teilhard de Chardin


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chronique écrite par J.P. Frésafond



Le lundi 16 janvier 2012, le Père Thierry Magnin, Recteur de la Faculté Catholique de Lyon, donnait une conférence pour faire connaître son dernier livre
« L’Expérience de l’Incomplétude / Le Scientifique et le Théologien en quête d’origine » Editions Lethielleux, Groupe Desclée de Brouwer, décembre 2011

Une auto analyse en quelque sorte.
La salle Jean-Paul-2 était bondée ; au moins 200 personnes. Moyenne d’âge : 60 ans environ et très peu d’étudiants, ce qui est grave. J’ai fait le même constat pour le colloque que j’avais organisé à Lyon-3

Je ferai un compte rendu de ce livre quand je l’aurai lu, mais dès lors je peux présenter le fond de la conférence le concernant ; tout comme le livre que j’ai feuilleté, et la conférence que j’ai suivie, Thierry Magnin peut être compris par un large public, dans la mesure où ce public s’interroge sur le sens de la vie, de l’humanité et de l’univers car l’auteur est très pédagogue et, surtout, il connaît bien le sujet (il fut professeur de physique des matériaux à l’Ecole des Mines de Saint Etienne-42, et il est docteur en théologie).

Après introduction de la conférence par un professeur de philosophie, Thierry Magnin remarqua avec humour qu’il avait bien reconnu son livre dans cette présentation et ajouta qu’un livre, dès sa sortie, n’appartient plus à son auteur car il est emporté dans le flot des interactions , noyé, repris et digéré dans l’océan complexe des sensibilités individuelles. Cela confirme l’une des thèses de l’auteur selon laquelle l’observation d’une chose modifie la chose elle-même .

La trame du livre consiste à démontrer, que ce soit dans le domaine scientifique ou celui de la spiritualité, que le début de la recherche laisse entrevoir une « certaine compréhensibilité » des choses et que, plus on avance dans cette recherche, la complexité augmente en proportions exponentielles et le but recherché devient de plus en plus impossible à trouver. Telle est la loi de la recherche et il faut se faire une raison, admettre cette « incomplétude » mais ne pas abandonner car, dans l’infinie complexité, le sage peut découvrir en lui une voix, un souffle, une intuition mystérieuse qui donnent un sens à cette recherche.
A ce propos, le conférencier se réfère à Nicolas de Cues, théologien du début du XVe siècle qui reprit un vieux précepte retrouvé dans toutes les traditions, celui de « docte ignorance » soit : faire le vide en soi afin de faire taire le brouhaha de nos savoirs lesquels, si avancés soient-ils, sont toujours incomplets et aberrants si l’on ne s’en tient qu’à eux. C’est en cela que consiste » l’expérience d’incomplétude ».

Thierry Magnin aborda aussi les problèmes qui causent à notre conscience des contradictions telle la plus célèbre d’entre elles dans le domaine des religions chrétiennes : « Jésus, vrai homme et vrai Dieu » dont la résolution se fait dans l’unité qu’est le Tout, Il est les deux à la fois, l’idée et l’œuvre. Comment admettre cette impossibilité devant laquelle est placé le cerveau humain, que deux choses puissent se résoudre dans l’unité ? Il faut nous réfugier dans l’humilité qu’imposent le mystère divin et le symbolisme du triangle équilatéral que Thierry Magnin évoque. Peut-être que cette contradiction majeure n’est-elle qu’apparente si l’on parle de complémentarité au lieu de contradiction ?

Je ne conclurai pas ce compte rendu sans parler du concordisme et du discordisme auxquels le conférencier fit allusion ; à savoir : science et spiritualité sont-elles compatibles ? Dilemme déchirant et incontournable et même Teilhard de Chardin ne put s’y soustraire. Il l’affronta toute sa vie durant sans jamais le fuir. Qu’il s’agisse d’incomplétude… mais peut-être avait-il compris qu’il s’agissait de complémentarité, de docte ignorance, de contradiction ? L’acceptation de ces trois dilemmes est la condition sine qua non pour comprendre d’où vient la Lumière et comprendre ce que disent les Ecritures à propos de Tri-Unité ou de Trinité Créatrice.
C’est avec ce mystère que Thierry Magnin termine son livre.
Personnellement, c’est en lisant « La Grande Triade » de René Guénon que je me suis initié à ce langage ésotérique de base et sans lequel on ne peut pas aborder l’ésotérisme de la Cabale juive. Je recommande cette lecture. N’oublions pas que l’ésotérisme chrétien a pris ses racines dans cette ancienne tradition, laquelle est issue de l’ésotérisme égyptien transmis par Moïse au Peuple Elu. « Le ternaire se résout dans l’unité en passant par la dualité » lui aurait-il dit. Le symbolisme du triangle équilatéral nous renvoie à cette formule.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 25 Janvier 2012 à 18:21 | Commentaires (0)

Rubrique littéraire

Abbé Gérard-Henri BAUDRY

Lundi 23 Janvier 2012

1) LE SYSTEME DU MONDE SELON TEILHARD
2) EVOLUTION ET LIBERTE


Présentation (J.P. Frésafond)

L’abbé Gérard-Henri Baudry nous a fait parvenir une série de quatre textes extrêmement intéressants, et que nous avons le plaisir de vous présenter.
Nous commencerons par les deux premiers qui peuvent se regrouper dans le même ordre d’idée :
-« Le système du monde »
-« Evolution et liberté »
Ces textes sont des exégèses très éclairantes de la pensée scientifique et philosophique de Teilhard.

Les deux autres textes que nous publierons dans quelques semaines sont :
-« Teilhard à Verdun »
-« Ecologie, biologie et morale ».

L’abbé Gérard-Henri Baudry est docteur en philosophie et docteur en théologie. Il fut Directeur de recherche à l’Institut Catholique de Lille. En septembre 2009, il fut l’un des cinq intervenants que nous avions invités pour le colloque que nous avions organisé à l’Université Lyon-3

Derniers ouvrages de Gérard-Henri Baudry :
-Le credo de Teilhard (2004)
-Teilhard de Chardin et l’appel de l’Orient, la convergence des religions (2005)
-Teilhard de Chardin ou le retour de Dieu (2007)
-Dictionnaire Teilhard de Chardin (2009)
Ces quatre ouvrages ont été publiés aux Editions AUBIN à St.Etienne (42)


1) LE SYSTEME DU MONDE SELON TEILHARD

Teilhard est un scientifique. Mais il n’est ni astronome, ni physicien, ni biologiste. Il va chercher à déborder les cadres trop étroits de ses propres spécialités : la géologie et la paléontologie, de façon à construire un système du monde global. Pour ce faire, il va utiliser les acquisitions des autres sciences. Ceci suggère quelques remarques préliminaires. Cette vision globale, en tant que telle, fait appel à la science et à la philosophie. Elle est donc doublement limitée (comme tout autre système) et par le niveau des sciences de l’époque et par les présupposés philosophiques plus ou moins conscients de l’auteur… À commencer par celui-ci, à savoir que tout système du monde, comme toute démarche scientifique, suppose qu’on admette au préalable que le monde est intelligible.

Le système du monde, selon Teilhard, est bâti sur deux intuitions fondamentales :
1) L’Évolution : le monde n’est ni stable ni immuable ; ce n’est pas un cosmos, mais une cosmogénèse.
2) Cette évolution n’est pas aveugle ; elle a un sens : elle est achevée… En bref, l’évolution est convergente et l’homme en est la pointe (cf. l’image du cône).

I — DE L’ELECTRON A L’HOMME

Pour Teilhard l’univers est de structure “ granulaire ” et il évolue vers une centration de plus en plus complexe de ces éléments (particules, atomes, molécules, corpuscules…) (cf. VII, 106). Au point de départ, il suppose une multiplicité informe, une sorte de “ chaos primordial ” (d’après Jn V, 134 § 3), dans lequel apparaissent des “ segments de centres ” (cf. VII, 104) ; c’est la “ phase préliminaire de la centrogenèse ” (VII, III, 8). Parfois Teilhard fait allusion à la théorie de Lemaitre sur “ l’Atome primitif ” (cf. VIII, 166s) ; il le compare à Oméga qui serait son symétrique à l’autre bout : d’où structure fusiforme de l’univers à ses deux extrémités. Mais il n’a pas, semble-t-il, essayé de concilier ces deux points de vue : atome primitif et multiplicité de segments pré-centriques.

En tout cas, la matière à l’origine lui paraît quelque chose d’indéfinissable, d’indéterminé, de simple (même actuellement on estime que 80 % de la matière de l’univers est constitué d’hydrogène, le plus simple des atomes (1 noyau + 1 électron). Donc au départ on a toujours une multitude (gaz d’électrons-atomes-molécules ; gaz de galaxies, d’étoiles ; gaz de particules vivantes). C’est la structure “ corpusculaire, granulaire ” du monde.

Le mouvement évolutif va toujours dans le sens de l’union, de “ l’arrangement ”, de “ l’enroulement ” progressifs. Ceci, selon deux directions combinées :
1) Sous l’action dominante de la gravité (effet de compression). La matière s’agrège en masses spirales (les galaxies), puis sphériques (les étoiles et les planètes). Celles-ci constituent comme de gigantesques laboratoires où apparaît le second phénomène.
2) Sous le jeu des grands nombres et selon une loi que Teilhard appelle de “ complexification ”, la matière s’arrange en petits systèmes fermés de plus en plus compliqués et centrés. Le jeu des grands nombres n’est pas livré au hasard pur, car une sélection s’opère dans le sens d’une centro-complexité maxima (cf. V, 140-142). C’est ainsi que la vie va apparaître lorsque la matière est portée à un très haut degré d’arrangement. Teilhard va privilégier cet axe, cette dérive temporelle qui décrit la montée de la vie, puis de la conscience jusqu’à l’homme, jusqu’à l’ultra-humain, jusqu’à Oméga. Or, cette dérive vers l’improbable se présente comme l’inverse d’une autre dérive temporelle qui, elle, décrit l’inéluctable désorganisation au cours de laquelle la matière se dissout et l’énergie se neutralise : l’entropie. Autrement dit, selon Teilhard, on lit l’univers à l’envers si on se contente de décripter seulement la ligne descendante de l’entropie. Pour lire à l’endroit et comprendre le vrai sens de l’univers, il faut suivre la courbe de la montée de conscience (axe de centro-complexité).

Bref, le système du monde, tel que le conçoit Teilhard, comporte trois dimensions : l’infiniment grand, l’infiniment petit et l’infiniment complexe. Seule, cette dernière dimension est signifiante, donne la clé du réel. C’est elle qui permet de dire que la cosmogénèse est convergente. L’homme en est le sommet actuel. Mais le mouvement n’est pas arrêté. Au contraire, il rebondit de plus belle. Car avec l’homme apparaissent la réflexion, la liberté, la maîtrise progressive de la nature. Cela veut dire que l’humanité va de plus en plus prendre en mains les commandes de l’évolution. Cette conception a des conséquences pratiques incalculables, puisque l’homme devient en quelque sorte le démiurge de l’évolution. Où va-t-il la conduire ? Où va-t-il se conduire ?

Je laisse de côté cette très grave question, nous y reviendrons. Mais je soulève un problème très important puisqu’il s’agit bien du système du monde, c’est-à-dire d’une conception de tout l’univers, et pas seulement de notre petit monde.

II — De l’homme aux galaxies

Nous ne connaissons surtout (et encore très mal) que notre petit système solaire et, à l’intérieur de ce dernier, notre planète, la seule sur laquelle (pour l’instant) nous puissions étudier l’évolution de la vie et de la conscience. Nous pouvons assez facilement admettre qu’à ce niveau l’évolution de la matière converge sur un être conscient et réfléchi, que nous appelons l’homme. Mais dans les myriades d’autres systèmes solaires ? Et dans l’univers en son ensemble ? Au niveau macrocosmique peut-on encore parler de structure convergente, c’est-à-dire y règne-t-il la loi de centro-complexité ? Teilhard n’hésite pas à répondre par l’affirmative. Si l’univers est composé des mêmes éléments, on doit supposer des évolutions de types semblables à celle que nous pouvons étudier sur terre.

Donc probabilité d’autres “ planètes pensantes ”, c’est-à-dire de planètes sur lesquelles ont existé, existent ou existeront des êtres doués de réflexion, donc d’autres “ noosphères ”.

Mais alors la loi de convergence ? S’il existe une multitude de noosphères, ne faut-il pas penser que la loi de centration doit jouer aussi à l’échelle universelle ? Cette multiplicité appellerait une unité. Aussi Teilhard n’hésite pas à envisager, d’un point de vue théorique, la possibilité d’une convergence noosphérique. L’immensité de l’univers devrait donc aussi être envisagée comme le théâtre d’un immense mouvement convergent de centration, les différentes noosphères se fécondant mutuellement pour constituer finalement une seule noosphère —synthèse cosmique suprême — trouvant son apothéose et son apocalypse en Oméga. Devant cette perspective hallucinante, l’imagination s’essouffle. On est bien obligé d’en formuler l’hypothèse si l’on veut penser la totalité de l’univers et si la structure de l’univers est homogène et soumise aux mêmes lois de centration que notre petite planète.


EVOLUTION ET LIBERTE SELON TEILHARD DE CHARDIN


“ La liberté est au cœur de la pensée teilhardienne ” a écrit le Dr Chauchard. Le problème de la liberté fut, en effet, pour le savant jésuite, comme pour tout homme qui pense, l’interrogation fondamentale. Au plus intime de lui-même et dans les choix qu’il fait au cours de son existence, l’homme a conscience d’être un être libre. Mais en même temps sa propre expérience lui montre qu’il est conditionné, et les diverses sciences de la nature et de l’homme lui révèlent que le Monde et l’être humain lui-même sont un tissu de déterminismes.

Au sein de “ cet abîme de la nécessité ”, comment expliquer “ la perle de notre être ”, dévoiler le mystère de notre liberté ? Teilhard s’y est appliqué. La voie d’approche qu’il a tracée n’est certes pas la seule possible. Ce n’est peut-être pas la plus valable, mais elle mérite d’être considérée et versée au dossier rouvert par les interrogations que posent à la conscience de l’homme les progrès de la biologie moderne.

Remarquons au préalable que souvent chez Teilhard un même concept est employé en des sens analogiques. C’est ainsi, par exemple, que les concepts de conscience, d’esprit et, ce qui nous concerne ici, de liberté, qui au sens strict ne s’appliquent qu’à l’homme, seront par analogie utilisée parfois au niveau du réel infra-humain. Cette utilisation analogique se fonde sur l’unité de l’être et de son évolution ; malgré ses diversités et ses discontinuités. La “ liberté ” chez Teilhard est un concept analogique, c’est-à-dire qu’il n’est ni univoque, comme s’il avait le même sens appliqué à l’homme et au vivant infra-humain ; ni équivoque, comme s’il désignait, sous un même vocable, des réalités totalement différentes. Dire que la liberté est un concept analogique, c’est exprimer une dimension complexe de l’être évolutif qui se colore d’une nuance différente à chaque étape de l’évolution de l’être et qui n’apparaît vraiment comme liberté qu’après avoir franchi “ le pas de la réflexion ”.

Suivant la démarche teilhardienne, nous analyserons les cheminements de la “ liberté ” au cours de l’évolution de l’être jusqu’à son émergence en l’homme. D’où deux niveaux d’approche : le niveau infra-humain (I) et le niveau humain (II).

I — Le niveau infra-humain
L’être en devenir a franchi des “ seuils ” qui constituent des ruptures au sein de la continuité évolutive: “ Pas de la vie ”, “ Pas de la réflexion ”… Au niveau infra-humain, le seuil de la vie marque une frontière entre l’inanimé et le vivant. Il faut donc traiter séparément ces deux secteurs. D’où la division en deux parties pour structurer le progrès de notre démarche du monde de l’inanimé au monde du vivant (à l’exclusion de l’homme qui fera l’objet du § II).

A) L’inanimé
Dans ce qu’il est convenu d’appeler l’inanimé, c’est-à-dire l’univers physico-chimique, tout paraît stable, figé, immuable. Pourtant tout bouge, tout est en mouvement, qu’il s’agisse de l’infiniment grand de l’astronomie ou de l’infiniment petit de la micro-physique. L’impression d’immobilité est une illusion de notre optique. En fait, tout être est emporté dans le tourbillon de l’espace-temps. Prenons un exemple dans un domaine situé entre les deux infinis évoqués à l’instant : la géologie. Teilhard a pu étudier la genèse des continents (cf. sa théorie de la granitisation) et leur dérive. La aussi, malgré l’apparente stabilité des masses continentales, tout bouge. La terre est en gestation.

Mais le plus extraordinaire nous a été révélé par la physique moderne avec la découverte des quanta, ces quantités discontinues sous lesquelles se propage l’énergie. Qu’on se rappelle la mécanique ondulatoire caractérisée par l’irréprésentabilité des processus individuels et les relations d’incertitude d’Heisenberg. Le monde physico-chimique est un monde complexe où se produisent des phénomènes de spontanéité élémentaire, rendant caduc le déterminisme absolu de la physique classique. L’introduction du discontinu en mécanique a contraint de reporter le déterminisme au niveau statistique, donc à un niveau qui ne permet de calculer que des probabilités.

À ce stade une importante constatation s’impose, qu’on retrouve aux autres stades, à savoir qu’il n’y a pas antinomie entre spontanéité et déterminisme, puisqu’ils ne se situent pas au même niveau dans le jeu subtil du hasard et de la nécessité.

D’une part “ rien n’existe véritablement dans l’Univers que des myriades de spontanéités plus ou moins obscures, dont l’essaim pressé force graduellement la barrière qui le sépare de la liberté ” (III, 103). Mais d’autre part on ne sort pas de “ l’abîme de la nécessité ”. On est donc encore loin de la vraie liberté. Au niveau de la micro-physique, ces myriades de spontanéités n’en sont même pas une ébauche, mais la préparation très lointaine des conditions qui en permettront l’émergence.

Ce jeu du hasard et de la nécessité sur fond de déterminisme se joue, en fait, sur deux tableaux. D’une part, le physico-chimique dérive inéluctablement vers “ le plus probable ” (le domaine de l’entropie). D’autre part, et à condition qu’on situe le physico-chimique dans l’ensemble du phénomène évolutif, il faudrait concevoir, selon notre auteur, “ en face ou au travers de ce premier courant universel, une autre irréversibilité fondamentale, celle qui mènerait les choses en sens inverse du probable vers des constructions toujours plus improbables, toujours plus largement organisées ” (IX, 125). Ainsi l’émergence de la vie à partir du physico-chimique. Évasion hors d’un premier cercle déterministe pour retomber dans un second, celui du déterminisme biologique. Qu’il n’y ait pas de faille dans le déterminisme n’exclut pas la présence d’une finalité à l’évolution, d’une polarisation de l’improbable.

Nombreux sont pourtant les savants qui, comme Monod, refusent toute idée de finalité, considérée comme une survivance “ animiste ”, tout en masquant sous un néologisme voisin — la “ téléonomie ” — leur malaise et leur incertitude. Pour Teilhard, il ne suffit pas d’observer l’évolution par en bas (par l’analyse) où effectivement tout est déterminé, mais par en haut (par la synthèse) où l’on constate une dérive de l’ensemble vers un but. Dans la dialectique du hasard et de la nécessité, le hasard est “ dirigé ”, polarisé par un “ telos ” (une “ fin ”).

La mise en évidence de deux courants constitutifs du réel évolutif est pour Teilhard absolument fondamentale, car elle est à la base de sa réflexion. L’hypothèse de départ est donc la suivante : “ À côté, ou au travers, du courant pondérable d’entropie, il y aurait masqué dans le matériel, effleurant dans l’inorganisé, mais surtout visible dans l’humain, le courant impondérable de l’Esprit ” (IX, 126).

Et Teilhard de se demander si ces deux courants ne sont pas au fond réductibles l’un à l’autre dans un troisième mouvement plus général, “ si le Monde de l’entropie, au lieu d’être le Monde fondamental que les physiciens imaginent, ne serait pas plutôt l’aspect matériel que prendraient par effet des grands nombres, des myriades de spontanéités élémentaires (auquel cas l’Univers ne serait pas à la base de mécanismes, mais à base de “ libertés ” (IX, 126).

Cependant les physiciens n’ont pas tort. À leur niveau d’appréhension du réel et selon leur propre méthode, ils ne peuvent atteindre que des mécanismes. Pour eux tout est analysable en déterminismes, même la montée de la vie, de la conscience et de la liberté. “ Tout ce qui monte se démonte ” (I, 117) et l’on en peut analyser le mécanisme sans faille. La science est toujours la connaissance du général et non de l’individuel. Les spontanéités élémentaires se fondent donc nécessairement dans le déterminisme statistique des grands nombres. Avec cet angle de visée on n’observera que des déterminismes. Mais est-ce le seul angle de visée possible ? Telle est la question. Il semble qu’il faille répondre négativement s’il est vrai comme le pense Teilhard, que le jeu dialectique de la nature est bipolaire.

Le scientifique, par matérialisme méthodologique, et le philosophe matérialiste, par postulat idéologique, ne voient qu’un aspect, tandis que le philosophe spiritualiste, conduit par des présupposés idéalistes, ne voit souvent que l’autre. Ne faudrait-il pas plutôt, comme ces antiques statues bi-faces, regarder à la fois dans les deux directions et englober les deux aspects dans une vision d’ensemble, dans une approche synthétique du mystère de l’être ?

B) Le vivant
Avec l’émergence de la vie et la complexification croissante des êtres, nous pouvons encore suivre, dans le domaine biologique cette fois, la présence des deux courants ci-dessus mentionnés. Mais la montée vers l’improbable se fait ici plus pressante. C’est en effet au niveau biologique que se pose avec acuité le problème de la finalité. Teilhard en explique le processus par une dialectique complexe de la spontanéité et de la finalité. C’est d’abord le jeu des grands nombres, c’est-à-dire ici “ la technique fondamentale du tâtonnement ”, “ cette arme spécifique et invariable de toute multitude en expansion ”. À quoi s’ajoute une ingéniosité prodigieuse pour réaliser les assemblages stables et cohérents. “ Hasard dirigé ” finalement où se combinent si curieusement “ la fantaisie aveugle des grands nombres et l’orientation précise d’un but poursuivi ” (I, 115).

La spontanéité, au niveau biologique, a pris une importance considérable. La vie est foisonnement et spontanéité. “ Tout remplir pour tout essayer. Tout essayer pour tout trouver ” (I, 116). Mais les êtres vivants, si parfaite soit leur spontanéité, sont toujours “ décomposables ” par l’analyse scientifique “ en une chaîne sans fin de mécanismes fermés ” (I, 117). Cependant il y a plus dans la synthèse du tout naturel que dans les résultats de l’analyse.

“ Par construction, ceci est vrai, n’importe quel organisme est toujours et nécessairement démontable en pièces agencées. Mais de cette circonstance, il ne suit nullement que la sommation de ces pièces soit automatique elle-même, ni que de leur somme n’émerge pas quelque valeur spécifiquement nouvelle. Que le “ libre ” se découvre, jusque chez l’Homme, pan-analysable en déterminismes, ce n’est pas une preuve que le Monde ne soit pas (comme nous le tenons ici) à base de liberté. C’est simplement, de la part de la Vie, résultat et triomphe d’ingéniosité ” (I, 117).

On retrouve implicitement les deux catégories, si fondamentales dans le teilhardisme, d’analyse et de synthèse. Il serait trop long de les développer ici. Il suffira de rappeler quelques points essentiels. La science est essentiellement une analyse. Elle prétend découvrir le secret des choses, le secret de la vie en particulier, en démontant leurs mécanismes jusqu’à leurs éléments les plus simples. Il s’agit toujours, comme disait de son côté Jean Perrin, d’ “ expliquer du visible compliqué par de l’invisible simple ”. Ce faisant, nous nous trompons si nous croyons que l’analyse scientifique “ nous a conduits au Centre des choses, c’est-à-dire au point extrême de leur réalité et de leur consistance ” (IX, 53).

En fait nous ne sommes arrivés qu’ “ aux extrêmes limites inférieures du Réel, là où les êtres sont le plus appauvris et le plus raréfiés ” (IX, 54). Le principe méthodologique de l’analyse scientifique n’est pas pour autant mis en cause. Teilhard signale seulement qu’il est insuffisant pour rendre compte de la complexité, de la totalité qu’est un être vivant. Le tout d’un être vivant est une réalité “ synthétique ”, impondérable, qui s’évanouit dans l’analyse réductrice des éléments pondérables qui la composent. La réalité et la consistance de cet être doivent être finalement cherchées du côté de la synthèse. La démarche analytique nous fait seulement découvrir le courant de l’entropie. La voie de la synthèse — voie royale de la pensée teilhardienne — nous révèle la polarité essentielle de l’être vers l’improbable, la montée vers la conscience et la liberté. Du côté de l’analyse, on ne découvrira nécessairement que des déterminismes biologiques ; c’est du côté de la synthèse qu’on peut espérer deviner, à travers les conditions biologiques qui la permettent, l’apparition d’actes libres. “ L’évolution, de par le mécanisme même de ses synthèses, se charge toujours plus de liberté ” (V, 96).

Si la voie analytique est purement scientifique au sens précis et étroit qu’a pris ce qualificatif, la voie synthétique relève plutôt d’une ultra-science (ultra-physique, ultra-biologie) . Cet ultra-science prolonge l’analyse scientifique. On re-monte le mécanisme ascendant de la vie, après l’avoir dé-monté. L’ultra-science permet l’approche et l’étude de ces phénomènes “ synthétiques ” impondérables que sont le “ dedans des choses ”, la “ conscience ”, l’ “ esprit ”, la “ liberté ”… Même si cette démarche reste très proche de la science, il s’agit, selon nous, d’une démarche proprement philosophique. C’est la réflexion philosophique sur les sciences de la vie, — parce qu’elle est recherche de la synthèse, de l’intelligibilité d’ensemble, — qui permet d’appréhender ces réalités globales, impondérables, “ synthétiques ” que sont la “ vie ”, la “ conscience ”, la “ liberté ”, etc…

Parallèlement à la mise en évidence des catégories précédentes d’analyse et de synthèse, Teilhard souligne le progrès de la complexité dans les organismes vivants, dans le système nerveux et cérébral en particulier, qui a permis l’établissement de conditions favorables à l’émergence de la liberté (cf. ce qu’il appelle “ la loi biologique de céphalisation ”, (IX, 199). “ La seule chose finalement qui compte, dans la classification absolue ” (c’est-à-dire par ordre de “complexité” ) des vivants supérieurs, c’est (en plus du nombre) la perfection, en structure et en agencement, de leurs neurones cérébraux ” (VIII, 69).

Plus un être est cérébralisé, plus grand est l’éventail des choix possibles offerts à son action, et donc plus souple et plus imprévisible est son comportement. Le degré de céphalisation mesure ce qu’on peut appeler par analogie le degré d’ ”intériorisation ” ou de “ température psychique ” ou de “ conscience ” qui culminera chez l’homme en liberté (VIII, 68) .

Nous pouvons constater expérimentalement la diversité des comportements animaux. Celui des insectes diffère de celui des vertébrés ; et dans le groupe des vertébrés, il y a des animaux plus “ intelligents ”, que d’autres. “ Le psychisme d’un chien, quoiqu’on puisse dire, est positivement supérieur à celui d’une taupe ou d’un poisson ” (I, 184).

Le progrès du système nerveux permet une complexité croissante des comportements instinctifs et l’acquisition de nouveaux comportements. La multiplication des facteurs en jeu et leur concurrence introduiront une certaine souplesse et une certaine spontanéité dans le comportement animal, et, par là, une certaine imprévisibilité.

Sans doute une analyse exhaustive des facteurs en cause montrerait-elle que l’acte n’est imprévisible qu’en apparence pour le spectateur qui n’a pas en main toutes les données du jeu. Il reste cependant que, au sein du déterminisme global, une certaine spontanéité est rendue possible. L’animal ne se réduit pas à une mécanique, si complexe soit-elle. Il suffit d’observer le regard d’un chien, par exemple, pour deviner cet impondérable, cet élément “ synthétique ” qu’à défaut de meilleur terme nous appelons le “ psychisme ”. La complexification, la centration du système nerveux en a permis l’émergence.

Mais l’organe n’a pas encore atteint un degré d’organisation et de centro-complexité tel qu’il permette le passage du seuil critique au-delà duquel on peut parler strictement de “ conscience ” et de “ liberté ”. Chez les primates supérieurs on approche des conditions qui en permettront l’émergence. Le pas de la réflexion marque ce passage à la limite de la pré-conscience à la conscience, de la pré-liberté à la liberté.

Teilhard compare ce passage à la limite à la transformation de l’eau en vapeur à 100° d’ébullition, ou à l’image du cône : “ Lorsque, suivant l’axe montant d’un cône, les sections se succèdent, d’aire constamment décroissante, le moment vient où, par un déplacement infinitésimal de plus, la surface s’évanouit, devenue point ” (I, 185).

Comparaison n’est pas raison, certes. Mais comment décrire un processus dont nous n’avons pas de témoin et que nous ne pouvons expérimentalement reproduire ? La comparaison a l’avantage de proposer une illustration du phénomène, sans prétendre l’expliquer. Elle rend compte du fait, non du comment.

“ À l’anthropoïde, porté “ mentalement ” à 100°, quelques calories encore ont donc été ajoutées. Chez l’anthropoïde, presque parvenu au sommet du cône, un dernier effort s’est exercé suivant l’axe. Et il n’en a pas fallu davantage pour que tout l’équilibre intérieur se trouvât renversé. Ce qui n’était encore que surface centrée est devenu contre. Pour un accroissement “ tangentiel ” infime, le “ radial ” s’est retourné, et a pour ainsi dire sauté à l’infinie avant. En apparence, presque rien de changé dans les organes. Mais en profondeur, une grande révolution : la conscience jaillissant, bouillonnante, dans un espace de relations et de représentations supersensibles ; et, simultanément, la conscience capable de s’apercevoir elle-même dans la simplicité ramassée de ses facultés, — tout cela pour la première fois ” (I, 186).

Dès lors la vraie liberté est devenue possible.

II — Le niveau humain
Avec l’être humain, c’est la conscience au second degré qui apparaît, c’est-à-dire la réflexion accompagnée du langage (VIII, 91). Passage de l’instinct à la pensée, de la spontanéité à la liberté. L’Homme a franchi une “ discontinuité ontologique ” (IX, 127), tout en étant le point d’aboutissement des “ forces contenues dans l’Animalité ” (I, 199), forces elles-mêmes en prolongement des forces présentes au cœur de la Matière : “ … tout se passe comme si, par jeu dirigé de chances, l’indétermination élémentaire des physiciens s’accumulait et s’amplifiait nécessairement, au sein d’édifices spéciaux (corpuscules de plus en plus gros et de plus en plus vivants), jusqu’à prendre en fin de compte, la forme de “ choix réfléchi ” (VII, 347).

“ À travers lui (l’Homme) un océan d’énergie libre (une énergie tout aussi réelle et “ cosmique ” que les autres dont s’occupe la Physique tend à couvrir la terre ” (IX, 132). Cette énergie humaine crée, “ à l’intérieur de l’Univers, un foyer constamment approfondi et élargi d’indétermination ” (VII, 409).

L’homme est le grand triomphe de l’improbable, un défi jeté à l’entropie. Et pourtant c’est un fait, l’homme a conscience d’être un être libre, de poser des actes libres. Il le sent, et il le sait. D’ailleurs la morale et les lois présupposent cette liberté, et n’ont de sens que par elle.

Mais comment l’homme peut-il être libre ? N’est-ce pas un paradoxe, voire une illusion, de parler de liberté pour un être si profondément inséré dans le processus évolutif qui meut l’Univers inexorablement ?

Dans son ensemble, le comportement humain obéit aussi à la loi des grands nombres, ce qui permet de le traiter statistiquement comme n’importe quel autre objet (par exemple, sondages sur les intentions de vote). En conséquence, “ pour un observateur assez éloigné, la somme de nos libertés paraîtrait voilée de déterminisme ” (XII, 455). Mais la nécessité statistique ne supprime pas la liberté individuelle (malgré les prévisions statistiques de sondages pré-électoraux, chaque électeur reste libre de son choix). Nécessité et liberté ne se situent pas au même niveau.

D’autre part, si l’homme s’analyse lui-même, s’il sonde les profondeurs de son inconscient, s’il examine les déterminismes qui l’enserrent, il retrouve en lui, comme aux étapes inférieures de la vie, “ l’abîme de la Nécessité ” : “ La Nécessité, elle est partout en moi, mêlée à ma substance, et secrétée par mon action. Je repose sur elle, et chacune de mes options augmente en moi son empire ” (XII, 312), car mes choix me conditionnent et m’orientent dans une certaine direction.

“ Toute activité, par le fait qu’elle fonctionne, s’incruste de mécanismes, qui facilitent l’exécution des actes ultérieurs, mais en même temps réduisent et alourdissent leur spontanéité ” . L’habitude devient une seconde nature qui nous conditionne et nous détermine à son tour : “ Quelque chose est né par nous, qui tient sans nous, et qui est plus fort que nous. Nous sommes devenus les esclaves de notre liberté (XII, 459).

C’est dire que la liberté n’est pas simplement un acquis ou un état de l’humanité, c’est une conquête permanente. Être libre, c’est avoir le pouvoir de se libérer et d’agir en conséquence. Le vrai nom de liberté, c’est libération.

La liberté n’est pas une pure faculté abstraite trônant au-dessus et en dehors de tout déterminisme. La liberté est une réalité beaucoup plus complexe, participant de la complexité et du paradoxe du phénomène humain. D’un certain côté, l’homme est un tissu de déterminismes ; d’un autre côté, il en représente pourtant la négation, puisqu’il peut les transcender et se les subordonner. Paradoxe de l’homme qui relaie, en le surpassant ; le paradoxe de la vie. “ L’Homme, ultime produit de l’évolution planétaire, est à la fois suprêmement complexe dans son organisation physico-chimique (mesurée au cerveau), en même temps considéré dans son psychisme, suprêmement libre et conscient ” (VII, 106).

Plus que tout autre être — parce qu’il en prend conscience — l’homme est le lieu de rencontre dialectique des deux courants cosmiques : l’enchaînement sans fin des déterminismes (courant descendant de l’entropie) et la montée vers la spiritualisation et la libération (courant ascendant vers l’improbable). Mais par une formidable inversion (le pas de la réflexion qui est aussi le pas de la liberté), c’est le second courant qui prend directement le pas sur le premier, au point de définir l’homme lui-même comme esprit conscient réfléchi et libre (III, 319 ; V, 282 ; IX, 125, etc…).

Avec l’apparition du phénomène humain, nous comprenons que l’évolution progresse vers plus de conscience et de liberté. “ Non, ce ne sont pas les rigides déterminismes de la Matière et des grands nombres, — ce sont les souples combinaisons de l’Esprit qui donnent à l’Univers sa consistance ” (IV, 173 ; IX, 77).

L’Esprit n’est pas la négation de la Matière, — il est apparu lorsque celle-ci eut atteint un degré de complexité suffisant (Materia Matrix) — ; de même la liberté n’est pas la négation des déterminismes. Elle est la possibilité de les utiliser, de les dominer, de les orienter. Parce qu’il est conscient et libre, l’homme peut maîtriser les déterminismes qui l’ont fait et qui l’enserrent pour les faire servir au progrès de l’Humanité.

Si la Matière tend toujours à reprendre le dessus et à nous enfermer dans le cercle des déterminismes, “ c’est preuve, pense Teilhard, que par un effet contraire nous pouvons la faire reculer, reprendre du terrain sur l’inconscient et le fatal, et (qui sait ?) tout réanimer… ” (XII, 47).

La liberté n’est pas l’absence de déterminations ; ce n’est pas une idée pure égarée dans la matière. C’est la possibilité qu’a l’être humain, conscient et réfléchi, d’émerger du sein des déterminismes et de les utiliser à son profit. Ce n’est pas parce que l’homme est “ pananalysable en déterminismes ” qu’il n’est pas libre ni que le monde n’est pas “ à base de liberté ”, “ c’est simplement, de la part de la Vie, résultat et triomphe d’ingéniosité ” (I, 117) .

C’est parce qu’il est un être spirituel que l’homme est libre. C’est donc en collaborant à la grande œuvre de spiritualisation de l’Univers qu’il assure sa propre libération, en s’affranchissant des déterminismes. “ Par un entraînement mental sui generis combiné avec une organisation meilleure des liaisons entre monades, l’individu peut concourir à faire refluer la conscience et la souplesse dans la multitude atomique et la multiplicité humaine, dans la matière inorganique et vivante, et dans la Matière sociale. Telle est sa tâche cosmique, — conduisant l’Humanité à la libération et au bonheur (XII, 48).

L’homme ne naît pas libre, il le devient. Son destin lui est remis entre les mains. Il est l’agent de sa propre libération ou de son aliénation. La liberté, c’est pour lui la possibilité de se surpasser dans l’ultra-humain ou de se rabaisser au niveau infra-humain. Il n’y a pas de milieu. La liberté, c’est la “ chance offerte à chaque homme (par suppressions des obstacles et mise en mains des moyens appropriés) de se “ transhumaniser ”, en allant jusqu’au bout de lui-même ” (V, 312).

C’est dire aussi que l’homme, peut faire mauvais usage de cette liberté (IV, 84). C’est le mal moral ou péché. L’émergence de la liberté a produit nécessairement un état de crise (III, 105 ss.). L’homme est placé devant un “ choix ”, une “ option ” ; il est à “ la croisée des chemins ”. Il ne s’agit pas seulement ici des multiples choix possibles à son action, mais de l’option fondamentale qui engage toute l’existence .

Va-t-il accepter le sens ascendant de la vie qui est marche vers l’Esprit, reconnaissance de Dieu comme Créateur, Évoluteur et Consommateur de toutes choses, c’est-à-dire Alpha et Oméga de l’Évolution ? Va-t-il finalement accepter que sa liberté s’achève et s’exalte dans la liberté de Dieu ?

Ou va-t-il faire de sa liberté un absolu face aux lois de la nature, et face à la liberté de Dieu et en opposition à elle ? Cette dernière position est absurde, selon Teilhard, car elle équivaut à faire de la liberté une idée pure sans attache possible avec le réel, ou une création absolue des valeurs. Elle est la pire aliénation malgré son masque de liberté. La liberté ne peut faire abstraction des lois de la nature. Elle n’est nullement négation de la nature ni de ses déterminismes. Je n’ai pas choisi d’exister, et d’exister dans un certain monde ; je ne suis pas libre de refuser une évidence de ma raison, etc… “ Nous ne sommes donc pas plus libres pour diriger notre vie, de suivre aveuglément nos goûts, qu’un capitaine de navire, pour choisir sa route vers le port, ne peut s’abandonner à sa fantaisie… ” (V, 69).

La vraie liberté, c’est d’assumer le dynamisme du monde qui va vers plus de conscience et d’amour ; c’est participer à la construction d’un univers personnalisé. La liberté étant liée à la conscience, à l’Esprit, elle se nie elle-même si elle n’épouse pas le courant de spiritualisation, de personnalisation, d’amorisation, qui est le courant fondamental de la vie. L’homme peut bien se révolter contre ce courant, parce qu’il est fondamentalement libre. Mais cette révolte est, en fait, l’aliénation suprême, parce que la liberté coupée de ses sources (la conscience, l’esprit, l’amour) se retourne contre elle-même, et finalement retombe dans le déterminisme de la matière.

Teilhard, à vrai dire, parle assez peu de la liberté individuelle parce qu’elle ne lui pose pas de grands problèmes, semble-t-il, et parce qu’elle est présupposée à sa philosophie de l’Action.

Où le problème devient aigu, c’est lorsqu’il envisage le progrès de la liberté corrélativement au progrès de la socialisation, et surtout lorsqu’il aborde la question de la fin du monde, de sa réussite ou de son échec… Car ce qui l’intéresse surtout, c’est le destin de la masse humaine plus que celui de l’individu.

Avec l’Homme et en l’homme, flèche pensante de l’Évolution, c’est non seulement l’évolution qui prend conscience d’elle-même, mais qui s’affranchit des déterminismes et accède à la liberté, révélant par là même le vrai dynamisme cosmique en cours : la spiritualisation et non la matérialisation (univers à base de liberté plutôt que soumis au déterminisme) (IX, 125a).

Teilhard a parlé un jour des “ responsabilités de notre liberté à qui est transmis le soin de faire réussir, en définitive, un effort qui dure depuis des millions d’années (II, 80). L’homme a cette redoutable responsabilité de pouvoir assumer l’évolution ou de la contrecarrer : “ L’homme, c’est avec la liberté de se prêter ou de se refuser à l’effort, la redoutable faculté de mesurer ou de critiquer la Vie ” (III, 106). Pas seulement pour son propre compte individuel, mais aussi collectivement, parce que “ nous sommes l’Évolution ”. En effet, le progrès dans la conscience et la liberté ne s’arrête pas à l’individu. La masse humaine est en train de constituer collectivement un super-cerveau, ou mieux un “ cerveau de cerveaux ”. C’est dire qu’il y a une “ multitude toujours croissante d’éléments réfléchis engagés dans l’édification de la Noosphère ” (V, 304).

Celle-ci ne peut se poursuivre que si l’homme y consent. “ Le progrès, s’il doit continuer, ne se fera pas tout seul. L’Évolution, de par le mécanisme même de ses synthèses, se charge toujours plus de liberté ” (V, 96).

Ce serait le lieu de rappeler ici, pour comprendre la portée de ce développement ce que Teilhard nomme sa “ philosophie de l’Union ” . Disons sommairement qu’un processus d’union est à la base de l’évolution et que, au niveau humain, l’union personnalise. Conscientisation, spiritualisation, personnalisation, libération, amorisation, sont des processus corrélatifs . Dans la mesure où l’humanité progresse dans la conscience et l’amour, elle accède à plus de liberté.

“ Pourvu qu’elle soit bien conduite (…), une synthèse ultra-humaine, — à supposer qu’elle soit réellement en cours, — ne peut aboutir, de nécessité physique et biologique, qu’à faire apparaître un degré d’organisation et donc de conscience, et donc de liberté, de plus ” (VII, 76).

“ Par jeu concerté et plus elles sont nombreuses, les libertés loin de se neutraliser par effet de foule, se rectifient et se corrigent quand il s’agit d’avancer dans une direction vers laquelle elles sont intérieurement polarisées ” (V, 304).

“ … que, dans l’ensemble, l’Univers doive ne jamais s’arrêter ni reculer dans le mouvement qui l’entraîne vers plus de liberté et de conscience, ceci m’est d’abord suggéré par la nature même de l’Esprit. En soi l’Esprit est une grandeur physique constamment croissante : pas de limite appréciable… (…)… À quelles conditions le Monde doit-il satisfaire pour qu’une liberté consciente puisse jouer en lui ? (…)… Pour mettre en branle la chose, si petite en apparence qu’est une activité humaine, il ne faut rien de moins que l’attrait d’un résultat indestructible… ” (X, 129-131).

“ Bien que formée d’éléments libres — ou, pour mieux dire, justement parce qu’à base de tels éléments — la Myriade humaine est décidément polarisée dans sa marche en avant. Si bien que, “ pourvu que le Ciel lui prête vie ”, elle ne peut éviter (par une sorte d’infaillibilité statistique) de se propager suivant une figure définie par les propriétés suivantes : unification, centration et spiritualisation constamment croissantes — le système entier s’élevant distinctement vers un point critique de convergence finale ” (XI, 196-197).

L’Histoire humaine, selon Teilhard, culmine donc dans un sommet de conscience et de liberté, provoquant la grande crise de l’option finale, avec la possibilité d’une révolte ultime et d’un échec de l’évolution…

Suivant la pensée teilhardienne, on a l’impression de se trouver devant deux positions inconciliables. D’une part la réussite quasi nécessaire de l’Évolution, son progrès infaillible ; d’autre part, le progrès de la conscience et de la liberté, qui théoriquement laisse possible l’échec de cette évolution si collectivement l’Humanité optait contre son achèvement normal.

On a souvent fait remarquer à Teilhard cette difficulté et il l’a lui-même ressentie. Aussi s’est-il souvent expliqué sur ce point, sans toutefois dissiper toute obscurité. Il faut d’abord distinguer le choix de l’individu de celui de la masse humaine. Le premier est imprévisible. Le second relève, dans une certaine mesure, de la loi des grands nombres. C’est pourquoi, selon Teilhard, rien ne pourra arrêter le dynamisme de la spiritualisation du Monde et son achèvement en Dieu. “ Là où un groupe de volontés isolées pourrait défaillir, la somme totale des libertés humaines ne saurait manquer son Dieu ”.

“ … libres de résister aux tendances, aux appels de la Vie, nous le sommes sans doute jusqu’à un certain point, pris chacun individuellement. Mais est-ce à dire, chose toute différente, jusqu’à cette orientation de fond, nous puissions échapper collectivement ? Ceci je ne le pense pas (…). Rien, semble-t-il, ne peut empêcher l’univers de réussir, — rien, pas même nos libertés, dont la tendance essentielle à l’union peut bien faillir dans le détail, mais ne saurait (sans contradiction cosmique) errer statistiquement ” (V, 194 s. ; IV, 230 ; IX, 69).

Nous avons vu tout au long de cette étude l’importance que donne Teilhard au déterminisme des grands nombres. Nous savons également qu’il ne contredit pas l’existence et l’exercice de la liberté. Liberté et nécessité ne jouent pas au même niveau. Teilhard affirme aussi avec insistance que l’unification de la terre avec la socialisation qui en découle “ ne saurait aller contre le résultat le plus clairement obtenu par cette même évolution au cours des âges, — à savoir l’augmentation des consciences et des libertés individuelles ” (VI, 100). Selon son système, une union plus grande entre les hommes favorisera la personnalisation humaine et accroîtra la conscience et la liberté. C’est ce progrès qui est infaillible. Avec ce progrès de la liberté, c'est aussi un accroissement de tension qui en résulte et qui culminera dans la crise suprême et finale, la grande option. Il y a donc un certain risque et même un risque certain. Teilhard ne le méconnaît pas. Mais il essaie constamment de le conjurer en invoquant la loi des grands nombres et la finalité immanente à l’Évolution. L’attraction de Dieu-Oméga est telle que le Monde ne peut pas échouer. Teilhard trouve d’ailleurs dans sa foi chrétienne la certitude du salut final. Et c’est sans doute, dans cette foi, qu’est la source fondamentale de son optimisme.

Il semble que finalement chez lui la possibilité d’un échec de l’évolution dû au fait de la liberté humaine soit une concession un peu théorique à la puissance de la liberté. Mais manifestement à l’échelle de la masse humaine, il ne croit pas cette solution possible en fait. Voici le texte le plus nuancé, semble-t-il, qu’il ait écrit sur cette question : “ … si persistante, si impérieuse dans son action soit l’énergie cosmique d’Enroulement, elle se trouve intrinsèquement affectée, sans ses efforts, de deux incertitudes liées au double jeu, — en bas, des chances, et, — en haut, des libertés. Reconnaissons cependant que dans le cas de très grands ensembles (tel que celui, justement, représenté par la masse humaine) le processus tend à “ s’infaillibiliser ”, les chances de succès croissant du côté hasard, et les chances de refus ou d’erreur diminuant du côté libertés avec la multitude d’éléments engagés ” (I, 343).

Si la liberté optait pour l’échec de l’Évolution (La Révolte au lieu de l’Adoration), elle choisirait de fait sa propre aliénation. La liberté se détruirait alors comme liberté, ce qui est évolutivement absurde. La révolte finale, non pas encore une fois d’un élément, mais de l’ensemble, serait la contradiction même du mouvement évolutif. Teilhard ne dit pas cela expressément, mais cela ressort de son système en vertu duquel le monde n’est pas radicalement contingent, du moins en ce qui concerne l’Esprit (VI, 60).

La liberté se meut paradoxalement, semble-t-il au sein de la Nécessité.

On pourrait résumer la position teilhardienne de la façon suivante.

L’antinomie déterminisme-liberté est surmontée grâce à une perspective à la fois évolutionniste et dialectique :
Évolutionniste : il y a une montée de la liberté, à travers des “ seuils ”, dans l’évolution des êtres, de l’inanimé au vivant jusqu’à la personne humaine, seul stade auquel on peut au sens strict parler de liberté, et finalement jusqu’à un ultra-humain où la liberté s’accroît avec le progrès de la conscience et de la réflexion collectives.
Dialectique : il n’y a pas de liberté en moi, abstraite de tout déterminisme. Elle apparaît au sein des divers déterminismes (physiques, biologiques, économiques, sociaux…). Mais elle les assume en se situant elle-même à un niveau supérieur de synthèse. La liberté est une réalité complexe et paradoxale, “ synthétique ”, liée au pouvoir de l’Esprit, réalité qu’on ne peut saisir que dans la vision totale du mouvement ascendant dans la vie, tel qu’il culmine en l’Homme sommet du cône évolutif et par là point de vue privilégié pour appréhender les libertés élémentaires infra-humaines.


La liberté, c’est ce pouvoir suprême de synthèse, privilège de l’esprit humain, qui lui permet de juger l’évolution et de l’assumer, de la prendre en mains pour ainsi dire et de la conduire à son terme divin.

Elle n’est pas tant le pouvoir qu’a l’Humanité de dire non à Dieu, de proclamer sa mort en prenant sa place (= l’aliénation suprême) que le pouvoir de se remettre entre les mains de Dieu avec toute la création (au plan chrétien de la réflexion : rôle nécessaire de l’Incarnation pour mener à bien ce but) dans un geste final d’adoration (= liberté suprême).



N.B. Dans les références aux citations de Teilhard, les chiffres romains désignent les tomes des Œuvres (éd. du Seuil), les chiffres arabes les pages ; ex : I, 20= t. I, Le Phénomène humain, page 20.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 23 Janvier 2012 à 16:31 | Commentaires (0)

Rubrique littéraire

edition Parangon VS


Pour les personnes qui pensent qu’il n’y a pas de bonnes nouvelles transmises par les medias, je conseille de lire certains livres qui témoignent du contraire , comme celui qui vient d’être publié par les éditions PARANGON/VS, intitulé « FRERES DES HOMMES – LES ACTEURS TEMOIGNENT ».

Ce livre est écrit par une trentaine de femmes et d’hommes qui, dans les années soixante, se sont investis dans cette ONG en donnant plusieurs années de leurs vies. Ils sont allés dans les pays pauvres des cinq continents afin de les aider à émerger, à survivre, dans un monde dominé parles pays riches qui les exploitaient sans scrupules, sans pitié.

Dans une mondialisation sauvage, ce n’est plus seulement d’humanisme dont il est question mais d’humanitaire d’urgence. Il faut non seulement donner le nécessaire, mais réapprendre à produire. Mais produire où quand on habite dans des bidonvilles tellement tentaculaires et que leur existence-même n’est pas vraiment officielle ?

Quel rapport existe-t-il entre ces misères endémiques et les théories de Teilhard de Chardin ? Cet éminent jésuite, scientifique et philosophe utilise fréquemment la formule « Dieu a fait que le monde se fasse » ou encore : « Cela ne signifie pas que l’homme soit autorisé à se défausser en ne faisant rien pour aider cette Genèse, car l’homme fait partie du monde, il a le devoir de participer à son élaboration. » Si l’homme ne joue pas ce rôle, les choses se feront quand même mais dans le sens de la descente.

Toute organisation se paye par un effort, une dissipation d’énergie, disent les scientifiques. C’est une loi universelle et la société humaine n’y échappe pas. Le monde n’est pas une création apparue achevée, mais une « Genèse ». La courbe de l’évolution de la matière part de l’élémentaire pour se diriger vers une complexité performante et organisée ; dynamique vers l’infini, vers un certain achèvement.
Ce Dieu qui est dans la matière sera parfait, il est fait pour cela, mais pas tout de suite. Seule l’idée divine initiale est parfaite, elle est hors du temps.

Les membres de FRERES DES HOMMES sont des personnes ultra conscientes et ultra détachées d’elles mêmes, ils ne peuvent plus ne pas participer à cette action de solidarité vis à vis de ceux qui sont restés au bord du chemin ;d’ailleurs, ils ne se posent même pas la question.

Toutes les races humaines font partie de l’espèce humaine, et c’est précisément « le sens de l’espèce » qui est en train de se perdre si personne ne veille. L’univers a un sens, celui de la vie qui va au-delà de la matière.

Un livre à lire ! il est agréable car, même dans la misère, il y a de l’humour ; humour et amour sont phonétiquement deux mots très proches en français…

Jean-Pierre Frésafond


P R E S E N T A T I O N (extraite du livre)

En 2008, plus de 40 ans après la naissance de Frères des Hommes, une trentaine d’anciens volontaires (hommes et femmes) se sont réunis en Inde, non loin de Pondichéry, à l’initiative de quelques uns d’entre eux. Leurs engagements dans l’association s’étageaient de 1968 à 1990. Certains lui avaient consacré trois années de leur vie, d’autres bien davantage. Les uns avaient travaillé en Afrique, d’autres en Asie ou en Amérique du Sud. Tous avaient été marqués par ce passage, par l’expérience exceptionnelle qu’il leur avait été donnée de vivre. Aussi désiraient-ils se retrouver, pour le plaisir d’être ensemble bien sûr, mais aussi pour s’interroger mutuellement sur leur histoire collective, en regard de la situation actuelle du monde, et en particulier des nations demeurées les plus pauvres.
Chacun attendait plus ou moins des autres des éléments de réponse à ces questions qui leur étaient communes : qu’est-ce que ce mouvement dont nous avons été membres ? Quel est cet esprit qui nous a traversés ? Comment nous a constitués cet organisme que nous avons constitué ? En quoi cette expérience de « frères » des Hommes a-t-elle infléchi la trajectoire de nos vies ? Et quelle a pu être sa fécondité réelle dans l’amélioration du sort des plus pauvres, compte tenu de l’injustice qui continue de régner dans tant de pays ?

Pour mesurer l’intensité de ces questions, il suffit de citer ces quelques lignes qui résument ce que représentait le choix d’être « volontaire » au début des années 1970 : « J’avais un diplôme, une profession, des amis… mais je sentais qu’il existait autre chose que la recherche du bonheur personnel. Je me considérais comme responsable de tous ceux qui m’entouraient : je voulais apporter et partager mes connaissances. Étant disponible, j’ai cherché à le faire avec ceux qui en avaient le plus besoin. Être volontaire, c’est refuser d’admettre qu’un paysan touareg ou indien s’échine indéfiniment à gratter la terre sans pouvoir nourrir sa famille. C’est vouloir être solidaire, donc aller vers lui, travailler et vivre avec lui pour le comprendre, et découvrir ensemble les premières solutions qui sont le plus souvent des améliorations techniques. Alors naît l’espoir. Être volontaire, c’est vouloir animer pour regrouper, à l’échelle d’un village, d’une communauté, les espérances individuelles afin de les libérer des contraintes paralysantes. On est très loin d’une aventure ou d’une expérience vécue dans le seul but de se réaliser soi-même ». Cet idéal de fraternité humaine1, qu’il se soit exercé d’abord sous la forme d’une aide directe au « ras du sol » prônée par le mouvement, et saluée par René Dumont, puis de projets réalisés en partenariat Nord-Sud ou Sud-Nord à partir des années 80, a été à la fois l’ambition et la réussite de ce mouvement, par-delà les erreurs ponctuelles ou les révisions de « stratégies » qui ont marqué son histoire (Cf. Bref historique du mouvement, p. 11.)

Au fil de leurs échanges, ces anciens volontaires ont eu le sentiment qu’il était bon de garder des traces de leurs expériences individuelles et collectives, non pas seulement pour en conserver la mémoire, mais surtout parce qu’il leur a semblé qu’étaient encore d’une actualité criante les problématiques qu’ils avaient rencontrées en tentant d’aider au « développement » (bien compris) des pays du Sud. Ils se sont donc interviewés mutuellement, à partir d’un questionnaire de base éclairant l’engagement de chacun : motivations (racines, valeurs, formation, projet de vie), responsabilités sur le terrain dans le cadre des « projets FDH », retour en Europe (réinsertion, poursuite ou non d’une action militante), vision de la solidarité Nord-Sud dans le cadre d’une mondialisation aux conséquences souvent dramatiques. Aux interviews ainsi opérées, puis décryptées, se sont ajoutées les témoignages écrits de volontaires désirant apporter leur pierre à l’édifice commun. Et c’est de ce travail de mémoire et d’analyse que résulte le livre que voici.
*
Une trentaine de témoignages, cela semble peu. Ils sont pourtant représentatifs du mouvement à la fois par la diversité des parcours évoqués, et par la constante des thématiques abordées :
● Diversité des parcours. La plupart d’entre eux sont des « volontaires » qui, après leur stage au siège de l’association, sont allés travailler deux-trois ans, ou davantage, sur des projets situés en Afrique, en Amérique latine, ou en Inde, – projets qui intégraient les différentes dimensions d’un « développement » global : travail technique sur le terrain, animation rurale, alphabétisation, programmes de santé, « conscientisation » des populations locales désireuses de se prendre en charge. Plusieurs de ces acteurs, mûris par leur expérience, sont devenus ensuite des « permanents » de l’association, ou ont continué d’œuvrer en faveur des pays du Sud, après avoir quitté FDH. D’autres, dans le sillage de leur engagement concret sur le terrain là-bas, sont devenus des acteurs de transformation sociale ici, une fois revenus en France (ou en Europe). Les Volontaires qui s’expriment dans ce livre, soit environ 10% de ceux qui sont partis dans le Tiers-Monde, sont donc tout à fait représentatifs du mouvement, sachant que l’Association, ayant fait le choix du « partenariat » (cf. Historique), a cessé d’envoyer des volontaires à partir de 1990.
Mais l’ONG Frères des Hommes, d’envergure internationale, ne se limitait pas aux acteurs du terrain, ni même aux permanents qui géraient le siège de l’association (dont quelques uns apportent aussi leurs témoignages). De nombreux bénévoles l’ont nourrie de leur dynamisme, soit en lui rendant divers services, soit en animant les « Centres de soutien » qui, dans les années 1980, avoisinaient la centaine en Europe. Ces centres avaient pour mission, non seulement de susciter des donateurs (dont le nombre a pu dépasser les cent mille vers 1985 !), mais aussi de faire connaître à la fois les réalités du Tiers-Monde, la complexité et les complémentarités des relations Nord-Sud, et les réalisations proprement dites de FDH, humbles sans doute, mais incontestablement porteuses d’espoir.

● La constante des thématiques. Ce que nous disent ces êtres humains qui, par le fait même de leurs engagements, se sont voulus « Frères » des Hommes, c’est que l’on ne « naît » pas « frère » des hommes : on le devient. Et ce n’est pas chose aisée…
Le volontaire doit faire journellement tout un travail d’humilité sur soi-même et de reconnaissance de la capacité d’autrui, s’il désire éviter la tentation de « l’assistanat » et le piège du paternalisme (se prendre pour le « grand-frère » des hommes !). Tentation d’autant plus pernicieuse qu’il ne peut échapper, si idéaliste soit-il, au statut ambivalent de l’Occidental, du « Blanc » (supposé supérieur par sa richesse ou sa compétence technique, mais aussi manipulable par son inexpérience ou sa méconnaissance des us et coutumes du lieu où il se trouve envoyé). Sa volonté d’obtenir des résultats tangibles doit sans cesse composer avec la nécessaire lenteur des évolutions positives de toute communauté humaine. Homme parmi les hommes, il ne doit ni « faire faire », ni « faire à la place de », mais « faire avec ».
Mais cette « pédagogie de l’aide » implique elle-même qu’il y ait nécessité d’aider. Les secours d’urgence à des populations victimes de malnutrition ou de maladies endémiques sont, d’un point de vue humanitaire, d’une indiscutable légitimité ; mais en est-il de même de « l’aide au développement » qui paraissait si naturelle au début des années 1960 ? C’est à cette problématique, celle d’un « développement » se révélant de plus en plus une pure « occidentalisation » du Tiers-monde, qu’ont dû répondre les volontaires qui se souciaient d’abord d’aider les défavorisés à se sortir de la misère. Autant le fait de donner un « coup de main » à son voisin en difficulté apparaît simple et « innocent » (c’est le cas des secours d’urgence), autant le fait d’agir au sein d’une population pour remédier durablement aux fléaux qui la frappent se révèle complexe.
Au fil des témoignages (disposés dans l’ordre chronologique), on voit que la stratégie de Frères des Hommes s’est d’abord résumée à quelques images fortes : celle du « clef de contact » qui permet à des groupes humains de « démarrer » (mais pour aller où ?), puis celle du levier d’Archimède qui fait de FDH un « point d’appui » servant aux communautés à soulever les obstacles qui freinent leur essor, celle encore du travail au « ras-du-sol » rendant solidaires l’homme du Sud et l’homme du Nord en ce qu’ils mêlent leurs sueurs par delà leurs différences culturelles. Ces images devaient sans doute être dépassées, mais elles n’ont paru simplistes qu’à ceux qui en ont méconnu la spécificité : l’appel à une solidarité terrestre sans laquelle il ne peut y avoir d’avenir humain, et cette humilité concrète qui se situe aux antipodes des grands « programmes de développement » que des organisations internationales entendent parachuter sur des pays pauvres qu’elles méconnaissent, croyant ainsi (vainement) « vaincre la pauvreté »...
Le désir d’agir et d’aider, même sciemment limité au « ras-du-sol », dans un esprit de fraternité et de justice (car on ne « donne » pas, l’on ne fait que redistribuer des ressources qu’on a reçues), n’a donc pas empêché les volontaires de se poser la question des « progrès » qu’ils étaient censés faciliter. L’interrogation latente qui les traversait pourrait se formuler ainsi : « Le mode de vie qu’implique l’aide que j’apporte est-il réellement une amélioration par rapport au mode de vie ancestral que mon intervention va modifier ? ». En particulier, la philosophie majeure de Frères des Hommes fut toujours qu’un progrès qui vous rend dépendant de ceux qui l’apportent n’est jamais un progrès. Quel que soit le projet initié par FDH, dès les premières années, il était entendu qu’il n’avait de sens que s’il était repris et poursuivi par des responsables locaux. Les volontaires savaient qu’ils n’auraient « réussi » que là où ils ne seraient plus nécessaires.
C’est pourquoi Frères des Hommes, association sans appartenance confessionnelle ni politique, n’en pouvait pas pour autant ignorer le problème de la dimension politique (involontaire ou non) de ses interventions. Il ressort de plusieurs témoignages que l’aide, souhaitée par une partie des gens, n’était pas toujours appréciée d’un certain nombre de notables locaux, voire même de responsables officiels. Dans une situation de misère pétrie d’inégalités, quand elle ne découle pas directement d’injustices issues de la tradition, ce qui arrange les uns dérange les autres. Bien des volontaires ont subi le choc des hiérarchies établies (officielles ou officieuses) qu’ils découvraient soudain sur place : et comment alors ne pas « répondre » à ces injustices que l’on qualifie précisément de « criantes » ? L’opposition frontale était délicate (elle a pu entraîner la fin de certaines implantations de FDH), louvoyer était compliqué… il n’est pas facile de vouloir le bien des hommes !
D’autant que la découverte des injustices ou des corruptions locales n’empêchait pas les volontaires de percevoir aussi la réalité autrement plus vaste des injustices ou des exploitations régissant les relations internationales, au profit des nations « nanties » dont ils étaient eux-mêmes originaires : c’est une expérience étrange que de découvrir soudain qu’on fait soi-même partie, à son corps défendant, des causes de la misère qu’on est venu soulager… C’est ainsi que Frères des Hommes, vers la fin des années 1970, dépassait la notion trop commode de « sous-développement », pour faire prendre conscience aux gens de la réalité d’un « mal développement » global, commun aux pays du Nord (déjà malades de surconsommation) et aux pays du Sud (ne pouvant se sortir de la misère et de la faim), les premiers étant largement responsables du sort des seconds… Il se révélait dès lors aussi impératif de lutter « chez nous » que d’aller « là-bas » pour éradiquer ce même mal planétaire.
C’est à partir de la prise en compte de cette dimension politique des problèmes (au niveau local comme au niveau international) qu’a été officialisée la notion de « partenariat » par les responsables de Frères des Hommes. La « fraternité » qui avait d’abord consisté dans le seul envoi de volontaires dans les pays du Sud, se muait en une solidarité humaine et « politique » vécue de part et d’autre des deux hémisphères de notre planète… Mais il convient de dire, d’une part, que ce partenariat avait été largement pratiqué, dès le début, par les acteurs de Frères des Hommes et, d’autre part, qu’en agréant et finançant de plus en plus de projets nés de « partenaires », au lieu d’en créer elle-même, l’association en est venue peu à peu à ne plus envoyer de volontaires. Ce faisant, FDH devenait en effet une ONG parmi d’autres, abandonnant ce qui avait fait sa spécificité, cet indéfinissable « esprit FDH » auquel se réfèrent beaucoup de témoignages réunis dans ce livre.
Beaucoup de ceux-là mêmes qui avaient favorisé cette évolution, en effet, ont fini par regretter que Frères des Hommes ait « perdu son âme » en perdant ses volontaires, c’est-à-dire en se privant de l’apport exceptionnel que furent les profondes relations vécues sur le terrain entre tant d’êtres humains du Nord et du Sud, et en se voyant quittée simultanément par des Centres de soutien qui, n’étant plus nourris de la sève du mouvement, n’ont plus eu l’envie ni la force de le soutenir.

*

Il reste que ce passé n’est en rien dépassé. L’héritage et la mémoire vivante de Frères des Hommes, c’est ce formidable élan d’une humanité qui va au-devant de l’Humanité, élan toujours à poursuivre et à vivre dans la réciprocité. C’est cette valeur de l’engagement désintéressé dont tant de jeunes auraient besoin de connaître l’exemple, alors qu’on ne leur parle plus que de « s’investir » (en vue d’un rapide « retour sur investissement »). C’est cette aventure à la fois individuelle et collective qui, marquant chacun des témoins qui nous en rapportent les circonstances, les a inspirés pour tout le reste de leur existence : car on ne « revient » pas de « FDH », on ne sort pas indemne d’une pareille immersion dans l’incroyable diversité des hommes, où l’invincible espérance se mêle au tragique quotidien.
Que dire alors des résultats concrets auxquels sont parvenus tous ces militants de bonne volonté ? Ont-ils réellement « aidé » ? Qu’est-il resté de leur passage ?
De simples « gouttes d’eau » !? ironisent les sceptiques.

Sur ce thème de la « goutte d’eau », il y a bien des réponses à formuler… que justement ces témoignages apportent, et que le lecteur découvrira. Ce qui est sûr, c’est que s’il est déjà difficile d’évaluer les résultats d’actions effectives dont il reste pourtant des traces, il est littéralement impossible de « quantifier » ce qui sans doute demeure le plus important : les échanges fraternels, les amitiés qui demeurent, les souvenirs fidèles, les prises de conscience, la formation délivrée aux jeunes qui l’attendaient, la maîtrise de leur destin entreprise par tant d’autochtones qu’a éveillés la présence des FDH. Concernant l’aide à autrui, il est sans doute aisé de dénoncer l’illusion de l’efficacité : mais que dire de l’illusion de l’inefficience, qui nous fait croire à l’inutilité de l’action, parce qu’on n’a pas eu la patience de voir germer ce qu’on avait semé ?
Ces hommes et ces femmes ont joué le jeu de devenir « frères » des hommes. Ils ont agi, ils se sont donnés, ils ont fait au mieux. Au départ, ils croyaient « donner », et comme souvent, à l’arrivée, ils s’aperçoivent qu’ils ont beaucoup plus « reçu » que donné. D’où leur humilité et leur reconnaissance. Tous sont prêts à recommencer. Ils n’ont pas honte d’avoir voulu « donner », car ce n’est pas le « don » qui est à incriminer, c’est la vanité de s’en croire la source. Revenus de Frères des hommes « dont on ne revient pas », ils continuent de se savoir solidaires, et de s’engager au service des démunis, non pour se glorifier de les aider, mais pour simplement leur rendre justice. Nous sommes redevables à ceux que nous aidons de la chance qui nous est offerte de pouvoir les aider.
Personne ne mesurera donc « objectivement » ce qui est résulté de cette solidarité à l’échelon planétaire, tant de dimensions visibles et invisibles s’allient dans les œuvres humaines ! Et pourtant, il n’est pas difficile de deviner pourquoi les engagements des « FDH » ont été si féconds : c’est qu’il n’y a efficacité de ce que l’on fait que s’il y a authenticité de ce que l’on est.

Note 1 : Ce sentiment de solidarité humaine nous renvoie aux paroles de Saint-Exupéry : « Être homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait pas dépendre de soi. […] C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde », ou à celle de Sartre : « L’homme est responsable de tous les hommes ».


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 14 Janvier 2012 à 13:36 | Commentaires (0)

« CROIRE QUAND MEME / Libres entretiens sur le présent et le futur du Catholicisme »
EDITIONS TEMPS PRESENT, février 2011,

Entretiens menés par Karim Mahmoud-Vintam en collaboration avec Lucienne Gouguenheim


Cet ouvrage se présente sous la forme d’une entretien entre le Père Moingt s.j. et ses deux interlocuteurs. Il fallait bien être à deux contre un pour équilibrer le débat !

Le père Joseph Moingt est né en 1915. Il fut professeur de théologie à Paris à l’Institut Catholique de Sèvres, et Directeur pendant plus de trente ans de la revue « Recherches de Sciences Religieuses ». Il est considéré comme l’un des plus grands théologiens vivants.

Les entretiens se sont déroulés durant quatre journées et quatre thèmes ont été abordés :
-A bâtons rompus,
-De la foi au Christ aux dogmes de l’Eglise,
-D’une Eglise à l’autre,
-Au plein vent du monde, épilogue

Pour quiconque s’intéresse à ce genre de questions, ce livre est agréable et facile à lire car il est très bien écrit, avec des mots du langage courant, ceux d’une discussion à bâton rompu ; les parties ne sont pas épargnées, les interviewers étaient des professionnels érudits, connaissant bien le sujet et le père Moingt est un baroudeur de la dialectique dont les « retours de volée » sont redoutables.

Après que le décor fut planté, les questions brèves et incisives ont été posées et elles ont donné lieu à des réponses approfondies.

-Page 38 l’auteur évoque le silence, vertu qui aide à réfléchir, contrairement à la parole qui empêche de penser, rendant ainsi hommage à Socrate l’un des pères de la pensée de la Grèce antique ; en cela il est aussi l’un des fondateurs indirects de la pensée occidentale.

-Vers la page 91, dans le même ordre d’idée, l’auteur parle des prophètes qui selon lui n’entendent pas la Parole de Dieu avec leurs oreilles mais à travers leur esprit.

-Page 96, le père donne une bonne définition de l’Eglise : elle n’est pas une religion elle est l’Evangile. Il n’hésite pas à classer l’Ancien Testament de « légende » s’appuyant pour cela sur l’exemple de Moïse. Selon le père Moingt, les dieux avant Jésus-Christ sont des manifestations imaginaires du Dieu unique, appuyant cette idée par une remarque originale : « Avec l’arrivée de Jésus-Christ, il est arrivé quelque chose à Dieu et, peut-être a-t-Il changé… »

-Page 109, des idées très intéressantes sont proposées à propos de la foi : « Il n’est pas nécessaire d’être un homme de foi pour être un homme de bien ; être un homme de bien est suffisant ». ou encore : « S’oublier au profit de l’autre est déjà de la foi. » et puis : « La foi chrétienne est un engagement et non une croyance. »

-Page 132, la question du péché originel est abordée, un peu comme Teilhard de Chardin mais il ne le cite pas, malgré la similitude de pensée : « Le péché originel est une force d’inertie » et cela correspond à la définition que je donne du mal en tant qu’absence de bien. Je m’explique : l’évolution est une pulsion de la matière depuis la particule jusqu’à l’homme. Tout le monde vivant est soumis à cette pulsion qui pousse chaque espèce vivante à envahir le monde ; c’est la loi de la vie, sauf qu’à partir de l’homme elle est modulée par la réflexion en discernant ce qui est moralement dicté par la loi de la liberté, qui s’arrête là où commence celle de l’autre. En augmentant son niveau de conscience la notion de responsabilité apparaît et limite la liberté d’où l’idée de péché originel qui n’est pas autre chose que cela : un être humain ne doit plus se comporter comme un animal. J’observerais qu’il est évident que, vue sous cet angle, la notion de péché originel (ou de chute) n’a plus besoin d’un Sauveur ou d’un Rédempteur qui efface une présumée-faute, commise par personne si ce n’est par le Créateur. L’homme n’a plus besoin d’un Rédempteur ou d’un Sauveur mais d’un « PHARE » qui indique la direction à viser en même temps qu’Il donne le goût de vivre puisque désormais un « SENS » est tracé.
Du temps de Teilhard, le Vatican a eu peur pour le dogme chrétien alors qu’il n’était pas attaqué, mais présenté sous un angle accessible à la raison contrairement au dogme chrétien. C’est pour cette raison que Teilhard a été interdit d’enseigner. Ne voulant pas suivre totalement la piste teilhardienne, le père Moingt a choisi la voie de la Révélation pour transmettre son message de foi, sans oublier tout de même de le « poinçonner » du sceau de l’inertie

-Page 158, le père Moingt répond à la question sur la croyance en Dieu et, là aussi, il choisit la voie dogmatique, celle de la révélation biblique. Pour convaincre les non-croyants de l’existence de Dieu (pour eux il vaut mieux parler de Principe Créateur), la théorie de Teilhard est mieux adaptée que le dogme du Dieu d’Abraham et de Moïse, deux personnages dont l’existence est un mythe ; mais comme le suggère le père Moingt à propos de Moïse, un mythe fondateur doit-il être historiquement avéré ?

-Page 163 l’auteur signale courageusement que le Vatican actuel combat les intentions prises par Vatican-2 qui, selon lui, sont trop ouvertes aux incroyants et aux autres religions. Telles sont les causes de cette tendance théocratique autocratique et conservatrice. (Voir en -annexe à la fin un extrait in extenso des pages 162, 163, 164 et 165 de ce livre).

-Page 168 l’auteur évoque les causes internes de cette tendance de l’Eglise qui, prise dans son ensemble, s’oppose à l’introduction de l’élite laïque dans l’Institution, qu’elle soit philosophe, scientifique ou théologienne. Le père Moingt, lui, se défausse lorsqu’il est questionné par des laïques sur les problèmes soulevés par la sexualité,parmi d’autres problèmes de société. Le père se défausse en disant que c’est aux chrétiens de « dire la loi morale au monde car ils ont double qualité : chrétiens et élite laïque »

-Plus fort encore, pour les questions relevant de l’éthique, il oppose la « loi naturelle » à la « loi morale », comme si tout cela ne ressortait pas de la conscience unique de chaque individu.

-Page 223 l’auteur se lance dans les mystères de l’au-delà et dit au passage que "le père Teilhard de Chardin avait de bonnes idées sur ce sujet », sans citer une seule de ces idées ferai-je observer.
Personne ne sait ce qu’est l’au-delà, , et ce serait sans risque et même très adroit de « récupérer » Teilhard sur un tel sujet ; notamment avec ses théories concernant l’évolution de la matière, celles qui, scientifiquement, sont en mesure de donner la foi ainsi qu’un sens à la vie. Mais de cela l’Eglise et le père Moingt s’en gardent bien.

-En revanche, de la page 228 à 231, le père propose une bonne approche dans la définition du Royaume de Dieu ; notamment en se référant au Prologue de St Jean lequel, soit dit en passant, a été supprimé de la messe quotidienne et conservé uniquement pour célébrer les fêtes de Pâques. Mais page 232, le père Moingt se réfère au Pater Noster, la plus belle prière du monde, pour dire : Dieu fait faire le monde par l’homme » (tout comme le disait Teilhard.

-Depuis la page 234 et pratiquement jusqu’à la fin du livre, le père développe son idée d’une Eglise non institutionnelle, qui témoigne de Jésus, phare de l’humanité et serait ainsi un facteur d’universalisme et devrait « aller dans le monde » à l’imitation de Saint Ignace de Loyola, qui a inauguré une nouvelle manière d’agir : « le je n’est pas seulement contemplatif, il est actif ».

-Quant à la situation de l’Eglise actuelle, dit l’auteur, il ne s’agit pas uniquement de sa crise à elle mais d’une crise de civilisation ; l’humanité n’a pas intégré ce que représente l’Autre, cet autre nous même. L’auteur écrit qu’un croyant qui voudrait vivre en solitaire risquerait de ne pas rester longtemps croyant ; pour vivre, la foi doit être sociétale (comme le disait Teilhard).
-Le livre se termine par un dernier point fort : « L’Eglise à venir doit se présenter sous deux formes sociétales, l’une institutionnelle et traditionnelle ; l’autre doit être plus libre et axée sur l’Evangile. Cette institution laïque pourrait aller jusqu’à la célébration de l’Eucharistie. » Cette dernière assertion est courageuse !

En conclusion : ce livre contient l’essence du nécessaire progrès qui sauvera l’humanité de son auto-destruction.


(1) Extraits du livre, citation intégrale :
Page 162 à 263 : « Pourriez-vous définir, en quelques mots pour le profane, ce qu’a été Vatican II ? En quoi Vatican II a-t-il constitué une rupture par rapport à ce qui l’a précédé ?"

Vous savez, dans tous les conciles, il y a une majorité et une minorité : une majorité qui se rattache à ce qui se disait ou se faisait auparavant, et une minorité qui veut aller de l’avant. Ou bien c’est l’inverse ! A Vatican II, il y a eu une majorité qui a voulu réconcilier l’Eglise avec la société de son temps. Mais la minorité était assez nombreuse quand même pour faire entendre sa voix. On a voulu faire l’unanimité, donc on a abouti à des textes de compromis, qu’on peut interpréter dans la ligne de la continuité -et on revient à Vatican I et à Trente- soit dans la ligne de la nouveauté introduite par Vatican II -tendance que combattent trop souvent de nos jours le Vatican et une partie de la haute hiérarchie de l’Eglise en plusieurs pays.
Alors, quels sont ces éléments de nouveauté ? Je les énoncerai comme ils me viennent à l’esprit, sans me soucier de les ranger en ordre de priorité.

C’est la volonté de l’Eglise de se réconcilier avec les autres confessions chrétiennes, de reconnaître qu’elles ont gardé l’essentiel des enseignements du Christ et une bonne partie de la tradition chrétienne, de les traiter en Eglises-sœurs (quoique l’expression soit employée avec parcimonie) ; c’est donc un encouragement donné au mouvement « œcuménique », déjà ancien, qui tendait à relativiser un peu les formules dogmatiques, pour faciliter l’union des chrétiens dans une foi moins pointilleuse, ou moins sclérosée, moins mise en formules.

C’est aussi la volonté de se réconcilier avec les religions non chrétiennes, de les traiter avec respect en reconnaissant la valeur de leurs apports spirituels et leur contribution à la paix entre les peuples ; de saluer plus particulièrement la parenté d’origine entre le christianisme et le judaïsme et de se réconcilier avec le peuple juif, qui a -hélas !- de douloureux et récents motifs de se plaindre de l’hostilité de l’Eglise. Et une mention spéciale au troisième monothéisme musulman, de plus en plus mêlé au monde actuellement ou anciennement chrétien.

C’est encore la volonté d’instaurer une nouvelle forme de gouvernement de l’Eglise, caractérisée par l’idée de la collégialité, qui voulait donner aux Eglises locales un peu d’autonomie, qui leur permette de répondre aux besoins particuliers de leurs pays respectifs, de faire valoir leur culture nationale ou régionale…

Page 164 à 165 : … « Donc une Eglise envisagée comme communion d’Eglises ? »
C’est ça ! Exactement ! La théologie des pères Tillard et Rigal ! Mettre de la « collégialité » et de la « subsidiarité » dans l’Eglise et desserrer l’étau monarchique, afin que les affaires de l’Eglise universelle ne soient pas toutes réglées exclusivement par les fonctionnaires du Vatican, et que les évêques d’un même pays puissent se concerter entre eux pour décider des problèmes propres à ce pays. Laisser un peu de liberté au évêques locaux pour leur permettre de devenir, s’ils le voulaient du moins, l’expression des fidèles dont ils ont la charge.

Autre élément de nouveauté : la place faite aux laïcs, voulue par l’Eglise avec notamment la mise de la parole de Dieu à la disposition des laïcs, afin qu’ils ne soient plus uniquement à la remorque de « l’enseignement » de la hiérarchie, et puissent comprendre leur foi par eux-mêmes et l’interpréter, la prendre en charge en quelque sorte. Et l’invitation faite aux laïcs à prendre des activités et des responsabilités dans l’Eglise, ce qui revenait à les traiter en personnes « majeures » -comme ils le sont dans la société civile et politique -et ouvrait la voie à une relative démocratisation de l’Eglise, afin qu’elle ne soit plus la dernière monarchie absolue du globe et puisse entrer dans le débat commun des peuples civilisés.

Enfin, au principe de ce que je viens de dire, il y avait la volonté de l’Eglise de se réconcilier avec l’esprit moderne, c'est-à-dire en gros -en très gros !- avec l’esprit des Lumières. Annuler les condamnations portées contre les « idées nouvelles » au cours du XIXe siècle et reconnaître les Droits humains, la liberté de conscience et la liberté de religion. Ce qui a été effectivement fait par la Constitution « Gaudium et spes », mais qui n’a pas produit à l’intérieur de l’Eglise l’effet de libération qui aurait dû en résulter, car c’est cette « ouverture » sur le monde -un monde sécularisé et laïcisé- et sur la « modernité » une modernité accueillante à toutes les libertés, mais aussi à l’incroyance et à la permissivité en matière morale, c’est donc cette ouverture, cette parenthèse dans l’histoire de l’Eglise, que la papauté voudrait ardemment refermer.

Voilà les éléments de nouveauté de Vatican II. On comprend que bien des évêques, des prêtres et des fidèles en aient été déstabilisés. C’était assurément accepter de faire entrer un certain vent de modernisme dans l’Eglise. D’où de fortes réactions qui ont conduit à une montée en puissance de l’ancienne minorité de Vatican II, soutenue et maintenant remplacée par des évêques plus récemment choisis et nommés et par un nouveau clergé issu en grande partie de congrégations nouvelles. Les deux volumes des « Carnets du Concile » du père Henri de Lubac, dont j’ai fait l’analyse, montrent bien quelles étaient les craintes et les répugnances de la minorité conciliaire qui ont depuis explosé bruyamment : la peur des « sciences humaines », de « l’exégèse historique », la peur que le pouvoir d’enseignement des évêques n’en subisse le contrecoup ; la crainte du « relativisme religieux » qui pourrait amener des chrétiens à déserter l’Eglise, et qui dévaloriserait la propagation de la foi chrétienne dans les pays de mission ; la peur de faire aux laïcs une trop grande place, susceptible de démonétiser le ministère consacré et de tarir les vocations religieuses ; la crainte de desserrer les liens de l’unité chrétienne et l’uniformité de la liturgie ; par-dessus tout, pour m’en tenir là, la répugnance à l’égard de l’ouverture au monde dénoncée comme athéisme
.

(Fin ce citation)

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 20 Août 2011 à 18:04 | Commentaires (0)

Par François MORIN / Editions du Seuil


Présentation de l'éditeur

Les marchés financiers ont beau déclencher des crises à répétition, peu d’experts et encore moins de gouvernants osent imaginer un monde sans la liberté et sans le pouvoir de ces marchés, un monde « sans Wall Street » ! Pourtant, comme l’explique ici l’un des meilleurs experts français des systèmes financiers, c’est le pas décisif qu’il faut franchir au plus vite pour éviter une nouvelle catastrophe. L’auteur pose d’abord un diagnostic précis sur les impasses d’un monde « avec Wall Street » : les normes exorbitantes de rentabilité imposées par les gestionnaires de capitaux entrainent tout à la fois, la déshumanisation des conditions de travail, le saccage des écosystèmes et la soumission des politiques publiques à des intérêts privés plutôt qu’à la volonté des citoyens. Mais peut-on, dans un monde ouvert, se passer de la puissance des marchés financiers ? Oui, car du fait même de leur puissance, ces marchés ne servent plus à financer l’économie réelle et pénalisent même celle-ci au profit des jeux purement financiers spéculatifs. Toutefois, pour se passer des instruments de spéculation sur les taux d’intérêt ou les taux de change, il faut reconstruire un système monétaire international qui permette de gérer la monnaie comme un bien commun de l’humanité. Et pour échapper au pouvoir exorbitant des gestionnaires de capitaux, il faudra reformer le droit des sociétés pour partager le pouvoir de gestion entre tous les acteurs prenant part à la production.

François Morin, professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Toulouse-1, a été membre du Conseil Général de la Banque de France et du Conseil d’Analyse Economique. Il a notamment publié « Le Nouveau Mur de l’Argent » : essai sur la finance globalisée (Seuil, 2006)



Compte rendu de lecture par J.P. Frésafond

Un livre de 180 pages, facile à lire et qui concerne tout le monde;
Le visionnaire Pierre Teilhard de Chardin, dans tous ses livres, ne cesse de décrire les effets démographiques de compression sur la surface limitée de notre planète ; lesquels induisent une surchauffe psychologique, montés en puissance par les moyens infinis de la communication.

Au cours des siècles passés, nous avons eu les guerres nationales, puis les guerres mondiales. Nous en sommes maintenant aux petites guerres locales nombreuses et aux soulèvements populaires. Mais surtout, nous sommes en plein dans la phase de guerres économiques et commerciales qui, malheureusement, sont brouillées par les effets de la guerre financière mondiale axée sur les spéculations en tous genres sur les produits dérivés. Ce sont eux qu’il faut éradiquer et qui mieux que François Morin peut nous éclairer sur ce domaine oligarchique ? Mais hélas, aucun remède n’est proposé au motif que c’est impossible, hormis de passer par une révolution.

La conclusion de l’auteur est-elle marquée du sceau de la déception ? Non car il suffit de retourner les arguments à charge contre Wall Street pour avoir la solution souhaitée.

Pourquoi François Morin n’a-t-il pas exprimé cela clairement ? Parce que, comme il le précise lui-même, l’enseignement de l’Economie est étroitement surveillé par les banques, et il se trouve que lui-même est professeur d’économie.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 5 Juillet 2011 à 11:31 | Commentaires (0)
Il fallait que ce livre soit écrit pour faire connaître Teilhard au-delà du cercle des croyants inconditionnels.

Le Père Chabert, né en 1928, fait partie des prêtres qui ont reçu une longue et complète formation théologique, philosophique et littéraire. En homme lucide, libre et réalisé, il va plus loin que l’appareil religieux.

Je croyais bien connaître Teilhard, sauf que je ne le percevais qu’à travers ma propre sensibilité, et le père Chabert m’a fait découvrir un Teilhard qui, sur le plan théologique, était plus en avance que je ne le pensais encore.

Cependant, et cela concerne Teilhard, j’ai toujours quelques réticences à accepter « l’éternel féminin » tel qu’il est développé dans un tiers du livre. Je veux bien reconnaître la réalité d’un « éternel féminin » à condition qu’il soit assorti d’un « éternel masculin » ; les deux sont inséparables physiquement et spirituellement ; on ne peut glorifier l’un sans l’autre, ainsi va la loi de l’évolution et de la nature.
La reproduction sexuée, par rapport à la reproduction par bourgeonnement à l’identique, est la plus belle invention de Dieu, elle est l’instrument de la complexification qui est le troisième infini inventé par Teilhard.

Bien sûr, il faut protéger la Femme contre le machisme, promouvoir l’égalité de ses droits p ar rapport à l’Homme. Cependant je ferais remarquer que Teilhard lui-même ne développe pas beaucoup ces aspects de la condition féminine. Il ne faut pas diviniser la femme sans l’homme, les deux sont créés à l’image de Dieu, et je note que la dépravation des meurs sévit des deux côtés.
En lisant Teilhard sur le sujet n’oublions pas qu’il a été élevé principalement par sa mère, au milieu de ses sœurs et cousines. On ne parle pas assez de son père qui lui a transmis son attirance pour les sciences et que serait Teilhard sans elles, un « mystique au fond d’une caverne » sans doute ! Utilisant les relations de causes à effets, le destin en a voulu autrement et quand il était professeur au lycée du Caire il a failli choisir cette voie. Il n’aurait pas offusqué le Saint Office avec ses idées théologiques nouvelles, il n’aurait pas non plus été nommé à la direction d’un institut de paléontologie à Pekin et il n’aurait pas évolué dans le sens que l’on sait.

J’ai beaucoup apprécié ce qu’ a écrit le Père Chabert de la page 39 à la page 59, notamment sur l’Eglise primitive et les directives qu’Elle a proclamées entre les 3e et 4e siècles sur quatre questions importantes :
-L’éternel féminin,
-Une Eglise démocratique,
-Quelle Eglise pour la terre
-et enfin Une Eglise prophétique et œcuménique

Toutes ces déclarations étaient très belles mais elles furent rapidement oubliées.

Je retiens cette remarque personnelle du Père Chabert « La grandeur du prophétisme juif est d’avoir soutenu l’espérance messianique, épine dorsale du Premier Testament. »
L’auteur n’a pas inventé cette phrase véridique mais il l’a sortie de l’oubli.

Je conseille vivement la lecture du livre du Père Chabert, lequel avec une centaine de pages est moins rebutant que la « Somme » de Thomas d’Aquin, tout en étant aussi fort.
Cet ouvrage a aussi la qualité de faire connaître l’essentiel de la pensée de Teilhard, ainsi que de nombreuses citations dûment repérées de son œuvre. Tout cela donne une perspective à ceux qui veulent approfondir leurs connaissances sur le sujet.

L’auteur termine son livre par une description de la prêtrise en France ; elle est désespérée. Selon le Père Chabert, l’interdiction des femmes à la prêtrise, le célibat des prêtres, et le retard pris par la catéchèse peu adaptée au XXIe siècle, en sont les causes principales. Il souligne que les religions Réformées ont évité ces problèmes et elles ne sont pas anti chrétiennes pour autant.
Pour renforcer ses convictions, le Père Chabert cite le Pape Pie XII qui, en 1947, déclarait « Ce que l’Eglise fait, Elle peut le défaire ». Puisse notre Pape actuel ne pas oublier cette phrase.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 21 Juin 2011 à 17:07 | Commentaires (0)

Ecrit par STEPHEN HAWKING et Léonard MLODINOW
Traduit de l’anglais par Marcel Filoche
Editions Odile Jacob


Dans mon essai intitulé : « Le Monde tel que je le comprends », j’évoquais essentiellement le monde de l’esprit…c’est-à-dire le monde intérieur dans toute sa complexité, son organisation, et aussi ses mystères. Teilhard parlerait du « Dedans des choses ».
L’ensemble, élaboré à partir de la Genèse, repose sur la diversité mais aussi l’unité de la psyché. Un cloisonnement entre les diverses formes de connaissance est de plus en plus handicapant pour l’homme s’il désire découvrir le sens de notre vie et de notre Univers.
Je me permets ici une citation :
« Il est probablement vrai qu’en général, dans l’histoire de la pensée humaine, les développements les plus féconds naissent à l’intersection de deux courants d’idées. Les courants peuvent avoir leur origine dans des domaines totalement différents de la culture, à des époques et en des lieux culturels divers. Dés lors qu’ils se rencontrent effectivement et entretiennent une relation suffisante pour qu’une réelle intersection puisse s’exercer, on peut espérer des développements nouveaux et intéressants. »
Heisenberg (physicien allemand, un des fondateurs de la mécanique quantique)

On s’est souvent contenté par exemple d’une position de raison selon laquelle la science s’occupe du comment dans l’organisation de toute chose et la religion du pourquoi dans l’existence de toute chose. Au début de la Genèse il est écrit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». On rencontre dans l’étude de l’astrophysique, la notion de « trou noir » ; il s’agit d’une portion de l’espace où la densité de matière est telle qu’aucune lumière ne peut s’échapper en raison de la courbure de l’espace et de la stupéfiante force de gravitation. La lecture de l’Ancien Testament fait un peu penser à ce phénomène de trou noir en raison justement de la densité du message et de son ésotérisme. N’est-il donc pas possible alors de briser la coque du fruit afin d’en faire jaillir une parcelle de lumière ? En fait la coexistence de ces deux réalités : Terre et Ciel pose le problème de la transcendance. Les diverses conceptions qu’on en a dépendent de l’idée que l’on peut avoir à propos des positions relatives de notre terre à nous et de notre ciel à nous. Nous entrons par là même dans l’univers de la philosophie et, en particulier toute la philosophie qui, actuellement, découle de la recherche fondamentale. Hawking nous livre donc ce qui a toujours été sa conviction. Nous le respectons mais nous devons regretter de profondes lacunes dans sa pensée.

La science et je veux parler des sciences dures : mathématiques et physique, ne constitue pas seulement le support des techniques les plus diverses. Elle ouvre sur le mystère de notre condition d’homme en fournissant des modèles utilisables dans l’activité de notre pensée rationnelle. Notre esprit n’accède pas directement à la nature des réalités et encore moins à leur essence ; l’explication du monde se nourrit de constructions intellectuelles qui mettent en évidence le jeu subtil de toutes les relations existantes au sein du monde visible et le rôle unificateur des « archétypes » de l’humanité. Notre psyché s’organise comme une sorte de filtre qui ne laisse passer qu’un minimum d’informations capable d’être analysé pour concevoir notre monde dans son aspect global. Parmi les archétypes les plus intéressants, il y a la « dualité », celle que décrit par exemple la célèbre théorie du yin et du yang et celle aussi qui nous parle de l’existence du bien et du mal. Plus précisément, la dualité, source de liberté, constitue une représentation de toute la dynamique qui engendre la vie. Ici se croisent donc l’histoire biblique et l’enseignement des mathématiques situé au niveau de l’algèbre linéaire.

Cette même algèbre nous procure des modèles qui vont faire comprendre que beaucoup de choses se conçoivent par le jeu des analogies ou plus précisément des homologies.. On découvre alors la notion importante d’isomorphisme et on l’appliquera à la compréhension d’un univers construit à partir des quatre grands principes : l’air, l’eau, la terre et le feu.
A cela viennent s’ajouter les symboles qui prennent leur place au centre de la vie imaginative. Ils permettent à l’homme de déchiffrer ce que la raison seule ne livre à son regard. Une grande place est faite au symbolisme afin de s’élever au-dessus du seul plan horizontal contenant nos seules réalités matérielles, politiques, économiques et ludiques. Le monde des symboles ouvrent l’esprit sur la métaphysique et organise le monde suivant un tracé ascendant. C’est ainsi que l’on devient plus sensible à ce qui constitue notre relation au grand Mystère de nos origines. C’est ainsi que l’on comprendra de manière moins enfantine ou caricaturale, le contenu les Livres Saints qui, malgré la violence et le tragique, s’adresse avant tout à la profondeur de l’âme humaine. Ne transparaît chez Stephen Hawking qu’un essai de rationalisation à partir de fumeuses hypothèses. Rien là dedans de très réjouissant car il y manque toute la véritable Connaissance sur l’Homme, à partir de son histoire, de sa complexité, de ses facultés construites à la fois sur la raison et sur l’imaginaire.

Depuis quelques années, des scientifiques ont cru légitime de donner leurs avis sur certaines corrélations existant entre religions et sciences. Ce phénomène nouveau apporte certes une ouverture sur le monde de la psychologie des profondeurs qui met en évidence le fait que l’homme est avant tout un être infiniment complexe. Cependant tous les scientifiques n’ont pas la même approche des problèmes, surtout en raison de l’attrait procuré par les philosophie d’origine extrême orientale. La vision de la transcendance doit être à mon sens débarrassé de toute trace de panthéisme ou plus encore de syncrétisme portant sur des connaissances les plus diverses, un des fléaux de notre époque : le New Age ! Il existe aussi les conflits que se livrent Créationnistes et Evolutionnistes. J’ai voulu apporter dans cet essai et dans le cadre de la Connaissance, une idée selon laquelle on peut parler de superposition de deux réalités : l’une d’origine matérielle et biologique, l’autre d’origine divine, tout en reconnaissant que cette grandiose manifestation de la nature humaine demeurera à jamais un profond mystère que la science ne peut dévoiler. Vouloir, comme Hawking, découvrir la clé de ce mystère, constitue certes un rêve profondément humain. Mais ne découvre-t-on pas en réalité la manière la plus efficace de retomber, d’une part dans un néo – fondamentalisme, et d’autre part dans une sorte de syndrome névrotique, celui d’une souris qui n’en finit plus de s’accrocher au paroi de son bocal sans pouvoir en sortir.

Pour moi l’aspect « feuilleté » de l’organisation de notre univers est fondamental…donc il ne peut exister une théorie du Tout au sens de Hawking. On sait mettre en évidence plusieurs niveaux disjoints de la Connaissance. Ainsi convient-il de remarquer qu’entre le monde des réalités terrestres et l’espace divin, il existe une césure dont la conséquence la plus probable est que la science de dévoilera jamais les secrets du message biblique. La science ne fait qu’accorder, pour un croyant, un outil pédagogique permettant à notre raison d’approfondir la réalité de la foi. Les différentes spéculations sur notre Univers sont basées sur la notion d’énergie. Ce dont je suis personnellement convaincu, est que les énergies apparaissant à différents niveaux de la réalité, ne sont pas de même nature. Il y a superposition mais non identification. L’Amour en tant qu’énergie n’a rien à voir avec les énergies thermiques ou électromagnétiques. Hawking devrait réfléchir sur le fait que notre Monde fonctionne sur un mode homologique selon lequel toute réalité au niveau N se comporte à l’image de la réalité au niveau N-1. Dans le domaine de la théologie, le dogme de la Trinité est développé suivant une rhétorique qui met en parallèle une relation de nature divine et une relation de nature humaine et ce, pour rendre intelligible cette notion.
L’élaboration de cette fabuleuse « M-THEORIE » censée établir une connaissance du TOUT, représenterait une satisfaction indubitable pour les physiciens, mais elle ne répondrait pas à la question du pourquoi des choses. Bien au contraire, cette théorie ne ferait que renforcer le cloisonnement de nos connaissances prises dans un tourbillon d’où elles ne peuvent plus s’échapper : le serpent qui se mord la queue !! Pour envisager l’étude d’un Monde et sa compréhension, il faudrait posséder la puissance de sortir de ce Monde, ce qui est manifestement hors de question.
Le livre de Stephen Hawking : « Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? » reprend les thèmes classiques de la physique moderne et des mystères non encore élucidés, mais, à mon sens, il repose sur un champ de la Connaissance bien trop réduit pour être crédible. Que dit-il sur l’homme et sa complexité ? A peu près rien ! Je doute que Teilhard ait vraiment apprécié son analyse.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 8 Juin 2011 à 19:51 | Commentaires (0)

Ecrit par STEPHEN HAWKING et Léonard MLODINOW
Traduit de l’anglais par Marcel Filoche
Editions Odile Jacob


Le titre accrocheur et sans équivoque du livre est bien choisi. C’est une bonne approche de la physique quantique pour la rendre accessible à un public qui s’intéresse aux questions physico-mystiques. Une telle initiation est bienvenue car la tendance était de mettre le mot « quantique » à toutes les sauces. Pour autant, les auteurs ne jettent pas les Anciens à la poubelle, précisant que ces derniers raisonnaient avec les moyens scientifiques de leur époque. Les théories de chaque période ne s’annulent pas forcément, parfois elles se complètent. Les conclusions des auteurs sont peut-être difficiles à accepter par les croyants de toutes religions confondues, cependant elles conviennent particulièrement aux athées rationalistes qui, eux aussi, sont en recherche d’une sens à la vie.

Je recommande la lecture de cet ouvrage qui, en de nombreux points, recoupe la pensée de Teilhard de Chardin avec autant de courage et d’honnêteté.

L’œuvre commence par décrire comment a évolué l’astronomie au cours des siècles.
Bien que des savants connaissaient qu’il n’en était pas ainsi, néanmoins pour raisons dogmatiques religieuses, avant la révolution copernicienne et longtemps après, ils feignaient de croire que les mouvements des astres étaient régis par des lois immuables, obéissant aux caprices des dieux, et ils simulaient d’accepter ces lois complètement irrationnelles. D’ailleurs l’astronomie et l’astrologie étaient presque une seule et même chose.

Plus tard, progrès oblige, apparut la notion de déterminisme scientifique qui induisit un ensemble complet de lois lequel, étant donné l’état de l’univers à un instant spécifique, permettait d’en prévoir l’évolution ultérieure. Ces lois toutes puissantes devaient être valables en tout lieu et en tout temps sans exception, sans miracles. Elles ne laissaient aucune place ni aux dieux, ni aux superstitions, ni aux démons dans l’univers.
Les théories de Laplace et les lois de Newton étaient les seules références connues pour expliquer les descriptions de Copernic. C’est sur ces bases là qu’Einstein construisit la première version de sa théorie de la relativité, en attendant de la corriger en fonction de la physique quantique, et proposa une seconde version de la relativité.

Les lois de la nature disent comment l’univers se comporte, mais elles ne répondent pas aux questions suivantes :
-Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
-Pourquoi existons-nous ?
-pourquoi cet ensemble de lois et pas un autre ?

Certains répondent à ces énigmes en disant que Dieu a créé l’univers, ne faisant ainsi que repousser le problème si on pose la question : qui a créé Dieu ?
Selon Stephen Hawking la science moderne répond à ces questions, sans recourir à un Etre Divin ; elle forme des représentations mentales or, aucun test n’étant indépendant du modèle de représentation, celui-ci forme sa propre réalité. . Le « jeu de la vie » inventé par le mathématicien John Conway en 1970, est un univers virtuel qui part d’une condition initiale binaire déterminant une évolution selon les mêmes règles binaires…Conway et ses étudiants ont créé un monde selon des lois fondamentales qui peuvent produire des « objets » mathématiques assez complexes pour se reproduire et devenir intelligents !

Ces travaux sont basés sur ceux du précédent mathématicien John Von Neuman, lesquels prévoient une taille minimale de 29 milliards de fonctions pour créer une structure reproductrice dans le jeu de la vie ! En poussant plus loin le raisonnement, il prédit que tout être complexe peut être doué du libre-arbitre et devenir intelligent (note de JPF : cette hypothèse est peut-être applicable en calculant le factoriel des 92 éléments chimiques de notre univers).

Les deux auteurs du livre appuient leur raisonnement sur les travaux du mathématicien Cantor, spécialiste du zéro et de l’infini. (voir note en fin d’ouvrage). Ces travaux utilisent la théorie des ensembles et, partant de zéro, démontrent que celui-ci génère tous les nombres. Les deux auteurs disent ce qui est probable à l’échelle zéro : ils avancent que l’univers n’a plus aucun contour physique mais un contenu purement mathématique ; ce qui les amène à poser la question suivante : l’univers serait-il codé en nombres transcendants ? Et l’homme, élément le plus intelligent de l’univers, participerait-il à la création ?

A propos de rapprochement entre pensée mystique et mathématiques, je propose la lecture d’une réflexion de Teilhard de Chardin sur un thème semblable exposé ci-dessous :


SCIENCE et CHRIST, tome 9, p. 229
« Philosophiquement, nous vivons toujours sur un ancien corps de pensée, commandé par les notions d’immobilité et de substance. Or ces deux notions maîtresses, obscurément fondées et moulées sur des évidences sensorielles qu’on pouvait croire « pérennes » et inattaquables , ne sont-elles pas ébranlées par une Physique qui est en train de supprimer victorieusement, pour la raison, toute distinction réelle entre étendue et mouvement, entre corpuscules et ondulations, entre matière et lumière, entre espace et temps ? Sous la pression et la contagion de ces refontes révolutionnaires (dont le résultat est, en chaque cas, de faire apparaître un lien nécessaire entre couples de réalités qui jusqu’ici nous paraissaient aussi indépendants que possible) ne nous acheminons-nous pas inévitablement vers une conception toute nouvelle de l’ETRE, où s’associeraient, dans une fonction synthétique générale (cf. les fonctions algébriques contenant un terme imaginaire) les attributs jusqu’ici contradictoires de « l’ens ab alio » et de « l’ens a se », du monde et de Dieu : Dieu complètement hétérogène au monde, et cependant ne pouvant pas se passer de lui ? »

Les conséquences de la physique quantique ne sont-elles pas révolutionnaires ?

Après ces introductions, les auteurs entrent dans le propre du sujet en expliquant la physique quantique avec une description de l’expérience nommée « Fentes de Young », du nom du physicien qui l’a étudiée.

-Imaginez une cage de buts de football devant laquelle, à distance de penalty, serait placé un mur percé de deux larges fentes verticales à 2 ou 3 mètres l’une de l’autre.

-Devant ce mur, à distance convenable, un joueur fait un grand nombre de tirs au but avec des ballons.

-Certains ballons vont heurter le mur, mais d’autres traverseront les fentes et se regrouperont en plusieurs tas dans la cage selon les lois de la probabilité.

-Si l’on obstrue l’une de ces fentes, il n’y aura plus que la moitié de tas de ballons.

Ceci étant, pour la description du principe de l’expérience, en laboratoire le principe est le même, sauf que l’on remplace les ballons par des molécules, lesquelles se comportent comme des ballons.

-Maintenant, imaginons que dans un dispositif semblable et adapté, on remplace les molécules par des ondes que l’on envoie contre le mur par impulsions. Que se passe-t-il ?

-Lorsqu’on envoie un faisceau d’ondes contre le mur, certaines de ces ondes passent par les fentes et vont impacter l’écran qui tient lieu de cage à buts, et c’est à ce stade que tout est différent :
-Certaines ondes passent par une fente, ou les deux à la fois. Si l’on obstrue une fente cela ne réduit pas les impactes d’ondes sur l’écran, bien au contraire, parfois des ondes ressortent, -rentrent …
-Entre le mur et l’écran on observe un phénomène comparable aux ondes concentriques qui s’éloignent du point où un caillou est tombé dans une nappe d’eau, ou de deux impactes de cailloux proches l’un de l’autre. Les cercles concentriques de vagues se croisent et se coupent, formant ainsi de multiples segments de cercles qui se déplacent chacun dans son sens comme des damiers curvilignes.

Que penser de tout cela ? Les probabilités du comportement des ondes observées selon les règles de la physique quantique sont différentes du comportement des trajectoires de particules observées selon les lois de la Physique newtonienne.

-Dans le cas des ballons de foot et des molécules, on peut améliorer la description du phénomène si l’on sait exactement de quelle manière (quelle force, quel angle) a été propulsé le projectile. Il faut connaître le milieu dans lequel se déroule la trajectoire (courants d’air venant de directions diverses qui modifient les trajectoires, etc …) Ainsi, on peut prévoir exactement le lieu et le temps nécessaire au projectile pour atteindre son but.
Mais on ne peut pas toujours faire cela pour décrire le résultat, d’où l’emploi d’un vocabulaire probabiliste pour décrire l’issue des évènements ainsi proposés, voile destiné à cacher notre manque de rigueur.

Les probabilités de la théorie quantique sont très différentes. Elles révèlent un aléa réel et fondamental de la nature. La modélisation quantique du monde comporte des principes qui, non seulement contredisent notre expérience scientifique, mais aussi notre intuition de la réalité, ainsi que notre bon sens cartésien.

Dans le monde quantique l’ordre n’a pas de position définie pendant la période comprise entre son point de départ et son arrivée et, le physicien Feynman (référence en la matière) a compris qu’il ne s’agissait pas d’une absence de trajectoire des ondes, mais qu’au contraire celles-ci suivaient toutes les trajectoires possibles. Telle est selon Feynman la différence entre physique newtonienne et physique quantique et, dans le cas de cette dernière, l’univers lui-même n’aurait pas qu’une seule histoire, mais celles de toutes ses autres dimensions. Or, on peut compter plus de 15 dimensions possibles, sensibles ou non à notre observation. A titre d’exemple, on peut citer l’anti matière : à chaque particule de matière correspond une particule d’anti matière, quand les deux se rencontrent elles s’annihilent mutuellement pour ne laisser que l’énergie pure. Cette autre dimension peut donner naissance à un univers parallèle dont la présence échappe à nos sens. D’autres dimensions peuvent être imaginées, comme celle de la pulsion de complexité de la matière, ou celle de la force de finalité contenue dans l’évolution, ou encore celle des énergies de télépathie et de pouvoir hypnotique, etc …

Conséquences de tout cela, on peut supputer l’existence plus ou moins virtuelle ou réelle de plusieurs univers, parallèles ou successifs ; Dans tous les cas, en fonction de l’avance des recherches, on peut construire plusieurs théories sur notre univers, qui s’opposent et se complètent, ces progrès n’ont pas de limite, il faut être ouvert : toutes ces théories prises séparément n’offrent pas l’issue souhaitée, par contre, une fois unifiées, elles peuvent donner l’explication finale de l’univers. Les scientifiques concernés par ce travail l’appellent la . « M- Théorie » . Bien sur, cette théorie n’existe pas encore, elle n’existera peut-être jamais et, dans le cas contraire, l’homme prendra la place de Dieu. Mais on peut rêver car en physique quantique l’univers n’a ni une histoire ni un passé uniques ; quant à l’avenir …

-Nous voyons que la physique quantique explore des domaines élastiques et, en toute modestie, les physiciens concernés emploient des méthodes « élastiques » aussi (et plus tellement scientifiques pourrait-on dire) qu’ils dénomment « accommodations ». Ces méthodes consistent à soustraire des quantités normalement infinies, de telle sorte que pour un comptage mathématique minutieux, la somme des infinis négatifs et celle des infinis positifs se contrebalancent presque complètement et ne laissent en définitive qu’un léger reste négligeable qu’ils compensent dans le calcul final (dans les chiffres astronomiques on n’en est pas à une virgule près !)

-Dans l’un des derniers chapitres, les deux auteurs font comprendre de manière très pédagogique le phénomène à peine croyable des chances minimes et pourtant nécessaires qui doivent absolument être rassemblées pour que naisse une planète habitable ; ce phénomène est nommé « principe anthropique ». Le nombre de paramètres pour qu’il y ait de l’eau liquide est quasiment infini et, sans eau liquide, il n’y a pas de vie possible et, sans vie, l’homme n’existe pas ; d’où ce nom de « principe anthropique ». Les scientifiques utilisent a posteriori l’homme comme fer de lance de l’évolution. Bien avant eux, Teilhard de Chardin avait fait la même démarche mais en allant plus loin que les scientifiques modernes, en l’utilisant, lui, comme preuve que l’univers n’était pas absurde. En effet, comment pourrait-il en être autrement si l’on considère les obstacles franchis avec succès. Pour autant, chez Teilhard, il s’agit aussi d’un élément d’espérance, première des vertus théologales (Teilhard appelait ce principe « principe d’émergence »).

-Les auteurs de ce livre veulent bien admettre l’existence d’un Dieu Créateur à condition qu’on leur prouve comment Dieu a été créé… Pour les croyants la création ex-nihilo de l’univers par un Dieu Omnipotent et Eternel est une réponse suffisante, mais pas pour les scientifiques. Pour eux, le principe anthropique est une façon de faire plaisir à tout le monde sans se compromettre eux-mêmes dans des considérations anti scientifiques. Je site les auteurs : « Les scientifiques pensent que les représentations mentales que nos sens peuvent considérer sont les seules réalités connues des hommes. Or il n’existe selon eux aucun test de la réalité qui soit indépendant de son modèle scientifique et par conséquent un modèle bien construit construit sa réalité propre ! »

Continuant leur démonstration les auteurs affirment que « L’énergie de l’univers doit être constante pour s’assurer d’un univers localisable et éviter que les choses naissent à partir de rien. La Gravitation déformant l’espace-temps autorise l’univers à être localement stable mais globalement instable. Parce que la gravitation existe, l’univers peur se créer, et se créera spontanément à partir de rien… Il n’est nullement besoin d’invoquer Dieu pour qu’il allume la mèche qui fera naître l’univers… La M-théorie est l’unique candidate au poste de théorie complète de l’univers … Elle fournira un modèle d’univers qui se créera lui-même »

Et les auteurs terminent ce livre par cette formule très teilhardienne (à leur insu peut-être) :
« Le fait que nous, êtres humains, simples assemblages de particules fondamentales de la nature ayons pu aboutir à une telle compréhension des lois qui gouvernent notre univers, constitue en soi un triomphe fantastique ».





Note de Jean-Pierre Frésafond à propos des mathématiciens Cantor et Von Neuman :
Selon la théorie mathématique des « ensembles » , le symbole le plus près de zéro n’est pas le zéro lui-même, mais ce que l’on dénomme « un ensemble vide ». Cet ensemble vide est égal à zéro et en termes mathématiques le « cardinal » (le total) est nul.

Avec cet élément mathématique qu’est l’ensemble vide, si nous plaçons à l’intérieur le zéro, l’ensemble n’est plus vide et son cardinal est 1.
Continuons : si nous plaçons le 1 à côté du 0, le cardinal est 2, et ainsi de suite jusqu’à l’infini, ainsi nous voyons que le zéro a généré tous les Nombres.
Ainsi est née la théorie de l’ETRE ALGEBRIQUE, ce qui fit dire à ses inventeurs : « Dieu a fait les Nombres, le reste des mathématiques a été fait par l’homme. »

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 6 Juin 2011 à 10:07 | Commentaires (0)

ALEAS EDITEURS, 2005
Préface du Docteur Dalil BOUBAKEUR,
Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris


Jean-Pierre Frésafond /
SOMMAIRE :
-Préface du Docteur Dalil Boubakeur
-Introduction
-Avant-propos et origines du christianisme
CHAPITRE I Présentation de l’islam et du droit musulman
CHAPITRE II Naissance et développement de l’islam
CHAPITRE III Fondements de l’islam
CHAPITRE IV Diversification de l’islam
CHAPITRE V Esotérisme musulman
CHAPITRE VI Le soufisme
CHAPITRE VII Visite du Coran
CHAPITRE VIII Les Hadiths
CHAPITRE IX L’islam doit s’intégrer au 3ème millénaire Evolutions possibles
CHAPITRE X Relativisation des concepts Probabilités/croyances
CHAPITRE XI Le point de vue des intellectuels
-Postface


PREFACE
Le livre écrit par Jean-Pierre Frésafond intitulé « L ‘ISLAM EXPLIQUé AUX AUTRES FIDELES » par son titre déjà, m’a paru bienvenu dans les circonstances actuelles de la France, et voire même de l’Europe, aussi, ai-je accepté sans réserve, le principe de le préfacer, car il participe à l’harmonie universelle et devrait induire d’autres initiatives similaires.

Malheureusement, nous sommes obligés de constater que les tentatives de rapprochement entre les communautés restent limitées à un niveau de société réduit, qui ne concerne que les « cherchants de foi » et qui, même en dehors du monde religieux, cherchent à se mettre à la place de l’AUTRE, ce qui est le fondement de la vertu de Tolérance.

Pour initier cette démarche dans le domaine religieux, encore faut-il s’intéresser à ce fait, notamment dans ce qu’il a de superficiel et publique, ainsi qu’à ses conséquences.

Ce qui m’inquiète, c’est que l’intolérance religieuse touche les classes spéciales ayant une pratique religieuse, bien davantage que celles qui vivent en dehors de cette culture. Les agnostiques seraient-ils plus tolérants que les croyants ?

Ma confiance en l’Homme refuse d’accepter cette hypothèse, car il existe probablement autant d’êtres humains qui acceptent l’idée intuitive d’un principe divin, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des communautés religieuses. Cet espoir vaut d’autant plus en France, que les citoyens de ce pays, historiquement, sont fiers d’être laïques, quitte à laisser croire qu’ils sont anti-cléricaux …

Ce dont je suis certain, c’est que le progrès de l’humanité passe nécessairement par la diversité des sensibilités.

Ce livre est à mon avis une bonne approche de l’Islam pour les autres fidèles.

Le Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris, Dr. Dalil BOUBAKEUR



INTRODUCTION
Je vais tenter d’expliquer l’islam aux chrétiens ; la plupart d’entre eux ne connaissent pas cette religion, sœur de la nôtre, et ils ont à son égard des a priori complètement erronés. On peut dire la même chose quant à la religion juive, dont nous sommes issus. Certains chrétiens, lorsqu’ils veulent abaisser quelqu’un disent d’un ton sans appel : « c’est un arabe » (sous-entendu musulman) ou « c’est un juif » et, si on leur demande ce qu’ils reprochent précisément aux individus rattachés à l’une ou l’autre de ces cultures, ils restent sans réponse. Etre musulman ou juif serait déjà en soi une tare, une tare inexpiable, qui se suffit à elle même et tous les individus se rattachant à ces deux cultures en seraient atteints. Je souhaiterais que les chrétiens qui s’expriment ainsi comprennent qu’il est possible que les musulmans et les juifs pensent peut-être exactement la même chose à leur endroit. Alors ? Et bien, on ne sortira jamais de cette haine stupide si l’on ne tente pas de faire connaître l’islam et le judaïsme aux chrétiens.
Pour le moment , nous allons expliquer l’islam aux chrétiens. Non seulement j’ai étudié cette religion, mais j’ai vécu plusieurs années avec des musulmans et je puis dire qu’ils ne sont pas très différents de nous ; il faut connaître pour comprendre et il faut comprendre pour accéder à l’esprit de tolérance, ensuite, ayant accédé à cet état d’être, on peut aimer.


C'est le deuxième livre que j'écris traitant de religion, le premier s'intitulait : "L'Abbé n'avait pas le droit de parler comme cela" (j'aurais pu l'intituler "l'Hérétique"), c’était une réflexion sur le christianisme. J'ai eu des retours positifs, mais j'ai été surpris par la violence des réactions de certains lecteurs qui m'ont fait remarquer que je n'étais pas "habilité" à parler de christianisme (les évêques et les universitaires seraient-ils les seuls avis autorisés ?). On m’a même reproché d'en parler trop souvent ; mais comment éviter le fait religieux ? Je me suis aperçu que mes contradicteurs n'osent pas et ne veulent pas parler de religion, est-ce par pudeur, par crainte, par ignorance du sujet ou parce que ce sujet est sacré, donc intouchable et gravé dans le marbre ? Pour la paix des familles, il vaut mieux parler de la météo…

Les religions sont le premier prétexte de guerre depuis toujours dans le monde : il n'y a qu'à ouvrir un livre d'histoire pour s'en rendre compte. Elles sont aussi l’un des premiers instruments de pouvoir, comme en témoigne l’actualité aux USA, où l’on observe la pression qu’exercent les évangélistes et Pentecôtistes sur le président. Le fait religieux aux USA est intimement lié à la Constitution et par voie de conséquence à la vie démocratique de ce pays. Rien à voir avec la société française qui est viscéralement laïque, ce qui ne veut pas dire sans vie spirituelle.


L'islam représente à peu près un milliard d'adeptes dans le monde, les pays islamisés se retrouvent placés sur la ceinture tropico-équatoriale, où sont les pays les plus pauvres ; lien de cause à effet, ce sont les pays où il y a le plus d'illettrisme. Les musulmans, pour la plupart, sont incapables de lire leurs textes sacrés. Pour les connaître, ils sont obligés de s'en remettre aux mollahs et autres imams, lesquels peuvent enseigner n'importe quoi sans risquer d'être contredits. Et c'est précisément ce qui se passe. Depuis la disparition de l'empire Ottoman, lequel exerçait une certaine autorité sur tout l'islam (le califat), les écoles musulmanes se sont multipliées et s'entredéchirent. Certains imams arrangent le Coran à leur manière, dans un but de conquête du pouvoir politique.
L’islam est la seule religion dont les préceptes pénètrent autant la vie publique et politique, cela constitue un formidable levier pour tenir le peuple, en dépit de l'existence d'institutions islamiques sérieuses qui pour certaines établissent une nuance ente vie spirituelle et pouvoir politique.

Le fait religieux est prépondérant dans l'histoire des peuples, il peut être infériorisant ou au contraire, magnifiant, selon l'interprétation qu'on en fait.
Dans les religions chrétiennes, qui représentent elles aussi environ un milliard d'âmes, on observe la même chose, mais à un degré moindre ; nous avons eu nos crises, il y a 400 ans.
L'hindouisme avec un peu plus d’un milliard de fidèles affame la population en interdisant la consommation de viande ce qui fut une des causes du succès de l'islam dans ce continent ; la société indienne, bloquée par son système de castes dont elle n'arrive pas à sortir en est une cause supplémentaire ; et enfin l'islam est une religion beaucoup plus simple à comprendre que l'hindouisme.
Personne ne contestera l'influence politique du christianisme en Europe, du bouddhisme un peu partout en Asie, de l’animisme en Afrique ; le fait religieux est un puissant instrument de pouvoir, au même titre que l'idéologie communiste en son temps.

A partir du XXème siècle, un facteur apparaît dans les pays de tradition chrétienne, c'est l'importante immigration islamique dont il faudra tenir compte et intégrer l'influence dans la direction des états européens. Ce métissage est une bonne chose, mais il ne faut pas faire comme s'il n'existait pas, il faut prendre les devants. L'islam doit se moderniser et le christianisme doit s'ouvrir à la connaissance de l'autre. Ce n’est pas du tout ce que prêchent les médias dont l'un des effets secondaires est de dresser les communautés les unes contre les autres.
Toutes les religions ont l'impérieux devoir d'évoluer pour apprendre à vivre ensemble. Quand les agitateurs politiques ne s'en mêlent pas, les peuples de différentes religions savent vivre ensemble, naturellement. Il faut maintenant que les peuples aillent encore plus loin dans leur éducation, il faut qu'ils apprennent à désobéir aux agitateurs politico-religieux. Si nous réfléchissons à cela, nous aurons accompli un grand pas vers la paix. Par la voie démocratique, la sagesse sera imposée aux dirigeants.


Expliquer l'islam aux chrétiens est une tâche difficile car elle consiste à faire comprendre qu’il s’agit d’une religion "cousine", c'est ce que je vais essayer de faire dans ce livre. La tâche est d'autant plus ardue car à l'inérieur de l'islam et de la chrétienté, il existe un grand nombre de branches qui s'entre-déchirent sans retenue. Expliquer l’islam aux chrétiens, encore faudrait-il préciser de quels chrétiens il s’agit…, je vais donc me limiter aux chrétiens de France, qui je pense, sont les plus évolués..

Que ce soit dans la chrétienté ou dans l'islam, les différences sont des détails de forme. En réalité, le judaïsme, l'islam et la chrétienté qui se réfèrent au même Dieu sont de la même famille, c'est la raison pour laquelle on les dénomme "religions du Livre" (la Bible).

Vouloir pacifier les relations entre les trois religions du Livre est un objectif que l'humanité atteindra peut-être.
Vouloir faire la même chose entre les sectes de chacune de ces trois « religions du Livre » est un défi qui relève de la même utopie. Quand on sait que l'origine de ces schismes remonte à vingt siècles pour la chrétienté et quatorze siècles pour l'islam et qu'à l'intérieur de ces trois grandes familles, les parcellisations en sectes remontent parfois aux origines de chacune d'elles, on comprend vite la difficulté pour les rapprocher ; d'ailleurs, je suis persuadé que maintenant la majorité des gens ignore ce qui les opposa dans les temps passés. Mais il y a un dénominateur commun entre les trois religions du Livre et leurs centaines de sectes, c'est le facteur historique ; les causes des séparations sont davantage des raisons ethniques, économiques, dynastiques que purement dogmatiques. Dans tous les cas, la cause dogmatique a été inventée puis récupérée par les dirigeants qui l'ont utilisée pour dresser les gens les uns contre les autres. On n'a jamais trouvé meilleurs prétextes que les causes religieuses ou racistes pour opposer les peuples. Je ne connais pas de guerres dont les causes seraient purement "religieuses", au sens spirituel du terme..

Même s'il faut un siècle de guerre pour régler un conflit, c'est toujours par une négociation qu'on y met un terme, jamais un différend n'a été réglé définitivement par les armes. Pour que cessent les conflits religieux, il faudrait que tous les acteurs concernés acquièrent une vertu essentielle : la TOLERANCE, dans tous les domaines.
Pour que se répande l’esprit de tolérance, il faudrait que la quasi totalité des gens ait admis que toutes les religions descendent de la même « religion universelle » et la connaissance nécessaire pour aboutir à cette notion de religion initiale n’est malheureusement pas un produit « grand-public ». Comme disait un certain acteur, trop tôt disparu hélas : "les imbéciles ont toujours raison, car ils sont les plus nombreux". Mais ce n'est pas parce que la mission est dite "impossible" qu'il ne faut pas s'y atteler, même s'il faut des siècles pour compter de petits résultats. A l'inverse, si on ne s'investit jamais dans ce travail, on en sera toujours au même point dans plusieurs millénaires.

Voici deux exemples qui montrent que les luttes à l'intérieur de la chrétienté et de l'islam atteignent la même violence et dans lesquels le mobile purement religieux est totalement inexistant.

- Côté chrétien, il s'agit de la lutte sanguinaire qui oppose depuis plus d'un siècle les catholiques et les anglicans en Irlande du Nord. Dans ce conflit, théoriquement réglé maintenant, les braises sont sous une mince couche de cendre, de part et d'autre les chefs religieux saisissent la moindre occasion pour souffler dessus. C'est affligeant, il s'agit uniquement d'une lutte de pouvoir, les anglicans voulant conserver leur domination sur les catholiques et réciproquement.
La question est de savoir pourquoi les gens se regroupent toujours, sous une bannière religieuse pour faire valoir leurs droits. Cette attitude est complètement opposée à l'esprit républicain ; en France, on n'est pas très loin de cette situation extrême, et cela, par le fait même que la démocratie pure s’oppose à l’esprit républicain ; je m'explique : lors des élections, la pêche aux voix incite les candidats politiques à répondre aux groupes d’intérêts communautaires. L’esprit républicain est par essence anticommunautariste, puisqu’il place tout le monde sur le même rang. Actuellement, ce problème est l'objet d'un grand débat national.


- L'exemple musulman est fourni par l'Arabie Saoudite qui est déchirée par une lutte de succession dynastique. Le Prince héritier assure une sorte de régence à l'envers (son père étant handicapé moteur-cérébral), il s’oppose à d'autres mouvements politiques qui, pour rallier à leur cause une partie de la population, utilisent une école musulmane contre une autre : le sunnisme contre le wahabisme.
Les sunnites, qualifiés de chérifs qui, lors de l'avênement de la dynastie saoudite s'oposaient aux wahabites, ont été déportés en Jordanie (au début du XXème siècle). En fait, avant ces événements, l'Arabie Saoudite actelle, était un Hijjaz (région) de l'Empire Ottoman.
Le wahabisme, religion du roi, est une école musulmane, issue de la religion sunnite, créée pour des raisons politiques vers 1750 et dont la doctrine est un retour aux sources de l'islam, appliqué au pied de la lettre.
Les wahabites s'opposent aux sunnites (sunna = "tradition du Prophète", laquelle se décompose en trois branches : Faits et gestes / - les Hadiths (paroles) / - Approbations) qui est la religion initiale de l'islam, créée par le prophète Muhammad lui-même. Les wahabites considèrent les sunnites comme des "déviants" et leur font subir le même sort qu'aux infidèles. On peut dire que les wahabites sont des extrémistes sunnites.

Je doute que l'esprit de tolérance puisse un jour se propager car les convictions religieuses sont traitées dans notre cerveau par un système neuronal bien particulier, dont les réactions sont complètement irrationnelles et différentes de ce qu'est l'attitude d'un même individu pour le secteur de la pensée rationnelle.
J'ai un proche parent, d'une cinquantaine d'années, qui après avoir fait "Science-Po" s'est retrouvé dans un poste d'attaché militaire à l'Ambassade de France en Angleterre, on peut donc supposer que ce garçon est intelligent, rationnel et cultivé. Brutalement, il s'est converti aux "Témoins de Jéhova". Il était catholique, il a trouvé une religion presque chrétienne dans laquelle il y a beaucoup de fraternité et de chaleur humaine ; jusque-là, on peut le comprendre. Mais, quand on constate que maintenant ce garçon est convaincu que la création du monde s'est faite il y a 5 ou 6000 ans, ainsi que l'affirme cette religion et que sa fin est prévue dans un très proche avenir, quand on sait que cette religion soutient que Moïse a vécu 5 ou 600 ans avant Jésus-Christ et enfin quand cette religion est contre certains modes de soins médicaux, etc., on peut se poser la question de savoir ce qui a pu se passer dans la tête de cet homme. Comment peut-il, cet intellectuel, admettre de telles sottises ? La question est sans réponse car tout ce qui est d'ordre religieux est traité par une zone bien mystérieuse de notre cerveau dont la logique est irrationnelle et indépendante du bon sens commun. Les témoins de Jéhovah savent parfaitement transmettre leur culture religieuse à leurs enfants qui probablement, suivront majoritairement cette tradition (les récalcitrants seront des « Jonathan-livingston », goélands, impitoyablement rejetés par le clan. Je pense que les religions extrêmement simplifiées telles que celle des Témoins de Jéhovah ont été voulues ainsi pour accrocher les gens un peu simplets à qui il faut proposer du "prédigéré". Admettons. Mais que de telles religions puissent séduire des gens intelligents est surprenant.
Ce qui est curieux aussi dans le cas des Témoins de Jéhovah, c'est que leur religion est d'origine "méthodiste", secte chrétienne des USA, très traditionaliste et non simplifiée, très proche des "baptistes". C'est effrayant quand on connaît l'influence importante qu'ont ces deux religions dans le pays le plus puissant de la planète et qu'il est de notoriété publique que de nombreux présidents de ce pays en sont de fervents adeptes. Même si on est un esprit modéré, on en viendrait presque à rêver que le seul antidote contre ce poison religieux serait un régime communiste athée ! (mais soixante-dix ans de communisme n’ont rien changé en Russie…)
Il est intéressant de constater qu'à des degrés divers, les ex-pays communistes réutilisent les religions. Cela veut dire que les peuples ont besoin des religions comme ils ont besoin de pain et de jeux. D’un certain point de vue, ce ne serait pas une mauvaise chose si les religions n’avaient pas la fâcheuse tendance à tomber dans les pièges du pouvoir temporel, ce pourquoi justement, elles ont été persécutées au début du XXème siècle. L'esprit laïque est un art très subtil.

* * *

Donc, comme le titre l’indique, je vais tenter d’expliquer l’islam aux chrétiens. Mais peut-être faudrait-il aussi expliquer le christianisme aux musulmans, ce serait à un musulman de le faire…
Nous verrons dans un prochain chapitre que la coopération et la bonne entente entre les trois religions du Livre est chose possible, cela s’est produit en Espagne entre les XIème et XIIIème siècles. Serions-nous incapables de reproduire cela au XXIème siècle ?

Cet ouvrage a pour but de rassembler les idées qui rapprochent plutôt que celles qui séparent.
Voici le plan de travail que je propose :

- après un bref rappel des origines du christianisme, je retracerai dans une première partie les origines de l’islam, ses développements et son fonctionnement dans les populations
- dans une deuxième partie, nous visiterons ensemble le Coran et comparerons ce qui est semblable aux religions chrétiennes
- enfin, dans la dernière partie, nous conclurons avec un objectif de paix, sans cependant négliger ce qui sépare car pour faire triompher la paix, il faut bien connaître les causes de guerre.

Je pense que les chrétiens ont l'avantage de l'âge sur les musulmans pour pacifier leurs relations, c’est le fait d’avoir connus, quelques siècles plus tôt la même phase d’intolérance, d’extrémisme et de cruauté comme ce fut le cas pendant la « Sainte Inquisition », mouvement de pensée qui ne fut en rien moins fort que l’extrémisme islamiste actuel, si ce n’est que les moyens dont nous disposions à l’époque étaient beaucoup plus faibles que ceux dont nous disposons actuellement. Cette expérience chrétienne de l’Inquisition est riche en enseignements ; maintenant, nous connaissons les réactions du « monstre ».
Et puis le monde chrétien a connu ses guerres de religion, opposant catholiques et protestants.

Dans ce livre, je vais m’efforcer de présenter l’islam, non pas tel qu’il nous apparaît dans l’actualité, ni comme il est enseigné dans les écoles coraniques des pays non-démocratiques (qui ont complètement défiguré le Coran en l’adaptant à leur cause socio-politique), mais tel que l'on souhaiterait qu'il soit selon l’esprit de la lettre.
Le Coran est dans la même ligne que la Bible et les dérives des extrémistes islamiques n’ont rien d’original, car les religions chrétiennes ne sont pas en reste sur ce point. Si tous les juifs suivaient la Torah, si tous les chrétiens suivaient les Evangiles et si tous les musulmans suivaient le Coran et la Sunna, les industries de l’armement seraient en faillite, les prisons seraient désertes et il n’y aurait plus cet énorme problème que posent les quatre cinquièmes de la planète qui meurent de faim.

Actuellement, les trois religions du Livre font partie d'une famille que l'on pourrait dénommer "judéo-christiano-musulmane" (si l'on peut dire).
- Leurs essences spirituelles sont très belles et de même niveau (dans l'esprit de la lettre).
- Leurs dérives sont aussi très basses et au même niveau (au pied de la lettre) et ceci est d'autant plus stupide qu'elles se réfèrent au même Dieu.
En conséquence, la pédagogie de ce livre sera la suivante : comme le fit le roi Salomon, je les mets "au piquet" toutes les trois, avec le même bonnet d'âne et, tout comme avec des gamins à l'école, je vais utiliser la même pédagogie en donnant à chacun "de la carotte et du bâton".

Quant à ceux qui, comme tout le monde, "ont des oreilles pour entendre", mais ne veulent pas entendre, il n'y a hélas pour eux pas grand-chose à faire, sinon leur rappeler la parabole du "bon grain" qui doit être soigneusement conservé, tandis que "l'ivraie", mauvaise herbe par excellence, doit être brûlée, selon l'évangile de Matthieu (XIII §93)…" La Grande Manipe Divine", est soumise à la loi universelle : "tout progrès se paye par une dissipation d'énergie". Les "âmes non achevées" des êtres humains qui n'ont pas pris au sérieux ce principe de "l'information divine" qui est en nous, vont se perdre, faute d'avoir été insuffisamment "centrées", dans le flux du "grand Esprit universel".

Avant-propos – ORIGINES DU CHRISTIANISME
Etant donné que ce livre s’adresse aux chrétiens et afin qu’il n’y ait pas de malentendu, voici quelques explications sur les origines historiques du christianisme.

Ses origines historiques sont communes aux « trois religions du livre » : judaïsme, christianisme, islam. C’est à dire que l’on place Abraham en tête de la généalogie ; à tel point que dans la Bible, on parle du « Dieu d’Abraham ».Il est possible qu’Abraham aurait été initié par Malchisedech, lequel l’aurait été par Enoch… En fait, ce qui est important, c’est le dogme de ces religions qui est le même pour les trois : croyance en un Dieu identique et unique.

Au quatrième siècle, St Augustin (l’Africain) qui est une référence en la matière déclarait : « La chose même que l’on nomme aujourd’hui religion chrétienne existait chez les anciens et n’a jamais cessé d’exister depuis l’origine du genre humain jusqu’à ce que le Christ lui-même étant venu, on a commencé à appeler chrétienne « la vraie religion qui existait auparavant. »

Le peuple d’Abraham s’est déplacé vers l’Egypte avec Joseph, fils de Jacob, et a abouti à Moïse (qui fut un prêtre égyptien d’Osiris), point de départ du courant judaïque.
Moïse fut donc le guide de ce peuple juif qu’il adopta et reconduisit à travers un périple de 40 années dans le désert, vers sa terre d’origine ou « Terre promise » en Palestine.

Après avoir reçu de Yahvé au Sinaï les Tables de la Loi, Moïse les a retransmises à son peuple qui les garda pendant onze siècles jusqu’à l’arrivée du Messie, déjà annoncé par Moïse et les prophètes.

Le Messie ainsi annoncé prit corps dans l’initié, Jésus, fils de Marie et de Joseph, descendant du roi David (généalogie confirmée par l’apôtre Matthieu). Jésus était un nazarien, c’est-à dire que, suite à un vœu de sa Mère, il fut voué à Dieu avant sa naissance. Ce cas n’est pas unique ; c’est ce qui arriva, par exemple, au prophète Samuel et à Samson (ceci est historique) sans oublier Krishna qui, selon la légende, eut presque la même vie que Jésus.
Les religions chrétiennes primitives séparent nettement la double origine de Jésus, comme pour Samuel : origine spirituelle et paternité de sang venant de Joseph. Matthieu et Luc, à propos de l’Annonciation, citent Ampédocle : « Pour l’âme qui vient du ciel, la naissance est une mort ».

En deuxième lieu, les divers courants chrétiens donnèrent naissance à plusieurs dizaines d’églises primitives qui se battaient entre elles à propos de différences d’interprétations. Ces luttes inter-églises durèrent près de quatre siècles pour aboutir à deux courants christiques principaux :
- l’église s’inspirant de l’apôtre St Jean l’Evangéliste et
- l’église Catholique Apostolique et Romaine s’inspirant de l’apôtre Pierre.
La différence entre ces deux églises est basée essentiellement sur le caractère ésotérique de l’église de Jean, et le caractère franchement exotérique de l’église de Pierre. Naturellement, ce fut cette dernière qui obtint le plus grand succès de foule. Plus tard, en Europe, on vit le schisme protestant, d’inspiration johanique, très voisin des églises primitives et qui connaît de nos jours un certain développement. Dans son approche relationnelle avec Dieu, la religion luthérienne est assez proche de l’islam.

En troisième lieu, la religion du Livre donna naissance vers le sixième siècle à l’islam qui, comme le judaïsme, resta veterotestamentaire et considéra, lui aussi le Christ comme un prophète, prédécesseur de son propre prophète et fondateur, Muhammad. A y bien regarder, l’islam et le judaïsme ont plus de points communs que de divergences et leur opposition actuelle est somme toute très récente et plus politique que religieuse.
Plus tard, l’islam connut quelques schismes qui débouchèrent sur plusieurs branches encore très actives de nos jours.

C’est vers le quatrième siècle que le christianisme connut sa plus grande expansion grâce à l’empereur romain, Constantin qui, pour des raisons d’intérêt politique évident, déclara la religion catholique apostolique et romaine, religion d’état. Cette conversion d’un empereur romain au catholicisme eut pour conséquence secondaire d’allumer un conflit à mort entre chrétiens et juifs, ces derniers accusant les chrétiens de les avoir trahis car, jusqu’alors, juifs et chrétiens vivaient relativement en bonne intelligence grâce au fait qu’ils avaient un ennemi commun : Rome. D'ailleurs, Jésus était lui aussi de religion juive, ce n'est pas lui qui a créé le christianisme, mais ses successeurs.

Ce Jésus transforma la Loi rigide et globale de Moïse en Loi-Amour individuelle ; ce qui lui valut la haine des prêtres juifs et le conduisit au sacrifice de sa vie, phase nécessaire à ce qu'il voulait démontrer : la suprématie de l’Esprit sur la matière. La survivance de l’âme après la mort du corps constitue le point fondamental de la doctrine chrétienne.
Ce point fondamental fut bien entendu sujet à de multiples interprétations lesquelles, historiquement, donnèrent naissance à plusieurs courants religieux :

- En premier lieu, la continuation du judaïsme de Moïse. La religion juive ne considère pas Jésus comme un Messie mais comme un prophète. Cette religion s’est perpétuée quasiment intacte depuis Moïse jusqu’à nos jours.
- Dès ses débuts, le christianisme connut des schismes entre les églises d’Occident et d’Orient. Ainsi se développa l’église orthodoxe en Europe orientale et en Asie mineure, restée plus traditionaliste que l’église de Rome. C’est au cours de ces affrontements que Rome pactisa avec les empereurs d’occident afin d’asseoir son pouvoir spirituel sur un pouvoir temporel fort, l'empire de Charlemagne (Saint-Empire Germanique) est le prolongement de cette stratégie de consolidation et d'expansion.
- De son côté, l’église orthodoxe trouva un appui auprès des empereurs de la Sainte Russie.
- En occident, on vit au Moyen Age l’église romaine s’affronter aux ordres monastiques et, naturellement, ce fut l’église romaine qui gagna ce combat.
- Enfin, au début de la Renaissance, l’église d’Angleterre se sépara de l’église de Rome, moins pour des raisons dogmatiques que pour des raisons politiques.

Voici pour mémoire la liste non exhaustive des religions chrétiennes qui se sont constituées au cours des siècles (elles-mêmes ayant des subdivisions) : CATHOLIQUE - COPTE – ORTHODOXE – NESTORIENNE – MARONITE – CALVINISTE – LUTHERIENNE, etc.


CHAPITRE I – PRESENTATION DE L’ISLAM ET DU DROIT MUSULMAN


A première vue et avant de rentrer dans les détails, on pourrait résumer l’islam ainsi :
L’islam est un mouvement socio-politico-religieux édifié sur la base d’un livre sacré, le Coran, écrit en arabe. Le mot Coran, issu de la langue arabe se traduit par "Le Livre" en français selon le rectorat de la mosquée de Paris. Selon A. Chouraqui, de qui je me réfère souvent, ce mot se traduit par "L'Appel". Mais chacun sait que certains mots sont intraduisibles et ceci est vrai pour toutes les langues.
Cette religion structure une civilisation mondiale, c’est en cela qu’elle diffère des religions chrétiennes actuelles en Europe.. Je précise « actuelles » car au Moyen Age, les religions chrétiennes ont joué elles aussi, un rôle structurant, ce qui est encore le cas aux USA.

En 1990, on avançait le chiffre de un milliard comme étant le nombre de musulmans dans le monde, il est probable que ce chiffre soit en progression. L’islam est la religion majoritaire de la moitié nord de l’Afrique. Il s’étend autour de la Méditerranée : Turquie, Moyen-Orient, Egypte, Perse (Irak-Iran), Arabie naturellement, une grande partie du Sud de la Russie, Pakistan, Inde, où il y en a plus de 100 millions et, par l’intermédiaire des marchands, l’islam s’est développé en Indonésie, lieu de la plus forte concentration musulmane au monde. L’Europe Occidentale, selon les pays a de 1 à 10 % de musulmans, dû à l’immigration moderne ; la Chine en a de 1 à 10%, proportion identique dans la moitié Sud de l’Afrique. En revanche, les deux Amériques et l’Australie ont moins de 1% de musulmans.
L’islam se partage le monde à parts approximativement égales avec les chrétiens, les hindouistes et les bouddhistes.
Quant aux religions animistes, chamanistes, qui sont relativement importantes en Amérique du Sud et en Afrique, je n’en parle pas car elles ne sont en lutte contre personne, ce sont plutôt les autres religions qui tentent de les faire disparaître en les absorbant.

L’islam est un mot que l’on peut traduire ainsi : modèle de la foi absolue en Dieu et de la soumission à sa volonté.
Exception faite des chiites, l’islam ne comporte théoriquement ni clergé, ni messie, mais des exhortations et des exemples d’obéissance à la loi de Dieu.
Très proche du judaïsme et du christianisme nestorien, religions auxquelles il se réfère à maintes reprises, l’islam prêche pour un monothéisme très strict .

Un seul Dieu appelé Allah (Lui), nom à rapprocher de Elohim, qui est le nom de Dieu pour Abraham.
Mais en réalité le Coran donne à Dieu 99 noms qui sont, pour les musulmans les "plus beaux noms de Dieu".
Mais il existe un centième nom qui est "l'ineffable", il fait partie du secret de Dieu, comme le Tétragramme sacré "Yod-He-vau-hé" de la Bible (Yahvé) qui signifie « celui qu’on ne peut pas nommer » / « Asma Allah al-housma » ou encore « celui qui ETAIT, qui EST et qui SERA ».

L’islam se réfère à tous les prophètes (dont Jésus) et notamment le dernier, Muhammad (sceau), fondateur de cette religion.

Les adeptes de l’islam sont appelés musulmans (mot venant de la langue arabe : muslim qui signifie « soumis ». Il faut préciser que l’islam est marqué profondément par la langue du Coran, qui est l'arabe.

Les musulmans croient au paradis et à l’enfer, aux anges et aux démons, à la résurrection du corps et à l’âme, à la prédestination divine, au jugement dernier. Ils croient à la Révélation divine du Coran, que l’homme est bon et peut tenir tête aux forces du mal et enfin, que le péché originel a été absout. Enfin un dernier point me plaît assez, c'est la possibilité de dialogue direct avec Dieu, comme dans les religions chrétiennes protestantes.

Pour devenir musulman, il suffit d'avoir la conviction et de faire une profession de foi (shahada) devant deux témoins musulmans, mais en fait, il faut également faire la preuve de la connaissance des fondements de l’islam et de sa pratique. La profession de foi se fait en répétant trois fois de suite : « J'atteste qu'il n'y a pas d'autre divinité que Allah ».

L’islam est une religion révélée par Dieu à son prophète Muhammad. J’ajouterai que c’est une « reprise » des révélations faites à Abraham, à Moïse et à Jésus, prophètes auxquels d’ailleurs se réfère le Coran.

Mais avant d’aller plus loin dans la description de l’islam, je vais présenter son fondateur, le prophète Muhammad, dont le vrai nom (prédestiné) était : Muhammad-Ibn-Abdullah. Il est né entre 570 et 571 de notre ère, peu après le décès de son père Abdallah dont le père était le chef d clan Hachémites, tribu dominant depuis le 5e siècle les Quraychites dans la ville de la Mecque, construite sur des collines désertes en bordure de la mer Rouge. La vallée de la Mecque est située sur l’ancienne route des épices, d’où son activité commerçante intense. A l’âge de six ans, Muhammad perd sa mère Amina-Bint-Wahab. Il est d'abord recueilli par son grand-père Abdulmuttlib, puis ensuite par son oncle Abutalib qui l’élève avec son propre fils Ali (cousin de Muhammad et dont on reparlera plus tard).
Le jeune Muhammad, commence à gagner sa vie en travaillant au service d’une riche veuve nommée Khadidja, propriétaire de caravanes. Quand il l’épouse en 595, elle a quarante ans, soit quinze ans de plus que lui, il lui sera fidèle jusqu’à la mort de celle-ci en 619, soit presque un quart de siècle de vie commune, période durant laquelle il subira les moqueries, voire le mépris de ses contemporains habituellement polygames. Il est possible que cette situation fut déterminante dans son comportement ultérieur.
Par la suite il prendra une dizaine d’épouses ainsi que deux concubines : une juive et une copte appelée Maria-la-Copte. On peut dire que le prophète aimait les femmes. Son épouse préférée était la fille d’Abu-Bakr, futur calife de l’islam naissant, elle s’appelait Aïcha et n’était âgée que de dix ans à son mariage. L’histoire rapporte que c’est sur le sein de cette dernière que Muhammad reposa sa tête au moment de mourir.

Les querelles entre ses femmes contribuèrent largement à perturber sa succession et l’avenir de l’islam ; il y avait le clan d’Aïcha et d’Afsa (fille d’Omar, deuxième calife) et le clan de Fatima (une des filles du prophète) et épouse de son cousin Ali. Celui-ci et ses deux fils Hassan et Hussein briguèrent chacun la succession de Muhammad (mais nous reparlerons de la succession ultérieurement).

Très pieux, Muhammad n’a cessé de méditer sur les problèmes de la religion et sur la situation de ses semblables. Avant de recevoir la Révélation et n’étant pas un païen polythéiste, il adhérait à la religion primordiale. Il n'avait donc aucune connaissance de la Bible.
Suivant la coutume Quraychite, il avait l’habitude, chaque année, de se retirer pendant un mois dans une caverne du Mont Hira à proximité de la Mecque, pour y faire une retraite fondée sur la méditation et le jeûne. C’est lors de l’une d’elles qu’il reçut la première Révélation dans un songe, une nuit de l’an 610, appelée "Nuit du Destin" 27 ème jour du Ramadan. L'archange Gabriel « Jibril » lui apparut, et lui ordonna de lire le texte repris dans la sourate 96 (versets 1 à 5) appelée « la goutte » (ce qui signifie le fœtus après la fécondation de l’ovule). [Il faut remarquer que le début des sourates 1 et 2 est, quant à l’esprit, l’équivalent du Prologue de Jean, texte fondateur de la chrétienté]. Après cette Révélation, sur le chemin du retour, Muhammad entendit à nouveau une voix venant du ciel disant :
« O Muhammad, tu es le messager d’Allah et je suis Jibril ».
(c’est toujours Gabriel qui est chargé des missions de communication… ! cf. l'Annonciation à la Vierge Marie).
Cette nuit de révélation fut appelée « nuit de la Destinée » (Laylat-al-quadar).
Rentré chez lui, il rapporta le phénomène à son épouse Khadidja qui le conforta en lui assurant que la révélation qu’il avait eue était authentique et elle l’encouragea à annoncer sa mission.
Encore incrédule, il prit conseil auprès du cousin de sa femme, un lettré chrétien du nom de Waraka, fort instruit dans la Torah et l’Evangile qui le tranquillisa en lui assurant qu’à l’instar des autres prophètes, ses visions lui conféraient la qualité de Prophète d’Allah et qu’il se devait dès lors, de commencer sa prédication comme Envoyé de Dieu.

Muhammad fut suivi d’abord par ses proches dans ce qui était déjà sa nouvelle religion : son épouse, son jeune cousin Ali, puis Abu-Bakr, un ami aisé qui deviendra son premier successeur avant Omar. Vinrent ensuite des pauvres, des déshérités comme Bilal, esclave noir affranchi par Abubakr, qui devint son premier Muezzin (religieux chargé d’appeler les fidèles à la prière).

Les prédications de Muhammad insistaient avec force sur l’unicité de Dieu et par conséquent les riches mecquois ne tardèrent pas à s’inquiéter. La Mecque n’était pas seulement une ville marchande, c’était aussi une ville de pèlerinage où l’on vénérait les nombreuses idoles, ainsi que la Kaaba, édifice cubique dans un coin duquel est scellée « la Pierre sacrée » (une météorite ?) apportée - selon certaines traditions - à Abraham par l’Archange Gabriel…
Les Mecquois craignaient que la condamnation des idoles par Muhammad ne se traduisît par la disparition des pèlerins et n’entrainât leur ruine. (En Europe, nous avons vécu sous St Louis, à Vézelay, une « guerre des reliques » assez semblable : ce roi voulait affaiblir économiquement un centre religieux qui n’était pas encore dans son royaume, au bénéfice d’un autre qui, lui, était dans son royaume).
Les Mecquois se mirent donc à persécuter Muhammad : à son arrivée, son oncle, le nouveau chef Hachémite Abu-Lahab, lui retira sa protection, ce qui équivalait dès lors à une permission d’assassiner impunément le Prophète , l'émigration en Abyssinie fut la seule issue pour survivre.
C’est ainsi qu’en 622, accompagné de soixante quinze compagnons, Muhammad partit se réfugier à Yathrib, cité située à trois cent cinquante kilomètres de la Mecque ; cette ville prit dès lors l’appellation de Madinat-al-Nabi, c’est-à-dire : la « ville du Prophète », plus connue sous le nom de Médine. Cet événement constitua l’an I de l’Hégire : Muhammad a rassemblé des éléments hétérogènes (arabes, juifs et autres émigrés) e proclama la fameuse constitution de Médine (droits et devoirs).
Cette fuite n’apaisa pas les mecquois qui attaquèrent plusieurs fois Médine, obligeant ainsi les habitants à creuser un fossé de protection autour de leur ville.
Ce n’est qu’en 627, que le Prophète obtint sa victoire sur les mecquois, lors de la Bataille justement appelée « Bataille de Badr » (le Fossé).
Cette même année, les musulmans rompirent avec la tribu juive médinoise (les Banü-Qurayza) car ils s'étaient coalisés avec les mecquois, ils furent expulsés de la ville en 625. En 628, les mecquois s’opposèrent au pèlerinage de Muhammad à la Mecque. Négociations. Puis en 629, s’effectua le ralliement des personnalités mecquoises à l’islam. La même année, une expédition de musulmans fut défaite contre les Byzantins, près de la Mer Morte.

En janvier 630, Muhammad entra à nouveau à la Mecque ; il détruisit les idoles autres que la Kaaba et l’enceinte du sanctuaire fut proclamée sacrée (Haram… ressemblance avec le mot harem…). On vit le ralliement à l’islam des Hawäzin et de certaines tribus bédouines, puis un traité fut signé avec les chrétiens de Mejrâne.
En 630, Muhammad imposa la Umma (nouvelle-Alliance). La communauté musulmane fut créée en substitution de la loi tribale ancienne. La ségrégation était binaire : fidèles ou infidèles… C’est le plus mauvais côté de l’islam, mais faut-il l’attribuer au prophète ? Nous verrons cela lorsque nous parcourrons le Coran.
En 631, Abu-Bakr fut chargé d’organiser et de diriger les pèlerinages à la Mecque (Hadjdj). En 632, Muhammad perdit son fils Ibrahim. La même année, le pèlerinage de Muhammad à la Mecque, appelé « pèlerinage de l’adieu » fixe désormais pour tous les musulmans le processus et les rites de ce pèlerinage obligatoire.
Le 8 juin 632, mort de Muhammad à Médine ; il a confié à Abu-Bakr le soin de lui succéder et, en tant que premier calife, de diriger la prière.

A première vue, la vie de Muhammad, laisse percevoir une différence entre ce qui fut sa vie d'homme et sa vie de prophète ; ce qui paraît normal et on peut faire la même remarque en ce qui concerne Jésus et tous les autres Envoyés que nous connaissons. Au début de leur vie, les Envoyés étaient simplement des hommes en qui le Très-Haut avait placé une « Gelée Royale spirituelle » qui fut la cause de leur évolution plus rapide et plus élevée que celle du commun des mortels ; ils ont un degré de conscience supra-humain et pourquoi pas divin. De toute façon, c’est la même chose, Dieu ou Prophète, puisque l’homme est fabriqué à l’image de Dieu, confirmant ainsi les principes de l’Immanence et de la Transcendance symbolisé par l’Etoile à six branches que l’on retrouve dans les trois religions du Livre. Voici une explication de ce symbole :

L'étoile à six branches est composée de deux triangles équilatéraux. Avant l'apparition de l'homme, ces deux triangles sont opposés par le sommet, celui du haut représente la potentialité de la puissance du créateur (immanence) et celui du bas représente la potentialité de Sa création (transcendance). A partir de l'apparition de l'Homme, être conscient de son origine divine, les deux triangles divins s'interpénètrent symétriquement pour former l'Etoile à six branches, on la dénomme Etoile de David (ou sceau de Salomon dans la Franc Maçonnerie). On retrouve cette étoile de David dans le symbolisme chrétien, il rappelle que la mère du Christ est une descendante de David ; mais elle peut être aussi présente dans l'Etoile qui guida les Rois-Mages vers le nouveau-né Jésus, dans son étable à Bethléem, dans ce cas, elle possède un point en son centre, elle est "centrée" ce qui est le symbole de l'Accomplissement de la fusion entre l'immanence et la transcendance, l'arrivée d'un Messie est en elle-même une annonce d'accomplissement de l'humanité, qui par excellence est l'œuvre maîtresse du Créateur.
Cette Etoile à six branches signifie aussi, selon le point fondamental des trois religions du livre, que "tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut", autrement dit : la création est à l'image du Créateur.

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Pour conclure cette présentation de l’islam, on peut dire que cette religion n’a pas échappé aux dérives constatées dans la plupart des autres religions : à l’origine, on a un livre sacré, le Coran, extrêmement succinct, d’un ésotérisme puissant et profond et de cela naissent des interprétations très diverses, érigées en Lois ; l'interprétation de ce livre impose une doctrine et un mode de vie car ce livre induit la violence s’il est interprété au pied de la lettre. Doit-on conclure que la violence sort du cœur des hommes ? Je pense qu’il y a une autre explication : les lois sociales, les lois morales, s’appuient sur les religions. Certains disent que les lois morales et sociales sont antérieures aux religions car elles sont latentes dans notre patrimoine génétique, comme chez les animaux, qui, eux aussi ont des lois. Le fait que les lois sociales et morales soient cautionnées par les religions crée des liens inextricables qui empêchent de faire la part des choses entre l’inné et l’acquis.
Il y a donc les religions théoriques représentées par leurs livres sacrés (Coran, Evangiles, Torah, etc.), les lois morales et sociales inscrites dans les codes civils et les caractères inscrits dans le patrimoine génétique, mais seuls ces deux derniers sont actifs car peu de gens connaissent leur livre sacré !

La loi du Bien et du Mal, qui est suggérée dans tous les livres sacrés de toutes les religions, est pratiquement la même et je ne vois pas pourquoi il serait nécessaire de se servir d’une religion pour faire respecter les lois morales et sociales., dix lignes suffisent, celles des Dix-Commandements.
C’est une utopie que je propose mais pour que l’on puisse éradiquer les méfaits des extrémismes religieux, il faudrait que les religions ne soient pas une pratique sociale mais une pratique personnelle et intime. C’est un peu ce que l’on a tenté de faire en France en 1905 lorsque la séparation de l’Eglise et de l’Etat a été mise en application avec une loi. En fait, cette séparation demeurera purement théorique tant que le catholicisme sera en France la religion majoritaire, et officieusement, la religion d’Etat. Ce n’est plus la théocratie, comme à l’époque des rois où tous les décrets royaux étaient cautionnés par Dieu, mais c’est toujours « la religion d’Etat » dans le cœur des gens et dans l’inconscient collectif.
Il suffit d’une étincelle produite par un agitateur pour dresser les gens les uns contre les autres, de communauté religieuse à communauté religieuse, et ensuite favoriser la récupération politique de ces événements. Les populations mordent à tous les coups à l’hameçon de l’idéologie, qu’elle soit politique ou religieuse. Prenons par exemple la doctrine élaborée par Karl Marx, et regardons ce que les Lénine, Staline, Mao, Castro en ont fait. Cela n’a absolument plus rien à voir avec la pensée de Marx.
L’utilisation des religions et des idéologies à des fins politiques existera toujours car la pulsion religieuse, tout comme la pulsion idéologique (c’est la même chose), est inscrite dans les gènes de l’humanité au même titre que les pulsions de reproduction et de survie. La pulsion religieuse doit être prise en compte dans toutes nos réflexions sur le problème de l’humanité. On reparlera de cet aspect des religions à la fin de ce livre.

Alors comment lutter contre le lobbying religieux ?
Tant qu’il y aura des religions majoritaires dans les Etats, il n’y aura rien à faire. La seule chose que l’on puisse envisager dans un pays comme la France, où fleurissent toutes les religions, serait d’appliquer stricto-sensu la loi républicaine dans tous les sens du terme, c’est à dire en interdisant les corporatismes religieux et ethniques. On peut toujours rêver mais on n’en est pas encore là, comme en témoigne le statut des prêtres catholiques en Alsace, lesquels sont salariés de l’Etat ; cette situation avait sa raison d’être tant que la France et l’Allemagne se disputaient ce territoire. Maintenant on peut prévoir, sans grosse marge d’erreur, qu’une guerre militaire entre ces deux pays est totalement impossible et le régime privilégié du clergé alsacien est donc maintenant dénué de tout fondement. S’attaquer à ce privilège du clergé alsacien ferait descendre les gens dans la rue, comme cela s'est passé pour défendre l’école privée lorsqu’elle était menacée par un gouvernement socialiste qui voulait la supprimer…

Vouloir sortir une nation de l’influence religieuse par la voie législative n'est pas une affaire aisée. Il faudrait d’abord avant toute modification, améliorer très nettement l’Education Nationale dont le fonctionnement est souvent ambigü. Ensuite, il faudrait opérer un changement au fond de la conscience de chaque individu afin qu’il se prononce en toute liberté, de façon laïque et républicaine, sans faire état des convictions religieuses pour faire émerger le meilleur choix dans un scrutin démocratique. Utopie, car sur le plan planétaire, il faudrait que six milliards d’êtres humains aient le même niveau de conscience civique que celui des pays les plus évolués…
Nous voyons que la réussite de l’une ou l’autre de ces alternatives se situe à très long terme, mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de tendre vers ce rêve ; il faudra pour le réaliser effacer les différences de niveau de vie sur la planète. N’oublions pas que la démocratie est un produit de luxe car il passe par la fin de la misère physique et l'éducation.

* * *

Pour illustrer la difficulté de cette évolution dans le monde musulman, nous allons jeter un œil sur le droit musulman, et nous apprécierons jusqu'à quel point l’islam, tel qu’il a été pensé par les docteurs de la foi musulmane, a pénétré tous les aspects de la vie sociale et familiale de ses adeptes.

L’analyse du droit musulman est difficile car il n’a rien de commun avec le droit occidental, le droit romain étant pris en référence initiale.
Le droit musulman est de conception essentiellement religieuse car l’islam n’est pas seulement une religion, mais une culture et une civilisation. En cela, l’Islam n’est pas une exception puisque, comme nous l'avons vu, toutes les civilisations sont marquées par leur religion majoritaire, mais il faut reconnaître que l’occident du XXème siècle, est de plus en plus laïque, on ne jure plus sur la Bible, mais sur la constitution (sauf aux USA).
Dans les Etats islamiques, les institutions juridiques à tous les niveaux (gouvernement, administration, droit commun, etc.) baignent dans un contexte de morale religieuse.
Le mot droit (Fiqh en arabe) est extrait de l’idée de comprendre l’autre, être intelligent ; il sous-entend donc un effort de compréhension, tandis qu’au sens occidental du terme, le mot droit a une connotation revendicative, malgré l’étymologie de ce terme (ce qui est à droite est bon, tandis que ce qui est à gauche est mauvais, sinistre – ce qui est droit est rectiligne, ce qui est gauche est courbe).
Le Fiqh, en réalité, désigne le sens de la Loi qui découle du Coran et de la Parole du Prophète et ce, dans tous les domaines ; les deux sources principales du Fiqh étant le Coran et la Sunna.

Le musulman a deux types de devoirs :
1) ses devoirs envers Dieu, les Ibadat
2) ses devoirs envers son Prochain, les Moûamalats (ces devoirs concernent les musulmans entre eux et les non-musulmans.

Avec les conquêtes islamiques, les musulmans, suivant en cela la Parole du Prophète, ont dû s’adapter aux civilisations rencontrées, d’où les modifications du Fiqh qui s’en suivirent. Mais les adaptations de ce genre ont des limites (nous avons vu chez nous les limites républicaines que nous touchons en occident avec l’immigration). A l’époque de l’invasion islamique de l’Espagne, les peuples soumis avaient le choix de s’islamiser ou de conserver leurs croyances et, nous l’avons vu, ces mélanges furent bénéfiques pour tout le monde.

A partir de ce moment, les savants musulmans ont cherché une méthode pour régler tous ces problèmes nouveaux, ils ont créé des écoles juridiques.
Un premier groupe de juristes s’était basé sur la Sunna (paroles du prophète), mais ils se rendirent compte qu’on ne pouvait pas avoir une confiance totale dans les traditions transmises oralement et qu’il fallait donc chercher une autre méthode d’adaptation (on constate ainsi le grand souci de s’adapter qu’avaient à cette époque les docteurs de l’islam).
Ils débouchèrent sur une structure de droit musulman articulée sur 4 sources fondamentales :

1) le CORAN
2) la SUNNA
3) l’IJMA’A (consensus)
4) les QIYAS (raisonnements par analogie) qui donna lieu à la rédaction des livres des Jurisprudences appelé la Fatwa (on constate que le mot de Fatwa, tel qu’il est utilisé par les média contemporains a une fausse connotation.

La branche du Droit islamique la plus surprenante est celle consacrée à la femme. Paradoxalement à ce que l’on croit généralement, l’islam (tout comme Jésus) a libéré la femme qui, dans le monde païen, juif et chrétien d’alors, était traitée comme une esclave. Pour les musulmans, la femme est considérée comme porteuse de la tradition, qu’elle est la seule à pouvoir transmettre et c’est pour cette raison que la femme est très surveillée, afin qu’elle ne puisse pas épouser un non musulman (reconnaissons avec humour que cette vénération induit une lourde contrepartie). Mais la femme se rattrape en vieillissant : dans les familles musulmanes, c’est la grand-mère paternelle qui exerce le pouvoir absolu sur le clan.

En conclusion, on peut dire que le droit musulman répond à la logique du bien et du mal telle qu’elle est ressentie dans cette religion. Cette logique n’est pas d’une totale impartialité, surtout en ce qui concerne les infidèles…

Autre conclusion, il est regrettable que ce bel élan de recherche pan-religieux fut arrêté entre le XIIème et le XIIIème siècle, après lequel l’islam s’est refermé sur lui-même, sauf dans certains pays où il reste ouvert aux autres traditions. Mais l’islam n’est pas le seul responsable de ce repli, les dirigeants catholiques de l'époque sont largement responsables.


CHAP. II – NAISSANCE ET DEVELOPPEMENT DE L’ISLAM


Nous allons examiner dans ce chapitre, la naissance de l’islam et dans quelles conditions cette religion s’est développée.

Les populations de la vallée de la Mecque, ville de pèlerinage et de commerce, étaient formées d’arabes attachés aux idoles que leurs avaient transmis leurs ancêtres ; ces cultes rendus aux idoles païens se mêlaient aux cultes chrétiens.
L’objet du culte qui attirait les pèlerins à la Mecque était la Kaaba qui est un grand sanctuaire cubique (d’où son nom) renfermant une météorite de basalte : la Pierre Noire. Dans ce lieu, les pèlerins vénéraient quelques 360 divinités ainsi qu’un Dieu suprême Al-Ilah, lui-même créateur de toutes choses et roi des dieux. Les pèlerins venaient de toute l’Arabie pour vénérer leurs dieux à la Kaaba et se purifier à la source Zem-Zem. Les pèlerins et les habitants de l’Arabie et du Yémen étaient superstitieux, ils redoutaient les esprits diaboliques « les Djinns ». Les habitants de la région de la Mecque étaient des bédoins très rudes qui, en période de disette, n’hésitaient pas à pratiquer la razzia contre les tribus ennemies. Comme on a pu le voir, les croyances étaient un mélange de plusieurs religions issu de la dérive des pratiques religieuses et du mélange des ethnies.
En fait, ce Dieu nommé Al-Ilah est devenu Allah, mot qui signifie la même chose :"Lui" (celui que l'on ne peut pas nommer). "Il" est très répandu, on le retrouve dans de nombreuses traditions religieuses, c'est une marque de soumission, d'humilité et de respect absolu dont la connotation est magnifiante.
Cette religion subissait l’influence de l’Abyssinie (christianisée) du judaïsme, du manichéisme, du mazdéïsme persan, etc.

La religion « chrétienne » la plus pratiquée était le nestorianisme, on l’appelle chrétienne car elle se référait à Jésus-Christ ; elle subsista en Perse jusqu’au Xème siècle. Elle fût fondée en 428 par Nestorius, patriarche de Constantinople, né en Syrie. Accusé d’hérésie, il fut déposé par le Concile d’Ephèse en 431. Le dogme fondateur du nestorianisme dit que Jésus-Christ n’était qu’un homme, en qui le Verbe de Dieu avait séjourné comme dans un temple.
Pour les nestoriens, la Vierge Marie n’avait été que la mère de l’humanité, non pas celle de la divinité et, à ce titre, ne devait pas être appelée « Mère de Dieu », mais : « Mère du Christ ». Après la condamnation du Concile d’Ephèse, la plupart des nestoriens persévèrent dans leur doctrine et se retirèrent à Edesse, ville de Mésopotamie où ils établirent une école. En 439, l’école fut interdite et fermée, les nestoriens se réfugièrent alors en Perse. En 498, les évêques nestoriens se constituèrent en église indépendante, sous la suprématie d’un patriarche qui avait le titre de « catholicos ». Une double personnalité du Christ, cela explique peut-être la tolérance que manifestaient à leur égard les autorités religieuses perses héritières du dualisme manichéen…

C’est donc cette religion nestorienne que pratiquaient les riches négociants mecquois avec toute l’ostentation qui est d’usage dans les milieux bourgeois, plus intéressés par les valeurs financières que les valeurs spirituelles. Ce fut l’une des causes de la vocation de Muhammad. D’ailleurs, la décadence spirituelle qui régnait à la Mecque n’était pas un cas unique, en effet, à cette époque, le monde était divisé en plusieurs grands empires : La Chine, l’Inde, la Perse, Byzance. Mis à part la Chine, tous les empires s’étaient écroulés et la sagesse de la pensée grecque complètement oubliée. Dans cette décadence généralisée, les sectes déclarées « hérétiques » par les religions officielles, proliférèrent et s’entretuèrent ; elles furent, bien entendu, combattues par les religions d’Etat.
Dans un tel contexte de déliquescence religieuse, il n’était pas surprenant qu’un homme se sentit attiré par une vocation prophétique. Le cas n’était pas nouveau, il était dans la lignée du destin de prédécesseurs célèbres, tels qu’Abraham, Moïse, Jésus, à qui le Très-Haut apparaissait en songes pour leur communiquer la Parole Divine.
Ainsi que le lui avait commandé l’archange Gabriel, Muhammad se mit à prêcher la foi en un Dieu unique, le renoncement à une vie égoïste et facile, ainsi que l’imminence d’un jugement dernier, comparable à l’apocalypse de St Jean.

Ce retour à la « religion primordiale d’Abraham » permit à l’islam de formuler cette foi nouvelle en termes simples et facilement accessibles au peuple, ce qui fut la principale cause de son succès.
Par une vision du monde dominée par le prophétisme jusque dans les actes quotidiens, l’islam apportait un nouveau mysticisme dont l’exaltation la plus haute s’est manifestée dans le soufisme et tout ceci, en opposition aux byzantinismes orthodoxes, dogmatiques et obscures, imposés par les clergés vivant à l’ombre des rois.
A cette époque, l’islam apparut vraiment comme un retour aux sources.

Le fulgurant développement de l’islam n’est pas uniquement dû à sa puissance militaire qui joua un rôle, certes plus voyant que les autres causes de réussite, mais pas plus important que dans les autres religions. A la même époque, en Europe, l’épée était aussi un "instrument de baptême".
A l’inverse de toutes les autres religions, l’islam apportait avec ses pratiques un nouveau dialogue, en direct avec le Créateur, ainsi que la nouvelle conception de l’âme, pour une vie nouvelle, avant et après la mort. De plus, il était très simple de devenir musulman, nul n’était besoin d’un clergé pour cela : comme je l’ai dit précédemment, il suffisait de faire sa profession de foi devant un témoin musulman, reconnu comme tel, et faire la preuve d’un minimum de culture islamique. Il en est toujours de même de nos jours.
Dans les pays sous obédience hindouiste ou bouddhiste, l’islam apportait un avantage considérable, celui de pouvoir manger de la viande, dans des régions où l’on meurt de faim ; ce n’était pas un mince avantage, d’ailleurs, c’est dans le continent indien que l’islam se développa le plus rapidement.
La stratégie de conquête de l’islam était bien pensée. Depuis son origine jusqu’au XVème siècle, l’islam applique les préceptes de Muhammad : développer la pensée universaliste et développer les échanges culturels avec les pays conquis. Les échanges commerciaux furent aussi un vecteur d’islamisation, c'est le cas de l'Indonésie qui est le plus grand pays musulman du mondeK Muhammad n'était-il pas lui-même un commerçant…
En Espagne et au Moyen-Orient, les musulmans créèrent des universités appelées « Maisons de la Sagesse » (Baït-el-ikma) qui regroupaient les intellectuels juifs, chrétiens et musulmans, ces personnes étaient dénommées « Gens du Livre »(Ahl-El-kitab) ; l’université de Tolède fut aussi importante que celle de Bagdad, c’est dire…
Ce courant universaliste s’étendit vers le Nord, c’est ainsi que furent créées de nombreuses universités comme celles de Cordoue et de Montpellier. La Sorbonne, créée par Robert de Sorbon en 1257, fut induite par les musulmans et devint la plus haute autorité religieuse européenne après le Vatican.
Même l’université d’Oxford fut induite par ce courant (en 1133) ainsi que Cambridge créée sur le même modèle au XIIIème siècle.

Enfin, parmi les causes de succès de l’islam, il en est une qui touche à l’intimité de chaque être : la notion du bien et du mal, avec laquelle on est plus ou moins indulgent selon qu’il s’agit de soi-même ou d’autrui. En effet, dans l’islam, cette notion diffère selon qu’il s’agit d’un musulman ou d’un roumi (non-musulman, un « infidèle ! ») concernant des fautes comme le mensonge, la brutalité, voire un homicide (ce côté sectaire n'est pas très sympathique, mais n'oublions pas que du temps des croisades les croisés allaient, eux aussi, « pourfendre l'infidèle ! » ; dans le cas des chrétiens ou des musulmans, il faut souligner que ces excès ont été commis par des extrémistes). Entre musulmans d’ailleurs, le mensonge n’est pas un péché, c’est un jeu que l’on pourrait presque qualifier de sélectif, un devoir en somme… et le musulman qui s’est fait gruger n’est pas une victime, mais un niais. Alors, lorsque la victime est un roumi, le mensonge devient presque une « bonne action… ! ».
Périodiquement, le bon musulman comptabilise le Bien qu’il a fait et dans ce bilan du Bien, il compte : tout le Mal qu’il n’a pas fait, mais qu’il aurait pu faire…(je précise qu'il s'agit là d'interprétation fantaisiste, certes, mais qu'il faut malgré tout prendre en compte.

Pour en revenir au développement de l’islam dans le domaine culturel, on pourrait croire, si l’on se réfère à l’enseignement scolaire, que les œuvres de la pensée grecque se répandirent toutes seules, sans discontinuer, de l’antiquité à nos jours ; or leur propagation se fit par l’intermédiaire des juifs et des arabes. A partir du XIIème siècle, est apparu en occident un mouvement de traduction des œuvres arabes, en latin (surtout) et en hébreu ; ces œuvres philosophiques ainsi traduites se répandirent dans toute l’Europe. C’est notamment l’archevêque de Tolède, Raymond Salvetat qui diffusa les traductions latines des philosophes musulmans, ainsi que les travaux du juriste Al-Ghazali ; tous ces travaux étaient faits en étroite collaboration avec les traducteurs juifs, arabes et chrétiens. Les ouvrages qui eurent le plus de succès, furent ceux d’Aristote sur la « logique », les ouvrages d’Ibn-Sina (Avicenne) concernant l’âme et la métaphysique et ceux de Ghazali sur le droit et « les intentions du philosophe ».
La Scolastique (au sens d’école de formation des prêtres) suivit les philosophes Avicenne et Averoes, grâce aux franciscains (St Bonaventure fut l’un d’eux) et grâce aux dominicains, dont Albert Legrand (mort en 1280) et St Thomas d’Aquin (mort en 1274). Ce phénomène européen s’est reproduit dans toutes les parties du monde où s’était développé l’islam.

Hélas, au XVème siècle, à cause de l’intégrisme du pouvoir royal espagnol, l’islam s’est refermé sur lui-même, s’est durci, est devenu intolérant, sur toute la planète, sauf au Maroc où, de nos jours, il est encore ouvert. Mais malgré cela, au XXème siècle, la foi musulmane est la seule à progresser, elle forme une « ceinture du monde » entre le Nord et le Sud ; d’ailleurs il est écrit dans le Coran : « nous avons fait de vous le peuple du milieu » (sourate II – 143)

On pourrait développer les exemples cités ci-dessus et d’autres encore, mais ce qui est écrit ici suffit à démontrer que l’islam n’est pas une religion mauvaise, ni fermée, mais qu'elle est surtout méconnue en Occident


CHAP. III – FONDEMENTS DE L’ISLAM

Nous poursuivons cette étude de l’islam en examinant les fondements de cette religion.
L’islam est, nous l’avons vu, une religion monothéiste révélée, son Dieu est Allah.
Cette religion utilise pour les prières rituelles la langue arabe, le Coran ayant été révélé en cette langue. Pour les autres prières, les autres langues sont admises. C’est sur ce point, qu’il y aurait une réforme à faire en ce qui concerne le Coran, dont seule la version en arabe littéraire est admise par les autorités musulmanes.

L’islam permet à ses adeptes de dialoguer directement avec Allah et de ce fait, ne comporte pas de sacrements, ni de clergé.
L’islam réglemente tous les aspects de la vie publique, familiale et personnelle : en effet, cette religion est bâtie sur cinq obligations qui sont appelés les CINQ PILIERS de l’islam. Ils sont la base incontournable de la pratique de cette religion, toutes sectes confondues.

- Premier pilier : LA PROFESSION DE FOI,
- Deuxième pilier : LA PRIERE,
- Troisième pilier : LE JEÛNE, (neuvième mois de l'Hégire)
- Quatrième pilier : LA ZAKAT. (aumône ou impôt religieux)
- Cinquième pilier : LE PELERINAGE A LA MECQUE.

Nous découvrirons à l’examen de ces cinq piliers que la religion musulmane, si l’on ne s’en tient qu’à cela, est une religion comparable au christianisme.

PREMIER PILIER. : La profession de foi (Shahada),
dont la proclamation suffit à définir un musulman ; elle est d’une simplicité limpide et d’une profondeur inépuisable : seul Dieu est Dieu et Muhammad est son prophète. La première partie de cette déclaration (seul Dieu est Dieu) est le mouvement de l’homme vers le divin (de l’extérieur, vers l’intérieur), elle distingue le Réel (Dieu) de tout ce qui est perçu ou conçu en dehors de la relation avec Dieu ; rien ne saurait être réel qui ne soit divin. D’ailleurs, au début de chaque sourate (chapitre du Coran), il est écrit : au nom d’Allah le Matriciant, le Matriciel , (d'autres traductions disent : …le Tout Clément, le Tout Miséricordieux), phrase qui signifie que Allah est le créateur de l’univers et le principe de l’univers. La deuxième partie de la profession de Foi (Muhammad est son prophète) est le reflux de Dieu vers l’homme, par son messager Muhammad qui a transmis le Coran, révélé à lui par l'entremise de l'archange Gabriel. Muhammad joue ainsi pour l’islam le même rôle que jouent Moïse pour les juifs et Jésus pour les chrétiens ; cette idée est d’ailleurs inscrite dans la mosquée EL AQSA qui souligne que l’islam est plus un couronnement qu’une rupture avec les « gens du Livre ». Je rappelle que les musulmans vénèrent Moïse et Jésus, comme des prophètes, au même niveau que Muhammad.

Selon le Coran, la nature est une théophanie, ce qui signifie que la nature est une apparition, une révélation du Créateur. L’œuvre du Créateur prouve l’existence du Créateur, selon la pensée soufi. Le thème central de l’islam est donc ce double mouvement de flux de l’homme vers Dieu et le reflux de Dieu vers l’homme : diastole et systole dans le cœur du musulman.

La pratique de la profession de foi existe encore chez les chrétiens avec le baptême, dans la « communion » et dans la « confirmation ». Je rappelle que les chrétiens ont des sacrements alors que les musulmans n’en ont pas ; mais ce ne sont que des mots, les « mêmes fonctions fondamentales » existent des deux côtés.

DEUXIEME PILIER : La Prière.
La prière est la participation consciente de l’homme à ce chant de louanges qui lie toute créature à son créateur ; la prière intègre l’homme de foi à cette adoration universelle et, en priant, tourné vers La Mecque, tous les croyants tracent ainsi des cercles concentriques autour du même foyer de croyance.
Chose curieuse, mais qui dénote un esprit pratique, début de mondialisation de l’islam, on vend aux travailleurs émigrés des tapis de prière à boussole intégrée…) qui permettent de se tourner infailliblement vers La Mecque.

L’ablution rituelle avec l’eau, avant la prière symbolise le retour de l’homme à la pureté primordiale (une sorte de baptême permanent), il en devient ainsi le parfait miroir. Ces ablutions d'usage sont mineures ou majeures, en fonction du degré d'impureté du pratiquant depuis sa prière précédente.

La prière qui se répète cinq fois par jour, à l’appel du muezzin, dans la mosquée, de l’aube au coucher de soleil, est la suivante :

"Allah est Transcendant ! J'atteste qu'il n'est pas de divinité si ce n'est Allah ! j'atteste que Muhammad est l'Envoyé d'Allah ! Venez à la prière venez au succès ! Allah est Transcendant ! Pas de divinité si ce n'est Allah !

La prière proprement dite que doivent faire les musulmans s'énonce comme suit en sept incantations rituelles :

– « Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux ! »
– « Louange à Allah, Seigneur des mondes ! »
– « le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux !
– « Roi du Jour du Jugement ! »
– « c’est Toi Seul que nous adorons, c'est à Toi Seul que nous demandons aide ! »,
– « Guide-nous dans le droit chemin ! ».
– « Le chemin de ceux sur qui est ta Grâce, non de ceux sur qui est ta colère, ni de ceux qui sont dans l'égarement ! »

Ensuite, suivent quelques versets du Coran.
(Cette prière en sept incantations ressemble au« Notre père » des chrétiens qui, lui aussi, se décompose en sept demandes, trois pour Dieu et quatre pour nous).

La prière se fait d’abord en position debout, les mains ouvertes, paumes tournées vers le ciel à hauteur de la poitrine (c’est d’ailleurs dans cette position qu'est maintenant est le « Notre Père » dans les églises catholiques).
Le musulman incline le corps et se redresse, avant de se prosterner, nez et front contre terre, ensuite il se met à genoux avant de se prosterner à nouveau ; puis il se relève. Des invocations brèves sont formulées à plusieurs reprises. Les mouvements du corps sont déclenchés cinq fois par l’exhortation suivante : « Allah-Akbar» (Allah est grand).
Chaque vendredi (qui est le jour du Seigneur) les hommes se rendent à la mosquée pour y prier et écouter les sermons de l’imam ou de celui qui dirige la prière.
Les femmes prient à la mosquée ou chez elles. Elles prient en travaillant, le travail est en lui-même une prière, selon les sermons du prophète. Dans la vie moderne, les femmes peuvent aller prier dans les mosquées, mais pas au même endroit que les hommes (cette séparation évite aux deux sexes d'avoir des pensées impures à la vue des postérieurs levés !).

Dans les milieux chrétiens français, la prière n’est pas morte, elle est pratiquée aussi dans les milieux bouddhistes français, en office publique ou en méditation, et grâce à cela, la méditation est devenue une pratique universelle.

TROISIEME PILIER : Le jeûne
C'est un rite qui consiste à s'abstenir de boire, de manger, d'avoir des relations intimes, et ce, depuis l'aube au coucher du soleil. Il est obligatoire dès l'âge de la puberté (et pour les femmes, en dehors des périodes de menstruations. De plus, il faut être en bonne santé.
Le jeûne se poursuit durant tout le mois lunaire de Ramadan, soit le neuvième mois de l’année de l’Hégire qui est, rappelons-le, le moment de la première Révélation du Coran. Le Ramadan est par ailleurs destiné à rappeler aux riches, l’existence des pauvres. C’est un exercice de volonté qui a le mérite de contribuer à l’unité d’un peuple au travers d’une atmosphère de piété, de partage et de lecture du Coran.
Malheureusement, ce rituel religieux n’a pratiquement plus de correspondance dans les milieux catholiques français où le carême est réduit à la plus simple expression et n’existe que sous la forme calendaire. Pour le plus grand bonheur des poissonniers, il reste les vendredis qui sont des jours maigres en principe. Du point de vue hygiène de vie, sans atteindre le degré du rite musulman, cela ne ferait pas de mal aux habitants des riches sociétés occidentales où il y a de plus en plus d’obèses…
D’un point de vue plus élevé, le jeûne est une interruption volontaire du rythme vital, qui affirme la liberté de l’homme, par rapport à son MOI, première phase de la quête de l’en-soit. Le jeûne est aussi un rappel à notre conscience de celui qui a faim, un autre « soi-même » que l’on doit contribuer à arracher à la misère.

QUATRIEME PILIER- L’aumône ou « impôt religieux », appelé Zakat.
Alors là, les musulmans ne sont pas les seuls à pratiquer ce genre de chose, on peut même dire (avec humour tout de même !) que c’est le plus grand dénominateur commun entre toutes les religions de la planète, l’argent est le nerf de la guerre. De la guerre, avez-vous dit ? Mais les religions ne font pas de guerre ! ! !.
Le Zakat est une contribution en espèces ou en nature destinée à alimenter un fonds de secours mutuel de bienfaisance au profit des musulmans. Il s'agit d'une aumône légale qui correspond au 1/40ème de l'argent épargnée pendant une année et c'est un minimum.
Cette aumône se veut purifiante comme son nom l’indique, zakat en langue syriaque signifie purifier.
D’un point de vue différent, on peut dire que le zakat est très voisin du 3ème pilier, que ce n’est pas de l’aumône, mais une justice intérieure, institutionnalisée et obligatoire ; cela rend effective la solidarité entre les hommes de la foi qui savent vaincre en eux-mêmes l’égoïsme et l’avarice. Le zakat est le rappel permanent que toutes les richesses appartiennent à Dieu et que les hommes ne peuvent en disposer à leur guise. Bon, c’est très beau, et cela a déjà été entendu dans la bouche de Jésus et lu sous la plume de Karl Marx.
Je plaisante avec ce sujet, non pas que je trouve cela ridicule ni hypocrite, mais en occident, on a transformé cette pratique de solidarité en ce qu’on appelle (faute de plus méchant) « charity-business » ; il y en a même qui détournent les dons à leur profit : on les met trois ans en prison et ils ressortent… Dans les pays musulmans, il est peu probable que ce genre de délit puisse exister, mais dans le cas contraire, le coupable est sévèrement puni.

CINQUIEME PILIER - Le pèlerinage à la Mecque,
Non seulement, il concrétise la réalité mondiale de la communauté musulmane, mais au dedans de chaque pèlerin (Hadj) il vivifie le voyage intérieur vers le centre de soi-même (la Kaaba du cœur). D’autre part, le voyage à la Mecque se rattache à Abraham, qui aurait bâti la Kaaba, et à Agar, sa servante devenue son épouse, qui abreuva leur fils Ismaël à l’eau de la source Zem-zem.
Le Hadj symbolise le retour final de tous les hommes vers Dieu, c’est une obligation pour tout musulman, au moins une fois dans sa vie (ainsi que le formule la sourate 3 – verset 97) à condition toutefois d’être en bonne santé et d’en avoir les moyens financiers. Ce pèlerinage se situe entre le 7 et le 13 du dernier mois lunaire de l’année islamique.
Une déambulation renouvelée 7 fois autour de la Kaaba se pratique, revêtu d’un habit blanc, sans couture, pour marquer la pureté et l’égalité des croyants devant Dieu. Ceci est valable pour l'homme. Pour la femme, ses vêtements habituels conviennent.

* * *

En somme, nous voyons que la foi mahométane se présente comme une croyance des plus simples : il n’y a pas d’autre Dieu que Allah, et Mahomet est son prophète.
Par ailleurs, les musulmans croient au paradis et à l’enfer, aux anges et aux démons ; ils croient au jugement dernier, à la résurrection du corps et de l’âme. Dans les religions chrétiennes, le mythe du péché originel est un dogme relativement récent qui va bien avec la stratégie de nos Eglises : nous culpabiliser à priori avec une histoire qui ne tient pas debout. (D’ailleurs, Michel-Ange ne devait pas y croire non plus, puisque dans la scène du péché originel peinte sur le plafond de la chapelle Sixtine, Adam a un nombril – il n’était donc pas le premier homme. Le grand Michel-Ange aurait-il été « évolutionniste » avant l’heure, plutôt que « créationniste !» ).
Le bon musulman croit à l’inspiration divine du Coran et surtout, il croit que l’homme est bon et qu’il peut tenir tête aux forces du mal. Ce côté optimiste me plaît, et à ce niveau-là, le mot optimiste est trop faible, car il s’agit de l’espérance, la vertu cardinale la plus importante de notre foi chrétienne.

Si l’islam admet que les Livres hébraïques et chrétiens ont eux aussi été révélés, seulement quelques-uns d’entre eux ont été conservés : celui de Moïse, le Pentateuque, celui de David, les psaumes et l’Evangile concernant Jésus. Hélas, selon l’islam, ces livres ont subi tant d’altérations, qu’on ne pouvait les conserver en l’état, seul le Coran, inspiré au dernier et plus grand des prophètes, Muhammad, les remplace.
Je regrette que le Coran ne fasse aucune allusion au Décalogue, autrement dit aux Dix Commandements révélés par Dieu à Moïse au Sinaï. Cette lacune est d'autant plus incompréhensible que Moïse est un des piliers de l'islam.
Parmi les personnages et prophètes reconnus par l’islam, nous retrouvons Noé, Abraham, Moïse, David, Salomon et bien entendu Jésus (et sa mère Marie, à qui ils donnent beaucoup d’importance). Toutefois, pour les musulmans, et bien qu’ils reconnaissent ses miracles, Jésus n’est pas le fils de Dieu, mais un prophète, et il ne serait pas mort sur la croix, mais un autre personnage proche de Jésus, qui lui, serait, mort de vieillesse. (C’est aussi la thèse des Templiers, elle leur a valu le bûcher…)
Sur ce point dogmatique, chrétiens et musulmans ne sont pas prêts de s’entendre. Mais ce qui est dit dans le Coran à ce sujet, l’est en termes allusifs, il n'y a pas d’affirmation.
On ne saura jamais toute la vérité sur Jésus et, s’il existe quelque part une preuve écrite, elle doit être soigneusement cachée, car la divulguer déclencherait un cataclysme. Je pense que l’on pourrait se placer au dessus de ce débat précis en disant que Prophète et Messie sont des fonctions complémentaires surtout si l’on se réfère au sens premier du mot « Messie » qui signifiait dans la Bible, au temps de Jésus, « celui qui a été oint » (qui a reçu l’onction royale). N’oublions pas que les juifs de l’époque voulaient remettre un roi sur le trône de David et que le mot Messie, pour eux, ne signifiait pas autre chose. C’est l’Eglise catholique qui plus tard, modifia le sens du mot pour fortifier le terme de « rédempteur ». Ce ne sont que des « mots », mais dans ce contexte, les mots ont des conséquences terribles.


CHAP. IV – DIVERSIFICATION DE L’ISLAM

Au début, la diversification de l’islam en plusieurs écoles avait davantage des causes familiales dues à des luttes d’intérêts que des causes dogmatiques, philosophiques, politiques ou idéologiques. On pourrait faire une exception avec le soufisme qui a des sources mystiques initiatiques, antérieures au prophète, mais nous en reparlerons plus loin.
Muhammad ayant eu plusieurs femmes, a engendré une descendance nombreuse uniquement féminine, il n'avait que des gendres. Chaque branche de la famille a voulu profiter du « gâteau », en créant sa propre école ; ce en quoi l’islam n’est pas différent des autres religions. Dès qu’un membre d’une famille religieuse a une certaine ambition personnelle, il crée une branche qui se sépare de l’arbre, pour « être le chef de quelque chose ». La volonté de puissance est une pulsion bien connue et très répandue. Ensuite, c’est le même scénario qui se reproduit à chaque naissance d’une nouvelle école : il faut trouver une cause à cette séparation et une source de conflit acceptable, si possible d’ordre dogmatique, la monter en épingle, créer des incidents qui généreront eux-mêmes des représailles, etc. Dans ces conditions, il devient facile de recruter des adeptes et partisans de la nouvelle organisation. Tout cela n’est pas du domaine religieux mais du vulgaire profane.
Il n’y a pas plus de différence entre les branches musulmanes comparées les unes aux autres, qu’il n’y en a dans les diversifications juives.
C’est particulièrement vrai entre les religions orthodoxes, monophysites, et nestoriennes qui sont à l’origine de l’islam et qui veulent se différencier sur l’interprétation que l’on doit imposer quant à la nature du Christ : humaine et divine. Toutes disent la même chose, et pourtant c’est le point fondateur de leur doctrine !
Au début, les petites églises chrétiennes étaient des organisations dissidentes des branches-mères catholique, copte et orthodoxe.
Les différenciations en sectes n’ont pas toujours une origine dynastique, il y a « l’effet-région » qui joue : après des essaimages dans différentes directions géographiques, il y a une phase d’adaptation aux cultures locales dans lesquelles sont faites ces implantations. Dans cet ordre d’idée, le meilleur exemple est l’islam dans la société judéo-chrétienne espagnole, où ce fut très positif.
Les pulsions de diversification répondent à une loi récurrente de la nature. Non seulement il faut faire avec, mais il ne faut pas s’opposer à cette diversification. Ce qui se produit en haut du tronc de l’arbre, ne peut que se reproduire au niveau des branches et des feuilles. Dans les nations, les grands serviteurs de l’état que sont les hauts fonctionnaires qui rêvent de simplification pour faciliter leur vision et la gestion de l’ensemble sont à contre-courant et leurs conceptions simplificatrices ne changeront rien à la réalité. Les grands élagages simplificateurs ne font que susciter la naissance de nouveaux rameaux. Je reprends ma comparaison avec l’arbre : les élagages drastiques ne font que favoriser la pousse du bois et n’aident en rien à la « mise à fruit ».
J’opposerai au bel exemple de l’implantation de l’islam en Espagne, le vilain exemple des empereurs russes qui tous, eurent le même souci, celui de déplacer ou d’exterminer des populations entières à seule fin d’éviter des mélanges de cultures religieuses, ce qui aurait nuit à la mainmise du pouvoir théocratique sur les populations.

* * *

Voici comment on peut représenter la diversification de l’islam.

1) Avant la mort du Prophète, sa religion se réfère à la Parole reçue de Dieu par le prophète, d’où son nom de sunnite, nom qui provient de Sunna (la Parole) ! Selon les puristes, le mot sunnite devrait s'énoncer selon le langage consacré par l'expression : "Religion Primordiale".

2) Après la mort du prophète, sa religion s’est subdivisée en deux branches :
- L'école chiite, créée par les partisans d'Ali, gendre et cousin du Prophète.
– L'école ismaëlienne créée par Ismaël, descendant du Prophète, décédé prématurément - religion issue de la branche chiite.

3) Vers le XIIème siècle naît la branche soufi, elle est opposée à la branche chiite, et met l’accent sur la religion intérieure, c’est la secte savante de l’islam. Ibn-Arabi au XIIème siècle en est l’un des membres les plus connus.
En fait le courant de pensée soufi (ce mot signifie contemplation de Dieu) existait déjà depuis longtemps sous une autre forme.

4) Enfin, on compte plus de soixante-dix écoles musulmanes, ne se rattachant à aucune branche mère, les plus connues sont les jbarites, les murjites, les kadirites, les jahmiya, les wahabites (qui font parler d’eux actuellement en Arabie Saoudite). L'école des druzes (religion née en Egypte au Xème siècle) et les alaouites école née au XVème siècle en Syrie, etc.

Si l’on cherche un courant mystique qui pourrait différencier ces sectes, on n’en décerne que deux principaux qui, en aucun cas, ne devraient être des causes de luttes meurtrières, bien au contraire et que l’on pourrait définir ainsi :
- 1er courant : « la sagesse illuminative » pour la plupart d’entre elles, mais surtout pour le courant chiite.
- 2ème courant « Dieu en nous, nous en Dieu » pour le soufisme.

Ces courants sont fédérés par la parole du prophète que l’on trouve gravée en tête de chaque sourate du Coran et qui garantit l’union de tous les musulmans à travers les écoles et modulé selon les traductions, dans la formule :
« Au nom d’Allah, le matriciant, le matriciel », qui signifie en clair que Dieu est à la fois le Créateur (matriciant) et le Principe (matriciel).

* * *

Comme je l’ai expliqué dans la préface, l’islam a une influence capitale sur l’évolution des peuples musulmans dont les dirigeants ont très largement utilisé le Coran pour imposer leur volonté, quitte à modifier le sens du Livre et à en dévier fondamentalement l’exégèse. On a vu que la haine qui oppose les écoles musulmanes entre elles est aussi forte que celle qui les oppose aux peuples non musulmans.
Certains véritables musulmans ont beau dire et écrire que le Coran n’a jamais dit ce que prétendent faire croire les meneurs de discorde, rien n’arrête les courants de haine, ni la raison, ni la force. Dans les guerres, ceux qui se veulent modérés sont impitoyablement et inexorablement éliminés physiquement par les marchands d'armes, et les chefs de ces différentes écoles.


CHAP.V – ESOTERISME MUSULMAN


Avant de pénétrer dans les profondeurs de l’universel Coran, qui nous montrera comment devrait être l’islam si l’on suivait le Livre dans l’esprit de la lettre, nous allons examiner ce qu’est l’ésotérisme musulman tel qu’il est appliqué réellement chez les sages musulmans, et dans la religion soufi qui est la branche savante de l’islam.

Tout d’abord, précisons ce qu’est l’ésotérisme .

Ce mot est synonyme du mot « hermétisme » qui lui, concerne le livre d’Hermès Trismégiste et les extraits d’alchimie. Selon la définition des dictionnaires, ce mot d’origine grecque signifie : « réservé aux seuls adeptes », il s’agit là bien sûr des doctrines des philosophes de la Grèce antique, doctrines qui n’étaient communiquées qu’aux seuls élèves des écoles de philosophie. Le sens de ce mot (ainsi que celui du mot hermétisme) a été étendu pour désigner le caractère obscur d’un texte. Le mot « abscons » est similaire aussi à ces deux termes.
« L’ésotérisme » a une connotation péjorative quand il est utilisé par une personne qui conteste l’existence de pensées inaccessibles à sa propre compréhension.
Par définition, l’ésotérisme des religions qui nécessite réflexion et connaissance ne concerne qu’une faible partie des adeptes. Il existe un ésotérisme dans chaque religion, y compris la religion chrétienne. Au début de l’ère chrétienne, on appelait « hérétiques » les personnes qui s’adonnaient aux recherches liées à la spiritualité. A l’époque de la Réforme, l’ésotérisme chrétien s’est développé particulièrement dans la communauté luthérienne.
Rappelons à ce propos que l’apparition des religions réformées (luthériens et calvinistes) s’est produite après l’invention de l’imprimerie dont le premier livre produit fut la Bible. Ainsi, la « connaissance » fut mise directement à la portée d’un grand nombre de personnes sans passer par l’intermédiaire de l’église catholique qui avait « arrangé » l’Ecriture. La connaissance devint aux yeux de l’Eglise le plus grave péché, on l’assimila au « péché originel ». Ceux qui pratiquent l’ésotérisme sont aussi appelés des « gnostiques » (du mot gnose, qui signifie : connaissance). Je dirais que nous sommes tous des agnostiques, car aucun être humain ne peut posséder "La Connaissance".

Pour l’islam, l’ésotérisme se retrouve dans la communauté soufi et dans la sagesse illuminative chiite, dont nous reparlerons.
L’inverse du mot « ésotérique » est « exotérique ». Dans la partie exotérique d’une religion, on demande aux adeptes de croire et d’obéir aux préceptes enseignés sans chercher à comprendre ni à interpréter. A l'inverse, dans la partie « ésotérique » d’une religion, on demande à l’initié de comprendre en profondeur, car il ne s’agit plus vraiment de préceptes exprimés en clair, mais de symboles qui induisent une réflexion couvrant le positif et le négatif d’une idée et laissent à l’adepte la liberté de choisir. On admettra qu’un tel principe n’intéresse qu’une faible partie des individus. Cette faible partie n’est pas nécessairement celle qui a le plus d’intelligence et de culture mais le plus d’ouverture d’esprit et le plus d'aptitude à la méditation.
L’ésotérisme bien compris conduit à des résultats inverses de ceux de l’intégrisme religieux. Une recherche spirituelle ésotérique est forcément plus difficile que la pratique d’une religion ordinaire et cela explique leur plus grande diffusion.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, suivre la voie ésotérique est plus une affaire de tournure d’esprit que d’intelligence.

L’islam a formé et accepté une religion ésotérique ouverte à tous les musulmans qui veulent explorer cette voie (contrairement au christianisme de masse qui rejette cette forme de démarche, le christianisme primitif a combattu les gnostiques en les assimilant à des hérétiques). A ses origines, le soufisme a connu aussi quelques problèmes, je pense à Al-Hallache, martyrisé en 922 à Bagdad.
Est hérétique toute personne dont les convictions ne sont pas conformes aux dogmes religieux et celui qui cherche à comprendre est forcément hérétique puisqu’il n’accepte pas de croire aveuglement des préceptes rigides qui sont destinés à la masse.
Pour écarter toute connotation péjorative au mot « ésotérisme », on peut le remplacer par le mot « spiritualité ».

* * *

Ce préliminaire avait pour but de bien me faire comprendre dans l’exposé qui va suivre, traitant de l’ésotérisme musulman. Cet ésotérisme part de très haut et pourtant tout musulman en reçoit le message dans la formule figurant au début de toutes les sourates : « Au nom d’Allah, le matriciant, le matriciel ».
Au premier degré, cette formule ne veut rien dire, tout comme le premier logion du Prologue de Jean.« Au commencement était le VERBE et le VERBE s’est fait chair , etc. ». A la réflexion, on découvre que ces deux phrases ont la même signification.
Le Coran place la barre très haut en décrivant Dieu comme un principe spirituel, contrairement au dogme catholique décrivant Dieu comme un être barbu qui nous voit, nous écoute et nous demande de souffrir ici-bas pour avoir le bonheur éternel ! Le Coran présente Dieu comme un Etre Vivant spirituel suprême qui, par sa volonté, induit la création de l’univers.
Dans le manuscrit que j'avais soumis au Rectorat de la Mosquée de Paris, j'avais écrit "Principe spirituel suprême" ne sachant pas que cette expression n'existait pas dans le langage musulman et je comprends bien cette remarque, j'ai fait la correction demandée sans aucune réticence intérieur. Mais je voudrais m'expliquer sur ce point : en langage d'initié à la gnose chrétienne, Dieu est un "Principe créateur" d'où l'expression habituelle dans ce milieu d'écrire "Le principe" à la place de Dieu…, nous admettrons ensemble que ce "jargon" ne mérite pas le "bûcher".

Les caractères spécifiques de la spiritualité musulmane se présentent en deux niveaux :
- celui du Coran, qui est la Parole de Dieu, révélée à Muhammad, c’est une loi et une règle qui induit le salut du croyant (niveau exotérique)
- celui de l’élite des croyants, le « petit-nombre » , expression souvent mentionnée dans le Coran, (comme dans les Evangiles où il est dit : « il y a beaucoup d’appelés, il n’y aura que peu d’élus »).
Ce « petit-nombre » selon le Coran, doit avoir les qualités suivantes : être vertueux et patient, ne faire que le bien, améliorer la vie sur terre, enfin, être « parfait ». Toujours selon le Coran, ce « petit-nombre » bénéficie de la « Lumière » (comme dans le Prologue de St-Jean) qui est citée 43 fois dans le Coran ; « elle est donnée dans le cœur de l’homme », analogie avec la parole du Christ : « si tu trouves en toi le Royaume, le reste te sera donné de surcroît ». Par la Lumière, la conscience s’éveille dans le « moi ». Cet éveil fait don de la Lumière dans l’Ame qui se révèle. Par la « Lumière » (l’esprit) l’adepte acquiert la « vision intérieure » (ou l’œil du cœur). Et Allah accorde ainsi à l’homme la sagesse.

Toute la spiritualité musulmane consiste donc en la recherche de la Lumière.
J'invite ceux qui veulent approfondir les analogies entre la pensée musulmane et la pensée chrétienne à lire et relire le "synopse des quatre Evangiles", livre que l'on peut se procurer dans toutes les grandes librairies dans le rayon "Religions" Bien que dites en termes différents, ces similitudes de pensées sont évidentes. On ne peut pas critiquer le Coran si on n'a pas étudié les Evangiles. Ces similitudes sont très nombreuses, on ne peut pas toutes les citer dans le présent livre. Ce livre n'est qu'une incitation à l'approfondissement.

Toutes les religions judéo-chrétiennes, y compris l’islam ont pour doctrine le concept du « Verbe-Lumière », issu des antiques religions égyptiennes, transmises par Moïse au peuple hébreu. La doctrine du Verbe-Lumière n’a rien à voir avec une lampe de poche dont le faisceau lumineux éclairerait le mur sur lequel serait gravée la Vérité, au fond d’une grotte sombre. La doctrine du Verbe-Lumière est un symbole qui s’explique ainsi : la Lumière représente l’énergie divine et le verbe représente « l’information » formule de la création de l’univers. On peut dire aussi que le Verbe-Lumière est la « Parole » de Dieu, véhiculée par l’ « Energie » de Dieu (Verbe = information, Lumière = énergie). Ce concept se vérifie sur les stèles gravées dans les temples égyptiens : le hiéroglyphe du Verbe-Lumière est un soleil dans une bouche (un cercle à l’intérieur d’une ellipse). Ne pas confondre ce hiéroglyphe avec celui qui représente Horus, lequel est réellement la représentation d’un œil. Dans la mythologie égyptienne, Horus est un peu l’équivalent du Christ, il est le fils d’Osiris et d’Isis et, comme le Christ, il transmet la doctrine du Verbe-Lumière.

Dans le soufisme, cette lumière va se traduire par une « expérience » qui s’exprime de plusieurs manières :
- Faire tomber le voile.
- Faire une ouverture.
- Goûter.
- Trouver.
[On pourrait rapprocher cette formule islamique de la formule hermétique du Sphynx-Tétramorphe : « vouloir – savoir - oser – se taire ».]

Cette expérience mystique est théologiquement justifiée, car tous ses germes sont dans le Coran notamment dans les versets où il est question de l’ « immanence » de Dieu ; par exemple : « partout où vous vous tournez, là se trouve la Face de Dieu » ou encore : « Dieu nous est plus proche que notre propre veine jugulaire ».
Dans le Coran, l’esprit de la lettre suggère de « Polir le miroir du cœur en ayant une vie vertueuse et en pratiquant les rites ». Ou encore : « Sache que l’univers est double, une partie spirituelle, une partie corporelle, soit un univers supérieur et un univers inférieur ». De cela, on peut déduire ce principe : le monde céleste est invisible, s’il n’y avait pas entre l’univers terrestre et l’univers céleste, liaison et correspondance, le monde invisible nous serait fermé, mais la miséricorde divine a fait une relation d’homologie entre les deux mondes : une chose est le symbole d’une autre chose.

On trouve ces préceptes de spiritualité dans la sourate n° 2, verset 156 : « En vérité nous sommes à Dieu et à lui nous retournons » On retrouve là le thème fondamental de la Gnose, véritable religion primordiale, dont on perçoit les premières manifestations dans l’hindouisme, qui est la « mère » de plusieurs religions historiques. Le mysticisme musulman exige, comme l’hindouisme, le sacrifice du "Moi", pour atteindre l’"En-soi". Le sacrifice du "Moi" est l’essence même du soufisme, religion pour laquelle l’homme est ce … « lieu parfait » de la manifestation divine. Quand le soufi parvient à la disparition de l’Ego, il arrive à la durée permanente… (éternité).

Selon le Coran (et selon toutes les religions monothéistes), le grand mystique est celui qui est capable d’aller par la pensée, du « manifeste » au « non manifeste » et d’intégrer cette notion dans tous les actes sacrés. D’ailleurs, selon l’islam, on appartient à une religion, non parce que l’on croit, mais par ce que l’on a fait et dans le prolongement de cette idée, le Coran dit qu’il existe deux « guerres saintes » (qui n’ont rien à voir avec les pseudo guerres saintes historiques), et ce sont :
- La guerre que nous livrons contre nos bas instincts.
- La guerre que nous livrons contre les fausses idoles.
Ce précepte est la base de toutes les démarches spirituelles

Dans un autre ordre d’idées concernant la spiritualité musulmane, les Musulmans n’adhèrent pas au concept très chrétien de la Sainte Trinité (le Père, le Fils, le Saint-Esprit) mais cela ne les empêche pas de se référer au Ternaire puisqu’ils vénèrent Moïse (qui lui, se réfère au Ternaire) avec la même force qu’ils vénèrent Abraham : rappelons que Moïse a dit (dans son livre des Principes) : « L’unité principielle conçoit dans la dualité créatrice ». Explication : il est écrit dans la Genèse, lorsque Dieu créa le monde, il sépara la Lumière des Ténèbres (Dieu = 1, La Lumière et les Ténèbres = 2, donc : 1+2=3). Evidemment, ce langage est obscur, on peut dire les choses différemment : Lumière et Ténèbres sont deux « principes » opposés (Yin/Yang, Bien/Mal) qui étaient confondus, en les séparant, Dieu oppose deux « forces » et crée ainsi le « mouvement ». Le mouvement est synonyme de « manifestation » donc de création… Je sais, ce n’est pas facile à concevoir, mais les églises chrétiennes n’ont-elles pas dénommé cet aspect des choses : « mystère de la Sainte Trinité »…qui est un mythe fondateur de la pensée chrétienne.

Enfin, pour terminer ce rapide tour d’horizon sur la spiritualité musulmane, je stigmatiserai un point fondamental de l’islam qui sépare cette religion des religions chrétiennes ( et qui, à l’inverse, la rapproche du judaïsme) : les musulmans vénèrent Jésus et sa mère, mais ils dénient à Jésus la qualité de Dieu et lui confèrent le titre de Prophète (au même niveau que Muhammad). Ils expliquent cela ainsi : Dieu étant un principe non manifesté, il ne peut être admis qu’un être humain soit Dieu (si exceptionnel soit-il) et dans cette logique, ils se réfèrent aux paroles mêmes de Jésus qui appelait Dieu : « Mon Père ».
Je ferai ici la remarque suivante : la dénomination de « père » utilisée dans le langage chrétien n’a rien à voir avec une quelconque filiation entre Jésus et Dieu, mais que cette expression est issue du langage hermétique des écrits attribués à Hermès-Trismégiste dont la pensée est très similaire à la pensée de Moïse. (Il y a d'ailleurs une certaine confusion possible entre les deux personnages Hermès-Trismégiste et Moïse). Même remarque pour l’expression « Fils de Dieu ». Dans le contexte hermétique, « Père » signifie « Etre Suprême ». Dans le langage ésotérique chrétien, Jésus se dénomme lui-même tantôt « fils du Père », tantôt « fils de l’homme ». Ceci est à rapprocher de l’Evangile qui dit : « Tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas ».

Selon la même logique, les musulmans vénèrent Marie, mère de Jésus, comme étant fécondée par l’Esprit Saint ; et c’est pour cette raison qu’ils dénient à Marie le titre de mère de Dieu car on ne conçoit pas que Dieu qui est "non-manifesté", qui est un être spirituel éternel pourrait avoir une mère en chair et en os. Cette vénération des musulmans pour Jésus a une autre cause : selon St Jean l’Evangéliste, Jésus a annoncé la venue d’un autre prophète et les musulmans pensent qu’il s’agit de Muhammad. Pourquoi pas, Moïse a bien annoncé la venue de Jésus douze siècles à l’avance !

Il existe des confréries musulmanes diverses que l’on peut classer dans l’ésotérisme musulman.

- Le soufisme, première confrérie, que je vais développer plus loin.
- La Ribat, qui regroupe une sorte de moines guerriers (le pendant de nos croisés), ils étaient chargés de protéger les pistes frontières entre les pays islamiques et les pays chrétiens, malheureusement qualifiés d’ennemis.
- La confrérie des Derviches-tourneurs que l’on rencontre principalement chez les soufis. En tournant sur eux-mêmes et en formant un cercle, ils parviennent très rapidement à l’extase : en tournant, ils découvrent "le centre de l'idée" (en-haut) et le centre de leur "Moi" (en-bas)
- Les Marabouts. Le Maraboutisme est pratiqué en Afrique du Nord ; il est interdit en Arabie Saoudite où le culte des Saints est prohibé. Le Marabout est un saint, enterré dans un mausolée appellé koubba ; mort, il émane de son corps une bénédiction appelée baraka, dont l’influence est bénéfique. On va se recueillir sur sa tombe pour obtenir une grâce. Les lieux où séjournent les Marabouts sont des « routes » (notion de chaîne) qui rattachent les confréries et ses membres au Prophète, ce qui veut dire que, tout membre de la confrérie bénéficie de la Baraka, ou bénédiction de Muhammad à travers les siècles.

Il existe dans les confréries des rites initiatiques appelés moubâya (servir) qui sont pratiqués notamment au moment de l’investiture des « califes », qui sont les chefs suprêmes de l’islam, fonction contraire à une autre tradition de l’islam selon laquelle il n’y a pas de clergé ; en fait, cela signifie qu’entre Dieu et l’homme il n’y a pas d’intermédiaire. Institutionnellement dans l’islam c’est le cas il n'y a pas de clergé, voilà une explication à cette apparente contradiction.
Je pense que cela reste du domaine du vœu pieux qui est infirmé par les faits et la pratique. On ne voit pas comment, une religion, comme n’importe quelle structures sociale, pourrait se dispenser de hiérarchie, officielle ou occulte ; les hiérarchies sont toujours présentes, car elles sont nécessaires et les personnes demandent ce genre de chose (cf. la fable de La Fontaine : « les grenouilles qui demandent un roi »).]

L’islam diffère sur ce plan des religions chrétiennes qui affirment que les prêtres, les évêques sont des « représentants » de Dieu sur terre, des intermédiaires spirituels, ils n’ont pas qu’une fonction hiérarchique « administrative ». Dans l’islam, les califes, imams et autres personnels religieux, ne sont pas des intermédiaires spirituels entre les hommes et Dieu, mais des personnels hiérarchiques de l’institution religieuse. Dans les religions chrétiennes les prêtres donnent des « sacrements », dans l’islam, il n’y a pas de sacrements, là est toute la différence.

Actuellement, la fonction de calife est en sommeil, ce qui explique la guerre que se livrent entre elles les branches de l’islam qui ne sont plus tempérées par un chef temporel. Le califat a disparu avec la chute de l’empire ottoman qui exerçait cette fonction.

On notera l’utilisation de la khirqa, symbole de l’investiture initiatique, sorte de robe que portent les membres des « hiérarchies ».
Le « confrère» a l’autorisation de pratiquer le rite du chamadat qui est une sorte de chapelet égrené par les doigts et qui confère une certaine autorité.

- Enfin le fakirisme. Cette confrérie est un phénomène de dégénérescence de la mystique musulmane, ce sont des ascètes qui prétendent connaître l’avenir.


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CHAPITRE VI – LE SOUFISME


Sur un milliard de musulmans, le soufisme ne représente qu’une très faible proportion, ce qui paraît logique car c’est la branche de l’islam la plus élevée sur le plan spirituel, si tant est que l’on puisse réellement et logiquement assimiler cette voie à l’islam, car le seul point commun de ces deux courants de pensée est la première sourate du Coran (« Au Nom d’Allah, le Matriciant, le Matriciel »). Mais admettons que le soufisme soit une branche de l’islam, ce ne peut être que bénéfique pour celui-ci. C’est notamment sur le plan oecuménique que le soufisme fut bénéfique pour l’islam, car il a été un des facteurs de ce que fut la collaboration des trois religions du Livre en Espagne aux environs du XIIème siècle.
Au XVIIème siècle, la pensée soufi a beaucoup influencé la franc-maçonnerie régulière (celle qui se réfère au grand Architecte de l’univers), qui, par essence, est imprégnée de pensée christique. [Je n’ai pas dit chrétienne et je rappelle que l’étymologie du double nom JESUS-CHRIST signifie littéralement LE SAUVEUR qui a le SECRET]. Le soufisme est situé sur la ligne immémoriale de la Tradition de la religion monothéiste universelle, celle qui remonte à la nuit des temps, qui s'est développée sur tous les continents, en passant par Enoch (personnage biblique de la Genèse), Abraham, Bouddha, Moïse, Jésus, Muhammad, ésotérismes qui ont été transmis à l’Occident par les croisades, les Templiers et les grands mystiques de l'Islam.

Voici textuellement la définition du soufisme telle qu’elle est donnée par Laleh-Bakhtiar dans son excellent livre sur le soufisme paru en 1976 aux Editions du Seuil.
Je cite :
« A travers l’expression créatrice, le soufi rappelle et invoque l’ordre divin, tel qu’il est présent, mais caché, dans toutes les formes. Rappeler et invoquer sont, de ce fait, une même démarche destinée à agir sur une forme, de telle façon que ce qui est intérieur devienne manifesté. Le soufi « met en place » à nouveau le processus de la Création, par lequel la Divinité est parvenue à se connaître. Quant au « récipient » où sera ainsi « rejoué » la création, il peut être une forme externe, comme un objet travaillé, ou la forme vivante du mystique, qui est transformée. Dans ce cas, l’âme du futur soufi entame son ascension vers le « centre divin », qu’elle rencontrera au terme de la Quête mystique. »
On se croirait dans le livre « Le milieu divin » de Pierre Teilhard de Chardin, ou en plein « Rite Ecossais Ancien et Accepté » de la Franc-maçonnerie régulière.

Certains voient l’origine du soufisme dans la vie du Prophète. Au cours d’une de ses visions, un de ses disciples, appelé Ibn-Abbas, assistait à la scène. Plus tard, d'autres disciples lui demandèrent de répéter ce qu’il avait entendu et il leur fit cette réponse : « si je vous le disais, vous me tueriez à coups de pierres ! » . (Jésus a dit à peu près la même chose dans des circonstances semblables). Cette allusion au sens caché des choses, à leur signification non accessible à tous, ouvrait la voie intérieure qui mène à Dieu. Les disciples de l’origine étaient des hommes pieux qui méditaient et « se souvenaient de Dieu », ils avaient intégré les principes de la tradition ésotérique universelle et la vivaient. Le terme de soufi n’existait pas encore.

Au début du VIIème siècle après JC (le IIème siècle de l’Hégire) ces ascètes commencèrent à être désignés par le nom de « soufi » ; on ne connaît pas exactement l’origine de ce mot (pas plus que celle du mot Esseniens) et plusieurs explications sont avancées, mais les soufis déclarent que ce mot est d’une essence trop sublime pour découler de quoi que ce soit…

- Bien qu’elles ne fassent pas partie du Coran, le soufisme insiste sur les « Quarante-Traditions Sacrées » dans lesquelles la divinité parle à la première personne du singulier, par la bouche de Muhammad.

- Par ailleurs, à partir de textes qui lui étaient antérieurs, le soufisme a absorbé un certain nombre de concepts concernant « L’unité de l’Etre ». Il a également absorbé les enseignements des Pythagoriciens ainsi que ceux d’Empedocle sur la cosmologie et les sciences naturelles.

- Les textes hermétiques rédigés entre le Ier et le IVème siècle après JC, qui avaient conservé le sens profond des traditions de l’Egypte et de la Grèce, furent traduits en arabe ; Ainsi nous voyons apparaître des textes attribués à Hermès-Trismégiste (trois fois maître), fondateur de l’hermétisme. La tradition a toujours rattaché Hermès à Enoch et il figure dans le Coran sous les traits du prophète Idris. (On peut supposer que cet Hermès-Trismégiste n’a pas vécu à l’époque de Moïse, mais au IIème siècle après J.C.).

- La religion de l’Iran antique, le zoroastrisme, a aussi influencé le soufisme ; tout comme les religions mazdéennes.
(Le soufisme spiritualise les mythes des périodes pré-islamiques, de sources Persanes, arabes, et même bouddhistes).

- Quant aux sources coraniques proprement dites, les grands prophètes de l’Ancien Testament eurent une importance considérable pour l’islam en général et pour le soufisme en particulier.

- La Vierge Marie et l’incarnation du Christ, le Verbe de Dieu, tels qu’ils figurent dans le Coran, sont de grands symboles soufis.

- Toute voie spirituelle met l’accent sur un aspect particulier de la Vérité. Ainsi le christianisme est une voie d’amour indiquée par le Christ. Pour les bouddhistes et les hindouistes, l’élément essentiel est le renoncement à soi. L’islam insiste sur la connaissance et le soufisme poursuit dans cette voie et l’achève par la « connaissance illuminative ».

- Dans le soufisme, le Feu est le symbole de la « connaissance illuminative ». Pourquoi s’en étonner, c’est pareil dans toutes les traditions. Dans le feu, il y a la chaleur, symbole de puissance et d’énergie, il y a aussi la Lumière, symbole du rayonnement de l’ « information », de diffusion de communication. Donc, la connaissance symbolisée par la lumière confère la puissance potentielle, la lumière donne le pouvoir (la puissance en action). Devant ce constat, il ne faut pas s’étonner de l’universalité de ce symbole.

- Dans la voie soufi, on acquiert la connaissance par l’initiation à la doctrine du « Sentier spirituel », qui consiste à intégrer en « soi », par la méditation, les trois composants de l’individu que sont : le corps, l’âme et l’esprit, pour en faire l’analogie avec le Corps – l’Âme- et l’Esprit de l’univers jusqu’à ce que l’individu et l’univers se confondent en une même entité.

- Pour le Soufi, il s’agit de distinguer l’immanence et la transcendance de Dieu : Dieu est en nous – nous sommes en Dieu… On retrouve cette conception dans l’évangile de St Jean intitulé « ainsi parla Jésus», ou encore « prière sacerdotale du Christ ». (voir l'évangile de Jean).
L’immanence est la force qui vient de Dieu, on la représente venant d’en haut qui pénètre l’homme. La transcendance, c’est l’esprit de l’homme qui monte vers Dieu, on la représente comme une force venant d’en bas. Je rappelle que dans l’iconographie religieuse, l’immanence est représentée par un triangle isocèle, pointe en haut, et la transcendance est un triangle isocèle pointe en bas. Les deux triangles s’interpénètrent et forment une étoile à six branches. Mais j'ai déjà parlé de cela en début de ce livre à propos de l'Etoile de David.

Le soufisme n’est pas une philosophie, ce n’est pas non plus une religion au sens étymologique du terme car le soufisme ne concerne que l’individu. Comme le bouddhisme, le soufisme est une voie. Le soufi fait un « voyage » qui va de l'homme à Dieu. Celui qui veut aller de la multiplicité à l’Unité doit d’abord « mourir à lui-même ». Ce n’est pas une mort biologique, mais une mort symbolique, et c’est seulement après cette difficile épreuve, tout à fait semblable à l’initiation maçonnique, qu’il peut se trouver lui-même, c’est-à-dire devenir un être qui a « vu » le divin qui est en lui. On constate là toute la différence qui existe entre le soufisme et une philosophie, en effet, aucune forme mentale ne saurait embrasser l’infini ; la forme mentale exigée par la voie soufi participe elle-même de l’infini. Seule l’âme, instrument de l’intuition, est au-dessus des formes matérielles et peut éclairer l’homme sur sa nature divine.

Cette épreuve initiatique de « mort et renaissance » est clairement décrite dans l’Evangile de Jean appelé « entretien avec Nicodème » du nom de ce docteur de la loi qui aimait Jésus et dialoguait avec lui.
Extrait de l'évangile de Jean (chap.III)
Nicodème était un des chefs des juifs, il vint trouver Jésus de nuit et lui dit : "Maître nous savons que tu es un Envoyé de Dieu… " Jésus répondit "En vérité je te le dis si quelqu'un ne naît d'en haut, il ne peut voir le Royaume de Dieu" Nicodème lui dit : "comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître une seconde fois ?" Jésus répondit : "En vérité, je te le dis, si quelqu'un ne naît d'eau et de feu, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu, ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l'Esprit est esprit. Ne t'étonne pas de ce que je t'ai dit : il faut que vous naissiez d'en haut.., etc" (l'eau est le symbole de la purification et le feu est le symbole de l'esprit).
On en déduira qu’il n’est pas obligatoire d’aller vers les religions exotiques pour connaître la voie ésotérique ; cette voie n’existe pas uniquement dans le bouddhisme, tant à la mode en France, ainsi que dans le soufisme, encore peu connu chez nous, mais aussi dans les religions chrétiennes pratiquées en occident. L’ésotérisme appartient à la tradition religieuse universelle et c’est la raison pour laquelle les sages du bouddhisme comme le Dalaï-Lama disent aux occidentaux qui veulent devenir bouddhistes : « il n’est pas nécessaire de quitter votre religion d’origine, votre culture, pour emprunter la voie bouddhiste, car le bouddhisme n’est pas une religion, il n’est pas une philosophie, c’est une Voie ». Les trois religions du livre devraient suivre cet exemple.
Les prêtres chrétiens feraient bien d’ouvrir les yeux de la masse des chrétiens, sur les « trésors » que contiennent les Evangiles de Jean, tout à fait semblables à l’ésotérisme bouddhiste, soufi et autres. Je déplore que l’église catholique ait supprimé la lecture du « Prologue de Jean » dans le rituel Vatican II de la messe quotidienne ainsi que les Evangiles de Thomas et de Marie-Madeleine qui restent interdits car il s’agit là de la pierre angulaire de la foi chrétienne et les « cherchants » risquent d’aller chercher ailleurs ce qu’on leur cache ici. Le Prologue n'est lu qu'une fois par an dans le rituel catholique de Vatican II.
Voici un extrait du prologue de Jean (Evangile de Jean – chap I) : "Au commencement était la Parole (le Verbe), la Parole était auprès de Dieu et la Parole était d'essence divine. Elle était au commencement auprès de Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle. En elle était la vie, et cette vie était la lumière des hommes : la lumière brille dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'on point reçue." Etc.
C'est cet extrait que je rapproche de la première Sourate.
La voie ésotérique ne s’explique pas, elle se découvre et elle se vit.

Nul ne peut affirmer qu’un message ésotérique quel qu’il soit, et a fortiori un Evangile de St Jean, passera à côté de la conscience d’une personne non érudite en cette matière, un message ésotérique touche toute personne qui est ouverte, à l’inverse, il ne touche pas nécessairement une personne très érudite mais fermée. Lorsque Jésus disait : « Laissez venir à moi les petits enfants » ou encore : « Heureux les simples en esprit, le Royaume des cieux leur appartient », c’est cela qu’il voulait dire. Science et intelligence sont sur un autre registre que la foi et l’espérance. C’est pour cette raison qu’il serait souhaitable que l’église catholique lance un « petit coup d’éclairage » sur les Evangiles de Jean afin de donner envie à plus de gens de les lire. Il y a plus de gens qu’on ne croit qui seraient capables de faire la démarche : par exemple tous ceux qui sont attirés par le bouddhisme ; mais si on ne leur dit pas que l’ésotérisme chrétien existe, comment peut-on espérer qu’ils le découvrent, eux qui n’ont pratiquement jamais ouvert les évangiles. Et pourtant, ils savent lire, eux, les Occidentaux, ce qui n’est pas le cas des milliards d’adeptes du bouddhisme, de l’hindouisme et de l’islam, qui dépendent de gourous et imams qui leur racontent ce qu’ils veulent, sans aucun contrôle [pour imposer en toute impunité la version qui sert leurs ambitions].
Il n’est pas nécessaire d’être un intellectuel pour accéder à la voie ésotérique, tout le monde peut y aller, pourvu qu’il en ait envie et qu’il « ouvre ses volets » pour laisser rentrer la lumière à l’intérieur. Quand une grande partie de l’humanité aura compris cela, il deviendra difficile pour les tyrans de faire des guerres en invoquant le nom de Dieu.

Tous les prophètes de l’Ancien Testament, depuis Abraham jusqu’à Muhammad, ont vécu réellement et complètement cette initiation à la réalité de l’univers, c’est ce qui leur conféra la connaissance illuminative, ils se sont intégrés au Verbe-Lumière, leur action fut messianique, ils ont donné naissance à de nombreuses religions sœurs, dont l’ésotérisme est commun et le symbolisme initiatique identique. Toutes les religions utilisent les quatre Eléments : Terre, Air, Eau, Feu, et suggèrent la présence d’un cinquième élément qui est l’Amour.

J’arrête ici la description de la voie soufi, on ne peut aller plus loin sans trahir les secrets de l'initiation. En dire plus serait peine perdue, on ne peut comprendre certaines choses qu’en les ayant vécues. C’est ici que se situe la frontière entre savoir et conscience.

Comme il a été dit précédemment, l’essence du soufisme existait avant Muhammad, mais cette voie a connu son plein développement au XIIème siècle seulement et en Espagne, grâce à Ibn-Arabi, né à Murcia en Espagne en 1165 et mort à Damas en 1240 ; il fut le plus grand maître spirituel du soufisme. Il a écrit plus de huit cents ouvrages sur toutes les sciences islamiques, dont le plus célèbre est « Les Révélations Mecquoises », composé de cinq cent soixante chapitres (…) chacun d’eux représentant à lui seul un livre. Un des points importants de cette œuvre est la doctrine de Mazhar : chaque créature est un lieu, un support, pour un des attributs ou un des noms de Dieu. A la suite de cette doctrine, Ibn-Arabi a été accusé de verser dans le panthéisme, système de ceux qui identifient Dieu avec le Monde, où les êtres se confondent avec Dieu. Cette théorie est proche de l’animisme.

Ibn-Arabi eut un prédécesseur soufi très célèbre aussi, il s’appelait Al-Hallache, mort en martyr à Bagdad en 922. Il était considérés par les musulmans intégristes comme un hérétique. Après avoir été emprisonné plus de huit ans, il fut fouetté à mort, ses membres coupés, il fut accroché à un gibet, puis décapité, son corps a été brûlé et ses cendres jetées dans le fleuve (…). Pourquoi cet acharnement ? Parce qu’il s’était laissé aller à l’extase (le chath), après laquelle il avait écrit des poèmes dans lesquels il disait : « j’ai vu mon Seigneur avec l’œil de mon cœur. Je lui ai demandé « qui-es-tu », Il m’a répondu : « Toi ». (Les Chrétiens ont brûlé des hérétiques pour moins que cela...)
Les trois théoriciens soufistes Al-Hallache, Thurmidi et Junayd, sont des mystiques appelés « les gens du blâme » par les « bons musulmans » Ils cherchaient à se faire rejeter afin de cacher leur Sainteté. C’est une catégorie de mystiques marginale. Une croyance répandue chez les musulmans est la suivante : il existe une organisation et une hiérarchie secrète de saints, ayant à leur tête un « Qutb » (pôle, axe) qui est un personnage mystérieux dont l’existence est nécessaire, car sans lui, la terre disparaîtrait, une sorte de Messie en somme ! Dès que le QUTB meurt, il est remplacé, mais on ne connaît jamais son nom. Cette notion de Qutb est intéressante et elle se rapproche du schisme musulman dans lequel on croit à « l’imam invisible » qui dirige la communauté.

Nous avons déjà parlé dans le chapitre II de Al-Ghazali (né en 1058 et mort en 1111) qui enseigna en Espagne en tant que juriste. En 1095, il abandonna l’enseignement à l’université de Bagdad pour vivre en soufi pendant dix ans, et rédigea alors son ouvrage le plus célèbre « La résurrection des sciences de la religion » qui est un guide de la vie spirituelle pour les soufis. Il a également écrit « Le Tabernacle de la Lumière ». On pourrait comparer le soufisme aux ordres chrétiens des chartreux, des jésuites et des cistériens et aux francs-maçons de haut-grade.


CHAPITRE VII - VISITE DU CORAN


Pour travailler sur le Coran, j’ai utilisé la traduction d’un homme que j’avais déjà apprécié pour sa traduction de la Bible, il s’agit d’André Chouraqui. Des chrétiens bien intentionnés m’avaient dit à propos de cet homme « sa Bible est très discutée… » Ils ne disent pas par qui, et d’ailleurs, l’ont-ils jamais lu ? Et ils ajoutent : « Et puis, c’est un juif… » Et alors, leur dis-je, que reprochez-vous à cet homme et aux juifs ? En général, il n’y a pas de réponse, mais un soupir de profond ennui et un haussement d’épaule… J’ai consulté d’autres bibles, la Vulgate, la Septante, ainsi qu’une bible protestante, sur des chapitres bien précis que je connaissais bien, je n’ai pas vu de différence de sens et d’esprit entre elles. Pour le Coran, les mêmes personnes m’ont dit la même chose. J’en ai parlé à des musulmans, ils n’ont rien trouvé à redire. J’ai fait confiance à André Chouraqui pour sa Bible, je continue pour le Coran car je ne connais pas l’arabe, et c’est un des rares Coran en français. On m’a dit : « Tu n’es pas habilité à parler du Coran… » Je ne l’étais pas davantage sur la Bible et cela ne m’a pas empêché d’écrire sur ce sujet. L'islam étant l’une des trois religions du Livre, et pour ma part connaissant bien le christianisme, je pense qu’un regard « entraîné » à l’analyse des religions et extérieur à l’islam, procure un point de vue qui peut être intéressant et sans parti pris. De plus, je rappelle que ce livre s’adresse aux chrétiens, pas aux musulmans.

* * *

Le Coran est un livre sacré moins volumineux que la Bible. Il est composé de cent quatorze sourates (chapitres) dont on trouvera la liste en annexe. Chacune d’elles commence par le premier verset de la première sourate : « Au nom d’Allah, le Matriciant, le Matriciel ». Cette formule est la clef qui ouvre toutes les portes de l’islam, j’en ai déjà parlé dans les précédents chapitres, je n’y reviendrai pas, sauf pour préciser que si elle est reprise en tête de chaque sourate, il faut la considérer comme la pierre angulaire de l’islam. Le psaume inaugural est le seul à devoir être obligatoirement récité par coeur au début de toute prière un peu comme notre signe de croix chrétien qui est accompagné des paroles : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Ce psaume est la synthèse parfaite des enseignements hermétiques du Coran.

Cette première sourate qui est intitulée L’Ouvrante, ne ressemble pas au Livre I de la Bible, bien que le titre « En-tête » ou « La Genèse » puisse prêter à confusion, car, dans ce premier livre, la Bible décrit la création du Monde alors que L’Ouvrante promulgue le point fondamental d’une doctrine : Au nom d’Allah, le Matriciant, le Matriciel » et se poursuit par une prière : « La désirance d’Allah, Rabb des univers, le Matriciant, le Matriciel, souverain au jour de la Créance : Toi, nous te servons, Toi, nous te sollicitons. Guide-nous sur le chemin ascendant, le chemin de ceux que tu ravis non pas celui des courroucés ni des fourvoyés » (créance signifie création)

Voici quelques remarques :
- Tout d'abord la première phrase de cette sourate situe le Créateur bien au-dessus de l’Univers et ceci sans aucun anthropomorphisme (péché mignon du catholicisme), et le conçoit comme un principe (Matriciant, Matriciel).
- La deuxième remarque serait moins laudative, car la dernière phrase de la première sourate fait clairement la différence entre la bonne voie et la mauvaise voie, un peu comme l’église catholique qui a longtemps proclamé « en dehors de nous, il n’est point de salut ». Je n’aime pas que certaines religions rejettent ainsi les « fourvoyés » , en quoi sont-ils responsables de cet état ?. Je les renvoie toutes dos à dos en leur rappelant la parole de Jésus et je les invite à la relire, elle est reprise dans deux Evangiles, « le retour de l’enfant prodigue » et « la brebis égarée » ; dans ces Evangiles, on a l’impression que Dieu souhaite vivement que les « fourvoyés » soient bien reçus quand ils reviennent dans le troupeau. D’ailleurs, Jésus n’a-t-il pas dit : « Je ne suis pas venu pour juger mais pour rappeler la Parole ».

C’est un problème récurrent que posent tous les Livres-Sacrés : on y trouve tout et son contraire et chaque point de vue peut y trouver une justification de son attitude ; n’importe quel guerrier partant en croisade peut dire : « Nous avons raison de pourfendre l’infidèle puisque c’est écrit… » N’oublions pas que tous les livres sacrés sans exception sont l’assemblage de milliers de textes écrits par des milliers d’auteurs, à des périodes distantes parfois de vingt siècles ; ces textes sont examinés par des dizaines de « docteurs de la loi » rassemblés dans des congrès, ce qui fut le cas pour la Septante. On peut imaginer les discussions sans fin, à propos d’un texte, discussions qui débouchent sur un consensus : ne pouvant couper, on prend tout, on aménage le texte. Ce scénario est hautement probable. Si on n’a pas conscience de ce problème, on n’est absolument pas habilité à écrire sur quelque Livre Saint que ce soit. Bible et Coran sont des fouillis inextricables et quiconque présenterait un manuscrit semblable à un éditeur serait assuré d’un refus de celui-ci. Dire à propos d’une chose à haute probabilité de véracité : « C’est parole d’Evangile » est un euphémisme. Mais qu’importe la manière dont est écrit un Livre Saint, dans 99 % des cas en Occident, il n’est pas lu ; ils ne sont pas faits pour être lu mais pour être « la Référence », et servent à prêter serment avec la main nue tendue au-dessus d’eux, ce qui n'est évidemment pas le cas pour les musulmans qui sont relativement nombreux à lire leur Livre. Les Livres Saints sont la concrétisation des mythes fondateurs des religions ; pour les adeptes, c’est TOUT, pour les athées, c’est RIEN… Comment peut-on encore s’entretuer pour de tels livres qui sont souvent utilisés pour justifier la guerre ? L’important n’est pas le papier, mais ce qu’il y a dans le cœur de l’homme. En disant cela, je me fais d’un coup cinq milliards d’ennemis virtuels…
Chaque croyant, de toutes les religions confondues, a son livre à l'intérieur de sa conscience, c'est un livre immatériel.

* * *

La deuxième sourate, dénommée « La génisse » est la plus longue puisqu’elle comporte 286 versets. Elle relate les combats de Muhammad contre les polythéistes et ses sermons sont destinés à rallier les fidèles de la Parole parmi les juifs et les chrétiens. Cette sourate est écrite par des hommes partisans. Mais il faut savoir que ni le Coran, ni la Bible ne sont des textes d’enseignement philosophique, majoritairement, ils seraient composés de textes factuels ayant un parti pris, d’ailleurs comment pourrait-il en être autrement ?
Cette sourate fait des promesses apocalyptiques aux infidèles, alors que, pour les croyants, les promesses sont angéliques jusqu’au 32ème verset. Vers le 35ème verset, Adam et son épouse (que l’on ne nomme pas) sont mis en scène avec la promesse d’un Jardin dans lequel il y a un Arbre dont le fruit est défendu. Puis le récit reprend plus ou moins celui de la Bible avec la « chute » et une promesse de messages divins qui parviendront aux hommes pour les guider.
Au Verset 40, on est déjà en Israël et le message divin fait référence à un Pacte que les hommes devront transmettre et faire vivre – Moïse apparaît au verset 51. Dans le verset 67, il est question d’une génisse qu’Allah a demandé à Moïse de sacrifier pour sceller le Pacte. Verset 87, Allah dit qu’il a donné l’Ecrit à Moïse et qu’il l’a fait suivre par l’autre « envoyé », Jésus, fils de Marie : Allah accuse le peuple juif d’avoir traité de menteurs les Envoyés et de les avoir tués. (les Envoyés au pluriel, s’agit-il de Jésus et Jean-Baptiste ?)
Jusqu’au verset 184, ce ne sont qu’allers et retours dans le temps pour stigmatiser les fautes du peuple d’Israël, alternance de la « carotte » et du « bâton » et à partir de là, on a l’impression que c’est Muhammad qui parle, car il est question du jeûne de Ramadan et de l’attitude à avoir avec les épouses.
Verset 189, il est question du pèlerinage à la Mecque puis viennent des ordres guerriers de la part d’Allah : « Combattez ceux qui vous combattent, tuez- les, expulsez ceux qui vous expulsent… ne cessez le combat que lorsque les infidèles cessent de vous combattre, ne continuez le combat que contre les fraudeurs… »
Aux versets 194 et 195 il est question de la Loi du talion contre les transgresseurs de la loi. « Ne gaspillez pas vos biens, soyez excellents, Allah aime les excellents. »
Verset 196, le Prophète continue de transmettre les instructions d’Allah : Accomplissez le Pèlerinage et si n’en n’avez pas les moyens : faite une offrande… mais ne vous rasez pas la tête avant que soit faite cette offrande… Celui qui est malade (et ne peut faire le pèlerinage) se rachètera par des jeûnes, des aumônes, des sacrifices… etc. » et cela se termine par « Frémissez d’Allah… terrible au châtiment ».
En effet, on frémit, on se demande comment Dieu a dit des choses pareilles. Personnellement, j’en serais bien resté à la première sourate.
Et cela continue ainsi : alternance d’injonctions et de promesses de récompenses et punitions jusqu’au verset 222.
A partir du verset 223, il est question « de vos femmes » (apparemment le Prophète ne s’adresse qu’aux hommes ): « Vos femmes sont pour vous un « Labour », allez à votre labour comme vous le voulez ». Cela signifie que les femmes sont une terre à ensemencer.
Verset 226 : « Ceux qui font un serment relatif à leur femme attendront quatre mois. S’il se dédisent, Allah indulgent, Matriciel (…) s’ils confirment la répudiation, voici, Allah entendeur savant ».
Verset 228, toujours à propos des femmes « il ne leur est pas licite de cacher ce qu’Allah crée dans leur Matrice. »
« Elles ont des droits équivalent à leurs obligations, selon la Justice. Mais les hommes sont un degré au-dessus d’elles. Allah, puissant, sage. » (…)
Verset 232 : « Quand vous répudiez vos femmes (avant, il était question de "votre femme") n’entravez pas leur remariage… ainsi vous serez plus clairs, plus purs. Allah sait. Vous ne savez pas. » (Cela me fait penser à la plaisanterie très connue : "Bats ta femme tous les jours, si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait").
Du verset 233 au 280, Allah, par la bouche du Prophète donne des consignes civiques, concernant toute la vie familiale et sociale. On parle des devoirs vis à vis des bébés, de leurs mères, des veufs, des veuves… On parle des devoirs de l’homme qui courtise les femmes, de ses devoirs d’indemnisation quand il les répudie ou quand il approche de la mort.
244 : « Combattez sur le sentier d’Allah… ». Exhortation au combat jusqu’à 253.
A la fin de la deuxième sourate, du verset 253 à 286, il est question des « Envoyés », de la véracité de leurs messages, il s’agit d’Abraham, de Moïse, de David, de Jésus… Ces messages sont une redite des promesses et des bienfaits et des malédictions divines et de la perfection d’Allah.

En fait, cette deuxième sourate est un résumé de tout le Coran, et on ne voit pas ce qui peut être dit de plus sauf répétitions ou rappels avec plus de détails.
Ayant lu rapidement tout le Coran, je dis qu’on pourrait presque en rester là dans la lecture de ce livre, mais par acquis de conscience, nous allons un peu plus loin.

* * *

La troisième SOURATE a pour objet de situer l’islam par rapport à la foi chrétienne, elle souligne l’homonymie de la sœur de Moïse et de la mère de Jésus, toutes deux appelées Myriam (ou Marie). Cette sourate commence tout de même par un rappel du message divin, et par une exhortation à la guerre :
« Voici pour vous un signe : deux troupes se rencontrent, l’une combat sur le sentier d’Allah. Dans l’autre, des « effaceurs » (des mensonges par omission) la voient deux fois plus nombreuse. D’un coup d’œil, Allah aide ainsi la délivrance de qui IL décide… (verset 13).
Verset suivant (14) : Voici la parure des hommes : l’amour voluptueux des femmes et des fils… masses d’or et d’argent, chevaux de race… etc. »
C’est sur le même ton pendant 200 versets.

* * *

La quatrième sourate est intitulée Les Femmes. Enfin un texte qui nous intéresse directement : cette sourate a été proclamée au tout début, à Médine, après la bataille du Fossé, qui fut la première victoire militaire du Prophète. On sent dans ce texte l’influence de la première épouse de Muhammad. Ce texte régit autoritairement les rapports et le comportement envers les femmes, ils doivent être moraux, équitables, justes à leur égard et à celui des enfants.
Bien sûr, ces préceptes tolèrent la polygamie, mais ils ne la rendent pas obligatoire. Par la bouche du Prophète, Allah fait un cours de « management » familial et va jusque dans les moindres détails.
Le divorce est traité dans ses moindres procédures, certes, c’est un peu "macho" mais c’est équitable. Il faut se remettre dans le contexte de l’époque et cet aspect des relations homme/femme est une pierre d’achoppement pour l’intégration des musulmans dans les sociétés chrétiennes, il y a là une très importante révolution à faire, mais si les chrétiens tendent la main à la diaspora musulmane au lieu de la rejeter, la transformation de l’islam sera plus aisée.
Quand je dis « tendre la main », cela veut dire : informer, cultiver, provoquer la réflexion. Je pense que l’évolution de l’islam se fera à partir des pays occidentaux, il faut la suggérer, ne pas l’imposer. A l’époque de Muhammad, les préceptes qu’il donnait sur la condition féminine étaient un progrès par rapport à ce qui se faisait (qu’est-ce que cela devait être !). Mais sans l’arrivée d’un nouveau prophète, comment les musulmans feront-ils évoluer leurs rapports avec les femmes ? A mon avis, il faut qu’ils se réfèrent à Jésus, ils le vénèrent, mais ils ne veulent sans doute pas entendre ce qu'il a dit à ce propos. L’attitude de Jésus par rapport aux femmes est sans équivoque, il les aimait dans tous les sens du terme et il n'était pas "macho", contrairement aux hommes de son époque.
Je rappelle que ce livre s’adresse aux chrétiens de France, c’est pourquoi je dis que c’est dans les Z.U.P. que cela va se jouer, dans les écoles et dans les familles des deux clans. Ce qui est positif dans l’islam, c’est l’importance donnée à la famille, qui est la cellule de base de la société (sur ce point, nous avons peut-être des leçons à prendre…), et dont la femme est l’élément le plus important car elle est la seule certitude quant à la filiation. (c’est pour cela qu’elle est surprotégée).
Je recommande la lecture intégrale de cette sourate, au moins jusqu’au 91ème verset. Ensuite, les préceptes sont contestables, notamment en ce qui concerne le droit de tuer un infidèle, faute qui, pour un musulman, n’en est pas vraiment une et qui en tout cas fait l’objet de la clémence d’Allah. Si Dieu est amour, on n’a pas le droit de lui faire dire des choses pareilles.

Jusqu’ici, la lecture du Coran fait apparaître une grande vénération à l’égard de Moïse et de Jésus et ce, de manière très récurrente ; mais dans les versets 156 et 157 de la troisième sourate, le Coran porte des accusations graves et répétées à l’encontre du peuple juif, qui auraient rompu l’Alliance avec Dieu :
« Dans leur effaçage (mensonge) – à propos des juifs – ils ont proféré une grandiose calomnie contre Marie. Ils ont dit : Voici, nous avons tué le Messie Jésus, fils de Marie, l’Envoyé d’Allah. Mais ils ne l’ont pas tué, ils ne l’ont pas crucifié, c’était seulement quelqu’un d’autre, qui pour eux lui ressemblait. Ceux qui s’opposent à cela et demeurent dans le doute n’ont pas le droit de savoir, et ne suivent qu’une hypothèse. Ils ne l’ont certes pas tué… »
Ce verset 157 est ambigu et peut contenir de l’explosif si on ne le comprend pas et je citerai l’explication d’André Chouraqui.
Cet avis concerne donc les versets 156/157 cités ci dessus :
A propos de la « grandiose calomnie » d’abord.
« De Jésus, dont traite ces versets, Muhammad disait : de tous les hommes, je suis plus proche de Jésus en ce monde et je le serai dans l’Autre. La calomnie contre Marie était de l’accuser d’avoir eu un fils hors de son mariage avec Joseph. »
A propos de « ils ne l’ont pas tué » ensuite. « Jésus n’est pas mort sur la croix, ou un sosie s’est substitué à lui, tandis qu’il s’élevait vers Allah, par grâce…
…La notion de rédemption n’apparaît pas plus dans le Coran que celle de la crucifixion.
Seule apparaît une notion de jugement : « Dans les Tentes de l'Ecrit, personne n'ad'hérait à lui avant sa mort, au Jour du relèvement, il en témoignera contre eux. ».

Voici quelques remarques personnelles :
Lorsque le Coran fait allusion au fait que Jésus ne serait pas mort crucifié et qu’il serait monté aux cieux à la fin d’une longue vie, tandis que, sur la croix, serait mort une personne de substitution, il fait resurgir un doute très ancien sur cette affaire. C’est probablement à cause de ce « secret » rapporté en France par les Templiers, que ceux-ci auraient péri sur le bûcher de l’Inquisition, sur ordre du Pape. Quant au roi Philippe le Bel, il s’est rallié à cette idée, mais c’est surtout l’or des templiers qui l’intéressait. Si cette légende de la substitution du Christ sur la croix a été divulguée par l’islam, c’est en vertu de la bonne cause, car ils n’admettaient pas que Jésus, s’il est Dieu, puisse mourir et le fait d’invoquer son ascension au ciel en chair et en os, c’est en quelque sorte le « diviniser ». Dans l’Evangile de Jean concernant la résurrection du Christ et ses apparitions, Jésus dit clairement à Marie-Madeleine, à qui il est apparu en premier : « Ne me touche pas car tu ne sais pas de quelle nature est mon corps. » A Saint Thomas, il dit à peu près la même chose, et selon Jean, celui-ci n’a pas mis ses doigts dans les plaies du Christ, il a seulement dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Il ne faut pas oublie ce qui est écrit dans les évangiles catholiques officiels à propos des apparitions de Jésus à ses disciples : les issues étaient fermées, Jésus apparaissait, les disciples ne le reconnaissaient que tardivement, Jésus interdisait qu'on le touche, et il disparaissait comme il était venu : mystérieusement. En conclusion, l'église catholique ne cache absolument pas qu'il s'agissait d'apparitions spirituelles et désincarnées. C'est écrit dans l'Evangile, alors pourquoi dit-on dans les sermons des églises que Jésus est apparu en chair et en os?
On doit se poser la question suivante : est-il plus fort, quant au message de rédemption, que Jésus soit apparu en chair et en os, plutôt qu’en esprit ? Jésus voulait-il prouver que l’esprit est plus fort que la chair, ou l’inverse ? Quant à l’interprétation du Coran sur la crucifixion du Christ, cela n’a rien de surprenant quand on sait que l’islam est issu des religions chrétiennes, nestoriennes et monophysites qui se distinguaient des autres religions chrétiennes par la question concernant la nature du Christ : purement divine ou humaine et divine ? Finalement, à propos de la Résurrection, le Coran est proche de l'Evangile.

Revenons à l’interprétation de Chouraqui :
« Cette Ascension constitue un privilège suprême par lequel Allah confère à son Envoyé une suréminente dignité ». L’Ascension de Jésus dans le Coran souligne le destin exceptionnel de cet Envoyé d’Allah à qui, seul parmi les Inspirés, sont attribués des pouvoirs extraordinaires comme celui de créer et de ressusciter. »

Délibérément, je reviens en arrière au verset 155 : « Mais ils ont rompu leur alliance, ils ont effacé les Signes d’Allah. Ils ont tué les Inspirés… etc. » Voici ce qu’en dit André Chouraqui :« Chrétiens et musulmans sont également consternés par le fait du refus qu’Israël oppose au Christ comme Envoyé d’Allah ».
N’oublions pas qu’André Chouraqui est juif, et si cette réflexion nous rapproche des musulmans, il semblerait qu’il redoute qu’elle nous éloigne des Juifs…
Ce qui est désolant avec nos trois religions du Livre, c’est que l’on achoppe et que l’on s’entre-tue à propos de textes religieux très discutables, écrits par des milliers d’auteurs pendant 4000 ans. Qu’est-ce qui est le plus important : croire en Dieu, au même Dieu, ou se disputer sur des textes traduits dans tous les sens, dans toutes les langues du bassin méditerranéen et dont on n’est absolument pas certains qu’ils reflètent le sens premier que voulaient leur donner leurs auteurs ?
Je sais, les différentes interprétations concernant la vie de Jésus (sa naissance et sa mort notamment) ont servi toutes les religions du Livre, qui ne se sont pas privées de modifier les différents témoignages fournis par les disciples de Jésus pour conditionner leurs opinions publiques afin qu’elles acceptent la version des faits qu’elles voulaient imposer à leurs adeptes, quitte à présenter des « histoires » invraisemblables et contraires aux chroniques romaines de l’époque. Cette manière de faire a fonctionné tant que les populations étaient illettrées, mais maintenant, il faudrait que les religions reconnaissent que les gens sont incomparablement plus cultivés...

De deux choses l’une : soit on s’élève dans l’esprit de la lettre, et on est tous en harmonie, soit on s’abaisse au pied de la lettre, et on s’entre-tue ; le choix paraît simple, mais il semblerait que ce ne le soit pas pour tout le monde.
Je supplie mes lecteurs d’acquérir une culture religieuse afin de réfléchir par eux-mêmes, plutôt que de répéter les idées fausses qui se transmettent de bouche à oreille, ou de générations en générations.

* * *

Je n’ai aucune intention sacrilège en disant ce qui suit, mais je tiens à faire une remarque pratique au sujet du Coran et de la Bible : ces deux livres sont difficiles à lire et de ce fait, réservés aux spécialistes qui seuls, peuvent consacrer le temps nécessaire pour achever leur lecture et leur compréhension. Dans la Bible, il y a une très grosse proportion de narrations de faits historico-mythiques, écrits dans un style très chargé, qui lasse tous les lecteurs amateurs, car leur intérêt n’est pas évident. Je conseille de lire la Bible de la manière suivante : partir de la Genèse, passer par le Déluge, Abraham, Moïse, quelques prophètes comme Samuel, quelques rois comme David et Salomon, arriver à Jean-Baptiste, Jésus et les Apôtres ; c’est une lecture qui me semble suffisante, pour être éclairé sur la tradition judéo-chrétienne.
En ce qui concerne le Coran, je conseille de suivre ma méthode de lecture. Par ailleurs, il existe de beaux albums dessinés qui résument bien le contenu.. J’ai le souvenir que pendant mon enfance, j’ai feuilleté inlassablement le livre d’Histoire-Sainte que m’avait donné ma grand-mère paternelle, qui était une pieuse personne (l’état dans lequel se trouve aujourd’hui ce livre en est la preuve).

Dans le Coran, il y a beaucoup de redites, je sais que répéter indéfiniment fait partie de la méthode orientale : un peu comme pour les mantras, on martèle et ces répétitions finissent par marquer les esprits ; c’est moins une méthode de réflexion qu’une technique de « forgeage ». Bien sûr, c’est efficace, mais combien d’adeptes se livrent-ils à cet exercice ? Dans le monde chrétien, le résultat de la statistique devrait être faible ; dans le monde musulman, il est certainement meilleur car tout bon musulman doit obligatoirement réciter ses prières plusieurs fois par jour. Mais quand on sait que la majorité des musulmans dans le monde ne parlent pas l’arabe classique, on doute qu’ils puissent vraiment comprendre les prières qu’ils récitent mécaniquement, cela doit produire le même effet que le latin produisait sur nous, avant Vatican II, un effet magique… Mais je pense que si le Coran était traduit en toutes les langues utilisées dans les pays où vivent les musulmans et si cette traduction était autorisée par les autorités religieuses, le bilan spirituel de l’islam serait plus favorable à une modernisation de cette religion.

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Dans ce livre, je veux être rapide car si j’écrivais 2000 pages, personne ne le lirait, et mon but premier est qu’il soit lu, afin de donner envie aux lecteurs d’aller plus loin, en réfléchissant surtout et en vérifiant ce que je dis, par quelques lectures approfondies des sourates importantes du Coran. Ces sourates ne sont pas faciles à trouver car, si la Bible suit une ordre chronologique, il n’en est pas de même pour le Coran.

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La cinquième sourate est intitulée La Table, d’après le 112ème verset de cette sourate, dans laquelle il est question de ce que l’on pourrait assimiler à la Cène de Jésus ; "Ô ISSA (Jésus), fils de Myriquam (Marie), ton Raab (Père) nous dressera-t-il une table descendue des ciels ?, etc. » elle est à lire.

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La sixième sourate est intitulée Les Troupeaux, c’est un message classique qui a pour but de rassembler les « Bons » leur faire des promesses de salut, les différencier des « Méchants », infidèles qu’il faut chasser et envoyer aux Enfers…

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La septième sourate a pour titre Les Hauteurs, ce qui désigne les hautes murailles qui séparent le jardin d’Allah (le Paradis), de la Géhenne, où les coupables subissent la torture du feu de l’enfer… Dans notre tradition chrétienne, on ne fait pas mieux, hélas… La bonne évolution de nos trois religions du Livre ne serait-elle pas justement, de « s’ouvrir » vers les non-croyants et de les attirer plutôt que de les rejeter. Cette sourate est lourde de menaces…

J’aurais peut-être une hypothèse pour expliquer les répétitions du Coran : tous les jours de sa vie, Muhammad a prêché la bonne parole dans des cités différentes, alternant promesses de félicités et châtiments terribles ; en fait, les gens de l’époque à qui s’adressaient ces sermons ne les entendaient de la bouche du prophète qu’une seule fois dans leur vie car le jour suivant, le prophète prêchait dans une autre ville où il disait les mêmes choses que la veille. Cela explique peut-être le caractère répétitif du Coran dans lequel on a rassemblé les sermons du prophète.
Selon moi, le Coran serait une anthologie, dans laquelle le lecteur doit comprendre de lui-même qu’il faut classer et trier, mettre les répétitions dans le même « paquet » et ne les compter que pour une seule Parole… Je souhaiterais avoir raison avec cette hypothèse, car dans le cas contraire, cela signifierait que le Prophète se serait acharné à prêcher le massacre des infidèles, ce qui ne conviendrait pas du tout à l’image que l’on se fait d’un Prophète, qui en principe, doit prêcher l’amour plutôt que la haine.

Le Coran est aussi un livre d’histoire : la Sourate 8 s’appelle Le Butin et relate le partage du butin après une victoire sur l’ennemi. La Sourate 9 s’appelle Amnestie, c’est la suite de la péripétie précédente en quelque sorte, mais le verset 123 : « Allah est avec nous » est du déjà entendu, et cela dans les tristes moments du Monde (Dieu est avec nous…)

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Jusqu’ici j’ai cité toutes les sourates pour donner le ton de ce livre sacré qu’est le Coran.
Maintenant, je ne citerai que celles qui, à mon sens, apportent un message nouveau.

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Sourate 10 : JONAS, versets 35 à 37 : « Allah guide vers la Vérité, celui qui guide vers la Vérité doit être suivi… Voici, l’imaginaire n’avantage en rien contre la vérité… » Personnellement, j’aurais tendance à préférer l’imaginaire, ne dit-on pas que Dieu aime les rêveurs ?
Pour avoir l’Espérance, la raison et l’intelligence seraient-elles de meilleurs outils que l’intuition et le rêve ? Je pense que les trois vont ensemble, l’intuition doit précéder la raison et l’intelligence.

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Sourate 12. JOSEPH. Il s’agit de Joseph, fils de Jacob, mal aimé de ses frères qui ont tenté de le faire disparaître. Joseph raconte un rêve à son père, celui-ci lui dit : « Ô mon fils, ne raconte pas ta vision à tes frères, ils comploteraient contre toi : voici, le Satan est pour les humains un ennemi manifeste ». Cette sourate prend le contre-pied de la 10ème en faisant l’apologie du rêve.

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La sourate 19 reprend l’Evangile relatif au vieux Zacharie à qui l’Ange annonce que sa vieille épouse, Elisabeth, va avoir un enfant, miracle de la naissance de St Jean-Baptiste. Cette sourate reprend aussi l’Annonciation à la Vierge Marie de sa divine grossesse et trace la mission de son fils Jésus.

Ici, je placerai une remarque. Le Coran cite souvent les noms de Moïse et de Jésus, c’est bien, cela rapproche les musulmans des chrétiens, mais je regrette que le Coran n’aille pas plus loin et se contente de citer les noms de ces deux prophètes, sans citer leurs principaux messages : les Dix Commandements pour Moïse, et les paroles d’amour pour Jésus. Est-ce une subtilité orientale pour cautionner Muhammad, tout en atténuant la portée de ses paroles vengeresses ? A réfléchir !

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La sourate 20 retrace la mission de Moïse, faiseur de miracles, auprès du pharaon, pour délivrer le peuple élu de l’esclavage. Elle rappelle l’Alliance entre Dieu et Adam.

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La sourate 22 : l’inspiré, traite de la pureté, de la prière, de l’humilité et de l’inconditionnelle cohésion à Allah et à son livre, le Coran, pour donner son plein sens au pèlerinage à la Mecque, qui peut aller jusqu’au sacrifice de la vie du pèlerin .

* * *

La SOURATE 23 reprend en partie le début de la Genèse de la Bible et l’interprète ensuite différemment, versets 12 à 26 :

« Ainsi nous créons l’homme d’un extrait d’argile,
et nous mettons le sperme dans un enclos sûr.
Du sperme, nous créons un embryon,
nous créons du fœtus des ossements,
et nous revêtons les os de chair.
Puis nous le métamorphosons en une autre créature,
Ô Baraka d’Allah,
Ô le plus brave des créateurs
Ensuite vous mourrez. Et ensuite, le jour du Relèvement,
Vous ressusciterez. » etc.

Cette sourate dresse le portrait de l’homme qui, dégagé des attaches de l’idolâtrie, adhère à Allah et voue sa vie au témoignage de Sa Parole, et la promotion de Son Règne.

* * *

La sourate 24 intitulée La Lumière est curieuse, car en fait on y parle très peu de la Lumière (bien que ce thème soit récurrent dans le Coran et la Bible) mais on y parle surtout des règles de morale, d’attitude et d’habillement de la femme, des femmes de sa famille, des femmes esclaves et des putains (sic). On parle des punitions pour l’adultère de la femme et de celles passibles pour faux témoignages.
En ce qui concerne justement la faute d’adultère de la femme, (il n’y a pas de faute d’adultère de l'homme dans le Coran, curieux !) la sanction « conseillée » est la mise à mort par lapidation… En Palestine, du temps de Jésus, la coutume était déjà la même, donc cette pratique n’est pas typiquement musulmane, mais plutôt une coutume de tout le Moyen-Orient. Mais souvenons-nous de l’Evangile où il est relaté cet épisode de la femme adultère qui, poursuivie par des hommes voulant sa lapidation, se réfugie près de Jésus, qui demande à ses agresseurs : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Les hommes s’en vont l’un après l’autre et quand la femme se retrouve seule avec Jésus, celui-ci lui dit : « moi non plus, je ne te condamne pas, va, ne pèche plus, tu as beaucoup aimé, il te sera beaucoup pardonné ».
(Jean VII – paragraphe I ) (voir également paragraphe 61 – Matthieu V et Luc XVI à propos de la répudiation de l’épouse adultère). Les auteurs du Coran qui vénèrent tant Jésus, ne pouvaient ignorer cet Evangile, alors pourquoi n’en ont-ils pas tenu compte ?
Dans le verset 31 ; il est dit aux « adhérentes » :
« de baisser leurs regards, de préserver leur nudité, de ne montrer que l’extérieur de leur beauté, de rabattre leur voile sur leur gorge. »
(il n’est pas écrit « sur leur visage ».) . Ce que demande le Coran, quant à l’habillement des femmes ne va guère au-delà de ce qui était convenu avant « mai 68 » époque durant laquelle on ne vivait pas dans l’obscurantisme, quoique, par rapport à la mode de l’an 2000, on puisse le penser...
Le Coran est marqué par son époque et par la société dans laquelle il a été créé, c'est pourquoi musulmans et chrétiens devraient en relativiser la portée. Qu’il s’agisse du Coran ou de la Bible, dans les deux cas, il serait stupide de les interpréter au pied de la lettre.

* * *

La sourate 26 intitulée Les Poètes est un manifeste contre les poètes qui utilisent la poésie comme une arme contre l’islam. Il faut se méfier de l’intellectualisme qui peut avoir des dérives perverses. Un Hadith de l’époque dit « Mieux vaut un ventre plein de pus, plutôt que de poésie »… , ce qui signifie que de belles poésies peuvent contenir des pensées horribles.

* * *

La sourate 27, Les Fourmis est à lire : Les Merveilles de la Création reflètent les splendeurs du monde spirituel. Dans les versets de 16 à 19, Salomon s’extasie de comprendre le langage des animaux et admire les fourmis, les oiseaux, etc.

* * *

Dans la sourate 29, intitulée L’Araignée, rien à voir avec cet animal, si ce n’est la comparaison de la fragile toile qu’elle tisse, avec la fragilité de notre conscience humaine (verset 41- à lire).

* * *

La sourate 30 intitulée Les Romains (al-rum, le mot rumi désignant les chrétiens doit venir de là) est une page d’histoire relatant les guerres de l’Empire de Byzance (appelé Romain) contre l’empire perse, péripéties entre lesquelles les musulmans essayaient de tirer leur épingle du jeu. Intéressant sur le plan historique.

* * *

La sourate 32 est une des plus belles et des plus courtes, elle célèbre la gloire d’Allah et le mystère de la création, le mystère du temps et de la fin du monde.

LA PROSTERNATION (AS-SADJDAT)
1. La descente de l’Ecrit, nul doute en cela,
vient du Rabb des univers (le créateur) »
2. Diront-ils : « Il l’a inventé » ?
Mais non ! C’est la vérité de ton Rabb,
pour que tu alertes un peuple
à qui aucun alerteur n’était venu, avant toi.
Peut-être seront-ils guidés.
3. Allah a créé les ciels et la terre
avec ce qui est entre les deux en six jours,
puis il s’est assis sur le Trône :
vous n’avez pas, sauf Lui,
de protecteur ou d’intercesseur.
Ne vous souviendrez-vous pas ?
4. Des Ciels, Il donne des ordres à la terre :
ceux-ci reviennent à Lui en un jour,
dont la durée est de mille ans,
selon votre comput.
5. Il est le Connaisseur du mystère et du témoignage,
Lui l’Intransigeant, le Matriciel. ».
6. Il excelle en tout ce qu’il crée.
Il a commencé à créer l’humain d’argile.
7. Puis Il tire sa progéniture
d’une goutte d’un liquide fétide.
8. Il le forme et lui insuffle son souffle.
Il met en vous l’ouïe, la vue, les viscères :
vous êtes peu reconnaissants !
9. Ils disent : « Quand nous serons enfouis en terre,
pourrions-nous devenir une créature nouvelle ? »
Cependant, ils effacent la rencontre de leur Rabb
10. Dis :
« Le Messager de la mort,
votre allié, vous prendra,
et vous reviendrez à votre Rabb. »

30 versets, 5 pages, agréables à lire.

* * *

La sourate 33 – Les Partisans, est bien nommée, elle illustre parfaitement ce qui est trop dit et redit dans le Coran : L’Adhérent (le musulman) qui suit bien les préceptes d’Allah ira au ciel, tandis que le « fraudeur », « l’effaceur », l’infidèle en quelque sorte, n’aura aucun crédit auprès d’Allah, et ira irrémédiablement en enfer. Le prophète et son Coran des origines était prisonnier de la lutte politique dans laquelle il vivait, le pardon n’existait pas. Et la femme, si elle est adhérente, le partisan peut l’épouser, mais il peut aussi la répudier ; quant à la femme non-croyante, elle est moins que rien, moins que l’infidèle mâle. Avec les femmes adhérentes, l’homme a tous les droits, surtout si elle est belle. Si la femme est surprotégée, c’est parce que c’est elle qui transmet la religion par son sang et, paradoxalement, une femme croyante doit être plus surveillée qu’une incroyante.
Le seul devoir de l’homme vis à vis des femmes c’est d’être généreux… etc.

* * *

Je pense que le Prophète devait avoir quelques problèmes avec les femmes qu’il a épousées après la mort de sa première femme, si tel n’était pas le cas, il n’en parlerait pas autant.
Je présente mes excuses aux musulmans d’aujourd'hui de mettre l’accent sur ce qui concerne les femmes dans le Coran, mais ce serait leur intérêt d’en prendre conscience, s’ils veulent vivre dans un climat de paix avec le reste du monde.
Le Coran a été écrit à une certaine époque dans un certain contexte ; les temps ont changé, le contexte aussi. Les musulmans sont condamnés à évoluer. Les chrétiens aussi d’ailleurs. Les principes de la République et de la laïcité devraient les y aider, ainsi que la première sourate :
« Au nom d’Allah, le Matriciant, le Matriciel.
La désirance d’Allah, Rabb des univers,
Le Matriciant, le Matriciel, souverain au jour de la Créance (la création) :
Toi, nous te servons,
Toi, nous te sollicitons.
Guide-nous sur le chemin ascendant,
Le chemin de ceux que tu ravis,
Non pas celui des courroucés, ni des fourvoyés. »

CHAPITRE VIII : LES HADITHS


Se limiter à l'étude du Coran pour analyser l'Islam nest pas suffisant, seuls quelques érudits pourraient découvrir ce qu'il y a de commun entre le christianisme et l'islam.

Peu de chrétiens connaissent l’existence des Hadiths, même chez les musulmans de base car je n’ai jamais entendu l’un d’eux me parler de ces textes

Alors, qu’est-ce que le Hadith ? pour répondre, je citerai Jean-Jacques Thibon qui a fait la préface du livre de An-Nawawi, traduit par Mohamed-Tahar et paru aux éditions Les Deux Océans, en 1980, sous le titre « Les Quarante Hadiths » et en sous-titre « Les traditions du Prophète ».
Je cite : Le Hadith, que l’on désigne aussi sous le terme général de "tradition", rapporte les actes ou les paroles du prophète Muhammad, ainsi que l’approbation de paroles ou d’actes qui, n’émanant pas de lui, ont eu lieu en sa présence et n’ont pas entraîné sa condamnation. Ce corpus de traditions constitue "la Sunna", les pratiques du Prophète, par lesquelles se définissent les sunnites, qui se dénomment « les gens de la sunna et de la communauté ».
Pour résumer, on pourrait dire que le Coran est équivalent aux dix commandements inspirés par Yahvé à Moïse et interprétés par les chrétiens et les juifs. Les Hadiths, quant à eux, pourraient être comparés à nos évangiles.
Pour donner un exemple, le Coran parle de la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent). Un Hadith dit : « la loi du talion, c’est bien, mais le pardon et la maîtrise de la colère et de la passion, c’est mieux ». La différence n’est pas mince. D’ailleurs sans les Hadiths, les sommets d’œcuménisme et de bonne entente pour faire un travail positif, entre les Xème et XIIIème siècle, en Espagne, n’auraient jamais existé.

Les Hadiths écrits pendant la vie du Prophète étaient peu nombreux car Muhamad exigeait qu'ils soient transmis oralement, afin qu’il n’y ait pas confusion avec le Coran qui était en cours d’écriture. Ensuite, pendant deux siècles, les disciples du prophète hésitèrent entre écrire ou ne pas écrire les Hadiths et c’est seulement après le IXème siècle que ce fut autorisé.
Les Hadiths, peu nombreux à l’époque du prophète (quelques centaines) devinrent très nombreux avec la multiplication des écoles musulmanes (plus de 100.000 Hadiths).
A partir du Xème siècle, de nombreuses écoles de Hadiths furent créées, et les étudiants devaient réciter l’ensemble des écrits par cœur, pour que leur soit donnée l’autorisation de transmettre la tradition.

Dès le XIIème siècle, les critiques constituèrent une partie décisive de l’investigation menée sur les Hadiths, et on s’aperçut que de nombreuses traditions étaient de la pure invention, ce qui entraîna la création d'une échelle, pour établir le degré de crédibilité des auteurs. Mais il y avait une autre cause à ces dérives, c’était les mots eux-mêmes et ainsi se développa la science des mots d’usage rare ou peu explicite que l’on peut trouver dans les Hadiths.

L’érudition en matière de Hadiths est réservée aux spécialistes, cependant, il est convenu d’admettre que tout croyant se doit d'en connaître une quarantaine. Ce nombre de quarante n’est pas choisi par hasard, puisqu’il tire son origine d’une parole du Prophète :
« celui qui, pour ma communauté, préserve (mémorise) quarante Hadiths ayant trait à sa religion, Allah, au jour de la résurrection, le placera en compagnie des Juristes et des Savants. ».

* * *

Comme nous l’avons fait pour le CORAN, nous allons survoler ce Livre des Quarante Hadiths du Prophète, et nous nous attarderons seulement sur les plus forts.

Hadith n°1 « Les actions ne valent que par les intentions qui les motivent…, etc. »
Autrement dit, l’intention est l’esprit qui vivifie l’action.

Hadith n°2 « Ce jour-là, alors que nous étions assis auprès de Muhammad, vint à nous un homme habillé de blanc éclatant et aux cheveux très noirs. On ne remarquait sur lui aucune trace de voyage et personne d’entre nous ne le connaissait. Pourtant, il s’assit à côté du prophète, tout contre lui, il posa ses mains sur ses jambes et lui dit : Ô Muhammad, informe-moi sur l’Islam. Le Prophète répondit : l’Islam est que tu témoignes qu’il n’y a pas de Dieu, si ce n’est Allah et que Muhammad est son prophète. L’homme répondit : tu as dit vrai, mais informe-moi sur la foi. Le prophète répondit : c’est que tu croies en Allah, ses Anges, ses Livres et ses Envoyés et au Jour-Dernier, et que tu croies à la prédestination du bien et du mal.
L’homme lui dit : tu dis vrai et il ajouta : informe-moi sur l’accomplissement parfait de l’adoration. Le Prophète répondit : c’est que tu adores Allah comme si tu Le voyais car si tu ne Le vois pas, Lui te voit.
L’homme dit : Informe-moi sur l’Heure Dernière. Le prophète répondit : L’interrogé n’en sait pas plus à ce sujet que celui qui l’interroge, etc. » Fin de citation
Ce dialogue ressemble au dialogue que Casanova imagina entre lui et Dieu (dans un rêve, naturellement).
L’histoire se termine par le départ de ce visiteur étranger et les disciples demandent à Muhammad qui cela peut être. Le prophète leur répond ; « C’est Jibril (l'ange Gabriel) qui est venu à vous pour vous enseigner votre religion »

Hadith n° 11 : « Laisse ce qui te cause un doute pour ce qui ne te cause aucun doute. ».
C’est la sagesse même… et la clé du bonheur.

Hadith n° 12 « Une des belles façons de pratiquer l’islam consiste pour l’homme à laisser ce qui ne le regarde pas ». Cette maxime figure en 4ème de couverture du livre que j’ai cité.

Hadith n° 13 (le plus beau) « Aucun de vous n’est croyant, tant qu’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même ».
Je rapprocherais ce Hadith d'une parole de l'apôtre Jean qui, à la fin de sa vie, fatigué des disputes "byzantines" (sexe des anges, etc..) a dit : "Aimez-vous les uns et les autres, cela suffira" (sous-entendu pour votre salut).

Hadith n°16 : « un homme demanda au Prophète : donne-moi un conseil ; celui-ci lui répondit : ne te mets pas en colère. »
(la colère est un retour à l'état animal).

Hadith n° 19 « Observe les commandements d’Allah, tu le trouveras devant toi.
- cherche à connaître Allah dans l’aisance, tu le connaîtras dans la détresse.
- Sache que ce qui t'a manqué n'était pas de nature à te manquer.
- Sache aussi que l’assistance vient avec la constance et la délivrance avec l’affliction.
- - Certes, avec la peine vient la félicité. »
(Ces préceptes sont très catholiques).

Hadith n° 20 « Quand tu n’as pas honte, fais ce que tu veux. » C’est un peu ce que Rabelais faisait dire aux habitants de l’abbaye de Thelem. (autrement dit : "écoute ta conscience").

Hadith n° 32 « Muhamad dit un jour à ses disciples : ne faites pas le mal et ne rendez pas le mal pour le mal. » (en opposition totale avec la loi du talion : "œil pour œil, dent pour dent").

J’ai retrouvé dans ces Hadiths des phrases faisant allusion au mal que l’on aurait pu faire et que l’on n’a pas fait et qui, en définitive, compte comme une bonne action ; idem pour les fautes par omission ou celles commises contre un infidèle…

Hadith n°40 : « Sois en ce monde comme un étranger ou un passant. Lorsque tu es au soir, n’attends pas le matin et lorsque tu es le matin, n’attends pas le soir. Prends sur ta santé pour quand tu seras malade et prends sur ta vie pour quand tu seras mort. »

Hadith n° 41 « Aucun de vous ne sera croyant, tant qu’il n’aura pas assujetti ses passions à ce que j’ai apporté. » (à rapprocher du 16ème hadith cité précédemment).

* * *

Ce survol des quarante Hadiths du Prophète laisse en perspective toutes les pensées que l’on peut trouver dans les 200.000 Hadiths recensés et qui tous, témoignent d’une interprétation du Coran.

Les Muftis devraient davantage s’inspirer des Hadiths pour communiquer à l’intérieur de la communauté musulmane et à l’extérieur, pour faire connaître cette religion. Ce qu’il serait intéressant de souligner, c’est la réelle signification du mot Fatwa (guerre Sainte) qui est la lutte contre le mal qui est en nous.


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CHAPITRE IX - L’ISLAM DOIT S’INTEGRER AU IIIème MILLENAIRE – EVOLUTIONS POSSIBLES


J’aborde ici le chapitre le plus délicat de ce livre. L’islam possède la particularité unique d’être une religion d’un livre sacré, le Coran, qui régit tous les aspects de la pensée, de la vie publique et familiale. Donc, théoriquement, pour faire évoluer les populations musulmanes, il faudrait modifier, soit le Coran, soit les hommes. Mais le Coran ne peut être modifié, il ne peut être qu'expliqué, seuls les hommes peuvent changer. La réponse à cette question est dans le livre lui-même : le Coran résout tous les problème qui se posaient à l'homme du VIIème siècle dans le pays des Bédoins. En Europe et au XXIème siècle, les problèmes posés à l'homme sont différents ; voici les données actuelles qui nous permettent de raisonner différemment :
La France est un pays de droit, pas à 100 % , mais à plus de 50 %. Cela veut-il dire qu'il y a 50 % d'espace de non-droit ? Non ! Nous avons un pouvoir législatif qui crée des lois nouvelles, nous avons une justice qui crée des jurisprudences et surtout, nous avons une population qui écoute, qui concilie et ne cherche pas systématiquement l'affrontement. Enfin et surtout, nous avons une constitution qui a prévu la séparation de l'Etat et des religions.
Les français sont des individualistes, certes, mais lorsqu'il s'agit de défendre les valeurs de la République, ils sont capables de faire bloc et, malgré les attaques pernicieuses de certains individus pervers, ce bloc est inviolable.
Actuellement, on peut affirme que le Pouvoir est à l'écoute des musulmans, toutes les conditions sont requises pour que les musulmans fassent confiance l'état français pour régler leurs problèmes de "convivance" et qu'ils mettent en sommeil le droit musulman qui n'a aucune raison d'être activé en France car le droit français et le droit musulman se recoupent en de nombreux points.
Le Coran ne contient pas, heureusement, que du droit social, mais aussi et surtout un trésor de pensée spirituelle inspiré par Dieu à Muhammad et ce trésor est inestimable et infini, comme Dieu. Et ce trésor, rien n'interdit aux musulmans de France de l'utiliser pour illuminer leur conscience, c'est leur droit le plus strict et absolu, car la loi de 1905 concernant la séparation de l'église et de l'état, ainsi que la charte de l'ONU, contient la clause de liberté absolue de conscience. (sans compter la Déclaration des droits de l'homme et des devoirs du citoyen promulgués après la révolution française).
Il n'est donc pas question de modifier le Coran pour l'adapter au droit français, mais de modifier son utilisation quant à ses aspects sociaux.
Cette évolution est nécessaire et les musulmans du XXIème siècle sont d'un esprit plus évolué que les princes de l'église catholique du XVIème siècle, il ne leur faudra pas cinq siècles pour s'adapter, eux…
Souvenons-nous que la réhabilitation de Galilée par le Vatican s'est faite autour de l'an 2000… Les cardinaux savaient depuis longtemps que la terre était ronde et qu'elle tournait.
Souvenons-nous qu'il a fallu plusieurs siècles et la deuxième guerre mondiale pour que le Vatican décide de supprimer le caractère "déicide" attribué au peuple juif… Il n'est jamais trop tard pour bien faire et nous avons de bonnes raisons d'espérer et de faire confiance aux musulmans.

Il faut que tous les musulmans influents de la planète, ainsi que les membres influents des autres religions se persuadent de deux choses, qui à mon avis sont possibles :

- La première : pourquoi ne referaient-ils pas ce que leurs ancêtres musulmans, conquérants de l’Espagne firent au Moyen-Age, c’est à dire, travailler en harmonie avec les hommes influents des deux autres religions du Livre, et créer ensemble des universités savantes, travaillant sur la philosophie, les sciences et la justice. Seraient-ils moins intelligents, que leurs ancêtres ? En faisant cela, ils ne feraient que suivre les préceptes du prophète qui recommandait aux musulmans de s’adapter aux coutumes locales des pays conquis. Dans un état laïque comme la France, la chose serait possible et ce, d'autant plus que le rectorat de la mosquée de Paris et l'épiscopat français sont très ouverts.

- La deuxième chose dont ils doivent se persuader est de vivre en paix. La guerre n’est jamais voulue par les peuples, mais par les chefs qui sont censés les représenter. Si les chefs se disent être les représentants du peuple, pourquoi font-ils des choses que les peuples refusent ? A cela, les chefs peuvent répondre que les peuples sont bêtes et inorganisés, qu’ils n’ont pas tous les éléments en main pour juger de ce qui est bon ou mauvais. Hélas, les chefs ont parfois raison de dire cela, mais l’état d’ignorance qu’ils reprochent aux peuples n’en sont-ils pas les instigateurs ? C’est tellement plus facile de diriger un troupeau de moutons !

Si les chefs extrémistes disent que leur peuple n’a pas intérêt à vivre en paix avec le reste du monde, alors les chefs devraient être destitués, mais comme ils ne partiront jamais d’eux-mêmes, ce sera la guerre civile intra- et intercommunautaire, c'est inacceptable. Si nous considérons que les chefs de tous les groupes d’influence de tous les pays du monde, se sont toujours accrochés farouchement à leur pouvoir, on n’imagine même pas qu’ils puissent laisser leurs places à des « Maîtres de Sagesse », sauf à devenir maîtres de sagesse eux-mêmes, ce qui est le plus hautement improbable. Alors, qui les rendra sages ?.
Le « talon d’Achille » de tous les hommes de la planète : ils ont « besoin » de la femme, et dans ce domaine les femmes ont un pouvoir considérable, elles peuvent tenir la dragée haute et elles sont aussi nombreuses que les hommes. On n’a jamais vu un homme avoir raison contre plusieurs femmes, déjà contre une seule, ce n’est pas facile…

Dans le monde musulman, cela va être difficile pour les femmes de modifier la relation homme/femme. En effet, si les femmes sont mariées plus ou moins de force, très jeunes, juste après leur puberté, les hommes en revanche se marient à un âge adulte similaire aux hommes occidentaux
Quand les hommes accèdent à un mariage, combiné par les familles et qu’ils ont payé les sommes convenues entre familles, ils considèrent leur épouse comme un bien-propre sur lequel ils ont tous les droits. Peut-être certains musulmans connaissent-ils un sentiment amoureux pour leur épouse, mais cela ne les empêche pas de se comporter en « propriétaire » ; dans beaucoup de cas, la femme n’est qu’une « partenaire de reproduction », et éventuellement un moyen de plaisir sexuel pour l’homme. S’il y a des exceptions, elles sont minoritaires.

Dans de telles conditions de mariage, les jeunes épouses musulmanes ne connaissent pas encore la psychologie masculine quand elles débutent dans la vie conjugale et, au bout de quelques années d’expérience conjugale, les habitudes sont prises. Imaginez-vous mesdames, dans la peau d’une jeune fille de 13/14 ans face à un « vieux » de 25 ans et plus qui vous écrase par le poids de son autorité et celui de la tradition.
Pour pallier ce handicap énorme, il faudrait que la grand-mère paternelle du mari, qui est officiellement la chef de famille, prenne en main la nouvelle épouse pour la former à résister à son mari. Cette chose est peu vraisemblable étant donné qu’elle a une position de belle-fille, et que ce soit dans le monde chrétien ou dans le monde musulman, la belle-fille est toujours mal vue ! La grand-mère paternelle de l’épouse pourrait peut-être faire quelque chose avant le mariage de sa petite fille ; mais encore faudrait-il qu'elle ait pris conscience du problème, ce qui est peu probable, car plus on remonte dans le temps, plus on s’enfonce dans la tradition lourde et immuable. Dans vint ans peut-être, les grands-mères paternelles auront évoluées.
La « contamination » des femmes musulmanes jeunes aux idées d’équilibre dans le couple ne peut provenir que de l’extérieur : écoles, médias, femmes musulmanes vivant en Occident, films, livres, culture, etc. Les médias ont un grand rôle à jouer. Déjà en Algérie, on voit des femmes musulmanes descendre dans la rue pour obtenir la fin des massacres, mais nous n’avons pas connaissance des représailles conjugales qu’elles subissent probablement après. Ont-elles les moyens de refuser les approches de leur mari dans le lit conjugal pour manifester leur désaccord, sans risquer d’être répudiées ? La partie de bras de fer entre époux musulmans ne se jouera pas que dans la rue, mais dans le secret de la chambre conjugale et du foyer familial.

Pourquoi les hommes ont-ils depuis toujours une tendance au machisme ? Parce qu’ils ont peur des femmes, dont ils constatent la supériorité dans beaucoup de domaines, ils n’ont que la force physique à leur opposer. Les hommes sont conscients que les femmes les dominent par leur facultés intellectuelles d’intuition et par leur rôle de mère, porteuse de leur descendance. Pendant très longtemps, ces deux pouvoirs extraordinaires ont effrayé les hommes, tous les hommes, pas seulement les musulmans, et c’est pour réagir contre cette peur que les hommes ont adopté l’attitude machiste, méthode qui n’a pas recours à l’intelligence mais à la seule force physique. C’est pour brider leur capacités intellectuelles qu’elles ont pendant longtemps été interdites d’école, et ce n’est d’ailleurs pas encore fini…

S’il est une évolution du monde moderne dont on ne peut pas douter, c’est justement la perte d’influence de la force physique pour réussir socialement, et cela au profit de l’intelligence ; ce n’est pas le plus fort qui gagne mais le plus malin.
A la force physique, les femmes musulmanes devront opposer l’astuce, la force d’inertie et le chantage conjugal pour obliger leurs maris à évoluer dans leur interprétation du Coran en ce qu’il interfère à 100 % dans tous les rapports sociaux. Dans cette évolution, les médias occidentaux auront un rôle considérable à jouer, et c’est principalement les femmes journalistes qui devront prendre cette affaire en main. Il faudrait que se développent en Occident à l’usage des femmes de la diaspora islamique, des revues féministes du genre "Elle" et "Metropolitan", qui agiraient subtilement sur les musulmans mâles en leur montrant le côté ridicule et suranné de leur attitude vis à vis des femmes. A mon avis, les jeunes musulmans devraient réagir positivement. Je pense qu’en France, les « beurettes » seraient tout à fait capables de mener cette action médiatique, mais encore faudrait-il que les patrons de presse soient convaincus du bien-fondé de cette action. Il y a six millions de musulmans en France, il y a donc logiquement trois millions de femmes, soit un million qui sont placées dans la tranche d’âge réceptive à ce genre d’action et clientes potentielles de ce genre de revues. Mesdames, dites aux « beurettes », n’ayez pas peur des hommes, sauf quelques fous dangereux (mais il y en a aussi dans la société occidentale), vous avez tout à gagner.

En France, il aura fallu trente ans (après 68) pour tendre à inverser le rapport de force en faveur des femmes, dans la compétition homme/femmes. Compte tenu des facteurs accélérateurs de tendances que sont la montée en puissance de la force médiatique, cette évolution des rapports hommes/femmes dans le monde musulman devrait aller plus vite que cela s’est passé en Europe dans la société chrétienne.

Je me répète : l’Evangile tend à donner plus de conscience à l’humanité, et plus de conscience signifie : plus d’autonomie pour gérer soi-même les problèmes de la vie ; celui qui est conscient décide lui-même en son âme et conscience. Le concept de LIBERTE ABSOLUE de CONSCIENCE doit être notre objectif. Ce n’est pas du tout ce qui se passe dans le monde islamique dans lequel ceux qui veulent manier les foules affirment que l’individu n’a pas à réfléchir avant de prendre une décision relationnelle, car tout est prescrit dans le Coran. Cette force réactionnaire est tellement réelle que l’on voit dans le monde entier des sites internet, que tout musulman moderne peut consulter et qui donnent la réponse à toutes les questions relatives aux problèmes sociaux, conjugaux, etc. On voit que sur ces sites, la lapidation est encore prescrite, à une nuance près : sauf si la femme se repent et s’auto-répudie avec tous les torts à sa charge… Le Coran ne s’est pas mis au goût du jour, par contre, il utilise les moyens de communication modernes, le muezzin est sur le web… Ceci n’est pas de la fiction et sur le web, on peut y trouver le Bien.

La toute puissance des médias est parfois aussi un arbre qui cache la forêt : à trop focaliser l’opinion publique sur les situations de crise, on finit par croire qu’il n’y a que ça. C’est faux, il y a aussi des situations normales, mais on n’en parle pas. Le monde arabe, dans une forte proportion vomit les intégristes, qu’ils soient arabes ou américains, c’est une réalité dont il faut tenir compte.

Symétriquement à cela, il faut savoir que l’intégrisme religieux de certains milieux américains (dont les baptistes, les évangélistes, les adventistes et autres sectes réformées…) hait le monde chrétien modéré au même titre qu’il hait le monde musulman.
Ces intégrismes opposés alimentent réciproquement leurs haines, ce qui est un effet mécanique bien connu. En Espagne au XIIIème siècle, ce fut l’intégrisme catholique qui rejeta les musulmans et provoqua en retour l’intégrisme islamique.

L’intégrisme, de quelque bord qu’il soit, focalise, simplifie à l’extrême, zoome sur un seul point, ignorant ainsi volontairement tout ce qui contredirait la thèse de l’intégrisme. On connaît de nombreuses ONG israéliennes qui travaillent de concert avec des ONG palestiniennes ; des ONG chrétiennes font la même chose elles aussi pour agir sur la plan humanitaire ; mais ils sont considérés comme des traîtres par les dirigeants intégristes de tous bords ; les modérés sont rejetés, éliminés physiquement.
Les Américains qui sont co-leaders dans le choc des intégrismes, auront du mal à faire croire au monde chrétien modéré et sage, que la « mission apostolique » qu’ils se sont appropriée pour régir le monde est sincère et justifiée car cette dite « mission » cache très mal les véritables motivations américaines qui sont stratégiques et économiques. Bien sûr, toute nation sensée réprouve les dictateurs et les tyrans, mais la crédibilité des américains depuis cinquante ans ne peut être établie sur leur chasse aux satans, car ils ont fabriqué eux-mêmes les satans, au gré de leurs intérêts, et les ont laissé tomber et combattus quand leurs intérêts le leur commandaient. L’ancien shah d’Iran, Saddam Hussein et Pinochet sont l’illustration parfaite de cette caractéristique des présidents américains qui est de jeter leurs jouets après usage.

* * *

L’Islam est ce qu’il est, mais il n’est pas pire que le christianisme et le judaïsme, surtout si on considère ces religions d’après leurs livres sacrés. Ces livres ont été écrits entre 15 et 40 siècles plus tôt et tout adepte intelligent de ces trois religions percevra les nuances qu’il faut faire entre ces écrits et la réalité contemporaine.
En Espagne et dans l’Europe entière, entre le Xème et XIIIème siècle s’est répandue une épidémie de sagesse, grâce à la clairvoyance de certains chefs de ces trois religions. Pourquoi cette "Epidémie de Sagesse » ne pourrait-elle pas se propager à nouveau, en opposition aux intégrismes primaires de tous bords, qui récupèrent les écritures et les modifient pour manœuvrer des innocents dont la culture et la sensibilité ont été volontairement limitées par des pouvoirs sans scrupules ? Il n’y a aucune raison, car les Sages existent, il faut les aider à se rassembler et à communiquer dans les mass-médias pour confondre les imposteurs de tous bords. Mais les modérés intéressent-ils les médias ?

Quand j’ai lu le Coran, ma première réaction a été de penser que ma démarche pour la paix était compromise, mais la réalité de l’actualité m’a fait prendre conscience qu’il existait un peu partout dans le monde de petits « foyers de contamination de sagesse » et que par conséquent, tout n’était pas perdu, si les gens qui en étaient conscients s’y accrochaient et oeuvraient inlassablement pour développer cette « bonne épidémie ». J’oserais dire que pour quiconque a la foi, a l’espérance, cette action est un devoir.
Les intégristes américains et musulmans sont convaincus qu’ils sont investis d’une mission divine, ne laissons pas faire ces individus dangereux. Investissons-nous dans une action tout simplement humaine car jamais Dieu n’a confié une telle mission aux chefs religieux.

CHAP X – RELATIVISATION DES CONCEPTS PROBABILITES ET CROYANCES


Si les idées développées dans le chapitre X ne mettent pas musulmans et chrétiens en harmonie, ce présent chapitre, au moins, les mettra tous d'accord contre moi, car il remet le fait religieux à sa juste place en le décrivant comme une fonction psychologique naturelle. Cela ne diminue en rien le dogme fondamental de l'existence d'un Principe-créateur, qui est, de toute éternité le cause du commencement : « Au commencement était le Verbe » dit le Prologue de Jean, mais avant le commencement, le "Principe était", ceci est le dogme fondamental (et unique) de tout fait religieux. La première sourate « Au nom d'Allah, le Matriciant, le Matriciel » ne veut pas dire autre chose, c'est en cela que nos religions se rejoignent. Ce dogme fondamental induit l'ESPERANCE, de laquelle découle la FOI et la CHARITE, vertus qUi génèrent la MORALE. Tout le reste n'est que broutilles…

Le concept de croyance découle d’une « pulsion », oserais-je dire, aussi profondément et inconsciemment enfouie dans les instincts de l’être humain, que le sont les pulsions fondamentales comme l’instinct de survie et l’instinct de reproduction.
Ce point de vue m’est apparu en considérant les réactions, souvent agressives, de certaines personnes, lorsqu’on essaye d’aborder avec elles une discussion ou un échange d’idées concernant le fait religieux ; on y retrouve les mêmes pudeurs que celles qui concernent la sexualité. Après s’être libérées du sexe en 1968, les Français devront se libérer de la religion (d'autres peuples d'Europe y sont parvenus, eux). Cette analogie n’est pas du tout péjorative, bien au contraire, car la « pulsion religieuse » n’est pas sans rapport avec l’instinct de survie et de reproduction, il en serait peut-être le prolongement. Cette analogie ne se limite pas aux causes profondes, mais aussi, logiquement, aux conséquences extérieures. En effet, quand ces trois pulsions se sentent menacées, on observe les mêmes réactions de violence et parler des religions provoque parfois les mêmes effets que lorsqu’on veut retirer le pain de la bouche d’une personne ou lui voler son/ou sa partenaire. En ce qui concerne es religions, le très épais écran culturel qui les couvre, a fait perdre de vue la fonction neuro-psychologique.

Quand on veut remonter une opinion contre quelqu’un ou quelque chose, il n’y a pas de moyen plus efficace que d’utiliser les canaux relatifs à la survie : faim, famille, religion, argent. Je rappelle les motivations qui m’ont poussé à écrire ce livre : je suis croyant, de tendance anticléricale, bien que reconnaissant l’intérêt que peuvent présenter les religions, j’ai donc une certaine distance par rapport à celles-ci. Le fait religieux étant à l’origine de nombreux conflits dans le monde, d’une part, et les religions étant totalement assises sur l’effet de croyance, d’autre part, j’ai pensé qu’il serait intéressant de « décortiquer » le phénomène de croyance, pour démythifier son importance et le ramener à des proportions raisonnables et raisonnées.

Plus exactement, il faut mettre le fait religieux sur un autre registre, le passer de notre face publique à notre face intime, nos convictions religieuses ne regardent que nous. Les menaces des églises brandissant les supplices de l’enfer en cas de légère déviation par rapport à l'interprétation de l’histoire sainte qu’elles veulent nous faire admettre, ne doivent plus être prises au sérieux.
La pratique publique des rituels religieux est nécessaire, mais ne doit occuper qu’une très faible proportion de notre vie religieuse, la pratique de la méditation religieuse doit en occuper la plus grande part. Pendant des prières collectives du genre "incantations" répétitives, l'être humain, par effet de la méthode Coué, perd sont quant-à-soi.
Il faut enlever le côté magique du mot croyance en le ramenant à ce qu’il est : un phénomène naturel issus d’un examen logique et honnête sans superstition. Je remplacerais volontiers le mot croyance par le mot : conviction, car ce mot plus élaboré et issu d'une réflexion.

Les mots ont de multiples facettes ; pour partir d’une base solide, prenons en référence la définition d’un dictionnaire : "croire" signifie « admettre comme réel ce que l’on entend dire, ou ce que l’on lit ». On constate que dans cette définition, on ne fait pas appel à l’esprit critique, au raisonnement ni aux réalités scientifiquement établies, lesquelles qualités déboucheraient plutôt vers un sentiment de conclusion logique que vers un sentiment de superstition. En effet, la définition donnée par le dictionnaire du mot croire, élimine toute vérification de l’affirmation qui est donnée et à laquelle on adhère sans réfléchir, sans analyse, on est prêt à croire n'importe quoi, même l'irrationnel.
Les églises ont même très souvent interdit la réflexion, car elle la craignait plus que tout : s'il y a réflexion, fini les superstitions stupides qui transforment les êtres humains en troupeau.

Pour aborder et essayer d’analyser à quoi correspondent les mots croire et croyance (le second mot étant la conséquence du premier) on va imaginer que ces mots ont deux extrémités inverses l’une de l’autre : d’un côté, on trouve une « Révélation » avec tout le cortège de subjectivité qu’elle génère, et de l’autre, on a la « probabilité » qui traîne avec elle tout l’arsenal rationaliste des calculs de probabilités et d'incertitudes. Du côté « Révélation », on baigne dans la béatitude et la certitude, du coté « probabilité », on est tiraillé par le doute et le désir de recherche.
Peut-être y a-t-il un lien entre Croyance et Probabilité, c’est ce que je vais essayer de démontrer. Je vais commencer par le coté le plus facile, celui de la probabilité et je terminerai par la croyance.

* * *

Les mathématiciens ne sont pas les seuls à calculer des probabilités : tous les hommes le font naturellement, d’instinct. Selon le philosophe RAMSEY : « Toute notre vie durant, nous sommes en train de parier sur des sujets divers, argent, amour, etc. y compris sur l’au-delà, nous parions sans cesse, bien que nous n’agissions pas toujours en vertu du principe de maximalisation de l’utilité espérée ».

Pendant toute notre vie éveillée ou pendant notre sommeil, une certaine partie de notre cerveau échafaude des scénarios, tous plus hypothétiques et invraisemblables qu’il soit possible d'imaginer ; et c’est à cause de cette activité intense et peu contrôlable, qu’il est difficile de fixer notre attention plus d’un certain temps (10 à 60 minutes) sur un sujet imposé. Il y a des moments où je n’arrive pas à fixer mon attention plus d'une minute car ma pensée s’évade sur des sujets plus agréables ou plus préoccupants. (L’élève du fond de la classe ne fait pas autre chose que rêver). Parfois les rêves se prolongent dans la vie éveillée et se concrétisent par des spéculations et des calculs de probabilités qui finissent quelquefois par une action constructive, c’est le cas des inventeurs et des compositeurs de génie.
Quand un problème se pose à nous, il devient souvent un sujet de rêve et de calculs de probabilités, ce qui fit dire à Ramsey : « Les degrés subjectifs de croyance correspondent aux lois du calcul de probabilité. ».

Dans ces processus, il ne faut pas perdre de vue le danger de la superstition qui est une tentation de facilité à laquelle l’être humain succombe souvent : ce n’est pas parce qu’un fait s’est produit en même temps qu’un autre fait, que les deux doivent obligatoirement avoir un lien de cause à effet ; il faut avoir le courage et l’honnêteté intellectuelle d’analyser la chose objectivement. Je m’explique, il existe deux types de probabilités :

a) celles dont l’interprétation est « subjectiviste » et qui correspondent aux événements singuliers classés dans le type « croyances » (ou superstitions).
b) celles dont l’interprétation est « fréquentiste » (ou statistique) et qui ne s’appliquent qu’aux grands nombres. On les classe dans la catégorie scientifique.

Ces deux types de probabilités ne sont pas opposables, sauf à les réduire à un dénominateur commun, ce qui logiquement est difficile à concevoir mais pas impossible, et c’est là que réside le danger signalé ci-dessus, le « garde-fou » dépend de l’honnêteté intellectuelle de chaque individu et de sa lucidité.
Les calculs de probabilités permettent de quantifier des événements nombreux, dont la cause est inconnue, ou délibérément classée « inconnue », car trop complexe à mettre en données.
Dans cette démarche de calculs de probabilités, on accepte délibérément une marge d’erreur, c’est la loi des statistiques, l’important est que cette marge d’erreur soit inférieure à la précision désirée, donc acceptable.

Ceci étant dit, nous allons affiner le processus en précisant qu’il ne faut pas confondre statistiques et probabilités ; les premières comptent des résultats, tandis que les secondes essayent d’établir des liens de cause à effet ; dans les deux cas, il ne s’agit que d’établir approximativement des « ordres de grandeur ». Cette méthode de travail est choisie quand on admet a priori qu’il est difficile, trop onéreux, voire impossible rapidement, donc pas rentable, de remonter aux sources des liens de causes à effets. De plus, dans une remontée aux sources des causes, le risque d’erreur est parfois très important, et cette marge d’erreur est multipliée par le nombre de maillons de la chaîne, dans ce cas, on risque d’arriver à un résultat complètement aberrant, pour la bonne raison que l’on a raisonné juste sur des bases fausses.

Pour illustrer cette difficulté, nous allons prendre l’exemple des dés à jouer. Si l’on voulait numériser toute les causes qui produisent l’effet « double –six », il faudrait connaître avec une exactitude absolue, tous les paramètres suivants (j'en ai certainement oublié plusieurs…, c'est dire la difficulté.) :
- la forme, le poids, l’équilibrage des dés.
- Position des dés dans le gobelet du lanceur
- Vitesse de propulsion et angle de la trajectoire de départ.
- Longueur de la trajectoire et rotation des dés
- Vitesse et angle de l’atterrissage ;
- horizontalité, planéité, rugosité de la surface d’atterrissage,
- courants d’air perturbateurs, etc.
Pratiquement, si l’on pouvait connaître tous ces paramètres avec un maximum de précision et si l’on fabriquait un matériel qui les reproduise exactement (à ce niveau-là, nous avons encore une source d'erreurs…), on n’obtiendrait jamais qu’une probabilité, très faible, de sortir un double six à tous les coups car l’appareil de lancement qui a reproduit tous les paramètres aurait obligatoirement, lui-même, un léger taux d’imperfection. Dans le cas du jeu de dés, si on arrivait à un tel résultat, le jeu de dés ne serait plus amusant du tout (dans la vie, c'est pareil, est-il préférable de connaître ou non son avenir…, c'est une autre question, philosophique, celle-ci.)

Dans les domaines industriels, scientifiques, enquêtes sociales et autres sujets importants, bien souvent, on ne peut pas remonter à la source des causes, car elles sont trop complexes ou "inconnaissables" et l’on a recours aux moyens d’enquêtes statistiques des sondages et de calculs de probabilités pour en appréhender une partie, tout en sachant que la marge d’erreur n’est pas négligeable. Cette marge d’erreur infinitésimale et insaisissable ne peut être appréciée que de manière subjective et dans ce cas, elle est livrée en l’état aux fonctions mathématiques, propres aux calculs de probabilités. Ces calculs vont livrer un résultat mathématiquement exact, mais fondé sur des éléments imprécis. Pudiquement, on va appeler cette imprécision « marge d’erreur », et si la marge de précision de l’enquête est supérieure à cette marge d’erreur, on pourra établir des ordres de grandeur et des lois statistiquement valables car basées sur les résultats des calculs de probabilités.
Dans le domaine scientifique, la mécanique quantique, qui est appliquée aux particules élémentaires, n’est rien d’autre que cela. En effet, en s’appuyant sur ces éléments, ont été bâties des théories qui ont permis d’effectuer des progrès scientifiques considérables car cette méthode statistique est adaptée à l’échelle des nombres infiniment grands que l’on rencontre dans la physique des particules. Bien entendu, quand la marge d’erreur devient égale ou supérieure à la précision demandée, la loi statistique ainsi construite qui a été valable pendant un certain temps, ne l'est plus et il faut en trouver une autre qui permettra de poursuivre les recherches.

Nous venons d’examiner très succinctement les probabilités de type « fréquentistes », voyons maintenant les probabilités de type « subjectivistes », celles qui s’appliquent aux éléments singuliers, tels que nos préoccupations personnelles et intimes.

Mais avant d’aller plus loin, je poserais cette question : pourquoi utilise-t-on (souvent improprement d’ailleurs) cette expression qui associe « hasard et nécessité » ? A première vue, ces deux mots n’ont rien en commun, même si la « nécessité » utilise le « hasard » pour obtenir une évolution. Si on examine plus attentivement la question, on découvre un point commun : la « nécessité » est un facteur « accélérateur de tendance » et une tendance si elle a une croissance exponentielle, arrive très vite à jouer sur des grands nombres, lesquels, jouant avec le hasard, conduisent à révéler un « petit nombre » d’individus ou de cas, ayant un « état supérieur » ou un « état différent » qui sont capables de surmonter l'obstacle. Les cas non adaptés disparaissent, tandis que ceux qui sont adaptés se multiplient et deviennent majoritaires. Quand une tendance devient très lourde, ce n’est plus une tendance mais une loi, au sens scientifique du terme..
Le lien entre l’action du couple « hasard et nécessité » et les « croyances » est le suivant : sous la pression de l’angoisse provoquée par l’inconnu de l’au-delà, des milliards d'êtres humains inventent des milliards de scénarios et comme les structures neuronales de ces milliards d'êtres humains sont presque identiques les milliards de scénarios se ressemblent tous ou presque car le problème posé était le même pour tout le monde. Devant ce type de problème posé, le scénario qui est inventé est « une religion », et c'est pourquoi toutes les religions se ressemblent. (En effet, quand on a étudié en profondeur toutes les religions, on se rend compte qu’elles viennent d’une même source et il n’y a rien de surprenant à cela).

En revanche, si l’on considère toutes ces croyances sans passer par le raisonnement rationaliste que j’ai décris ci-dessus, la plupart des êtres humains arrivent à la conclusion que l’origine de ces croyances est miraculeuse, comme le résultat d’une « Révélation Divine ». Cette croyance en une révélation divine est d’autant plus enracinée profondément dans les convictions qu’elle est très ancienne et qu'elle s’est répandue à grande échelle, ce qui tend à dispenser les milliards de croyants de réfléchir : « puisque tout le monde dit que c’est vrai, y compris les Princes des Eglises et les intellectuels, et les médias et les livres sérieux (que personne ne lit), cela doit certainement être vrai ». Et à force de marteler cette vérité, à force d'utiliser les superstitions, les légendes, les cérémonies rituelles, etc., cette « projection psychologique » qu’est la croyance en une "Révélation divine", non vérifiée, est enracinée au plus profond des peuples (on ne parle même plus d’individus, ils sont noyés dans la masse), les racines de cette croyance se multiplient et s’enfoncent pendant des millénaires dans l'inconscient collectif ! Les détails factuels sur lesquels reposent cette croyance évoluent, se modifient avec les changements d’époques, si bien que dix ou vingt siècles après l’origine de la « Révélation », plus personne n’ose critiquer cette croyance devenue sacrée ; d’ailleurs, quiconque oserait le faire serait rejeté au ban de la société, voire brûlé ou lapidé, ou tout autres moyens de suppression physique (au XXIème siècle, cela se fait encore dans certains pays).

D’un certain point de vue, l’expansion des religions a eu des côtés bénéfiques, car ce fut un bon moyen de donner une cohésion aux mosaïques de sociétés qui se déchiraient entre tribus et clans. En France, par exemple, sous Charlemagne, le Saint-Empire a mis fin au chaos mérovingien.
Disons que les religions (qui relient les personnes d’une même croyance) sont nécessaires, à un certain stade de développement des sociétés ; disons que ce fut un « mal nécessaire ». Mais, arrivé à un autre stade, celui de la réelle conscience, de la démocratie et de la réelle vulgarisation culturelle, il faut que les individus pensent par eux-mêmes, et qu’ils aient « moins besoin » des structures religieuses pour vivre leur conviction en l’existence d’un principe, en « ligne directe » avec leur Dieu.
L'objectif a atteindre est l'autonomie spirituelle de chaque individu. Conclusion, les religions servent à initier une démarche spirituelle, après c’est une affaire entre la créature et son Créateur.
Bon, tout ceci est très bien, sur le papier, mais hélas, il n’y a pas qu’une seule religion sur terre, mais plusieurs, presque semblables, et qui pourtant se déchirent entre elles (mettre fin à cette situation fut le mobile de l’écriture de ce livre… la mission est impossible peut-être).

J’espère avoir été convaincant, quant à l’effet des calculs de probabilités fréquentistes individuels, qui sont à l’origine des croyances religieuses dans les premières sociétés humaines et encore un peu maintenant et revenons aux principes qui régissent les croyances.

Le phénomène des croyances qui concerne le fait religieux, touche une certaine partie du cerveau, laquelle sacralise le mythe et le rend intouchable. N’oublions pas que c’est « la Sainte Trouille » qui est à l’origine de cette tendance religieuse, et que la peur conduit plus ou moins tous les humains à des comportements classés hors raison, comparables à la « folie d’amour », à la différence près que la folie d’amour s’émousse en vieillissant, et que pour la « Sainte Trouille » c’est exactement l’inverse, pour la majorité des êtres humains qui ne se sont pas préparés à cette échéance. Etre un croyant-pratiquant-convaincu » n’est pas obligatoirement synonyme de sagesse, si cette démarche n’est pas complétée par une longue et profonde réflexion, prières, méditations.
Dans le domaine religieux, après un long travail sur soi, la raison retrouve un rôle à jouer. Après l’intuition initiale d'une pensée, la raison doit entrer en jeu. Cela ne marche que dans cet ordre, si l’on commence par la raison, l’intuition est contrecarrée ; en effet, l'intuition est un sentiment qui vient d'en haut (immanence), il ne se commande pas, il vient à l'improviste et on ne peut pas mettre en action valablement le raisonnement avant qu'il ne soit arrivé.

Sans la peur de la mort et l’appréhension de l’Au-delà, les religions n’existeraient pas car il n'y en aurait pas de besoin impérieux.
Dans ce long travail sur soi, que seule la « Sainte-Trouille » peut nous décider à entreprendre, il va falloir distiller la montagne de scénarios en provenance de notre propre imagination et de l’imaginaire collectif (les croyances) et faire la différence entre ces données religieuses convenues et les « voies intérieures » (l'intuition) que nous appelons « notre conscience » ou « notre âme » ou « notre ange gardien ». Il va falloir faire la différence entre le brouhaha des projections psychologiques qui viennent inconsciemment répondre à nos inquiétudes, provoquant de véritables névroses, et les voies de l'intuition mystique. Pas facile, hélas, et pas à la portée de tout le monde, sauf si on a envie de croire et « d’ouvrir les volets » de notre sensibilité religieuse.
Le « cherchant » doit ouvrir les volets de ses voies de pénétration sensibles, même si, au moment où il les ouvre, il ne voit rien à l’horizon ; c’est un peu comme un poste de radio, s’il n’est pas activé par l’énergie électrique, on n’a aucune chance de recevoir une émission, tandis qu’en l’activant et quand les transistors sont chauds, on finit par recevoir un message, même si, au début, on ne reçoit rien en tournant le bouton de recherche.
Voici une devise maçonnique connue pour encourager le « cherchant » à ouvrir ses volets : « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ».
Le problème est bien là, il y a ceux qui ont envie de croire et ceux qui n’en n’ont pas envie ou qui doutent (pour ces derniers, la situation n'est pas désespérée).

Pour celui qui doute ou qui rejette les dogmes religieux, mais qui a envie de croire, il y a « une recette » qui utilise les voies de la raison : partant du constat de l’ordre merveilleux qui a présidé à l’avènement de la vie, résultat que le hasard seul n’aurait pas pu produire, il faut, comme Voltaire, admettre qu’à l’origine d’une si belle horloge, il y a eut obligatoirement un Horloger pour la concevoir (le fameux Dieu-Principe).
L’œuvre prouve la présence de l’auteur…
Puisque l’on ne peut pas prouver directement la présence de Dieu, c’est son œuvre qui, par défaut, prouve son existence. Quand un athée me prouvera qu’il n’y avait pas besoin d’un Principe pour conduire l’évolution de la matière, je deviendrais athée moi-même ; aujourd’hui, aucun athée n’a jamais pu faire cette preuve, et on ne conçoit pas comment elle pourrait être faite. En supposant qu'il n'existe pas dans la matière l'information de son évolution et, livrée au hasard, cette matière augmenterait l’entropie de l’univers. A l'inverse, selon Teilhard de Chardin : « le phénomène humain est un processus qui défie l'entropie ». J’aurais tendance à penser que cette voie religieuse faisant appel à la raison, produit une conviction qui ne touche pas les mêmes parties du cerveau que la voie religieuse faisant appel à la « croyance », au sens dogmatique et religieuse du terme car cette deuxième voie ouvre la porte aux sentiments d’intolérance qui eux-mêmes conduisent aux guerres de religions.
La voie religieuse dogmatique conduit non seulement aux effets de l’intolérance, mais ce qui est relativement aussi grave, elle conduit aux errements dramatiques du doute qui peuvent conduire souvent à des actes désespérés, car la "fable" religieuse trouve beaucoup moins d'échos qu'avant, dans les consciences "allumées" des couches instruites des sociétés modernes.

Lorsqu’il découvre l’absurdité de certaines « méthodes religieuses grand-public » (le prêt à porter spirituel), l’être spirituellement majeur ne peut pas les accepter. Les églises qui ne veulent pas comprendre cela, ont tort, dans une échéance relativement proche, elles n'auront presque plus d'adeptes. A cet égard, les religions chrétiennes sont plus menacées que l'islam car celui-ci invite à la méditation.

A notre époque, dans les pays civilisés et cultivés, on ne devrait plus évangéliser comme on le faisait dans des sociétés analphabètes.
Dans l’acte évangélisateur, il faut dire l'essentiel, dans le sens propre du terme avec un minimum de préceptes ; les préceptes, l'individu doit les trouver lui-même au fond de sa conscience en faisant l'inverse, c’est justement l’erreur qui est commise dans le credo catholique. Comment un profane peut-il adhérer à un credo qui lui parle du Mystère de la Sainte Trinité (un seul Dieu en trois personnes), lui dire qu’il s’agit d’un mystère est maladroit. Maintenant les gens veulent comprendre, sinon ils vont voir une autre religion "commercialement plus simple". Quand on leur parle du mystère de la conception du Christ, de la résurrection de la chair, etc., on ouvre la porte à toutes les critiques. J’ai pris à dessein ces trois exemples car ce sont des points très importants de la doctrine chrétienne. Ces points ne peuvent pas être abordés d’entrée, il faut attendre un certain degré d’évolution spirituelle de la personne pour l’amener à réfléchir sur ces questions qui sont pour la plupart, exprimées en langage ésotérique à un public profane.

L’islam et la chrétienté ont deux points communs qu’il faut placer symétriquement en tête de la démarche spirituelle, ce sont : la 1ère SOURATE pour le Coran, qui commence ainsi : « Au nom d’Allah, le Matriciant le Matriciel, etc.. » (voir chapitre VII) et le Prologue de Jean pour les Evangiles :
« Jn. I. 1 Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu.
2 Celui-là était au commencement avec Dieu. 3 Tout s'est fait par lui, et sans lui rien ne s'est fait de ce qui s'est fait.
4 En lui était [la] vie, et la vie était la lumière des hommes ; 5 et la lumière brille dans les ténèbres ; et les ténèbres ne l'ont point comprise ».
D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que ces deux textes sacrés ont été placés en tête de livre, dans les Evangiles et dans le Coran, ils sont fondamentaux. Ceux qui ont fait cela savaient ce qu’ils faisaient, ces deux textes ont la même signification : ils évoquent la création de l’univers.
Ces textes sont hermétiques, certes, mais ils se gravent dans notre inconscient qui les fera mûrir en nous, et un jour, ils ressortiront, dans une lumineuse et divine clarté.

* * *

A propos du sentiment d’intolérance, je ne pense pas que ce soit directement au nom de leur Dieu que les sociétés l’expriment, mais au nom du « code moral » inspiré aux prophètes par ce Dieu qui leur est connu.
Si les religions du Livre ont le même Dieu, elles n’ont pas le même code moral ; d'ailleurs ces différents codes sont très souvent en contradiction avec les Dix Commandements proclamés par Moïse, ce prophète vénéré par les juifs, les chrétiens et les musulmans. Je ne comprends pas pourquoi les religions éprouvent le besoin d’édifier un code moral à elles, alors qu'il en existe déjà un qui leur est commun, dans leur Livre Sacré où il y a tout :

- Tu n’adoreras qu’un seul Dieu
- Tu ne jureras pas avec le nom de Dieu
- Tu ne représenteras pas le visage de Dieu
- Tu respecteras tes parents.
- Tu ne tueras pas
- Tu ne voleras pas
- Tu aimeras ton prochain
- Tu ne tromperas pas ta femme
- L’œuvre de chair ne désireras qu’en mariage seulement
- Tu ne mentiras pas.

Il serait souhaitable que l'islam mette davantage l'accent sur le Décalogue : Moïse est incontournable pour nos trois religions, je le répète.
Il n’y a rien à rajouter à ce texte. Aucune malversation ne peut être commise si l’on suit ce code de Moïse avec lequel aucune malhonnêteté intellectuelle n’est compatible ; c’est pourquoi la pire accusation que Jésus portait contre les juifs était l’hypocrisie et il fut condamné pour cela, car il les accusait de ne pas suivre la Parole de Moïse, il leur disait même que l’Eternel choisirait un autre peuple que les juifs, si ceux-ci ne se comportaient pas en peuple élu… On peut dire que Jésus à « mis le paquet » pour se faire condamner… En effet, la pérennité de son message passait par sa mort et sa résurrection. Si l’on admet cela, peut-on condamner le peuple juif pour avoir tué Jésus, alors que Jésus lui-même voulait être condamné ? Je ne pense pas que l'on puisse soutenir le contraire car, à maintes reprises, Jésus aurait pu quitter le pays et être sauvé ; il ne l'a pas fait car cela faisait partie de sa mission, d'ailleurs, il a annoncé plusieurs fois sa mort.

* * *

Pour conclure, nous allons résumer et faire l’inventaire des catégories d’individus classés par niveaux de croyance :

- dans la première catégorie, on rêve, on fait jouer l’intuition, on distille les scénarios, et on arrive à la conclusion que le hasard seul n’aurait pas suffit à organiser la matière, et à défaut de trouver la cause, on postule que sans la cause, il n’y aurait rien, donc Dieu existe (le Principe créateur).

- Les individus de la deuxième catégorie refusent ce postulat parce qu’ils ont fait jouer la raison avant l’intuition. Ils ne pouvaient pas faire jouer cette intuition car ils refusaient tout ce qui était en dehors du rationalisme concret. Je ne sais pas quelle est leur conception de l’évolution de la matière, car ils refusent d’en parler, par pudeur sans doute. Parfois ils disent que la complexification s’est faite d’elle-même et qu’après la mort, ce sera le retour au néant, ils rejettent toutes idées d’univers spirituel. En général, les personnes de cette catégorie sont instruites, de culture scientifique. Je n’arrive pas à comprendre que des gens de ce niveau d’intelligence ne se réfugient pas dans un état de doute/espérance qui est un état moteur dynamique qui peut aboutir à une conviction positive.

- La troisième catégorie est composée de gens simples qui ont la « foi du charbonnier » et ne se posent plus de questions ; du moment que depuis si longtemps, il y a tant de gens « hauts-placés » qui disent que « Dieu existe, que Dieu nous aime et nous protège, que tout cela est écrit, répété, etc., donc, selon eux, Dieu existe, c’est certain… ». Il n’y a pas de souci à se faire pour ces gens-là, encore que… si on se réfère à la parabole de la brebis égarée de l’Evangile, il vaut mieux être la brebis égarée qui revient que l’une des 99 autres qui ne se sont pas égarées…, qui ne se sont pas posé de questions.

- Enfin, il y a la quatrième catégorie, celle des individus qui n’ont ni foi ni loi, qui ne croient ni en Dieu ni au diable et qui ne croient qu’en eux-mêmes. Pour eux, la seule loi valable est celle d’accaparer le plus de biens et de plaisirs possibles, par tous les moyens ; pour eux, il n’y a pas de loi morale, ce qui est logique pour un fauve, on ne peut reprocher à un tigre de tuer pour manger ! Pour ces individus, la notion du bien et du mal est abstraite elle passe très loin d’eux et il est impossible de leur faire admettre un code moral qui perturbe la loi de la nature. Leur logique de fonctionnement est : la vie est courte, il faut en profiter un maximum, car après la mort, c’est le néant. En fait, d'un certain point de vue (l'animal) ils ont raison, en effet, le code moral, induit par la phase "Réflexion" du phylum humain, est intervenue très récemment (trois ou quatre millions d'années seulement), elle n'est pas inscrite dans le code génétique en tant que telle, ce qui est inscrit dans le code génétique, c'est la potentialité de cette réflexion, par la réflexion elle-même.

Sur terre, il y a actuellement environ six milliards d’individus qui se répartissent dans ces quatre catégories. Ils se croisent, s’affrontent au nom de leur Dieu et de son code moral. Tous pensent avoir raison,. On ne saura jamais combien il y a d’individu dans chaque catégorie, sauf si des financiers retiraient un intérêt à commander un tel sondage à un organisme spécialisé, les résultats permettraient de parier avec un minimum de risque sur le bien fondé d’un nouveau plan d’exploitation des peuples ! D'ailleurs, je ne suis par certain que les gens répondraient sans mauvaise foi à ce type de questions, par pudeur.

Ce qui m’intéresserait comme sondage, ce serait de savoir combien de gens ont peur de la mort :
- au début de leur vie
- au milieu de leur vie
- à la fin de leur vie,
et combien n’en ont jamais peur.
Dans ce sondage aussi, les résultats ne seraient pas fiables, pour la même raison que le précédent.
Je ne parierai pas cher sur un grand nombre de « durs », qui braveraient Dieu et diable jusqu’à leur dernier instant. La « Sainte-Trouille » est salutaire pour l’humanité, c’est peut-être elle qui la sauvera, à défaut que ce soit la sagesse.
On ne saura jamais si la mansuétude divine a prévu quelque chose pour les "super-durs", une « perche de foi » tendue à la dernière seconde…
J’aurais tendance à penser que le Créateur se désintéresse de leur sort, « aide toi et le ciel t’aidera » lui fait-on dire, il serait loin de nos préoccupations.
Et puis, il y a cette loi universelle, récurrente : « tout arrangement de complexification se paie en dissipation d’énergie…on ne peut y échapper, même au nom de Dieu.

A propos de ce classement de l'humanité en quatre catégories de niveau de croyance, voici un essai de quantification des êtres humains dans chacune d'elles :

- dans la première catégorie (qui regroupe une certaine élite) toutes religions confondues, il y a peu de monde, car il s'agit des personnes capables de conduire une sage réflexion.

- dans la deuxième catégorie (qui elle aussi regroupe une certaine élite), bien que leur conscience soit aux antipodes des personnes de la première catégorie, leur nombre doit être à peu près équivalent.

- dans la troisième catégorie, toutes religions confondues, c'est là qu'il y a le plus de monde. C'est le gros du troupeau, qui par peur, par conformisme ou sous contrainte se confondent au milieu ambiant (voir règle des 80/20). Ils sont prêts à croire ou ne pas croire, c'est selon la direction du vent.

- Enfin, dans la quatrième catégorie, qui elle aussi regroupe une forme d'élite à l'envers, il n'y a heureusement que peu de monde, mais bien qu'en minorité cette catégorie d'individus a un pouvoir de nuisance extraordinaire, ce sont des fauves sans scrupules, monstres d'égoïsme. On en trouve une proportion égale dans toutes les régions de la terre. On ne peut pas les classer par religion, puisqu'ils n'en ont pas.


CHAPITRE XI – LE POINT DE VUE DES INTELLECTUELS


Un certain nombre d’intellectuels, concernés par l’islam, musulmans ou non, universitaires, journalistes, écrivains, se sont exprimés sur l’islam, ce qu’il était, ce qu’il est actuellement et ce qu’il peut devenir. Ce qu’ils disent a été rassemblé dans un numéro spécial du Nouvel Observateur (n° 54 – avril/mai 2004).

Etant donné que les idées qui sont exprimées par ces personnes correspondent à celles que j’avais exprimées depuis un an dans mon manuscrit, j’ai pensé qu’il serait intéressant pour les lecteurs d’en avoir connaissance. Aussi, en ai-je relevé quelques extraits qui en représentent le fond.

Dans l’annexe bibliographique, je communique les références des livres écrits par ces intellectuels.

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La religion d’Abraham (Abraham SEGAL - écrivain)
- Pour les juifs, ce qu’ils retiennent du Patriarche, c’est la promesse d’une terre et d’une descendance (Genèse 12)
- Pour les chrétiens, ils retiennent la « Bénédiction Universelle » : « En toi seront bénies toutes les familles de la terre ».
- Pour les musulmans, le message principal du Patriarche est la révélation d’un Dieu unique et la rupture avec les idoles.
Abraham est le fondateur du monothéïsme, il est qualifié de « Hanif » (celui qui détourne des fausses religions).
Sourate 4 : « Qui donc est le meilleur en religion que celui qui se soumet à Dieu, celui qui fait le bien et qui suit la religion d’Abraham, un vrai croyant ? Dieu a pris Abraham pour ami (Khalil) ».
Abraham est la figure préférée des mystiques musulmans. Dans la « sagesse des Prophètes », Ibn-Arabi, le grand maître soufi lui consacre un chapitre : « De la Sagesse de l’Amour éperdu dans le Verbe d’Abraham ».
Abraham avait deux fils (selon la légende) Isaac et Ismaël, il est l’ancêtre des arabes et des juifs. Pour des raisons politiques Muhammad a préféré Ismaël.
Selon l’interprétation coranique, voici la légende de la Pierre Sacrée : Abraham se mit à bâtir la Maison Sacrée et Ismaël lui passait les pierres, quand le mur fût devenu haut, Abraham plaça une pierre sous son pied afin d’atteindre la partie supérieur, Abraham appuyait avec force sur cette pierre et son pied y laissa une empreinte ; c’est cette pierre qui est vénérée à la Mecque et qui est identifiée avec la « Pierre Noire » et que l’on nomme aujourd’hui : « Magam-Ibrahim ».

Jama-al-Din-al-Aighani (pan-islamite) et son disciple Muhammad Abtuh (1849-1905) souhaitent une rationalisation de l’islam sur le modèle du protestantisme.
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Un islam des lumières (Mohammad Arkoune - professeur émérite à la Sorbonne)
« L’islam fondamentaliste pourrait se définir par l’ignorance institutionnalisée de la période des Lumières et par le rejet de la modernité et des ses acquis ».
« L’islam est une suite d’interprétation de l’islam comme le christianisme est une suite d’interprétations du christianisme ».
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Un héritage à revivifier (Paul Ballanfat – Maitre de conférence d'études turques et persanes à l’Université de Lyon)
« Présenter un panorama de la pensée islamique est aussi périlleux que de faire subir le même sort à la pensée chrétienne tant ces religions réunissent des courants de pensée multiformes. Les premiers siècles de l’islam ont été marqués par une grande effervescence intellectuelle, notamment parce que les cadres de l’orthodoxie n’étaient pas encore nettement fixés ; ils ne le sont toujours pas, pas plus que l’ordre social et politique. »
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Ferveur et piété des humbles (Abdelwahab Meddeb – professeur à l’université de Paris X)
« L’assimilation de toutes les formes de croyance est alors la condition qui garantit la vision béatifique. »
« Je ne saisis pas les motivations qui poussent à la conversion. Sans doute suis-je trop convaincu de l’équivalence des croyances. »
« Les différences (entre les religions) résident dans les costumes, les mœurs, les rites, mais elle restent superficielles. »
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Nos ancêtres les sarrazins (Bruno Etienne – professeur à l’institut universitaire de France)
« Si les Arabes ont été arrêtés à Poitiers en 732 et chassés d’Espagne au XVIème siècle, beaucoup firent souche en Aquitaine et en Provence. Une intégration réussie savamment occultée par les manuels scolaires. »
« On peut soutenir qu’avant la période coloniale, la France, au cours de sa constitution en Nation a absorbé sans trop de problèmes, des quantités non négligeables de musulmans et qu’elle a été plus intolérante à l’égard des juifs… »
« Alors que la loi de 1905 (séparation de l’église et de l’état) ne s’appliquait pas aux départements français, l’indigène devait abandonner son statut religieux (pour acquérir la nationalité française)… »
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Modèle envié et haï (Lucette Valensi – directrice d’études et fondatrice de l’Institut d’études de l’islam)
(De la part des musulmans) « La défiance et le ressentiment à l’égard de l’occident sont l’envers d’un désir de modernité frustrée. En ce sens, l’islamisme a assuré le relais du nationalisme tiers-mondiste des années 50/60. »
« La thèse du choc des civilisations paraît inacceptable et ce pour deux motifs. Le premier est celui de l’homogénéité supposée des civilisations occidentales d’un côté et islamiques de l’autre. La civilisation occidentale est hétérogène, son histoire a été faite d’évolution contrastée et secouée de conflits. Penser que l’évolution de l’occident et de l’orient peuvent emprunter des voies opposées est démenti par les faits et n’a aucun sens. La diversité des sociétés du monde musulman dans le temps et dans l’espace ne saurait être ignorée. »
« On devrait comparer soit deux théologies, soit deux histoires. Dans les pays musulmans, les tenants de la tradition religieuse défendent un islam pur des origines, indemne des transformations historiques réelles. .»
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Un islam made in USA (Lesley Jessop – journaliste)
Mme Dr Maher Hatout (chef du Centre islamique de Californie du Sud) : « Nous ne sommes pas des musulmans, nous sommes des américains musulmans et nous pensons que cela constitue une identité spécifique, qui est celle que nous avons choisie. Chez nous, ce n’est pas où reposent nos ancêtres, c’est là où grandissent nos enfants. »
« Après le 11 septembre 2001, l’Amérique non musulmane apporta son soutien à l’Amérique musulmane. A Seattle, des centaines de non-musulmans surveillaient la mosquée et les quartiers musulmans 24h/24. »
« Il y a actuellement plus de 7 millions de musulmans aux USA, soit plus de 6 %. Si on ajoute les conversions à l’immigration, l’islam est la religion qui connaît la plus forte croissance aux USA. Le contexte de liberté et de pluralisme religieux encourage un esprit de réforme chez les musulmans américains. »
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Quand les sciences éclairent les arts (Henri Stierlin – Historien de l’art et de l’architecture)
« L’islam des Lumière n’est pas une fiction : le Coran n’a pas étouffé la connaissance. Les rares allusions à l’image du monde, la cosmologie, que l’on y trouve, n’ont entravé ni les investigations, ni les hypothèses scientifiques. Voici ce que dit le texte prophétique de Muhammad : « C’est lui qui a formé les sept cieux superposés. Tu ne trouveras aucune imperfection dans la création du Miséricordieux. Nous avons orné de flambeaux le ciel de ce monde. »
« L’essor de la pensée et de la science arabe se mesure par opposition à l’effondrement des valeurs scientifiques et philosophiques des premiers siècles chrétiens où la foi nouvelle censure les auteurs et les philosophes de l’antiquité considérés comme suspects. L’islam classique, en lutte également contre ses "déviationnistes" éprouve une soif de connaissances qui traduit une totale ouverture au monde. » (cette remarque concerne les cinq premiers siècles de l’islam).
« Le grand mathématicien Al-Khunuarizmi (780-850) est le fondateur de l’algèbre moderne. Il propose la solution des équations à plusieurs inconnues, maîtrise le calcul des racines carrées et introduit l’usage du zéro venu de l’Inde. »
« A Cordoue, le plan du dôme de la grande mosquée, révèle la mathématisation de l’architecture, en un temps où les sciences andalouses sont à leur apogée et nourrissent les réflexions de Gerbert d’Aurillac, futur pape Sylvestre II. »
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Le monde musulman (Bruno ETIENNE - professeur à l’Institut universitaire de France)
Le monde musulman : répartition de 1,2 milliard d'adeptes - Indonésie 174 M. – Pakistan 142 M. – Bangladesh 110 M. – Chine de 20 à 150 M. selon experts ( !) – Pays arabes 300 M ; - Afrique 300 M. Fédération de Russie 20 M. – Europe 30 M. dont 4 à 5 en France – Amérique du Nord 4 M – Amérique latine 2 M.
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La rébellion d’un poète (Abdou-Filali-Ansary – philosophe)
« Au sein de toutes les sociétés musulmanes des forces démocratiques sont à l’œuvre qui incarnent une réelle alternative au despotisme et à l’immobilisme. » (Iran – Maroc – Turquie – Egypte).
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Trancher le nœud gordien (Malek-Chebel - anthropologue et psychanalyste)
« L’islam n’a jamais voulu rompre le lien viscéral qui lie la religion et la politique. Une telle confusion entre les deux niveaux favorise surtout la religion car elle se veut interface avec le divin. »
« Si les musulmans veulent donner un sens à leur mutation et prendre le chemin des réformes, il leur faut préalablement faire le point sur leur perception du corps et de la jouissance sexuelle. Un corps non libéré, cela donne un esprit entravé, un caractère pusillanime et une personnalité éteinte et peu épanouie, ou parfois au contraire, agressive et réactionnelle. On peut du reste mesurer le bonheur d’une communauté à la saine relation que les individus des deux sexes entretiennent avec la sexualité. Aussi, je crois que la véritable mutation de demain est centrée sur la sexualité : quelle place accorde-t-on en islam au plaisir charnel et à la gestion de la libido. Et lorsque j’emploie le mot « sexuel », je ne le cantonne pas à l’exercice viril de la sexualité : je vise la dimension libératrice du sexe en tant que mécanique de désaliénation du lien entre homme et femme, d’une part, et en tant que facteur décisif d’harmonie au sein du couple, d’autre part… La femme n’est plus vue comme une croyante, mais comme un partenaire sexuel plus ou moins déficient spirituellement...
… Géant au pied d’argile, l’islam ne trouve pas encore ses marques, ni en tant que civilisation, ni en tant que structure de gouvernance. En tant que religion, il pèche par ses minorités agissantes, notamment les plus violentes : en tant que structure de gouvernance, il souffre de la multitude des centres de décision, lesquels n’hésitent pas à se télescoper et à s’annuler réciproquement. Or, s’il y a réforme, c’est d’abord à ce fossile doctrinal qu’il faut s’attaquer : libérer les énergies et éduquer les masses et surtout la jeunesse, insuffler l’esprit critique dans les cœurs et les esprits : distinguer la religion de la politique… Aider économiquement les jeunes des couches populaires car ils présentent deux des caractéristiques que les prédicateurs recherchent le plus : l’ignorance de la chose religieuse et la misère économique…
Aucune transformation de l’islam ne sera possible ni même envisageable sans qu’il y ait au préalable une réelle prise de conscience de l’individu en tant que moteur et finalité de cette réforme.
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Les facteurs de repliement (Issili Khalid – doctorant en histoire)
« Devenu Vice-Roi d’Egypte en 1805, l’Albanais Muhammad-Ali décide de rénover la nation arabe en l’enrichissant des apports de l’occident. Il envoie des missions culturelles en France, impose des réformes importantes à l’université Al-Azhar. Mais sa stratégie échoue… »
« Pendant ce temps, la France et la Grande-Bretagne poursuivent leur projet de démembrer ce qui reste de l’Empire Ottoman et refusent de prêter attention aux forces de progrès qui agitent les nations musulmanes ».
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Une patience géologique (Marie-Thérèse Urvoy – Professeur d’islamologie à l’université de Toulouse)
« Si l’on veut que l’expression « islam libéral » couvre autre chose qu’une accommodation circonstancielle justifiée au demeurant par la « dissimulation légale »(taqiyya), il faut qu’il repose sur l’affirmation claire et explicite que le Coran est pour le croyant un livre inspiré (et non dicté) et qui transmet un message purement spirituel, et non une loi.
Dans les pays où l’islam est majoritaire, beaucoup de musulmans en sont convaincus mais ne peuvent le dire puisqu’ils courent le risque d’être contraints à l’exil comme Nasr-hamid-Abu-Zayd, ou assassinés comme Farag-Fodce. Alors, il faudrait qu’un Occident, tout soit mis en œuvre pour permettre leur libre expression. »
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Remarque de l’auteur de ce livre :
Depuis le début de l’islam, jusqu’à nos jours, l’occident, d’abord colonisateur, puis partenaire « esclavagiste », n’a cessé d’étouffer les nombreuses tentatives d’évolution, de réforme et d’adaptation de l’islam aux cultures occidentales. Marginaliser les musulmans a toujours été une stratégie de domination ; utiliser les différences pour créer des incidents, fait partie de cette stratégie.
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L’origine syro-araméenne du Coran (Claude Gilliot – professeur d’arabe et d’islamologie à l’université d’Aix en Provence)
- « Un grand nombre d’expressions réputées obscures du Coran s’éclairent si l’on traduit certains mots apparemment arabes à partir du syro-araméen, la langue de culture dominante au temps du Prophète… », etc.
- « En quelle langue le Coran a-t-il été écrit ? Les philologues musulmans soutiennent une thèse théologique : l’écriture coranique c’est la parole et même la langue inimitable de Dieu (l’arabe). Les expressions idiomatiques dont elle est en partie constituée sont pour eux autant de preuves de son excellence…
Pour les chercheurs occidentaux, en revanche, même s’ils sont parfois influencés par la thèse théologique musulmane, les particularités linguistiques du Livre font problème et entrent mal dans le système de la langue arabe. Afin de surmonter cette difficulté, plusieurs hypothèses furent proposées selon lesquelles l’origine de la langue coranique se trouverait dans un dialecte vernaculaire de l’Arabie occidentale, marqué par l’influence du syriaque, et donc de l’araméen, (langue que parlaient les contemporains du Christ et le Christ lui-même). »
Gûnter-Luling s’attache à démontrer qu’une partie du Coran provient d’hymnes chrétiens qui circulaient dans un milieu arien avant Muhammad et qui ont été remaniés par l’intégration de motifs arabes anciens, etc.
- Avant de devenir le texte que nous connaissons le Coran est passé par des avatars y compris en amont par les informateurs de Muhammad. Depuis quelques années s’affine en nous, à la lecture critiques des sources, l’idée que le Coran est pour partie le fruit d’un travail collectif. »
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L’historien et le Coran (Alfred-Louis de Prémare – Professeur émérite à l’université d’Aix en Provence)
- « Des manuscrits concurrents et divergents circulent encore en dehors de l’Arabie, dans les territoires de conquête jusqu’à la fixation de la version unique du Coran, à Bagdad, dans la première partie du Xème siècle »
- « Lorsque l’historien étudie les textes du Coran d’une façon profane, c’est-à-dire étymologiquement, hors de l’enceinte sacrée des croyances, des rites, et du vocabulaire conventionnel qui les entourent, il peut en résumer l’histoire de la façon suivante. C’est à Uthman (644-656 mort assassiné), le troisième successeur de Muhammad que la tradition coranique de l’islam attribue l’opération du rassemblement et de l’unification autoritaire et définitive du corpus coranique à partir d’une ou plusieurs collections établies antérieurement à Médine et au dépens des collections concurrentes qui circulaient et qu’il aurait fait détruire… Sur le plan historique, la version actuelle est néanmoins le résultat d’une autre simplification faite au IXème siècle, due à la tradition sunnite… »
- « Cette activité scripturaire (de transformation) est liée à un environnement culturel riche en traditions orales ou écrites diverses. Le Coran contient des récits ou des thèmes religieux empruntés et aménagés à partir des écritures juives et chrétiennes, des reprises adaptées de légendes grecques ou de textes syriaques de l’antiquité tardive, etc. »
- Depuis le XIXème siècle, le soufisme a subi les feux croisés d’attaques de tous bords ; on les accuse d’avoir détourné l’activité militante des musulmans au bénéfice de pratiques de piété et de la métaphysique par des rituels hérétiques n’ayant nullement été préconisés par le Coran et Muhammad. C’est la raison pour laquelle le régime wahabite saoudien interdit les ordres soufis sur tout le territoire de l’Arabie, etc. »
- « A l’instar d’Adam, chaque homme a été créé « selon l’image du Très Miséricordieux » commente le doctrinaire soufi Ibn-Arabi : il est un résumé, une image de l’univers voulu par le créateur, et de ce fait une manifestation sacrée » etc.
- On connaît le cas de l’Emir algérien Ab-el-Kader, l’un des plus grands maîtres du soufisme de son époque, qui dialogua avec les chrétiens, adhéra à une loge maçonnique (haut grade : chevalier Kadosh – 30ème) et protégea les chrétiens de Damas lors des massacres de 1860 ».
- La dimension lumineuse du soufisme et sa richesse plus que jamais actuelle viennent de ce qu’il affirme inlassablement : à ce qui est sacré, l'important n'est pas telle ou telle doctrine, ni tel lieu, ni tel rite, mais c’est bien cette mystérieuse dimension présente dans l’âme de chaque être humain ». etc.
- Cette instance sur la sacralité de l’être humain ne s’oppose pas à la laïcité, bien au contraire, elle tend à définir de manière claire le domaine des pratiques strictement spiriruelles, par rapport aux coutumes et aux rites plus simplement sociaux… La redécouverte actuelle du soufisme par nombre de musulmans vivant en occident est en ce sens porteuse de bien des promesses. »
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Le Coran entre transcendance et histoire (Rachid Benzine (chercheur en herméneutique coranique)
- « La tradition musulmane a établi le dogme de l’inimitabilité du Coran qui est pure parole de Dieu. Ce texte est accueilli comme un miracle. Les mots originaux sont de Dieu lui-même, ainsi que l’articulation syntaxique. »
- « Le Coran lui-même dit que l’ange est descendu dans le cœur de Muhammad… Le Coran est entièrement la parole de Dieu, dans la mesure où il est venu dans le cœur du Prophète et ensuite sur sa langue… » (voici qui relativise tout).
- « La méthode historique contribue à élucider les circonstances de la révélation et à décoder la logique de composition propre au texte coranique. »
- « Le Coran indique de grandes directions et parce que les dispositions qu’il édicte sont à comprendre en relation avec le temps où elles ont été énoncées, elles peuvent faire l’objet d’adaptations, d’actualisations. »
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L’obsession de la loi (Abdelmajid-Charfi – professeur à l’université de Tunis, membre de la chaire de religions comparées à L’UNESCO)
- « Le rigorisme actuel dans l’application de la Loi (phénomène récent) démenti par l’historiographie, témoigne du souci de certains régimes de trouver dans la religion une légitimité ».
- « Les islamistes sont autant les ennemis de la modernité que les victimes d’une modernité tronquée dont les effets sont déstabilisateurs et frustrants et les retombées positives mal réparties" »
- « Seul un large débat démocratique et une éducation appropriée tournant le dos au dogmatisme et à l’exclusion sont de nature à offrir une chance pour un dépassement progressif des blocages actuels. »
- « Le développement des extrémismes apparaît en étroite corrélation avec les dysfonctionnements flagrants des sociétés humaines de ce début de XXIème siècle où la tendance à l’hégémonie ne connaît pas de bornes, où fleurissent la pensée unique et la perte des repères. »
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L’islam intérieur – Pierre Lory (Directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes Etudes et détenteur de la chaire de mystique musulmane)
- « Pour la mystique musulmane, l’homme n’est pas seulement soumis à la Loi, il est une manifestation de la présence divine un « tabernacle » des Lumières. »
- « Rappelons ce que sont les courants mystiques de l’islam, principalement les ordres soufis. Il ne s’agit pas d’équivalents des ordres religieux du catholicisme. »
- « Les soufis sont pleinement engagés dans la vie sociale. Il n’existe pas de monachisme en islam, en ce sens qu’ils sont mariés, qu’ils ont pour la plupart des professions, etc. Simplement, ils sont affiliés à une organisation initiatique qui, en plus des rites obligatoires pour tous musulmans, propose des liturgies plus personnelles des voies de purification de l’âme. Le soufi se plie à une certaine discipline personnelle, acceptant la direction spirituelle d’un maître, le cheikh. Au cours de l’histoire musulmane, le nombre d’adeptes des ordres soufis s’est accru de façon considérable jusqu’au XIXème siècle environ. Mais généralement l’adhésion est une affaire personnelle, elle peut être rapprochée de la démarche maçonnique », etc.
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Le laboratoire iranien – Mohammad-Reza Djalili (professeur à l’institut universitaire des Hautes Etudes du Développement International à Genève).
« Alors que dans les années 1970, la critique du modèle occidental était de mise, c’est une intense réflexion sur l’ouverture à la démocratie que se livrent aujourd’hui les intellectuels religieux ou laïques. »
« Le groupe des intellectuels religieux post islamistes comprend à la fois des membres du clergé et des non cléricaux. Parmi ces derniers, le plus célèbre est Abdul-Karim-Soroush, qui après avoir été dans les années 1980 un des théoriciens de la révolution et un khomeyniste militant devient progressivement une sorte de dissident. En contradiction avec le concept de tutelle du juriste théologien sur lequel est fondé l’édifice même de la République Islamique et qui étend l’islam à la totalité des relations sociales, ce concept mis en place par Khomeyni ne fait pas l’unanimité au sein du clergé chiite ; Soroush opère désormais une distinction nette entre sphère privée et espace public et cantonne la religion à la sphère privée. Par ailleurs, pour lui, si l’essence de la religion reste immuable, l’interprétation de cette essence de la religion peut varier et évoluer dans le temps. Il est donc possible de modifier l’interprétation de la religion afin de l’adapter aux réalités du monde moderne. »
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POST-FACE

Que pensent les chrétiens des musulmans ?
Ils sont presque chrétiens, étant apparus six siècles après nous, ils ont leur « crise d'adolescence » six siècles après nous, ils passent par où nous sommes passés, et d’où nous sommes sortis il n’y a pas si longtemps que cela.
J’espère que pour eux, la dépendance à la religion durera moins longtemps que pour les chrétiens. La religion, c’est comme l’autorité parentale, il y a un temps pour l’autoritarisme et un temps pour couper le cordon ombilical. Les animaux ont très bien compris cela, passé un certain stade du dressage, ils jettent les enfants dehors. La religion est nécessaire à l’homme jusqu’à un certain stade, après l’homme doit être moralement et spirituellement autonome. Contrairement à l’autorité parentale, ce n’est pas la religion qui va lâcher l’homme, c’est à l’homme de prendre partiellement ses distances par rapport aux religions, car ce ne sont pas elles qui le lâcheront, bien au contraire, statistiques obligent !

La paix dans le monde ne peut se stabiliser qu’au prix du développement laïque, républicain et démocratique et c’est là le point faible de l’islam, bloqué par le Coran. Le problème posé à l’islam est le même que celui du communisme, qui, progressivement est obligé de redonner au peuple une certaine liberté, petite au début, mais elle grandira si le peuple exerce une pression suffisante. Il y a du surnaturel, c’est évident, lors du moment fondateur d’une religion, mais ensuite, quand le prophète, ou le rédempteur est mort, la trajectoire de la dite religion devient identique à celle d’un parti politique fort, comme l’était le communisme, qui lui aussi était porteur d’une idéologie. Le plus surprenant est qu’on a trompé les peuples pendant soixante-dix ans avec cette idéologie communiste, et que les peuples y ont cru malgré tout pendant la même durée, cela prouve que la pensée de Marx a produit les mêmes effets que le mythe fondateur d’une religion, c’est-à-dire que le comportement des peuples a été totalement irrationnel, puisque l’idéologie marxiste répondait à un besoin, une attente.
Les gens prennent pour une réalité ce en quoi ils croient, ils ont besoin de croire.


Je vais conclure ce livre en résumant les points positifs, qui peuvent conduire sur la voie de l’harmonie, dont j’ai déjà parlé précédemment.

Il est impossible d’établir le classement des religions par ordre de valeur, c’est à dire par le haut ; toutes les religions (les grandes : bouddhistes, hindouistes, chrétiennes, musulmanes et juives) possèdent un ésotérisme d’une très haute spiritualité et je dirais qu’elles sont toutes positives et adaptées aux peuples chez qui elles sont apparues, (c'est la raison pour laquelle le succès de l'exotisme religieux est néfaste).
Il est également impossible de les classer par le bas, c’est-à-dire au niveau de leurs effets pervers, car toutes les religions que j’ai citées sont ce qu’en ont fait les hommes et je leur donne à toutes, sans exception, une mauvaise note, elles sont très fortes en effets pervers non désirés.

Donc, pour faire admettre l’islam aux chrétiens (maintenant que j’ai expliqué cette religion), je pourrais mettre tout le monde d’accord en renvoyant dos à dos les adeptes des deux religions.
Je ne sais pas si cela fera avancer d’un pas vers l’harmonie, je suis même certain que non, si on s’en tient là. Comme pour deux enfants qui se disputent et auxquels on a donné à chacun une fessée, ce qui rétablit l’équilibre, il faut les prendre par la main tous les deux et leur montrer ce qu’ils peuvent faire de bien ensemble (on ne peut pas donner la "fessée" à tout un peuple).

En ce qui concerne l’islam et les religions chrétiennes, il y a beaucoup de points communs, ce qui est normal puisque les origines sont communes, et le Dieu est le même ; c’est dans la manière de l’adorer qu’il y a des différences. Est-ce très grave ? Chacun fait l’amour à sa manière, cela ne regarde personne, c’est l’intimité du couple. Avec Dieu, cela doit être pareil, chacun l’adore à sa manière, cela ne doit pas transparaître dans la vie publique, hormis dans les lieux consacrés au culte. En contrepartie, les Etats doivent garantir l’égalité de traitement aux adeptes de toutes les religions, sinon, il est impossible de vivre ensemble, c’est l’objet de la laïcité et de la République. Les adeptes des religions doivent admettre quant à eux, qu’il existe des adeptes de la non-religion, lesquels ne sont pas des sous-hommes de la morale, bien au contraire et dont les pensées mystiques ne nous regardent pas (ils ne peuvent pas ne pas en avoir). Les adeptes de la non-religion sont des quidams anonymes ou des membres de corps constitués, comme les francs-maçons, libres-penseurs, qui, en matière de code moral, n'ont pas de leçon à recevoir.

Je conteste de toutes mes forces la notion de « Peuple-Elu », Dieu n’a pas choisi un peuple en lui disant qu’il était le meilleur, c’est une légende de mauvais goût, aussi perverse que les cris des « va-t-en-guerre » qui disent : « Dieu est avec nous ». Dieu est avec tout le monde. C’est « tout le monde » qui n’est pas avec Dieu.
A la télévision nationale, Tarik Ramadan vante les mérites de la laïcité, et le lendemain, il dit aux musulmans d’Europe qu’être disciple du Prophète confère une supériorité de caste ; on ne peut pas admettre le double langage, le double langage est un mensonge. Il ne peut pas se comporter autrement, dirons nous, sinon son « fond de commerce » s’effondrera, autrement dit, ceux pour le compte desquels il travaille le supprimeront… nous n'avons pas à rentrer dans de telles considérations, c'est son problème, il n'avait qu'à rester un homme libre. Quand on est un homme libre, on ne peut pas être hypocrite.

D’ailleurs, à ce sujet, l’attitude des médias est hautement blâmable, ils ne sont pas obligés de donner la parole à des gens comme cela. « La déontologie de la profession nous oblige à tout communiquer, le peuple français est assez grand pour se faire une opinion » répondent-ils. Soit. Mais alors, pourquoi fabriquent-ils de faux événements ? On n'est alors plus dans la déontologie ! Selon les R.G., en France, les statistiques d’actes violents anti-religieux n’ont pas connu de pics exprimant une nette tendance à l’inflation ; par contre, les statistiques de faits médiatiques concernant ce sujet, montent en flèche, il y a là une distorsion qui ne peut s’expliquer que par le besoin des politiciens pour ce genre d’événements ; cela leur permet de lancer des « effets d’annonce » qui les placent en position de vedette. Et pour les patrons de presse, cela fait du chiffre d’affaire.
Est-il admissible que la bonne santé des politiciens et des patrons de presse soit payée par la zizanie qu’ils sèment dans les sociétés et les violences que cela entraîne, en réaction contre ces faux événements ? Cela est inadmissible.

Comme nous l’avons vu, les êtres humains ont besoin de croire, et ils prennent pour une réalité ce en quoi ils croient, c’est pour cela que les prophètes réussissent. J’admets qu’il y a un effet classé "surnaturel" au moment de l’apparition d'un prophète. D’un autre point de vue, il est naturel que le principe divin se manifeste dans certaines de ses créatures, en vertu de la loi immanence/transcendance, ce qui est le cas des prophètes. Après la mort des prophètes, les disciples « habillent » l’histoire d’une certaine manière et c’est ainsi que se forment les mythes fondateurs de toutes les religions. Et c’est bien ainsi, cela répond au besoin de croire de l’humanité, et ça lui fait du bien. Si l'humanité ne pouvait satisfaire son besoin de croyance, elle se serait auto détruite depuis longtemps.

Les religions sont bonnes pour initier une démarche spirituelle, elles doivent accompagner leurs adeptes jusqu’à un certain stade. Mais après ce stade, les religions doivent faire comme les animaux qui jettent leurs petits dehors pour qu’ils apprennent à devenir autonomes. La volonté des religions de « tenir en main » leurs adeptes jusqu’à la fin de leur vie est une mauvaise chose, cela conduit à la « pensée-unique », tant décriée en France.

Les religions doivent former des esprits, pas les « formater » . Former les hommes consiste à ce qu’ils deviennent, par eux-même, libres et de bonnes mœurs. Quand tous les hommes sur terre seront arrivés à cet idéal, le marché des religions « prêt-à-porter » s’effondrera, car les « disciples » seront devenus autonomes et on ne pourra plus leur vendre n’importe quoi car, j'espère qu'entre-temps, l'histoire des religions sera enseignée à tous les élèves dans toutes les écoles ; c'est le prix à payer pour que la haine soit remplacée par l'harmonie..
Quand ? Dans dix mille ans peut-être…

L'enseignement des religions se réfère à des critères de définition complètement différents des enseignements scolaires classiques. Le domaine religieux appartient à la fois à nos structures biologiques et nos structures mentales.

A l'origine, les religions étaient plus une affaire de société que de conscience, et c'est encore un peu vrai de nos jours. Mais attention : si le domaine religieux s'individualise et se socialise, il ne se généralise pas ; le syncrétisme est "contre nature" dans le domaine religieux et sans avenir. Autre paradoxe pour l'étude des religions et la recherche de la foi : si l'érudition est indispensable, elle est aussi insuffisante. Aucune expérience personnelle d'une religion ne possède en elle-même les conditions de son élaboration en connaissance objective. A l'inverse de ceci, l'approche scientifique des religions (raison et logique suscite beaucoup de méfiance de la part des adeptes de la religion en question.
L'approche d'une religion est une démarche personnelle et celui qui l'aborde doit tenir compte des paramètres inverses énoncés ci-dessus.
Pour étayer mes arguments, je citerais Emile Poulat : "L'approche des religions est une grande aventure intellectuelle: poursuit à l'infini d'un objet symbolique qui tout aussi facilment se matérialise et se sublime, se transforme et se dérobe, sans se laisser contenir dans un tableau d'indicateurs stables et généralisables".

Depuis 1946, la France est un pays constitutionnellement laïque, ce qui n'est pas le cas des pays voisins. 70 % des français sont baptisés, mais 10 % seulement sont pratiquants. Le catholicisme français est unique au monde, son modèle n'est pas exportable. Dans les discussions concernant la laïcité ou la non-laïcité, les français préfèrent une "culture du désaccord accepté" plutôt qu'une mystique forcée de l'unanimité".
La grande nouveauté contemporaine promulguée par l'ONU se situe dans la reconnaissance publique et universelle du droit de tout homme à la "liberté absolue de conscience" Mais les grandes religions historiques refusent de se plier à ce modèle et s'acrochent à leurs mythes fondateurs :
- Israël est le peuple élu de Dieu
- L'islam est une communauté de peuples croyants
- L'église est à la fois un "nouvel Israël" et un "corps mystique de société parfait".
Tout cela est évidemment difficile à concilier.

Les tentatives des Etats pour contrôler la sphère publique et renvoyer les religions au domaine privé n'ont atteint nulle part leurs objectifs, mais elles ne cessent de progresser, ce qui oblige les religions à se reformuler et à négocier de nouveaux rapports avec les Etats. Cela constitue un progrès non négligeable et laisse espérer que l'harmonie règnera un jour entre les communautés religieuses.


Annexe : TABLE DES SOURATES
dans le Coran d’André Chouraqui qui a été utilisé par l'auteur
1ère s. L’OUVRANTE 31ème s. LUQMÂN
2ème s. LA GENISSE 32ème s. LA PROSTERNATION
3ème s. LA GENT DE’IMRÂN 33ème s. LES PARTISANS
4ème s. LES FEMMES 34ème s. LES SABA’
5ème s. LA TABLE 35ème s. LES FENDEURS
6ème s. LES TROUPEAUX 36ème s. YÂ.SÎN
7ème s. LES HAUTEURS 37ème s. LES HARMONIES
8ème s. LES BUTINS 38ème s. SÂD
9ème s. AMNISTIE 39ème s. LES FOULES
10ème s. JONAS 40ème s. L’ADHERENT
11ème s. HÛD 41ème s. HÂ !MÎM
12ème s. JOSEPH 42ème s. LA CONCERTATION
13ème s. LE TONNERRE 43ème s. LES ORNEMENTS
14ème s. ABRAHAM 44ème s. LA FUMEE
15ème s. AL HIDJR 45ème s. L’AGENOUILLEE
16ème s. L’ABEILLE 46ème s. LES DUNES
17ème s. LE VOYAGE NOCTURNE OU LES FILS D’ISRAËL 47ème s. MUHAMMAD
18ème s. LA CAVERNE 48ème s. LA VICTOIRE
19ème s. MARIE 49ème s. LES LOGES
20ème s. TÂ HÂ 50ème s. QÂF
21ème s. LES NABIS 51ème s. LES DISPERSEURS
22ème s. LE PELERINAGE 52ème s. LE MONT
23ème s. LES ADHERENTS 53ème s. L'ETOILE
24ème s. LA LUMIERE 54ème s. LA LUNE
25ème s. LE CRITERE 55ème s. LE MATRICIANT
26ème s. LES POETES 56ème s. L'EVENEMENT
27ème s. LES FOURMIS 57ème s. LE FER
28ème s. LE RECIT 58ème s. LA PLAIDEUSE
29ème s. L’ARAIGNEE 59ème s. LE RASSEMBLEMENT
30ème s. LES ROMAINS 60ème s. LA TESTEE

Annexe : TABLE DES SOURATES - suite (II)
61ère s. LE RANG 88ème s. L’ENGLOUTISSANTE
62ème s. LA REUNION 89ème s. L’AURORE
63ème s. LES EMBUSQUEES 90ème s. LE PAYS
64ème s. L'IMPOSTURE 91ème s. LE SOLEIL
65ème s. LA REPUDIATION 92ème s. LA NUIT
66ème s. L'INTERDICTION 93ème s. L’AUBE
67ème s. LA SOUVERAINETE 94ème s. LA DILATATION
68ème s. LE CALAM 95ème s. ME FOGIOER
69ème s. L’INELUCTABLE 96ème s. LA GOUTTE
70ème s. LES MARCHES 97ème s. LA PUISSANCE
71ème s. NOE 98ème s. L’EVIDENCE
72ème s. LE DJINNS 99ème s. LE SEÏSME
73ème s. L’EMMITOUFLE 100ème s. LES CAVALCADES
74ème s. LE RECOUVERT 101ème s. LA BATTANTE
75ème s. LE RELEVEMENT 102ème s. LES JOUTES
76ème s. L’HUMAIN 103ème s. L’EPOQUE
77ème s. LES ENVOYES 104ème s. LE DIFFAMATEUR
78ème s. L’INSPIRATION 105ème s. L’ELEPHANT
79ème s. LES CAVALES 106ème s. LES QURAÏSH
80ème s. IL SE RENFROGNE 107ème s. L’AIDE
81ème s. L’ENROULEMENT 108ème s. L’ABONDANTE
82ème s. LE FENDAGE 109ème s. LES EFFACEURS
83ème s. LES DUPEURS 110ème s. LE SECOURS
84ème s. LA DECHIRURE 111ème s. LES FIBRES
85ème s. LES BORDJS 112ème s. LA PURIFICATION
86ème s. LA NOCTURNE 113ème s. LA FENTE
87ème s. LE SUBLIME 114ème s. LES HUMAINS

Les neuf premières sourates couvrent environ 350 pages. La centaine de suivantes couvrent environ 1400 pages, elles sont très brèves : de 1 à 5 pages.
La lecture du Coran peut être relativement rapide car ce sont des textes sous forme de poèmes.
Les notes d’André Chouraqui prennent presque autant de place que le Coran lui-même, elles sont très précieuses pour une première approche.

BIBLIOGRAPHIE conseillée par l'auteur

 « Le Coran »– André Chouraqui (Robert laffont) et les traductions en français faites par : Si-Amza-Boubakeur (père du Recteur Dalil Boubakeur) et celle faite par Jacques Berque

 « Les quarante Hadiths » /les traditions du prophète » – An-Nawawi - traduction de Mohammed Tahar. (Les deux Océans).

 « Et l'homme créa les dieux » / comment expliquer le phénomène religieux » - Pascal Boyer (Robert Laffont)

 « Synopse des quatre évangiles » des pères Lagrange et Lavergne (Edition Gabalda et Cie à Paris). Il y a plusieurs autres éditions de ce livre.

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BIBLIOGRAPHIE proposée par le Nouvel Observateur


 « L’Islam et les fondements du pouvoir », d’Ali Abd al-Raziq (la Découverte,1994)
 « Rissalat al-tawhid – Exposé de la religion musulmane », de Muhammad Abduh (Paul Geuthner, 1984)
 « Introduction à la critique de la raison arabe », de Mohammed Abed Al-Jabri (La Découverte, 1995)
 « Critique du discours religieux », de Nasr Hamid Abu Zayd (Actes Sud/Sindbad 1999)
 « Réfutation des matérialistes » de Jamal Al-Din al-Afghani (Paul Geuthner, 1942)
 « L’islamisme contre l’islam » de Muhammad Saïd Al-Ashmawy (La Découverte, 2001)
 « Qu’est-ce que le shî’isme ? » de Mohammad Ali Amir-Moezzi et Christian Jambet (Fayard, 2004)
 « Ouvertures sur l’islam » (Grancher, 1992) ; de Manhattan à Bagdad – Au-delà du Bien et du Mal » (en collaboration avec Joseph Maïla, Desclée de Brouwer, 203), de Mohammed Arkoun.
 « Fakhr al-Din al-Razi, commentateur du Coran et philosophe », de Roger Arnaldez (Vrin, 2002)
 « L’ennuagement du cœur » de Ruzebehan Baqli, traduction de Paul Ballanfat (Seuil, 2002)
 « Vivre l’islam – Le soufisme aujourd’hui » de Khaled Bentounès (Le Relié, 2003)
 « Les nouveaux penseurs de l’islam » de Rachid Benzine (Albin Michel, 2004)
 « Relire le Coran », de Jacques Berque (Albin Michel, 1993)
 « Al-islam, bayna ar-risala wa at-tarikh »(« Le Coran, entre le message et l’histoire »), d’Abdelmajid Charfi (Beyrouth, Dar al-Talia, 2001 ; traduction à paraître chez Albin Michel)
 « Islam et liberté » de Mohamed Charfi (Albin Michel, 1999)
 « Manifeste pour un islam des Lumières, de Malek Chebel (Hachette, 2004)
 « Iran : l’illusion réformiste », de Mohammad-Reza Djalili (Presses de Science-po, 2001)
 « Coran, mode d’emploi », de Farid Esack (Albin Michel, 2004)
 « Islam, les questions qui fâchent » de Bruno Etienne (Bayard, 2003)
 « Introduction à la lecture du Coran » de Mourad Faher (Publisud, 1998).
 « La Production des cercles » d’Ibn Arabi, traduction et présentation de Paul B.Fenton et Murice Gloton (L’Eclat, 1997).
 « Réformer l’islam ? » (La Découverte, 2003) ; « Par souci de clarté – A propos des sociétés musulmanes » (L Fennec, 2001), d’Abdou Filali-Ansary.
 « Le Religieux dans la commune – Les régulations locales du pluralisme religieux en France » ouvrage collectif dirigé par Franck Frégosi et Jean-Paul Willaime (Labor et Fides, 2002)
 « Exégèse, langue et théologie en islam – L’exégèse coranique de Tabari » de Claude Gilliot (Vrin, 1990)
 Le Post-islamisme » de Patrick Haenni et Olivier Roy (Edisud, 1999)
 « Reconstruire la pensée religieuse de l’islam » de Muhammad Iqbal (Editions du Rocher, 1996)
 « Le Coran, Jésus et le judaïsme » de Gérard Israël, Alain Houziaux et Khaled Bentounès (Desclée de Brouwer, 2004)
 « Intellectuels et militants de l’islam contemporain », ouvrage collectif dirigé par Gilles Kepel et Yann Richard (Seuil, 1990)
 « L’islam en crise », de Bernard Lewis (Gallimard, 2003)
 « Alchimie et mystique en terre d’islam » de Pierre LORY (Gallimard, 2003
 « La Maladie de l’islam » (Seuil, 2002) ; « Face à l’islam » (entretiens avec Philippe Petit, Textuel, 2004), d’Abdelwahab Meddeb.
 « la tradition musulmane » (PUF, 2001) ; « L’Exégèse coranique » (PUF, 1998) d’Ali Merad.
 « Histoire de l’islam – Fondements et doctrines » (Flammarion, 2000) ;
 « un réformisme chiite » (Karthala, 2000), de Sabrina Mervin.
 « Les fondations de l’islam – Entre écriture et histoire », d’Alfred-Louis de Prémare (Seuil, 2002)
 « Islam », de Fazlur Rahman (University of Chicago Press, 1979)
 « L’exception islamique » de Hamadi Redissi (Seuil, 2004)
 « la fascination de l’islam » de Maxime Rodinson (La Découverte, 2003)
 « Ecrire et transmettre dans les débuts de l’islam », de Gregor Schoeler (PUF, 2002).
 « Abraham – Enquête sur un patriarche » d’Abraham Ségal (Bayard, 2003)
 « Reason, Freedom and Democracy in Islam », d’Abdul Karim Soroush (Oxford University Press, 2000)
 « L’architecture de l’islam – Au service de la foi et du pouvoir », d’Henri Stierlin (« Découvertes »/Gallimard, 2003)
 « un islam à vocation libératrice » de Mahmoud Mohamed Taha (L’Harmattan, 2002)
 « Plaidoyer pour un islam moderne » (Cérès et Desclée de Brouwer, 1998)
 « Penseur libre en islam – un intellectuel musulman dans la Tunisie de Ben Ali » (entretien avec Gwendoline Jarczyk, Albin Michel, 2002) de Mohamed Talbi
 « les penseurs libres dans l’islam classique » (« Champs »/ Flammarion, 1996) ; « Averroès – les ambitions d’un intellectuel musulman » (« Champs »/ Flammarion, 2001) de Dominique Urvoy
 « Les Mots de l’islam », de Marie-Thérèse et Dominique Urvoy (Presses universitaires du Mirail 2004).
 « l’islam en dissidence – Genèse d’un affrontement » de Lucette Valensi et Gabriel Martinez-Gros (Seuil, 2004)
 « Les Prémices de la théologie musulmane », de Josef van Ess (Albin Michel, 2002)
 « Laïcité ou islamisme –Les Arabes à l’heure du choix », de Fouad Zakariya (la Découverte, 1991)
 « La Turquie moderne et l’islam », de Thierry Zarcone (Flammarion, 2004).


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Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 18 Avril 2011 à 13:16 | Commentaires (0)

Rubrique littéraire


Je me contredis.
Je suis vaste.
Je contiens des multitudes.
(Walt Whitman)


Tout au long de l’histoire, une seule notion sur la nature humaine est restée constante : la nature de l’homme est multiple.
On la qualifie le plus souvent de nature duelle. Elle a été exprimée du point de vue mythologique, philosophique et religieux. On l’a toujours considérée comme un conflit : celui entre le bien et le mal, celui entre l’extériorité et l’intériorité, celui entre la liberté d’agir et les voix de la conscience, celui des désirs ambivalents, etc…Cette nature de l’homme est donc avant tout paradoxale.

Que l’homme puisse aspirer et aboutir au bien est une évidence historique : pour Moïse, le bien suprême était la justice, pour Platon, le bien essentiel était la sagesse, pour Jésus, le bien central était l’amour et pour Gandhi, le bien fondamental était la totale non violence. Cependant, quelle qu’en fût leur conception, tous pensaient que la Vertu était menacée par une entité contenue dans la nature humaine. Selon Sigmund Freud, cette énigme peut être expliquée par une théorie selon laquelle les factions en lutte se situent dans l’inconscient. On a tenté de donner un nom à ces forces hostiles : le surmoi, considéré comme la force restrictive, contrôlant le ça en tant que pulsions instinctuelles, avec le moi pour arbitre.

Se pose alors la question de la complexité des phénomènes relationnels dans leur jeu d’action et de réaction. Face à une situation donnée, toute personne qui regarde ou écoute, subit en elle un changement brutal dont on peut décrire l’expression laissée sur le corps. Et pourtant il s’agit de la même personne. Le passage d’un état à un autre se révèle dans l’attitude, les mots et les gestes ; d’où l’importance de la nature de ce que nous faisons pour les autres et de ce que nous leur disons. Jésus a dit : « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite alors présente-lui l’autre joue ! » (Mat). Il ne s’agit pas là d’un appel à pratiquer le sado masochisme, mais d’une leçon de la plus subtile des psychologies. En fait la psyché est, chez tout individu, de nature ternaire et, de plus, les forces qui interagissent en son sein, déterminent tous les changements de personnalité qui peuvent apparaître successivement chez la même personne.
-L’une de ces forces est de nature contraignante et déterministe. Elle résulte d’une accumulation d’enregistrements, dans le cerveau, d’événements extérieurs vécus dans un lointain passé. On peut l’appeler notre Education ! Celle-ci imprime dans notre être intérieur une panoplie d’interdits dont le but est de nous rendre dépendants…et civilisés. Sa pression peut être excessivement importante de sorte que, plus tard, la personne se trouve face à face à plusieurs choix de vie intérieure : soit elle demeure prisonnière de principes très contraignants, soit, au contraire, elle rejettera brutalement son passé.
-L’autre de ces forces découle d’enregistrements intérieurs et s’oppose à celle précédemment décrite. C’est cette force qui conduit l’enfant que nous étions à s’extérioriser de manière plus ou moins contrôlée, à se libérer des contraintes, à se comporter de manière anarchique. Les impératifs de l’éducation ont une double influence sur le petit enfant ou même, l’adolescent ; ils apportent des repères et des valeurs qui structure indéniablement la pensée, mais ils jouent également un rôle négatif dans la mesure où ils distillent dans l’esprit un sentiment de frustration voire de culpabilité. Dans ce dernier cas, l’enfant ou l’adolescent se recroqueville dans une attitude d’où il ne peut échapper et le processus d’épanouissement de la personne est pour le moins compromis. Une jeune personne est alors amenée à penser que les autres sont infiniment meilleurs qu’elle. Mais tout n’est pas négatif. Cette force est aussi celle qui conduit à la créativité, à la curiosité, au besoin de toucher, de goûter, de sentir et d’expérimenter, base du savoir futur.
-Au domaine de la raison s’oppose celui de l’instinct, de l’émotion et de l’imaginaire. Mais cette configuration de la psyché ne superpose pas de simples données psychologiques dans un milieu inexorablement voué à l’harmonie et à l’absence de conflits majeurs. Il existe dans notre cerveau toute une vie trépidante qui obéit à une logique particulière un peu comme celle qui fait vibrer les particules de la mécanique quantique. Les différents états psychiques qui se succèdent en nous admettent, pourrait-on dire, une actualisation dont la traduction en langage familier serait : « accès à l’état d’adulte ». Selon cette logique évoquée, la critique permanente d’une personne possédant tel ou tel défaut, induit une situation selon laquelle la personne concernée demeure enfermée dans son état sans pouvoir en sortir. D’où l’importance de cette sorte d’énergie spirituelle qui s’exprime en termes d’humour ou d’encouragements. La Vie ne peut être qu’échanges de ces énergies qui entrent, il est vrai, dans le cadre de l’amour authentique.

Qu’est-ce qui caractérise alors l’état d’être dit « Adulte » ?
A travers l’évolution de sa personnalité, l’enfant commence à faire la différence entre la vie telle qu’elle lui a été enseignée et démontrée, la vie telle qu’il l’a sentie ou désirée ou imaginée et la vie telle qu’il la voit avec toute sa complexité. L’adulte est un calculateur qui examine les informations reçues antérieurement et ensuite les accepte ou les rejette. Il examine aussi les émotions ou les sentiments afin de les adapter au présent. Il est en recherche de vérité. Une autre fonction de l’adulte en tant qu’état d’être, est la capacité d’estimation de la probabilité qui peut être accrue par l’effort conscient. Devant les difficultés de toutes sortes, l’adulte sait exercer sa liberté et prendre ses responsabilités ; il n’est plus tout à fait la personne conditionnée par les contraintes archaïques imprimées dans sa psyché, ni tout à fait l’esclave de ses caprices et de ses émotions. Il incarne la Sagesse et la sérénité.

La Vie de tous les jours est marquée par une multitude de situations relationnelles entre les membres d’un groupe : famille, société, nation. Chacun doit alors analyser ce qu’il se passe, d’une part dans son être intérieur et d’autre part dans l’attitude extérieure que lui présentent les autres. Il faut savoir que plusieurs configurations peuvent apparaître dans notre jugement, suivant les sentiments qui peuvent naître en nous à un instant donné et pour un événement donné ; il existe une combinaison de situations telles que :
- je suis d’accord avec moi-même (confiance en soi)
- je ne suis pas d’accord avec moi-même (sentiment de dévalorisation de soi)
- je suis d’accord avec les autres (admiration d’autrui)
- je ne suis pas d’accord avec les autres (dévalorisation d’autrui)
Les progrès individuels ou sociaux sont déterminés par les attitudes justes que nous aurons adoptées dans toutes les interactions qui concernent les êtres humains. Ce qui importe, c’est que notre énergie soit employée dans une finalité de changement. Nous devons savoir utiliser notre langage et notre capacité de décision pour briser l’engrenage de l’entropie. Dans les situations de conflits, combien est importante la valeur du pardon, combien est utile la volonté de briser le silence, combien est primordiale la conscience de savoir que l’agresseur peut être infiniment dégoûté de sa propre personne, combien peut être efficace le recours à une spiritualité bien comprise. Tendre l’autre joue, ce peut être une provocation ; ce peut être au contraire un mot, un regard, une action dont le but immédiat est, non pas s’humilier soi-même, mais obtenir que l’autre ait la possibilité de changer dans son être intérieur. Beaucoup de gens, tout à fait incultes en matière de psychologie, ne cessent de ressasser leurs ressentiments sous prétexte que la Terre tournera plus rond autour d’eux. C’est le contraire qui se passe. Admirons cette mère intelligente qui sait calmer son enfant simplement en lui montrant un oiseau virtuel qui, derrière la fenêtre, semble vouloir emporter la soupe de l’enfant. Certes la Vie est complexe ; « Je ne comprends pas mes propres actes ! » disait Saint Paul. Mais la Vie peut être transformée et savoureuse, pour peu qu’on se soit convaincu que toutes les personnes sont importantes en ce sens qu’elle sont liées ensemble dans un lien universel qui transcende leur existence personnelle propre.
Teilhard écrit dans Le phénomène humain :
« L’Homme ne continuera à travailler et à chercher que s’il conserve le goût passionné de le faire. Or ce goût est entièrement suspendu à la conviction, strictement indémontrable par la Science, que l’Univers a un sens ». Ce goût passionné a en fait persisté tout au long de l’histoire de l’humanité à travers les guerres et les progroms. Seul l’adulte émancipé peut arriver à comprendre que le monde peut être changé en vertu du fait que l’homme lui-même a un sens tout comme l’univers. Cela signifie que la relation entre les êtres n’est pas seulement assujettie à la règle de sélection des espèces, mais à des lois universelles qui se situent dans les profondeurs de la psyché et qui sont susceptibles d’opérer d’innombrables retournements dans la ruche fébrile de nos préoccupations. Ramener l’homme à sa juste place de personne est le thème de la Rédemption, celui de toutes les religions lorsqu’elles ne dévient pas de leur but.

Teilhard qui, avec un émerveillement parfait, perçoit l’évolution de l’univers comme un processus éternel de perfectionnement et de convergence, termine néanmoins son ouvrage célèbre Le phénomène humain sur une note douloureuse lorsqu’il contemple le mal dans l’univers, se demandant si la souffrance et l’échec, les larmes et le sang « ne trahissent pas un certain excès inexplicable pour notre raison, si à l’effet normal d’Evolution ne se sur – ajoute pas l’effet extraordinaire de quelque catastrophe ou déviation primordiale » ? Sommes-nous une erreur d’évolution ? Teilhard parle de ce moment où le premier homme a réfléchi, où lui-même avait conscience d’être une « mutation de zéro à l’infini ». Ne touche- t-on pas là au mystère de la grandeur de l’homme ?

Reste à développer le problème de l’expérience religieuse.
Est-elle une aberration psychologique ? un fantasme ? D’où vient cette idéation d’un Dieu ou d’un « plus » ou d’une transcendance ? Est-ce une crainte de l’inconnu ? Un alibi pour manipuler les autres et acquérir des pouvoirs ? L’idée de Dieu s’est-elle simplement développée, a-t-elle survécu parce qu’elle est en quelque sorte liée à la survivance des plus habiles ? Teilhard dans Le phénomène humain prend position en proposant le point de vue suivant sur l’évolution :
« Nous devons décidément renoncer à parler simplement, dans tous ces cas de survivance du plus apte, ou d’adaptation mécanique à l’environnement et à l’usage. Alors quoi ? Plus il m’est arrivé de rencontrer et de manier ce problème, plus l’idée s’est imposée à mon esprit que nous nous trouvions, en l’occurrence, devant un effet, non pas de forces externes, mais de psychologie. Suivant notre manière actuelle de parler, un animal développerait ses instincts carnivores parce que ses molaires se font tranchantes et ses pattes griffues. Or ne faut-il pas retourner la proposition ? Autrement dit, si le tigre a allongé ses crocs et aiguisé ses ongles, ne serait-ce pas justement que, suivant sa lignée, il a reçu, développé et transmis une âme de carnassier ? ». Plus loin, il écrit :
« La loi est formelle. Aucune Grandeur au monde (nous le rappelions déjà en parlant de la naissance même de la Vie) ne saurait croître sans aboutir à quelque point critique, à quelque changement d’état ».

L’expérience religieuse peut être une combinaison unique de deux entités :
- le sentiment qui jaillit du monde intérieur originel : émotion, sensibilité, créativité
- la réflexion sur l’aboutissement final avec exclusion des contraintes archaïques.
Cet aboutissement final procède de ce que j’ai exposé au début, à savoir l’accord avec soi-même suivi de l’accord avec les autres et à une transcendance. Dans une vie, le rejet des dogmes et pratiques contraignantes marque effectivement une sorte de passage, de point critique. Il peut en découler une espèce de soulagement, de libération et souvent de renaissance spirituelle. Notre psyché, en cette occasion, fait l’expérience de la liberté, celle de l’adulte qui décide en toute lucidité de prendre tel ou tel engagement voulu et accepté. L’expérience religieuse n’est pas une marche aveugle dans l’exacerbation des sentiments ni dans un culte de la vertu parvenu à un paroxysme aliénant. C’est avoir avant tout la pensée libre avec le sentiment d’être aimé du Dieu en qui l’on croit. Le pardon humain dont j’ai parlé est parfois insuffisant en raison de la nature de l’homme qui doute très facilement de ses semblables. Le croyant sait que le pardon divin est une réalité absolue. La raison d’être d’une religion est dans la capacité de convaincre que le salut se situe dans les heures où l’on touche le fond en soi-même pour devenir une autre personne. Cela s’appelle la « kenosis » ou acte de se vider ; le départ d’Abraham de la terre d’Ur, l’exode de Moïse de l’Egypte, la conversion de Paul sur le chemin de Damas. Il s’agit moins de connaître tout ce qui se rapporte à Dieu que de ressentir sa présence, dirons certains. Etre touché par la grâce, c’est devenir comme les oiseaux du ciel qui ne se soucie pas de leurs états d’âme ni de leur nourriture. Un jour qu’on lui demandait ce qui le rendait heureux, Teilhard a répondu : « Je suis heureux parce que le monde est rond ! ». Il insinuait par là que les angles, les coins, les frontières, ne sont pas physiques mais psychologiques.

Pour conclure, j’évoquerai ces révolutions populaires qui ont secoué le monde et qui sévissent plus que jamais dans le monde arabo musulman. Il s’agit d’une explosion de conscience qui reconnaît enfin les vertus de la liberté qui, à cette occasion, représente ce qu’il y a de plus précieux en l’homme. La liberté est manifestement source de progrès matériel et de progrès moral. Un changement est amorcé mais son devenir est encore incertain. Trop de real politique assaisonnée d’hypocrisie a contribué à brouiller les cartes et à remplacé les simples valeurs morales en transactions de mandarins assoiffés de richesses matérielles. A ce propos, je cite encore Teilhard :
« Ou bien la nature est close à nos exigences d’avenir et alors la Pensée, fruit de millions d’années d’effort, étouffe mort-née, dans un Univers absurde, avortant sur lui-même.
Ou bien une ouverture existe ! »

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 26 Mars 2011 à 12:04 | Commentaires (0)