Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Tome 10 : « COMMENT JE CROIS »
Chapitre 5 : « Notes sur quelques représentations historiques possibles du péché originel »
14 Points forts pour lancer la réflexion


-Note des Editions du Seuil : Cette note de Teilhard, écrite un peu avant Pâques 1922, était destinée à une étude entre théologiens. Elle a été transmise à Rome au Préposé Général des Jésuites, c’est elle qui motiva la fin de la carrière d’enseignant de Teilhard et elle fut la cause de ses ennuis avec le Saint Office.
Rappelons que cette lettre adressée à un ami répondait à une demande d’ordre privé.

Note de JPF : Sur ce problème du péché originel, Teilhard était plus nuancé dans cette lettre qu’il ne le fut dans plusieurs de ses livres. Aux idées fortes de ce texte (points de vue personnels) j’ajouterai quelques idées fortes de la Genèse, extraites
-Du livre 1 : « sept jours »
-Du livre 2 : « Jardin d’Eden »
-et du livre 3 : « Un serpent nu »
Le rapprochement est nécessaire pour se faire une opinion sur ce problème, sachant que la Bible est la référence.

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Point 1 : Les attributs dogmatiques de la faute génère une rédemption, qui est la conséquence de ce péché originel.

Point 2 : Le but de cette note est de montrer sous quelle influence le dogme chrétien est amené à faire évoluer son ancienne manière d’imaginer le péché originel, tout en le conciliant avec les données les moins hypothétiques de l’expérience et de l’histoire.

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Point 3 :
(a)Les zoologistes sont à peu près d’accord pour admettre que la phylogénèse humaine est incompatible avec la monogénèse biblique, elle ne laisse pas de place pour un Adam. Le point d’attache du phylum humain sur le tronc commun des êtres vivants doit être obligatoirement très complexe pour contenir en puissance les variétés des êtres humains ; or cela suppose une base numérique assez large avec des contours assez flous.

‘b)Parallèlement il n’y a pas de place pour un paradis terrestre dans les sciences de la terre.

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Point 4 : On ne trouve aucun vestige d’un Age d’Or. Le paradis terrestre n’est compréhensible que comme une manière d’être différente de l’univers. D’ailleurs le dogme chrétien précise bien que l’Eden est un « autre monde ».

Point 5 : Aucun scientifique n’est en mesure d’accommoder ses conceptions de l’univers avec celles communément racontées dans l’Histoire Sainte.

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Point 6 : Les traces du drame initial sont insaisissables et inexpérimentables et ce pour deux raisons :
(a)Le péché originel est un évènement trop petit et trop lointain et ces raisons compromettent le contenu même du drame.
(b)Ou bien au contraire, nous ne le distinguons pas parce qu’il est trop grand et trop présent.

Point 7 : On limite les conséquences de la faute en disant que par « douleur et mort introduites dans le monde il faut simplement entendre douleur et mort de l’Homme ce qui est contraire à l’esprit de la lettre de Saint Paul pour qui la chute est avant tout une solution au problème du mal. Cette solution compromet le contenu même du dogme quel est le contenu du dogme chrétien ? )en cette matière.

Point 8 : Si la période paradisiaque a eu sur la marche du monde un si faible retentissement, comment lui faire supporter la promesse d’un salut universel ?

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Point 9 : Comment imaginer cette transcendance du péché originel ? Trois propositions
-1ère hypothèse : Adam et Eve auraient commencé leur existence dans la sphère d’un monde différent du nôtre et par leur faute ils seraient tombés dans une sphère inférieure de la nôtre. Ils auraient été im-matérialisés puis insérés dans une série animale dans laquelle ils auraient perdu la mémoire de leur origine. C’est ce que nous nommons le Premier Adam.

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Point 10 / 2ème hypothèse : Avant la chute, Adam et Eve auraient formé une humanité plus spirituelle que la nôtre, et par suite d’une infidélité similaire à celle des anges déchus, ils seraient nés une seconde fois dans la pluralité de la matière, se coupant presque totalement du monde de l’Esprit. Il y aurait eu ainsi deux phases à considérer : Le Premier Adam descendant dans la matière en organisation, et le Second Adam en évolution montante vers l’Esprit.

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Point 11 / 3ème hypothèse (celle de Teilhard). Le péché originel exprime, traduit et personnalise, dans un acte instantané et localisé, la loi pérenne et universelle de « faute » qui serait dans une humanité en devenir, qui tend à faire remonter l’Etre à Dieu.
Toute création se traduit par une descente de l’Unité vers le multiple (c’est cela que l’on assimile à une faute). Ipso facto, cette pseudo faute nécessite bien évidemment une « Rédemption », laquelle est assimilée à une remontée vers le divin. Dans ce contexte, le paradis terrestre est le symbole d’une « mémoire » du Divin dans la conscience humaine.
Cette manière de comprendre le péché originel supprime toutes les difficultés et incompatibilités avec le raisonnement scientifique car la « faute » ainsi considérée se confond avec l’évolution de la matière. Dans cette acception, la découverte de cette faute correspondrait au « pas de la réflexion ».

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Point 12 : « La faute par excellence n’est pas à chercher en arrière, commise par une humanité bégayante ; ne serait-elle pas plutôt à prévoir en avant, au jour où l’humanité, pleinement consciente de ses forces, se divise en deux camps : pour ou contre Dieu ? »

Point 13 : « Pour sauver la vision chrétienne du Christ-Rédempteur, il faut que nous maintenions le péché originel+, sans cela, le Christ n’ayant sauvé qu’une partie du monde, ne serait pas vraiment le Centre Universel d’attraction de l’évolution ».

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Point 14 : Non seulement pour que les savants aient la paix dans leurs recherches, mais pour que les chrétiens aient le droit d’aimer pleinement un Christ qui ne s’impose à eux que par toute l’urgence et la plénitude de l’univers, il faut que nous élargissions nos vues sur le péché originel afin que nous puissions le situer partout où le Verbe Incarné a fait le monde et peut nous faire accéder à la conscience suprême. Il ne s’agit plus alors d’une promesse, mais d’une réalité déjà présente en nous.

Note de J.P.F. : Il est surprenant que Teilhard dans ce texte extrêmement sulfureux ne se soit pas référé aux sept jours de la création biblique, lesquels confirment la notion d’évolution. Dans le même esprit, pourquoi n’a-t-il pas mentionné l’interdiction de manger les fruits de l’Arbre de la Connaissance que Dieu fit à Adam et Eve ? Il a perdu un atout important dont le développement eut été intéressant.


Vendredi 30 Mars 2012 19:10