Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

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« le phénomène humain », collection sagesses, p. 65-94 /Teilhard de Chardin




La réponse à la question de savoir quand, où et comment la vie est apparue sur terre reste encore incertaine malgré les efforts de chercheurs dans plusieurs disciplines. Dans le précédent chapitre du phénomène humain, TDC décrit « la terre juvénile » apparue il y a au moins 4,56 milliards d'années, TDC s'est donc d'abord intéressé à la naissance de la terre. Il fallait bien sûr que la planète terre soit vivable pour permettre la vie de l'homme mais aussi celle de toutes les créatures existant dans le monde. Il pense que la terre probablement entourée d'une nappe aqueuse ne contenait que des agrégats inertes. A un moment donné, inconnu pour lui, ces eaux « ont commencé à grouiller d'êtres minuscules ». C'était « le commencement d'un ordre nouveau ».
Pour TDC « la vie proprement dite commence avec l'apparition de la cellule »: « la cellule est le grain naturel de la vie, comme l'atome est le grain naturel de la matière inorganisée. » C'est pourquoi TDC cherche à comprendre la cellule pour comprendre la vie.
La cellule est déjà une entité très complexe comme le montrent à l'heure actuelle les études en cytologie, histologie, biochimie, génétique et autres approches biologiques. Elle ne peut être un objet sans antécédent. C'est un intermédiaire dans le cycle de la vie. Elle est issue d'éléments plus simples et elle évoluera et se différenciera pour former des êtres plus complexes dans le monde bactérien, végétal aussi bien qu'animal.
Quand pouvons nous déclarer qu'un être est vivant ? Les éléments les plus simples que nous pouvons observer dans la nature actuelle représentent-ils le premier pallier de la vie ? Où se trouve la limite entre l 'agencement des atomes en molécules de plus en plus complexes et l'apparition de la vie? «Le passage du grain de matière au grain de vie est-il si différent de l'existence des transformations que postulait la théorie de l'Evolution développées par Darwin ou Lamarck.
Physiciens, chimistes, astrophysiciens, Paléontologues, Biologistes sont à la recherche de traces de vie au fond des océans, au sein de roches antiques des continents ou dans l'espace interstellaire. Mais il est difficile d'affirmer que l'on a à faire à un réelle trace de vie. : par exemple, les fossiles trouvés dans des roches très métamorphiques de plusieurs milliards d'années peuvent aussi bien provenir d'un organisme unicellulaire que d'une transformation minérale. La technique d'analyse chez l'être vivant de la proportion de carbone 12/13, (le carbone 12 étant plus abondant que le carbone 13) peut aussi être trompeuse car des transformations minérales analogues peuvent avoir lieu sur des milliards d'années. On ne peut pas trouver non plus de traces de glucides, lipides ou de protéines vieilles de plus de 3,9 milliards d'années car, à ce moment-là, la planète a subi un déluge de météorites qui a surement effacé toute forme de vie. Les traces datant de 3,5 milliards d'années restent les plus fiables (1). Cependant, ils révèlent une vie déjà assez évoluée, ce qui exige beaucoup d'imagination et d'incertitudes pour expliquer le passage d'une chimie simple à une biologie complexe représentative de la vie.

La vie existe sur Terre depuis des milliards d’années. Les premiers organismes, microscopiques, apparurent dans l’océan. Ils ressemblaient aux bactéries que nous connaissons aujourd’hui. Les premières algues et les premiers animaux se développèrent et envahirent peu à peu les mers. Avec l’apparition de l’oxygène dans l’atmosphère, les formes de vie se multiplièrent et devinrent plus complexes et diversifiées. Certaines plantes et certains animaux se transformèrent peu à peu pour vivre hors de l’eau et coloniser les continents. La terre juvénile au moment de l'apparition des cellules n'avait pas l'aspect actuel. « Le temps requis pour l'établissement du monde cellulaire dépendait étroitement de la transformation générale des conditions chimiques et thermiques de la surface de la terre »

Les scientifiques ont divisé l’histoire de la Terre en grandes périodes marquées par l’apparition ou la disparition d’animaux et de végétaux. Au fil du temps, des êtres vivants très différents se sont succédés. Par exemple, le développement d’une colonne vertébrale a permis à certains animaux de nager plus efficacement, il y a plus de 400 millions d’années. Les premiers vertébrés étaient les poissons. Certains poissons ont peu à peu développé des poumons et des pattes pour conquérir la terre ferme. Ils furent les premiers amphibiens, capables de vivre sur terre et dans l’eau. Avec l’assèchement du climat il y a quelque 300 millions d’années, les reptiles ont pris le dessus, étant mieux adaptés que les amphibiens à un environnement aride. Encore aujourd’hui, des êtres vivants disparaissent ou évoluent, au rythme des transformations de leur environnement (2).

Revenons à l'apparition de la cellule que TDC identifie comme étant à l'origine de la vie organisée. Qu'est-ce que la vie ? Les biologistes, spécialistes de la question sont généralement d'accord pour dire que la Vie se résume à trois caractéristiques de la cellule : le métabolisme, le matériel génétique et la présence d'une membrane qui protège l'intérieur de la cellule et ses constituants de l'environnement externe. Le métabolisme assure la production d'énergie et la fabrication des métabolites (glucides, lipides, nucléotides vitamines...), et des protéines et enzymes, nécessaires aux diverses fonctions cellulaires. Le matériel génétique comme l'ADN porte le code génétique et donc l'information pour synthétiser les protéines et permettre la conservation de l'espèce, Les ARNs transfèrent l'information permettant la synthèse des protéines et, enfin, les protéines catalysent les réactions chimiques dans la cellule. L'ADN peut être soumis à des mutations quelques fois responsables de l'évolution des espèces. Les membranes cellulaires sont essentielles pour confiner ces éléments, sans dilution dans le milieu externe.
L'ARN pourrait être le précurseur de toutes les fonctions biologiques. En effet, c'est vraisemblablement l'ARN qui est apparu le premier dans la soupe prébiotique puisque, d'une part, il aurait pu servir de support génétique car l'ADN ne serait qu'un ARN modifié (ARN : acide ribonucléique ; ADN acide désoxyribonucléique). D'autre part, l'ARN pourrait aussi avoir eu une activité catalytique que l'on a détecté dans des ribozymes. Il pourrait donc avoir remplacé les protéines dans les toutes premières cellules. Mais ceci est encore hypothétique car on n'a pas encore réussi à fabriquer des ARNs dans les conditions de la terre juvénile. TDC avait dès 1948, une intuition de ceci sans connaître les mécanismes génétiques et biochimiques que l'on connaît actuellement. Il écrit en effet (p.93) : «Si la Vie, un jour, a pu s'isoler dans l'océan primitif, c'est sans doute que la terre (et en cela, justement elle était juvénile) se trouvait alors, de par la distribution et la complexité globale de ses éléments dans un état général privilégié qui permettait et favorisait l'édification des protoplasmes....
Cette hypothèse nous suggère que l'origine des corps organisés serait liée à une transformation chimique sans précédent et sans réplique au cours de l'histoire terrestre. »

(1) Journal du CNRS : Enquête :A la recherche des premières traces de vie, 2012, 264, 21-27
(2) Origine de la vie sur terre, http://www.ikonet.com (2017)

Vendredi 20 Octobre 2017 14:07

Marcel Comby /  La notion d’évolution selon la vision de Teilhard de Chardin
Teilhard fut un précurseur dans l’étude des systèmes complexes qui traitent des relations entre leurs composants et de l’architecture de ces relations. Il pensait comme Aristote que « Le tout est plus que la somme des parties ».Les concepts nouveaux qu’il forgeât en son temps ne furent vraiment compris que bien plus tard. Le modèle qu’il propose se vérifie, en fait, en amont avec la notion de Cosmo genèse et en aval avec celle de Noogénèse. Le fait de l’évolution fait apparaître une généalogie des êtres vivants mis en relation de manière logique et organisée.
Le processus de l’évolution suppose l’existence de principes et de lois spécifiques. Ainsi, avec Darwin, apparait le principe de « sélection des plus aptes ». Mais il faudra attendre les découvertes de la génétique pour croire pouvoir expliquer par le hasard des mutations génétiques l’origine de ces dits : « plus aptes » qui seront ensuite triés par le filtre de la sélection naturelle. Il s’agit d’une théorie néo-darwinienne de l’évolution sacralisée par Jacques Monod dans son célèbre ouvrage : « Le hasard et la nécessité ».

Teilhard pense qu’il existe bien un processus d’évolution des êtres vivants, mais il affirme qu’il existe un fil conducteur dans la fabuleuse histoire du cosmos, de la vie et de la pensée. Il ne s’agit pas de lois purement scientifiques mais de lois plutôt descriptives s’efforçant d’exprimer en termes probabilistes et sur la très longue durée, les grandes tendances de l’évolution. On peut distinguer trois lois fondamentales au sein de la vision cosmique de Teilhard :
- La loi de complexité croissante : au fil du temps apparaissent sur la Terre des formes vivantes de plus en plus complexes et autonomes par rapport à leur milieu. Teilhard fait naître le paradigme des trois infinis l’infiniment grand, l’infiniment petit et l’infiniment complexe
- La loi de complexité / conscience : la montée en complexité s’accompagne de psychismes de plus en plus riches permettant une meilleure connaissance du milieu une plus grande capacité à s’y adapter par apprentissage. Pour Teilhard, il existe comme un axe de cérébralisation qui traduit la complexité croissante du système nerveux central depuis les premiers vertébrés jusqu’aux mammifères puis à l’homme. Avec le cerveau humain, la complexité atteint un niveau des plus extraordinaires, celui de la pensée réfléchie et celui de la conscience.
- Le principe d’émergence : lors de la montée en complexité, apparaissent des points critiques ou seuils dont le franchissement fait naître des propriétés nouvelles. Ainsi l’apparition de la vie se produit lorsqu’un assemblage de molécules organiques atteint un certain degré de complexité. Il en est de même pour la conscience. La formation des sociétés humaines de plus en plus vastes oriente vers le franchissement d’un nouveau seuil : la co – réflexion.
L’homme, dans ses diverses dimensions personnelles, sociales et historiques, représente donc la flèche pensante de l’évolution.

La phénoménologie de l’évolution selon Teilhard transparait dans ses grands essais tels que Le Phénomène Humain et La place de l’Homme dans la Nature. On retrouve dans sa pensée, depuis le big-bang jusqu’à l’homo sapiens un schéma qui tient compte d’une succession de points critiques dans l’évolution qu’il appelle des pas, celui de la corpusculisation avec la formation des atomes, celui de la régulation qui traduit le passage des systèmes physiques aux systèmes chimiques au sein desquels se produisent la formation des grosses molécules et les mécanismes de catalyse avec les premières boucles de régulation, celui de la vie qui voit l’apparition des premières structures vivantes et leur adaptation aux divers environnements, leur diversification croissante et leur complexification, celui de la conscience et de la pensée réfléchie qui procure à cet être de chair, l’homme, la capacité de se dominer soi-même et de dominer la nature. Citons Teilhard : « Considérée dans son ensemble, la Vie se segmente en avançant. Spontanément elle se rompt, par expansion, en larges unités naturelles hiérarchisées. Elle se ramifie. (T1, page 120) Il propose l’existence d’une unité naturelle du Monde : le Phylum et une étape importante dans l’éclosion de la Vie : une mutation.
Avec l’apparition de l’homo sapiens, l’évolution passe d’un régime de nature biologique à un régime de nature socioculturelle. Citons les systèmes sociaux avec leur taille, leur histoire et leur avenir. Citons également les systèmes artificiels qui vont de la création des outils primitifs à l’élaboration d’une intelligence artificielle et bientôt au fameux Trans humanisme. Citons enfin les systèmes symboliques qui procèdent du langage et qui servent à construire notre intellect, nourrir notre conscient et notre inconscient. Leur contenu se compose de réalités abstraites qui vont des mythes et des rites les plus anciens aux connaissances philosophiques, scientifiques et artistiques actuelles.

Peut-on décrire le moteur de l’évolution ?
La réponse n’est pas simple. Beaucoup de débats ont montré qu’il existe de nombreux mécanismes hyper complexes à la base des transformations de la chose terrestre. Teilhard ne s’étend pas sur ce sujet. Cependant c’est lui qui est à l’origine d’un concept : l’union créatrice.
Par contre, ce qui pose réellement question pour tous les savants du monde est l’idée fondamentale de finalité. Elle apparait, par exemple, dans le domaine de la cybernétique. La cybernétique est la science des mécanismes autogouvernés et du contrôle, elle met essentiellement en relation les principes qui régissent les êtres vivants et des machines dites évoluées. La cybernétique est donc une science transdisciplinaire.
« La finalité est une causalité intérieure qui se dégage de façon de plus en plus précise, active, déterminante, là où il y a information / programme pour commander les performances » dit Edgard Morin. Plutôt que finalité, les biologistes préfèrent parler de téléonomie ou de téléologie. Il subsiste alors une opposition féroce entre scientifiques à propos des interprétations possibles de cette notion de finalité. Tout être vivant est-il seulement une combinaison harmonieuse de multiples boucles de rétroaction ?
L’anthropologue Yves Coppens déclare : « La matière de notre Univers se complique et s’organise dès qu’elle existe, elle se complique et s’organise davantage dès qu’elle devient vivante…elle se complique encore plus et s’organise encore mieux lorsqu’une partie de cette matière vivante devient pensante…L’histoire de notre Univers a donc un sens, une direction et en même temps du sens ». Ici nous arrivons à la réponse de Teilhard avait, dans les années 30, sur la vision de l’évolution une position semblable. Pour lui l’évolution était incontestablement orientée. Il voit, dans son for intérieur, l’existence d’un point de convergence globale de nature mystique : le fameux point Oméga dont le passage par la noosphère constituait une étape. Ce nouveau seuil de l’évolution, il le désigne sous le nom d’ultra-humain qui fait pénétrer l’homme dans un cadre spirituel : le Milieu divin. Pour décrire l’évolution selon Teilhard, on doit tenir compte non seulement des transformations contingentes des choses dans l’Espace-Temps, mais aussi de l’origine de ces choses qui est hors de l’espace et hors du temps.

L’union créatrice est, pour Teilhard, un concept fondamental qui apparait en pleine guerre, octobre 1917. La conscience surgit comme un centre d’unité et de finalisation qui apporte une âme, un intérieur, à un ensemble complexe et organisé de composants organiques. Pour Teilhard l’union crée, différencie et personnalise.
Au niveau du vivant, l’union créatrice met l’accent sur l’importance des symbioses à la base des grandes inventions de la vie. Au niveau du pensant, l’union créatrice joue en faveur des civilisations dont le but fondamental est la recherche d’un progrès moral et matériel. Au niveau épistémologique, l’union créatrice est génératrice d’un monde au sein duquel règne le principe de dualité. La vie est faite de relations antagonistes, contradictoires ou paradoxales. Pour franchir le seuil de l’ultra humain, il faudra dépasser la logique binaire pour adopter une logique ternaire.

L’Univers constitue un monde de relations et sa nature propre n’est pas que matérielle. Les grandes découvertes scientifiques reposent sur la mise en œuvre des notions universelles de matière et d’énergie. Au sein de tous systèmes complexes, vivants ou artificiels, les échanges entre matière et énergie supposent toujours l’intervention d’un autre élément fondamental : l’information. Avec Teilhard est né le concept d’esprit-matière qui rend compte de ce qui se passe de merveilleux et d’étrange au plus profond de la réalité terrestre qui, toutefois, demeure voilée.
Teilhard écrit dans « Le Phénomène Humain » (page 155) :
« L’essence du Réel pourrait bien être représentée par ce que l’Univers contient, à un moment donné, d’intériorité ; et l’Evolution dans ce cas ne serait pas autre chose au fond que l’accroissement continuel de cette Energie psychique ou radiale au cours de la Durée, sous l’Energie mécanique, ou tangentielle, pratiquement constante à l’échelle de notre observation » Les notions de Dehors et de Dedans des choses sont systématiquement évoquées par Teilhard pour représenter la double face de la réalité.

Le point Oméga, attracteur universel d’amour, représente une figure théologique du Christ qui, pour Teilhard, possède un caractère cosmique et universel. Nous quittons ici le cadre rigide de la morale pour se fixer sur celui de l’organique et du vibratoire. L’Univers tout entier converge vers ce point singulier. Mais son existence ne relève pas de la raison mais de la foi. Ce saut de la foi qui complète le fil de l’évolution teilhardienne constitue un dernier étage d’une phénoménologie que l’on dira : intégrale. A la suite de la Cosmo genèse qui donne un sens particulier à notre vie, vient se superposer la Christo genèse dont la signification est nouvelle. Oméga se comporterait comme un immense attracteur, présent dès l’origine du monde et influençant l’ensemble des processus de complexification de la matière et la montée vers l’esprit. Existe alors pour Teilhard deux types de rétroaction :
- Celle en direction du cosmos et de la nature. Le point d’application de la Force divine reste, par essence, extra-phénoménal. « Dieu fait que les choses se fassent »
- Celle en direction de l’homme. Oméga se communique d’esprit à esprit. La venue de Jésus-Christ sur la Terre en est une manifestation. Teilhard écrira : « Si Oméga existe réellement, il est difficile de concevoir que son suprême ego ne se fasse pas directement sentir comme tel à tous les ego inchoatifs de l’Univers. De ce point de vue, la traditionnelle idée de « Révélation » réapparait, et se réintroduit (cette fois par voie d’énergétique évolutive) en Cosmogénèse »

Conclusion : La spiritualité de ces derniers siècles a été centrée sur la dévotion personnelle et fondée sur une vision statique et déterministe de notre Univers. Nos maîtres à penser ont prêché une morale rigide en vue du Salut. Cette tradition évangélique a certes suscité nombre de saints et de martyrs, témoins héroïques du Christianisme, mais elle ne prend pas en compte le progrès de la science et celui du langage. Le Père Teilhard de Chardin (1881 – 1955) jésuite et paléontologiste, étudiant l’évolution du vivant sur la terre, fut conduit à conjecturer que dans tout corpuscule de matière à l’état infiniment petit, il existait comme un élément de pensée. Cette réalité de nature non matérielle, Teilhard la nomma : « Dedans des choses » L’apologétique de Teilhard, qui réunit magnifiquement science et foi, apporte un relief et une dimension nouvelle à tout discours de nature épistémologique et théologique.
 

Dimanche 1 Octobre 2017 20:02

Le phénomène humain, chapitre 1


Marcel PRADINES  /  LA TERRE JUVENILE
« Dis Papy, on m'dit que la terre elle est née en 6 jours ,tu y crois toi ? »
« Mon petit ,je vais te raconter une belle histoire,écrite par un grand penseur, Teilhard de Chardin, et le titre de son livre est « le phénomène humain »

Écoute bien ,car c'est incroyable , prodigieux ,fantastique, une merveilleuse histoire dont je vais te raconter le premier chapitre ,il s'intitule "La terre juvénile".
 

Il était une foi, Il y a de cela 14 milliards d'années, était un point minuscule qui en réalité n'existait pas dans une immensité qui elle aussi n'existait pas, c'est pour cette raison que les physiciens l'ont appelé « le point mathématique »
Brusquement ce point , en explosant, créa l'Univers. Cet instant on l'appelle le « big bang ». Une énergie colossale était dans ce point, il lança des particules invisibles à nos yeux, lesquelles, par union ,créèrent des protons ,des neutrons, des électrons qui, eux aussi, par union créèrent des atomes.

Sous l'impulsion de quatre forces ,ces atomes se lancèrent dans un espace qui se créait à chaque instant, dans un chaos indescriptible , ils sont arrivés à tourner sur eux même et tous ensemble par groupes, ils créèrent une poussière qui forma des milliards de galaxies. A l’intérieur de celles ci se formèrent des milliards d'étoiles , puis des milliards de planètes. Tout ces éléments tournaient, tournaient.....comme des toupies....

Puis un jour, sur une planète ,celle là même où tu poses tes pieds ,sous l'effet du « DEHORS DES CHOSES tels que les champs électromagnétiques, les fluctuations quantiques dont le champ de Higgs venus de l'espace et des rayons u.v. venant de notre soleil, ont aidé cette poussière de particules ,qui par union c'est transformée en molécules. Par nature ,ces molécules étaient inaptes à grossir mais, là encore, par association, elles ont créé une mosaïque de petits éléments .Par un phénomène de cristallisation et de polymérisation ,s'édifiaient des composés organiques, des composés chimiques.; le monde Minérale prenait corps.
Ce monde des composés organiques ,tu en est construit. Sache que dans tout système complexe apparaissent des propriétés nouvelles ,n'appartenant qu'au tout et non réductible à la somme des propriétés des parties. C'est ainsi que toute molécule a des propriétés nouvelles ,que ne possède aucun de ses atomes constitutifs.

Mais à ce propos ,,nous savons maintenant l'importance de la durée dans cette évolution. Sans doute ,il y eu des milliards d'essais, de tâtonnements pour qu'émerge la matière inerte. Or dans la flèche du temps ,on s’aperçoit que le monde physique est empli de créativité et que la matière est capable de s'organiser.
L'important est de remarquer que dans ce processus évolutif ascensionnel de construction il y a , à travers ce magma de bouillonnement de désordres, la recherche d'un ordre pour concentrer l'ordre .

Teilhard remarque que « la Matière ne s 'étend plus sous nos yeux en nappes indéfinissables et diffuses, car elles s'est enveloppée sur elle même en un volume fermé" Comme c’est étonnant !
Alors une interrogation se pose : Dans cet élan y a t'il une intention déterminée ? Ou mieux une information qui se situerait dans le « DEDANS des CHOSES » ?
En effet ,la matière est caractérisée par les lois de l'entropie, donc par sa disparition. Les lois de la thermodynamique confirment que, laissé a lui même, le hasard tend plutôt défaire qu''à construire ; à semer le désordre qu'à instaurer l'ordre. Plus une chose est complexe plus elle est sujette à dégradation .Or, malgré tout, la Matière se construit .Teilhard le pressentit et il a conjecturé que dans tout corpuscule de Matière il y a l'existence de quelque psyché. C'est, selon lui , le moteur capable d'édifier les « choses » ,dans le sens du plus , allant du chaos à l'harmonie. Pour Teilhard ,le dedans des choses ,se déduit logiquement de la considération de toute l'évolution de notre Univers. Il est impossible de concevoir les passages du Rien à la Matière inerte ,puis au vivant, puis à la Pensée, sans supposer, qu’existe, dès la particule élémentaire, quelque chose qui porte un projet...une information

Déjà vingt siècles avant Anaxagore Thalès avait dit que « toutes les choses sont pleines de Dieu » En plein vingtième siècle Teilhard face aux physiciens fermés et isolés à toute entrée d’ éventuelles données métaphysiques, face à une «Curie engluée dans ses dogmes", a osé faire un pont b[entre la science et la métaphysique qui est pourtant l'un des problèmes fondamentaux posés a l'homme (si ce n' est LE problème majeur d'où découleraient les autres)
Teilhard finit ce chapitre tout émerveillé : « D'âge en âge, la teinte monte .quelque chose va éclater sur la Terre juvénile » Tu sait quoi petit homme ? La VIE ! Voici la VIE.
Et dans laquelle je te rajoute, plus tard , mais ,bien plus tard ,TOI ,petit homme.....

Tu vois ,petit homme pourquoi je prends Teilhard comme un de mes maîtres à penser .Bien évidemment ,comme la connaissance est toujours à découvrir ,Teilhard comme Einstein n'auraient certainement pas dit aujourd’hui rigoureusement ce qu'ils affirmaient il y a cinquante ans en arrière .Ce qu'il faut ,c'est donner des ailes à sa pensée ,pour lui permettre de voler toujours plus haut ,et non pas la distiller mot à mot comme le font certains ;comme s'il s'agissait d’interpréter les Évangiles.

i[

Dimanche 24 Septembre 2017 09:37

"LE PHENOMENE HUMAIN", la Prévie, chapitre 3


Marcel COMBY / LA TERRE JUVENILE
La terre juvénile représente pour Teilhard le substrat matériel sur lequel va germer la Vie. Notre paléontologue insiste sur le fait qu’il existe un Dehors de la matière, celui que nous voyons et que nous savons transformer physiquement, et un Dedans invisible et mystérieux qui a valeur de psychique et de conscience.

Energie et matière : Ces deux notions sont de nature universelle

 


Pierre Teilhard de Chardin et Carl Gustav Jung ont, en leur temps, établi une relation entre l’énergie psychique et l’énergie cosmique. Jung est parti de l’hypothèse que dans l’homme les processus psychiques sont liés à un ensemble complexe de facteurs interagissant au niveau de l’inconscient collectif, de l’inconscient individuel et du conscient. Ce sont des processus énergétiques sans origines précises qui interfèrent les uns avec les autres à l’intérieur d’un vaste système. La dynamique des processus transformant la Terre, l’homme et le cosmos est celle d’un système fermé. Il existerait donc une unicité de l’univers qui demeure encore de nos jours un grand mystère de la nature.

Selon Teilhard de Chardin, l’énergie est l’élément originaire et le plus intimement lié à l’univers, à notre planète et à la vie elle -même. L’énergie est, à l’origine, de nature psychique, se différenciant ensuite en énergie physique et en matière. La matière contiendrait donc l’esprit de manière immanente. Teilhard part du principe que l’immatériel se manifeste d’autant plus que la composition de la matière se complexifie. La vie, la conscience et la conscience réfléchie sont nées de l’interaction du matériel et du spirituel dans des îlots de complexification de notre univers, au sommet duquel l’homme culmine.
Selon Teilhard de Chardin, toutes les choses n’ont pas seulement un «dehors» que nous connaissons tous, mais elles ont aussi un «dedans» qui fait que le potentiel intérieur et les structures immatérielles ne se manifestent qu’à partir d’un certain degré de complexité. L’évolution est une montée spirituelle qui a sa source dans la « puissance spirituelle de la matière». Pour tenter de saisir le sens des intuitions de Teilhard, il est nécessaire de connaître ce qui se passe réellement au plus profond de la matière, compte tenu des découvertes en physique de l’infiniment petit.

La créativité innée du monde physique
Supposons que le bigbang ait produit un Univers qui soit un système dans lequel certains états soient bien plus probables que d’autres. Il est raisonnable et vraisemblable de penser que cet Univers se soit construit de préférence à partir d’états probables constituant un continuum plus ou moins uniforme d’atomes se déplaçant au hasard en tous sens. Mais si l’Univers avait dû naître de cette manière, il se serait présenté sous une forme monotone à l’infini. En réalité tout est parti d’un quelque chose de très compact, ultra chaud, prêt à subir une expansion ; ce n’est que dans un futur éloigné qu’il dégénèrera vers sa mort thermique. Il est intéressant de noter que l’état initial de l’Univers réside dans sa potentialité pure et simple investie dans le scénario du bigbang. Si l’on évoque le thème de la créativité humaine, on sait que tout œuvre se trouve d’abord en germe dans la tête de son auteur. Bien au contraire ce qui caractérise la créativité de l’Univers est une potentialité innée bourrée d’information qui sera investie dans la réalisation d’objets ayant un sens et une mission, une potentialité qui émerge seulement lors de l’écoulement du temps parmi toute une panoplie d’états plus ordinaires, une sorte de hasard chanceux qui serait à la base du principe anthropique.

La matière est capable de s’auto-organiser
La théorie de l’évolution par sélection naturelle démontre que l’être humain a évolué au cours du temps à partir d’ancêtres plus primitifs lesquels, à leur tour, proviennent au départ de composés chimiques inanimés : la « soupe primordiale ». C’est le résultat, non d’une pensée initiale, mais de phénomènes naturels. Tout a émergé de la nature organisatrice de la matière. Il s’agit de l’aptitude, propre à certains constituants de la matière, de s’assembler et de pouvoir ainsi générer des structures dont les conformations et les propriétés sont les plus diverses. Exemple assez étonnant : en mélangeant deux gaz tels que l’oxygène et l’hydrogène, on constitue un système hautement inflammable et détonant ; mais si l’on réussit à fusionner, atome par atome, chacune de ces deux substances, cela donne lieu à la formation de molécules d’eau, liquide qui justement sert en particulier à éteindre des incendies. Il en est de même du sel de table, encore appelé chlorure de sodium, qui est la combinaison d’un métal explosif avec un gaz hautement toxique. Ne parlons pas de la haute puissance symbolique du sel dans les récits évangéliques. Notre monde est formé de constituants fondamentaux qui s’apparentent davantage à des pièces de Lego plutôt qu’à des éléments géométriques simples : sphère, cube, tore, etc. Dans un monde régi par le second principe de la thermodynamique, il existe de multitudes de poches d’activité évoluant en sens inverse de celui du désordre. Qu’y a-t-il de plus ordonné et de plus compliqué que le cerveau humain ? La mécanique quantique a permis, dans une large mesure, d’avancer dans la compréhension de l’auto organisation des atomes ; ceux-ci s’assemblent et engendrent des entités appelées molécules dont les propriétés sont totalement différentes des constituants initiaux.

Une théorie générale de l'auto-organisation ?
Les sciences de la complexité débouchent sur une nouvelle vision des processus d'auto-organisation. Mais la théorie du chaos qui se consacre à de tels processus évoque, par son appellation, son contraire. La génération d'ordre à partir du désordre ne permet pas de se représenter de manière claire et synthétique la généralité des phénomènes considérés. De nombreux auteurs ont cherché à faire la synthèse des grands courants de pensée sur l'évolution, l'organisation et la complexité croissante. Certains avaient noté la différence profonde entre les deux grandes dérives de la matière vers la vie et l'entropie. D'autres, comme Teilhard de Chardin, ont cherché à expliquer par une loi de "complexité / conscience" l'émergence de la vie, de la pensée et de la conscience réfléchie. D'autres encore comme Francesco Varela, Jean Piaget, Edgard Morin, ont mis en avant les conditions d'autonomie d'un système complexe au cours de son évolution créatrice.
 

Jeudi 31 Août 2017 10:51

Pour contacter l'Association culturelle MARCEL LEGAUT : http://www.marcel-legaut.org/


Editorial sur  Marcel LEGAUT
Il y a peu, j'ai découvert sur les ondes le nom et la biographie de Marcel LEGAUT. Je fus d'autant plus intéressée que son nom était associé à Teilhard de Chardin, à la campagne du Diois que j'ai parcouru en solitaire, un peu comme une chèvre sauvage, attendant le retour glorieux des "varapeurs" qui escaladaient quelque somptueuse falaise locale. Je vous transmets donc un article écrit par Thérèse de Scott . Puissiez-vous être poussés par l'Esprit vers le gîte de l'Abbaye de Valcroissant et ce pays béni des dieux !
Anne-Marie Tisserand


http://www.marcel-legaut.org/

L’homme
Né à Paris en 1900, Marcel Légaut est mort en Avignon le 6 novembre 1990. Ce laïc, ancien élève de l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm, a été professeur à la Faculté des sciences de Nancy, puis de Rennes et ensuite de Lyon jusqu’en 1942. Simultanément il anime depuis Paris une communauté évangélique d’enseignants de l’école publique. En 1940, il se fait berger et paysan dans le Haut-Diois.Marié, père de six enfants, il publie sur le tard plusieurs ouvrages importants sur la vie spirituelle, le christianisme et la mission de l’Eglise. En 1952, il achète et s’installe à l’abbaye de Valcroissant près de Die (Drôme) pour que ses six enfants puissent suivre une scolarité dans de bonnes conditions.
En 1967, il achète et restaure une ancienne magnanerie à Mirmande, qui va devenir un centre de rencontre et de réflexion. Ce centre a poursuivi son activité après son décès.
Son œuvre majeure, accueillie favorablement, parait dans les années soixante-dix : “L’homme à la recherche de son humanité”, “Introduction à l’intelligence du passé et de l’avenir du christianisme” et “Mutation de l’Eglise et conversion personnelle”. Jusqu’à sa mort, tout en menant, dans plusieurs pays d’Europe et au Canada, une activité de conférencier, il continue de travailler les questions ouvertes dans cette œuvre majeure. Son souci d’être entendu par les Eglises se fait lancinant. Il presse les chrétiens d’œuvrer pour une renaissance spirituelle qui ne soit pas la répétition du passé. “Tout est à reprendre par la base affirme-t-il hardiment, et de façon tout-à-fait autre”. (“Introduction à l’intelligence du passé et de l’avenir du christianisme”, 374)

Légaut n’était encore qu’un jeune agrégé de mathématiques lorsque le père Portal le met en contact avec le père Teilhard de Chardin. C’était en 1924. Jusqu’à la guerre, Légaut reverra Teilhard à Paris à l’occasion de chacun de ses retours de Chine. Grâce à deux amis qu’ils ont en commun - l’abbé C. Gaudefroy et le père R. d’Ouince - il suit et lit avec passion tous les écrits de Teilhard qui circulent sous le manteau. Portal avait orienté Légaut vers des questions capitales pour l’avenir du christianisme. Teilhard l’éveille aux exigences de l’honnêteté intellectuelle et du courage dans la recherche religieuse. Très tôt, à l’exemple du grand jésuite, il cherche à unir vocation scientifique et vocation religieuse, mais hors de l’état ecclésiastique.Comme son aîné, il ne parviendra pas à entraîner des compagnons pour constituer une équipe de chercheurs unissant ces deux vocations.Il maintiendra cependant sa vie durant, sous forme de rencontres amicales, la présence d’une communauté intéressée par la recherche humaine et religieuse.

Les exigences de la raison critique et la crise culturelle
L’événement massif de la deuxième guerre mondiale, révélateur d’une désorganisation et d’une déshumanisation jusque là masquées par un certain confort intellectuel et spirituel, marque un tournant dans la vie de Légaut. Il est pour lui le point de départ décisif de prises de conscience suscitant un effort de pensée qui l’éloigne des perspectives optimistes de Teilhard. “Il faut, écrit Légaut au père R.d’Ouince en 1943, s’attacher à refaire l’homme et le chrétien, - ensemble - et non seulement le chrétien ou seulement l’homme”.
Au fil de l’œuvre qui naîtra de ce souci, Légaut va s’efforcer de cerner cette problématique par l’invention d’une démarche qui, tout en étant vigoureusement intellectuelle, sera spirituelle, “d’une manière très particulière”, tient-il à préciser. Toujours il critiquera les options d’une pastorale de reconquête chrétienne qui négligerait l’approfondissent personnel du sujet, comme aussi les exigences inaliénables de la raison critique dans les représentations de la foi.

En ces années cinquante, il prend acte de l’athéisme pratique qui, chez la plupart des chrétiens, coexiste avec une religion sociologique.
Le peuple chrétien, juge-t-il, ignore dans son ensemble ce qu’est la foi, qu’il confond avec une médiocre adhésion intellectuelle à un credo ; quant aux chrétiens cultivés qui, eux, savent mieux ce qu’est la foi, ils ne savent plus au juste ce que le credo veut dire. (“Lettres des Granges”, 1950) Légaut constate ainsi le déficit de crédibilité du discours des Eglises, la crise culturelle sans précédent qui hypothèque leur avenir. Car les bases sur lesquelles dans la chrétienté de jadis on avait bâti avec minutie l’édifice théologique sont définitivement ébranlées. (“Devenir soi”, 16)

Le sens de la vie
Comme Teilhard, il voit que la question cruciale pour l’homme de la modernité est celle du sens de la vie, de l’espoir pour l’avenir. Mais, contrairement à Teilhard dont le tempérament optimiste se nourrit d’une vision dynamique de l’énergie spirituelle à l’œuvre dans l’évolution grandiose du Cosmos, Légaut focalise son attention sur l’histoire singulière du sujet comprise comme un cheminement intérieur. Il renverse donc l’axe de la réflexion suivie communément par la tradition doctrinale du christianisme. Et du même coup, il est amené à délaisser ce qu’il appelle “une méthode de pensée qui relève d’une logique imaginative”. (“Vie spirituelle et modernité”, 180).
Que lui substitue-t-il ? Une ligne de pensée qui tente de décrypter le sens et la portée d’expériences humaines fondamentales vécues par “la généralité des hommes du commun” (“Travail de la foi”, 2e éd., 60) Cette forme de pensée est en prise directe sur l’existence du sujet dans sa totalité individuelle. Elle modifie par conséquent la manière de poser la question de base offerte à la recherche spirituelle. En effet, selon cette perspective, il ne saurait suffire de rechercher le sens de la vie - un sens général proposé, voire imposé à tous, comme en élaborent les doctrines et les idéologies. La question ne se résout pas non plus en donnant un sens à sa vie par des engagement significatifs.Elle ouvre sur la recherche du sens de sa propre vie dans le pas à pas du quotidien et dans le cadre de l’univers mental de la modernité occidentale. Cette quête d’humanité amène le chercheur spirituel à une compréhension en profondeur de ses relations à autrui et de leur rôle déterminant dans la genèse du sens de sa vie. Elle lui permet une approche renouvelée des conditions essentielles pour que la société, de simple collectivité qu’elle est spontanément, tende à devenir une communauté humaine.

Les croyances et la foi en soi

Tel est l’objet proposé à l’effort de réflexion sur soi du sujet. Cette manière de centrer la recherche amène Légaut à mettre en évidence l’importance de la foi et sa distinction d’avec les croyances. Sa perspective prend appui sur une expérience fondatrice qui est une réalité à deux faces : celle de “la foi en soi”, c’est-à-dire “en soi-même” et celle de “la carence d’être”.Cette réalité s’éprouve dans la vie de relation à autrui où l’homme est comme “acculé” à cet acte de foi :
“La foi en soi, dit-il, est l’affirmation inconditionnelle, posée par l’homme adulte, de la valeur de sa propre réalité prise en soi, indépendamment de la considération de son passé et de son avenir. Elle n’a pas d’autre contenu intellectuel que cette affirmation nue”. (“L’homme à la recherche de son humanité”, 27)
Cette affirmation absolue sur lui-même, dont l’homme est responsable, l’ouvre à la foi en l’autre. Cette foi est la pierre angulaire de son humanité. Elle le dégage des auto-défenses et lui permet de se tenir dans la conscience lucide de sa carence d’être, ainsi décrite :
“Ce que l’homme sait ne pas être, ne pas pouvoir être et cependant devoir être pour humainement exister lui révèle sa carence d’être. (…) Il entend à travers la conscience de sa carence de base, grâce à la foi en soi, le silencieux appel à être.Il entrevoit en elle et comme en creux l’être qui s’annonce en lui”. (Ibidem, 29)
Ces deux textes sont capitaux. Sans eux on ne saurait rien comprendre de la démarche de Légaut.

Le travail intérieur et la foi en Dieu
Mais alors, qu’est-ce qui rend possible cette expérience fondatrice et, par suite, l’émergence de l’intuition majeure de “la foi en soi” jointe à la conscience de sa carence d’être ? C’est, notamment, le travail intérieur que connaît l’homme par l’approfondissent de l’amour humain, de la paternité, de la responsabilité, de l’activité créatrice, de la conscience qu’il mourra. Enracinées dans ses instincts fondamentaux ou au contraire les contredisant, ces expériences sont révélatrices d’un appel illimité en même temps que d’impossibilités indépassables. Cette tension est signe et trace en lui d’une transcendance.
Au point d’articulation du vécu de la foi en soi et de la carence d’être, advient l’exigence intérieure “qui s’élève du cœur”. Elle se révèle “comme une poussière impalpable d’affections et de motions intellectuelles impossible à agglomérer en un ensemble consistant”, ‘“Mémoire de 1943”, 9) aux “mille formes secrètement convergentes”.(“Vie spirituelle et modernité”, 237) A l’occasion de ceux-ci s’esquisse la possibilité pour l’homme suffisamment recueilli et présent à soi de reconnaître en l’intime de lui-même une Présence et une Action mystérieuses qui l’appellent. En ce centre actif et en ce lieu passif d’un devenir possible s’effectue et se situe l’affirmation de la foi en Dieu vécue dans l’acte de la fidélité à ce qui sollicite cet homme. Seul le pas de la foi justifie une telle reconnaissance et autorise cette affirmation.Le croyant Légaut, très finement précise : c’est une action en moi, qui est de moi, qui ne peut pas être sans moi mais qui n’est pas que de moi et je dis qu’elle est de Dieu.
Le chercheur de sens qui, par effort d’intériorité, accède à de telles intuitions, se pose à lui-même la question essentielle, “la seule question, ajoute Légaut, centre et pôle de toutes celles qui se ramifient, innombrables autour d’elles, source de leur complexité mais aussi de leur opacité questionnante et fructifiante” (“Travail de la foi”, 73) : “Qui es-tu, homme, jeté dans l’existence, sans l’avoir su ou voulu ?” (Ibidem, 55) Ainsi formulée, la question ne permet pas de réponse définitive ; elle est faite pour être découverte toujours davantage. Le chercheur, sujet, objet et agent de ce questionnement se mesure à la résistance d’une limite : celle du mystère qu’il est à lui-même. Car l’homme est plus grand que ce qu’il fait, que ce qu’il dit, et que la conscience qu’il a de lui-même.C’est sa grandeur, sa profondeur - et pas seulement sa complexité - qui font problème. Dans l’expérience de la limite, le chercheur atteint l’ignorance absolue par le plus grand effort de conscience dont il soit capable.
L’homme en marche vers son humanité. Devenir soi

La quête ainsi menée par Légaut est de l’ordre de la sagesse. Elle en a la fluidité et les approches tâtonnantes. Ce n’est pas une philosophie proprement dite car elle se refuse à toute systématisation. En effet, vers la fin de sa vie, Légaut reconnaissait qu’une anthropologie était sous-jacente à sa réflexion sur la vie spirituelle. Néanmoins, il se refusait à la conceptualiser, la voulant seconde et la déclarant même négative, comme serait négative, jugeait-il, une théologie qui s’appuierait sur elle. Toutefois et paradoxalement, sa recherche s’exprime dans un discours et une communication.Mais c’est en revendiquant son caractère de témoignage. Elle refuse d’être considérée comme un enseignement, encore moins comme une “doctrine”, fût-elle spirituelle. Car, s’il y a chez notre auteur recherche intense du vrai, c’est à partir d’une “base vécue et raisonnée”, (“Vie spirituelle et modernité, 187), précaire et infime comme est la vie même de l’homme. Cette conversion de l’intention de vérité est celle de l’homme en marche vers son humanité.“Remonte le courant de ta vie, de toi seul vraiment connue, quoique sa trame te soit insaisissable, revis ton histoire autant qu’il t’est donné”, écrit Légaut dans “Travail de la foi”. (p. 57)
Le “devenir soi”, autre nom de “l’accomplissement humain”, s’effectue donc grâce à un travail d’interprétation créatrice du sens de ce que cet homme a vécu d’essentiel. De celle-ci naît, aux heures fastes, la préconscience de ce qu’il aura à vivre. Cette méditation rétrospective et prospective se nourrit des fruits de l’appropriation critique, discernante, que cet homme a faite de ce qui lui est venu du dehors : par son insertion dans une société avec les lois, les doctrines, les idéologies, les fonctions et les métiers qui la structurent ; à travers le réseau des relations humaines, proches, électives ou bien communes ; à l’occasion des événements et des situations que cet homme a connus ; au sein de la nature elle-même et du Cosmos dont il est issu : bref, tout ce “dehors” qui lui a permis de se constituer dans l’être et la durée.Par la traversée de ces appropriations, grâce à la foi en soi jointe à l’épreuve de la carence d’être, l’homme accède à l’expérience intérieure de la liberté au niveau de l’être et devient soi.

La mission
La consistance, qui s’exprime dans l’unité et l’unicité de l’existence du chercheur spirituel correspond à ce que Légaut nomme la mission. (Cfr “L’homme à la recherche de son humanité”, 197) Non pas une mission au sens d’un mandat reçu d’une autorité extérieure, mais “sa” mission à lui, découverte peu à peu, par maturation personnelle, d’infidélité en fidélité. Mission qui se traduit dans une œuvre : celle de sa propre existence qu’il “épouse” (cfr “Prières d’homme”, 67), pour ainsi dire, grâce à l’intelligence de ce qu’il a vécu et est appelé à vivre. Et du fait même, mission d’aide, pour l’autre, lorsque, par le témoignage qu’il donne de l’essentiel de ce qu’il a vécu, ce chercheur éveille ou bien conforte en cet autre, une recherche du même ordre. Mission par laquelle il se trouve associé à l’activité créatrice de Dieu et où lui sont secrètement révélés sa place unique et son rôle dans l’univers.

Jésus de Nazareth
Pour le chrétien Légaut, la lucidité sur soi permise par la foi en soi et la foi en l’autre, ouvre sur la découverte, sans auto-défense, du réel dans sa dimension tragique. “La cruauté fait partie des structures du Monde, constate-t-il. Le mal est invincible. (“Méditation d’un chrétien du XXè siècle”, 306). Aussi, afin de pouvoir persévérer dans sa recherche sans en être écrasé, l’homme a-t-il besoin de l’aide “indispensable et décisive” d’un autre qui soit de sa race et tellement au-delà de soi”. Un autre qui le conforte dans sa marche, qui le révèle à lui-même en se manifestant à lui dans l’intime. Pour Légaut, cet autre est Jésus de Nazareth. (“Travail de la foi”, 68). La foi en Jésus prolonge et soutient la foi en soi.
Et ici se marque nettement la distance qui sépare la recherche et le discours de Légaut de ceux de Teilhard. Comme son devancier, Légaut a médité les Evangiles toute sa vie, avec passion. Mais venant un demi-siècle après lui, il a appris à faire une lecture critique de l’Ecriture, celle qu’ont ouverte, au tournant du siècle et en dépit de tant de suspicions les sciences historiques, l’exégèse savante et quelques théologiens libéraux. En outre, il avait découvert et aimé dans sa jeunesse le mysticisme français du XVIIe siècle, en particulier la manière de Bérulle méditant sur les “états intérieurs” de Jésus.
Aussi bien, pour Légaut, la question essentielle pour un chrétien, fait-elle écho à celle qu’il se pose à lui-même : “Qui donc avez-vous été Jésus, vous que tant d’hommes ont aimé, que tant d’autres ont haï au point que les uns ont été conduits à vous adorer et les autres vous ont condamné et crucifié ?”. Cette question porte sur ce que Jésus a vécu réellement ; elle dépasse l’histoire de Jésus.Elle tente même d’aller en amont des évangile synoptiques, avant que se soit élaborée une prédication déjà porteuse d’une théologie en puissance. Ce n’est pas un Christ cosmique un “Christ évoluteur”, qui passionne Légaut mais bien Jésus de Nazareth, “alpha et omega de la vie consciente de l’homme et du croyant”, (“Travail de la foi”, 71), le Maître ultime, son père selon l’esprit. La question sur Jésus engage à des recherches sans fin sur le dit et le non-dit des Ecritures et de la tradition, éclairés par l’expérience humaine du chercheur lui-même. C’est à ce titre que Légaut pouvait parler de “Jésus en avant de nous”, lui dont l’approche et la compréhension se feront toujours au rythme de l’homme devenant son disciple, dans l’univers mental du temps. (L’homme à la recherche…”, 282)
La question sur Jésus, comme la question de l’homme sur lui-même se nourrissent l’une de l’autre et grandissent l’une par l’autre. Légaut ne parle jamais de connaître Jésus mais bien de l’entrevoir, de l’atteindre, quoique le mystère de Jésus reste entier. “Ne me touche pas”, est-il dit dans le jardin à Marie-Madeleine au matin de la résurrection.Ce qui suscite en Légaut cette prière : “Seigneur, par le peu que je sais de vous, vous êtes Celui que je ne puis connaître qu’en affirmant sans cesse que je ne vous connais pas. Vous êtes Celui que je ne peux approcher qu’en portant sans cesse le sentiment de ne jamais pouvoir vous atteindre”. (Travail de la foi”, 43-44) Atteindre Jésus se fait aussi en méditant sur vingt siècles de christianisme qui ne sont pas moins importants, pour comprendre sa vie humaine, que les siècles qui l’ont précédée et préparée. Sans cesse, écrit Légaut, réfléchir sur l’échec du christianisme et sur sa réussite. Sur son avenir…

Reconstructions doctrinales et refontes institutionnelles
Sur le thème de l’inévitable mutation de l’Eglise et de la nécessaire conversion personnelle du chrétien qui le rendrait capable de porter les questions de la modernité et d’aider son Eglise à y vivre, les textes de Légaut abondent et se radicalisent au cours des dernières années. Pour lui, la mission capitale des Eglises est d’aider les hommes à “s’approfondir”. En conséquence il appelle les Eglises à des reconstructions doctrinales et à des refontes institutionnelles, certes, -car ceci relève de l’indispensable (”Introduction à l’intelligence etc”, 228-229)- mais, son souci primordial est qu’elles s’attachent à l’essentiel : en entrant toujours davantage dans l’intelligence de ce que Jésus a vécu, dans ce combat entre le vieux et le neuf qu’il a mené avec vigueur jusqu’à l’extrême de la fidélité. Cette intelligence ouvre sur le mystère de l’Acte créateur, en acte dans la vie de l’homme et du Monde. Elle appelle à une reconnaissance toujours plus exacte et plus respectueuse de l’universel qui se manifeste dans la singularité de chacun et à travers la diversité humaine.
Grâce à ses recherches par effort d’intériorité, à son goût pour la profondeur humaine et spirituelle, Marcel Légaut effectue une percée dans un champ de la pensée où d’autres grands croyants avant lui, quoique différemment - et le père Teilhard de Chardin, en particulier - déjà se sont trouvés à pied d’œuvre.

Thérèse De Scott
Communication à la session Teilhard de Chardin sur la Recherche - Toulouse.
Les titres des paragraphes sont de la rédaction.

Lundi 26 Juin 2017 10:05

LA PRÉVIE


Marcel COMBY / LE DEDANS DES CHOSES
     Teilhard de Chardin, étudiant, en tant que paléontologiste, l’évolution de l’infiniment petit, fut conduit à conjecturer qu’il existait une sorte de psyché qu’il nomma le Dedans des choses. Il y aurait donc, selon lui, dès le niveau corpusculaire élémentaire (proton, neutron, électron) un aspect extérieur (le Dehors des choses) susceptible d’être décrit et analysé par notre physique habituelle, et aussi un aspect intérieur irréductible à l’aspect matériel seul.
     Ce Dedans des choses aurait été, d’après Teilhard, le moteur capable d’édifier les premières structures vivantes. Cependant le passage du corpuscule élémentaire, même avec son Dedans, à la structure vivante plus complexe, telle qu’une cellule, marque le franchissement d’un seuil, avec des variations quantitatives et aussi des variations qualitatives des propriétés du Dedans. Entre le Vivant formé d’un assemblage de cellules (comme le végétal ou l’animal) et l’Homme, il y aurait notamment le franchissement d’un nouveau seuil, avec la naissance de la pensée humaine, pointe actuelle de l’évolution. Teilhard suggère que, dans un futur qui s’inscrit dans un au-delà de la prévie, il y aurait un phénomène pensant toujours en progrès : on irait vers une sorte de psychisme total que Teilhard appellera : Noosphère où sphère de la pensée pour notre terre, avec une convergence finale à l’échelle de l’Univers entier vers un certain point Oméga que Teilhard identifie au Christ.
 

Ce que Teilhard nous apporte n’est pas neuf. Une certaine idéation transcendantale s’est propagée à travers les siècles depuis les hommes de la préhistoire. Citons en particulier ce qui se disait dans la Grèce antique :                    « Par rapport au petit, il n'y a pas de minimum, mais il y a toujours un plus petit, car il n'est pas possible que l'être soit anéanti par la division » écrit Anaxagore qui n'était donc pas partisan de la théorie de l'atome, particule indivisible et insécable, développée par Démocrite, disciple de Leucippe, père de l'atomisme. « Une énergie, le Noûs , ordonne le monde en organisant et différenciant la matière et l'être. On peut rapprocher cette force de la faculté d'intelligence ».           Ce concept fut repris par Aristote.
Thalès, il y a plus de 20 siècles, précisait que « toutes les choses sont pleines des dieux ». Plus près de nous, il y a moins de 300 ans, c’est Leibniz qui nous propose des monades qui entreraient dans la constitution de tous les êtres et qui prêteraient à leur Matière leurs propriétés psychiques. Depuis Newton, le monde de la Science tendait à s’isoler de plus en plus du monde de l’Esprit donc de celui de la Métaphysique.
 
     Cependant, pourquoi la Science ne viendrait-elle pas apporter un éclairage utile et cohérent dans toute herméneutique concernant la vie de l’esprit et la finalité de notre séjour terrestre. Teilhard ne s’est pas contenté de rapprocher Science et Métaphysique. Il affirmait, avec son Dedans des choses, que la compréhension du comportement des objets de notre Univers matériel, thème de prédilection des recherches en physique, ne pouvait progresser indéfiniment sans, à un certain moment, incorporer ce Dedans des choses. Il s’agit d’une belle idée qui, au départ s’avère des plus ambiguës. On ne peut passer de manière continue du domaine de la matière qui nous entoure à celui du divin sans tomber dans le créationnisme, la gnose ou le panthéisme. Mais il est possible de prolonger cette idée du Dedans des choses, non pas en distillant mot à mot la pensée de Teilhard comme s’il s’agissait des Evangiles, mais en donnant des ailes à cette pensée pour lui permettre de voler toujours plus haut. Que la Matière ait deux faces : l’une inerte et l’autre vivante, constitue une conception révolutionnaire des choses. Cette conception a besoin d’être étayée par l’entremise des Connaissances acquises durant ces dernières décennies.
 
     Il est possible de réconcilier Science et Théologie grâce à ce que nous avons appris concernant l’infiniment petit : d’abord les notions fondamentales de Relation et de Complexité ; puis tout ce qui concerne les propriétés de l’atome : la dualité onde – corpuscule, la non – séparabilité et l’auto – organisation de la matière, l’information, etc. Mais il faut admettre que cette convergence, bien utile de deux champs de connaissances aussi différents, possède tous deux leur limite propre : l’expérience de l’incomplétude.
  • Le physicien actuel prend conscience que le Réel lui échappe, mais il est en perpétuelle recherche d’unité.
  • Le théologien vit aussi l’incomplétude face à l’inconnaissable et le mystère de mal et de la Résurrection.
     L’œuvre de Teilhard et son action apportent un certain relief au discours religieux qui sort ainsi d’un certain fixisme. Le discours sur le Dedans des choses nous fait découvrir que l’homme participe à une Christo genèse, d’où la place du progrès sous toutes ses formes. « Être plus, c’est d’abord savoir plus » (T. 5)
     « La relation est l’essence de l’être ! »  (Lanza Del Vasto)  

Samedi 24 Juin 2017 10:02

1er chapitre du PHENOMENE HUMAIN


Anne-Marie Tisserand / LE DEDANS DES CHOSES
Selon Teilhard, " En chaque élément particulaire, l’énergie fondamentale se divise en deux composantes " :

1-Le dedans des choses : est le fruit de l’ENERGIE RADIALE « qui attire ces éléments dans la direction d’état toujours plus complexe et centré, une ENERGIE d’EVOLUTION »

Au dedans des choses correspond un dehors des choses, globalement, pour faire simple, mais ce doit être certainement plus compliqué que ça .

2- Le dehors des choses est un lieu d’ENERGIE TANGENTIELLE « qui rend chaque élément solidaire de tous les éléments du même ordre, c'est-à-dire de même complexité et de même centréité que lui-même ; il s’agit d’une ENERGIE de LIAISON ».


Toutes ces Energies d’intensité et de formes diverses , selon leur ordre, proviendraient d’une seule et unique source : « Il est probable dit Teilhard que par quelque chose, Energie Matérielle et Energie spirituelle se tiennent et se prolongent ; tout au fond il doit y avoir, jouant dans le monde, qu’une seule Energie. »
.
" Pour échapper à un impossible et anti-scientifique dualisme de fond, la représentation suivante (l’énergie radiale et l’énergie tangentielle) va servir de base à la suite du développement "

Teilhard se pose alors trois questions :
-" En vertu de quelle énergie spéciale l’univers se propage-t-il, suivant son axe principal dans la direction du moins probable, c'est-à-dire des plus hautes formes de complexité et de centréité ?
-Y a-t-il une limite au terme défini à la somme des énergies radiales développées au cours des transformations ?
-Cette forme ultime et résultante des énergies radiales, si elle existe, est-elle assujettie et destinée à se désagréger conformément aux règles de l’entropie ?
Ces trois questions ne pourront recevoir une réponse que plus loin quand l’étude de l’Homme nous aura conduits à considérer l’existence d’un POLE SUPERIEUR DU MONDE : LE POINT OMEGA
»

D’où le PRINCIPE D’EMERGENCE de Teilhard: « Dans le monde, rien ne saurait éclater au jour comme final à travers les divers seuils successivement franchis par l’évolution qui n’a pas été d’abord obscurément primordial » .
Ce principe me porte à imaginer, faute de mieux, un œuf originel contenant le germe de toute évolution ; œuf cosmogonique flottant dans un espace et un temps différents de ce que nous savons ou croyons savoir.

Teilhard eut l'heureuse surprise quelques années plus tard de découvrir que son principe d’émergence était conforté par un biochimiste anglais, JBS HALDANE qui écrivit : " Nous ne trouvons aucune trace évidente de pensée ni de vie dans ce que nous appelons matière et par conséquent nous étudions de préférence ces propriétés là où elles se manifestent avec le plus d'évidence. Mais si les perspectives modernes de la science sont correctes, nous devons nous attendre à les retrouver finalement, au moins sous formes rudimentaires à travers tout l'univers "

Le « dedans et le dehors des choses » (l’un ne pouvant exister sans l’autre, du moins sur le plan de la Création, telle que l'être humain la vit) est l’unique énergie qui jaillit de l’Homme et autour de lui de manière parfois consciente mais le plus souvent de manière subie ; « je est un autre » . Le réel étant perpétuellement repoussé, voilé, le dedans des choses est comme une poussée tellurique qui sourd de soi et déborde ; à croire que je ne fais qu’un avec le magma organisé de vie universelle.. C’est précisément la conscience de faire UN avec ce magma vital, en perpétuel mouvement, qui marque l’étape décisive de l’évolution du Phénomène Humain. Par la prise de conscience aux conséquences innombrables (intellectuelles, éthiques, sociales, affectives, physiques, biologiques, etc ) nous participons à la fois de l’infiniment petit et de l’infiniment grand.
LE TOUT ETANT ISSU D'UNE SEULE ENERGIE FONTALE, EN REALITE IL N'Y A NI DEDANS DI DEHORS DES CHOSES; CES DEUX COMPOSANTES N'ETANT QU'UNE ETAPE DE COMPREHENSION OU DE "VISIBILITE"

Vendredi 23 Juin 2017 08:16

1° chapitre sur la prévie dans le phénomène humain de Teilhard de Chardin


Catherine Godinot / Evolution de la Matière depuis son état élémentaire

L'étoffe de l'univers est constituée d'un dehors matériel des choses et d'un dedans sur la face interne, conscience spirituelle des choses.
L’histoire de l’Univers devient celle de l’émergence de l’homme, qui en est le sommet observable. C'est le phénomène essentiel de l’Univers par le degré supérieur de complexité et de conscience qu’il représente. Ce phénomène est le reflet de la nature de l’Univers. L’étoffe de l’Univers, l’étoffe cosmique, atteint son plus haut degré de réalisation en et par l’homme.

Une interprétation scientifique générale de l’Univers doit couvrir aussi bien le dedans que le dehors des choses, l'esprit autant que la matière». L’homme constitue l’ «axe» et la « flèche de l’Evolution ».
L’Univers évolue, à travers l’homme et l’humanité, en cheminant, à partir de l’atome primitif , vers un point dénommé Oméga.

Avant Darwin, tout le monde croyait que les êtres vivants provenaient de miracles ou étaient l'œuvre de dieu. Darwin, dans son ouvrage sur « l'origine des espèces » montre que l'évolution passe par une série de petites modifications qui peu à peu favorisent la survie de l'espèce. Ces modifications sont l'effet du hasard mais celles qui permettront une meilleure adaptabilité de l'organisme à l'environnement ou une meilleure fécondité de l'espèce considérée prendront le dessus et se développeront. A long terme, seules survivront les espèces qui ont acquis des caractères leur permettant de mieux s'adapter aux conditions climatiques par exemple ou aux difficultés de l'environnement. Le long cou de la girafe lui permet d'atteindre les feuilles des arbres quand il n'y a plus d'herbe disponible dans les déserts. Les bactéries équipées d'enzymes oxydant les composés soufrés peuvent vivre dans les lacs et les geysers du parc Yosemite qui sont saturés de soufre. Elles sont capables de tirer leur énergie de l'oxydation du souffre. Mais il n'y a pas de finalité dans la poursuite de l'évolution décrite par Darwin. C'est la sélection naturelle qui joue. Autant le darwinisme insiste sur le mécanisme de la sélection naturelle en matière d’évolution, mécanisme n’exprimant en soi aucun cheminement progressif du vivant, autant Teilhard insiste sur la loi de complexité-conscience à l’œuvre au sein du processus évolutif. Pour Teilhard, il y a une finalité dans l'évolution et la progression est inhérente à l’évolution. « Celle-ci mène de la Prévie à la Vie, de la Vie à la Pensée, de la Pensée à la Sur-vie ». La question de l’apparition de l’homme s’inscrit dans celle de l’évolution de la vie sur Terre.
L’évolution a elle-même connu une évolution dans ses modalités : « elle était non biologique avant d’être biologique et biologique avant d’être culturelle, sociale ou technique ». Et elle conduit vers toujours plus de complexité et de conscience, à travers toujours plus d’arrangements, d’organisation, là aussi de forme nouvelle : c’est de l’organisation et de l’arrangement collectif des hommes, de l’humanité dont il est question (p.23) ». « L'homme n'est pas le centre statique du monde mais l'axe et la flèche de l'évolution (p.24) ».
Comment se fait cette évolution de la Matière ?
L' évolution de la Matière procède par une édification graduelle par
association progressive d'une multitude de corpuscules élémentaires (protons, électrons, neutrons, photons....). Puis les corps composés s'assemblent encore jusqu'à donner naissance à de la Vie, telle qu'elle apparaît d'abord chez des organismes simples telles que des algues, des virus, des bactéries pour aboutir aux animaux supérieurs et à l'homme après quelques milliards d'années. A partir des molécules, l'évolution suit un processus de complexité croissante. Ainsi, l'étoffe de l'univers va se concentrant en formes toujours plus organisées de la matière (p.37).
Ces transformations de nature physico-chimique coûtent de l'énergie. Il n'y a pas d'apport nouveau de cette énergie : toute synthèse nouvelle exige une destruction au moins équivalente : « ce qui est gagné d'un côté est perdu de l'autre. « Rien ne se perd, rien ne se crée mais tout se transforme ». Cependant, le rendement des transformations est faible : l'énergie perdue d'un côté n'est récupérée que très partiellement pour permettre la synthèse de nouvelles molécules. Ceci est dû à l'entropie qui correspond à une perte d'énergie sous forme de chaleur, perte qui est inéluctable aussi bien dans les systèmes vivants que dans les systèmes mécaniques.
p.40 : « Qualitativement, l'évolution de la Matière ...se manifeste comme un processus au cours duquel s'ultra-condensent et s'inter-combinent les constituants des atomes. Quantitativement, cette transformation est coûteuse... Les édifices atomiques et moléculaires qui se compliquent s'élèvent ». Mais la force ascensionnelle se perd en chemin. Et les combinaisons improbables ou instables se re-défont en éléments plus simples qui retombent.
« Une fusée qui monte suivant la flèche du temps et ne s'épanouit que pour s'éteindre serait donc la figure du monde »

Mercredi 21 Juin 2017 15:18

dernier chapitre "Ecrits du temps de la guerre"


Anne-Marie TISSERAND  /  LA PUISSANCE SPIRITUELLE DE LA MATIERE
Le texte de Teilhard peut être perçu au prime abord comme un conte à la fois symbolique, une hallucination surréaliste et, au final, une envolée mystique :

Deux hommes marchent dans le désert quand, pour l’auteur, « la Chose fondit sur lui . De loin, elle lui était apparue toute petite, glissant sur le sable, pas plus grande que la paume d’un enfant, une ombre blonde et fuyante, semblable à un vol hésitant de cailles, ou à un nuage de moustiques dansant le soir dans le soleil, ou à un tourbillon de poussière ».


J’ai pensé à l’apparition du " Petit Prince " qu'eut Antoine de Saint-Exupéry, perdu seul en plein désert, son avion étant paralysé par une avarie mécanique. Mais la comparaison s’arrête et ne va guère plus loin.; exception faite pour la célèbre phrase extraite de ce livre : " on ne voit bien qu'avec le cœur " .

Continuons à lire ce passage :
« La Chose semblait ne pas se soucier des deux voyageurs. elle rôdait capricieusement dans la solitude. . Mais soudain, affermissant sa course, elle vint droit sur eux, comme une flèche. Et alors l’homme vit que la petite vapeur blonde n’était que le centre d’une Réalité infiniment plus grande, qui s’avançait , incirconscrite, sans forme et sans limite. Aussi loin qu’il pût voir, la Chose, à mesure qu’elle approchait, se développait avec une rapidité prodigieuse, envahissant tout l’espace.(…) Et, tout autour, l’éther, devenu vivant, vibrait palpablement sous la substance grossière des rochers et des plantes, ainsi que tremble en été le paysage derrière un sol surchauffé. Ce qui venait était le cœur mouvant d’une immense subtilité. L’homme tomba la face contre terre (…) un grand silence se fit autour de lui. Et puis, brusquement, un souffle ardent passa sur son front, força la barrière de ses paupières closes, et pénétra jusqu’à son âme. L’homme eut l’impression qu’il cessait d’être uniquement lui-même (…) En même temps, l’angoisse d’un danger surhumain l’opprima, le sentiment confus que la Force abattue sur lui était ambiguë et trouble, essence combinée de tout le mal avec tout le bien. » L’ouragan était en lui. Or, tout au fond de son être qu’elle avait envahi, la tempête de vie, infiniment douce et brutale, murmurait au seul point secret de l’âme (…). Tu m’as appelée, me voici. Chassé par l’Esprit hors des chemins suivis par la caravane humaine, tu as osé affronter la solitude vierge. Lassé des abstractions, des atténuations, du verbalisme de la vie sociale, tu as voulu te mesurer avec la Réalité entière et sauvage.
Tu avais besoin de moi pour grandir ; et moi je t’attendais pour que tu me sanctifies (…) LA MATIERE, C’EST MOI »

Dans la pensée chrétienne de Teilhard, l’Esprit est la puissance, le principe d’unification de la matière et l'auteur en perçoit chaque élément au-delà des apparences, comme un tout et non plus comme une « multitude » de pièces en vrac d’un puzzle . La Matière aurait besoin de l'Esprit afin de se rapprocher de Dieu Qui est UN et en Qui tout devient UN.

Dans ce chapitre, notons des mots qui portent le concept de « Centre » , Centre du Cosmos incirconscrit et Centre intime de l’Homme. Les deux se surcentrent afin de co-créer par l’union globalisante de l’Esprit et de la Matière. Cette union serait destinée à être divinisée.

Toute cette fantastique évolution individuelle et globale est inévitable dans LE « pèlerinage » de la vie de tout Etre Humain ici bas, véritable dédale, avec ses impasses, mais aussi de nouvelles liaisons connectées à d’autres points conduisant, à divers autres points, créant ainsi de nouvelles liaisons … un LABYRINTHE !
Par la Foi , nous est donné le « Fil d’Or d’Ariane » lequel conduit au centre et permet de remonter à l’Air Libre, de contempler La Lumière et le Ciel, c'est-à-dire l’Esprit. C'est par amour qu'Ariane donne le fil d'or à Thésée afin qu'il trouve la sortie, par le haut.

Le Labyrinthe a une structure en rhizome, touffe de racines, réserve d’énergie, lieu des conjectures et des hypothèse de renouveau. Une structure en rhizome change sans cesse de forme.

Le Labyrinthe de Chartres est particulièrement intéressant par rapport au sujet à étudier, suite aux dernières découvertes du Rectorat, en effet : par projection sur le labyrinthe de la rosace de la façade de la Cathédrale consacrée à la résurrection du Christ et à la résurrection des morts, deux centres s'y « Surcentrent » pour reprendre une expression fréquente chez Teilhard, se superposent, se correspondent, :
-Le Christ en Majesté centre de la rosace
-Et le centre du labyrinthe, lieu secret de la Matière, du Cosmos et de l’Homme

La coïncidence de ces deux centres sur le labyrinthe de Chartres donne d'autant plus de sens à " LA PUISSANCE SPIRITUELLE DE LA MATIERE " à la « Sainte Matière » selon Teilhard.
 

Vendredi 12 Mai 2017 09:50

"LE PHENOMENE HUMAIN"


Marcel COMBY / LA PRÉVIE / L’ÉTOFFE  DE  L’UNIVERS
Laissons d’abord s’exprimer Teilhard :

« L’Énergie représente actuellement pour la Science la forme la plus primitive de l’étoffe universelle. D’où une tendance instinctive de nos imaginations à la regarder comme une sorte de flux homogène, primordial, dont tout ce qui existe de figuré au Monde ne serait que de fugitifs « tourbillons », L’Univers, de ce point de vue, trouverait sa consistance et son unité finale au terme de sa décomposition. Il tiendrait par en bas…
Une observation plus complète des mouvements du Monde nous obligera peu à peu à la retourner, c’est-à-dire à découvrir que, si les choses tiennent et se tiennent, ce n’est qu’à force de complexité, par en haut».
Le phénomène humain (Page 37)



 

Poursuivons maintenant avec le Psaume 104 :

Tu as fait la lune pour marquer les temps,
le soleil connaît son coucher ;
tu poses la ténèbre, c’est la nuit,
toutes les bêtes des forêts s’y remuent,
les lionceaux rugissent après la proie
et réclament à Dieu leur manger.

Le soleil se lève, ils se retirent
et vont à leurs repaires se coucher ;
l’homme sort pour son ouvrage,
faire son travail jusqu’au soir.
Que tes œuvres sont nombreuses, Yahvé !
Toutes avec sagesse tu les fis,
la terre est remplie de ta richesse.

Le long de ces versets, nous découvrons bien sûr le mouvement, le déploiement des énergies, la beauté de la création, mais aussi le rythme. Rappelons-nous le vêtement qui recouvre la terre et posons-nous la question : le vêtement n’est-il pas confectionné à l’aide de deux sortes de fils : le fil de chaîne et le fil de trame. Nous sommes entrés là dans le monde de la dualité : jour – nuit ; travail – repos ; haut – bas ; supérieur – inférieur ; lumière – ténèbres…
La Chaîne, c’est le vertical, le transcendant, la lumière solaire, le masculin yang. Ce sont les Principes reliant tous les mondes et tous les états d’être. C’est le livre sacré par excellence, archétype de toutes les paroles.
La Trame, c’est l’horizontal, l’humain, les événements, le manifesté, le féminin yin, la lumière lunaire. La Trame correspond au schéma de cohérence énergétique de l’Univers, c'est-à-dire à des sortes de faisceaux énergétiques de nature ondulatoire, qui, en s’organisant selon un plan précis, vont générer les fondations de tout ce qui compose l’Univers. On peut comparer ces lignes aux méridiens de la médecine chinoise. Ce symbole de la trame n’est-il pas l’image de ces « sinusoïdes » lesquelles se faufilent alternativement au-dessus puis au-dessous des fils de chaîne. Tel est d’ailleurs le principe premier de tout tissage. Ici il s’agit de tissage « cosmique » dont on reconnait toute la complexité..
En outre, sur cette trame circulent des informations fondamentales, qui sont des énergies de nature ondulatoire. Nous pouvons penser là à nos émotions, positives ou négatives, ainsi qu’à toutes les bi – polarités qui permettent toute la dynamique de la Vie.
Ce que le symbolisme nous apprend encore, est que les fils de chaîne représentent ce qui apparaît immuable, les lignes de force sous-tendent la Manifestation ; le fil de trame représente au contraire ce qui est contingent, variable, muable, la substance unique qui se différencie en quatre éléments : air, eau, feu, terre. Alors, si l’on considère un fil de chaîne et un fil de trame, on s’aperçoit immédiatement que leur réunion forme la croix dont on connaît la sublime et universelle signification. Mais nous sommes là dans le pur symbolisme, transparence de toute chose. C’est là que l’Univers tient par le haut.
Naissance et mort se succèdent comme jour et la nuit ; elles se succèdent à l’image des phases de la lune, comme les phases de la respiration : inspire – expire, comme les battements de notre cœur : diastole – systole, comme les modes musicaux : majeur – mineur.
Dans son essence, la Vie est le retour au non manifesté et la mort est le passage vers une nouvelle manifestation, une « résolution des dualités », un processus de convergence vers le point Oméga évoqué par Teilhard. Au début de la Genèse, Dieu sépare…puis Dieu rassemble. L’Univers se trouve soumis à l’Union créatrice, réalité chère à Teilhard.

Vendredi 12 Mai 2017 09:36

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