Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Renée  Joubert /  		Le Milieu  Mystique
Teilhard de Chardin développe dans le Milieu Mystique (1917) la construction du monde qu'il a élaborée peu à peu dans le désordre qui l‘entoure.
Malgré l'horreur de la guerre, tel Saint François d’Assise, il découvre autour de lui, dans des joies simples l'évidence d’un autre monde qu’il appelle le Monde Mystique. Ces moments d’extase lui permettent de rompre avec le sentiment de solitude et de découragement qu’il peut éprouver parfois.

Peut-être le chant de l'oiseau, le murmure d'une source, l'éclat du soleil Irisant une goutte de rosée, le regard amical ou simplement rêveur d’un compagnon de combat l’ont-il conduit à entrevoir cet autre monde” Ce que tu as vu passer ,comme un monde, derrière le chant, derrière la teinte, derrière les yeux, n'est pas ici ni là, c'est une présence répandue partout” (page 139) Goethe a écrit un jour que : ”Tout objet nouveau, contemplé comme il convient, ouvre en nous un nouvel organe de perception”

Derrière ces mini-événements, perceptibles à un homme sensible et attentif à la nature, il retrouve son aptitude, son appétit de connaître, d'admirer et prolonger ses observations ; l’homme de science ne peut les dédaigner “Il ressentait une émotion impossible à confondre avec une autre des passions de l’âme”.
Cela l’incite alors à construire, telle sainte Thérèse d'Avila, son ”château intérieur” : cinq cercles qui vont s'imbriquer les uns dans les autres. Partir du premier cercle, celui de la présence, puis découvrir le second la connaissance parvenir au troisième la révélation chrétienne, aller ensuite au quatrième, l’esprit et enfin découvrir l'ultime, celui de la personne où il s'aperçoit que tout cela vient se centrer en un seul point, une seule personne, Jésus.

Teilhard, comme Saint François d'Assise, vit dans l'émerveillement. Avec son désir permanent de connaître et d'admirer, il ressent par tous ses sens la nature autour de lui. Le mot sens a trois acceptions : sensation, direction, signification. Sens = sensation : Les humains peuvent appréhender par leurs cinq sens la nature dans ce qu'elle a de plus caché et de fugitif pour peu qu'ils soient attentifs et sachent observer. Alors ouverts à cette nouvelle vision des choses ils peuvent avancer…” les ondes ébranlées ont trouvé une résonance telle qu’elles font vibrer jusqu'à l'intérieur les corps et leur donnent le désir d'accéder à quelque individualité plus vaste.”
Sens = direction : le croyant cherche dans la joie d'avoir rencontré un objet universel et solide auquel raccrocher les bonheurs fragmentaires dont la possession irrite Le cœur sans le satisfaire
sens = signification ; il faut trouver un sens à la vie, c'est désormais au mystique qu’ est réservée la tâche de s'emparer du monde

Thomas Morton écrit : ”Il y a dans tout le visible une fécondité invisible, une lumière diffuse, quelque chose de doux qu'on ne peut nommer, un tout caché…. Dans toute chose il y a une douceur et une pureté insondable, un silence qui est une fontaine d'action et de joie. Elle croît en douceur silencieuse et elle s'écoule... à partir des racines invisibles de tout être créé, m'accueillant, avec tendresse, et me saluant avec une humilité indescriptible.”

Teilhard a une vision globale du monde… il intègre dans sa réflexion le travail des hommes tant artisans que philosophes, scientifiques ou religieux. Rien ni personne ne doit échapper à l'évolution. Dans son éveil au Christ, le croyant, qui deviendra plus tard peut-être le voyant, doit sans cesse œuvrer à l'épanouissement de l’humanité Il ne doit pas s'endormir dans la certitude qu'il a atteint son but. Au contraire, il devra continuer à avancer. “Plus il sera vivant, actif, tenace en son mouvement propre vers le bonheur, plus il éprouvera puissamment, il le sait, la forte caresse de la vague (page 152) Pour lui une nouvelle dimension vient de s'ajouter mais le surnaturel ne doit pas écraser le naturel. Si le Christ constitue l'achèvement de la création, tout ce qui participe à son développement est sacré. Compte tenu de l'importance primordiale du travail humain, des sciences, de la réflexion, à l'évolution de la terre, ils deviennent une condition première à l'édification du royaume de Dieu.

En intégrant dans sa vision du monde divin les travailleurs, les philosophes, les scientifiques et les religieux, Teilhard crée un homme nouveau, un croyant intégré dans son temps, qui va de l'avant malgré les épreuves et la souffrance. Il les accepte parce que participant à son élévation et que, grâce à elles il progresse avec son corps ; son intelligence et son âme.

Mercredi 28 Octobre 2015 09:58