Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 11 : LA FOI EN L’HOMME
[Chapitre 12 : QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME


Chapitre 11 : LA FOI EN L’HOMME

1-Définition et nouveauté
Pour Teilhard ,la foi en l’homme est la conviction que l’humanité entière a un avenir fait non seulement de temps à vivre mais aussi d’états supérieurs à atteindre.
Dès l’instant où les hommes ont pris conscience de quelque chose au-dessus d’eux, ils ont eu envie de tout envahir et de se « frayer un chemin jusqu’aux cieux ». La mythologie et le folklore regorgent de symboles de cette volonté.
L’univers est en état d’évolution psychique. Celle-ci peut-elle modifier notre pouvoir de pensée ? Notre conscience s’est élevée par nœuds dit Teilhard , à la perception de dimensions et de valeurs nouvelles .Nous sommes précisément à un de ces paliers .Nous avons acquis le « double sens de la durée et du collectif ».Sous l’influence de la science ,de l’histoire et du regroupement social le futur apparait comme une période de genèse et de maturité que nous ne pourrons affronter que ‘’solidairement’‘ .L ‘émergence simultanée de deux idées modernes : collectivité et avenir de l’ensemble humain ont fait que l’homme a dû passer d’un état de confiance instinctive et naïve en lui-même à une foi d’adulte raisonnée constructive et militante .Une crise spirituelle était, est inévitable.
René Girard explique que les guerres résultent de la tendance des hommes à désirer la même chose. « Ils imitent le désir les uns des autres .L’imitation, pour cette raison, est source de conflits .Désirer la même chose, c’est s’opposer à son modèle, c’est essayer de lui enlever l’objet qu’il désire .Le modèle se change en rival. Ces allers-retours accélèrent les échanges hostiles et la puissance croissance du désir : il y a donc chez l’homme une espèce de spirale ascendante de rivalité, de concurrence et de violence ».
Revenons à TEILHARD .Pour lui un monde nouveau est né de la guerre. « Sous les désordres, nous devons voir une fièvre de croissance ; sous la soif de bien-être une soif de plus-être.’ »
L’humanité ne peut plus ignorer tout ce qui lui reste à faire pour arriver au terme de son pouvoir et de ses possibilités.

2-Puissance et ambigüité
Pour TEILHARD, ce serait folie de s’opposer à l’explosion des forces intérieures de la Terre. Mais les hommes ne doivent pas s’abandonner passivement et sans discernement à cette impulsion qui pourrait devenir équivoque et dangereuse (goût de la puissance et de la non-réflexion).
Je vais à nouveau citer René Girard : « Les outils dont l’homme dispose aujourd’hui sont infiniment plus puissants que tous ceux qu’il a connus auparavant. Ces outils, l’homme est parfaitement capable de les utiliser de façon égoïste et rivalitaire. Ce qui m’intéresse, c’est cet accroissement de la puissance de l’homme sur le réel. Les statistiques de production et de consommation d’énergie sont en progrès constants et la rapidité d’augmentation de ce progrès augmente elle aussi constamment, dessinant une courbe parfaite presque verticale. C’est pour moi une immense source d’effroi tant les hommes restent des rivaux, rivalisant pour le même objet ou la même gloire –ce qui est la même chose. […].Nous sommes arrivés à un stade où le milieu humain est menacé par la puissance même de l’homme. Il s’agit avant tout de la menace écologique, des armes et des manipulations biologiques. »

Je vois poindre ici avec R.Girard les conflits possibles autour de l’eau par exemple.

La foi en l’homme devrait conduire à l’adoration d’un Autre, au-dessus de nous. « Devenir plus grand et plus fort pour se donner et étreindre d’avantage ‘’ dit la Bible, deux mots importants pour moi : donner et non pas prendre, étreindre pour comprendre et non étouffer. »
Mais pourquoi l’homme, conscient de sa puissance, chercherait-il un Dieu en dehors de lui-même ? Il est devenu autonome, maître du Monde et de sa destinée. Dès lors naît en lui la sensation de superpuissance (Tour de Babel, Faust).
La foi en l’homme tend à s’exprimer sous deux formes divergentes : d’un côté, l’esprit Chrétien fait de don et d’union dans l’attente d’un ‘’en avant’’ et de l’autre l’esprit Prométhéen, l’envie d’organiser la Terre pour l’Homme.
Teilhard pense qu’actuellement (1947) c’est la forme Prométhéenne qui domine, bien que certain la considère comme diabolique « signe d’orgueil incoercible sentiment de puissance et de progrès qui font à l’heure présente se gonfler ensemble toute les poitrines humaines ».

3- Pouvoir rapprochant de la foi en l’homme
L’Humanité tend à se réunir. Les entreprises communautaires connaissent un réel succès : l’OTAN, l’ONU, etc … La menace d’un même danger a soudé entre elles de larges fractions de la Terre lors de la guerre. La nécessité physique est un des facteurs de rapprochement, mais elle demeure fragile parce qu’accidentelle et momentanée. Le danger passé, la cohésion s’efface.
« Une profonde aspiration commune se dégageant de la structure même prise par le monde moderne, ne serait-ce pas ce qu’on appelle la foi en l’homme ? ». En pensée religieuse comme en science un certain noyau de vérité universelle grandit. La foi en l’homme présuppose donc une certaine conception basique de la place de l’homme dans la nature. Même divisé apparemment, elle continue à unir tout ce qu’elle imprègne.
Teilhard donne deux exemples extrêmes : un marxiste et un chrétien. Les deux, tout en étant convaincus de leur doctrine particulière, ont un point commun, la foi en l’homme. Les deux se retrouvent donc malgré leur conflit de formule en un même sommet : « Car par nature tout ce qui est foi monte et tout ce qui monte converge inévitablement ». Chacun pense avoir résolu une fois pour toute l’ambigüité du monde. Leur divergence n’est pas complètement définitive aussi longtemps du moins que le marxisme n’aura pas éliminé de sa doctrine la force ascensionnelle de l’esprit.(1947)
La foi en l’homme se découvre comme l’atmosphère générale au sein de laquelle peuvent le mieux croître et dériver l’une vers l’autre les formes supérieures de croyances générales. Ce n’est donc pas formule mais milieu d’union. De cette foi élémentaire tous sont ou seront touchés.


Chapitre 12 : QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME


A l’origine, les droits de l’homme reposent sur une volonté d’autonomie individuelle. L’accroissement rapide des liaisons techniques, économiques et psychiques font que l’homme se trouve désormais engagé dans un processus tendant à l’établissement sur Terre d’un système solidaire. L’humanité se collectivise ; apparaît alors un conflit entre l’individu toujours plus conscient de sa valeur et les liens sociaux toujours plus exigeants. Teilhard pense que ce conflit n’est qu’apparent, l’homme ne se suffit pas. Pour atteindre sa plénitude, il a besoin des autres. « Collectivisation et individualisation ne sont pas deux mots contradictoires mais complémentaires. ».
La totalisation humaine devra s’effectuer non pas par compression externe mais par effet interne d’harmonisation et de sympathie. Toute solution devra satisfaire à trois critères :
- premièrement, l’individu n’as plus le droit de ne pas chercher à se développer ; il doit aller jusqu’au bout de lui-même
- deuxièmement la société doit dans son propre intérêt tendre à créer le milieu le plus favorable au plein développement physique et psychique de chacun de ses éléments
- troisièmement en aucun cas les forces collectives ne peuvent obliger l’individu à se déformer ou à se mentir à lui-même.
Pour résumer Teilhard pense à une charte de l’humanité qui comporterait de nouveaux droits et devoirs :
- devoir absolu de l’homme de travailler à se personnaliser
- droit relatif de l’homme d’être placé dans les meilleures conditions possibles pour se personnaliser
- droit absolu de liberté et de choix

En conclusion, je vais rejoindre Stéphane Hessel qui , malgré toutes les épreuves qu’il a traversées conserve comme Teilhard de Chardin sa foi dans l’homme .Ils ont dû se rencontrer sûrement.
Stéphane Hessel écrit dans son livre ‘’-Engagez-vous’’ son espoir dans le devenir de l’homme : « Toutefois l’humanité , l’espèce humaine est une espèce jeune. Nous ne sommes dans ce cosmos que dans un petit endroit et sur une période de temps infiniment petite par rapport à tout ce que le cosmos a connu .Aller sur d’autres planètes me semble improbable. Mais utiliser les ressources qui sont à notre disposition-éthiques, scientifiques , matérielles , intellectuelles-pourquoi pas ? Nous devons, par exemple, apprendre à franchir pas mal d’obstacles. Rien n’est exclu, nous sommes une espèce jeune mais qui peut se casser la figure demain, disparaitre…Mais nous pouvons nous dire : « Nous comprenons des choses ,nous devons nous transformer, nous pouvons aborder une nouvelle phase de l’ existence de l’espèce humaine sur cette petite planète qui peut nous offrir encore de merveilleux horizons. ….Oui j’ai confiance en l’homme.
Cet animal là ,il est dangereux, il est capable de tout bousiller…mais il est formidablement capable d’aborder de nouveaux problèmes avec de nouvelles idées. »

Stéphane Hessel rejoint ainsi Teilhard dans la conscience des risques que font courir à l'humanité les progrès techniques et, cependant, tous deux veulent rester optimistes. De toutes parts surgissent actuellement des voix pour appeler à la prudence. Les règles de l'éthique sont en train de découvrir les conditions de survie de l'espèce et je veux croire avec eux en une poursuite idéale de l'évolution "

Dimanche 26 Juin 2011 20:55