teilhard de Chardin


Recherche






Galerie

Travaux des membres

Il y a une bonne quinzaine d’années, ma connaissance de l’œuvre de Teilhard se limitant à ce que ses biographes avaient écrit, j’ai éprouvé le désir de lire Teilhard « dans le texte ». J’ai donc acquis et lu, dans l’ordre, les volumes 1, 2, 3 et ainsi de suite jusqu’au dernier, le treizième, dans la collection du Seuil. Quoi de plus logique ?
Bien sûr, j’avais parcouru auparavant les titres de ces différents volumes et j’espérais beaucoup du tome 12 « Ecrits du temps de la guerre ». Je pensais y trouver d’abondantes réflexions sur l’utilité ou la futilité de la guerre, par exemple.
Or, la lecture de cet ouvrage m’a surprise à plusieurs reprises jusqu’à ce que je prenne conscience que les « écrits » en question avaient été rédigés entre 1916 et 1919, soit plus de vingt ans avant, par exemple, ceux regroupés dans « l’activation de l’énergie ».
Je m’étais alors promis de relire l’intégralité de l’œuvre, dans l’ordre chronologique cette fois, afin de comprendre qu’elle avait été l’évolution de la pensée de PTDC.
Je n’ai pas, depuis, tenu cette promesse, mais aujourd’hui, grâce au travail proposé par notre président, j’ai voulu, tout de même, tenter un comparatif de la vision du monde du Teilhard de 1916 et du Teilhard de 1942. Vingt six ans, c’est presque une génération, et vingt six années de la pensée de Teilhard, c’est une révolution !

J’ai choisi le chapitre des « écrits du temps de la guerre » intitulé : La Lutte contre la multitude, rédigé en 1917. En effet, il m’a semblé intéressant de comparer : « La Lutte contre la multitude » à « La Montée de l’Autre ». Il me semble que l’on perçoit déjà l’évolution de la pensée de l’auteur en juxtaposant ces deux titres.
Lutter contre une multitude sous-entend – devoir se confronter à un ensemble pour se concevoir en tant qu’individu.
Par contre, « La Montée de l’Autre » (en soulignant « montée » et « autre » par des majuscules) suppose que l’on considère « l’Autre » comme un –autre- soi même, donc –soi même – comme une entité dépourvue de l’obligation de confrontation et surtout comme immensément respectueuse de celui qui est en face d’elle. Et cette approche qui est déjà un immense progrès dans la perception de l’individu est bien sûr poussée bien plus loin par Teilhard puisque de ces « Autres » né un Ultra-Autre qui est le Collectif qui ne peut être sans l’amalgame des consciences individuelles.

Par manque de temps, je me limiterais dans cet exposé essentiellement à deux paragraphes des deux ouvrages comparés.


ECRITS DU TEMPS
DE LA GUERRE ACTIVATION DE L’ENERGIE
« Le néant de la multitude : tous les êtres que nous connaissons diminuent dans la proportion où ils se divisent. Le relâchement de notre esprit le fait descendre vers la Matière. (….) A l’origine, donc, il y avait, aux deux pôles de l’être, Dieu et la multitude. (….) Lors donc que le souffle substantiel de Dieu eut fait frissonner les zones impalpables, l’être nouveau-né émergea du fond de la pluralité » « La montée du nombre : si la vie pouvait aujourd’hui s’épandre sur une surface illimitée, (…..) il n’y aurait aucun inconvénient à ce que l’Humanité multiplie chaque jour d’avantage, (….) le nombre absolu des individus et des nations qui la composent. A chaque augmentation de pression interne succéderait immédiatement une détente externe ; et l’équilibre se trouverait à chaque instant rétabli. »
Ce paragraphe est suivi d’une longue réflexion sur la densité démographique qui engendre une hyper tension culturelle.
« Le mal de la multitude :
- Quand notre âme éprouve durement l’impénétrabilité qui la rend close à toutes les autres (….)
- Quand elle a peur et froid (…)
- Quand nous retombons écrasés de solitude (…)
- Quand la voix meurt (…)
- Quand le vertige nous prend (…)
Nous nous imaginons encore entendre les plaintes de notre petit être égoïste qui mendie un supplément de bonheur » « La liaison avec l’autre ou la montée du collectif :
Plus nous nous débattons les uns contre les autres pour nous dégager, moins nous parvenons à nous isoler. Plus nous nous emmêlons au contraire : et plus nous constatons, non sans inquiétude, que de nos servitudes entremêlées tend invinciblement à sortir un ordre, pour ne pas dire un être, nouveau, animé d’une sorte de vie propre, (….) dans un réseau aveugle de forces organisées. Le Collectif ….. »

J’aurais voulu reprendre ainsi toutes les idées développées au moins dans ces deux chapitres mais ce ne serait que du « copié/collé » et donc de moindre intérêt.
Il est tout de même important de noter que les « Ecrits du temps de la guerre » regorgent de références aux concepts de la religion catholique : Dieu, le Christ, le pêché ……….
Je suis presque tentée de dire que ces termes sont remplacés dans « l’activation de l’énergie » par : la Noogénèse, l’Humanité, chute en arrière……
Teilhard a-t-il abandonné l’Image de Dieu pour lui substituer celle de l’Humanité ?
Si nous admettons cette hypothèse, alors il y a lieu d’espérer que, si un individu (Teilhard) a conçu la possibilité que Dieu soit en fait l’Humanité, c’est que le degré d’évolution de la race humaine est sur le chemin de cette conscience et que chaque être humain sera bientôt apte à « aimer son prochain comme lui même » puisque lui même et son prochain sont Dieu.


P.S. Puisque notre Président, Jean-Pierre Frésafond est un champion dans l’art de retraiter l’œuvre de Teilhard, je lui suggère non pas d’épurer les écrits, mais de les publier (dans leur intégralité) dans l’ordre chronologique ou, du moins, si cela n’est pas possible sur un plan légal (par rapport aux droits d’auteur), de créer un répertoire des écrits de Teilhard dans l’ordre croissant de leur date d’écriture. Il me semble que ce serait un excellent moyen de faire connaître l’œuvre de Teilhard et, surtout, d’en faire comprendre l’essentiel. L’évolution de la pensée teilhardienne est elle même révélatrice des concepts qu’elle développe.




Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 30 Novembre 2008 à 09:11 | Commentaires (0)

Travaux des membres

L’ arrivée sur terre à un certain moment de l’homme marque une évolution de la marche du monde.
Il nous est bien facile à nous qui arrivons quelques millions d’années plus tard de constater cette évidence.
L’ état dans lequel nous sommes actuellement n’ est pas statique et page après page le père nous fait prendre conscience si nous n’y pensions plus, que la marche continue.
En effet, si nous regardons autour de nous, transformations, changements, reformations, complications, rien n’est figé ; Nous avons déjà vu que par le principe même d’Evolution expliqué par ailleurs que les grains de Pensée sur notre terre se combinent s’affinent, évoluent en
De nouvelles Pensées ; à nouveau et toujours la Noogénèse.
Exaltations des rougeoiements comme il y a les écarts que fait parfois le cheval devant un obstacle jugé trop important.
Mais malgré tout, l’intensité conscience se fait toujours de plus en plus forte et par conséquence plus de vitalisation. Alors, la terre pourrait-elle devenir invivable ? Toujours plus de conscience centrée dans la centréité ne va-t-elle pas occasionner un « méga clash » venu de l’exacerbation des identités ?
En effet de temps en temps et peut être de plus en plus souvent des soubresauts éclatent venus de centrations en devenir comme si on avait du, parce qu’il n’était pas possible de faire autrement, passer par le chemin mal empierré garni d’ornières et de trous d’eau, avant de retrouver la nationale goudronnée propre et ensoleillée.
Une autre Humanité se fait jour nous est –il dit. Elle est certainement déjà là dans cet homme qui partage ici, maintenant le fond de bouteille de la liqueur à laquelle il tient tant parce que c’est sa mère là bas bien loin restée aux Antilles qui la lui avait envoyée ;partage communion changer de plan nous dit encore Teilhard.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 30 Novembre 2008 à 09:09 | Commentaires (0)

Travaux des membres

L’analyse des évènements que nous avons vécu pendant le 20ème siècle corrobore les éléments évoqués ci-dessus.
La terre est psychiquement portée à l’incandescence, selon Teilhard. C’est vrai : la fin du 19ème siècle et surtout le 20ème ont foisonné d’idées et de thèses concernant l’avenir de l’homme en même temps les technologies des sciences appliquées se développaient formidablement. Citons en vrac, et d’une manière non exhaustive : A Conte, Darwin, Kant, A Carrel, Bergson, Saint-Exupéry, Carl Marx, Mein Kampf,… plus quelques théoriciens de l’économie politique.
La théorie de la noosphère et la montée vers oméga selon TC est évidemment optimiste, si bien que ceux qui en sont convaincus se demandent étonnés pourquoi cette vision n’est pas partagée par tous les hommes de bonne volonté quelque peu éclairés où qu’ils se trouvent. Pourquoi donc, si la terre doit briller de cette lumière partout, la violence persiste-t-elle ? C’est une contradiction impossible et révoltante.
Pourtant on peut essayer de trouver un élément de réponse en cherchant dans l’œuvre de René Girard. Bien qu’il semble directement opposé à Teilhard à propos de l’avenir de l’homme, il donne quelques pistes dans plusieurs ouvrages.
D’abord dans un de ses ouvrages récent – Achever Clausewitz. Carl von Clausewitz, stratège prussien, auteur de “De la guerre” a inspiré Hitler et est toujours étudié dans les écoles de guerre. La guerre est la continuation de la politique selon lui. Il se pourrait cependant que dans cet ouvrage inachevé Clausewitz ait voulu plutôt qu’un manuel de stratégie essayer d’imaginer comment les gouvernements pouvaient faire taire les armes. Alors dans son propre livre à ce sujet, Girard essaye de terminer le bouquin de Clausewitz. Mais s’opposant à Teilhard il commence par proclamer que l’apocalypse a déjà commencé car la violence des hommes, échappant à tout contrôle menace aujourd’hui la terre entière. Pourtant on y trouve quelques lueurs d’espoir, comme d’ailleurs dans les idées qui traversent toute son œuvre comme “La violence et le sacré”. Il revient toujours à ses théories sur le mimétisme et sur la notion de bouc émissaire. Sans le dire vraiment explicitement il semble indiquer que le comportement mimétique des hommes ainsi que leur propension à se trouver un bouc émissaire quand ils vivent un évènement catastrophique ou incompréhensible, sont des réflexes ataviques du groupe humain.
En somme tout se passe comme si l’homme atavique qui existe encore en nous était en retard par rapport à l’homme réfléchi et évolutif selon Teilhard.
Pour chacun de nous le problème est de savoir où on se place entre atavique et réfléchi. La où existent en majorité des hommes ataviques, à la nuque raide, peu informés, ou prisonniers de sociétés à croyances dictées l’homme réfléchi est en danger. L’inverse est également vrai : une société soi-disant éclairé fabrique vite des séditieux et les enferme.
En résumé il est possible en effet que cela se présente plutôt mal. Tout dépend en réalité de la dynamique de l’information. Que peut-on imaginer de l’avenir de l’information noosphèriques ? Peut-elle sauver les hommes et l’évolution ?


L’information – Dynamisme de l’information – Les freins à la pénétration des idées : sectarisme, mimétisme, bouc émissaire…


Tout ne serait-il dans l’univers qu’ “information”, information au singulier et au pluriel et dans tous ses sens, en sciences physiques et biologiques (arrangement des microparticules, par exemple) ou en sciences littéraires et philosophiques ? Le sens du mot « information » étant usuellement compris d’une façon différente pour chacune de ces disciplines.
Il semble que la physique théorique pourrait peut-être conduire à cette constatation. L’information est déjà à l’œuvre dans la constitution de la matière (dans son équilibre et son déséquilibre). Elle est dans l’élaboration de la vie ; vie qui s’établit d’une façon continue de la matière à la pensée évolutive réfléchie, avec, semble- t-il, des capacités d’auto programmation tout au long des étapes. On ne peut que constater que l’information possède une dynamique créatrice qui lui est propre.
Mondialisation de l’information, des idées, des connaissances, voilà où nous en sommes aujourd’hui. Mais alors par quel étrange paradoxe les phénomènes d’enfermement des idées et les sectarismes se développent-ils si souvent aujourd’hui ? La mondialisation devrait ouvrir les frontières.
Peut-être les cellules individuelles et certains groupes ou sociétés se sentent-ils plus facilement pénétrables par le flot des influences noosphèriques ? Les individus de ces cellules conservent-ils irrépressiblement le vieux réflexe atavique propre à tout être vivant de se perdre dans la masse de leurs semblables pour se protéger des prédateurs (bans de poissons, horde de gnous, de rennes, troupeau de moutons, tribu…). Ce principe est inscrit dans la chair de chacun. La peur de la mort est attachée au sentiment d’isolement. Les individus isolés sont en danger, et doivent réintégrer le groupe en se comportant comme lui, ou à défaut, trouver une tribune et dominer pour convaincre et créer un autre groupe. Ce mimétisme est cousin de vieux instincts au même titre que l’imitation (le mimétisme est inconscient, l’imitation est voulue). D’ailleurs, sans ces réflexes, pas d’éducation possible.
Autre atavisme ou vieil instinct, le concept du bouc émissaire. Il permet, en attribuant une culpabilité à un individu intérieur ou extérieur, de centrer le groupe et d’exonérer ses membres de leurs peurs en résolvant ainsi leurs conflits internes ou externes.(1)

Question : comment créer un élan civilisateur, voire un élan noosphèrique ?

Il faut d’abord, mais ce n’est pas essentiel (l’instinct y supplée souvent), que chaque individu contienne toute l’information et toutes les capacités de son groupe et puisse à chaque instant, en quelque sorte, le régénérer (nécessité de l’endoctrinement).
Il faut surtout apporter au groupe un sujet d’intérêt général qui dépasse les oppositions habituelles et permette de sortir des conditionnement mimétiques(3) de chaque individu, sans tomber dans le vieux réflexe du bouc émissaire dont le sacrifice peut seul, ordinairement, apaiser les conflits nés dans le groupe. Habituellement, un camp comme l’autre abat les tours de son ennemi, commet des attentats, fait la guerre,…jusqu’à ce que ces gestes sacrificiels apaisent le groupe.
Peut-être faudrait-il enfin étudier la dynamique de l’information en elle-même comme une autre science, en dehors d’une situation conflictuelle d’actualité. Cette dynamique n’est pas née spontanément de l’accumulation des connaissances et du développement de leur diffusion. Elle est en elle-même évolution créatrice. Est-elle amour, Dieu, conscience cosmique, programme …? pourquoi ?

En somme quels objectifs donner aux peuples de la terre : salut éternel, progrès (lequel?), développement durable ?...Comment ceux-ci pourraient-ils être rassembleurs et non conflictuels pour une civilisation ? Fantasmons et imaginons ce que seraient les civilisations du futur :
Civilisation de type 1 : contrôle de l’univers terrestre.
Civilisation de type 2 : contrôle du système planétaire du soleil.
Civilisation de type 3 : contrôle de la galaxie.
Civilisation de type 4 : contrôle intergalactique.(2)
Ceci posé, imaginons quel saut cela implique dans les sciences exactes et sociales usuelles pour franchir chaque étape. Cette réflexion ne donne pas la solution, mais permet de mesurer le travail à accomplir. Ne pourrait-on pas essayer au moins de concevoir une méthode spécifique pour étudier la dynamique de l’information ? Méthode qui serait propre à cette science nouvelle comme le fut la méthode qui permis le développement des sciences dites exactes (Descartes, Newton, Claude Bernard,… et quelques autres positivistes). Les méthodes de la physique quantique ne sont –elles pas déjà un peu différentes de celles de Descartes ?


(1) Il y a bien entendu d’autres vieux instincts qui mériteraient peut-être une étude concomitante à celle de la dynamique de l’information. Ils sont un peu plus éloignés de ce texte. Par exemple : l’instinct de reproduction, la superstition (parent du concept du bouc émissaire), et quelques autres, tous parents d’ailleurs entre eux.
(2) « Sommes-nous seuls dans l’univers ? » Edition de Poche
(3) Voir textes de René Girard sur le mimétisme (Grasset).



Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 30 Novembre 2008 à 09:07 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Il vous est probablement arrivé d’être piégé, au volant de votre voiture, dans des kilomètres de bouchon. L’impression que « ’l’âge du fer » est revenu n’est pas totalement fausse, surtout si l’on observe les réactions de certaines personnes en de telles circonstances et … fi donc de la prétendue belle évolution de l’humanité et du sens de la vie !

La pensée de Teilhard est difficile à saisir, que ce soit dans la forme ou dans le fond. C’est dans un embouteillage que, concrètement, il semble que je me sois approprié son chapitre « La montée de l’Autre » dans son livre ACTIVATION DE L’ENERGIE.

Face à l’accroissement numérique formidable de la démographie sur le volume fermé qu’est notre globe, impossible d’échapper à la sensation de surcompression, d’écrasement de l’individualité, d’épreuve dangereuse et d’impuissance même.

Pour traduire cette phase d’évolution Teilhard utilise des mots clef ou expressions qui explicitent bien un embouteillage de voitures avec des gens dedans :
Effarant accroissement numérique des centres de conscience,
"Implacable marée"
"Surcompression"
"Prise en bloc"
"Fourmilière"

Tant et si bien, qu’avec lui, nous nous demandons « si nous sommes certains que ce soit vers la
« fourmilière » que le jeu des forces interhumaines de cohésion nous aspire » en espérant que la réponse puisse être « non ».

Isolé ? l’Homme ? Non pas. Ce chapitre m’a fait réfléchir sur l’altérité. J’aborderai ce concept en quatre expériences tangibles.

Pour Teilhard, la conscience grandissante des humains est inhérente à la surcompression puisqu’elle favorise et développe l’apparition d’un troisième infini. En effet, dans le monde binaire de l’infiniment petit et l’infiniment grand Teilhard met en lumière un troisième terme, celui de l’infiniment complexe. Cette complexité distille un centre de conscience niché, en potentiel du moins, au cœur de chaque Homo Sapiens.

C’est ainsi que le super organisme de l’humanité socialisée, constitué par tous les individus, peut devenir la synthèse de tous les centres, ou encore tous les « grains de pensée » représentés par chaque personne. Cette synthèse s’opère, d’après Teilhard, dans le creuset de l’humanité et il explique qu’elle doit se transmuter en « pouvoir d’aimer ». Telle est la « splendeur » que la terre cache sous nos pieds pour reprendre l’expression de Teilhard.

1er exemple :
La capture de notre globe par le net (mot anglais qui signifie « filet ») pourrait symboliser le tissage de la noosphère qui nous enveloppe progressivement, sachant qu’elle est constituée par l’ensemble des esprits de tous ceux qui sont ou ont été des êtres humains pensants. Le net permet de transposer, de manière observable, la montée de l’esprit par et dans la matière, resserrant ainsi les rapports et la communication dits « virtuels » des êtres entre eux.

Le 2ème exemple illustre des expériences personnelles comme quoi l’individu qui prétendrait vivre retranché de ses semblables est une chimère :

-A chaque fois que j’ai rencontré en face de moi la douleur, la déchéance, l’impuissance, la mort,j’ai directement perçu, sur un autre registre que celui de la zone de sensibilité, l’altérité et l’osmose entre les êtres. Un petit coup de volant de trop sur le côté dans la conduite de ma vie, et j’aurais pu devenir ce SDF ou encore cette personne que je juge sévèrement.

-A chaque fois, aussi, que j’ai rencontré le talent, l’intelligence sous diverses formes, le courage, la dignité, l’amour. Ces contacts, même lointains ou fugitifs, m’ont améliorée.

L’empirisme de ce double constat m’a permis de toucher du doigt la profonde interdépendance des humains entre eux, un peu comme la même personne vue sur le négatif d’une photo puis sur le cliché développé. Ainsi, ai-je pu observer la construction du « super organisme » dont parle Teilhard.

3ème exemple :
Nous sentons bien le courant d’une rivière lorsque nous nageons et il serait bien étrange que nous ne percevions pas, d’une manière ou d’une autre, le formidable courant de l’esprit qui nous entraîne au-delà de nous-même.

L’homme pour l’homme est une conception philosophique et pragmatique, mais insuffisante pour donner sens à la vie car une telle conception disparaît avec la mort de chaque personne et avec l’érosion inévitable de nos constructions matérielles.

Le besoin d’infini n’est pas à réduire uniquement et définitivement au rang d’une réponse à la peur de la mort. Ce besoin de survie par delà le corps révèle une réponse possible, comme une attraction vers la dimension spirituelle. A notre besoin vital d’eau correspond l’existence de l’eau elle-même. La nature ne générant pas des besoins autres que ceux auxquels elle puisse répondre, j’ose avancer l’hypothèse qu’à notre besoin d’une réalité spirituelle correspond, là encore, une réponse possible.

Je sais que ce que je vais dire est contestable d’un point de vue scientifique mais je prends le risque : dans le cadre de la théorie de l’évolution et des informations primordiales contenues dans la matière, pourquoi ne pas imaginer que l’eau elle-même serait apparue en prévision de l’émergence, le moment venu, du phylum humain ? Après tout, je ne fais là qu’utiliser le principe d’émergence de Teilhard : « Dans le monde, rien ne saurait éclater un jour comme final à travers les divers seuils successivement franchis par l’Evolution, qui n’a pas été d’abord primordial. »

Dès lors, toujours dans le cadre du processus d’évolution, pourquoi ne pas expérimenter le pari, rationnel, de Teilhard selon qui « Ce n’est pas une baisse, c’est un afflux interne qui nous fait souffrir (…) en vue de l’éruption d’un flots d’êtres nouveaux » … L’éruption d’un super organisme humain et spiritualisé.


4ème exemple :
L’homme étant bien davantage qu’un frère pour l’homme puisqu’il en est l’alter ego, en écho à cette observation, j’entends la phrase que Ponce Pilate prononça en livrant Jésus à ses tortionnaires : « Ecce Homo ». Voici l’Homme dans sa double dimension : individuelle et universelle… Ponce Pilate ! Sans doute n’as-tu pas mesuré cette dimension universelle, mais considère que nos paroles et nos actes nous dépassent, tout comme l’œuvre d’art dépasse les intentions de l’artiste..

Lorsque ce même Jésus dit, alors qu’il est agonisant sur son arbre « Père, pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc, XXII//34) on voit bien que la compression dont parle Teilhard n’est pas la seule cause de nos souffrances, mais que l’ignorance et l’inconscience en sont à l’origine pour une grande part.

Pour illustrer la cohésion et l’osmose des êtres dans leur altérité, j’ai devant les yeux certaines peintures du Moyen Age où la blessure au cœur du Crucifié est à droite et non pas à gauche ; ce qui ne pouvait pas provenir d’une erreur candide des artistes de l’époque car ils étaient aussi bien placés que nous pour savoir que le cœur se trouve plutôt sur la gauche.
Dès lors, pourquoi ne pas envisager que cette bizarrerie est une méthode pédagogique afin de suggérer un effet miroir ? Quand on est face à l’œuvre d’art on est comme placé face à une glace dans laquelle l’image est inversée. Notre côté gauche est placé à la droite du supplicié. Lui c’est nous, et nous c’est Lui. Ecce Homo lorsqu’il est dégradé par les conséquences multiples et toujours perverses, voire arrogantes, de l’ignorance.


Je ne voudrais ni trahir, ni instrumentaliser la pensée de Teilhard mais je dois quand même conclure ma réflexion sur La montée de l’autre.

-Le mot « montée » dans le contexte teilhardien est à comprendre dans le sens
d’augmentation, d’élévation, de poussée, d’évolution vers un certain accomplissement.

- Le mot « autre » peut être compris à 3 niveaux indissociables :

- D’abord : celui de l’individu unique en son genre et dans l’histoire de l’humanité .En réalité, les mots homme et humus ont la même racine indo-européenne ghyom qui signifie terre ; ce qui permet de ne pas éluder l’importance fondamentale de l’homme dans sa dimension toute matérielle et personnelle.

-Ensuite en tant qu’élément complexe d’un tout social cohérent plus complexe encore. « Aime ton prochain comme toi-même » … Injonction dont le corollaire est souvent occulté voire mal interprété, même dans nos lambeaux de culture judéo-chrétienne culpabilisante.

-Enfin, l’Autre, comme élément constituant de la synthèse du Super Organisme, lequel procède d’une universelle communion en cours d’actualisation en mémoire de; célébration très au-dessus d’un simple rituel de commémoration car il s’agit de notre connexion consciente et volontaire à la mémoire vive du Super Ordinateur qui a pouvoir de gérer la création et la créature : Là, je veux évoquer le Point Omega; Point de convergence agissant et attracteur, Présence à la fois en nous et en dehors de nous, historique et transhistorique.
« J’avais faim, et vous m’avez donné à manger, j’avais soif, et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli » XXV/Matthieu.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 30 Novembre 2008 à 09:04 | Commentaires (0)