Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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Ecrit par STEPHEN HAWKING et Léonard MLODINOW
Traduit de l’anglais par Marcel Filoche
Editions Odile Jacob


Une autre Impressions de lecture du livre « Y A-T-IL UN GRAND ARCHITECTE DANS L’UNIVERS » par M. Comby/Réponse au texte de JP Frésafond du 6/6/11
Dans mon essai intitulé : « Le Monde tel que je le comprends », j’évoquais essentiellement le monde de l’esprit…c’est-à-dire le monde intérieur dans toute sa complexité, son organisation, et aussi ses mystères. Teilhard parlerait du « Dedans des choses ».
L’ensemble, élaboré à partir de la Genèse, repose sur la diversité mais aussi l’unité de la psyché. Un cloisonnement entre les diverses formes de connaissance est de plus en plus handicapant pour l’homme s’il désire découvrir le sens de notre vie et de notre Univers.
 

Je me permets ici une citation :
« Il est probablement vrai qu’en général, dans l’histoire de la pensée humaine, les développements les plus féconds naissent à l’intersection de deux courants d’idées. Les courants peuvent avoir leur origine dans des domaines totalement différents de la culture, à des époques et en des lieux culturels divers. Dés lors qu’ils se rencontrent effectivement et entretiennent une relation suffisante pour qu’une réelle intersection puisse s’exercer, on peut espérer des développements nouveaux et intéressants. »
Heisenberg (physicien allemand, un des fondateurs de la mécanique quantique)

On s’est souvent contenté par exemple d’une position de raison selon laquelle la science s’occupe du comment dans l’organisation de toute chose et la religion du pourquoi dans l’existence de toute chose. Au début de la Genèse il est écrit : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». On rencontre dans l’étude de l’astrophysique, la notion de « trou noir » ; il s’agit d’une portion de l’espace où la densité de matière est telle qu’aucune lumière ne peut s’échapper en raison de la courbure de l’espace et de la stupéfiante force de gravitation. La lecture de l’Ancien Testament fait un peu penser à ce phénomène de trou noir en raison justement de la densité du message et de son ésotérisme. N’est-il donc pas possible alors de briser la coque du fruit afin d’en faire jaillir une parcelle de lumière ? En fait la coexistence de ces deux réalités : Terre et Ciel pose le problème de la transcendance. Les diverses conceptions qu’on en a dépendent de l’idée que l’on peut avoir à propos des positions relatives de notre terre à nous et de notre ciel à nous. Nous entrons par là même dans l’univers de la philosophie et, en particulier toute la philosophie qui, actuellement, découle de la recherche fondamentale. Hawking nous livre donc ce qui a toujours été sa conviction. Nous le respectons mais nous devons regretter de profondes lacunes dans sa pensée.

La science et je veux parler des sciences dures : mathématiques et physique, ne constitue pas seulement le support des techniques les plus diverses. Elle ouvre sur le mystère de notre condition d’homme en fournissant des modèles utilisables dans l’activité de notre pensée rationnelle. Notre esprit n’accède pas directement à la nature des réalités et encore moins à leur essence ; l’explication du monde se nourrit de constructions intellectuelles qui mettent en évidence le jeu subtil de toutes les relations existantes au sein du monde visible et le rôle unificateur des « archétypes » de l’humanité. Notre psyché s’organise comme une sorte de filtre qui ne laisse passer qu’un minimum d’informations capable d’être analysé pour concevoir notre monde dans son aspect global. Parmi les archétypes les plus intéressants, il y a la « dualité », celle que décrit par exemple la célèbre théorie du yin et du yang et celle aussi qui nous parle de l’existence du bien et du mal. Plus précisément, la dualité, source de liberté, constitue une représentation de toute la dynamique qui engendre la vie. Ici se croisent donc l’histoire biblique et l’enseignement des mathématiques situé au niveau de l’algèbre linéaire.

Cette même algèbre nous procure des modèles qui vont faire comprendre que beaucoup de choses se conçoivent par le jeu des analogies ou plus précisément des homologies.. On découvre alors la notion importante d’isomorphisme et on l’appliquera à la compréhension d’un univers construit à partir des quatre grands principes : l’air, l’eau, la terre et le feu.
A cela viennent s’ajouter les symboles qui prennent leur place au centre de la vie imaginative. Ils permettent à l’homme de déchiffrer ce que la raison seule ne livre à son regard. Une grande place est faite au symbolisme afin de s’élever au-dessus du seul plan horizontal contenant nos seules réalités matérielles, politiques, économiques et ludiques. Le monde des symboles ouvrent l’esprit sur la métaphysique et organise le monde suivant un tracé ascendant. C’est ainsi que l’on devient plus sensible à ce qui constitue notre relation au grand Mystère de nos origines. C’est ainsi que l’on comprendra de manière moins enfantine ou caricaturale, le contenu les Livres Saints qui, malgré la violence et le tragique, s’adresse avant tout à la profondeur de l’âme humaine. Ne transparaît chez Stephen Hawking qu’un essai de rationalisation à partir de fumeuses hypothèses. Rien là dedans de très réjouissant car il y manque toute la véritable Connaissance sur l’Homme, à partir de son histoire, de sa complexité, de ses facultés construites à la fois sur la raison et sur l’imaginaire.

Depuis quelques années, des scientifiques ont cru légitime de donner leurs avis sur certaines corrélations existant entre religions et sciences. Ce phénomène nouveau apporte certes une ouverture sur le monde de la psychologie des profondeurs qui met en évidence le fait que l’homme est avant tout un être infiniment complexe. Cependant tous les scientifiques n’ont pas la même approche des problèmes, surtout en raison de l’attrait procuré par les philosophie d’origine extrême orientale. La vision de la transcendance doit être à mon sens débarrassé de toute trace de panthéisme ou plus encore de syncrétisme portant sur des connaissances les plus diverses, un des fléaux de notre époque : le New Age ! Il existe aussi les conflits que se livrent Créationnistes et Evolutionnistes. J’ai voulu apporter dans cet essai et dans le cadre de la Connaissance, une idée selon laquelle on peut parler de superposition de deux réalités : l’une d’origine matérielle et biologique, l’autre d’origine divine, tout en reconnaissant que cette grandiose manifestation de la nature humaine demeurera à jamais un profond mystère que la science ne peut dévoiler. Vouloir, comme Hawking, découvrir la clé de ce mystère, constitue certes un rêve profondément humain. Mais ne découvre-t-on pas en réalité la manière la plus efficace de retomber, d’une part dans un néo – fondamentalisme, et d’autre part dans une sorte de syndrome névrotique, celui d’une souris qui n’en finit plus de s’accrocher au paroi de son bocal sans pouvoir en sortir.

Pour moi l’aspect « feuilleté » de l’organisation de notre univers est fondamental…donc il ne peut exister une théorie du Tout au sens de Hawking. On sait mettre en évidence plusieurs niveaux disjoints de la Connaissance. Ainsi convient-il de remarquer qu’entre le monde des réalités terrestres et l’espace divin, il existe une césure dont la conséquence la plus probable est que la science de dévoilera jamais les secrets du message biblique. La science ne fait qu’accorder, pour un croyant, un outil pédagogique permettant à notre raison d’approfondir la réalité de la foi. Les différentes spéculations sur notre Univers sont basées sur la notion d’énergie. Ce dont je suis personnellement convaincu, est que les énergies apparaissant à différents niveaux de la réalité, ne sont pas de même nature. Il y a superposition mais non identification. L’Amour en tant qu’énergie n’a rien à voir avec les énergies thermiques ou électromagnétiques. Hawking devrait réfléchir sur le fait que notre Monde fonctionne sur un mode homologique selon lequel toute réalité au niveau N se comporte à l’image de la réalité au niveau N-1. Dans le domaine de la théologie, le dogme de la Trinité est développé suivant une rhétorique qui met en parallèle une relation de nature divine et une relation de nature humaine et ce, pour rendre intelligible cette notion.
L’élaboration de cette fabuleuse « M-THEORIE » censée établir une connaissance du TOUT, représenterait une satisfaction indubitable pour les physiciens, mais elle ne répondrait pas à la question du pourquoi des choses. Bien au contraire, cette théorie ne ferait que renforcer le cloisonnement de nos connaissances prises dans un tourbillon d’où elles ne peuvent plus s’échapper : le serpent qui se mord la queue !! Pour envisager l’étude d’un Monde et sa compréhension, il faudrait posséder la puissance de sortir de ce Monde, ce qui est manifestement hors de question.
Le livre de Stephen Hawking : « Y a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? » reprend les thèmes classiques de la physique moderne et des mystères non encore élucidés, mais, à mon sens, il repose sur un champ de la Connaissance bien trop réduit pour être crédible. Que dit-il sur l’homme et sa complexité ? A peu près rien ! Je doute que Teilhard ait vraiment apprécié son analyse.

Mercredi 8 Juin 2011 19:51