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Marcel Comby / Teilhard et le "Phénomène Humain"
Mardi 27 Octobre 2009
Introduction
L’Homme, après avoir fait de chaque phénomène l’objet de sa recherche, s’aperçoit que tous les aspects du réel sont liés et ne font qu’un dans l’univers qui les contient, si bien que la connaissance plénière de chaque phénomène exige l’étude de tout son environnement. Pour déchiffrer l’homme, son origine et sa destinée, il convient donc d’embrasser tous les champs de la Connaissance et d’en réaliser la synthèse. Teilhard se faisait : « l’étudiant de tout le phénomène ». Son œuvre est le résultat d’une enquête qui s’appuie autant sur les sciences expérimentales qu’à leur extension métaphysique, énergétique, morale, sociale, politique, religieuse, mystique même. Teilhard avait la passion de l’Absolu ! Pour que la jonction se fasse dans son esprit entre science expérimentale et foi, il lui faudra postuler un Centre à l’Univers et d’y placer Celui en qui l’Univers, selon l’apôtre Paul, « trouve sa consistance ».
Dans la réflexion sur le dialogue entre science et foi, beaucoup de chrétiens ont peur du concordisme. La caricature du concordisme s’exprime par différentes formes de créationnisme. Bertrand Souchard, docteur en philosophie, parle de cette tentation du concordisme en évoquant Teilhard de Chardin. Il pense que ce grand homme a ouvert une voie mais en confondant le discours scientifique au discours théologique. Il convient donc de se poser la question : comment concilier l’autonomie des discours et l’approche globale de la Connaissance ? En réalité les textes de Teilhard sont réflexifs et non dogmatiques. Sa pensée est stimulante pour l’intelligence et le cœur, propre à nous ouvrir à une spiritualité baignée autant par l’imaginaire que par le souci de cohérence au sein de ce que l’on vit.
Face au danger du concordisme, la tendance actuelle est celle du discordisme. Mais le problème du discordisme est de penser que la science ne saurait faire germer des questions de nature philosophique ou théologique.
Pour moi la science, domaine essentiellement autonome, ne débouche nullement sur la Connaissance intégrale du monde mais son rôle est de rendre ce monde intelligible. J’évite de cette manière de tomber dans le panthéisme traditionnel et le discordisme ontologique.
L’approche phénoménologique de Teilhard se conçoit en termes d’évolution, de montée de la complexité – conscience et de la convergence vers ce qu’il appelle : le point : Oméga. Il s’agit d’un processus de transformation universelle appelé : Noogénèse.
Ce mot est issu du terme : « noos » qui est la faculté de pensée, l’intelligence et l’esprit. Il désignera donc l’expression mentale du phénomène de mondialisation.
Pour Teilhard, l’ensemble de la planète ne trouvera sa cohésion, sa cohérence, son dynamisme fondateur et son ampleur que dans la conception d’un univers évolutif et convergent, avec la perspective de la christogénèse. Cela signifie que l’homme doit poursuivre un chemin de mutation de son être dans le cadre d’une mutation plus universelle : celle qui conduit vers l’unité du genre humain. Le message de Teilhard est construit à partir d’une dialectique qui tient compte à la fois de sa formation scientifique et de ses conceptions de la réalité en matière théologique.
L’illumination du scientifique
Paléontologiste, Teilhard ne tarde pas à constater la progression au cours des âges de la cavité crânienne des mammifères et corrélativement, l’enrichissement en poids et en ramification nerveuses de la matière cérébrale. Teilhard découvre un troisième infini : l’infini de la complexité. ( est complexe cet état situé entre le chaos et l’organisation strictement rationnellel, ce qui suppose l’existence de phénomènes d’émergence )
Deux millénaires après l’apôtre Paul, un fils de l’Eglise Catholique revivait, dans la lumière d’une science et d’une mystique plus élaborée, la même Révélation. (voir annexe )
De l’atome à l’homme
Présentant en lui, simultanément, l’aboutissement de la Vie et le jaillissement de la Pensée, l’Homme est la clé de l’Univers. Du fait qu’il constitue, au terme de milliards d’années, le sommet de la montée de l’atome à la conscience douée du pouvoir de réflexion, l’Homme devient comme la flèche indicatrice du sens de la Vie, et le repère qui permet de situer les êtres selon leur valeur, leur degré d’organisation, leur complexité. Par ordre de complexité citons : le quark, l’électron, la molécule, le noyau chimique, la cellule vivante, qui se distinguent entre eux par la multiplicité organisée et la complication centrée. Tout ensemble arrangé géométriquement et par ordre de densité, tel que la Tour Eiffel, n’est qu’un
agrégat. On peut établir selon un coefficient de complexité une classification naturelle et universelle en partant des 92 corps simples de la chimie pour arriver au mystérieux virus. Au-delà du million d’atomes, tout se passe comme si les corpuscules matériels s’animaient, se vitalisaient, si bien que l’Univers s’arrange suivant une série d’entités orientées et montantes jusqu’aux vivants les plus évolués. De plus la place occupée par chaque entité particulière situe chronologiquement cette chose-là dans la genèse de l’Univers. D’où la place du temps dans cette configuration. Il y a, selon Teilhard, conformité entre le déroulement du temps évolutif et l’axe montant vers la plus grande conscience. C’est dans cette remarque que Teilhard fonde sa propre vision d’un monde qui ne demeure pas statique. La Terre représente dans le cosmos, en raison du fameux principe anthropique, l’espace portant en son sein la fortune et l’avenir du monde. De son état primordial est apparue à un moment donné une étonnante masse de matière organisée : la Biosphère. La vie psychique du monde commence avec l’apparition de la cellule qui ira de révolutions en métamorphoses.
La Prévie
Teilhard tente d’expliquer l’univers aussi loin que son intuition ne lui permette, ce que ne font les scientifiques, adeptes de la pure rationalité. Jusqu’au XXe siècle, science et religion s’opposent de manière très dure. Teilhard tend donc d’établir un pont entre les deux systèmes de pensée, ce que tenteront de faire beaucoup d’autres scientifiques jusqu’à nos jours. Il se présente donc comme un précurseur dans cette réalisation.
Sa dialectique repose essentiellement sur une vision holistique du monde :
« Pluralité,unité, énergie, sont les trois faces de la matière ».
Ainsi la matière n’est pas seulement un agencement de particules liées par des forces gravitationnelles ou électromagnétiques, mais une entité au sein de laquelle règnent de mystérieuses liaisons. L’une d’elles est l’énergie, source d’enrichissement et d’épuisement, qui constitue ce qu’il appelle : l’étoffe de l’univers. Cette réalité fondamentale se décrit essentiellement en termes de totalité, de complexité, d’unité, de conscience. A cela s’ajoute le fait que le monde doit se concevoir en perpétuel mouvement, ce qui introduit une nouvelle notion : l’Evolution de la matière.
Teilhard compare l’immensité cosmique à la tranche de coupe d’un tronc d’arbre dont les racines plongent dans l’abîme d’un passé insondable et dont les branches s’en vont quelque part vers un avenir illimité. C’est la Cosmogénèse, terme qui définit une évolution toujours plus évoluée de la matière. Aussi pour distinguer ce qui est du domaine du visible, du compact, du mesurable, et ce qui est du domaine de l’invisible présent dans les phénomènes internes, Teilhard invente une dualité nouvelle : il parle du « dehors des choses » et du « dedans des choses » qui représente comme un « Elément de Pensée » dont la matière serait pourvue et qui participerait à un développement dynamique cohérent et unitaire des choses de la vie. Exemple : tous les corps émettent un rayonnement, tout est question d’intensité de rayonnement.
Pour Teilhard, le monde possède une cohérence et pour montrer que tout n’est pas le résultat d’un hasard ou de simples interactions physico – chimiques observables et mesurables, il affirme que la Vie suppose l’existence d’un projet initial qu’il appelle : Prévie.
En ce qui concerne l’énergie, Teilhard entreprend une unification des différentes énergies, sachant que l’Energie Fondamentale se divise en deux composantes consubstantielles :
- Une énergie dite : Tangentielle, qui assure l’organisation d’éléments possédant un même degré de complexité suivant les lois générales de la physique et la thermodynamique.
- Une énergie dite : Radiale d’évolution, qui tend à conférer aux éléments un supplément de complexité.
A ce sujet, on peut établir la comparaison entre cette configuration teilhardienne et celle qui peut s’observer dans le symbolisme de la rosace présente dans beaucoup de lieux de culte chrétien. La vie des hommes se répartit sur la circonférence tandis que le salut par la Rédemption s’opère sur les rayons qui, eux, convergent vers un centre.
Teilhard ne manque pas de citer et d’exploiter ces termes de centre, centréité, centration, décentration, pour désigner cette intelligence de la matière qui assure un sens à l’univers et qui intègre la spiritualité dans un monde apparemment statique.
Les textes de Teilhard ne sont pas des démonstrations scientifiques au sens classique et rationnel du terme mais des textes méditatifs qui laissent une large place à l’intuition et à la créativité littéraire soutenue par des images tirées du vocabulaire de la topologie, de la mécanique rationnelle et de la thermodynamique qu’il a très bien su exploiter. On sait par exemple que dans le mouvement d’un point mobile sur une trajectoire, l’accélération normale (ou radiale) a un support qui passe par le centre de courbure de la trajectoire en ce point. Or Teilhard utilise ce terme de courbure comme métaphore pour donner un sens à tout univers dont les éléments sans distinctions subissent des attractions ou des répulsions de la part d’autres éléments de cet univers.
Le Pas de la Vie
Soit par arrangement des parties, soit par acquisition d’une dimension de plus, rien n’empêche que le degré d’intériorité propre à un élément cosmique ne puisse varier au point de s’élever brusquement à un palier nouveau. La Vie à la surface de la Terre juvénile est un étonnant spectacle, un jet en avant de la spontanéité, un saut dans l’improbable, une explosion d’énergie interne consécutive et proportionnée à une super organisation fondamentale de la Matière. La Vie élémentaire est une multitude d’éléments différenciés qui forme un tout structurellement et génétiquement solidaire. Elle se propage comme une pulsation solitaire et une onde unique jusqu’à l’Homme.
A la base du processus d’enveloppement de la Vie, se place le mécanisme de la Reproduction. C’est une première brèche dans l’inorganisé. Ensuite on découvre le merveilleux procédé de la Conjugaison qui décrit la dualité des sexes, puis les combinaisons infinies de caractères. C’est sur les groupements de grosses molécules qu’ont apparu les premiers êtres vivants constitués d’une seule cellule. A une époque très proche de leurs origines, un clivage important a dû se produire, clivage séparant les proto Plantes (à nutrition chlorophyllienne) des proto Animaux (parasites des premières).Dégagé de l’énorme tronc des Végétaux sur lequel il s’enroule, le monde animal des Métazoaires laisse émerger deux tiges principales : celle des Arthropodes à squelette externe et celle des Vertébrés à squelette interne.
Puis est apparu plus tard le groupe dominateur des Tétrapodes marcheurs d’où émergent trois sous-groupes : Amphibiens, Reptiles et Mammifères. Là il faut trouver un fil conducteur. Il est fourni par la structure, l’agencement et la perfection des neurones cérébraux. L’axe principal de cérébralisation passe par la branche des Mammifères et présente un processus actif de complexification, flèche de l’Arbre de la Vie. Plus précisément l’axe de céphalisation passe par l’ordre des primates et plus exactement par la famille des Anthropoïdes. Chez eux les hémisphères cérébraux, chargés de sillons et de circonvolutions, recouvrent complètement le cervelet, d’où augmentation du volume de la tête. Si l’on tient compte de la distribution et de la fréquence des fossiles connus, on constate une intense activité de multiplications et de mutation chez des Anthropoïdes variés, vers les débuts du Pliocène, sur une large bande tropicale et subtropicale. Alors apparaît la Pensée !!
Tout se déroule durant un temps très long, comme si une énergie mystérieuse chargée d’information, avait inexorablement fait surgir depuis l’infime un toujours plus de Vie. En fait l’Homme, être pensant et clé de l’Univers, était en préparation dés l’aube des temps. Il ouvre aussi la porte sur le mystère de son Auteur. La Création et l’Evolution du Monde ne peuvent être, selon ces hypothèses, le seul fruit du Hasard qui est caprice et discontinuité. Par sa pensée réfléchie, l’Homme n’est pas seulement différent mais autre. On dit que la Vie est montée de conscience et que toute la Biogénèse se résume et se clarifie en ce point singulier qu’est l’être humain.
Pour déboucher sur une telle réalisation, l’Energie universelle doit prendre la forme d’une Energie Pensante. On peut évoquer la présence d’une transcendance dont l’action continue soulève l’Univers par le dedans. En se remémorant les fouilles dans les cavernes d’où il exhumait des vestiges de l’art religieux, Teilhard entrevoit Dieu penché sur le miroir de la Terre devenu intelligent et empreint d’une suprême Beauté. Il saisit alors que l’histoire humaine est essentiellement une histoire religieuse. La nature du lien qui unit Dieu et l’Univers pensant a pour nom : l’Amour. Pour Teilhard, l’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques.
La démarche évolutionniste
Union et différentiation sont deux mots clés chez Teilhard. Entre les deux infinis que
sont l’immensité cosmique et le monde subatomique, se situe un troisième infini : celui de la complexité. Pour lui la « montée de la complexité » a permis, par étapes successives, de passer de la matière inerte à la matière vivante, jusqu’à l’apparition de l’homme pensant, l’hominisation et la socialisation.
Dans le mouvement de la matière – énergie, il a perçu dans une profonde méditation, un travail immense d’enfantement des choses de la vie terrestre, qui ne cesse de produire de la complexification dans un dessein de convergence vers la perfection et d’unification du multiple qu’il désigne sous le nom de point Omega. La mondialisation doit être conçue comme une manifestation des « aspirations unitaires de l’univers autour de nous ».
« Du point de vue expérimental qui est le nôtre, la Réflexion, ainsi que le mot l’indique, est le pouvoir acquis par une conscience de se replier sur soi, et de prendre possession d’elle-même comme un objet doué de sa consistance et de sa valeur particulière : non plus seulement connaître, mais se connaître. Non plus seulement savoir, mais savoir qu’on sait. Par cette individualisation de lui-même au fond de lui-même, l’élément vivant, jusque là répandu et divisé sur un cercle diffus de perceptions et d’activités, se trouve constitué, pour la première fois, en centre ponctiforme, où toutes les représentations et expériences se nouent et se consolident en un ensemble conscient de son organisation »
(Phénomène humain I , 181)
Trois types de Réflexions sont envisagés dans l’élaboration d’une conscience commune et la formation d’un véritable système nerveux de l’Humanité :
- La Réflexion individuelle de chaque homme qui sait qu’il sait.
- La Co – Réflexion de l’Humanité dans la Noosphère convergente, qui conduit au point d’Ultra – Réflexion. Il s’agit de la Réflexion planétaire de toute l’humanité convergente, traduite par le phénomène social et par la planètisation de la recherche en matière de politique, d’économie, de progrès multiples et d’Amour.
- Réflexion de Dieu en Oméga sur l’Humanité Co – Réfléchie représentée par la Révélation.
Le point de convergence Oméga est le Christ qui vient : telle est la grandiose et discutable intuition de Teilhard qui fait que l’Evolution créatrice se situe de Alpha (commencement) à Oméga (accomplissement), ce dernier attirant le monde en construction et en devenir. Il s’agit d’un « Christ Evoluteur » qui féconde par son Amour et sa Croix, l’humanité et l’ensemble du cosmos. Dans cette perspective teilhardienne, l’homme est intimement lié avec tout le cosmos ; il en est le produit le plus évolué et le plus complexe qui, par le truchement de sa conscience, sait prendre la flèche de l’Evolution en dialogue avec Oméga, compte tenu de sa liberté qui lui fait emprunter tel chemin ou tel autre. Telle est d’ailleurs la problématique qui s’offre à nous dans une perspective aussi bien optimiste que pessimiste.
Actualisation de la Noosphère
La pyramide de la complexité d’Hubert Reeves (astrophysicien) va tout à fait dans le sens des intuitions de Teilhard. On retrouve cette évolution de la matière inerte et vivante à travers les notions modernes d’émergence et d’auto – organisation. L’histoire de l’univers et de la vie nous présente une montée de complexité qui aurait été impossible à détecter si tout se passait près d’un état d’équilibre et sans dissipation d’énergie. Ainsi les dualités : ordre et désordre, régularité et irrégularité, stabilité et instabilité, prévisibilité et imprévisibilité, se conjuguent pour créer la complexité. Dans une structure complexe, l’ordre est dû à l’existence d’interactions et le désordre permet de rapprocher les constituants du système pour favoriser des interactions. Il apparaît alors une certaine dialectique qui exprime que le Tout est plus que la somme des parties : la cellule est plus qu’un simple agrégat de molécules ; car dans le Tout émergent des propriétés nouvelles dont sont dépourvus les constituants ; ce qui fait que le Tout est doté d’un dynamisme organisationnel. Il existe au sein de la vie un faisceau de qualités émergentes (l’auto – reproduction par exemple). La vie contient simultanément un élément d’ordre (programme génétique par exemple) et un élément de désordre dégénératif. Dans un tel contexte la mort est inséparable de la vie et ainsi l’organisation du vivant se conçoit comme une réorganisation permanente. Sur le plan de l’évolution du vivant, il existe un cône de divergence globale représenté par la croissance inexorable de l’entropie (mort thermique de l’univers) et un cône de convergence locale vers le point Oméga représentant pour Teilhard la victoire finale de la vie.
Notre histoire actuelle, marquée par l’accélération du progrès scientifique s’inscrit dans la formidable énergie créatrice de l’évolution. De nombreuses questions se posent justement à propos du rôle joué par le point Oméga.
- L’existence du point Oméga est-il de l’ordre de la prévision scientifique ? C’est peu probable !
- Existe-t-il une relation physique entre le Christ et le cosmos ?
- La présence de Jésus au monde est à la fois enracinée dans l’histoire d’un peuple élu (comme fils de David) et liée ontologiquement au fait qu’il est aussi fils de Marie par l’opération de l’Esprit Saint.
En fait la complexification actuelle d’un monde ultra – matérialisé peut ouvrir
la voie à des possibilités nouvelles de recherche de sens, pourvu que l’homme s’en
donne la peine. Cependant l’idée d’évolution continue à susciter des controverses dans
le monde intellectuel. On peut discuter à souhait sur le hasard, sur le déterminisme et
la loi de sélection naturelle. Le langage humain ne suffit évidemment pas pour rendre
compte et expliquer vers quelle direction il faut aller pour se rapprocher de la vérité.
On peut douter de la valeur conceptuelle des mots : qu’appelle-t-on en fait sélection
naturelle par exemple ?
On sait cependant que la pensée de Teilhard privilégie le mouvement de l’être,
celui de la matière, celui du Monde, celui de l’Humanité, ainsi que le principe d’union
dans la différentiation. C’est le grand moteur de l’évolution sous l’effet du Christ
Evoluteur. La démarche est séduisante car elle s’oppose à un certain fixisme de la
pensée. Le développement récent du dialogue sciences – religions n’existait pas au
début du siècle dernier.
Teilhard insiste également sur la symbolique de la dualité : masculin – féminin
qui met en évidence une complémentarité indispensable avec l’introduction de
« l’Eternel Féminin » source de valeurs éminemment humanistes.
Malgré cette merveilleuse histoire que constitue l’ascension de tout le cosmos
vers le point Oméga, suprême réalisation du projet divin et accomplissement de la
Noogénèse dans un éternel Amour, Teilhard reconnaît que cette configuration
optimiste est liée inexorablement au rôle joué par le libre arbitre de la personne
humaine. Pratiquement l’homme doit utiliser sa réflexion pour adhérer à la puissance
créatrice et permanente de Dieu. L’homme est instrument de la Création. L’homme,
sous l’effet de la grâce venant du Christ – Oméga, doit poursuivre une œuvre d’amour
dans un contexte qui de nos jours, rapproche les individus, les peuples, les nations, les
cultures, les religions.
Pour Teilhard, l’action divine n’est pas du type « interventionniste » ou
semblable à l’action des créatures dans le seul espace – temps. Elle est une force
continue qui rend possible l’existence et le devenir des créatures.
« Dieu fait que se fassent les choses »
Il s’agit d’une sorte de « superposition » de l’action divine et celle de l’homme, bien
que l’action divine reste transcendante et non accessible directement par l’examen des
phénomènes. Les changements positifs dans la complexité résultent de la capacité
d’accueil des créatures qui, en raison de la plus importante capacité des structures, sont
en mesure de participer à un enrichissement de l’énergie créatrice. L’action de Dieu
n’est donc pas un acte isolé dans le temps et dans l’espace, mais se révèle comme une
énergie fondatrice et munie d’un projet auquel l’homme est associé…s’il le veut bien !
Ainsi la « Noosphère » représentera une couche pensante de la Terre qui
constitue un Tout spécifique et organique en voie d’évolution vers l’unité suprême.
Dans cette configuration de la pensée, le monde ne doit pas être qu’un ensemble de
choses et d’êtres humains subissant une pure cohabitation spatiale et matérielle,
ne possédant que des liaisons banales, celles qui sont observables avec nos sens.
On parle de « conscience collective » mais pour Teilhard il s’agit d’une sorte de
Conscience du Monde.
Importance du dialogue interreligieux
Reprenant St Paul, Teilhard insiste sur le fait que le processus de mondialisation doit se construire de sorte que l’homme en soit le centre, et apparaître comme une recherche de l’unité dans la différentiation, une recherche du bien commun à tous les niveaux des contingences terrestres. Cette union c’est d’abord celle qui émerge du contact entre l’Orient et l’Occident dans la mesure où il peut exister une synthèse entre deux philosophies et deux cultures parfaitement en opposition.
Le problème qui se pose aux différentes religions est le processus d’accélération de l’évolution humaine qui est multidimensionnelle. Teilhard, dans sa rencontre avec l’Orient, a certes vibré plus qu’un autre à cette préoccupation de l’Unité et de la Fusion avec une entité suprême telle que la « grande Nature ». En Inde, il a découvert un peuple centré sur l’Un et le Divin, « l’Invisible plus réel que le visible ! ». Il voit le Bouddhisme comme éminemment universaliste et cosmique. Il y a découvert l’importance de l’amour dans la compassion, mais cependant il reste sceptique sur la capacité de des religions à s’adapter à la modernité qui place l’Occident dans un état de mutation profonde. D’ailleurs cet amour qui nous séduit parfois, représente plutôt un amour d’évasion qui tend à faire disparaître des réalités telles que la personnalité des individus et l’existence du cosmos ; tout n’est qu’illusion. Ce sont des religions désincarnées qui sont incompatibles avec le fait de l’Incarnation chez les chrétiens.
Pour Teilhard, toute religion « universelle » repose sur deux critères :
- L’homme doit avoir foi en l’Avenir de l’humanité
- Dans une Création qui a vu l’émergence de la personne et dans une évolution convergente, le divin ne peut être conçu comme une entité impersonnelle.
Dieu est immanent et transcendant, être personnel et personnalisant, amour et amorisant, qui rassemble les hommes et les attire vers le sommet de l’Ultra – Humain. En ce sens Dieu est l’alpha et l’Oméga, réalité suprême qui concerne à la fois l’humain et le divin.
A ce stade de l’évolution, il y a nécessairement intercommunication des religions actuelles. Pour Teilhard la religion de l’avenir admet pour axe central le Dieu révélé par Jésus Christ, le Dieu créateur et évoluteur, l’édification du « Christ cosmique » de St Paul, l’expansion universelle du centre christique par la Résurrection et l’intégration de la totalité du genre humain dans un seul Corps.
Tels sont les ingrédients de la Christogénèse qui place le Christ dans une dimension humano – cosmique d’animateur de l’Evolution orientée vers une convergence générale. Il s’agit dans cet œcuménisme de la recherche d’un Christ Universel qui satisferait aux consciences, aux attentes et aux convictions des fidèles de toutes religions.
Conclusion
Teilhard de Chardin tout comme son contemporain Carl Gustave Jung, ont eu, chacun à leur manière, une vision holiste du monde. Le premier ayant créé la notion de Noosphère et le second ayant mis en évidence la notion d’Inconscient Collectif et d’Imago Déi. Le danger avec la dialectique de Teilhard, homme à la fois scientifique et religieux, est de s’accaparer son vocabulaire assez mécaniste pour édifier des thèses selon lesquelles tout repose sur la notion d’énergie. Mais qu’est-ce que l’énergie et la force vitale ? Il y a 30 ans j’ai pu assister à une remise au goût du jour de la pensée teilhardienne pour justifier l’existence en physique d’un « Champ Universel », le rêve de beaucoup de physiciens. Il est bon de faire remarquer cependant que la possibilité d’un dialogue au sein de l’Eglise Catholique portant sur la vision d’un précurseur en matière d’universalité, constitue un progrès certain qui évacue la tentation de la pensée unique. Au nom du principe de complexité, on doit faire « éclater » les contenus terminologiques et les formes verbales afin de faire jaillir toutes les subtiles nuances qui font la richesse de la vie humaine. Oui la vie est une chose extraordinaire qu’on ne sait définir ; on ne sait même pas décrire de façon conceptuelle le parfum d’une rose ! Si Dieu ne se trouve pas au sein de la Matière, alors où peut-il se blottir ? Mais voilà, ce qui fait problème, c’est le processus d’agencement qui distingue et met en inter dépendance les deux réalités fondamentales : l’énergie vitale et la grâce divine.
Annexe :
Dieu « nous a élus en lui, dés avant la création du Monde…
Déterminant que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ »
(Ep 1 , 4-5)
Quand vint la plénitude du Temps, Dieu envoya son Fils
né d’une femme….afin de nous conférer l’adoption filiale
(Ga IV , 4-5)
Car en Lui habite corporellement toute la plénitude de la Divinité
et vous vous trouvez en Lui associés à sa plénitude
(Col II , 9-10)
Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort ; car Il (le Christ) a tout mis
sous ses pieds….Et quand toutes choses lui auront été soumises,
alors le Fils lui-même se soumettra à celui qui lui a tout soumis,
afin que Dieu soit tout en tous
(Co 15 , 26-28)
(Le chanoine Osty a traduit ainsi : afin que Dieu soit tout en tout)
Le Christ est avant toutes choses et tout subsiste en Lui
(Col 1 , 17)
Dialogue Marcel Comby/ Jean-Pierre Frésafond
L’excellente synthèse faite par Marcel Comby sur le tome 1 de l’œuvre de Teilhard
« Le Phénomène Humain » appelle quelques réflexions personnelles
-1- paragraphe « la prévie »
Quand Teilhard parle du « dedans » et du « dehors » des choses, il faut considérer cette appellation comme une métaphore à but pédagogique. Tout au long de son œuvre, TDC insiste sur l’ INSEPARABILITE de l’esprit et de la matière. Si nécessaire, je pourrais donner des références.
-2- paragraphe « la prévie » dans le texte de Marcel Comby
Il en est de même lorsque TDC parles des deux énergies : la TANGENTIELLE et la RADIALE. Ces termes sont, aussi, des métaphores à but pédagogique pour faire comprendre que la matière est composée d’une seule et même énergie initiale qui se manifeste différemment, successivement et progressivement aux différents paliers franchis par la matière au cours de son évolution. (Sur ce point aussi, je pourrais fournir des références, mais il est plus simple que les personnes lissent le « Phénomène humain » ou mes manuels de travail qui sont à la disposition des lecteurs).
Selon Teilhard, la différence entre énergie tangentielle et énergie radiale est la suivante :
-la tangentielle est celle qui est dévolue aux arrangements entre éléments de même complexité.
-la radiale, quant à elle, concerne les arrangements entre deux éléments de niveaux de complexité différents. A mon avis, cette différence au cours du passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur de complexité aurait plus à voir avec une différence d’informations, lesquelles sont contenues dans l’énergie universelle.
-3- paragraphe de la prévie du texte de Marcel Comby.
Je le cite : « Les textes de Teilhard de Chardin ne sont pas des démonstrations scientifiques, au sens classique et rationnel du terme, mais des textes méditatifs qui laissent une large place à l’intuition (…) »
Certes, l’intuition joue un grand rôle dans la pensée de TOUS les scientifiques, si non ils n’avanceraient pas.
En ce qui concerne l’utilisation très fréquente par TDC du mot « courbure », cela n’a rien à voir avec son intuition, mais sa connaissance des théories formulées par Einstein quant à la RELATIVITE (les 2 théories) que Teilhard connaissait très bien (ainsi que les théories de Planck sur la mécanique quantique).
Encore une fois, je m’insurge contre cette habitude des scientifiques de toute tendance spirituelle de classer TDC dans la catégorie des doux rêveurs dès qu’il émet une hypothèse de travail, alors qu’eux-mêmes utilisent fréquemment cette méthode.
-4- paragraphe « le pas de la vie » du texte de Marcel Comby
Je suis heureux de constater que parfois Marcel Comby est de mon avis, et donc que lui aussi n’est pas figé.Ainsi, lorsque je remets d’actualité les textes du « Corpus Hermeticus » correspondant à l’avis des physiciens modernes, et que l’on peut traduire ainsi : « Dieu est Energie et Information de toute chose », je site Marcel Comby qui redit la même chose dans son texte : « Tout se déroule durant un temps très long, comme si une énergie mystérieuse chargée d’information avait inexorablement fait surgir depuis l’infime un toujours plus de vie. »
-5- paragraphe « actualisation de la noosphère » du texte de Marcel Comby
Je le cite : « Il apparaît alors une certaine dialectique qui exprime que le TOUT est plus que la somme des parties (…) »
Lorsque j’avais moi-même cité une phrase similaire de TDC au cours d’un colloque du Réseau Blaise Pascal, le professeur de physique, Jean Leroy, chargé de faire la synthèse de notre groupe de travail, m’a dit qu’une telle déclaration de Teilhard était totalement anti-scientifique. De son point de vue, il avait totalement raison car tout arrangement se paye avec une dissipation d’énergie : thèse démontrable et Teilhard le savait parfaitement, mais il voulait parler d’autre chose. Il voulait montrer que dans le cas d’une dynamique organisationnelle, les effets positifs d’un tel arrangement à un grade supérieur, s’expriment par un meilleur rendement du dispositif. Ce genre de progrès peut être assimilé à « un grain d’énergie »un énergie non démontrable et, bien évidemment, non mesurable (actuellement), mais qu’on ne peut cependant pas évider d’évoquer.
-6- paragraphe « importance du dialogue religieux » du texte de Marcel Comby
Je terminerai ma participation à l’excellent travail de Marcel Comby en apportant sur ce point une information peu connue du public teilhardien.
Dans l’introduction de son livre « LE PHENOMENE HUMAIN » Teilhard précise, et je le cite : « Le livre que je présente demande à être lu, non pas comme un ouvrage métaphysique, et encore moins comme un texte d’essai théologique, mais uniquement et exclusivement comme un mémoire scientifique. » Il faut savoir que l’épilogue de cette œuvre (pages 324 à 332) est intitulé « le phénomène chrétien ». Or, ce texte ne figurait pas dans le manuscrit que Teilhard a vainement essayé de publier, mais ce chapitre a été ajouté par le Comité chargé de publier, post-mortem, les œuvres de Teilhard, alors que l’auteur avait écrit ce texte pour une toute autre destination. C’est une trahison de la pensée de TDC si l’on considère l’introduction de cette œuvre, et que j’ai citée plus haut.
il positif de réconcilier foi et raison, et là était le souci premier de Teilhard. Mais il ne mélangeait pas les genres, et s’il en avait été ainsi de sa part, il aurait ajouté lui-même l’épilogue en question… et peut-être que, dans ce cas, le Vatican eut été moins hostile à son égard.
A noter : dans ces différentes remarques il ne s’agit pas de faire part de mes réflexions et convictions personnelles, mais de traduire la pensée de Teilhard
L’Homme, après avoir fait de chaque phénomène l’objet de sa recherche, s’aperçoit que tous les aspects du réel sont liés et ne font qu’un dans l’univers qui les contient, si bien que la connaissance plénière de chaque phénomène exige l’étude de tout son environnement. Pour déchiffrer l’homme, son origine et sa destinée, il convient donc d’embrasser tous les champs de la Connaissance et d’en réaliser la synthèse. Teilhard se faisait : « l’étudiant de tout le phénomène ». Son œuvre est le résultat d’une enquête qui s’appuie autant sur les sciences expérimentales qu’à leur extension métaphysique, énergétique, morale, sociale, politique, religieuse, mystique même. Teilhard avait la passion de l’Absolu ! Pour que la jonction se fasse dans son esprit entre science expérimentale et foi, il lui faudra postuler un Centre à l’Univers et d’y placer Celui en qui l’Univers, selon l’apôtre Paul, « trouve sa consistance ».
Dans la réflexion sur le dialogue entre science et foi, beaucoup de chrétiens ont peur du concordisme. La caricature du concordisme s’exprime par différentes formes de créationnisme. Bertrand Souchard, docteur en philosophie, parle de cette tentation du concordisme en évoquant Teilhard de Chardin. Il pense que ce grand homme a ouvert une voie mais en confondant le discours scientifique au discours théologique. Il convient donc de se poser la question : comment concilier l’autonomie des discours et l’approche globale de la Connaissance ? En réalité les textes de Teilhard sont réflexifs et non dogmatiques. Sa pensée est stimulante pour l’intelligence et le cœur, propre à nous ouvrir à une spiritualité baignée autant par l’imaginaire que par le souci de cohérence au sein de ce que l’on vit.
Face au danger du concordisme, la tendance actuelle est celle du discordisme. Mais le problème du discordisme est de penser que la science ne saurait faire germer des questions de nature philosophique ou théologique.
Pour moi la science, domaine essentiellement autonome, ne débouche nullement sur la Connaissance intégrale du monde mais son rôle est de rendre ce monde intelligible. J’évite de cette manière de tomber dans le panthéisme traditionnel et le discordisme ontologique.
L’approche phénoménologique de Teilhard se conçoit en termes d’évolution, de montée de la complexité – conscience et de la convergence vers ce qu’il appelle : le point : Oméga. Il s’agit d’un processus de transformation universelle appelé : Noogénèse.
Ce mot est issu du terme : « noos » qui est la faculté de pensée, l’intelligence et l’esprit. Il désignera donc l’expression mentale du phénomène de mondialisation.
Pour Teilhard, l’ensemble de la planète ne trouvera sa cohésion, sa cohérence, son dynamisme fondateur et son ampleur que dans la conception d’un univers évolutif et convergent, avec la perspective de la christogénèse. Cela signifie que l’homme doit poursuivre un chemin de mutation de son être dans le cadre d’une mutation plus universelle : celle qui conduit vers l’unité du genre humain. Le message de Teilhard est construit à partir d’une dialectique qui tient compte à la fois de sa formation scientifique et de ses conceptions de la réalité en matière théologique.
L’illumination du scientifique
Paléontologiste, Teilhard ne tarde pas à constater la progression au cours des âges de la cavité crânienne des mammifères et corrélativement, l’enrichissement en poids et en ramification nerveuses de la matière cérébrale. Teilhard découvre un troisième infini : l’infini de la complexité. ( est complexe cet état situé entre le chaos et l’organisation strictement rationnellel, ce qui suppose l’existence de phénomènes d’émergence )
Deux millénaires après l’apôtre Paul, un fils de l’Eglise Catholique revivait, dans la lumière d’une science et d’une mystique plus élaborée, la même Révélation. (voir annexe )
De l’atome à l’homme
Présentant en lui, simultanément, l’aboutissement de la Vie et le jaillissement de la Pensée, l’Homme est la clé de l’Univers. Du fait qu’il constitue, au terme de milliards d’années, le sommet de la montée de l’atome à la conscience douée du pouvoir de réflexion, l’Homme devient comme la flèche indicatrice du sens de la Vie, et le repère qui permet de situer les êtres selon leur valeur, leur degré d’organisation, leur complexité. Par ordre de complexité citons : le quark, l’électron, la molécule, le noyau chimique, la cellule vivante, qui se distinguent entre eux par la multiplicité organisée et la complication centrée. Tout ensemble arrangé géométriquement et par ordre de densité, tel que la Tour Eiffel, n’est qu’un
agrégat. On peut établir selon un coefficient de complexité une classification naturelle et universelle en partant des 92 corps simples de la chimie pour arriver au mystérieux virus. Au-delà du million d’atomes, tout se passe comme si les corpuscules matériels s’animaient, se vitalisaient, si bien que l’Univers s’arrange suivant une série d’entités orientées et montantes jusqu’aux vivants les plus évolués. De plus la place occupée par chaque entité particulière situe chronologiquement cette chose-là dans la genèse de l’Univers. D’où la place du temps dans cette configuration. Il y a, selon Teilhard, conformité entre le déroulement du temps évolutif et l’axe montant vers la plus grande conscience. C’est dans cette remarque que Teilhard fonde sa propre vision d’un monde qui ne demeure pas statique. La Terre représente dans le cosmos, en raison du fameux principe anthropique, l’espace portant en son sein la fortune et l’avenir du monde. De son état primordial est apparue à un moment donné une étonnante masse de matière organisée : la Biosphère. La vie psychique du monde commence avec l’apparition de la cellule qui ira de révolutions en métamorphoses.
La Prévie
Teilhard tente d’expliquer l’univers aussi loin que son intuition ne lui permette, ce que ne font les scientifiques, adeptes de la pure rationalité. Jusqu’au XXe siècle, science et religion s’opposent de manière très dure. Teilhard tend donc d’établir un pont entre les deux systèmes de pensée, ce que tenteront de faire beaucoup d’autres scientifiques jusqu’à nos jours. Il se présente donc comme un précurseur dans cette réalisation.
Sa dialectique repose essentiellement sur une vision holistique du monde :
« Pluralité,unité, énergie, sont les trois faces de la matière ».
Ainsi la matière n’est pas seulement un agencement de particules liées par des forces gravitationnelles ou électromagnétiques, mais une entité au sein de laquelle règnent de mystérieuses liaisons. L’une d’elles est l’énergie, source d’enrichissement et d’épuisement, qui constitue ce qu’il appelle : l’étoffe de l’univers. Cette réalité fondamentale se décrit essentiellement en termes de totalité, de complexité, d’unité, de conscience. A cela s’ajoute le fait que le monde doit se concevoir en perpétuel mouvement, ce qui introduit une nouvelle notion : l’Evolution de la matière.
Teilhard compare l’immensité cosmique à la tranche de coupe d’un tronc d’arbre dont les racines plongent dans l’abîme d’un passé insondable et dont les branches s’en vont quelque part vers un avenir illimité. C’est la Cosmogénèse, terme qui définit une évolution toujours plus évoluée de la matière. Aussi pour distinguer ce qui est du domaine du visible, du compact, du mesurable, et ce qui est du domaine de l’invisible présent dans les phénomènes internes, Teilhard invente une dualité nouvelle : il parle du « dehors des choses » et du « dedans des choses » qui représente comme un « Elément de Pensée » dont la matière serait pourvue et qui participerait à un développement dynamique cohérent et unitaire des choses de la vie. Exemple : tous les corps émettent un rayonnement, tout est question d’intensité de rayonnement.
Pour Teilhard, le monde possède une cohérence et pour montrer que tout n’est pas le résultat d’un hasard ou de simples interactions physico – chimiques observables et mesurables, il affirme que la Vie suppose l’existence d’un projet initial qu’il appelle : Prévie.
En ce qui concerne l’énergie, Teilhard entreprend une unification des différentes énergies, sachant que l’Energie Fondamentale se divise en deux composantes consubstantielles :
- Une énergie dite : Tangentielle, qui assure l’organisation d’éléments possédant un même degré de complexité suivant les lois générales de la physique et la thermodynamique.
- Une énergie dite : Radiale d’évolution, qui tend à conférer aux éléments un supplément de complexité.
A ce sujet, on peut établir la comparaison entre cette configuration teilhardienne et celle qui peut s’observer dans le symbolisme de la rosace présente dans beaucoup de lieux de culte chrétien. La vie des hommes se répartit sur la circonférence tandis que le salut par la Rédemption s’opère sur les rayons qui, eux, convergent vers un centre.
Teilhard ne manque pas de citer et d’exploiter ces termes de centre, centréité, centration, décentration, pour désigner cette intelligence de la matière qui assure un sens à l’univers et qui intègre la spiritualité dans un monde apparemment statique.
Les textes de Teilhard ne sont pas des démonstrations scientifiques au sens classique et rationnel du terme mais des textes méditatifs qui laissent une large place à l’intuition et à la créativité littéraire soutenue par des images tirées du vocabulaire de la topologie, de la mécanique rationnelle et de la thermodynamique qu’il a très bien su exploiter. On sait par exemple que dans le mouvement d’un point mobile sur une trajectoire, l’accélération normale (ou radiale) a un support qui passe par le centre de courbure de la trajectoire en ce point. Or Teilhard utilise ce terme de courbure comme métaphore pour donner un sens à tout univers dont les éléments sans distinctions subissent des attractions ou des répulsions de la part d’autres éléments de cet univers.
Le Pas de la Vie
Soit par arrangement des parties, soit par acquisition d’une dimension de plus, rien n’empêche que le degré d’intériorité propre à un élément cosmique ne puisse varier au point de s’élever brusquement à un palier nouveau. La Vie à la surface de la Terre juvénile est un étonnant spectacle, un jet en avant de la spontanéité, un saut dans l’improbable, une explosion d’énergie interne consécutive et proportionnée à une super organisation fondamentale de la Matière. La Vie élémentaire est une multitude d’éléments différenciés qui forme un tout structurellement et génétiquement solidaire. Elle se propage comme une pulsation solitaire et une onde unique jusqu’à l’Homme.
A la base du processus d’enveloppement de la Vie, se place le mécanisme de la Reproduction. C’est une première brèche dans l’inorganisé. Ensuite on découvre le merveilleux procédé de la Conjugaison qui décrit la dualité des sexes, puis les combinaisons infinies de caractères. C’est sur les groupements de grosses molécules qu’ont apparu les premiers êtres vivants constitués d’une seule cellule. A une époque très proche de leurs origines, un clivage important a dû se produire, clivage séparant les proto Plantes (à nutrition chlorophyllienne) des proto Animaux (parasites des premières).Dégagé de l’énorme tronc des Végétaux sur lequel il s’enroule, le monde animal des Métazoaires laisse émerger deux tiges principales : celle des Arthropodes à squelette externe et celle des Vertébrés à squelette interne.
Puis est apparu plus tard le groupe dominateur des Tétrapodes marcheurs d’où émergent trois sous-groupes : Amphibiens, Reptiles et Mammifères. Là il faut trouver un fil conducteur. Il est fourni par la structure, l’agencement et la perfection des neurones cérébraux. L’axe principal de cérébralisation passe par la branche des Mammifères et présente un processus actif de complexification, flèche de l’Arbre de la Vie. Plus précisément l’axe de céphalisation passe par l’ordre des primates et plus exactement par la famille des Anthropoïdes. Chez eux les hémisphères cérébraux, chargés de sillons et de circonvolutions, recouvrent complètement le cervelet, d’où augmentation du volume de la tête. Si l’on tient compte de la distribution et de la fréquence des fossiles connus, on constate une intense activité de multiplications et de mutation chez des Anthropoïdes variés, vers les débuts du Pliocène, sur une large bande tropicale et subtropicale. Alors apparaît la Pensée !!
Tout se déroule durant un temps très long, comme si une énergie mystérieuse chargée d’information, avait inexorablement fait surgir depuis l’infime un toujours plus de Vie. En fait l’Homme, être pensant et clé de l’Univers, était en préparation dés l’aube des temps. Il ouvre aussi la porte sur le mystère de son Auteur. La Création et l’Evolution du Monde ne peuvent être, selon ces hypothèses, le seul fruit du Hasard qui est caprice et discontinuité. Par sa pensée réfléchie, l’Homme n’est pas seulement différent mais autre. On dit que la Vie est montée de conscience et que toute la Biogénèse se résume et se clarifie en ce point singulier qu’est l’être humain.
Pour déboucher sur une telle réalisation, l’Energie universelle doit prendre la forme d’une Energie Pensante. On peut évoquer la présence d’une transcendance dont l’action continue soulève l’Univers par le dedans. En se remémorant les fouilles dans les cavernes d’où il exhumait des vestiges de l’art religieux, Teilhard entrevoit Dieu penché sur le miroir de la Terre devenu intelligent et empreint d’une suprême Beauté. Il saisit alors que l’histoire humaine est essentiellement une histoire religieuse. La nature du lien qui unit Dieu et l’Univers pensant a pour nom : l’Amour. Pour Teilhard, l’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques.
La démarche évolutionniste
Union et différentiation sont deux mots clés chez Teilhard. Entre les deux infinis que
sont l’immensité cosmique et le monde subatomique, se situe un troisième infini : celui de la complexité. Pour lui la « montée de la complexité » a permis, par étapes successives, de passer de la matière inerte à la matière vivante, jusqu’à l’apparition de l’homme pensant, l’hominisation et la socialisation.
Dans le mouvement de la matière – énergie, il a perçu dans une profonde méditation, un travail immense d’enfantement des choses de la vie terrestre, qui ne cesse de produire de la complexification dans un dessein de convergence vers la perfection et d’unification du multiple qu’il désigne sous le nom de point Omega. La mondialisation doit être conçue comme une manifestation des « aspirations unitaires de l’univers autour de nous ».
« Du point de vue expérimental qui est le nôtre, la Réflexion, ainsi que le mot l’indique, est le pouvoir acquis par une conscience de se replier sur soi, et de prendre possession d’elle-même comme un objet doué de sa consistance et de sa valeur particulière : non plus seulement connaître, mais se connaître. Non plus seulement savoir, mais savoir qu’on sait. Par cette individualisation de lui-même au fond de lui-même, l’élément vivant, jusque là répandu et divisé sur un cercle diffus de perceptions et d’activités, se trouve constitué, pour la première fois, en centre ponctiforme, où toutes les représentations et expériences se nouent et se consolident en un ensemble conscient de son organisation »
(Phénomène humain I , 181)
Trois types de Réflexions sont envisagés dans l’élaboration d’une conscience commune et la formation d’un véritable système nerveux de l’Humanité :
- La Réflexion individuelle de chaque homme qui sait qu’il sait.
- La Co – Réflexion de l’Humanité dans la Noosphère convergente, qui conduit au point d’Ultra – Réflexion. Il s’agit de la Réflexion planétaire de toute l’humanité convergente, traduite par le phénomène social et par la planètisation de la recherche en matière de politique, d’économie, de progrès multiples et d’Amour.
- Réflexion de Dieu en Oméga sur l’Humanité Co – Réfléchie représentée par la Révélation.
Le point de convergence Oméga est le Christ qui vient : telle est la grandiose et discutable intuition de Teilhard qui fait que l’Evolution créatrice se situe de Alpha (commencement) à Oméga (accomplissement), ce dernier attirant le monde en construction et en devenir. Il s’agit d’un « Christ Evoluteur » qui féconde par son Amour et sa Croix, l’humanité et l’ensemble du cosmos. Dans cette perspective teilhardienne, l’homme est intimement lié avec tout le cosmos ; il en est le produit le plus évolué et le plus complexe qui, par le truchement de sa conscience, sait prendre la flèche de l’Evolution en dialogue avec Oméga, compte tenu de sa liberté qui lui fait emprunter tel chemin ou tel autre. Telle est d’ailleurs la problématique qui s’offre à nous dans une perspective aussi bien optimiste que pessimiste.
Actualisation de la Noosphère
La pyramide de la complexité d’Hubert Reeves (astrophysicien) va tout à fait dans le sens des intuitions de Teilhard. On retrouve cette évolution de la matière inerte et vivante à travers les notions modernes d’émergence et d’auto – organisation. L’histoire de l’univers et de la vie nous présente une montée de complexité qui aurait été impossible à détecter si tout se passait près d’un état d’équilibre et sans dissipation d’énergie. Ainsi les dualités : ordre et désordre, régularité et irrégularité, stabilité et instabilité, prévisibilité et imprévisibilité, se conjuguent pour créer la complexité. Dans une structure complexe, l’ordre est dû à l’existence d’interactions et le désordre permet de rapprocher les constituants du système pour favoriser des interactions. Il apparaît alors une certaine dialectique qui exprime que le Tout est plus que la somme des parties : la cellule est plus qu’un simple agrégat de molécules ; car dans le Tout émergent des propriétés nouvelles dont sont dépourvus les constituants ; ce qui fait que le Tout est doté d’un dynamisme organisationnel. Il existe au sein de la vie un faisceau de qualités émergentes (l’auto – reproduction par exemple). La vie contient simultanément un élément d’ordre (programme génétique par exemple) et un élément de désordre dégénératif. Dans un tel contexte la mort est inséparable de la vie et ainsi l’organisation du vivant se conçoit comme une réorganisation permanente. Sur le plan de l’évolution du vivant, il existe un cône de divergence globale représenté par la croissance inexorable de l’entropie (mort thermique de l’univers) et un cône de convergence locale vers le point Oméga représentant pour Teilhard la victoire finale de la vie.
Notre histoire actuelle, marquée par l’accélération du progrès scientifique s’inscrit dans la formidable énergie créatrice de l’évolution. De nombreuses questions se posent justement à propos du rôle joué par le point Oméga.
- L’existence du point Oméga est-il de l’ordre de la prévision scientifique ? C’est peu probable !
- Existe-t-il une relation physique entre le Christ et le cosmos ?
- La présence de Jésus au monde est à la fois enracinée dans l’histoire d’un peuple élu (comme fils de David) et liée ontologiquement au fait qu’il est aussi fils de Marie par l’opération de l’Esprit Saint.
En fait la complexification actuelle d’un monde ultra – matérialisé peut ouvrir
la voie à des possibilités nouvelles de recherche de sens, pourvu que l’homme s’en
donne la peine. Cependant l’idée d’évolution continue à susciter des controverses dans
le monde intellectuel. On peut discuter à souhait sur le hasard, sur le déterminisme et
la loi de sélection naturelle. Le langage humain ne suffit évidemment pas pour rendre
compte et expliquer vers quelle direction il faut aller pour se rapprocher de la vérité.
On peut douter de la valeur conceptuelle des mots : qu’appelle-t-on en fait sélection
naturelle par exemple ?
On sait cependant que la pensée de Teilhard privilégie le mouvement de l’être,
celui de la matière, celui du Monde, celui de l’Humanité, ainsi que le principe d’union
dans la différentiation. C’est le grand moteur de l’évolution sous l’effet du Christ
Evoluteur. La démarche est séduisante car elle s’oppose à un certain fixisme de la
pensée. Le développement récent du dialogue sciences – religions n’existait pas au
début du siècle dernier.
Teilhard insiste également sur la symbolique de la dualité : masculin – féminin
qui met en évidence une complémentarité indispensable avec l’introduction de
« l’Eternel Féminin » source de valeurs éminemment humanistes.
Malgré cette merveilleuse histoire que constitue l’ascension de tout le cosmos
vers le point Oméga, suprême réalisation du projet divin et accomplissement de la
Noogénèse dans un éternel Amour, Teilhard reconnaît que cette configuration
optimiste est liée inexorablement au rôle joué par le libre arbitre de la personne
humaine. Pratiquement l’homme doit utiliser sa réflexion pour adhérer à la puissance
créatrice et permanente de Dieu. L’homme est instrument de la Création. L’homme,
sous l’effet de la grâce venant du Christ – Oméga, doit poursuivre une œuvre d’amour
dans un contexte qui de nos jours, rapproche les individus, les peuples, les nations, les
cultures, les religions.
Pour Teilhard, l’action divine n’est pas du type « interventionniste » ou
semblable à l’action des créatures dans le seul espace – temps. Elle est une force
continue qui rend possible l’existence et le devenir des créatures.
« Dieu fait que se fassent les choses »
Il s’agit d’une sorte de « superposition » de l’action divine et celle de l’homme, bien
que l’action divine reste transcendante et non accessible directement par l’examen des
phénomènes. Les changements positifs dans la complexité résultent de la capacité
d’accueil des créatures qui, en raison de la plus importante capacité des structures, sont
en mesure de participer à un enrichissement de l’énergie créatrice. L’action de Dieu
n’est donc pas un acte isolé dans le temps et dans l’espace, mais se révèle comme une
énergie fondatrice et munie d’un projet auquel l’homme est associé…s’il le veut bien !
Ainsi la « Noosphère » représentera une couche pensante de la Terre qui
constitue un Tout spécifique et organique en voie d’évolution vers l’unité suprême.
Dans cette configuration de la pensée, le monde ne doit pas être qu’un ensemble de
choses et d’êtres humains subissant une pure cohabitation spatiale et matérielle,
ne possédant que des liaisons banales, celles qui sont observables avec nos sens.
On parle de « conscience collective » mais pour Teilhard il s’agit d’une sorte de
Conscience du Monde.
Importance du dialogue interreligieux
Reprenant St Paul, Teilhard insiste sur le fait que le processus de mondialisation doit se construire de sorte que l’homme en soit le centre, et apparaître comme une recherche de l’unité dans la différentiation, une recherche du bien commun à tous les niveaux des contingences terrestres. Cette union c’est d’abord celle qui émerge du contact entre l’Orient et l’Occident dans la mesure où il peut exister une synthèse entre deux philosophies et deux cultures parfaitement en opposition.
Le problème qui se pose aux différentes religions est le processus d’accélération de l’évolution humaine qui est multidimensionnelle. Teilhard, dans sa rencontre avec l’Orient, a certes vibré plus qu’un autre à cette préoccupation de l’Unité et de la Fusion avec une entité suprême telle que la « grande Nature ». En Inde, il a découvert un peuple centré sur l’Un et le Divin, « l’Invisible plus réel que le visible ! ». Il voit le Bouddhisme comme éminemment universaliste et cosmique. Il y a découvert l’importance de l’amour dans la compassion, mais cependant il reste sceptique sur la capacité de des religions à s’adapter à la modernité qui place l’Occident dans un état de mutation profonde. D’ailleurs cet amour qui nous séduit parfois, représente plutôt un amour d’évasion qui tend à faire disparaître des réalités telles que la personnalité des individus et l’existence du cosmos ; tout n’est qu’illusion. Ce sont des religions désincarnées qui sont incompatibles avec le fait de l’Incarnation chez les chrétiens.
Pour Teilhard, toute religion « universelle » repose sur deux critères :
- L’homme doit avoir foi en l’Avenir de l’humanité
- Dans une Création qui a vu l’émergence de la personne et dans une évolution convergente, le divin ne peut être conçu comme une entité impersonnelle.
Dieu est immanent et transcendant, être personnel et personnalisant, amour et amorisant, qui rassemble les hommes et les attire vers le sommet de l’Ultra – Humain. En ce sens Dieu est l’alpha et l’Oméga, réalité suprême qui concerne à la fois l’humain et le divin.
A ce stade de l’évolution, il y a nécessairement intercommunication des religions actuelles. Pour Teilhard la religion de l’avenir admet pour axe central le Dieu révélé par Jésus Christ, le Dieu créateur et évoluteur, l’édification du « Christ cosmique » de St Paul, l’expansion universelle du centre christique par la Résurrection et l’intégration de la totalité du genre humain dans un seul Corps.
Tels sont les ingrédients de la Christogénèse qui place le Christ dans une dimension humano – cosmique d’animateur de l’Evolution orientée vers une convergence générale. Il s’agit dans cet œcuménisme de la recherche d’un Christ Universel qui satisferait aux consciences, aux attentes et aux convictions des fidèles de toutes religions.
Conclusion
Teilhard de Chardin tout comme son contemporain Carl Gustave Jung, ont eu, chacun à leur manière, une vision holiste du monde. Le premier ayant créé la notion de Noosphère et le second ayant mis en évidence la notion d’Inconscient Collectif et d’Imago Déi. Le danger avec la dialectique de Teilhard, homme à la fois scientifique et religieux, est de s’accaparer son vocabulaire assez mécaniste pour édifier des thèses selon lesquelles tout repose sur la notion d’énergie. Mais qu’est-ce que l’énergie et la force vitale ? Il y a 30 ans j’ai pu assister à une remise au goût du jour de la pensée teilhardienne pour justifier l’existence en physique d’un « Champ Universel », le rêve de beaucoup de physiciens. Il est bon de faire remarquer cependant que la possibilité d’un dialogue au sein de l’Eglise Catholique portant sur la vision d’un précurseur en matière d’universalité, constitue un progrès certain qui évacue la tentation de la pensée unique. Au nom du principe de complexité, on doit faire « éclater » les contenus terminologiques et les formes verbales afin de faire jaillir toutes les subtiles nuances qui font la richesse de la vie humaine. Oui la vie est une chose extraordinaire qu’on ne sait définir ; on ne sait même pas décrire de façon conceptuelle le parfum d’une rose ! Si Dieu ne se trouve pas au sein de la Matière, alors où peut-il se blottir ? Mais voilà, ce qui fait problème, c’est le processus d’agencement qui distingue et met en inter dépendance les deux réalités fondamentales : l’énergie vitale et la grâce divine.
Annexe :
Dieu « nous a élus en lui, dés avant la création du Monde…
Déterminant que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus-Christ »
(Ep 1 , 4-5)
Quand vint la plénitude du Temps, Dieu envoya son Fils
né d’une femme….afin de nous conférer l’adoption filiale
(Ga IV , 4-5)
Car en Lui habite corporellement toute la plénitude de la Divinité
et vous vous trouvez en Lui associés à sa plénitude
(Col II , 9-10)
Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort ; car Il (le Christ) a tout mis
sous ses pieds….Et quand toutes choses lui auront été soumises,
alors le Fils lui-même se soumettra à celui qui lui a tout soumis,
afin que Dieu soit tout en tous
(Co 15 , 26-28)
(Le chanoine Osty a traduit ainsi : afin que Dieu soit tout en tout)
Le Christ est avant toutes choses et tout subsiste en Lui
(Col 1 , 17)
Dialogue Marcel Comby/ Jean-Pierre Frésafond
L’excellente synthèse faite par Marcel Comby sur le tome 1 de l’œuvre de Teilhard
« Le Phénomène Humain » appelle quelques réflexions personnelles
-1- paragraphe « la prévie »
Quand Teilhard parle du « dedans » et du « dehors » des choses, il faut considérer cette appellation comme une métaphore à but pédagogique. Tout au long de son œuvre, TDC insiste sur l’ INSEPARABILITE de l’esprit et de la matière. Si nécessaire, je pourrais donner des références.
-2- paragraphe « la prévie » dans le texte de Marcel Comby
Il en est de même lorsque TDC parles des deux énergies : la TANGENTIELLE et la RADIALE. Ces termes sont, aussi, des métaphores à but pédagogique pour faire comprendre que la matière est composée d’une seule et même énergie initiale qui se manifeste différemment, successivement et progressivement aux différents paliers franchis par la matière au cours de son évolution. (Sur ce point aussi, je pourrais fournir des références, mais il est plus simple que les personnes lissent le « Phénomène humain » ou mes manuels de travail qui sont à la disposition des lecteurs).
Selon Teilhard, la différence entre énergie tangentielle et énergie radiale est la suivante :
-la tangentielle est celle qui est dévolue aux arrangements entre éléments de même complexité.
-la radiale, quant à elle, concerne les arrangements entre deux éléments de niveaux de complexité différents. A mon avis, cette différence au cours du passage d’un niveau inférieur à un niveau supérieur de complexité aurait plus à voir avec une différence d’informations, lesquelles sont contenues dans l’énergie universelle.
-3- paragraphe de la prévie du texte de Marcel Comby.
Je le cite : « Les textes de Teilhard de Chardin ne sont pas des démonstrations scientifiques, au sens classique et rationnel du terme, mais des textes méditatifs qui laissent une large place à l’intuition (…) »
Certes, l’intuition joue un grand rôle dans la pensée de TOUS les scientifiques, si non ils n’avanceraient pas.
En ce qui concerne l’utilisation très fréquente par TDC du mot « courbure », cela n’a rien à voir avec son intuition, mais sa connaissance des théories formulées par Einstein quant à la RELATIVITE (les 2 théories) que Teilhard connaissait très bien (ainsi que les théories de Planck sur la mécanique quantique).
Encore une fois, je m’insurge contre cette habitude des scientifiques de toute tendance spirituelle de classer TDC dans la catégorie des doux rêveurs dès qu’il émet une hypothèse de travail, alors qu’eux-mêmes utilisent fréquemment cette méthode.
-4- paragraphe « le pas de la vie » du texte de Marcel Comby
Je suis heureux de constater que parfois Marcel Comby est de mon avis, et donc que lui aussi n’est pas figé.Ainsi, lorsque je remets d’actualité les textes du « Corpus Hermeticus » correspondant à l’avis des physiciens modernes, et que l’on peut traduire ainsi : « Dieu est Energie et Information de toute chose », je site Marcel Comby qui redit la même chose dans son texte : « Tout se déroule durant un temps très long, comme si une énergie mystérieuse chargée d’information avait inexorablement fait surgir depuis l’infime un toujours plus de vie. »
-5- paragraphe « actualisation de la noosphère » du texte de Marcel Comby
Je le cite : « Il apparaît alors une certaine dialectique qui exprime que le TOUT est plus que la somme des parties (…) »
Lorsque j’avais moi-même cité une phrase similaire de TDC au cours d’un colloque du Réseau Blaise Pascal, le professeur de physique, Jean Leroy, chargé de faire la synthèse de notre groupe de travail, m’a dit qu’une telle déclaration de Teilhard était totalement anti-scientifique. De son point de vue, il avait totalement raison car tout arrangement se paye avec une dissipation d’énergie : thèse démontrable et Teilhard le savait parfaitement, mais il voulait parler d’autre chose. Il voulait montrer que dans le cas d’une dynamique organisationnelle, les effets positifs d’un tel arrangement à un grade supérieur, s’expriment par un meilleur rendement du dispositif. Ce genre de progrès peut être assimilé à « un grain d’énergie »un énergie non démontrable et, bien évidemment, non mesurable (actuellement), mais qu’on ne peut cependant pas évider d’évoquer.
-6- paragraphe « importance du dialogue religieux » du texte de Marcel Comby
Je terminerai ma participation à l’excellent travail de Marcel Comby en apportant sur ce point une information peu connue du public teilhardien.
Dans l’introduction de son livre « LE PHENOMENE HUMAIN » Teilhard précise, et je le cite : « Le livre que je présente demande à être lu, non pas comme un ouvrage métaphysique, et encore moins comme un texte d’essai théologique, mais uniquement et exclusivement comme un mémoire scientifique. » Il faut savoir que l’épilogue de cette œuvre (pages 324 à 332) est intitulé « le phénomène chrétien ». Or, ce texte ne figurait pas dans le manuscrit que Teilhard a vainement essayé de publier, mais ce chapitre a été ajouté par le Comité chargé de publier, post-mortem, les œuvres de Teilhard, alors que l’auteur avait écrit ce texte pour une toute autre destination. C’est une trahison de la pensée de TDC si l’on considère l’introduction de cette œuvre, et que j’ai citée plus haut.
il positif de réconcilier foi et raison, et là était le souci premier de Teilhard. Mais il ne mélangeait pas les genres, et s’il en avait été ainsi de sa part, il aurait ajouté lui-même l’épilogue en question… et peut-être que, dans ce cas, le Vatican eut été moins hostile à son égard.
A noter : dans ces différentes remarques il ne s’agit pas de faire part de mes réflexions et convictions personnelles, mais de traduire la pensée de Teilhard
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Jean-Pierre GIROUD/La pensée de Teilhard peut-elle engendrer une conscience laïque ?
Lundi 26 Octobre 2009
Non croyance et espérance, deux mots à mon sens bien étranges aujourd’hui
-l’un, suite logique du siècle des lumières c’est à dire en simplifiant avec les réserves qui en sont la conséquence, est « mise de côté » de pensées , de religions, vues comme imposées comme non argumentées etc., et donc à rejeter ou tout au moins à considérer comme suspectes.
-L’autre terme, espérance est étonnement
parce qu’ouverture, renouvellement, mouvement ; l’histoire tellement captivante dans toutes ses richesses individuelles et collectives ses moments dérisoires et ses instants sublimes…
Mais remémorons-nous un peu de ce passé ,en définitive, nous appartient. Il est en plus par notre culture, une partie de nous-même que nous le voulions ou non. Nous ne pouvons pour notre propre évolution personnelle et sociale, que nous sentir concernés ; misères et grandeurs de l’âme !... Voyageons donc un peu dans ce passé. On pourrait l’appeler apologie des hommes premiers…
Donc, nous savons que, archéologues, paléontologues et bien d’autres savants des sciences de l’homme et de la terre, ont trouvé de façon incontestable des empreintes, des objets, des statues, des éléments importants de la manière de vivre, de croire, d’appréhender l’espace le temps, la vie la mort, de nos ancêtres les plus éloignés
Nous connaissons aujourd’hui très précisément les civilisations d’il y a quelque cinq mille ans avant notre ère ; par exemple, le récit du Paradis Terrestre du livre de la Genèse de la Bible peut s’appliquer, a-t-on coutume de dire, à la Mésopotamie de ce temps là. Ce pays, alors grand jardin fertile entre le Tigre et l’Euphrate avec les villes Ninive, Assur ou Babylone, région que l’on situe actuellement vers l’Iraq et l’Iran.
La croyance religieuse y est déjà très présente la déesse mère y est invoquée. Rappelons que l’écriture n’existe pas encore mais de nombreux dessins sont présents, des scènes de la vie journalière …prémices aux caractères cunéiformes et des évolutions futures que l’on sait.
Les Ziggourats à 5 ou 7 étages font penser à la Tour de Babel (Genèse ch11/1-9) . Le temple de Ninni-Zara 2600 ans avant notre ère témoigne par de nombreux vestiges d’une foi ardente des membres de la cité.
Dans le livre Sumer de L’Univers des Formes collection dirigée par André Malraux et André Parrot chez Gallimard, on lit : « L’Humanité, dès la fin du 4ème millénaire avait voulu dresser une échelle entre la terre et le ciel, pour s’assurer à tout prix la descente de ses dieux. Voilà pourquoi elle construisit cette « montagne », sans cesse rehaussée » Au sommet de l’édifice sacré il y avait, pour recevoir la divinité, un sanctuaire plutôt petit. Seuls les prêtres attendaient que le cortège céleste, ayant navigué sur l’empyrée, (séjour des divinités) eût accosté à l’embarcadère terrestre. Des offrandes lui avaient été offertes. Après cet hommage des fidèles à leur suzerain, celui-ci descendait vers la ville, pour pénétrer dans la résidence qu’on lui avait depuis longtemps préparée. La divinité allait maintenant habiter au milieu des hommes, pour s’y manifester, c’est-à-dire en accordant au pays les dons qui assurent la vie. Tout dans le culte répondait à ce dialogue noué entre la terre et le ciel.
Pourquoi évoquer cette partie de l’histoire des hommes ?
Certains dirons que ces temps étaient dans l’obscurantisme le plus primaire !
qu’il y était fait recours aux dieux parce qu’il y avait impuissance des hommes.
Pourtant nous avons des éclairages déjà en lisant les écrits anciens de la Bible sur l’Esprit réel qui était présent (« L’Esprit planait sur les eaux »Gn). Dans l’homme de la terre des germinations successives donnaient à nouveau des fruits.(des embryogenèses comme dit le P. Teilhard).
MoÏse et les Tables de la Loi sur le Sinaï après le périple de la marche dans le désert c’est l’Alliance (voir Exode ch. 19 et 20).On pourrait dire une étape, un espace nouveau apparaît chez quelques hommes et le monde en sera inondé. Comme cela se passe souvent, levier insignifiant si seul mais qui fait bouger l’ensemble.
Puis la marche du temps avance ; les consciences ou plutôt l’esprit de la terre continue son évolution. De la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent), il est maintenant proposé : aime ton prochain comme toi même,…pardonne à celui qui t’a offensé ( Matthieu ch. 5 / 38…) et pour te retrouver, ferme la porte derrière toi…
Quelle évolution ! Mais, ne suis-je pas un peu loin du sujet « non croyant » ?
Dans le mot non croyant il y a la négation : ne pas vouloir croire, ne pas se sentir concerné ou ne pas vouloir se sentir concerné par la croyance. Je dirai que s’il y a refus c’est en général à juste titre ; les causes peuvent être multiples ; l’injustice, la pauvreté en face de la richesse, la servilité en face du despotisme, l’instabilité en face de la suffisance ou la négation en face de la science, l’aveuglement face à l’évidence …etc.
Les premiers siècles de notre ère sont bien loin ; tant d’espérances avaient à nouveau germé. Pierre l’ancien, puis Paul le fougueux, Jean et les autres, tous les autres, apôtres parmi les juifs et les gentils, bougeaient le monde romain, une des civilisations les plus puissantes d’alors. Les temps étaient-ils meilleurs ? Certainement pas si on regarde l’histoire. Pourtant nous pouvons dire également que le phénomène chrétien de P. Teilhard était bien présent avec les apports d’avant dans leur pleine originalité bien sûr mais simplement une nouvelle dimension permettait d’autres réalisations, chance que nous avons par la loi de l’évolution.
Plutôt que m’exprimer de façon trop approximative et dès lors pas assez compréhensible je laisserai le père T. terminer par les quelques phrases prises dans son livre b[Le Phénomène Chrétien :
«Principe de vitalité universelle, le Christ, parce que surgi homme parmi les hommes, s’est mis en position, et il est en train depuis toujours, de courber sous lui, d’épurer, de diriger et de sur-animer la montée générale des consciences dans laquelle il s’est inséré. Par une action pérenne de communion et de sublimation, il s’agrège le psychisme total de la Terre. Et quand il aura ainsi tout assemblé et tout transformé, rejoignant dans un geste final le foyer divin dont il n’est jamais sorti, il se refermera sur soi et sur sa conquête. Et alors nous dit St Paul, « il n’y aura plus que Dieu, tout en tous »
…L’Univers s’achevant dans une synthèse de centres, en conformité parfaite avec les lois de l’Union »
-l’un, suite logique du siècle des lumières c’est à dire en simplifiant avec les réserves qui en sont la conséquence, est « mise de côté » de pensées , de religions, vues comme imposées comme non argumentées etc., et donc à rejeter ou tout au moins à considérer comme suspectes.
-L’autre terme, espérance est étonnement
parce qu’ouverture, renouvellement, mouvement ; l’histoire tellement captivante dans toutes ses richesses individuelles et collectives ses moments dérisoires et ses instants sublimes…
Mais remémorons-nous un peu de ce passé ,en définitive, nous appartient. Il est en plus par notre culture, une partie de nous-même que nous le voulions ou non. Nous ne pouvons pour notre propre évolution personnelle et sociale, que nous sentir concernés ; misères et grandeurs de l’âme !... Voyageons donc un peu dans ce passé. On pourrait l’appeler apologie des hommes premiers…
Donc, nous savons que, archéologues, paléontologues et bien d’autres savants des sciences de l’homme et de la terre, ont trouvé de façon incontestable des empreintes, des objets, des statues, des éléments importants de la manière de vivre, de croire, d’appréhender l’espace le temps, la vie la mort, de nos ancêtres les plus éloignés
Nous connaissons aujourd’hui très précisément les civilisations d’il y a quelque cinq mille ans avant notre ère ; par exemple, le récit du Paradis Terrestre du livre de la Genèse de la Bible peut s’appliquer, a-t-on coutume de dire, à la Mésopotamie de ce temps là. Ce pays, alors grand jardin fertile entre le Tigre et l’Euphrate avec les villes Ninive, Assur ou Babylone, région que l’on situe actuellement vers l’Iraq et l’Iran.
La croyance religieuse y est déjà très présente la déesse mère y est invoquée. Rappelons que l’écriture n’existe pas encore mais de nombreux dessins sont présents, des scènes de la vie journalière …prémices aux caractères cunéiformes et des évolutions futures que l’on sait.
Les Ziggourats à 5 ou 7 étages font penser à la Tour de Babel (Genèse ch11/1-9) . Le temple de Ninni-Zara 2600 ans avant notre ère témoigne par de nombreux vestiges d’une foi ardente des membres de la cité.
Dans le livre Sumer de L’Univers des Formes collection dirigée par André Malraux et André Parrot chez Gallimard, on lit : « L’Humanité, dès la fin du 4ème millénaire avait voulu dresser une échelle entre la terre et le ciel, pour s’assurer à tout prix la descente de ses dieux. Voilà pourquoi elle construisit cette « montagne », sans cesse rehaussée » Au sommet de l’édifice sacré il y avait, pour recevoir la divinité, un sanctuaire plutôt petit. Seuls les prêtres attendaient que le cortège céleste, ayant navigué sur l’empyrée, (séjour des divinités) eût accosté à l’embarcadère terrestre. Des offrandes lui avaient été offertes. Après cet hommage des fidèles à leur suzerain, celui-ci descendait vers la ville, pour pénétrer dans la résidence qu’on lui avait depuis longtemps préparée. La divinité allait maintenant habiter au milieu des hommes, pour s’y manifester, c’est-à-dire en accordant au pays les dons qui assurent la vie. Tout dans le culte répondait à ce dialogue noué entre la terre et le ciel.
Pourquoi évoquer cette partie de l’histoire des hommes ?
Certains dirons que ces temps étaient dans l’obscurantisme le plus primaire !
qu’il y était fait recours aux dieux parce qu’il y avait impuissance des hommes.
Pourtant nous avons des éclairages déjà en lisant les écrits anciens de la Bible sur l’Esprit réel qui était présent (« L’Esprit planait sur les eaux »Gn). Dans l’homme de la terre des germinations successives donnaient à nouveau des fruits.(des embryogenèses comme dit le P. Teilhard).
MoÏse et les Tables de la Loi sur le Sinaï après le périple de la marche dans le désert c’est l’Alliance (voir Exode ch. 19 et 20).On pourrait dire une étape, un espace nouveau apparaît chez quelques hommes et le monde en sera inondé. Comme cela se passe souvent, levier insignifiant si seul mais qui fait bouger l’ensemble.
Puis la marche du temps avance ; les consciences ou plutôt l’esprit de la terre continue son évolution. De la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent), il est maintenant proposé : aime ton prochain comme toi même,…pardonne à celui qui t’a offensé ( Matthieu ch. 5 / 38…) et pour te retrouver, ferme la porte derrière toi…
Quelle évolution ! Mais, ne suis-je pas un peu loin du sujet « non croyant » ?
Dans le mot non croyant il y a la négation : ne pas vouloir croire, ne pas se sentir concerné ou ne pas vouloir se sentir concerné par la croyance. Je dirai que s’il y a refus c’est en général à juste titre ; les causes peuvent être multiples ; l’injustice, la pauvreté en face de la richesse, la servilité en face du despotisme, l’instabilité en face de la suffisance ou la négation en face de la science, l’aveuglement face à l’évidence …etc.
Les premiers siècles de notre ère sont bien loin ; tant d’espérances avaient à nouveau germé. Pierre l’ancien, puis Paul le fougueux, Jean et les autres, tous les autres, apôtres parmi les juifs et les gentils, bougeaient le monde romain, une des civilisations les plus puissantes d’alors. Les temps étaient-ils meilleurs ? Certainement pas si on regarde l’histoire. Pourtant nous pouvons dire également que le phénomène chrétien de P. Teilhard était bien présent avec les apports d’avant dans leur pleine originalité bien sûr mais simplement une nouvelle dimension permettait d’autres réalisations, chance que nous avons par la loi de l’évolution.
Plutôt que m’exprimer de façon trop approximative et dès lors pas assez compréhensible je laisserai le père T. terminer par les quelques phrases prises dans son livre b[Le Phénomène Chrétien :
«Principe de vitalité universelle, le Christ, parce que surgi homme parmi les hommes, s’est mis en position, et il est en train depuis toujours, de courber sous lui, d’épurer, de diriger et de sur-animer la montée générale des consciences dans laquelle il s’est inséré. Par une action pérenne de communion et de sublimation, il s’agrège le psychisme total de la Terre. Et quand il aura ainsi tout assemblé et tout transformé, rejoignant dans un geste final le foyer divin dont il n’est jamais sorti, il se refermera sur soi et sur sa conquête. Et alors nous dit St Paul, « il n’y aura plus que Dieu, tout en tous »
…L’Univers s’achevant dans une synthèse de centres, en conformité parfaite avec les lois de l’Union »
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
A-Ph. Loubat/La pensée de Teilhard peut-elle engendrer une conscience laïque ?
Dimanche 25 Octobre 2009Au sens strict, la conscience est le processus en vertu duquel l'esprit est marqué
par une référence que nous appelons le soi et grâce auquel on peut dire qu'il
connaît son existence et celle des objets qui l'entoure.
Sont donc synonymes conscience et esprit conscient !
Une conscience laïque est par définition une conscience qui s'oppose à une
conscience religieuse. Est-il nécessaire d'opposer et d'alimenter ainsi notre
fonctionnement dualiste habituel ?
La conscience ou l‘esprit ont-t-ils besoin d'un adjectif? La conscience n'est-elle
pas une et indivisible ?
Doit-on opposer laïc et religieux ? N’est ce pas aujourd’hui totalement dépassé
comme la notion de « droite » ou de « gauche » en politique ?
Ne sont-ce pas des combats d’arrière-garde inutiles !
Les questions qui reviennent le plus souvent sont : « la conscience peut-elle
remplacer la croyance ? » ou bien « Connaissance, foi et raison sont-elles
compatibles ?
Prêtons attention à la sémantique. Qu'appelle t-on connaissance ?
Est-ce le savoir, l'érudition ? Est-ce la compréhension intuitive ?
Qu'appelle-t-on croyance ? Est-ce la foi et alors pourquoi ne pas la nommer ?
Pour ne point indisposer les soi-disants athés !
Je pense qu'il est très important de préciser ces différents points avant d’aborder
le fond du sujet !
Pour ma part, je pense que le terme de spiritualité est plus adapté que celui de
conscience.
Pourquoi ? parce que le concept essentiel, celui que l’on rencontre dans la notion
de noosphère décrite par Teilhard, c’est la reconnaissance de l’esprit.
C’est l’esprit, l’information qui sont à la base de la création, à la base de la
matière !
« L’analyse de la matière révèle à qui sait voir, la priorité, la primauté de
l’Esprit » nous dit Teilhard.
Alors la question qui se pose est la suivante : Un matérialiste qui prône la
primauté absolue de la matière et qui par là même élimine l’existence d’un
principe supérieur à cette matière, peut-il suivre la démonstration de la pensée
de Teilhard et en apprécier la cohérence ?
Le savoir est une accumulation de données, d’informations. Cela ressort de notre
cerveau gauche réservé à la déduction, à la pensée rationnelle.
La connaissance est d’une autre nature. Elle ressort du cerveau droit. C’est le
domaine de la pensée globale et analogique, la conscience pure unissant le sujet
et l’objet dans l’acte même de connaître ! Prenons un exemple scientifique, de
préférence. 1 sur 1=1, 5 sur 5 = 1, 1000000 sur 1000000 = 1 et l’infini sur
l’infini = 1. Mathématiquement c’est exact mais notre cerveau gauche siège de
la raison renâcle : comment l’infini sur l’infini peut-il donner l’unité qui, elle,
est finie !
Notre cerveau droit, siège de l’intuition et de la pensée globale et analogique, lui
comprend ce qu’il en est : Dieu est infini et contient tout, il est tout donc il est
un. Evidence intuitive !
C’est la connaissance seule qui nous permet le ressenti du Divin inscrit en
chacun de nous !
L’univers aurait réellement commencé par le Bing Bang il y a 13,7 milliards
d’années par explosion d’un point infiniment petit, inférieur à une tête d’épingle.
Le principe anthropique fort défendu par de nombreux scientifiques, prétend que
la vie biologique et même la conscience existaient déjà en puissance dès le début
de l’univers.
Il y avait une chance sur 10 puissance 43 pour que nous existions. Un tel degré
d’improbabilité rend rigoureusement impossible pour ces scientifique que tout
notre univers se soit fait par hasard. Un principe créateur se trouve forcément à
l’œuvre derrière ce phénomène qu’on le nomme Dieu, GADLU, suprême
vacuité ou de quelques autres mots que ce soit. Peu importe que l’on soit laïc ou
religieux ! La réalité, qu’on le veuille ou non, qu’elle nous plaise ou non, est
incontournable ! Elle est !
La précision stupéfiante du réglage de l’univers au tout début est comparable à
celle que devrait montrer un archer pour planter une flèche dans une cible carrée
d’un cm de coté qui serait placée à une distance de 14 milliard d’année lumière.
Grâce à la puissance informatique actuelle, les scientifiques ont modélisé notre
univers et ont constaté qu’un seul système était viable : le notre, notre univers
actuel. Force nous est de constater l’absence de hasard et le caractère intelligent
des lois physiques et quantiques et par voie de conséquence, l’existence d’une
conscience supérieure car il ne peut y avoir d’évolution sans involution
préalable, sans programmation et sans programmateur !
Si le scientifique reconnaît que la science ne peut aller au delà du mur de Planck,
il admet alors que son intelligence, sa raison ne peuvent aller au delà des limites
qu’elle se sont reconnues. Cet au-delà se rapporte à la métaphysique, c’est à dire
à un savoir concernant ce qui n’est pas physique dans la plus ample acceptation
du mot et possédant une réalité qui transcende le monde simplement humain
avec toutes ses constructions. La raison qui, alors, se hasarde à dépasser les
limites de son expérience naturelle, entre nécessairement en conflit avec elle
même.
Il faut donc en déduire que si la conscience créatrice ne peut être comprise par
l’intelligence et la raison, il ne reste plus qu’une seule voie : celle de la
conscience intuitive, celle de la véritable connaissance, ce que nos Anciens
savaient et qu’ils n’ont jamais cessé de proclamer.
Le Teilhard de Chardin scientifique a su sauter le pas, en religieux au sens large
et non réducteur qu’il était, et ainsi réunir intelligence et intuition sensible !
Albert Einstein n’était-il pas de la même famille lui qui s’exclamait empreint
d’un sentiment cosmique devant la complexité et la beauté de la nature :
« Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito ».
Comment peut-on être raisonnablement non croyant, ne pas croire en un
principe supérieur à l’homme. C’est impossible pour un être sain (sans le « t »
bien sûr ) ! En revanche, il appartient à chacun d’entre nous de définir le point
originel : un Dieu à barbe blanche brandissant un sceptre, un principe, une
information ! Là tout est possible à chacun de nous ! C’est notre libre-arbitre !
Le grand mérite de Teilhard de Chardin, de par sa formation et sa personnalité,
c’est d’avoir utilisé la conjonction, le « et », et non l ‘exclusion, le « ou »,
d’avoir su associer savoir et connaissance, intelligence et intuition, science et
religion. Il n’existe pas de réelle opposition entre ces termes. Leur opposition est
une illusion, une maya pour prendre le terme traditionnel indien.
Le grand mérite de Teilhard de Chardin, c’est d’avoir construit une hypothèse
du phénomène humain qui aujourd’hui se vérifie sur le plan scientifique.
Sa pensée est globalement cohérente et lorsqu’il y a cohérence, on est plus très
loin de la Vérité ! Derrière la réalité évanescente des phénomènes, au delà des
apparences, il existe un ordre global et indivisible tant à l’échelle de l’atome
qu’à celle des étoiles, c’est indiscutable ! Une influence omniprésente,
mystérieuse, énigmatique fait que le tout contient chaque partie tout en étant
supérieur à la somme de ses parties et que chaque partie reflète le Tout et que la
totalité est enfouie en chacune d’elle.
Microcosme et macrocosme. Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en
bas ! La Tradition ne nous dit pas autre chose depuis des siècles !
Grace à l’éveil d’une conscience intuitive, l’homme éveillé d’aujourd’hui, laïc
ou religieux, va éprouver au fur et mesure de son évolution spirituelle que
l’humanité est une, fondamentalement une.
Non plus comme jadis et comme l‘a décrit Teilhard de Chardin, une fraternité
houleuse et incertaine où chacun subissait la solitude mais un seul corps uni sous
le signe d’une connaissance progressivement croissante réunissant enfin savoir
et sensibilité intuitive, hémisphère cérébral gauche et hémisphère cérébral droit.
C’est là un passage progressif du mental ordinaire à la compréhension divine
abolissant toute distinction fondamentale entre matière, conscience et esprit et
aboutissant ainsi à la connaissance immédiate par identification du connaissant
et du connu.
Le rationalisme matérialiste d’aujourd’hui à bout de souffle n’est que le produit
logique d’un discours qui s’est coupé de ses sources profondes, qui s’est
désenchanté, désacralisé !
Il nous faut ré-enchanter notre monde en faisant vivre le divin et l’humain au
sein d’une nature vivante reconnue et spiritualisée.
C’est cela la véritable écologie, c’est l’écologie spirituelle !
Les physiciens quantiques Niel et David Bohr affirmaient que l’univers tout
entier doit être compris comme un tout indivis dans lequel une analyse des
parties existant séparément et indépendamment n’a plus aucun fondement !
Teilhard ne nous dit-il pas la même chose tout au long de ses écrits !
La vision unitive de Teilhard de Chardin est nécessairement qualitative et
éthique. Elle est un acte d’amour, de charité au sens initiatique du terme c’est à
dire d’amour spirituel qui permet de regagner notre Unité perdue et de revenir
du monde de l’avoir au monde de l’être .
Cela ne concerne t’il pas tous les hommes quels qu’ils soient !
« La vie se meut vers l’unification » nous dit Teilhard.
Sa vision associe et intègre l’être dans un ensemble de valeurs où chacun
devient plus solidaire de l’autre. Seul le respect des êtres et de leur valeur
culturelle, éthique et spirituelle peut réaliser une conscience planétaire unitive et
globaliste………sa noosphère. Le salut individuel et le salut collectif passent
par la réalisation que notre conscience n’est que l’expression diversifiée d’une
conscience une et indivisible et que d’état de conscience en état de conscience
nous pouvons parvenir peu à peu à la conscience créatrice elle-même !
Alors la pensée de Teilhard peut elle provoquer le miracle de faire disparaître
toutes les oppositions, tous les dualismes pour enfin nous faire vivre la
convergence, la confluence, la coalescence créatrice de nos unités conscientes et
respectées et augmenter ainsi notre « température psychique » jusqu’à
incandescence ?.... jusqu’à incandescence en Oméga ?
Un Teilhard de Chardin catalyseur, n’est ce pas là sa véritable raison d’être ?
Les religions ont été nécessaires car ce sont elles qui ont créé puis encadré le
lien social et qui ont permis à l’homme de progresser dans le dépassement de
son statut animal !
Rendons leur grâce mais aujourd’hui il est nécessaire d’inventer un autre mode
de progression beaucoup plus universel et accessible raisonnablement et
intuitivement à tous.
Je pense ici à la Christogénèse de Teilhard. L’exemple Christique est accessible
à tout un chacun car il est universel, il englobe toutes les religions puisqu’il n’est
qu’ « Amour pur ».
Cet Amour, seul, est aujourd’hui capable de transcender l’humain en divin et
nous permettre de rejoindre l’unité perdue dont nous avons tous la nostalgie plus
ou moins conscientisée !
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
JP Frésafond/La pensée de Teilhard peut-elle engendrer une conscience laïque ?
Jeudi 22 Octobre 2009
Si j’avais été intervenant au colloque du 26 septembre 2009, j’aurais développé le thème proposé « LA PENSEE DE TEILHARD PEUT-ELLE ENGENDRER UNE CONSCIENCE LAïQUE ? » sur les bases suivantes :
1ère formule
On pourrait répondre en un seul mot, OUI, à la question titre, tout en conseillant quand même aux personnes de l’auditoire de visiter la pensée de Teilhard. Mais ce serait un peu court.
2e formule
On pourrait développer l’idée qu’un laïc agnostique ou athée produise une pensée dans la même ligne morale que la religion chrétienne. Cette idée n’est pas plus insolite à notre époque où tout le monde est au courant de tout dans ce contexte français toujours un peu révolutionnaire et vote pour la suppression du monopole de l’Eglise sur la charité et la morale. On pourrait aussi en rester là.
3e formule
Approfondir la fiction d’un scientifique athée produisant les mêmes pensées que Teilhard, ce qui ne serait pas illogique, compte tenu du fait que l’un et l’autre utiliseraient des données scientifiques communes ; encore faudrait-il qu’ils exploitent la même logique de raisonnement. Cette fiction est de moins en moins absurde. On a d’ailleurs un exemple de ce cas de figure avec la naissance du principe anthropique qui est le plagiat du principe d’émergence de Teilhard.(En 1980 Hubert Reeves écrivait : « Si une Intelligence Suprême a permis que l’univers se fasse, il n’est pas absurde »
Après l’énoncé de ces conférences imaginaires, lançons plus loin le bouchon, on pourrait proposer le thème : « A quoi servent les religions ? » Dans le contexte intellectuel actuel, cette question est plus complexe qu’il ne paraît car il faut y intégrer des paradoxes, eux-mêmes très complexes. Je schématise :
1- Une partie de la population a besoin des religions pour entreprendre une réflexion sur la morale et la mystique. Le passage de la religion d’Etat au libéralisme cultuel n’a pas fait disparaître ce besoin.
2- Selon leurs niveaux intellectuels et sociaux certaines personnes peuvent -et veulent- se passer des religions pour approfondir et développer seules leur évolution dans les domaines philosophiques, mystiques et moraux.
Dans le premier cas de figure, celui des personnes qui ont besoin d’être « coachées », les religions sont obligées de maintenir la doctrine des dogmes.
Dans le second cas de figure, celui des personnes capables d’évoluer seules, elles considèrent le maintien des dogmes religieux comme des diktats intolérables. C’est l’une des raisons pour lesquelles les églises sont maintenant moins pleines qu’il y a un demi siècle. Maintenant, les niveaux d’éducation et des moyens de communication ont pour conséquence directe le refus de la pensée unique et l’atténuation de la peur stupide poussant les personnes à s’agripper à ce que l’on considère -plus ou moins à tort- comme des superstitions.
Les paradoxes énoncés ci-dessus sont difficilement conciliables, sauf à proposer à l’Eglise de tenir un double langage. C’est une fiction.
1- Pour les Fidèles : respectez nos dogmes
2- Pour les hérétiques : évoluez seuls mais restez dans la ligne morale chrétienne.
Hélas, si l’Eglise tenait ce double langage, les personnes concernées par le besoin de religion (1ère proposition) ne comprendraient pas la seconde, et les Eglises se videraient encore davantage.
Heureusement, une catégorie intermédiaire existe dans cette alternative, et grâce à elle, on peut espérer que, l’évolution des esprits aidant, ce paradoxe s’atténuera peut-être un jour.
Mais il existe un problème plus grave. C’est celui des personnes qui vivent en dehors des systèmes religieux, qui, malheureusement, n’ont pas trouvé la voie philosophique, et s’enlisent dans des doctrines nihilistes ou qui -autre hypothèse- sont tombées dans les filets commerciaux des sectes marchandes de bonheur. Ces personnes n’ayant pas trouvé de sens à leur vie sont plongées dans la terrible angoisse existentielle, elles évoluent vers de profondes déchéances morales et physiques.
Ce n’est pas avec un inamovible discours religieux que reviendront dans l’enclos toutes les brebis égarées. Seul un message dans la même veine que la pensée philosophique de Teilhard aura une chance de redonner le goût de vivre à ces âmes en errance.
Les religions doivent estimer (et tolérer) à leur juste valeur les diverses « consciences laïques », au sens de « spiritualité » du terme, lesquels courants de pensée ne sont pas apparus ex nihilo mais, bien au contraire, sont les héritiers involontaires des ex-religions d’Etat.
Bien des libres penseurs se disent athées, alors qu’ils ne sont que des anticléricaux. Cette guerre contre l’Eglise, et la réponse symétrique de l’Eglise, sont surannées, elles n’ont plus de cause, mais elles sont enracinées dans les inconscients. Il s’agit donc d’un réflexe fossile. Cette pierre d’achoppement est absurde.
Les personnes auxquelles l’Eglise promet les flammes de l’enfer et qu’Elle voudrait faire monter de force dans un train sur rail unique ne demandent qu’une carte IGN pour trouver par elles-mêmes un itinéraire à travers la forêt et atteindre un sommet.
A chacun son sommet du haut duquel se contemple la beauté de Dame-Nature.
Vade retro satanas, ton péché originel n’existe pas. Dame et Dieu Nature sont faits pour être connus par les humains, et inversement.
1ère formule
On pourrait répondre en un seul mot, OUI, à la question titre, tout en conseillant quand même aux personnes de l’auditoire de visiter la pensée de Teilhard. Mais ce serait un peu court.
2e formule
On pourrait développer l’idée qu’un laïc agnostique ou athée produise une pensée dans la même ligne morale que la religion chrétienne. Cette idée n’est pas plus insolite à notre époque où tout le monde est au courant de tout dans ce contexte français toujours un peu révolutionnaire et vote pour la suppression du monopole de l’Eglise sur la charité et la morale. On pourrait aussi en rester là.
3e formule
Approfondir la fiction d’un scientifique athée produisant les mêmes pensées que Teilhard, ce qui ne serait pas illogique, compte tenu du fait que l’un et l’autre utiliseraient des données scientifiques communes ; encore faudrait-il qu’ils exploitent la même logique de raisonnement. Cette fiction est de moins en moins absurde. On a d’ailleurs un exemple de ce cas de figure avec la naissance du principe anthropique qui est le plagiat du principe d’émergence de Teilhard.(En 1980 Hubert Reeves écrivait : « Si une Intelligence Suprême a permis que l’univers se fasse, il n’est pas absurde »
Après l’énoncé de ces conférences imaginaires, lançons plus loin le bouchon, on pourrait proposer le thème : « A quoi servent les religions ? » Dans le contexte intellectuel actuel, cette question est plus complexe qu’il ne paraît car il faut y intégrer des paradoxes, eux-mêmes très complexes. Je schématise :
1- Une partie de la population a besoin des religions pour entreprendre une réflexion sur la morale et la mystique. Le passage de la religion d’Etat au libéralisme cultuel n’a pas fait disparaître ce besoin.
2- Selon leurs niveaux intellectuels et sociaux certaines personnes peuvent -et veulent- se passer des religions pour approfondir et développer seules leur évolution dans les domaines philosophiques, mystiques et moraux.
Dans le premier cas de figure, celui des personnes qui ont besoin d’être « coachées », les religions sont obligées de maintenir la doctrine des dogmes.
Dans le second cas de figure, celui des personnes capables d’évoluer seules, elles considèrent le maintien des dogmes religieux comme des diktats intolérables. C’est l’une des raisons pour lesquelles les églises sont maintenant moins pleines qu’il y a un demi siècle. Maintenant, les niveaux d’éducation et des moyens de communication ont pour conséquence directe le refus de la pensée unique et l’atténuation de la peur stupide poussant les personnes à s’agripper à ce que l’on considère -plus ou moins à tort- comme des superstitions.
Les paradoxes énoncés ci-dessus sont difficilement conciliables, sauf à proposer à l’Eglise de tenir un double langage. C’est une fiction.
1- Pour les Fidèles : respectez nos dogmes
2- Pour les hérétiques : évoluez seuls mais restez dans la ligne morale chrétienne.
Hélas, si l’Eglise tenait ce double langage, les personnes concernées par le besoin de religion (1ère proposition) ne comprendraient pas la seconde, et les Eglises se videraient encore davantage.
Heureusement, une catégorie intermédiaire existe dans cette alternative, et grâce à elle, on peut espérer que, l’évolution des esprits aidant, ce paradoxe s’atténuera peut-être un jour.
Mais il existe un problème plus grave. C’est celui des personnes qui vivent en dehors des systèmes religieux, qui, malheureusement, n’ont pas trouvé la voie philosophique, et s’enlisent dans des doctrines nihilistes ou qui -autre hypothèse- sont tombées dans les filets commerciaux des sectes marchandes de bonheur. Ces personnes n’ayant pas trouvé de sens à leur vie sont plongées dans la terrible angoisse existentielle, elles évoluent vers de profondes déchéances morales et physiques.
Ce n’est pas avec un inamovible discours religieux que reviendront dans l’enclos toutes les brebis égarées. Seul un message dans la même veine que la pensée philosophique de Teilhard aura une chance de redonner le goût de vivre à ces âmes en errance.
Les religions doivent estimer (et tolérer) à leur juste valeur les diverses « consciences laïques », au sens de « spiritualité » du terme, lesquels courants de pensée ne sont pas apparus ex nihilo mais, bien au contraire, sont les héritiers involontaires des ex-religions d’Etat.
Bien des libres penseurs se disent athées, alors qu’ils ne sont que des anticléricaux. Cette guerre contre l’Eglise, et la réponse symétrique de l’Eglise, sont surannées, elles n’ont plus de cause, mais elles sont enracinées dans les inconscients. Il s’agit donc d’un réflexe fossile. Cette pierre d’achoppement est absurde.
Les personnes auxquelles l’Eglise promet les flammes de l’enfer et qu’Elle voudrait faire monter de force dans un train sur rail unique ne demandent qu’une carte IGN pour trouver par elles-mêmes un itinéraire à travers la forêt et atteindre un sommet.
A chacun son sommet du haut duquel se contemple la beauté de Dame-Nature.
Vade retro satanas, ton péché originel n’existe pas. Dame et Dieu Nature sont faits pour être connus par les humains, et inversement.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
AM Tisserand-Frésafond/La pensée de Teilhard peut-elle engendrer une conscience laïque ?
Jeudi 22 Octobre 2009
Introduction
Le niveau de savoir intellectuel a globalement évolué. C’est incontestable ; encore que bon nombre de catégories sociales souffrent de sous-nutrition en matière d’enseignement et de culture générale…
Quant au niveau psychologique et moral des humains actuellement… qu’il me soit permis de douter de son évolution. L’influence des courants spirituels ayant fortement régressé dans les pays dits civilisés, on observe un manque de sens moral catastrophique à tous les niveaux de la vie, y compris les lourds problèmes écologiques, évidents maintenant, et qui découlent directement du manque de conscience des Hommes et de leur individualisme; tellement poussé, qu'il en est devenu contre nature, à l'encontre du sens de l'espèce. Ce phénomène socio culturel vient se cumuler sur les grands cycles de bouleversements géologiques.
Il n’est que de visiter un site de rencontres pour le constater J’ai terminé une étude récréative mais réaliste sur le sujet et j'observe qu'on en est toujours au niveau du film « La guerre du feu » ! Mais en version contemporaine, pitoyable, perfide et dénaturée par rapport à cette lointaine époque. On en arrive à un dialogue frelaté d'avance; mais cependant pas davantage qu'en d'autres circonstances de dialogues.
Pour ce qui est de certains sites dits "K-To" qu'il fallait aussi visiter, si on a le malheur d'avoir dépassé la date de péremption pour procréer, et si on n'entre pas dans les cases de leur conception conformiste de l'amour ... on est purement et simplement rejeté. "Chez ces gens-là" (comme le chante Jacques Brel), il n'y a pas de seconde chance.
Le cœur du sujet « La pensée de Teilhard peut-elle engendrer une conscience laïque » ?
.
Force est de constater que les motivations humaines sont toujours basiques ; ce qui peut être considéré comme normal et naturel. Par contre cette situation devient décadente, si on la compare à l’évolution des moyens techniques de communication utilisés… Or, ces moyens de rencontres électroniques (« virtuels » n’est pas le terme approprié car ces rencontres peuvent atteindre le corps et l’âme d’une personne) ont un succès extravagant. Ce fabuleux moyen de mise en relations me semble en grande partie perverti, et je constate qu’il a infiniment plus de succès et d’audience que ne l’aura jamais la pensée de Teilhard de Chardin.
C’est pourquoi je pense que l’évolution morale et psychologique de l’Humanité est retournée dans un système de « pensée unique » bien plus dangereux encore qu’aux temps où le dogme religieux était plénipotentiaire.
Conclusion
Beaucoup sont appelés et peu seront élus... (Matthieu/XXII-14) Ce n'est pas Teilhard de Chardin qui dirait le contraire, pour sa plus grande tristesse d'ailleurs. C'est sous cet angle , que j'aurais souhaité échanger des points de vues car "la question clef" du sujet à traiter est là; elle inclut de situer la foi, vertu théologale et grâce divine. Je ne le ferai pas en ce lieu qui se veut ouvert à tous. (cf "HYMNE DE L'UNIVERS"Editions du Seuil 1961/ p. 153 "Maintenant, revêtu de la puissance formidable de sélection qui vous place au sommet du monde comme le principe d'universelle attraction et d'universelle répulsion (...) les feux de l'enfer et les feux du ciel ne sont pas deux forces différentes, mais les manifestations contraires de la même énergie")
Alors, relevons le défi et continuons notre réflexion teilhardienne contre vents et marées. Entretenons un langage accessible à tous (même au risque d’être mis au coin avec un bonnet d’âne) : ce sont ceux qui auraient le plus besoin de lire Teilhard qui ont le moins de chances d'avoir accès à son oeuvre...
Essayons d’être la faible proportion de levain dans la pâte humaine, chacun selon ses talents, son charisme, sa place et son envergure intellectuelle. Telle est la magistrale leçon dont j’ai bénéficié en assistant au colloque à l’Université Lyon-3 en septembre 2009.
Car « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende » . Dixit J.C. (Matthieu/Ch. 13)
Le niveau de savoir intellectuel a globalement évolué. C’est incontestable ; encore que bon nombre de catégories sociales souffrent de sous-nutrition en matière d’enseignement et de culture générale…
Quant au niveau psychologique et moral des humains actuellement… qu’il me soit permis de douter de son évolution. L’influence des courants spirituels ayant fortement régressé dans les pays dits civilisés, on observe un manque de sens moral catastrophique à tous les niveaux de la vie, y compris les lourds problèmes écologiques, évidents maintenant, et qui découlent directement du manque de conscience des Hommes et de leur individualisme; tellement poussé, qu'il en est devenu contre nature, à l'encontre du sens de l'espèce. Ce phénomène socio culturel vient se cumuler sur les grands cycles de bouleversements géologiques.
Il n’est que de visiter un site de rencontres pour le constater J’ai terminé une étude récréative mais réaliste sur le sujet et j'observe qu'on en est toujours au niveau du film « La guerre du feu » ! Mais en version contemporaine, pitoyable, perfide et dénaturée par rapport à cette lointaine époque. On en arrive à un dialogue frelaté d'avance; mais cependant pas davantage qu'en d'autres circonstances de dialogues.
Pour ce qui est de certains sites dits "K-To" qu'il fallait aussi visiter, si on a le malheur d'avoir dépassé la date de péremption pour procréer, et si on n'entre pas dans les cases de leur conception conformiste de l'amour ... on est purement et simplement rejeté. "Chez ces gens-là" (comme le chante Jacques Brel), il n'y a pas de seconde chance.
Le cœur du sujet « La pensée de Teilhard peut-elle engendrer une conscience laïque » ?
.
Force est de constater que les motivations humaines sont toujours basiques ; ce qui peut être considéré comme normal et naturel. Par contre cette situation devient décadente, si on la compare à l’évolution des moyens techniques de communication utilisés… Or, ces moyens de rencontres électroniques (« virtuels » n’est pas le terme approprié car ces rencontres peuvent atteindre le corps et l’âme d’une personne) ont un succès extravagant. Ce fabuleux moyen de mise en relations me semble en grande partie perverti, et je constate qu’il a infiniment plus de succès et d’audience que ne l’aura jamais la pensée de Teilhard de Chardin.
C’est pourquoi je pense que l’évolution morale et psychologique de l’Humanité est retournée dans un système de « pensée unique » bien plus dangereux encore qu’aux temps où le dogme religieux était plénipotentiaire.
Conclusion
Beaucoup sont appelés et peu seront élus... (Matthieu/XXII-14) Ce n'est pas Teilhard de Chardin qui dirait le contraire, pour sa plus grande tristesse d'ailleurs. C'est sous cet angle , que j'aurais souhaité échanger des points de vues car "la question clef" du sujet à traiter est là; elle inclut de situer la foi, vertu théologale et grâce divine. Je ne le ferai pas en ce lieu qui se veut ouvert à tous. (cf "HYMNE DE L'UNIVERS"Editions du Seuil 1961/ p. 153 "Maintenant, revêtu de la puissance formidable de sélection qui vous place au sommet du monde comme le principe d'universelle attraction et d'universelle répulsion (...) les feux de l'enfer et les feux du ciel ne sont pas deux forces différentes, mais les manifestations contraires de la même énergie")
Alors, relevons le défi et continuons notre réflexion teilhardienne contre vents et marées. Entretenons un langage accessible à tous (même au risque d’être mis au coin avec un bonnet d’âne) : ce sont ceux qui auraient le plus besoin de lire Teilhard qui ont le moins de chances d'avoir accès à son oeuvre...
Essayons d’être la faible proportion de levain dans la pâte humaine, chacun selon ses talents, son charisme, sa place et son envergure intellectuelle. Telle est la magistrale leçon dont j’ai bénéficié en assistant au colloque à l’Université Lyon-3 en septembre 2009.
Car « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende » . Dixit J.C. (Matthieu/Ch. 13)
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
J.P. Frésafond/La doctrine du Verbe-Lumiere
Lundi 12 Octobre 2009
Cette réflexion a pour but de montrer les analogies entre le PROLOGUE DE JEAN,Le Rituel d’ouverture des travaux au grade d’Apprenti, et la pensée de Teilhard sur l’origine du monde
La valeur d’un symbole ésotérique est celle que des personnes veulent bien lui accorder. L’ancienneté d’un symbole ne lui confère pas obligatoirement un caractère sacré. L’attirance qu’exerce un symbole sur les hommes donne une idée du fonctionnement psychologique de leur cerveau, c’est un désir d’éternité, pulsion tout à fait respectable et naturelle.
Les Compagnons bâtisseurs et les F.°.M.°. réguliers ont ceci de commun : ils ne commencent leurs travaux qu’après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée (l’une des trois grandes lumières de la Franc Maçonnerie) au Prologue de l’Evangile de Jean.
Ce texte, à en juger les styles différents qui le transcrivent, a vraisemblablement été écrit par des personnes de cultures et de sensibilités différentes, notamment les deux premiers logions qui s’inspirent de l’hermétisme égyptien. Je rappelle brièvement l’histoire de la Bible : entre le 3ème et le 2e siècle, 70 docteurs en théologie (d’où le nom de Septante donné à la première Bible) firent une compilation de tous les textes anciens se rapportant notamment à la religion des Hébreux ; lesquels étaient rédigés en plusieurs dizaines de langues différentes. Tous ces textes furent traduits en grec pour constituer ainsi la première Bible.
1er logion
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était un Dieu (note 1), Il était au commencement auprès de Dieu. »
2e logion
« Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru. En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »
Les deux mots les plus chargés de signification de ce texte sont : lumière et Verbe, qui se rapportent respectivement à l’énergie et à l’information. Ils sont le facteur divin de la création de l’univers. On retrouve cette notion dans un texte intitulé La Vision d’Hermes (note 2), personnage de la mythologie égyptienne qui aurait peut-être été contemporain de Moïse. On pourrait traduire ce texte en langage moderne par « Dieu est énergie et information de toutes choses ». L’énergie (ou la Force) serait la lumière, l’information serait le Verbe. Quoi qu’il en soit, cette formule n’est pas sans analogie avec certaines hypothèses de la physique contemporaine.
A propos du Verbe-Lumière dans les religions de l’Egypte ancienne, il faut savoir que celles-ci se référaient au dieu Amon-Râ, représenté par le soleil, supérieur à tous les autres dieux, lesquels étaient considérés comme des démiurges (cf. Larousse, démiurge = créateur). Dans ce contexte de l’Egypte ancienne, Amon-Râ était l’élément lumière et Osiris l’élément Verbe. Cet ensemble Verbe-lumière s’écrivait avec un hiéroglyphe représentant un soleil dans une bouche, soit un cercle dans une ellipse. Mais il ne faut pas confondre ce dessin avec un œil, hiéroglyphe qui existe aussi et possède une signification différente, celle de l’œil de la conscience humaine. On peut voir en de très nombreux endroits ces deux hiéroglyphes gravés ou peints sur des murs, à Louxor et à Abou-Simbel par exemple (note 3).
En entraînant le peuple hébreux vers la Terre Promise, Moïse, qui était jusque là grand inspecteur des cultes pour toutes les régions d’Egypte, emprunta aux religions dont il était l’un des chefs, la doctrine du Verbe-Lumière afin de l’utiliser dans la nouvelle religion qu’il avait conçue pour le peuple hébreux.
Il se trouve que certains concepteurs de la F.°.M.°. empruntèrent à leur tour des symboles à plusieurs cultures religieuses et notamment talmudiques, égyptiennes, hermétiques, celtes, chrétiennes et même soufies. Ainsi, le Delta Lumineux que nous voyons au-dessus de l’Orient de nos Temples fait partie de cet héritage culturel. Le triangle équilatéral avec le hiéroglyphe du Verbe-Lumière en son centre est typiquement d’origine égyptienne. Parfois, le hiéroglyphe est remplacé par le mot sacré Yahvé dont l’une des significations est voisine.
Le triangle équilatéral est lui-même un hiéroglyphe se rapportant à Dieu : les trois côtés égaux de ce triangle représentent une trinité divine. Le Delta lumineux, qui représente Dieu, doit donc obligatoirement être un triangle équilatéral avec, en son centre, le hiéroglyphe « Soleil dans Bouche » (selon Enel) .
Le triangle isocèle plat, quant à lui, avec un véritable œil dans son centre, représente l’homme-individu évoluant vers sa propre perfection. L’œil est sa conscience (selon Enel). D'ailleurs l'oeil ne peut en aucun cas émettre la lumière, il n'est fait que pour la recevoir.La base du triangle plat (le plus grand des 3 côtés) représente l’espace-temps, tandis que les deux petits côtés convergent vers l’achèvement de l’Homme.
Il serait incohérent (et donc contraire à notre Rite) de placer un oeil au centre du Delta Lumineux, plutôt que le hiéroglyphe du Verbe-Lumière ; ce serait trahir le Prologue de Jean qui est la référence suprême choisie par la F.°.M.°. dont le but est de retrouver la Parole perdue dont le Prologue de Jean est l’une des pistes.Nous devons respecter cette Tradition ou aller voir ailleurs !
N O T E S
Note 1 : Dans ce logion en version grecque il est écrit Theos qui signifie Dieu puisqu’il est écrit O.Theos qui signifie « un dieu », ce qui laisse entendre une « hiérarchie platonicienne de démiurges » (créateurs). Nous sommes ici dans l’ésotérisme absolu.
Note 2 : Cf le livre d’Edouard Schuré (librairie académique Perrin édition 1960) intitulé LES GRANDS INITIES . Le chapitre 3 est consacré à Hermès, pages 155 à 160 concernant « la vision d’Hermes »
Note 3 : cf le livre intitulé Les Origines de la Genèse et l’Enseignement des Temples de l’Ancienne Egypte, de l’égyptologue Enel qui a écrit 10 livres sur l’Egypte. Edité en 1985 par Maisonneuve et Larose (15 rue Victor Cousin à Paris). Les hiéroglyphes concernant le Verbe-Lumière sont expliqués pages 24 et 25
1
L’étymologie du mot logion vient, évidemment, du grec logos. Le terme de logion est utilisé pour les versets de l’Evangile Apocryphe de Thomas. J’ai estimé qu’il était intéressant de l’appliquer à l’Evangile de Jean
PROLOGUE DE JEAN en langage ésotérique
Traduction de l’hébreux en français par A.Chouraki
1er logion
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était un Dieu, Il était au commencement auprès de Dieu
2e logion
Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru ; en Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbrers ne l’ont pas arrêtée.
3e logion
Parut un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean ; il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière afin que tous crussent par lui ; celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière.
4e logion
La lumière, la véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde ; Il était dans le monde ; et par lui le monde a paru, et le monde ne l’a pas connu ; Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli.
5e logion
Mais à tous ceux qui l’ont reçu Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, Il a donné cela à tous ceux qui croient en son Nom, car ceux-là ne sont pas nés du sang, ni du vouloir de la chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
6e logion
Et le Verbe est devenu chair et Il a séjourné parmi nous ; et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un Fils unique, plein de grâce et de vérité.
7e logion
Jean témoigne à son sujet et il crie : c’était Celui dont j’ai dit : celui qui vient après moi est passé devant moi, parce que avant moi Il était.
8e logion
Car de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
9e logion
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; un Fils unique qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait connaître.
PROLOGUE DE JEAN en langage exotérique
1er logion Au moment du big-bang l’Information du Principe Créateur était dans la matière. Le Principe Créateur était un Dieu qui était auprès de Dieu.
2e logion Par Lui tout a été créé, sans Lui rien n’aurait été créé. En Lui était la vie spirituelle qui est la vraie vie, celle qui éclaire la pensée des être humains. Cette lumière traverse l’inertie de la vie sans être arrêtée. Les ténèbres ne sont rien en elles-mêmes, elles sont seulement l’absence de lumière.
3e logion Parut un envoyé de Dieu, son nom était Jean (Le Baptiste), il vint témoigner de l’existence de la lumière divine, afin que son témoignage puisse convaincre les êtres humains de la réalité de cette lumière.
4e logion La lumière de la vraie vie de l’Esprit, qui est dans tous les êtres humains sans qu’ils le sachent, leur était ainsi annoncée. Le Principe Créateur était dans le monde, et le m :onde n’aurait pas existé sans Lui. Il est venu dans le monde, mais ceux-là même qui avaient été créés par Lui n’ont pas cru en Lui.
5e logion Mais à tous ceux qui L’ont reconnu comme Créateur et accueilli comme tel, Il a donné le pouvoir d’être des Fils de Dieu, et ceux là savent qu’ils ne sont pas nés uniquement d’œuvre de chair, mais d’œuvre divine.
6e logion Le Principe Créateur est Lui-même devenu Homme, Dieu fait Homme a vécu parmi les Hommes. Nous avons contemplé sa Gloire et avons reconnu qu’Il était bien Celui qu’Il disait être.
7e logion Jean (Le Baptiste) témoigne à son sujet et crie : « C’est bien Celui dont j’ai dit : Ce Dieu fait Homme, ce Fils de Dieu qui est venu pour parler après moi est plus important que moi, parce que avant moi IL ETAIT déjà, de toute éternité… »
8e logion De ce Dieu Fait Homme nous avons reçu l’Espérance et la Foi, c’est Lui qui avait été annoncé par Moïse et qui devait proclamer sa Loi d’Amour Universel.
9e logion Le Dieu Principe Créateur, aucun homme ne l’a jamais vu et ne le verra jamais, hormis son Fil Unique, ce Dieu Fait Homme, qui, Lui, L’a fait connaître.
Remarques : Les 5 premiers logions sont très antérieurs à la venue du Christ, ils remontent aux traditions anciennes de l’imbricationde la Transcendance et de l’Immanence.
Les 4 derniers logions sont néotestamentaires et comme tous les textes de Jean (l’Apôtre)on ne sait pas s’il les a écrits lui-même ; ce serait peut-être ses disciples après sa mort.
La valeur d’un symbole ésotérique est celle que des personnes veulent bien lui accorder. L’ancienneté d’un symbole ne lui confère pas obligatoirement un caractère sacré. L’attirance qu’exerce un symbole sur les hommes donne une idée du fonctionnement psychologique de leur cerveau, c’est un désir d’éternité, pulsion tout à fait respectable et naturelle.
Les Compagnons bâtisseurs et les F.°.M.°. réguliers ont ceci de commun : ils ne commencent leurs travaux qu’après avoir ouvert le Volume de la Loi Sacrée (l’une des trois grandes lumières de la Franc Maçonnerie) au Prologue de l’Evangile de Jean.
Ce texte, à en juger les styles différents qui le transcrivent, a vraisemblablement été écrit par des personnes de cultures et de sensibilités différentes, notamment les deux premiers logions qui s’inspirent de l’hermétisme égyptien. Je rappelle brièvement l’histoire de la Bible : entre le 3ème et le 2e siècle, 70 docteurs en théologie (d’où le nom de Septante donné à la première Bible) firent une compilation de tous les textes anciens se rapportant notamment à la religion des Hébreux ; lesquels étaient rédigés en plusieurs dizaines de langues différentes. Tous ces textes furent traduits en grec pour constituer ainsi la première Bible.
1er logion
« Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu, le Verbe était un Dieu (note 1), Il était au commencement auprès de Dieu. »
2e logion
« Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru. En Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »
Les deux mots les plus chargés de signification de ce texte sont : lumière et Verbe, qui se rapportent respectivement à l’énergie et à l’information. Ils sont le facteur divin de la création de l’univers. On retrouve cette notion dans un texte intitulé La Vision d’Hermes (note 2), personnage de la mythologie égyptienne qui aurait peut-être été contemporain de Moïse. On pourrait traduire ce texte en langage moderne par « Dieu est énergie et information de toutes choses ». L’énergie (ou la Force) serait la lumière, l’information serait le Verbe. Quoi qu’il en soit, cette formule n’est pas sans analogie avec certaines hypothèses de la physique contemporaine.
A propos du Verbe-Lumière dans les religions de l’Egypte ancienne, il faut savoir que celles-ci se référaient au dieu Amon-Râ, représenté par le soleil, supérieur à tous les autres dieux, lesquels étaient considérés comme des démiurges (cf. Larousse, démiurge = créateur). Dans ce contexte de l’Egypte ancienne, Amon-Râ était l’élément lumière et Osiris l’élément Verbe. Cet ensemble Verbe-lumière s’écrivait avec un hiéroglyphe représentant un soleil dans une bouche, soit un cercle dans une ellipse. Mais il ne faut pas confondre ce dessin avec un œil, hiéroglyphe qui existe aussi et possède une signification différente, celle de l’œil de la conscience humaine. On peut voir en de très nombreux endroits ces deux hiéroglyphes gravés ou peints sur des murs, à Louxor et à Abou-Simbel par exemple (note 3).
En entraînant le peuple hébreux vers la Terre Promise, Moïse, qui était jusque là grand inspecteur des cultes pour toutes les régions d’Egypte, emprunta aux religions dont il était l’un des chefs, la doctrine du Verbe-Lumière afin de l’utiliser dans la nouvelle religion qu’il avait conçue pour le peuple hébreux.
Il se trouve que certains concepteurs de la F.°.M.°. empruntèrent à leur tour des symboles à plusieurs cultures religieuses et notamment talmudiques, égyptiennes, hermétiques, celtes, chrétiennes et même soufies. Ainsi, le Delta Lumineux que nous voyons au-dessus de l’Orient de nos Temples fait partie de cet héritage culturel. Le triangle équilatéral avec le hiéroglyphe du Verbe-Lumière en son centre est typiquement d’origine égyptienne. Parfois, le hiéroglyphe est remplacé par le mot sacré Yahvé dont l’une des significations est voisine.
Le triangle équilatéral est lui-même un hiéroglyphe se rapportant à Dieu : les trois côtés égaux de ce triangle représentent une trinité divine. Le Delta lumineux, qui représente Dieu, doit donc obligatoirement être un triangle équilatéral avec, en son centre, le hiéroglyphe « Soleil dans Bouche » (selon Enel) .
Le triangle isocèle plat, quant à lui, avec un véritable œil dans son centre, représente l’homme-individu évoluant vers sa propre perfection. L’œil est sa conscience (selon Enel). D'ailleurs l'oeil ne peut en aucun cas émettre la lumière, il n'est fait que pour la recevoir.La base du triangle plat (le plus grand des 3 côtés) représente l’espace-temps, tandis que les deux petits côtés convergent vers l’achèvement de l’Homme.
Il serait incohérent (et donc contraire à notre Rite) de placer un oeil au centre du Delta Lumineux, plutôt que le hiéroglyphe du Verbe-Lumière ; ce serait trahir le Prologue de Jean qui est la référence suprême choisie par la F.°.M.°. dont le but est de retrouver la Parole perdue dont le Prologue de Jean est l’une des pistes.Nous devons respecter cette Tradition ou aller voir ailleurs !
N O T E S
Note 1 : Dans ce logion en version grecque il est écrit Theos qui signifie Dieu puisqu’il est écrit O.Theos qui signifie « un dieu », ce qui laisse entendre une « hiérarchie platonicienne de démiurges » (créateurs). Nous sommes ici dans l’ésotérisme absolu.
Note 2 : Cf le livre d’Edouard Schuré (librairie académique Perrin édition 1960) intitulé LES GRANDS INITIES . Le chapitre 3 est consacré à Hermès, pages 155 à 160 concernant « la vision d’Hermes »
Note 3 : cf le livre intitulé Les Origines de la Genèse et l’Enseignement des Temples de l’Ancienne Egypte, de l’égyptologue Enel qui a écrit 10 livres sur l’Egypte. Edité en 1985 par Maisonneuve et Larose (15 rue Victor Cousin à Paris). Les hiéroglyphes concernant le Verbe-Lumière sont expliqués pages 24 et 25
1
L’étymologie du mot logion vient, évidemment, du grec logos. Le terme de logion est utilisé pour les versets de l’Evangile Apocryphe de Thomas. J’ai estimé qu’il était intéressant de l’appliquer à l’Evangile de Jean
PROLOGUE DE JEAN en langage ésotérique
Traduction de l’hébreux en français par A.Chouraki
1er logion
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était un Dieu, Il était au commencement auprès de Dieu
2e logion
Par Lui tout a paru et sans Lui rien n’aurait paru de ce qui est paru ; en Lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbrers ne l’ont pas arrêtée.
3e logion
Parut un homme envoyé de Dieu, et son nom était Jean ; il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière afin que tous crussent par lui ; celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière.
4e logion
La lumière, la véritable qui illumine tout homme, venait dans le monde ; Il était dans le monde ; et par lui le monde a paru, et le monde ne l’a pas connu ; Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli.
5e logion
Mais à tous ceux qui l’ont reçu Il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, Il a donné cela à tous ceux qui croient en son Nom, car ceux-là ne sont pas nés du sang, ni du vouloir de la chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu.
6e logion
Et le Verbe est devenu chair et Il a séjourné parmi nous ; et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle que tient de son père un Fils unique, plein de grâce et de vérité.
7e logion
Jean témoigne à son sujet et il crie : c’était Celui dont j’ai dit : celui qui vient après moi est passé devant moi, parce que avant moi Il était.
8e logion
Car de sa plénitude nous avons tous reçu grâce sur grâce ; car la Loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
9e logion
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; un Fils unique qui est dans le sein du Père, Celui-là l’a fait connaître.
PROLOGUE DE JEAN en langage exotérique
1er logion Au moment du big-bang l’Information du Principe Créateur était dans la matière. Le Principe Créateur était un Dieu qui était auprès de Dieu.
2e logion Par Lui tout a été créé, sans Lui rien n’aurait été créé. En Lui était la vie spirituelle qui est la vraie vie, celle qui éclaire la pensée des être humains. Cette lumière traverse l’inertie de la vie sans être arrêtée. Les ténèbres ne sont rien en elles-mêmes, elles sont seulement l’absence de lumière.
3e logion Parut un envoyé de Dieu, son nom était Jean (Le Baptiste), il vint témoigner de l’existence de la lumière divine, afin que son témoignage puisse convaincre les êtres humains de la réalité de cette lumière.
4e logion La lumière de la vraie vie de l’Esprit, qui est dans tous les êtres humains sans qu’ils le sachent, leur était ainsi annoncée. Le Principe Créateur était dans le monde, et le m :onde n’aurait pas existé sans Lui. Il est venu dans le monde, mais ceux-là même qui avaient été créés par Lui n’ont pas cru en Lui.
5e logion Mais à tous ceux qui L’ont reconnu comme Créateur et accueilli comme tel, Il a donné le pouvoir d’être des Fils de Dieu, et ceux là savent qu’ils ne sont pas nés uniquement d’œuvre de chair, mais d’œuvre divine.
6e logion Le Principe Créateur est Lui-même devenu Homme, Dieu fait Homme a vécu parmi les Hommes. Nous avons contemplé sa Gloire et avons reconnu qu’Il était bien Celui qu’Il disait être.
7e logion Jean (Le Baptiste) témoigne à son sujet et crie : « C’est bien Celui dont j’ai dit : Ce Dieu fait Homme, ce Fils de Dieu qui est venu pour parler après moi est plus important que moi, parce que avant moi IL ETAIT déjà, de toute éternité… »
8e logion De ce Dieu Fait Homme nous avons reçu l’Espérance et la Foi, c’est Lui qui avait été annoncé par Moïse et qui devait proclamer sa Loi d’Amour Universel.
9e logion Le Dieu Principe Créateur, aucun homme ne l’a jamais vu et ne le verra jamais, hormis son Fil Unique, ce Dieu Fait Homme, qui, Lui, L’a fait connaître.
Remarques : Les 5 premiers logions sont très antérieurs à la venue du Christ, ils remontent aux traditions anciennes de l’imbricationde la Transcendance et de l’Immanence.
Les 4 derniers logions sont néotestamentaires et comme tous les textes de Jean (l’Apôtre)on ne sait pas s’il les a écrits lui-même ; ce serait peut-être ses disciples après sa mort.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Yves Gourbeault/LA PEUR DE L’EXISTENCE D’UN POINT DE VUE COSMIQUE ET BIOLOGIQUE
Samedi 3 Octobre 2009
Je vais suivre autant que possible le raisonnement de Teilhard dans la mesure où son langage, toujours difficilement accessible, m’en permet la compréhension.
I) LA MONTEE DE LA PEUR
L’auteur met en opposition les populations socialement infra développées et les peuples les plus développés.
-Les premiers ont une co-conscience collective, mais aussi une plus grande proximité avec le reste de la nature, donc du cosmos.
-Les seconds manifestant une marche persistante vers l’hyper individualisation, s’éloignent de la communication avec la nature, donc avec le cosmos.
D’où la supériorité des religions animistes par rapport aux religions monothéistes foncièrement anthropomorphiques.
Les premières, les religions animistes, du fait qu’elles s’intègrent plus ou moins consciemment au cosmos, se sentent moins isolées donc plus protégées et, finalement, sans doute moins peureuses face à l’existence que les secondes, les religions monothéistes et anthropomorphiques qui, plus conscientes, développent au maximum leur peur existentielle.
Le commentaire de J.P. Frésafond n’est pas sans intérêt. J’ai toujours dit que si je devais être religieux je serais animiste, participant au cosmos par tous les pores de ma peau.
En analysant cette montée de la peur existentielle chez les peuples, proportionnellement à leur degré de développement, Teilhard distingue deux familles de peur :
-la peur de la matière
-la peur de l’être humain
(au passage je remarque que Teilhard écrit l’Etre Humain avec deux majuscules, alors qu’il écrit la matière avec un m minuscule. Pourquoi cette distinction ?) La matière mérite autant de considération que l’être humain.
Peur de la matière :
-L’immensité. Les primitifs avaient sans doute moins que nous cette peur de l’immensité car ils faisaient partie eux-mêmes inconsciemment de cette immensité. Or nous avons davantage conscience de notre insignifiance. Notre peur est à l’échelle de cette immensité dont nous avons pris conscience avec les progrès de la science.
-L’étanchéité : impossible de sortir du temps et de l’espace. Nous avons l’impression d’être en prison. Ce n’était pas du tout l’attitude des primitifs qui se sentaient naturellement faire partie du tout et, par conséquent, devaient se sentir beaucoup plus libres.
-L’hostilité : Face à cette hostilité (ressentie) de la matière, nous cherchons à nous abriter dans l’humain ; ce qui signifie finalement, s’abstraire du cosmos. Grande erreur qui va mener l’humanité à sa perte.
-Peur de l’être humain : vanité de la position de l’Homme moderne de croire à « un monde à) notre mesure ». Toujours la tendance à s’isoler du cosmos !
Mais l’humanité prend, à son tour, une allure inquiétante.
-L’immensité : Nous la ressentons sous l’angle du danger démographique. Mais cette humanité là, elle trouvera très vite ses limites quand le cosmos l’aura absorbée.
-L’opacité : Le sentiment d’isolement de l’humanité au sein du cosmos se transpose en « étanchéité ». Lutte des humains qui deviennent de plus en plus individualistes à l’intérieur de l’humanité, elle-même de plus en plus déchirée. Nous devenons prisonniers de notre individualisme exacerbé : « être fermé atomiquement sur soi-même » selon Teilhard.
-Impersonnalité enfin : Je ne vois pas très bien ce que Teilhard a voulu dire. Cela semble un peu contradictoire avec ce que je viens d’évoquer.
II) LE RETOURNEMENT DE LA PEUR
OU LA CONFIANCE EXISTENTIELLE
Je n’ai à peu près rien compris au langage hermétique de Teilhard et pas tellement davantage au commentaire de Jean-Pierre. Je ne retiens donc que le titre de ce chapitre qui me parait, à lui seul, insuffisamment explicite. Voici ce que je ressens après quelques 80 années de vie pendant lesquelles j’ai eu progressivement conscience d’une certaine cohérence de l’existence cosmique.
Après avoir éprouvé comme tout un chacun une certaine angoisse face à l’immensité du cosmos, à la sensation d’en être prisonnier, par contre je n’ai pas l’impression d’avoir tellement succombé à la tendance à m’abstraire dans l’humain. En devenant citoyen du monde, j’ai élargi mon champ de conscience au-delà de l’humanité, englobant dans « le monde » (en fait limité à la planète terre)aussi bien l’humanité que toute la biosphère dans la diversité du monde vivant (végétal et animal : les fourmis, comme les radis, sont mes cousins éloignés sans doute, mais cousins quand même). De plus, minéralogiste amateur, je me suis dit qu’un cristal de quartz ou un atome de plutonium faisaient eux aussi partie de ma parenté très éloignée.
C’est ce qui me permet de revendiquer mon droit à m’inscrire, si elle existait, dans une association de citoyen de l’univers. J’ai ainsi le sentiment de faire partie intégrante du cosmos, infime partie, mais intimement lié à lui. La peur de la mort subsiste évidemment mais, issu du cosmos et devant y retourner, je sens que je fais partie d’un tout dont je reste éternellement solidaire. Après la mort, notre corps se décompose en ses moindres éléments (électrons, protons, neutrons … et tous les autres) ; lesquels finissent par trouver de nouveaux assemblages et nous rendent ainsi indestructibles.
Personnellement, cette croyance me procure une certaine sérénité qui peut, effectivement, me libérer en partie de la peur existentielle et me donner -pourquoi pas- une certaine forme de confiance existentielle.
I) LA MONTEE DE LA PEUR
L’auteur met en opposition les populations socialement infra développées et les peuples les plus développés.
-Les premiers ont une co-conscience collective, mais aussi une plus grande proximité avec le reste de la nature, donc du cosmos.
-Les seconds manifestant une marche persistante vers l’hyper individualisation, s’éloignent de la communication avec la nature, donc avec le cosmos.
D’où la supériorité des religions animistes par rapport aux religions monothéistes foncièrement anthropomorphiques.
Les premières, les religions animistes, du fait qu’elles s’intègrent plus ou moins consciemment au cosmos, se sentent moins isolées donc plus protégées et, finalement, sans doute moins peureuses face à l’existence que les secondes, les religions monothéistes et anthropomorphiques qui, plus conscientes, développent au maximum leur peur existentielle.
Le commentaire de J.P. Frésafond n’est pas sans intérêt. J’ai toujours dit que si je devais être religieux je serais animiste, participant au cosmos par tous les pores de ma peau.
En analysant cette montée de la peur existentielle chez les peuples, proportionnellement à leur degré de développement, Teilhard distingue deux familles de peur :
-la peur de la matière
-la peur de l’être humain
(au passage je remarque que Teilhard écrit l’Etre Humain avec deux majuscules, alors qu’il écrit la matière avec un m minuscule. Pourquoi cette distinction ?) La matière mérite autant de considération que l’être humain.
Peur de la matière :
-L’immensité. Les primitifs avaient sans doute moins que nous cette peur de l’immensité car ils faisaient partie eux-mêmes inconsciemment de cette immensité. Or nous avons davantage conscience de notre insignifiance. Notre peur est à l’échelle de cette immensité dont nous avons pris conscience avec les progrès de la science.
-L’étanchéité : impossible de sortir du temps et de l’espace. Nous avons l’impression d’être en prison. Ce n’était pas du tout l’attitude des primitifs qui se sentaient naturellement faire partie du tout et, par conséquent, devaient se sentir beaucoup plus libres.
-L’hostilité : Face à cette hostilité (ressentie) de la matière, nous cherchons à nous abriter dans l’humain ; ce qui signifie finalement, s’abstraire du cosmos. Grande erreur qui va mener l’humanité à sa perte.
-Peur de l’être humain : vanité de la position de l’Homme moderne de croire à « un monde à) notre mesure ». Toujours la tendance à s’isoler du cosmos !
Mais l’humanité prend, à son tour, une allure inquiétante.
-L’immensité : Nous la ressentons sous l’angle du danger démographique. Mais cette humanité là, elle trouvera très vite ses limites quand le cosmos l’aura absorbée.
-L’opacité : Le sentiment d’isolement de l’humanité au sein du cosmos se transpose en « étanchéité ». Lutte des humains qui deviennent de plus en plus individualistes à l’intérieur de l’humanité, elle-même de plus en plus déchirée. Nous devenons prisonniers de notre individualisme exacerbé : « être fermé atomiquement sur soi-même » selon Teilhard.
-Impersonnalité enfin : Je ne vois pas très bien ce que Teilhard a voulu dire. Cela semble un peu contradictoire avec ce que je viens d’évoquer.
II) LE RETOURNEMENT DE LA PEUR
OU LA CONFIANCE EXISTENTIELLE
Je n’ai à peu près rien compris au langage hermétique de Teilhard et pas tellement davantage au commentaire de Jean-Pierre. Je ne retiens donc que le titre de ce chapitre qui me parait, à lui seul, insuffisamment explicite. Voici ce que je ressens après quelques 80 années de vie pendant lesquelles j’ai eu progressivement conscience d’une certaine cohérence de l’existence cosmique.
Après avoir éprouvé comme tout un chacun une certaine angoisse face à l’immensité du cosmos, à la sensation d’en être prisonnier, par contre je n’ai pas l’impression d’avoir tellement succombé à la tendance à m’abstraire dans l’humain. En devenant citoyen du monde, j’ai élargi mon champ de conscience au-delà de l’humanité, englobant dans « le monde » (en fait limité à la planète terre)aussi bien l’humanité que toute la biosphère dans la diversité du monde vivant (végétal et animal : les fourmis, comme les radis, sont mes cousins éloignés sans doute, mais cousins quand même). De plus, minéralogiste amateur, je me suis dit qu’un cristal de quartz ou un atome de plutonium faisaient eux aussi partie de ma parenté très éloignée.
C’est ce qui me permet de revendiquer mon droit à m’inscrire, si elle existait, dans une association de citoyen de l’univers. J’ai ainsi le sentiment de faire partie intégrante du cosmos, infime partie, mais intimement lié à lui. La peur de la mort subsiste évidemment mais, issu du cosmos et devant y retourner, je sens que je fais partie d’un tout dont je reste éternellement solidaire. Après la mort, notre corps se décompose en ses moindres éléments (électrons, protons, neutrons … et tous les autres) ; lesquels finissent par trouver de nouveaux assemblages et nous rendent ainsi indestructibles.
Personnellement, cette croyance me procure une certaine sérénité qui peut, effectivement, me libérer en partie de la peur existentielle et me donner -pourquoi pas- une certaine forme de confiance existentielle.
Jean-Pierre Fressafond
COLLOQUE DU 26 SEPTEMBRE 2009 à LYON-3
COLLOQUE DU 26 SEPTEMBRE, SOUS LE PATRONAGE DE L'UNIVERSITE LYON-3
Samedi 3 Octobre 2009
Sous l'impulsion du Président de l'association Lyonnaise TEILHARD DE CHARDIN, JP Frésafond, et sous le patronage de l'Université LYON-3, ce colloque a été très satisfaisant en ce qui concerne le haut niveau des intervenants et la grande qualité du public. L'amphithéâtre a été complet tout au long de la journée (de 9h à 17 h)
Toutes les conférences et la conclusion seront actées sur une plaquette qui sera probablement publiée d'ici la fin de l’année.
Toutes les conférences et la conclusion seront actées sur une plaquette qui sera probablement publiée d'ici la fin de l’année.
Jean-Pierre Fressafond
Omaha-beach.fr

