Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Chapitre 6 : Vie et Planètes, Que se passe-t-il en ce moment sur la Terre ?
A : Les planètes vivantes dans l’univers
B : L’homme sur la planète Terre
C/Position présente de l’humanité


20 mars 2011
Lors d'une conférence en 1945 Teilhard de Chardin nous dit, en cette fin de guerre, que le conflit qui a secoué la terre entière n'est pas dù seulement a des facteurs économiques et politiques mais qu'il s'agirait d'événements liés à « l'évolution générale de la vie terrestre . »

A : Les planètes vivantes dans l’univers

1 : Le point de vue de l'Immense :

Les hommes ont eu depuis toujours, en regardant le ciel, l'impression d'une voûte bien calme. Mais ce spectacle apaisant est en train de se transformer grâce aux progrès techniques en une vision beaucoup plus inquiétante. Arrive à la conscience humaine « l'idée d'immensités de distances, d'énormités de volumes, de températures formidables, de torrents d'Énergie ».
Les étoiles représentent « l'Unité naturelle sidérale ». Elles semblent extrêmement différentes en taille et lumière, certaines sont colossales « les géantes rouges », d'autre plus petites que la Terre « les naines rouges ».
Pourtant sous cette grande diversité apparente se dissimule une même identité. Elles ont toutes une masse approximativement semblable.
Nous sommes, dit Teilhard, cosmologiquement parlant enveloppé d'une sorte de gaz monstrueux, formé de molécules lourdes comme le Soleil circulant à des distances mutuelles se comptant en années-lumière.
La Voie Lactée marque le contour équatorial d’une immense accumulation lenticulaire de matière cosmique. La Voie Lactée n'est pas seule de son espèce. Ça et là des petites tâches laiteuses se montrent dans le ciel qui au télescope se dévoilent comme d'autres fragments de l'Univers, d'autres galaxies.
Ne pourrions-nous pas alors imaginer de supergalaxies. L'Univers n'est pas fait comme pensait Pascal de pièces emboitées se répétant à l’identique du haut jusqu'en bas, de l'infime à l'immense. Pour le physicien Einstein au-dessus des galaxies il n'y aurait rien sinon le cadre sphérique de l'Espace-Temps .Le problème des limites du monde ne sera pas résolu demain.
Au commencement, il y aurait eu une atmosphère diffuse des millions et des millions de fois moins dense que l’air et des millions et des millions de fois plus étendue dans tous les sens
Ce ‘’chaos primordial’’ comme l’appelle JEANS devait être en apparence homogène mais instable. Une seule irrégularité et le système s’effondrait et s’enroulait en grumeaux énormes ; ainsi seraient
nées les galaxies.
A l’intérieur des galaxies le même mécanisme de rupture aurait joué donnant naissance à de nouveaux grumeaux plus petits : les étoiles. Les astronomes sont d’accord pour penser que les planètes seraient - elles aussi nées d’un frôlement de deux étoiles .La matière arrachée à notre soleil aurait formé un long filament qui ,ultérieurement se serait rompu en’’ un chapelet de globes séparés’’.
Une question se pose alors : « Quelles sont, dans l’univers, la place, la signification et l’importance des planètes ? »Elles apparaissent, à première vue comme des anomalies du système sidéral. Nées par un coup de hasard, elles n’ont pas de place dans l’évolution régulière de la matière astrale.
JEANS pense qu’une étoile sur 100 000 seulement a des chances de posséder des planètes .De plus les possibilités pour elles d’être vivantes sont encore plus rares Quelle place revient alors à la Terre dans l’univers ? »A quoi se réduit la vie, se demande-il ? Tomber ,comme par erreur ,dans un univers qui ,de toute évidence, n’était pas fait pour elle ; rester cramponnés à un fragment de grain de sable jusqu’à ce que le froid de la mort nous ait restitués à la matière brute, nous pavaner sur un tout petit theâtre…en sachant très bien que tout ce que nous avons fait périra avec notre race ,laissant l’univers comme si nous n’avions pas existé. »
Teilhard refuse ce pessimisme .Cette perspective serait non seulement décourageante pour notre action mais aussi contradictoire physiquement avec l’existence et l’exercice de notre intelligence. Il nous demande de regarder l’Univers sous l’angle biochimique de la complexité.

2 : Le point de vue de la complexité :

Complexité = plus grand nombre d’éléments
- plus étroitement reliés entre eux
De l’électron à la molécule en passant par l’atome, de la molécule à la cellule vivante, il y a non pas simple multiplicité mais multiplicité organisée, non pas simple complication mais complicité centrée.


Cette table de classification est naturelle et significative. Une loi de récurrence se découvre enfin dans l’ordre des apparences. « Au-delà du million d’atomes, tout se passe comme si les corpuscules matériels s’animaient si bien que l’univers s’arrange en une seule grande série plus ou moins touffue sans doute, mais, dans l’ensemble, clairement orientée et montante, depuis l’atome le plus simple jusqu’aux vivants les plus élevée. »
Significative, ……parce-que la place occupée par chaque corpuscule situe chronologiquement cet élément dans la genèse de l’univers, c'est-à-dire dans le temps. Elle le date .Ceci indique que nous pouvons progresser plus sûrement en suivant cet axe de complexité.

Teilhard revient à la place de la Terre face aux vastes unités sidérales (galaxies et soleils) et soupèse leur importance au poids de la complexité des éléments qu’elles abritent. Nous assistons à un complet renversement des valeurs nous dit-il .Dans les galaxies originelles l’étoffe est extrêmement simple : un noyau, un électron .La chimie des étoiles est plus riche : présence d’éléments lourds et instables et série complète des corps simples en superficialité. En effet la température dans les étoiles est beaucoup trop élevée pour que des combinaisons complexes soient stables. ’’Essentiellement les étoiles sont le laboratoire où la nature, à partir de l’hydrogène primordial, fabrique les atomes et rien de plus.’’ Pour aller plus loin, il nous faut imaginer deux choses étonnantes :
-1 : une portion de surface stellaire dans la zone superficielle des atomes légers vient à se séparer de notre étoile
-2 : cette légère et stable ‘’crème d’étoiles ‘’devra rester assez proche de celle -ci pour bénéficier modérément de son rayonnement car les grosses molécules .exigent de l’énergie pour leur synthèse.

Teilhard pense que c’est justement ce qui se serait passé .Une étoile mystérieuse aurait un jour frôlé notre soleil et détaché de sa surface ,pour la disperser ensuite ,la masse filamenteuse d’où sont nées les planètes .Celles-ci ne seraient rien moins finalement que les points vitaux de l’univers .C’est sur elles que se centre l’effort d’ une évolution tournée vers la synthèse de grosses molécules Nous restons sidérés par la rareté et l’improbabilité d’astres semblables à la Terre ‘’.Enveloppée de la buée bleue d’oxygène qu’inhale et exhale sa vie, elle flotte exactement à la bonne distance du soleil pour que ,à sa surface ,les chimismes supérieurs s’accomplissent.’’


B : L’homme sur la planète Terre :

Une fois établie à cause de leur complexité, la prééminence astrale des planètes et donc de la Terre, tentons de déterminer la ‘’valeur cosmique’’ de l’espèce humaine .La Terre, nous l’avons vu, reste un des rares centres où se poursuit la synthèse des grosses molécules .Quelle est la place de l’homme dans la série croissante des super-molécules?
.
Teilhard nous dit : « Plus un être est complexe plus il se centre sur lui-même et donc devient plus conscient et inversement. »
Pour suivre la montée de complexité réfléchissons sur la montée des psychismes .L’homme par la complexité de son cerveau occupe une place en tête des unités vivantes apparues sur Terre .Il forme donc une enveloppe planétaire à part.’’Il est le plus précieux des éléments planétaires et porte dans sa centro-complexité la fortune de la Terre.’’

C/Position présente de l’humanité :

Certains biologistes, philosophes ou sociologues (Jeans, Bergson) pensent que l’humanité aurait atteint un état définitif qu’elle ne saurait dépasser .Teilhard de Chardin refuse cette éventualité .Il n’y aurait rien de plus décourageant pour les hommes .Rien ne prouve qu’ils soient arrivés au bout d’eux- mêmes.
Au contraire pense Teilhard nous entrons dans une phase critique de ‘’super-humanisation.’’ On assiste dit- il à un envahissement accéléré de puissances collectivistes : ascension enveloppante des masses, resserrement constant des liens économiques, trusts intellectuels et financiers, totalisation des régimes politiques, coudoiement … des individus et des nations..’’
Nous pourrions penser que nous nous trouvons devant une véritable catastrophe naturelle. Or tout ceci est inéluctable .Ce ne serait que la rencontre de deux facteurs : la surface restreinte de la Terre et la multiplicité des hommes mais la VIE n’a développé ses synthèses que grâce à un resserrement progressif de ses éléments. La collectivisation de l’espèce humaine ne serait pas autre chose qu’une forme supérieure de moléculisation sur notre planète : au cours d’une première phase : édification des cellules ,puis édification des complexes cellulaires y compris l’homme et enfin s’annoncerait l’édification d’un super-complexe organico- social exclusivement possible dans le cas d’éléments personnels et réfléchis .Alors l’humanité ne formerait plus qu’une seule unité organique majeure ,archi-molécule hyper-complexe, hyper-centrée et hyper- consciente. Cette idée d’un esprit planètisé parait folle .Pourtant de grands biologistes modernes comme
Julian Huxley et J.S. Haldane commencent à penser l’humanité comme un ‘’cerveau de cerveaux’’.Le resserrement du réseau humain serait la première manifestation du super- organisme qui s’apprête à nous porter à une plus haute conscience de notre personnalité .Notre passion de découvrir, de chercher indiquerait la montée d’une sur-évolution .La guerre actuelle qui implique toute la Terre, ne serait-elle pas une crise d’enfantement proportionnée à l’énormité de la naissance attendue ?
Pour l’humanité la vie devient plus lourde .Mais ce surcroît de fardeau exige un surcroît d’intérêt .Il y a, pour animer notre courage, l’espérance de quelque résultat plus loin et en avant. Que chaque homme puisse se dire qu’il travaille à ce que l’univers s’élève en lui et par lui et alors c’est l’humanité toute entière qui avance de plus belle !

Mardi 5 Avril 2011 13:48