Rubriques
Dernières notes
Archives
Liste de liens
Galerie
Travaux des membres
Henri Guyot / LE SENS DE L'ESPECE
Dimanche 29 Novembre 2009
Le thème d’étude de ce jour concerne la réussite planétaire de l’humanité vue à travers le texte de Teilhard contenu dans un chapitre de son livre « L’Activation de l’Energie » sous le titre du sens de l’espèce chez l’homme.
Réussite ou non, chacun se pose des questions : y a-t-il des progrès ou bien va-t-on à la catastrophe ?
Teilhard, quoique lucide, paraît plutôt optimiste, à l’inverse d’autres penseurs contemporains qui le sont beaucoup moins, comme Edgar Morin (« Vers l’abîme » édition de l’Herne) ou René Girard (« J’ai vu Satan tomber du ciel » Grasset – « Achevez Clausewitz » Carnets du Nord).
D’abord Teilhard a le mérite de poser le problème et, en quelque sorte, au bénéfice des deux parties, optimistes et pessimistes.
Exposition du problème selon Teilhard :
Teilhard s’attache d’abord, en une réflexion de paléontologue, à montrer quel double et profond changement le passage de l’instinct à la réflexion produit dans le régime jusqu’alors suivi par l’évolution. Ainsi :
D’une part, l’individu (parce que devenu, au deuxième degré, conscient de son ego) se trouve accéder à une richesse qui, accroissant presque sans limites ses valeurs incommunicables, l’isole parmi ses semblables, « l’absolutise » et l’autonomise.
D’autre part, le phylum, par suite de sa capacité toute nouvelle à retenir et à synthétiser sur soi les rameaux constamment naissant sur sa tige, tend à s’étaler démesurément sous forme de membrane ou tissu organiquement lié jusqu’ à atteindre des dimensions rigoureusement planétaires. A elle seule, l’espèce humaine ne constitue rien moins qu’une nouvelle enveloppe du globe : « une Noosphère » par-dessus la Biosphère.
Mais un fait capital entre en ligne de compte sur lequel il est étrange que nous fermions encore si souvent les yeux. La surface fermée du globe fait que notre phase expansive de l’évolution doit entrer dans une phase compressive.
Teilhard en tire une conclusion qui, nous le verrons plus loin, s’exprime peut-être en forme de vœu pieux.
Examinons maintenant ce que disent les pessimistes :
René Girard :
Dans l’ensemble de son œuvre, René Girard évoque, il nous semble, un paradoxe choquant : comment se fait-il que l’évolution, la communication et la prise de conscience de l’humanité à travers la noosphère qui devrait réduire les oppositions tant politiques que religieuses ou intergénérationnelles, comment se fait-il que l’on assiste au maintien, voire, au développement, d’une violence quasi planétaire ? Pour René Girard, on assiste donc plutôt à « une montée aux extrêmes » à travers d’une part l’accroissement des valeurs qui autonomisent l’individu (ou le groupe d’individu) et d’autre part à travers notre entrée dans phase compressive de l’hominisation.
Le discours de René Girard devient terrible et provocateur : il dit que l’amour s’est refroidi – que la charité fait face à l’empire aujourd’hui planétaire de la violence – cette montée vers l’apocalypse est la réalisation supérieure de l’humanité…
Fort heureusement il cite le Christ dans les dernières pages de son ouvrage « Achever Clausewitz », il dit que le Christ est venu se placer au cœur du système sacrificiel. Le sacrifice, chez René Girard, est l’acte qui sanctifie les oppositions car il leur sert de bouc émissaire, apaise les tensions et sanctifie les victimes sacrifiées. Il termine son ouvrage par une exhortation : Il faut réveiller les consciences endormies, la montée aux extrêmes révèle à rebours la puissance de l’intervention divine. Il ne dit pas quelle pourrait être la prochaine sainte victime ni comment le christianisme serait éventuellement une planche de salut. Selon certains (et peut-être pour René Girard), le sacrifice du Christ est de nature différente des crimes collectifs des anciens temps historiques et devrait affranchir l’humanité d’autres crimes sacrificiels. Il créerait, à lui seul, l’avenir lumineux de la religion chrétienne. ( ?)
Vœu pieux…
Edgar Morin :
Il pose la question de savoir si nous allons ou non vers l’abîme. Il pense que, ce qui semblait devoir assurer le progrès humain dans la civilisation occidentale, provoque également création et accroissement de périls mortels pour l’humanité. Les développements sont accompagnés de multiples régressions qui peuvent prendre le visage d’une grande régression de barbarie… La barbarie haineuse venue du fond des âges historiques se combine à la barbarie anonyme et glacée de la technique propre à notre civilisation. Edgar Morin estime donc que nous sommes déjà dans les débuts d’un chaos.
Mais il veut l’espoir, peut-être plus fermement que René Girard. Il pense que par analogie biologique quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désagrège, soit il est capable dans sa désintégration même de se métamorphoser en un méta système plus riche, capable de traiter ses problèmes. Ainsi de la métamorphose de la chenille en papillon.
Il discerne quelques amorces métamorphiques du côté des sciences, de la biologie, de la communication. Il conclut son ouvrage en disant le devenir comportera toujours risques, aléas, incertitudes, mais aussi il pourra comporter capacité créatrice, développement de la compréhension et de la bonté pour une nouvelle conscience humaine.
Il ne dit pas comment ou par qui cette bonté peut devenir opérative.
Vœu pieux…
Conclusion selon Teilhard :
Pour les temps nouveaux Teilhard espère que nous pourrons ranimer et renouveler en nous-mêmes à leur mesure le sens de l’espèce. Son analyse reste ainsi en parallèle le plus souvent avec la pensée des auteurs précédents. Ce qui la distingue cependant :
c’est d’abord, comme il nous en donne souvent l’habitude, sa vision d’anthropologue. La totalisation sur la surface fermée du globe pourrait représenter soit une mécanisation matérialisante, une sorte de régression ou sénescence, un mal de l’espèce, soit l’expression de la montée avec la socialisation planétaire de la tension humaine de conscience.
Cette montée régulière de la conscience est à travers toute son œuvre son constat d’anthropologue, voire de géologue. Cette montée constatée à travers l’histoire de la terre et du vivant fonde sa confiance. Il dit en outre dans d’autres ouvrages, que le Christ Universel, toujours plus ultra moderne, s’échappant quelque peu d’un cadre historique rigide, peut être la figure humaine amorisante de la foi en mouvement.
C’est évidemment cet aboutissement qu’il envisage.
Finalement sa conclusion pourrait être du goût des deux auteurs précédents. Nous devons, pour aller vers une humanisation maximale de la noosphère, avoir le souci permanent de favoriser, au sein de la masse vivante personnalisée, le développement des énergies affectives. En somme il faudrait envisager une nouvelle foi un nouveau sens de l’espèce si nous ne voulons pas être broyés par l’évolution de l’humanité.
Il faut éveiller en nous et entretenir une lumière d’espérance et une chaleur suffisante d’amour.
L’objectif est la création d’un univers irréversiblement convergent par nature sur un Foyer ultra personnalisant.
Il me semble que nous pouvons discerner dans ces quelques mots un avenir un peu plus confortant qu’un simple vœu pieux.
Commentaire : il semble que l’on puisse dire que l’évolution est remarquable par la capacité qu’a la vie, et sans doute le minéral, à s’autoprogrammer. Chacun ou chaque chose en a la possibilité infime vis-à-vis du temps et de l’espace, mais l’ensemble globalisé de ce mouvement provoque l’échec, à plus ou moins long terme, de la sauvagerie aléatoire du hasard.
Note : les citations des auteurs sont en italique dans le texte.
Réussite ou non, chacun se pose des questions : y a-t-il des progrès ou bien va-t-on à la catastrophe ?
Teilhard, quoique lucide, paraît plutôt optimiste, à l’inverse d’autres penseurs contemporains qui le sont beaucoup moins, comme Edgar Morin (« Vers l’abîme » édition de l’Herne) ou René Girard (« J’ai vu Satan tomber du ciel » Grasset – « Achevez Clausewitz » Carnets du Nord).
D’abord Teilhard a le mérite de poser le problème et, en quelque sorte, au bénéfice des deux parties, optimistes et pessimistes.
Exposition du problème selon Teilhard :
Teilhard s’attache d’abord, en une réflexion de paléontologue, à montrer quel double et profond changement le passage de l’instinct à la réflexion produit dans le régime jusqu’alors suivi par l’évolution. Ainsi :
D’une part, l’individu (parce que devenu, au deuxième degré, conscient de son ego) se trouve accéder à une richesse qui, accroissant presque sans limites ses valeurs incommunicables, l’isole parmi ses semblables, « l’absolutise » et l’autonomise.
D’autre part, le phylum, par suite de sa capacité toute nouvelle à retenir et à synthétiser sur soi les rameaux constamment naissant sur sa tige, tend à s’étaler démesurément sous forme de membrane ou tissu organiquement lié jusqu’ à atteindre des dimensions rigoureusement planétaires. A elle seule, l’espèce humaine ne constitue rien moins qu’une nouvelle enveloppe du globe : « une Noosphère » par-dessus la Biosphère.
Mais un fait capital entre en ligne de compte sur lequel il est étrange que nous fermions encore si souvent les yeux. La surface fermée du globe fait que notre phase expansive de l’évolution doit entrer dans une phase compressive.
Teilhard en tire une conclusion qui, nous le verrons plus loin, s’exprime peut-être en forme de vœu pieux.
Examinons maintenant ce que disent les pessimistes :
René Girard :
Dans l’ensemble de son œuvre, René Girard évoque, il nous semble, un paradoxe choquant : comment se fait-il que l’évolution, la communication et la prise de conscience de l’humanité à travers la noosphère qui devrait réduire les oppositions tant politiques que religieuses ou intergénérationnelles, comment se fait-il que l’on assiste au maintien, voire, au développement, d’une violence quasi planétaire ? Pour René Girard, on assiste donc plutôt à « une montée aux extrêmes » à travers d’une part l’accroissement des valeurs qui autonomisent l’individu (ou le groupe d’individu) et d’autre part à travers notre entrée dans phase compressive de l’hominisation.
Le discours de René Girard devient terrible et provocateur : il dit que l’amour s’est refroidi – que la charité fait face à l’empire aujourd’hui planétaire de la violence – cette montée vers l’apocalypse est la réalisation supérieure de l’humanité…
Fort heureusement il cite le Christ dans les dernières pages de son ouvrage « Achever Clausewitz », il dit que le Christ est venu se placer au cœur du système sacrificiel. Le sacrifice, chez René Girard, est l’acte qui sanctifie les oppositions car il leur sert de bouc émissaire, apaise les tensions et sanctifie les victimes sacrifiées. Il termine son ouvrage par une exhortation : Il faut réveiller les consciences endormies, la montée aux extrêmes révèle à rebours la puissance de l’intervention divine. Il ne dit pas quelle pourrait être la prochaine sainte victime ni comment le christianisme serait éventuellement une planche de salut. Selon certains (et peut-être pour René Girard), le sacrifice du Christ est de nature différente des crimes collectifs des anciens temps historiques et devrait affranchir l’humanité d’autres crimes sacrificiels. Il créerait, à lui seul, l’avenir lumineux de la religion chrétienne. ( ?)
Vœu pieux…
Edgar Morin :
Il pose la question de savoir si nous allons ou non vers l’abîme. Il pense que, ce qui semblait devoir assurer le progrès humain dans la civilisation occidentale, provoque également création et accroissement de périls mortels pour l’humanité. Les développements sont accompagnés de multiples régressions qui peuvent prendre le visage d’une grande régression de barbarie… La barbarie haineuse venue du fond des âges historiques se combine à la barbarie anonyme et glacée de la technique propre à notre civilisation. Edgar Morin estime donc que nous sommes déjà dans les débuts d’un chaos.
Mais il veut l’espoir, peut-être plus fermement que René Girard. Il pense que par analogie biologique quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, soit il se désagrège, soit il est capable dans sa désintégration même de se métamorphoser en un méta système plus riche, capable de traiter ses problèmes. Ainsi de la métamorphose de la chenille en papillon.
Il discerne quelques amorces métamorphiques du côté des sciences, de la biologie, de la communication. Il conclut son ouvrage en disant le devenir comportera toujours risques, aléas, incertitudes, mais aussi il pourra comporter capacité créatrice, développement de la compréhension et de la bonté pour une nouvelle conscience humaine.
Il ne dit pas comment ou par qui cette bonté peut devenir opérative.
Vœu pieux…
Conclusion selon Teilhard :
Pour les temps nouveaux Teilhard espère que nous pourrons ranimer et renouveler en nous-mêmes à leur mesure le sens de l’espèce. Son analyse reste ainsi en parallèle le plus souvent avec la pensée des auteurs précédents. Ce qui la distingue cependant :
c’est d’abord, comme il nous en donne souvent l’habitude, sa vision d’anthropologue. La totalisation sur la surface fermée du globe pourrait représenter soit une mécanisation matérialisante, une sorte de régression ou sénescence, un mal de l’espèce, soit l’expression de la montée avec la socialisation planétaire de la tension humaine de conscience.
Cette montée régulière de la conscience est à travers toute son œuvre son constat d’anthropologue, voire de géologue. Cette montée constatée à travers l’histoire de la terre et du vivant fonde sa confiance. Il dit en outre dans d’autres ouvrages, que le Christ Universel, toujours plus ultra moderne, s’échappant quelque peu d’un cadre historique rigide, peut être la figure humaine amorisante de la foi en mouvement.
C’est évidemment cet aboutissement qu’il envisage.
Finalement sa conclusion pourrait être du goût des deux auteurs précédents. Nous devons, pour aller vers une humanisation maximale de la noosphère, avoir le souci permanent de favoriser, au sein de la masse vivante personnalisée, le développement des énergies affectives. En somme il faudrait envisager une nouvelle foi un nouveau sens de l’espèce si nous ne voulons pas être broyés par l’évolution de l’humanité.
Il faut éveiller en nous et entretenir une lumière d’espérance et une chaleur suffisante d’amour.
L’objectif est la création d’un univers irréversiblement convergent par nature sur un Foyer ultra personnalisant.
Il me semble que nous pouvons discerner dans ces quelques mots un avenir un peu plus confortant qu’un simple vœu pieux.
Commentaire : il semble que l’on puisse dire que l’évolution est remarquable par la capacité qu’a la vie, et sans doute le minéral, à s’autoprogrammer. Chacun ou chaque chose en a la possibilité infime vis-à-vis du temps et de l’espace, mais l’ensemble globalisé de ce mouvement provoque l’échec, à plus ou moins long terme, de la sauvagerie aléatoire du hasard.
Note : les citations des auteurs sont en italique dans le texte.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Jean-Pierre GIROUD / LE SENS DE L'ESPECE CHEZ L'HOMME
Samedi 28 Novembre 2009Aujourd’hui résonne certainement de façon très réelle la voix émise à travers les quelques pages du livre L’Activation de l’Energie ; L’auteur est plus que jamais actuel dans les idées, les schémas, les prospectives qui concernent l’homme, et donc qui me concernent.
Une fois de plus se démontre le génie visionnaire de l’œuvre, indique à qui veut bien l’écouter les chemins à suivre pour plus de mieux être individuellement et planétairement, plus de sens pour l’homme vers sa complétude.
Constat de base et d’évidence, la terre est finie c’est à dire « l’homme en a fait le tour », enroulement forcé de la Noosphère sur elle-même nous est- il alors rappelé ; cela ne semblait pas forcément évident dans les années 50. Actuellement on en est presque à chaque instant convaincu ; les idées, les nouvelles, les courants de pensée, les modes etc., se propagent et sont connus de façon quasi instantanée. Les complexités des pensées individuelles et collectives s’enrichissent à chaque instant ; l’homme de maintenant découvre de nouveaux schémas les utilise, en fait profiter volontairement ou pas l’espèce, et le cycle de l’évolution continue, indéfiniment pouvons-nous dire.
Après l’euphorie moderniste du siècle des lumières, (mais pouvait-il en être autrement alors que tant d’inventions et de découvertes voyaient le jour ?),le 20èmesiècle assiste à de très profonds changements de sociétés ; la noosphère plus que jamais vit, de nouveaux arrangements se font, suite à des organisations anciennes qui de plus en plus rapidement deviennent obsolètes…
Et avec tous ces bouleversements que devenons-nous ?
Si je vais à l’essentiel je ferai court et simplifierai avec les risques que cela peut comporter et je dirai que ma psyché s’enrichit de mes regards neufs, et le groupe lui aussi se refaçonne à nouveau des apports de chaque instant, toujours l’arrangement dans le personnel et le collectif.
Nouveau sens de l’espèce, arrangement optimal en vue d’une humanisation maximale m’est-il dit ;
L’auteur propose trois idées maîtresses pour que soit mené à bien, individuellement et collectivement, la direction qu’il entrevoit ; le Père est audacieux et a sûrement été accusé de sectarisme et de provocation ;il écrit les mots que certains ont déjà marginalisés tandis que pour d’autres (mots), l’existence en a tout simplement été bannie…et ce, par plusieurs de ses pairs ; je m’explique ;
1) Eugénisme, mot qui peut paraître provoquant quand on sait que cinq ans seulement avant son écrit, des soldats effarés découvraient les camps d’extermination suite et conséquence d’idéologies sectaires et totalitaires cautionnées par des nations entières ; mais c’est peut-être parce que tant de choses horribles venaient de se passer que chacun est exhorté au dépassement pour le mieux être des individus, des peuples, des nations, pour plus de recherches dans les sciences, noosphère de la terre dont l’homme est acteur.
2) Face au matérialisme installé, les consciences doivent agir autrement. Bien sûr, le mouvement des prêtres-ouvriers, la J O C, etc. dans les années d’après guerre font un peu bouger les choses, avant-gardes souvent novatrices et courageuses. Mais, au delà de ces apôtres qui souvent « prêchent dans le désert », une nouvelle démarche, vision, nous est proposée ou plutôt m’est demandée :en d’autres termes, aller par un parcours intérieur vers le Soi ou l’Autre, celui qui n’a pas de nom ; ou bien encore être guidé, mais je ne peux en être certain, par celui qui n’est pas nommé car en le nommant je le fourvoie et je m’abuse moi-même, et alors, le considérant fini, je deviens tout simplement prétentieux. Les ors sont bien loin…
3) La troisième idée du père n’est pas la moindre : Dans la bible, Isaïe XXXIII,14, il est dit : « Quiconque est près de Moi est près du Feu, quiconque est loin de Moi est loin du Royaume ». Démarche difficile, certains se sont brûlés par leur superbe ou leur désespérance et d’autres trop tièdes, peut-être par manque de courage, ont préféré tourner le dos ou rester dans des impasses.
Oui il y a risque et il le sait mais il n’aime pas les compromis même s’il sait obéir quand on le lui commande. Pas de haine envers ses détracteurs et il saura attendre 10 ans pour que son œuvre maîtresse Le Phénomène humain soit éditée au grand jour.
Donc la troisième idée qu’il propose pour une humanisation maximale de la Noosphère il la nomme :énergies affectives et précise, sens sexuel sublimé et sens humain généralisé.
Exercice difficile pour un prêtre, profondément religieux et qui entend rester fidèle aux engagements à son Ordre, La Compagnie de Jésus. Le féminin est source de richesse, d’élaboration de futurs, et aussi il est ombre, secrets, trésors enfouis au plus profond ; l’homme le sait et cela le fait vibrer mais parfois aussi frémir ! Chacun doit oser mais l’inconnu fait peur. Cependant l’échange est source de mille soleils.
Lucile Swan* si courageuse et vraie a eu « sa part », (et combien d’autres ), dans l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin. Elle l’a écrit dans ses notes personnelles et elle a voulu qu’on le dise ; merveilleux féminin dans la Noogénèse.
Pour le sens humain enfin, je reprends simplement cette longue phrase qu’il a écrite dans le chapitre La Montée de L’Autre dans L’Activation de l’Energie :
« Si les hommes pouvaient s’aimer, s’ils arriveraient à s’aimer, non plus seulement d’épouse à époux, de frère à sœur, de citoyen à concitoyen, mais d’élément à élément d’un même monde en voie de convergence, alors la grande loi évolutive qui, depuis les origines de la terre, n’a jamais cessé de faire apparaître plus d’Esprit sur plus de Complexité, re-jouerait de plus belle…Plus de termitières dans ce cas : il n’y aurait jamais eu de termitières si les termites avaient pu vraiment s’aimer ».
Jean-Pierre Fressafond
Rubrique littéraire
Comme un documentaire, le livre fait découvrir une Bernadette au bon sens paysan, fragile et costaude à la fois, avec des traits de caractère bien prononcés et dont le niveau de piété n’avait rien de remarquable à l’époque. Ce n’est pas une Bernadette «saint-sulpicienne». j’ai aimé l’épisode de l’eau bénite qu’un jour elle prit avec elle pour son rendez-vous à la grotte de Massabielle afin de vérifier si l’apparition venait de l’enfer ou du ciel, suscitant ainsi un sourire amusé de « l’Immaculée Conception » .
Ce livre, est objectif, et ne néglige ni la dimension factuelle précise, ni la dimension historique, ni la description des réticences soit des scientifiques, soit des autorités religieuses.
Car, dit l’auteur, « Ce qui est guérissable aujourd’hui ne l’était pas hier » (p.236/237).
« En parcourant l’histoire depuis 1858, on a vu se mettre en place une procédure de plus en plus rigoureuse pour la reconnaissance médicale des guérisons exceptionnelles » qui ont toujours lieu.
Mais pourquoi y a-t-il des miracles à Lourdes ?
L’auteur rappelle
-que « Marie n’est pas Dieu. Elle n’agit donc pas par elle-même. Mais elle est proche de Dieu. Elle est déjà dans le monde de la Résurrection. Il n’est pas étonnant que là où elle est apparue soient donnés des signes de vie qui dépassent les capacités terrestres habituelles » (p.244)
-que « Dans le monde chrétien, la foi ne doit jamais être séparée de l’espérance et de la charité » (p.233)
Un beau livre dont j’ai apprécié des explorations de la pensée comme celle-ci : « Ces guérisons ne sont exceptionnelles qu’à notre regard de myopes. Même pour un chercheur qui refuse toute foi en Dieu Créateur, le surgissement de la vie, l’émergence de la pensée sont encore beaucoup plus exceptionnels. Les expliquer par le hasard et la nécessité n’explique rien. Nous sommes habitués à la vie et à la pensée et nous oublions de nous émerveiller. Peut-être les miracles ont-ils,entre autres fonctions, celle de ranimer notre capacité d’émerveillement devant le quotidien (…) il ne s’agit pas de ramener le miracle à la banalité mais, au contraire, de considérer la banalité comme "miraculeuse". » (p. 245).
Le secrétaire général, Anne-Marie Tisserand,
sous l'impulsion de JP Frésafond, Président de l'Association Lyonnaise, Teilhard de Chardin
Ce livre, est objectif, et ne néglige ni la dimension factuelle précise, ni la dimension historique, ni la description des réticences soit des scientifiques, soit des autorités religieuses.
Car, dit l’auteur, « Ce qui est guérissable aujourd’hui ne l’était pas hier » (p.236/237).
« En parcourant l’histoire depuis 1858, on a vu se mettre en place une procédure de plus en plus rigoureuse pour la reconnaissance médicale des guérisons exceptionnelles » qui ont toujours lieu.
Mais pourquoi y a-t-il des miracles à Lourdes ?
L’auteur rappelle
-que « Marie n’est pas Dieu. Elle n’agit donc pas par elle-même. Mais elle est proche de Dieu. Elle est déjà dans le monde de la Résurrection. Il n’est pas étonnant que là où elle est apparue soient donnés des signes de vie qui dépassent les capacités terrestres habituelles » (p.244)
-que « Dans le monde chrétien, la foi ne doit jamais être séparée de l’espérance et de la charité » (p.233)
Un beau livre dont j’ai apprécié des explorations de la pensée comme celle-ci : « Ces guérisons ne sont exceptionnelles qu’à notre regard de myopes. Même pour un chercheur qui refuse toute foi en Dieu Créateur, le surgissement de la vie, l’émergence de la pensée sont encore beaucoup plus exceptionnels. Les expliquer par le hasard et la nécessité n’explique rien. Nous sommes habitués à la vie et à la pensée et nous oublions de nous émerveiller. Peut-être les miracles ont-ils,entre autres fonctions, celle de ranimer notre capacité d’émerveillement devant le quotidien (…) il ne s’agit pas de ramener le miracle à la banalité mais, au contraire, de considérer la banalité comme "miraculeuse". » (p. 245).
Le secrétaire général, Anne-Marie Tisserand,
sous l'impulsion de JP Frésafond, Président de l'Association Lyonnaise, Teilhard de Chardin
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
JP Frésafond / LE SENS DE L'ESPECE CHEZ L'HOMME
Mardi 24 Novembre 2009
Le sens premier du mot espèce est ainsi défini par le Larousse : Réunion de plusieurs êtres ou choses ayant un caractère commun.
Les sens secondaires sont nombreux et s’appliquent à des contextes très divers. Dans le domaine de la biologie il est en queue de liste : famille, ordre, genre, espèce. Le caractère qui définit une espèce animale est la possibilité de se reproduire, ensuite, on trouve parfois une inhibition empêchant les individus de s’entretuer. Ce qui fait dire à Teilhard : Chez les animaux, la vie de l’individu est clairement dominée, contrôlée, par ce qu’on pourrait appeler « sens de l’espèce ». Si les réflexes instinctifs sont dominants chez les animaux, il n’en est pas de même chez les humains où ils sont enfouis, récessifs, réduits à l’état de fossile, et c’est le raisonnement qui prend le relais des combinaisons des combinaisons produites par l’intelligence ; et les boucles de rétro action pourraient être qualifiées de réflexes de réactions ultra complexes, ou de super instinct. Nous sommes davantage les enfants de notre milieu de vie que les enfants de nos parents biologiques.
Certaines tournures de langage dévoilent une nostalgie de nos racines animales : cette personne est une bête de travail, cette entreprise est réglée comme une fourmilière, etc …
En revanche, d’autres réflexions témoignent d’une frayeur non feinte à l’égard d’une société humaine de type « fourmilière » ; ce que l’on retrouve dans certaine fictions et, malheureusement aussi, dans la réalité de sociétés communistes totalitaires. Heureusement, ce modèle de société a toujours abouti à un échec. L’espèce humaine n’est pas conçue pour ce genre de vie et cela s’explique par les différences qui existent entre les combinaisons neuronales d’un cerveau humain dont le nombre tend vers l’infini, en comparaison avec un cerveau de fourmi qui restera fourmi jusqu’à l’extinction de l’espèce qui n’a pas évolué depuis son apparition.
C’est le franchissement du pas de la réflexion par l’Homme qui définit son espèce, nouveau phylum apparu il y a quelques millions d’années. L’être humain « sait qu’il sait ». Entre pré hominiens et humains, les différences observées dans leurs squelettes, et surtout dans leurs boîtes crâniennes sont minces, mais réelles. Ce qui est la preuve indiscutable de la présence d’un squelette humain est l’environnement dans lequel il a été découvert : position spéciale du squelette, prouvant l’existence d’un rite funéraire (les objets disposés autour du corps sont apparus plus tard).
Les rites funéraires prouvent que l’Homme sait qu’il va mourir et qu’il projette une pulsion d’éternité en imaginant une vie de l’esprit au-delà de la mort, ainsi que la présence d’êtres divins dont il faut attirer la bienveillance. C’est ainsi que naquirent les religions primitives, les codes moraux pour vivre en société et la qualité qui en découle : l’altérité, soit le sens de l’espèce.
Le sens de l’espèce chez les humains est similaire à celui des animaux, sauf que dans le cas de l’animal, le sens de l’espèce est inscrit dans son inconscient, alors que chez les humains, en plus d’être inscrit dans l’inconscient, il est voulu par eux et se transmet par l’éducation.
Le sens de l’espèce chez les humains est le résultat des intérêts individuels bien compris, à savoir, rendre plus performantes toutes les actions nécessaires à la survie : la chasse, la défense, la construction, la culture, etc … Dans de telles circonstances, l’autre n’est plus considéré comme un ennemi potentiel, mais comme un associé dans une coopération librement consentie ; la preuve : certains individus refusent ce mode de vie et les codes moraux nécessaires pour la vie en société.
-Pour donner davantage de poids à ces codes moraux, l’Homme a inventé les religions et proclame qu’elles lui ont été révélées par le ou les dieux. Désormais, les codes moraux sont sacrés ; les rois de ces sociétés sont consacrés par les représentants des dieux sur terre et malheur à l’individu qui transgresse de telles conventions. Voici une citation de Teilhard sur laquelle j’étaye ce raisonnement : Chez l’homme, en vertu de deux phénomènes conjugués, de réflexion et de totalisation sociale, l’équivalent transposé de ce dynamisme intérieur ne saurait être qu’un élan raisonné d’achèvement individuel et collectif, poursuivi en direction d’un arrangement optimum de toute substance hominisée de la planète, que nous appelons noosphère.
-Sachant cela, pourquoi les individus humains actuels se replient-ils sur eux-mêmes ? Parce que personne, sauf quelques rares exceptions, ni les religions qui avaient pourtant un fort potentiel d’écoute, personne n’a expliqué aux hommes comment a fonctionné l’évolution de la matière, de la particule, jusqu’à l’Homme ; personne, sauf Teilhard, qui lui a dit que l’Homme était partie intégrante du cosmos.
Le pas de la réflexion a généré tous les développements techniques, les aménagements environnementaux et les règles de société, qui rendent l’homme plus dépendant. Si on ajoute à cela l’effet de compression dû à l’augmentation de la population, tout cet ensemble produit sur l’homme une sensation d’isolement et d’amoindrissement moral et physique. De telles conditions expliquent les réflexes de panique, d’angoisse existentielle et d’égoïsme.
Si on ajoute à tout cela l’illusion que la science a remplacé les religions, plus aucune autorité morale ne peut transmettre un code de vie. Ainsi, l’homme est livré à lui-même et obéit à l’élan vital primitif. Telle est la cause des barbaries sociales, économiques, militaires, etc …vortex effrayant qui n’a aucune probabilité de s’atténuer si l’Homme libre, conscient et responsable ne fait rien pour maîtriser la vie sociale de l’humanité. Dieu n’est en rien responsable de nos misères, seule l’humanité peut exercer un pouvoir sur sa destinée dont le choix est simple : vivre ou disparaître. Comment ? Le nombre des êtres humains qui, malgré cet état, n’ont pas la possibilité de réfléchir et de s’instruire sur le sens de la vie sont une immense majorité. Le sens de l’espèce nous commande d’initier nos semblables si nous en avons la possibilité. C’est un devoir. Il ne s’agit pas de s’ériger en commandeurs du bien ou du mal, mais de promouvoir ce qui est BON et de lutter contre ce qui est MAUVAIS, dans le quotidien du cas par cas. (1) Il faut convertir la volonté de puissance en volonté d’aimer.
(1) Dans l’une de ses conférences, le Père François Euvé s.j. a utilisé les mots « Bon » et « ‘Mauvais », à la place des mots « Bien » et « Mal ». Voici mon interprétation du profond changement que cela induit :
-Le « Bien » et le « Mal » sont des substantifs désignant une entité générale.
-Le « Bon » et le « Mauvais » sont des adjectifs qualificatifs utilisés au cas par cas.
Bien et Mal constituent une entité générale dont le sens peut basculer d’un terme à l’autre selon le contexte, par exemple : l’élan vital est une bonne chose dans le monde biologique, il pousse chaque espèce vivante à occuper toute la surface du globe.
Mais ce même élan vital peut devenir une mauvaise chose dans un contexte de société ; ne dit-on pas que la liberté d’un individu s’arrête où commence celle d’autrui ?
En résumé, une chose peut être bonne dans un cas et mauvaise dans un autre.
Le « Bon » est une force naturelle qui, à un certain niveau, s’oppose à une autre force naturelle qualifiée de « mauvaise »
Cette opposition est livrée au jugement de l’Homme s’il est libre, responsable et conscient de son état.
Les sens secondaires sont nombreux et s’appliquent à des contextes très divers. Dans le domaine de la biologie il est en queue de liste : famille, ordre, genre, espèce. Le caractère qui définit une espèce animale est la possibilité de se reproduire, ensuite, on trouve parfois une inhibition empêchant les individus de s’entretuer. Ce qui fait dire à Teilhard : Chez les animaux, la vie de l’individu est clairement dominée, contrôlée, par ce qu’on pourrait appeler « sens de l’espèce ». Si les réflexes instinctifs sont dominants chez les animaux, il n’en est pas de même chez les humains où ils sont enfouis, récessifs, réduits à l’état de fossile, et c’est le raisonnement qui prend le relais des combinaisons des combinaisons produites par l’intelligence ; et les boucles de rétro action pourraient être qualifiées de réflexes de réactions ultra complexes, ou de super instinct. Nous sommes davantage les enfants de notre milieu de vie que les enfants de nos parents biologiques.
Certaines tournures de langage dévoilent une nostalgie de nos racines animales : cette personne est une bête de travail, cette entreprise est réglée comme une fourmilière, etc …
En revanche, d’autres réflexions témoignent d’une frayeur non feinte à l’égard d’une société humaine de type « fourmilière » ; ce que l’on retrouve dans certaine fictions et, malheureusement aussi, dans la réalité de sociétés communistes totalitaires. Heureusement, ce modèle de société a toujours abouti à un échec. L’espèce humaine n’est pas conçue pour ce genre de vie et cela s’explique par les différences qui existent entre les combinaisons neuronales d’un cerveau humain dont le nombre tend vers l’infini, en comparaison avec un cerveau de fourmi qui restera fourmi jusqu’à l’extinction de l’espèce qui n’a pas évolué depuis son apparition.
C’est le franchissement du pas de la réflexion par l’Homme qui définit son espèce, nouveau phylum apparu il y a quelques millions d’années. L’être humain « sait qu’il sait ». Entre pré hominiens et humains, les différences observées dans leurs squelettes, et surtout dans leurs boîtes crâniennes sont minces, mais réelles. Ce qui est la preuve indiscutable de la présence d’un squelette humain est l’environnement dans lequel il a été découvert : position spéciale du squelette, prouvant l’existence d’un rite funéraire (les objets disposés autour du corps sont apparus plus tard).
Les rites funéraires prouvent que l’Homme sait qu’il va mourir et qu’il projette une pulsion d’éternité en imaginant une vie de l’esprit au-delà de la mort, ainsi que la présence d’êtres divins dont il faut attirer la bienveillance. C’est ainsi que naquirent les religions primitives, les codes moraux pour vivre en société et la qualité qui en découle : l’altérité, soit le sens de l’espèce.
Le sens de l’espèce chez les humains est similaire à celui des animaux, sauf que dans le cas de l’animal, le sens de l’espèce est inscrit dans son inconscient, alors que chez les humains, en plus d’être inscrit dans l’inconscient, il est voulu par eux et se transmet par l’éducation.
Le sens de l’espèce chez les humains est le résultat des intérêts individuels bien compris, à savoir, rendre plus performantes toutes les actions nécessaires à la survie : la chasse, la défense, la construction, la culture, etc … Dans de telles circonstances, l’autre n’est plus considéré comme un ennemi potentiel, mais comme un associé dans une coopération librement consentie ; la preuve : certains individus refusent ce mode de vie et les codes moraux nécessaires pour la vie en société.
-Pour donner davantage de poids à ces codes moraux, l’Homme a inventé les religions et proclame qu’elles lui ont été révélées par le ou les dieux. Désormais, les codes moraux sont sacrés ; les rois de ces sociétés sont consacrés par les représentants des dieux sur terre et malheur à l’individu qui transgresse de telles conventions. Voici une citation de Teilhard sur laquelle j’étaye ce raisonnement : Chez l’homme, en vertu de deux phénomènes conjugués, de réflexion et de totalisation sociale, l’équivalent transposé de ce dynamisme intérieur ne saurait être qu’un élan raisonné d’achèvement individuel et collectif, poursuivi en direction d’un arrangement optimum de toute substance hominisée de la planète, que nous appelons noosphère.
-Sachant cela, pourquoi les individus humains actuels se replient-ils sur eux-mêmes ? Parce que personne, sauf quelques rares exceptions, ni les religions qui avaient pourtant un fort potentiel d’écoute, personne n’a expliqué aux hommes comment a fonctionné l’évolution de la matière, de la particule, jusqu’à l’Homme ; personne, sauf Teilhard, qui lui a dit que l’Homme était partie intégrante du cosmos.
Le pas de la réflexion a généré tous les développements techniques, les aménagements environnementaux et les règles de société, qui rendent l’homme plus dépendant. Si on ajoute à cela l’effet de compression dû à l’augmentation de la population, tout cet ensemble produit sur l’homme une sensation d’isolement et d’amoindrissement moral et physique. De telles conditions expliquent les réflexes de panique, d’angoisse existentielle et d’égoïsme.
Si on ajoute à tout cela l’illusion que la science a remplacé les religions, plus aucune autorité morale ne peut transmettre un code de vie. Ainsi, l’homme est livré à lui-même et obéit à l’élan vital primitif. Telle est la cause des barbaries sociales, économiques, militaires, etc …vortex effrayant qui n’a aucune probabilité de s’atténuer si l’Homme libre, conscient et responsable ne fait rien pour maîtriser la vie sociale de l’humanité. Dieu n’est en rien responsable de nos misères, seule l’humanité peut exercer un pouvoir sur sa destinée dont le choix est simple : vivre ou disparaître. Comment ? Le nombre des êtres humains qui, malgré cet état, n’ont pas la possibilité de réfléchir et de s’instruire sur le sens de la vie sont une immense majorité. Le sens de l’espèce nous commande d’initier nos semblables si nous en avons la possibilité. C’est un devoir. Il ne s’agit pas de s’ériger en commandeurs du bien ou du mal, mais de promouvoir ce qui est BON et de lutter contre ce qui est MAUVAIS, dans le quotidien du cas par cas. (1) Il faut convertir la volonté de puissance en volonté d’aimer.
(1) Dans l’une de ses conférences, le Père François Euvé s.j. a utilisé les mots « Bon » et « ‘Mauvais », à la place des mots « Bien » et « Mal ». Voici mon interprétation du profond changement que cela induit :
-Le « Bien » et le « Mal » sont des substantifs désignant une entité générale.
-Le « Bon » et le « Mauvais » sont des adjectifs qualificatifs utilisés au cas par cas.
Bien et Mal constituent une entité générale dont le sens peut basculer d’un terme à l’autre selon le contexte, par exemple : l’élan vital est une bonne chose dans le monde biologique, il pousse chaque espèce vivante à occuper toute la surface du globe.
Mais ce même élan vital peut devenir une mauvaise chose dans un contexte de société ; ne dit-on pas que la liberté d’un individu s’arrête où commence celle d’autrui ?
En résumé, une chose peut être bonne dans un cas et mauvaise dans un autre.
Le « Bon » est une force naturelle qui, à un certain niveau, s’oppose à une autre force naturelle qualifiée de « mauvaise »
Cette opposition est livrée au jugement de l’Homme s’il est libre, responsable et conscient de son état.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Marcel Comby / LE SENS DE L'ESPECE
Mardi 24 Novembre 2009L’aube de la spiritualité
Il est indéniable que la problématique des commencements nous échappe, tant sur le plan de la formation du monde matériel que sur l’avènement du vivant, le premier humain et le premier outil sont à jamais perdus. Nous ne pouvons faire des hypothèses que loin des origines.
La spiritualité n’échappe pas à cette règle.
L’homme a pu contempler depuis toujours le ciel et les nuits semées d’étoiles, le soleil qui réchauffe et qui éclaire comme le feu qu’il a dompté. Il a pris conscience de la mort qui enlève mystérieusement l’être présent et aimé. Il a découvert l’absence, mais il a pu admirer l’étrange apparition d’un nouveau vivant expulsé du ventre de sa mère. Cette nature qui le domine et la conscience qu’il a de lui-même le conduisent insensiblement à la réflexion sur l’organisation du monde et le mystère qui enveloppe toute chose. Du chasseur de l’âge de pierre aux grands physiciens de l’époque moderne, s’est déroulée toute une série de mutations dans la relation entre l’homme et son Créateur, qui va de la reconnaissance de la toute puissance protectrice de Dieu à une forme régressive de la spiritualité représentée par la fameuse « déclaration des droits de l’homme ».
L’homme de la préhistoire a conscience de cette puissance dominatrice de la nature et des hommes. Les rites d’inhumation des derniers survivants des peuples de chasseurs de l’âge de pierre sont moins élaborés que ceux de l’homme de Neandertal, mais la spiritualité imprègne leur vie quotidienne. Dans son émouvant recueil intitulé : Pieds nus sur la terre sacrée, l’ethnologue américain : J. Mc Culloch rapporte les propos, datant de 1911, d’un indien Dakota sur la prière :
« Dans la vie de l’Indien, il n’y a qu’un devoir inévitable – le devoir de prière – la reconnaissance quotidienne de l’invisible et de l’éternel. Ses dévotions quotidiennes lui sont plus nécessaires que sa nourriture de chaque jour. Il se lève au petit jour, chausse ses mocassins et descend à la rivière. Il s’asperge le visage d’eau froide ou s’y plonge entièrement. Après le bain, il reste dressé devant l’aube qui avance, face au soleil qui danse sur l’horizon, et offre sa prière muette. Sa compagne peut l’avoir précédé ou le suivre dans ses dévotions mais ne doit jamais l’accompagner. Le soleil du matin, la douce terre nouvelle et le grand silence, chaque âme doit les rencontrer seule !
Chaque fois qu’au cours de sa chasse quotidienne, l’homme rouge arrive devant une scène sublime ou éclatante de beauté – un nuage noir chargé de tonnerre avec l’arche étincelante d’un arc-en-ciel au-dessus d’une montagne, une cascade blanche au cœur d’une gorge verte, une vaste prairie teintée de rouge sang d’un couchant – il s’arrête un instant dans la position d’adoration.
Il ne voit pas le besoin de distinguer un jour parmi les sept pour en faire un jour saint puisque pour lui tous les jours sont de Dieu. »
Certes l’homme a bel et bien suivi un chemin de régression ! tout au moins sur un plan collectif.
Un souvenir me vient subitement à l’esprit. Au beau milieu du XX e siècle, conjointement à mes études universitaires, j’exerçais des fonctions d’encadrement dans un internat catholique. L’enseignement religieux dispensé à l’époque et les offices réguliers maintenaient dans les esprits une religiosité non remise en cause. Ainsi le règlement imposait que chaque surveillant rassemble ses élèves le soir pour la prière commune. Ce que je garde en mémoire c’est l’ambiance particulière qui régnait durant ces quelques instants. Grâce au fait que tous ces jeunes acceptent sans polémique une telle tradition quelque peu disparue, je ressentais un profond apaisement. Nous ne célébrions pas l’arrivée du jour comme cet Indien Dakota, mais la profondeur du silence après une journée active voire conflictuelle parfois. La prière était vécue comme une réconciliation collective et une union avec le monde invisible, prélude à la nuit où tout s’oublie et se fond dans l’attente d’un sommeil réparateur.
Retour à 2009 ! Sommes-nous encore aujourd’hui les témoins d’une pareille expérience et avec qui ? Le monde actuel est un immense supermarché où les individus ne font que courir en tous sens, un désert spirituel où, malgré le web, il est impossible de capter l’attention sur des problèmes essentiels, une terre ingrate où il est de plus en plus difficile d’imaginer l’existence et la présence d’un Dieu. Non, en 1950 tous les chrétiens n’étaient pas des hypocrites ! Le monde occidental a simplement changé et chassé son Créateur. Le sens des choses est détourné au profit de mythes et symboles nouveaux. Cette indifférence générale à tout ce qui touche au sacré, prive l’homme de ce pourquoi il a été créé.
Au fait pourquoi a-t- on massacré les Indiens ?
L’essence de la spiritualité
Tout acte obéit à la loi du ternaire : On doit distinguer la cause ou raison de l’action, l’action en elle-même, l’effet ou le résultat de l’action.
En grammaire on distingue : le sujet, le verbe et le complément.
Dans les sciences dures, toute démonstration comporte :
hypothèse , raisonnement logique , conclusion
Entre l’élément actif et l’élément passif, il existe un élément intermédiaire, actif par rapport au suivant et passif par rapport au précédent.
C’est ainsi que dans l’homme, on doit distinguer :
L’esprit , l’ âme et le corps
Trois désigne encore les niveaux de la vie humaine :
matériel , rationnel , spirituel
De manière générale, trois est le nombre de l’Organisation.
Le concept d’organisation fait intervenir en effet :
Matière , énergie , information
On oppose souvent, dans le domaine des religions, Orient et Occident.
L’organisation des deux mondes présente en effet de profondes oppositions dans la vision des réalités et, en particulier, dans la notion d’absolu.
Les religions orientales se fondent sur la faculté fusionnelle de la personne humaine de s’identifier à la grande Nature, dans une vision cosmique des choses. Il n’y a pas de Dieu personnel. On y pratique la méditation contemplative, un travail sur soi à travers les positions du corps et le lâcher prise au niveau de l’intellect.
Les religions monothéistes se fondent au contraire sur des idées, des notions, des dogmes, des représentations, de nature essentiellement intellectuelle et rationnelle. Ce sont les religions du livre. Il y a un Dieu qui se révèle dans la parole et qui, dans le Christianisme, s’incarne en l’homme pour le sauver du péché d’origine. Il existe une incidence importante sur le social et le politique, ce qui est moins évident sur le continent asiatique.
Le texte ci-dessous montre cependant comment il peut y avoir interdépendance entre l’une ou l’autre des deux cultures.
Le Père assomptionniste vietnamien : François-Xavier Nguyen Tien Dung, dans une méditation sur la vérité de la foi, s’exprime ainsi :
« Le retour de Jésus à Jérusalem pour construire le temple de Dieu respecte la tradition culturelle et religieuse du peuple d’Israël inaugurée par le roi Cyrus. Ce roi païen a écouté la vérité de sa conscience pour pouvoir prendre une décision aussi héroïque.
Comme le peuple d’Israël et le roi Cyrus, les Asiatiques aiment leur culture et leur sagesse millénaires. Ils sont fiers de leurs valeurs, telles que l’amour du silence et de la contemplation, la simplicité, l’harmonie, le détachement, la non-violence, l’ardeur au travail.
Sans nier ces valeurs, les peuples asiatiques ont souvent fait preuve d’une capacité d’adaptation et d’une ouverture naturelle à une foi nouvelle.
C’est dans cette ouverture qu’ils reçoivent la nouveauté de la Croix.
A travers elle, ils comprennent que, en dehors de l’harmonie, il existe le paradoxe, celui d’un Dieu qui renouvelle la sagesse de l’homme
Avec la Croix, ils conçoivent Dieu autrement. Un Dieu puissant qui se manifeste dans son contraire : la faiblesse. A la crèche, Dieu est si puissant que rien ne l’empêche de nous rejoindre dans nos limites et notre fragilité.
A la Croix, Dieu est si puissant que rien ne l’empêche de nous rejoindre dans nos souffrances, et jusqu’à la mort.
Dans l’Incarnation et la Croix, les peuples asiatiques – qui prônent la compassion – retrouvent non pas un Dieu lointain mais celui qui adopte notre faiblesse. Dieu nous appelle à ne faire qu’un avec lui, en faisant corps avec nos contemporains.
Ce travail consiste non seulement à regarder la Croix élevée, mais aussi à élever les autres de leur croix quotidienne. Ainsi la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. Comme l’évangéliste saint Jean, les Asiatiques posent souvent un regard positif sur la vie. A travers la théorie du Yin et du Yang, ils voient même l’élévation dans l’abaissement, la lumière dans les ténèbres et la vie dans la mort. ».
Il n’est pas question de tenter de concevoir un quelconque syncrétisme entre Orient et Occident. Cependant le texte qui précède ouvre une fenêtre vers un horizon qui, sur le plan de la dialectique, se trouve enrichi par des formules terriblement éloignées d’une pensée unique.
Le Christianisme se distingue, sur bien des points, d’autres religions telles que l’Islam. Cette dernière , du point de vue de la phénoménologie des attitudes religieuses, débute par la manifestation explicite de la distinction, de la séparation du divin et de l’humain, ainsi que l’affirmation exclusive de la transcendance divine.
La réalisation de la non – dualité, de l’unité et de l’immanence déifiante, est voilée. La traversée de l’exotérisme vient en premier lieu dans l’union de l’homme à Dieu.
Au contraire, le Christianisme débute par leur union et leur non – séparation en la personne de l’Homme – Dieu. Les distinctions que l’on rencontre : prêtres laïcs, hommes femmes, naturel surnaturel, politique religieux, viennent essentiellement en second lieu dans la réalisation intégrale du Mystère Chrétien. Cela a une conséquence inéluctable : un certain retrait du monde au bénéfice de la pure intériorité. Ce que certains désignent sous le nom de « névrose chrétienne », est le phénomène spirituel selon lequel le croyant se
trouve en porte-à-faux par rapport à son appartenance au monde. Un prêtre ne peut être comparé à un imam et tout chrétien doit avoir d’abord en vue l’œuvre de Dieu, ce qui entraîne un certain renoncement aux réalités purement terrestres…sachant que les dites réalités font partie intégrante de la vie de tout homme bien constitué et responsable de la marche du monde. On réalise ici combien cette position de l’homme chrétien rappelle l’événement de la crucifixion. L’Amour se trouve écartelé entre les impératifs terrestres dictés d’ailleurs par les Evangiles et l’appel de l’unité à Jésus le Christ, sans condition ni réserve. La Volonté divine passe avant les œuvres de ce monde. Le devoir de l’homme, vu sous cet aspect, n’est pas sa réussite terrestre, ni son confort intellectuel et moral. On est donc bien loin des philosophies orientales, bien que tout individu possède la liberté de conduire sa vie selon sa conscience.
Un des problèmes les plus angoissants de notre civilisation présente est celui qui concerne la sexualité, soit dans le cadre du tissu social ordinaire, soit dans le cadre de l’organisation du ministère presbytéral au sein de l’Eglise
Catholique. Dés mon plus jeune âge j’ai intuitivement été obnubilé par la pensée que la dualité : homme femme constituait un passage obligé vers la réalisation de soi, à tel point que je croyais que le célibat était un péché ! En fait ces idées d’enfant témoignent probablement d’un souci inconscient concernant mon avenir qui ne saurait se passer d’une vie à deux.
Pour comprendre le fait sexuel qui constitue un élément fondamental de la vie humaine, il faut parler du processus d’humanisation qui s’est accompli progressivement tout au long de l’histoire.
L’homme n’est pas apparu immédiatement dans le long déroulement évolutionniste des choses et des espèces. La sexualité, qui constitue l’axe même de la structure humaine, est une révolution biologique d’une importance capitale.
Les premiers phénomènes biologiques antérieurs à cette révolution, fonctionnaient selon la « logique bactérienne » fondée sur l’ordre quantitatif. Une bactérie se décompose en deux autres qui, à leur tour, se décomposent en quatre, huit, seize, etc. Intervient alors la logique de la « différence ». Ce n’est plus deux qui procèdent de l’un, mais l’un qui vient de deux. L’aventure de la vie n’est plus la logique de l’unique vivant, mais une œuvre entre deux vivants.
C’est ce phénomène qui va commander toute l’humanisation. L’humain est dual certes : homme et femme, deux réalités distinctes entre lesquelles s’établit une relation, fondatrice de toutes les relations. Se pose alors la question de l’unité, apparemment irréalisable.
Pour penser le réel, l’homme se doit d’acquérir une pensée : tripartite, triphasée, trinitaire.
L’importance de la vie réside dans une conjugaison vitale, telle que nous l’enseignent par exemple les philosophies orientales. L’opposition n’exclut pas la conjonction mais le principe de l’un est contenu dans le principe de l’autre, comme par exemple le Yin et le Yang. On dit parfois que l’homme et la femme sont complémentaires. Cette vision des choses introduit dans nos cerveaux cartésiens une réelle ambiguïté car elle suppose que ces deux êtres possèdent chacun une structure incomplète. Il n’empêche que homme et femme possèdent une originalité propre qui fait que chacun d’eux est à la fois accueil et réponse de façon mystérieuse il faut en convenir. On doit faire encore appel au symbolisme qui élève l’esprit au niveau du transcendant. Husserl, dans ses essais sur la « phénoménologie », parle d’antérationnel pour expliquer qu’au-delà de la conscience des phénomènes se cache une réalité sublime dans les profondeurs de la subjectivité. Un chrétien pourra, pourquoi pas, affirmer que cette réalité est liée mystiquement au fait que « le Créateur est Trinité ».
Tel pourrait être l’origine de l’humain et donc le sens de l’espèce !.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Henri Guyot/La pensée de Teilhard peut-elle induire une spiritualité laïque
Lundi 16 Novembre 2009
On ne peut pas se passer, pour développer cette question, de commentaires préalables.
1 – Le premier, indispensable mais pas suffisant, consiste, bien sûr, à rechercher une définition acceptable par le plus grand nombre, du terme laïcité.
2 – Il faut encore examiner ce qu’est la spiritualité pour la pensée de Teilhard, non pas en tentant de la définir, mais en disant comment dans son espace peut naître une pensée laïque.
- Premièrement, exposons d’abord ce que peut être la laïcité dans son acceptation la plus courante aujourd’hui en excluant les manifestations d’un anticléricalisme primaire.
Les définitions les plus courantes données par Internet (Wikipédia) et plus récemment par le père Baudry lors du colloque de Lyon, insistent sur la volonté d’unité que cette notion représente afin de prendre en compte la diversité des hommes pour qu’ils puissent coexister.
Elle se conjugue nécessairement avec la liberté de conscience dans une zone où chacun peut affirmer ses options intellectuelles sans s’imposer et en toute égalité. Les nuances d’opinion ne devant, pour la bonne gouvernance de la nation et le bien de tous n’introduire aucune hiérarchie sociale. L’Etat se porte garant de cette liberté.
C’est ainsi qu’il existe une laïcité religieuse principalement, mais on peut dire aussi qu’il existe une laïcité politique (au niveau du corps de fonctionnaires), philosophique (il y a des progrès à faire), et même une laïcité sociale (sur le plan de l’organisation sociale, pas de hiérarchie entre les citoyens devant la loi - mêmes droits et devoirs pour tous – déclaration des droits de l’homme).
- Deuxièmement : alors comment Teilhard s’inscrit-il dans cet espace ? Il peut évidemment être laïc car sa description de l’évolution est faite dans un cadre strictement scientifique et ne fait nullement appel à des dogmes, des rites, ou à un Livre dicté. Il constate simplement au cours d’un inventaire analytique de l’évolution que celle-ci se déploie en une montée de la conscience réfléchie.
Mais on ne peut pas s’en tenir à cet unique constat, pour au moins deux raisons :
- D’abord la plupart des religions ne s’en contentent pas, à cause justement de leur aspect "dicté". Ainsi, aspect dicté à différents niveaux par les religions chrétiennes, musulmanes, bouddhistes etc. Leur part dictée induit forcément des règles qui ont un retentissement comportemental et social. Alors, les laïcs, pour ces religions apparaissent donc fondamentalement comme d’effroyables incroyants. La diplomatie occidentale commet d’ailleurs régulièrement cette erreur en se présentant, pour faire sincère, comme laïquement épurée. Elle apparaît ainsi, tout bêtement, comme représentant des peuples sans foi.
- Ensuite c’est donc un certain vide qui se manifeste à côté de la proposition scientifique préliminaire de Teilhard concernant la montée de conscience. Teilhard sait bien qu’il y a plus que ce constat, et çà, il ne faut surtout pas l’oublier, c’est une des clés teilhardienne de première importance : il dit en effet très clairement que les corps sociaux, se voulant agrégatifs, ne peuvent subsister que si il y a au dessus d’eux de l’espoir. "Espoir d’un univers non pas impersonnel et clos, mais ouvert, au delà de l’avenir, sur un centre divin". (À coté et au dessus). Il dit divin, mais il dit aussi ailleurs, "le principe". Il dit enfin le point oméga, point commun à tous, mais dont il n’est pas facile de discerner les contours. On le devine, on ne le connaît pas, mais il concrétise vraiment l’espoir, notre attente, notre devoir de chercher.
1 – Le premier, indispensable mais pas suffisant, consiste, bien sûr, à rechercher une définition acceptable par le plus grand nombre, du terme laïcité.
2 – Il faut encore examiner ce qu’est la spiritualité pour la pensée de Teilhard, non pas en tentant de la définir, mais en disant comment dans son espace peut naître une pensée laïque.
- Premièrement, exposons d’abord ce que peut être la laïcité dans son acceptation la plus courante aujourd’hui en excluant les manifestations d’un anticléricalisme primaire.
Les définitions les plus courantes données par Internet (Wikipédia) et plus récemment par le père Baudry lors du colloque de Lyon, insistent sur la volonté d’unité que cette notion représente afin de prendre en compte la diversité des hommes pour qu’ils puissent coexister.
Elle se conjugue nécessairement avec la liberté de conscience dans une zone où chacun peut affirmer ses options intellectuelles sans s’imposer et en toute égalité. Les nuances d’opinion ne devant, pour la bonne gouvernance de la nation et le bien de tous n’introduire aucune hiérarchie sociale. L’Etat se porte garant de cette liberté.
C’est ainsi qu’il existe une laïcité religieuse principalement, mais on peut dire aussi qu’il existe une laïcité politique (au niveau du corps de fonctionnaires), philosophique (il y a des progrès à faire), et même une laïcité sociale (sur le plan de l’organisation sociale, pas de hiérarchie entre les citoyens devant la loi - mêmes droits et devoirs pour tous – déclaration des droits de l’homme).
- Deuxièmement : alors comment Teilhard s’inscrit-il dans cet espace ? Il peut évidemment être laïc car sa description de l’évolution est faite dans un cadre strictement scientifique et ne fait nullement appel à des dogmes, des rites, ou à un Livre dicté. Il constate simplement au cours d’un inventaire analytique de l’évolution que celle-ci se déploie en une montée de la conscience réfléchie.
Mais on ne peut pas s’en tenir à cet unique constat, pour au moins deux raisons :
- D’abord la plupart des religions ne s’en contentent pas, à cause justement de leur aspect "dicté". Ainsi, aspect dicté à différents niveaux par les religions chrétiennes, musulmanes, bouddhistes etc. Leur part dictée induit forcément des règles qui ont un retentissement comportemental et social. Alors, les laïcs, pour ces religions apparaissent donc fondamentalement comme d’effroyables incroyants. La diplomatie occidentale commet d’ailleurs régulièrement cette erreur en se présentant, pour faire sincère, comme laïquement épurée. Elle apparaît ainsi, tout bêtement, comme représentant des peuples sans foi.
- Ensuite c’est donc un certain vide qui se manifeste à côté de la proposition scientifique préliminaire de Teilhard concernant la montée de conscience. Teilhard sait bien qu’il y a plus que ce constat, et çà, il ne faut surtout pas l’oublier, c’est une des clés teilhardienne de première importance : il dit en effet très clairement que les corps sociaux, se voulant agrégatifs, ne peuvent subsister que si il y a au dessus d’eux de l’espoir. "Espoir d’un univers non pas impersonnel et clos, mais ouvert, au delà de l’avenir, sur un centre divin". (À coté et au dessus). Il dit divin, mais il dit aussi ailleurs, "le principe". Il dit enfin le point oméga, point commun à tous, mais dont il n’est pas facile de discerner les contours. On le devine, on ne le connaît pas, mais il concrétise vraiment l’espoir, notre attente, notre devoir de chercher.
Jean-Pierre Fressafond
courriers des lecteurs
Note de la rédaction : Quelques pistes de réflexion proposées par notre ami Michel AUBIN pour notre prochaine réunion de travail.
Espérant que ses propositions feront écho .....................
Voici quelques textes qui pourraient nous permettre d’alimenter le site :
Je commence par la conclusion de Teilhard du tome 7 : Activation de l’Energie chapitre « Le sens de l’espèce chez l’homme » ; et j’ouvrirai le débat par 4 citations : celle sur le mal par St Thomas d’Aquin, citation déroutante ; Celle de Darwin, sur son émerveillement de l’Univers ; celle de Bergson, de la vie du corps à la vie de l’Esprit ; celle de Benoît XVI sur l’altérité, thème cher au philosophe juif Lévinas ; pour terminer, par une nouvelle citation de Teilhard du tome 6 qui nous enseigne l’évolution de l’amour avec beaucoup de finesse.
Teilhard t. 7, p. 210
« Chez les animaux, le sens de l’Espèce est essentiellement élan aveugle de reproduction, chez l’homme en vertu des deux phénomènes conjugués de réflexion et de totalisation … poursuivi en direction … d’un arrangement optimum en vue d’une hominisation maximum de la Noosphère…Encore faut-il que l’Univers se montre capable d’éveiller et d’entretenir en nous une lumière suffisante d’espérance et une chaleur suffisante d’amour… »
St Thomas d’Aquin
« Dieu n’a pas idée du mal ». En effet Dieu ne peut pas « dire » le mal car il ne le conçoit pas, il est étranger ontologiquement, infiniment étranger au mal.
En ces temps de Tous Saints, j’ai la ferme conviction qu’en fonction d’une très vielle croyance que nous sommes crée à l’image de Dieu, notre éternité sera, elle aussi, dans l’ignorance totale du mal.
Darwin, Autobiographie p. 76
« Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, lié à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, presque de l’impossibilité à concevoir cet univers, immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir si loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle considération me pousse à considérer une Cause première ayant un esprit intelligent, analogue à un certain degré à celui de l’homme ; et je pense être qualifié de déiste. »
Bergson, De la vie du corps à la vie de l’Esprit
« Les doctrines spiritualistes … ont raison de croire à la réalité absolue de la personne et à son indépendance vis-à-vis de la matière ; - mais la science est là, qui montre la solidarité de la vie consciente et de l’activité cérébrale. Elles ont raison d’attribuer à l’homme une place privilégiée dans la nature, de tenir pour infinie la distance de l’animal à l’homme, - mais l’histoire de la vie est là, qui nous fait assister à la genèse des espèces par voie de transformation graduelle des espèces par voie de transformation graduelle et qui semble ainsi réintégrer l’homme dans l’animalité. »
Benoît XVI encyclique
« … Seule la rencontre de Dieu permet de ne pas ‘’voir dans l’autre que l’autre’’, mais de reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui ‘’devienne soin de l’autre pour l’autre’’ »
Teilhard, t. VI, pp. 40-43
L’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. Non plus seulement l’attrait unique et périodique en vue de la fécondité matérielle, mais une possibilité sans limite et sans repos, de contact par l’esprit beaucoup plus que par le corps ; antennes infiniment nombreuses et subtiles, qui se cherchent parmi les délicates nuances de l’âme. – Vers l’Homme, à travers la Femme, c’est en réalité l’Univers qui s’avance. Toute la question … c’est qu’ils se reconnaissent … Si ce que nous avons dit est vrai, c’est-à-dire s’il y a vraiment en formation un « Esprit de la Terre », - alors les éléments de cet Esprit ne sauraient se repousser, en définitive. Mais, plus puissante que toute tendance à l’extériorité mutuelle, il faut que se dissimule entre eux une foncière attraction. »
.
Espérant que ses propositions feront écho .....................
Voici quelques textes qui pourraient nous permettre d’alimenter le site :
Je commence par la conclusion de Teilhard du tome 7 : Activation de l’Energie chapitre « Le sens de l’espèce chez l’homme » ; et j’ouvrirai le débat par 4 citations : celle sur le mal par St Thomas d’Aquin, citation déroutante ; Celle de Darwin, sur son émerveillement de l’Univers ; celle de Bergson, de la vie du corps à la vie de l’Esprit ; celle de Benoît XVI sur l’altérité, thème cher au philosophe juif Lévinas ; pour terminer, par une nouvelle citation de Teilhard du tome 6 qui nous enseigne l’évolution de l’amour avec beaucoup de finesse.
Teilhard t. 7, p. 210
« Chez les animaux, le sens de l’Espèce est essentiellement élan aveugle de reproduction, chez l’homme en vertu des deux phénomènes conjugués de réflexion et de totalisation … poursuivi en direction … d’un arrangement optimum en vue d’une hominisation maximum de la Noosphère…Encore faut-il que l’Univers se montre capable d’éveiller et d’entretenir en nous une lumière suffisante d’espérance et une chaleur suffisante d’amour… »
St Thomas d’Aquin
« Dieu n’a pas idée du mal ». En effet Dieu ne peut pas « dire » le mal car il ne le conçoit pas, il est étranger ontologiquement, infiniment étranger au mal.
En ces temps de Tous Saints, j’ai la ferme conviction qu’en fonction d’une très vielle croyance que nous sommes crée à l’image de Dieu, notre éternité sera, elle aussi, dans l’ignorance totale du mal.
Darwin, Autobiographie p. 76
« Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, lié à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, presque de l’impossibilité à concevoir cet univers, immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir si loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle considération me pousse à considérer une Cause première ayant un esprit intelligent, analogue à un certain degré à celui de l’homme ; et je pense être qualifié de déiste. »
Bergson, De la vie du corps à la vie de l’Esprit
« Les doctrines spiritualistes … ont raison de croire à la réalité absolue de la personne et à son indépendance vis-à-vis de la matière ; - mais la science est là, qui montre la solidarité de la vie consciente et de l’activité cérébrale. Elles ont raison d’attribuer à l’homme une place privilégiée dans la nature, de tenir pour infinie la distance de l’animal à l’homme, - mais l’histoire de la vie est là, qui nous fait assister à la genèse des espèces par voie de transformation graduelle des espèces par voie de transformation graduelle et qui semble ainsi réintégrer l’homme dans l’animalité. »
Benoît XVI encyclique
« … Seule la rencontre de Dieu permet de ne pas ‘’voir dans l’autre que l’autre’’, mais de reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui ‘’devienne soin de l’autre pour l’autre’’ »
Teilhard, t. VI, pp. 40-43
L’Amour est la plus universelle, la plus formidable et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. Non plus seulement l’attrait unique et périodique en vue de la fécondité matérielle, mais une possibilité sans limite et sans repos, de contact par l’esprit beaucoup plus que par le corps ; antennes infiniment nombreuses et subtiles, qui se cherchent parmi les délicates nuances de l’âme. – Vers l’Homme, à travers la Femme, c’est en réalité l’Univers qui s’avance. Toute la question … c’est qu’ils se reconnaissent … Si ce que nous avons dit est vrai, c’est-à-dire s’il y a vraiment en formation un « Esprit de la Terre », - alors les éléments de cet Esprit ne sauraient se repousser, en définitive. Mais, plus puissante que toute tendance à l’extériorité mutuelle, il faut que se dissimule entre eux une foncière attraction. »
.
Jean-Pierre Fressafond
Omaha-beach.fr

