confrontés au vieillissement et à la mort
‘‘La mort est le résumé de la consommation de toutes nos diminutions, elle est le mal. ’’ (page 73) Alors conseille le Père : « Surmontons la mort en y découvrant Dieu et Dieu se trouvera installé au cœur de la vie. »

Mais avant la mort, il faut au chrétien affronter la souffrance. Lorsqu’il souffre, il dit ; « Dieu m’a touché ».
A ce sujet je vais parler d’une expérience personnelle .J’ai dû subir une intervention chirurgicale délicate afin de soulager une maladie extrêmement douloureuse .Cette opération au cerveau a laissé quelques séquelles, ennuyeuses certes, mais infimes par rapport aux douleurs insupportables de la maladie .Le chirurgien m’a demandé de rencontrer une malade qui n’acceptait ni la maladie ni les séquelles.
Cette dame pieuse, me demandait pourquoi nous avions reçu en don de naissance cette épreuve. Elle posait sans cesse la question ; « Pourquoi nous ? Quelle faute avons-nous commise ? »Elle ressentait cette maladie comme une injustice .Pour elle souffrance était égal à punition. Ce raisonnement l’empêchait de dépasser son état et d’avancer .Je lui disais : « Pourquoi pas nous ? »Je lui disais notre chance d’avoir vécu au XXème siècle et d’avoir pu profiter des progrès chirurgicaux insensés mais rien n’y faisait. La faute présumée pesait sur ses épaules .Elle est devenue dépressive et n’a plus voulu rencontrer quiconque. Pour elle Dieu était profondément injuste et elle avait perdu la foi.
TEILHARD critique « la passivité qui peut aller jusqu’à la culture perverse de la diminution et de la souffrance ».
Karl MARX a écrit que la religion est l’opium du peuple’’ .Il se réfugierait dans sa croyance pour oublier ses misères physiques ou morales. C’est l’espoir d’une vie meilleure, d’une félicité inouie dans un paradis qui le ferait croire. André Comte – Sponville lui dit que : « C’est la misère qui fait la religion et c’est pour quoi celle-ci est misérable .Qui interdirait l’opium au mourant ? Et que sommes –nous d’autres hors l’oubli et le divertissement que des mourants ? »
Il est vrai que le problème du mal dans le monde, la souffrance, la perversité de certains individus, la mort d’innocents, la mort elle-même sont difficilement conciliables avec : « La bonté et la puissance créatrice de Dieu, et resteront toujours un des mystères les plus troublants de l’univers.» (page 77)

Mais pour TEILHARD la mort est un passage indispensable .Il a foi en Dieu qui ne peut que transformer nos morts en une meilleure vie et pour cela : « Il lui faut pour nous assimiler en lui, nous ramener, nous refondre, briser les molécules de notre être……La mort pratiquera l’ouverture désirée….Elle nous mettra dans l’état organiquement requis pour que fonde sur nous le Feu divin. »(page 83)
Alors dit le Père, nous rejoindrons Dieu au-delà de la vie et ce monde imparfait encore pour des centaines de milliers d’années ira pas à pas vers la perfection.

Mercredi 28 Mai 2014 18:46