teilhard de Chardin


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VOIR ANNONCE DU 10/6/09



Dans ce chapitre, une démarche explicative est faite sur la fonction Vie

En effet la Matière évolue dans le Cosmos C’est aussi une évidence que l’homme évolue sociologiquement et psychiquement (mais nous y reviendrons plus loin)

Le Père veut voir l’évolution de l’humanité comme une force qui s’enroule et se centre ;ce constat qu’il fait, est la vision logique observée à tous les stades de l’évolution de la Vie ; organisations constantes, croissances obligées, tensions, états nouveaux, etc. ; La Vie de par sa propre loi est mouvement et changement.

Un état suit un autre état, plus riche que le précédent, de toute façon différent et rempli de possibles devenirs ; enroulements, compressions, actions qui me dépassent mais dont je suis moi aussi un des acteurs, et seulement acteur, et cette marche je ne peux l’arrêter (et que dire du dérisoire de celui et de ceux …qui voulaient être des dieux)

Donc au lieu de la dispersion, qui serait contre nature, il y a arrangement, tension, évolution, centration nous dit-il.




Conditions psychologiques de l’unification humaine


Si nous ne nous en n’étions pas suffisamment aperçus, le Père Teilhard nous fait pleinement prendre conscience de la marche constante de l’humanité vers plus de complexité et d’intériorisation.
Il nous fait à ce sujet trois remarques :
a) Nous devons être réellement partie prenante du mouvement planétaire, construire et évoluer dans celui-ci ; et quel exemple il nous donne dans sa « Messe sur le Monde »
:
« -Puisqu’une fois encore, Seigneur, dans les steppes d’Asie, je n’ai ni pain, ni vin, ni autel, je m’élèverai par-dessus les symboles jusqu’à la pure majesté du Réel, et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l’autel de la Terre entière, le travail et la peine du monde »

b) La deuxième remarque est que le mouvement est irrésistible c’est-à-dire existe est permanent dans sa matière et dans son mentale ; nous sommes engagés.

c) En fin, au réflexe compréhensible du repli sur soi face aux autres, aux différences, doit exister le désir, l’engagement vers le rapprochement et l’unification de l’humanité.

Mais, quelles raisons donneront à l’homme le goût de l’unification ? Quelles raisons donneront envi à l’humanité d’aller vers son achèvement centrique ?

D’abord la Vie doit sentir que le futur est ouvert, que tous les possibles peuvent être tentés. L’homme découvre s’il veut y prêter attention, que des avenirs nouveaux se font jour ; les verts pâturages dont il avait rêvé sont là, il suffit simplement de vouloir oser !

Pour que cette super humanisation se fasse, des « sens » en nous doivent s’affûter, nous est-il dit ; spécifications que nous avons en nous et qui demandent qu’à être plus exploitées.

Maintenant je me pose la question : N’est-il pas étrange que le père Teilhard ne parle pas plus explicitement de Dieu ?
A sa constante volonté de ne heurter personne, me semble-t-il, il me livre cependant le message qui convient. Il me parle du Tout.Essence pressentie depuis le font des âges, identité inscrite dans la mémoire personnelle et collective…

Sens Cosmique, sens de l’Humanité est-il encore dit.

Il est fait état de l’Est et de l’Ouest car tel était le monde quand il écrivait ce texte
A ce passé changé, d’autres nous occupent. Du chemin a été parcouru, mais il en reste à faire.
Avenir captivant car nous avons de nouveaux atouts ; l’ignorance peu à peu recule ;
Pour ne citer qu’un exemple, les nouvelles technologies mettent au grand jour des actions qui, avant, existaient sans crainte de la justice et de la vérité. Des nouveaux schémas se crées qui changent, modifient nos espaces…La psychologie permet de se mieux connaître, de mieux appréhender les autres ; la complexité de l’homme s’apprend ; les manques peuvent être compris, complétés, les frustrations analysées, etc.La vraie nature de l’Etre Humain s’exprime, quantum du Tout, vérité de la Vérité,

Le père Teilhard dit pour finir : « …vision brûlante d’un Univers, ouvert au delà de l’avenir, sur un Centre divin.

.





Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 28 Juin 2009 à 16:49 | Commentaires (0)
Je voudrai profiter de ce texte pour comparer la foi du père Teilhard de Chardin à celle que nous enseigne l'Eglise.

"Gloire à Dieu au plus haut des cieux
et paix sur la terre aux hommes qu'il aime.
Nous te louons, nous te bénissons,
nous t'adorons, nous te glorifions,
nous te rendons grâce pour ton immense gloire,
Seigneur Dieu, Roi du ciel ….." nous dit la prière ……

mais Teilhard nous dit :
"Il n'y a pas, concrètement, de la Matière et de l'Esprit: mais il existe seulement de la Matière devenant Esprit."
Et encore :
"La Terre est ronde pour que l'amitié en fasse le tour."

Combien de visages de croyants voit-on représentés tournés vers le ciel, implorant on ne sait quelle grâce, attendant, presque béatement qu'une pluie de bienfait ne leur tombe dessus.

Teilhard nous convie à une toute autre démarche.

Le texte soumis à notre étude aujourd'hui a été écrit en avril 1948, donc peu après que Teilhard ait subi un infarctus (juin 1947), triste rappel de la précarité de la condition humaine.
Quelques allusions à cette constatation se retrouvent d'ailleurs dans sa correspondance de l'époque : "….et mes amis …. m'adjurent de continuer à avancer, avec les moyens qui restent, aussi droit qu'avant ….."

J'insisterai donc aujourd'hui sur cette figure "d'en avant".
Je développerai essentiellement les idées qui se dégagent de cette phrase (page 291 de l'édition du Seuil) : "le grand événement des temps modernes est pour nous de découvrir que pour l'Homme, enfermé sur et en lui-même, il y a une issue en avant, (par auto-développement de quelque chose au-delà de l'Homme), alors que jusque-là on ne voyait d'issue qu'en haut (par évasion vers Dieu)"

Teilhard navigue donc entre les notions "d'en avant" et de "centration", jamais d'élévation si chères aux illuminés.

Teilhard nous demande, tout au long de ses écrits, de favoriser la "centration", l'"enroulement" des consciences afin de parvenir par "gravitation" à une sur-Humanité. Il y a dans ce concept une notion que me semble bien éloignée de celle qu'enseigne l'Eglise, à savoir :
""Gloire à Dieu au plus haut des cieux" qui place Dieu en dehors de l'Humanité, "et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. " qui sépare encore si besoin était les deux protagonistes si vous voulez bien me permettre de m'exprimer ainsi.

Teilhard nous suggère donc de regarder devant nous, parce que nous n'aurons aucune motivation à avancer si nous avons l'impression de tourner en rond, mais tout en nous centrant en une Humanité homogène bien que constituée d'individus bien différenciés.
"psychanalyser, non pas pour dégager, mais pour engager" …… voilà les termes de Teilhard, - développer le meilleur de chacun pour que le tout soit constitué par la somme de ces "meilleurs" -, voilà mes propres termes.
Devenir Dieu, non pas Dieux, au pluriel, non pas des Dieux, mais une Humanité déifiée, un groupement d'individus conscient de n'être rien tout seul mais d'être Tout ensembles …..

Est-ce une tâche difficile ? non, sûrement pas, le mouvement de rotation de notre planète nous emmène naturellement vers cette centration. Il nous suffit de nous laisser faire, de ne pas tenter de nous échapper de ce mouvement. Le sens cosmique dont nous parle si bien Teilhard est comme un courant qui nous entraîne, qui nous emmène, une "Foi motrice" dit-il, une "libido cosmique" ……

Mais il fallait un homme puissamment relié à la matière comme l'était Teilhard, mais aussi profondément croyant, croyant en Dieu, peut-être, mais surtout croyant en l'homme pour nous faire comprendre tout cela. C'est la matière qui a fait le lien entre Dieu et les hommes chez Teilhard, ce sont les petits bouts de fer qui ont rouillé dans ses poches d'enfant qui nous montrent le chemin vers l'HUMANITE.

















Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 28 Juin 2009 à 16:37 | Commentaires (0)
Dans ces premières pages Teilhard évoque l’existence d’une libido cosmique de l’humanité. A première vue le terme surprend, à la limite cela fait un peu canular de collégien. Heureusement, pour nous amener à découvrir ce que cache ce vocabulaire, il nous rappelle au préalable, plusieurs notions permettant de le prendre au sérieux:
- Tout d’abord la notion de centréité se conjuguant avec le constat de compression des sociétés humaines. Compression démographique mais aussi compression de l’information sur le territoire de la terre qui est à dimensions finies. Il assimile ces phénomènes d’organisation forcée de nos sociétés aux phénomènes physiques de gravité terrestre qui engendrent dans les profondeurs du sol chaleur et cristallisation. Les systèmes sociaux en se centrant provoquent d’une façon analogue, conscience collective et chaleur psychique.
- Il dit ensuite que ces corps sociaux, toujours plus agrégatifs, ne peuvent subsister que si, au dessus d’eux, il y a de l’espoir. Espoir d’un "univers non pas impersonnel et clos, mais ouvert, au-delà de l’avenir, sur un centre divin". Ceci à la manière de mineurs bloqués par un éboulement qui luttent parce qu’il ont l’espoir de la lumière du jour.
- "Centre divin" : dans ces mots résiderait ce qu’il appelle la libido cosmique, c'est-à-dire l’espoir et le désir de Dieu.
Ce centre divin, Teilhard l’évoque souvent dans son œuvre. Il n’est pas difficile d’en trouver de nombreuses citations dans ses livres. Toutefois on peut encore essayer de rechercher dans l’histoire des hommes et de l’évolution si l’on découvre des phénomènes d’organisation sociale liés aux forces de compression et de centration qu’il signale :
- Aux temps préhistorique d’abord. Yves Coppens vient de publier un ouvrage intitulé "Le présent du passé" (Odile Jacob). On y trouve bien sûr, une foule d’informations à caractère anthropologique. Mais, il me semble, qu’on y aperçoit comment, à force de compressions locales et d’expansions, l’homo "sapiens-sapiens" s’est progressivement développé et a conquis la planète en construisant sa propre morphologie.
- On peut évoquer également la construction et la chute de l’Empire Romain. Cette civilisation a connu un apogée, puis une décadence. On peut dire alors, que l’empereur Constantin, pour redonner un espoir moteur à cette civilisation, a risqué une tentative politique autour des conciles de Nicée en officialisant la religion chrétienne.
- On trouve d’autres tentatives pour créer de l’espoir dans notre histoire moderne. Ce sont les aventures totalitaires du 20ème siècle. Elles sont, comme dit Teilhard, "un clivage mystérieux" et il lui semble, qu’après l’horreur des fausses routes, "la terre angoissée attend le prophète qui lui interprètera le mystère de ce qu’elle veut et attend".
- Nous pouvons aussi trouver des prémices d’espoir dans les issues, encore difficilement dessinées à la crise que nous vivons, ainsi que dans les fantasmes électoraux que nous venons de connaître ici ou outre atlantique. Il n’est pas sûr, comme le pensent entres autres René Girard et Edgar Morin que l’apocalypse soit déjà commencé. Il flotte dans nos sociétés humaines comme un parfum d’espoir passionné.
Teilhard, qui n’est plus maintenant dans notre temps, et c’est bien dommage, pensait que les germes de l’espoir ne peuvent résider que dans un christianisme bien compris. Mais il ne s’explique pas vraiment sur la mise en œuvre de ce mécanisme christique opératif. Deux possibilités :
- ou bien il espère, optimiste, que celui-ci se diffusera de lui-même dans le monde un peu à la façon autonome dont se développent les idées nouvelles, de proche en proche et de séductions en séductions.
- ou bien il faut dire, encore une fois, qu’il compte sur le modèle du Christ cosmique. Ce modèle évolutif, "Christ cosmique", opérerait, en quelque sorte, comme le voit René Girard, par goût atavique de toute création de se trouver un modèle, de réagir et de se construire à coté de lui, selon l’expression de René Girard, d’une façon "mimétique".
Le Christ Guide humain est ultra moderne, c’est un guide espéré, capable de nous faire avancer chaque jour vers un horizon divin.



Christ cosmique

J’ai remarqué, que quoi qu’on tente comme analyse sur les textes de Teilhard, on se rend compte qu’il en revient toujours, pour affermir ses conclusions, à la notion de Christ cosmique. Pour en avoir le cœur net j’ai donc recherché à travers son œuvre ce qu’il en dit lui-même. Voici donc quelques citations (ce n’est sans doute pas exhaustif) :
Phénomène humain - Seuil tome 1 page 32 :
Principe de vitalité universelle, le Christ, parce que surgi homme parmi les hommes, s’est mis en position, et il est entrain depuis toujours, de courber sous lui, d’épurer, de diriger et de sur animer la montée générale de conscience dans laquelle il s’est inséré.
L’avenir de l’homme – Seuil tome 5 page 397 :
Le Christ mystique n’a pas atteint sa pleine croissance. Et dans la prolongation de cet engendrement est placé le ressort ultime de toute activité créée. Le Christ est le terme de l’évolution même naturelle des êtres.
Science et Christ – Seuil tome 9 à partir page 39 :
J’entends, par Christ Universel, le Christ centre organique de l’univers entier :
- Centre organique, c'est-à-dire auquel est suspendu physiquement, en définitive, tout développement, même naturel.
- de l’univers entier, c'est-à-dire non seulement de la terre et de l’Humanité, mais de Sirius, d’Andromède, des Anges, de toutes les réalités dont nous dépendons de près ou de loin (c'est-à-dire de tout l’Être participé).
- de l’univers encore, c'est-à-dire non seulement de l’effort moral et religieux, mais également de tout ce que suppose cet effort, à savoir de toute croissance du corps et de l’esprit.
- même réf. page 212 – Christ oméga, donc Christ Animateur et Collecteur de toutes les énergies biologiques et spirituelles élaborées par l’Univers. Donc finalement Christ-Évoluteur.

Lire sur ce sujet toute les pages regroupées sous le titre "Être plus".


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 27 Juin 2009 à 12:42 | Commentaires (0)

courriers des lecteurs

JP Frésafond/Emmanuel

Vendredi 26 Juin 2009
Le thème d’Emmanuel peut être traité de deux manières différentes :
1) L’aspect historico-politico-religieux
2) L’aspect ésotérique

Le premier sera traité succintement car il ne concerne pas le présent travail.
Le second sera traité profondément car il est au cœur de notre démarche spirituelle


1) ASPECT HISTORICO-POLITICO-RELIGIEUX

Le mot hébreux « Emmanuel signifie «Dieu avec nous « imaiou-El » qui signifie « avec »
« ou » qui signifie « nous » et « El » qui signifie Dieu « Dieu avec nous ». C’est presque un cri de guerre bien connu de toutes les armées du monde pour exhorter les soldats à tuer l’adversaire pendant les « guerres saintes » (elles se prétendent toutes l’être mais aucune n’est réellement « sainte » par définition, car l’acte de tuer est diabolique).

Mais pour comprendre cet aspect politique de l’histoire, replaçons nous dans le contexte hébreux de l’époque et de l’occupation romaine : les descendants du roi David voulaient reconquérir le trône et chasser l’occupant.

Lorsqu’on sait dans quelles conditions ont été écrits certains Evangiles et l’Apocalypse avec l’opposition des partisans de Jean-Baptiste les « apocalypcistes » et des partisans de Jésus, les « eschatologistes », on n’est pas surpris de constater que seuls Matthieu et Luc citent l’Ange Gabriel annonçant à Marie sa divine grossesse en lui disant à peu près ceci : « Tu es enceinte du Très-Haut, l’enfant que tu portes en toi est l’Envoyé, tu lui donneras pour nom Yeshua, on l’appellera Emmanuel ».
Matthieu ne fait pas dire cette annonce à Marie mais à son fiancé Joseph. Luc, lui, fait intervenir l’ange directement vers Marie.
Mais voici les citations exactes extraites du Nouveau Testament :

Matthieu : « Un messager de Yahvé apparaît en rêve à Joseph et lui dit : « Joseph, fils de David, ne frémis pas de prendre pour épouse Marie, ta fiancée. Oui, ce qui enfante en elle est du Souffle Sacré. Elle enfantera d’un fils. Crie son nom Yeshua parce qu’il sauvera son peuple (Yeshua signifie Yahvé sauve) de ses fautes. Or tout cela est arrivé pour accomplir ce qu’a dit Yahvé par son Inspiré. Il a dit : Voici, la Nubile aura dans son ventre et enfantera un fils, ils crieront son nom : Emmanuel »

Marc : Il ne fait pas d’annonce prénatale à Marie, en revanche il annonce Jean-Baptiste le Précurseur dans son Evangile.

Luc : Annonce ainsi la divine grossesse : « Au sixième mois de la grossesse d’Elizabeth (mère de Jean-Baptiste) le messager Gabriel est envoyé par Elohim dans une ville de Galilée nommée Nazareth vers une nubile, fiancée d’un homme. Son nom Joseph de la Maison de David. Nom de la nubile Miriam. Le messager entre près d’elle et lui dit : Shalom à toi qui a reçu la paix ! Yahvé est avec toi ! Elle, à cette parole, s’émeut fort et réfléchit. Cette salutation que peut-elle être ? Le messager lui dit : ne frémis pas, Miriam ! Oui, tu as trouvé chérissement auprès d’Elohim. Voici, tu concevras dans ta matrice et enfanteras un fils. Tu crieras son nom Yeshua. Il sera grand et sera appelé Ben Elion, Fils du Suprême. I.H.V.H.Elohim lui donnera le trône de David, son père.Il règnera sur la Maison de Jacob, en pérennité, sans fin à son royaume. Miriam dit au messager : Comment cela peut-il être, puisqu’aucun homme ne m’a pénétrée ? Le messager répond et lui dit : Le Souffle Sacré viendra sur toi, la puissance du Suprême t’obombrera (te couvrira de son ombre) , ainsi, Celui qui naîtra de toi, sacré, sera appelé Ben Elohim (Fils de Dieu) »

(La connotation politique de cet Evangile est flagrante).

Jean : pas d’annonce, si ce n’est le Prologue.

Matthieu fait précéder son Evangile de la citation des 14 générations allant d’Abraham à David, des 14 générations allant de David à la déportation à Babylone, et d’encore 14 générations séparant cet évènement de l’arrivée du Christ ; cela confirme et met en évidence la lignée royale de Jésus et la légitimité de son rôle de Messie au sens premier du terme : celui qui a reçu l’onction royale (similaire à celle des rois européens). On constate donc que la préoccupation principale des disciples de Jésus était de rétablir la royauté en Israël.
Le sens du mot Messie que nous connaissons actuellement est relativement récent, par rapport aux évènements dont nous parlons. Tout le monde admet que la préoccupation première de Jésus n’était pas de devenir le roi des juifs, et c’est d’ailleurs ce qui fut la cause de son arrestation après la trahison de Judas. Cela est confirmé par les paroles rapportées dans les Evangiles : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi de Moïse, mais pour la rétablir ».

Je ne développerai pas davantage ce chapitre et je vous invite à lire de livre de l’historien Laurent Guyenot « JESUS et JEAN-BAPTISTE,ENQUETE HISTORIQUE sur une RENCONTRE LEGENDAIRE » publié chez Imago-Exergue.


2) ASPECT ESOTERIQUE DU MOT EMMANUEL

Pour simplifier l’exposé et aller droit au but, je vais commencer par l’Annonce faite à Marie par l’Archange Gabriel, qui peut être interprétée comme l’annonce du phénomène christique, évènement hautement probable dans l’évolution qui conduit au phénomène humain selon Teilhard de Chardin.

Pour nous mettre dans l’ambiance de la symbolique maçonnique, je ferai un rapprochement avec les peintres italiens du XVe siècle dont nombre d’entre eux étaient des initiés ; ainsi Fra-Angelico (et plusieurs autres peintres) s’est plu à représenter l’Annonciation (leur thème favori avec la Descente de Croix). Il a représenté les anges et la Vierge Marie avec les deux mains croisées à plat sur la poitrine, geste rituel s’il en est …

Le mot Emmanuel est celui de l’annonce de la réalisation de la Promesse, celle qui est faite par la Parole qui fut perdue lors de la « cristallisation » de l’Esprit dans la matière (on pourrait dire aussi enlisement de l’Esprit dans la matière).

Mais la Parole n’est pas perdue, elle est seulement cachée. D’ailleurs, si elle était vraiment perdue, il n’y aurait aucun espoir de la retrouver, pour la bonne raison que l’évolution de la matière n’aurait jamais eu lieu et nous ne serions pas ici pour en parler. En effet, l’évolution de la matière primordiale vers la vie n’est pas due aux seules forces électrochimiques, atomiques, nucléaires etc …ainsi qu’au hasard. L’évolution est due à une « information divine » consubstantielle à la matière. La matière est déterminée, elle est chargée d’intentions, Dieu est en elle : Emmanuel.

Non, la Parole n’est pas perdue, elle est seulement cachée de telle manière que l’Homme puisse la retrouver par lui-même. Par lui-même, cest cela qui est important. C’est l’objet de notre démarche.
Pour mieux exprimer cette idée que Dieu est en nous, et qu’il est la cause de tout ce qui est, je citerai le scientifique et mystique Pierre Teilhard de Chardin, qui s’exprime comme suit dans l’un de ses livres, le plus synthétisant de sa pensée, LE PHENOMENE HUMAIN (tome 7/Editions du Seuil) :
« Dans le monde, rien ne saurait éclater un jour, comme final, à travers divers seuils (si critiques soient-ils) successivement franchis par l’évolution, qui n’a pas été d’abord, obscurément primordial. »
Cet homme parle du Principe Divin comme d’une « Conscience Elémentaire», présente déjà dans chaque particule, et la somme de toutes ces consciences dans l’univers formerait ce qu’il nomme « le quantum initial de conscience de l’univers » et, l’âme de chaque être humain en serait le foyer de transmutation. Pour confirmer cette idée, je citerai Saint Thomas qui a dit :
« Si l’Esprit est cause de la matière, c’est une merveille ; si la matière est cause de l’Esprit, c’est merveille des merveilles ».

On retrouve l’idée d’Emmanuel dans le texte que Saint Jean l’Evangéliste a retranscrit d’après les paroles du Christ prononcées dans le Jardin des Oliviers, pendant la nuit avant son arrestation ; texte intitulé « prière sacerdotale du Christ » dont le thème développé est une prière de Jésus adressée à son Père, l’esprit de ce texte étant « Lui en Moi, Moi en Lui ». Ce texte peu connu (très hermétique) a été utilisé par Maître Eckart pour construire son système de pensée. La pensée maçonnique du XVIIIe siècle, elle aussi, est inspirée par cette Prière Sacerdotale.


3) LE MOT EMMANUEL DANS LE R.E.A.A.

Le mot Emmanuel est la précision complémentaire indispensable pour comprendre la formule V.I.T.R.I.O.L. (visite l’intérieur de la terre, rectifie, et tu trouveras la Pierre secrète) qui pose un défi.
I.N.R.I. en est la réponse (La nature est entièrement régénérée par le feu), c’est la Parole Perdue. Le chevalier Rose Croix doit faire avec cela pour maîtriser son existence.
D’ailleurs, le centre de l’Homme étant spatialement nulle part, c’est par le vouloir que l’on fait le pas vers la conscience supérieure. La liberté de l’Homme réside essentiellement dans ce pouvoir de décision : vouloir ou ne pas vouloir.

Le chevalier Rose Croix n’a pas besoin d’autres outils que ces quatre formules : V.I.T.R.I.O.L., EMMANUEL, I.N.R.I. , C’EST LA PAROLE pour avancer plus loin. A-t-il besoin de savoir ? je ne le pense pas car, par rapport à la réalité de l’univers, à notre niveau d’êtres humains, que l’on soit savant ou pas, le niveau du « connaissable » n’est pas très élevé ; on ressent davantage que l’on ne sait, et avec cela il faut croire, ou plus exactement, se forger une conviction. Un seul signe suffit au chevalier pour symboliser toute la connaissance nécessaire à l’Homme, c’est le Signe de la Croix qui, dans son axe vertical, délimite, en bas, sa naissance initiatique et, en haut, sa suprême initiation que le profane nomme la mort. Ces deux limites, le bas et le haut, sont placées sur l’axe infini de l’Esprit. L’axe horizontal de la Croix marque les limites de l’univers spatiotemporel.

Avec ces quatre mots et le signe de la Croix, l’Homme peut accéder à la grâce divine, sans passer par l’inaccessible savoir, c’est ce que nous appelons la Voie Royale, ou la Rose, symbole de la Rédemption.

Vouloir accéder à la connaissance par le savoir équivaut à passer par le long chemin tortueux du doute qui est placé sur l’axe horizontal de la Croix. L’axe vertical est celui de la foi, plus on le monte, plus l’axe horizontal se réduit, ce qui n’est pas une raison suffisante pour le lâcher : sans lui on ne sert à rien ; or, telle est la finalité du chevalier Rose Croix : s’initier soi-même et aider les autres à s’initier.

Le chevalier Rose Croix doit servir, et pour ce faire, il doit approfondir la notion de bien et de mal.


4)LE BIEN ET LE MAL

Le développement de l’idée Emmanuel induit le concept du bien, car Dieu est en nous, c’est donc l’idée que l’on se fait du bien En extrapolant cette idée, nous sans Dieu serait donc le concept du mal ?
. Malheureusement pour notre petite conscience d’êtres humains qui avons tendance à tout simplifier (et pour cause) , le problème du bien et du mal est beaucoup compliqué qu’il n’y parait de prime abord, dès lors que l’on cherche à l’approfondir. Le tigre qui mange un homme ne fait qu’écouter la loi de la nature.

Le concept du bien et du mal , tel qu’il est exposé dans les catéchismes des religions induit l’idée manichéenne de deux forces contraires : les forces du mal s’opposant aux forces du bien ; et comme dans cette pensée, Dieu est l’Esprit et satan la matière, tout ce qui est esprit est le bien, tout ce qui est matière est le mal (cf l’hérésie cathare).
Je ne pense pas que cela fonctionne ainsi, car Dieu est dans la matière, Il est l’Energie et l’Information primordiale et principielle, Il est la matière, lon ne peut donc pas séparer l’esprit et la matière.

Avant d’avancer plus loin dans l’analyse du bien et du mal, je vais tenter de définir ce qu’ils sont l’un et l’autre. Ce sera chose délicate car ce qui est bien jusqu’à un certain stade de l’évolution de la matière, devient mauvais au stade suivant et, même à l’intérieur du même stade, une caractéristique qui est bonne peut révéler certains effets pervers, idem pour ce qui est mauvais (à l’inverse).
Le tigre a le devoir de tuer pour survivre, c’est l’Homme qui n’a pas le droit car telle est sa loi du fait qu’il est conscient.

Pour donner une idée du concept que je voudrais développer, je propose la définition suivante : Les forces du bien seraient un courant de force dans la direction d’un certain objectif, et qui perturbe les courants sauvages, aveugles et égocentriques des forces primitives de l’évolution de la matière.
En « amont » de ce schéma cadré dans l’univers spatiotemporel, le Créateur doit se « heurter » à un mur du néant contre lequel son effort doit s’amortir comme un coup de poing porté sur un ventre mou de sumitomo. Dieu lutte aussi contre le néant, deuxième combat qui doit être, à mon avis, aussi dramatique que l’autre, bien qu’il soit d’un genre différent.
En plus de son combat contre le néant, le Créateur est à l’intérieur des forces qu’il a déchaînées pour qu’existe l’univers manifesté, le Créateur doit faire en sorte que l’évolution de la matière ait un sens, et c’est à ce niveau que doit intervenir son courant de forces orientées.

Mais revenons sur terre… on pourrait dire que les personnes vouées au mal n’ont pas, à priori, la volonté de faire le mal car elles n’ont pas la « conscience du mal ». Elles n’ont que la notion du moi et dès lors on conçoit très bien qu’elles n’aient pas la notion du bien tel que l’entendent le code moral et les religions, et ce, pour la bonne raison qu’elles n’ont pas la notion de l’autre. Pour eux, n’écoutant que la loi sauvage de la nature, tout ce qui est bon pour eux est le bien. Dans le prolongement de ce raisonnement, selon le point de vue des gens moraux, on pourrait dire que le mal est l’absence de bien …et toujours dans le style de ces définitions imagées, on pourrait dire que le mal c’est le moi et que le bien c’est l’ensoi.
Vous remarquerez que la boucle n’est pas fermée (on n’est pas revenu à l’hérésie cathare manichéenne), nous progressons en suivant une spirale infinie, nous sommes à la spire suivantte puisque nous arrivons à constater la différence entre le moi et l’ensoi. Si notre tigre était un homme qui ne connaît pas le code moral qui régit la société, il en serait de même, sauf qu’à cet « homme tigre » on pourrait, bien que ce soit difficile, lui faire prendre conscience de notre code moral. On pardonne à l’homme tigre (au moins une fois) parce qu’il ne sait pas ce qu’il fait. Après « initiation » aux lois de la société, si l’homme continue à se comporter en homme tigre, à ce moment là seulement il devient « forces du mal ».
Père, pardonne leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, ainsi s’exprimait le Christ sur la croix. Cette « parole » est la base de notre code moral, mais elle ne doit pas devenir le prétexte à un non engagement qui serait destiné à aider le courant du bien.

Au fil du raisonnement nous constatons que la notion de bien et de mal n’apparaît qu’à un certain stade de l’évolution, celui de la découverte de l’autre comme étant un autre nous-même. Au passage, je ferai remarquer que l’Homme n’a pas le privilège de la conscience de l’autre car cette notion existe déjà dans le comportement de certains fauves pendant leurs affrontements à l’intérieur de la même espèce (confirmation de la loi récurrente de Teilhard, citée au début de cet ouvrage : « rien ne saurait éclater qui ne soit déjà obscurément primordial (…) »

En guise de morale à ce chapitre, je dirai que celui qui a pris conscience est non seulement responsable de lui-même mais aussi des autres restés au bord du chemin.

Maintenant nous pouvons admettre que penser à l’autre n’est pas une chose qui va de soi. Résumons :
-Il faut une initiation pour prendre conscience,
-Il faut une conviction et une volonté pour faire ce travail sur soi.
Ainsi présenté, on comprend mieux le fait qu’il y ait beaucoup de gens qui ne pensent qu’à eux-mêmes, et peu de personnes qui pensent aux autres. Bien souvent, seul l’intérêt personnel pousse les gens à utiliser l’autre, donc à ne pas l’ignorer totalement !

Nous constatons que la conception du bien et du mal est une notion relative, plus ou moins intégrée dans les forces qui régissent les sociétés suivant les degrés de conscience et les références diverses.

L’univers est une expansion composée des trajectoires de tous les individualismes qui se coupent, se bousculent et s’éliminent entre elles. L’univers est la résultante de tous les égoïsmes. L’univers de la matière n’est donc pas en soi une « force du mal » mais un chaos de forces rivales qui ignorent que ce chaos contient une information pour un certain ordre. L’univers est un fouillis d’inerties par rapport aux forces qui voudraient y mettre de l’ordre ; forces que nous convenons de nommer « forces du bien » à défaut d’une autre définition.

De même, la formule disant que la Lumière doit vaincre les ténèbres est, elle aussi, très satisfaisante pour symboliser l’affrontement bien/mal car seule la Lumière est chargée d’énergie alors que les ténèbres sont absence d’énergie (on rejoint ma remarque précédente : le mal est l’absence de bien).





Exploitons cette idée : les ténèbres sont « absence d’énergie » ou du moins pas tout à fait …car elles absorbent l’énergie sans la renvoyer et, faisant allusion au monde profane, dans les ténèbres il y a des éléments « miroir » qui renvoient l’énergie de la lumière vers leur émetteur.
Ces « miroirs » sont des individus initiables, des « cherchants ». De tels miroirs sont rares, mais il faut savoir qu’ils existent et ce postulat doit nous maintenir debout plutôt que couchés.

Si l’univers est dual dans son essence énergétique (voir les particules, tout tourne, tout vibre), il est monal dans le contexte divin, Dieu est seul face au néant (niveau non manifesté). Quant au niveau manifesté, citant encore Teilhard de Chardin, à travers le phénomène humain, le principe divin défie l’entropie.



5) CONCLUSION

On pourrait résumer un travail sur EMMANUEL par six mots :
Dieu en nous
Nous en Dieu

Cet aphorisme définit notre croyance en une force qui domine et constitue la matière (je rappelle que l’ouverture des travaux au 1er degré symbolise la création du monde). Et alors, diront les rationalistes et matérialistes, quelles conséquences cette croyance génère-t-elle dans la société et dans chaque individu ?

Il est impossible de rester indifférent face à cette question, car l’Homme ne vit pas seul mais dans une société. Certains déclarent pourtant que cette question ne les préoccupe pas, ils imaginent en disant cela se placer en position de supériorité et de totale liberté de pensée. En réalité ils font le contraire, ils s’infériorisent car sans limite et sans contrainte la société qu’ils engendrent est décadente voire inexistante.

En considérant les choses avec honnêteté intellectuelle, force est d’admettre qu’il est impossible de rester indifférent à la question des croyances, pour la bonne raison qu’un être humain ne peut se désintéresser du mystère de la vie et que seuls la brute et l’animal peuvent y être indifférents.

La vie en société rend nécessaire l’existence des croyances car elles sont absolument conformes aux lois naturelles et, toutes les expériences sociales ayant voulu s’en passer, se sont rapidement transformées en échecs retentissants.
Une croyance n’est pas autre chose qu’une manière d’envisager les mystères de l’existence du monde et une codification (bien/mal) des devoirs sociaux qui en découlent. Selon cette définition, les croyances ne peuvent pas ne pas exister car les besoins auxquels elles répondent ne se sont jamais tus depuis que l’Homme est Homme.
Si nous vivions seuls et isolés les uns des autres le problème des croyances ne se poserait pas de la même manière, la force serait notre seule loi, chacun pourrait suivre son rêve en ce qui concerne l’au-delà, ou n’en former aucun, suivant la portée de son intelligence. Une solution dans un sens ou dans l’autre ne serait pas nécessaire, puisque ce que ferait chaque individu n’aurait aucune incidence sur la vie du voisin, étant donné qu’il n’y aurait pas de voisin.
Il en va tout autrement dès lors que nous vivons en société et, de ce fait, un premier problème se pose à nous, impérieusement et inévitablement, c’est celui de la loi des rapports qui doit exister entre êtres associés et qui induit à son tour la résolution du problème des croyances.

En excluant le cas où l’Homme asservirait ses semblables par la force, toute société comporte forcément des conventions qui, elles, reposent sur un pacte. Le principe de ce pacte est celui qui règlera la part de don de soi que l’individu doit à la société.

Dès lors, une autre question se pose : au nom de qui et de quoi les individus qui n’étaient pas nés à l’origine de ce pacte, se condamneraient-ils aux sacrifices imposés ?



Un deuxième problème se pose : quel intérêt l’individu retire-t-il à respecter ce pacte ? La réponse est : à l’ordre moral qui règnera dans la société ; mais ce n’est pas une réponse acceptable pour le commun des mortels, car un désir dont l’assouvissement est interdit par l’ordre moral fait de l’individu un être malheureux
Pour répondre à la question posée par ce deuxième problème, on invoquera le bonheur futur de l’humanité et le paradis dans l’au-delà. Mais cette promesse est tellement lointaine et incertaine aux yeux des incroyants, alors que les malheurs présents sont, eux, terriblement réels, que les incroyants réclameront, à juste titre d’ailleurs, le droit au libre examen et à la liberté absolue de conscience, droit qui est utilisé comme alibi universel pour justifier tous les égoïsmes.
C’est ainsi que la société actuelle, dite libérale,.est la porte ouverte à tous les excès et à tous les débordements.
A bout d’arguments, on parlera à l’individu, non pas de son bonheur futur à lui, mais de celui des générations futures …
C’est ainsi qu’ insidieusement, progressivement, de manière récurrente, se pose sans cesse le problème des croyances, car, l’individu se préoccupera plus ou moins du bonheur de l’autre suivant qu’il sera adepte de telle ou telle croyance.

La question des croyances se pose donc impérieusement à l’Homme, par le fait même qu’il vit en société et sa résolution ne fait qu’un avec le problème social, sauf si nous voulons tout résoudre par la force et la contrainte.
Quoi que nous fassions, nous n’échapperons pas à la nécessité sociale suivante : CROIRE, puisqu’on ne peut pas savoir scientifiquement ce qu’est l’origine et la destinée de l’univers et, de là, en déduire quels devoirs les Hommes ont les uns envers les autres … Le choix est restreint et se résume en trois possibilités :
-Le règne des croyances,
-Le règne de la force,
-ou l’absence de société.

Je terminerai par cette formule lapidaire
En dehors de nous-même il n’est point de salut,
La Révélation est en nous et nulle part ailleurs,
L’Esprit est dans la matière : Ordo ab chaos
Telle est la signification d’Emmanuel.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 26 Juin 2009 à 13:04 | Commentaires (0)

VOIR A NONCE DU 10/6/09


Première partie de l’étude

Elle porte sur le 8ème thème de réflexion du tome II intitulé « Sur la nature du phénomène social humain et la relation cachée avec la gravité ».

Le mot gravité induit en erreur le néophyte, car il pense tout de suite à la pomme qui tombant de l’arbre en direction du centre de la terre heurta le crâne de Newton qui faisait la sieste. La gravitation est universelle, comme son nom l’indique, c’est l’une des plus importantes lois de la physique. La gravité exerce son action partout où il y a de la matière, elle fait tomber les pommes, elle modifie la trajectoire des objets qui se déplacent dans l’univers.
Dans ce chapitre, Teilhard explique que son principe de centro-complexité n’est pas sans lien avec la gravité.

Partant du principe du « dedans des chose »s coiffant toute la pensée de l’auteur, les points forts concernant ce chapitre huit sont au nombre de six. Je les résume ci-après :

-1- Dans l’univers, tout tourne autour de tout, la ligne droite n’existe pas, l’univers est courbe. Les objets exercent une force d’attraction proportionnelle à leur masse : la gravité.

-2- Si l’on considère l’évolution de l’univers, tout tourne, certes, mais les trajectoires ne repassent jamais par le même point, elles forment des spirales se développant vers l’infini.

-3- Paradoxalement à la trajectoire en spirale des éléments de l’univers et des systèmes qui les regroupent, les éléments et les systèmes ont une tendance à se centrer et à se complexifier à l’infini. Les forces centrifuges se combinent aux forces centripètes. Entre l’infiniment grand et l’infiniment petit se place l’infiniment complexe. Voilà qui est rassurant !

-4- Contrairement aux physiciens de son époque (ce n’est plus le cas maintenant) Teilhard, dans un discours pédagogique, parlait d’un »dedans » et d’un « dehors » des choses. Les théories de la physique, selon Teilhard, s’appliquent à la matière totale (« dedans » et « dehors » des choses) et, en vertu de la consubstantialité de la matière et de l’esprit, les principes qui s’appliquent à la matière concrète des physiciens s’applique aussi à l’esprit : évolution, complexification, centréité, etc … Ce postulat est audacieux mais incontournable et, malheureusement pour les matérialistes, il est irremplaçable. L’esprit se comporte comme la matière.

-5- Conséquence de tout ce qui précède, pour l’esprit, la théorie de complexité/centréité/conscience se manifeste en convergence lorsque l’esprit est libéré de sa forme matière ; il s’enroule et se centre (référence aux monades de Leibniz).

-6- Enfin, postulat encore plus audacieux que le précédent : toute cette évolution est irréversible. Cela, nous l’avions compris, dès lors que nous acceptions la trajectoire de l’évolution en forme de spirale.


Seconde partie de l’étude

Le titre du second thème de réflexion est « Conditions psychologiques de l’unification humaine ». Il s’enchaîne logiquement avec le précédent dont il reprend en partie ses éléments et arguments. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé de les reprendre et de les traiter ensemble.
Mais, dans ce présent travail, je focaliserai sur les éléments psychologiques. La psychologie, c’est chacun de nous, elle nous touche tous, c’est un facteur extrêmement puissant sur nos comportements. C’est une composante sur laquelle nous pouvons agir, ce qui n’est pas toujours le cas pour les autres facteurs.

La compression de l’humanité grandissante sur la surface limitée de la planète a créé des problèmes socio économiques. Organisée en sociétés, l’humanité a été obligée de traiter ces problèmes, plus ou moins habilement, mais dans tous les cas l’intérêt général passe avant les intérêts particuliers ; d’où l’émergence de malaises dus, en partie, à l’incompréhension et à l’égoïsme (bien légitimes pour une humanité adolescente). Pourtant, la survie de l’humanité (car il s’agit bien de cela) commande de réagir et de résoudre ces conflits socio économiques, qu’il faut considérer comme normaux dans le contexte d’une crise de croissance.

Guerre, crise économique, chômage, problèmes sociaux et sanitaires, santé, écologie, éducation, recherche, etc… sont des difficultés fondamentales et incontournables que l’humanité doit résoudre pour survivre.
Le postulat d’irréversibilité de l’évolution, proposé par Teilhard, n’exonère pas l’humanité du risque de sa disparition, il faut être optimiste mais lucide.
Disparition de la vie, disparition de l’esprit, telle est la définition de l’enfer. Je vais citer Teilhard pour assoire ce que je viens de dire (p. 64 du tome II/manuel d’étude) :

« Astronomiquement et biologiquement, on pourrait croire que nous sommes irrémédiablement prisonniers et dépendants de l’évolution physico-chimique, nécessairement bornée, de la terre. Une telle dépendance et limitation serait contradictoire avec un élan évolutif réfléchi qui exige d’être irréversible. Sous peine de s’arrêter sur soi, la vie doit pouvoir conjecturer l’existence en avant d’une issue par où elle puisse échapper à une mort totale, si sa maturité spirituelle est atteinte. »

Existerait-il un seuil critique pour qu’une âme soit éternelle ?

Comme un miroir, ce texte nous renvoie à nous-mêmes, nous sommes seuls et responsables pour livrer un combat contre nos égoïsmes et nos aveuglements, ainsi que contre nos réactions instinctives qui vont à l’encontre du sens nouveau de l’espèce, que nous devons imaginer et développer.

Pour les animaux ce problème n’existe pas. Ils n’ont pas à réfléchir et n’ont qu’à suivre le chemin indiqué par leurs instincts. Leurs instincts les protègent, certes, mais ils limitent surtout leur évolution, ils ne sont pas libres. Pour l’humanité il en va autrement, nos instincts sont partiellement désactivés, enfouis dirons-nous, par notre conscience et notre pouvoir de réflexion. Cette liberté a un prix. Car il faut le savoir et en tenir compte, si non nous irons droit dans le mur. Nous avons tous, suivant nos niveaux de conscience respectifs, un devoir d’information et de transmission ; c’est aussi cela le sens de l’espèce humaine. Notre liberté est liée à notre devoir de responsabilité. L’un ne va pas sans l’autre.

Je terminerai ce travail par une citation de Teilhard, prélevée page 65 du tome II du manuel d’étude :
« Et c’est ici que m’adressant aux professionnels de la psychanalyse, je leur dirais ceci :jusqu’à présent votre science s’est surtout préoccupé de faire apercevoir à l’individu certaines impressions enfouies et oubliées, mais secrètement actives et qui une fois démasquées et acceptées, s’évanouissent à la lumière. Mais une œuvre de clarification plus constructive vous attend, vous devez aider l’individu à déchiffrer en lui-même les grandes aspirations qui sont l’objet de ce livre. Cette opération serait l’inverse de la précédente : analyser, non pas pour dégager, mais pour ENGAGER. Faire lire l’Homme en soi, non plus pour dissiper des fantômes, mais pour donner consistance et satisfaction à certains grands besoins existentiels. Non plus un travail de guérisseur, mais d’ingénieur pour l’élaboration d’une psycho-énergétique à l’usage d’un groupe zoologique en cours de totalisation planétaire.
Si la terre humaine hésite encore aujourd’hui dans son mouvement, s’il y a pour elle un risque de s’arrêter demain, c’est par défaut d’une vision suffisante, d’une vision proportionnée à l’énormité et à la variété de l’effort à donner.
Dans ces conditions, sans négliger les contingences matérielles, mais par un effet conjugué avec les progrès de la technique et de la science,c’est vers l’exploration et l’exploitation de sa véritable et toute nouvelle libido cosmique que l’humanité doit désormais consacrer la plus grande et la meilleure part de son attention ».




Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 24 Juin 2009 à 10:57 | Commentaires (0)

Chapitres 8 et 9/L'ACTIVATION DE L'ENERGIE pour le 26/06/09


Il est possible de faire la synthèse de ces deux chapitres en traçant une volute (1), comme celle de la coquille d’un escargot, celle d'une fougère naissante, celle d’un violoncelle, ou encore celles de certaines galaxies dont j'ai vu les photos. Ces exemples permettent d'utiliser en la transposant l'idée de volute sur différents niveaux de la vie.

Parce que la volute se développe dans un plan, elle rapproche l’escargot et la lointaine galaxie et révèle leurs liens de parenté, leur "air de famille" : ils sont inscrits tous deux dans un MEME PLAN, celui de la matière de l’univers. Ils sont dans un MEME "ENSEMBLE" au sens adverbial et mathématique du terme.


1- LECTURE D'UNE VOLUTE à PARTIR de SON CENTRE VERS l'EXTERIEUR

Après les calculs préalables, c’est seulement en déterminant d'abord un centre initial, ("centre" chargé de toute la symbolique teilhardienne ) que l’on peut la tracer ; non pas l’inverse.

Ce centre étant nommé i[« œil » ]ien architecture, il est facile de faire l’analogie avec la conscience individuelle.. C'est ce qui m'incite à penser que tout ce "système" ne peut être déclenché qu'à partir d'une prise de conscience personnelle et distincte. D'où les conséquences incalculables du rapport entre l'élément et l'ensemble qui le contient.

C’est à partir de l’œil de la volute que la courbe va s’enrouler, déployer ses révolutions vers l’extérieur, formant ainsi des arcs de cercle de plus en plus nombreux, de plus en plus en plus grands.

Nous pouvons maintenant supposer que la volute représente l’évolution, la « tension psychique » croissante d’un individu et, partant de là selon Teilhard, un accroissement de sa complexité, et donc de sa conscience selon sa loi CENTREITE/COMPLEXITE/CONSCIENCE.

Dès lors, proposons que le regard de l’individu (sa conscience) sur son environnement soit de plus en plus pénétrant, évasé et capte des informations de manière exponentielle (élargissement en taille et en nombre des courbes autour du centre). Nous avons là une représentation de l’accroissement de ses repères, du nombre d'indications reçues, de ses liens et des interactions SUR SON environnement. L’individu exerce un champ gravitationnel en amenant déjà à soi expériences, observations, émotions, etc … pour les assimiler et, ensuite, les reporter, les rayonner (échanges de l’ individu avec la société). C’est le champ gravitationnel de l’individu sur son environnement.

[2- LECTURE de la VOLUTE DANS l'AUTRE SENS, à PARTIR de la PERIPHERIE VERS le CENTRE :

Notre volute ayant été d'abord tracée, maintenant nous pouvons aussi avoir une représentation des effets induits de l’environnement SUR l’individu (interactions de la société sur l’individu).

Ainsi, le mouvement des révolutions sur soi de l’étoffe de l’univers - que cet univers soit à l’échelle micro ou macro- révèle nécessairement la présence d’ un champ d'attraction exercé par le phénomène social (s'il était encore à prouver !)

Finalement, la volute m’a permis de schématiser la synthèse des deux chapitres à l’étude :
- Présence d’un CENTRE = « œil » = CONSCIENCE.
-ENROULEMENT des révolutions exponentielles (micro/macro) lesquelles schématisent
une COMPLEXIFICATION d'intensité croissante.
-Cohérence, UNIFICATION de l'ENSEMBLE = GRAVITE

La lecture de la volute étant à double sens, elle permet d’envisager l’unification de chaque élément dans la société humaine, elle-même étant intégrée dans le tissage et dans "l’enroulement sur soi de l’étoffe de l’univers » (TDC). L'enroulement sur soi de cette étoffe, vu en coupe, représente bien une volute.

Lorsque Teilhard écrit " L'expression la plus générale que nous puissions donner à la fonction Vie est de nous la représenter comme un mouvement de l'étoffe cosmique sur elle-même" ... La vie, selon Teilhard, serait - elle une Pénélope qui tisse un interminable tapis en attendant fidèlement le retour de son époux Ulysse ?

Je laisse à chacun le soin d'identifier cet "époux"selon ses valeurs et sa culture.
D'un point de vue personnel, l'époux est Oméga, le Christ, cf. « Le CANTIQUE DES CANTIQUES » qui relate un hymne d’amour entre principe féminin (la matière) et principe masculin (Esprit divin dans la matière).Cette dernière citation fait référence à Teilhard lorsqu’il utilise l’expression évocatrice de « libido cosmique » qui se manifeste à tous les stades d'évolution. Pour Teilhard c'est très claire : la perspective globale du monde est de "s'amoriser"

La présence de l'Esprit (de l'information primordiale selon Teilhard) fait évoluer la volute (surface plane) en spirale (élan vertical) en se servant de tous les degrés de densité de la matière,jusqu'à sa forme la plus éthérée comme la musique.


(1) je me suis documentée dans un livre "Abrégé de géométrie pratique, appliquée au dessin linéaire, au toisé et au lever des plans" orné de 400 gravures en taille douce. Paru chez les éditeurs A.Mame et Cie. et Poussielgue-Rusand janvier 1842



Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 11 Juin 2009 à 11:29 | Commentaires (0)
Dans ce texte, que l'on pourrait intituler plus brièvement "Technique et Humanité", Teilhard réfléchit sur les rapports entre progrès techniques, machinisme et conscience. (il serait intéressant de connaître à quel public s'adressait cette conférence donnée en 1947 à Paris.)

Comme toujours, Teilhard domine le sujet de très, très haut. Il virevolte, tel un funambule inspiré, dans les hautes sphères d'une spéculation, en apparence très éloignée du sujet considéré, technique, machinisme, chômage, en apparence seulement. Parfois, il semble reprendre pied dans le réel, mais ce n'est que pour rebondir, encore plus haut, la tête dans les étoiles.

"le progrès ou l'industrie ….. est susceptible d'entraîner les plus grandes conséquences spirituelles". C'est là une idée récurrente chez Teilhard : tout doit concourir à un accroissement de conscience. L'auteur nous montre que tout le processus d'arrangements cellulaires, toute l'organisation de la matière aboutit à la "conscience proprement dite, propriété spéciale aux très grands complexes".
Un autre complexe se forme ensuite : "le phénomène social", groupement d'individus arrivés au sommet de leur complexité, d'où l'apparition d'un "psychisme supérieur", sorte de filet arachnéen qui encercle l'univers.

Teilhard, ensuite, semble retrouver la terre, il passe de l'intelligible au sensible en reconnaissant chez l'homme ultra-complexe, une réalité matérielle : c'est un cerveau, certes, mais aussi des "mains". Par le travail de ces mains, par le machinisme, tout le groupe social est donc concerné. Mais le machinisme, fonctionnement d'engins diversement compliqués, devient à sont tour un "foyer de conscience "chez ses utilisateurs. Teilhard remonte dans le monde des idées, il propose là un bel idéal, mais tous les hommes sont loin de trouver dans la technique "un foyer de conscience", c'est le plus souvent un sujet d'asservissement. Mais il n'en reste pas moins que c'est Teilhard qui a raison.

Cependant, la technique peut libérer l'homme de travaux pénibles. Alors "deux bras libérés, c'est un cerveau libéré pour la pensée" et d'une chiquenaude, Teilhard évacue le problème du chômage "qui inquiète tant les économistes". On ne peut qu'admirer cette pensée, et la forme lapidaire dans laquelle elle se coule, tout en constatant sa vertigineuse altitude et son éloignement du réel. Dans les faits, à l'apparition d'un progrès, c'est le contraire qui a lieu. Souvent les "bras" ont cassé les outils nouveaux. Ainsi à Lyon, au XVIIIème et XIXème siècle, les Canuts ont commencé par casser et brûler les métiers Jacquard et ont même tenté de les jeter au Rhône. Les Canuts voyaient avec fureur le spectre du chômage. Quelques années après, dix huit mille métiers Jacquard fonctionnaient à Lyon, apportant un accroissement de travail et de ressources et une pénibilité moindre. Peut-être faudrait-il faire preuve de pédagogie et préparer les esprits longuement, en amont, à recevoir toute innovation.

L'humanité est organisée de telle sorte qu'elle est loin d'accepter certains progrès, dans certains domaines, où ils semblent de prime abord être plus négatifs que positifs. Mais, en définitive, ce sera toujours le vrai progrès qui l'emportera. C'est Teilhard qui a raison.

Pour diriger, réguler cette force que sont la technique, les inventions, une idée directrice s'impose, ce que Teilhard appelle une idéologie. Il envisage l'idéologie dite "matérialiste" selon laquelle la technique serait toute puissante; il évoque ainsi le marxisme (avec quelques précautions oratoires : "qui semble " …. "au fond"). Mais le marxisme est-il vraiment, totalement matérialiste ? Peut-être pas aussi nettement, dans la mesure où Marx a voulu s'élever contre les réalités de son époque à savoir que l'homme-ouvrier était considéré comme une machine à produire. Par le fait même de la reconnaissance de cette situation il redonnait une conscience à l'homme. le marxisme analyse et pourchasse toutes les formes d'aliénation dans la société. On ne peut donc lui dénier toute valeur spirituelle, ou humaniste, même si ces épithètes peuvent paraître incongrues dans ce cas.

Opposant à l'idéologie matérialiste, l'idéologie spiritualiste, Teilhard affirme "l'individu se trouve protégé au milieu de la technique", et au "foyer de conscience" est dévolu le rôle le plus important, c'est lui qui oriente l'activité humaine, donnant la prééminence aux "bons arrangements", c'est à dire à l'utilisation judicieuse et pensée des découvertes dues au cerveau humain. Actuellement, il ne semble pas que ces exigences soient respectées. Les chimistes nazis étaient des scientifiques, parfois de haut niveau, les ingénieurs de l'armement sont des scientifiques, qui inventent les meilleures armes, qui inventent et perfectionnent les mines antipersonnel.

Il convient de ré-écouter Rabelais "sapience n'entre point en âme malivole, et science sans conscience n'est que ruine de l'âme".
Cependant, malgré son irréalisme, c'est Teilhard qui a raison, sa vision ne se réalisera –peut-être- que dan un futur très lointain, des siècles, un millénaire, mais nous pouvons espérer.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 10 Juin 2009 à 08:45 | Commentaires (0)



Il semble difficile d’entamer une réflexion sur ce texte sans une tentative d’éclaircissement des termes ou notions qui y sont utilisés par Teilhard :
- "Alourdissement, écrasement de l’humanité sous la masse des procédés découverts" : on analyse mal l’analogie qui pourrait exister entre le phénomène industriel et le gigantisme des formes animales.
L’un paraît lié essentiellement au développement et à l’organisation d’une société en voie d’expansion.
L’autre est lié au milieu et la capacité de celui-ci à fournir des aliments et un cadre dépendant de la géographie physique d’un territoire donné avec son climat correspondant.
- La notion de "dedans des choses" semble peu précise et l’image qu’elle suscite paraît susceptible d’entraîner des confusions.
- "La socialisation" : il faut sans doute comprendre ce mot, chez Teilhard, dans l’optique d’une mise en commun des connaissances chez les hommes les entraînant vers des actions et réactions communes ou d’autres découvertes impossibles isolément. Les hommes sociaux sont des hommes interconnectés.
Ce n’est pas à comparer au socialisme politique qui peut parfois, sous certaines formes, conduire à des tentatives intégristes et ultra dirigistes de l’organisation sociale d’un pays. Chez Teilhard cette notion implique toujours liberté, fraternité et évolution.
- "La technique" : ce terme introduira nos commentaires sur le texte annoncé dans le titre. Au préalable il faut dire que la technique apparaît toujours dans les sociétés humaines. Les Romains, entre autres, maîtrisaient une gestion industrielle de l’eau et des travaux publics. Les Phéniciens sont célèbres pour avoir maîtrisé la technique de l’écriture…
Les sociétés humaines créent toujours des techniques adaptées à leur nature et à leur structure :
- une nation agricole possède souvent une industrie de gestion de l’eau, des travaux publics, de l’armement. L’organisation sociale se construit en accord avec son mode de fonctionnement → féodalité, pouvoir absolu de droit divin. La subsistance de chacun dépend surtout de chacune des énergies individuelles (90 à 95 % d’agriculteurs).
- une nation industrielle n’a plus le même type d’organisation ; elle est, en effet, plus socialisante. En même temps elle semble avoir besoin de moins de spirituel, tout au moins tant qu’il n’y a pas de crise de masse favorisée par le développement mondial de l’information et l’existence d’un mécanisme d’échanges internationaux. Ces nations créent beaucoup d’emplois pour lesquels la subsistance des individus n’est pas directement liée à un travail productif (emplois administratifs, emplois tertiaires). Ces emplois sont par nature volatiles et susceptibles par leur dégradation d’entraîner des crises graves. Il semblerait que depuis le siècle dernier et le début de ce siècle nous soyons conduits à ce genre de crise.
Comment imaginer l’avenir ?
La société du futur ne devra pas connaître des sur-hommes mais des ultra-hommes inchangés par rapport à nous, mais interconnectés et répétant en cela les schémas proposés par Teilhard :
- l’atome devient molécule, soit ultra atome et non pas super atome.
- La molécule devient corps composé, soit ultra molécule et non pas super molécule.
- Le corps composé devient protéine, soit ultra corps composé et non pas super.
- La protéine devient prévie, soit ultra protéine et non pas super protéine.
Pour chaque phase les éléments successifs ne sont pas modifiés mais restent, en tant que tel, indispensable à l’ensemble. C’est la nouvelle structure qui est "ultra".
On peut espérer que, sauf aléas, notre société future ne deviendra pas surhumaine et probablement écrasante, mais simplement ultra humaine. Chacun étant libre et nécessaire à l’ensemble.
Pour passer de la nation agricole à la nation industrielle nous avons eu besoin de démythifier nos anciennes croyances, c'est-à-dire de combattre le fétichisme et la superstition imprégnant les anciens rituels ou religions. La science a dû se "laïciser" (désolé, je n’ai pas de meilleur mot) pour mieux laisser naître la technique.
Sans doute faut-il se rendre compte qu’aujourd’hui, pour faire un pas de plus vers l’ultra, nous allons être obligés de faire entrer du spirituel dans notre information. Ne serait-ce que pour rendre efficace une conscience collective où chacun aurait un rôle opératoire. D’autres notions seront indispensables comme liberté et fraternité. Il est encore difficile de donner des recettes. D’ailleurs Teilhard n’en donne pas, il se contente dans le texte d’évoquer la mise en commun de connaissances scientifiques permettant d’imaginer des découvertes qu’aucun chercheur isolé ne pourrait atteindre. On a créé ainsi, dit-il, une énergie spirituelle qualifiée. Puis Teilhard donne une image de cette évolution en imaginant une ellipse à deux foyers : 1 – un foyer d’organisation – 2 – un foyer spirituel. C’est une "idée-image" séduisante mais pas un jeu de recettes pragmatiques pour monter une nouvelle organisation sociale. Il dit que la bonne musique pour jouer avec cette idée c’est le Christianisme, et il nous laisse là.
Peut-être aurait-il dû dire, encore une fois, qu’il fallait en revenir à la notion de Christ cosmique. Christ humain, peut-être un jour ultra humain et ultra moderne.
Peut-être nous faudra-t-il un jour faire un portrait aussi exhaustif que possible de ce Christ cosmique et montrer comment il peut être évolutif à toutes les époques et nous permettre de faire un pas de plus vers l’imprononçable Divin.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 6 Juin 2009 à 16:36 | Commentaires (0)

En lien avec "tangentielle/Radial" (dehors et Dedans des choses) ou "il était une fois" du 11/4/09


Ce phénomène s’appuierait sur un vecteur dit « tangentiel » , considéré comme l'essence matérielle du monde ; les apparences du monde concret. Cette enveloppe subit indéfiniment les cycles de naissance, de mort , d'évolution que nous connaissons. Malgré ce "dehors" (sic Teilhard) et l’aspect désordre lié au travail des choses, la tangentielle est le précieux creuset alchimique du monde , où est déposé une réalité spirituelle nommée « radial » (le "dedans" pour Teilhard). C’est dans ce noyau, dans et par cette pierre philosophale que la quintessence du monde s’élabore lentement depuis les origines. Pour parler simplement, on pourrait dire que la radiale est une sorte de Présence organisatrice universelle. Certes, cette Présence est morcelée ("ponctiforme" écrit Teilhard) mais la Lumière de l’Esprit sublime la matière et, en corollaire, la matière fécondée d’Esprit est unifiée, ennoblie, transcendée ("Ceci est mon Corps/Ceci est mon Sang").

C'est pourquoi, et en dépit de son apparente fragmentation, le monde me fait penser à un hologramme (1) qui possède quelques propriétés dont la plus étonnante est que, si vous le
découpez, sur chaque fragment vous verrez l'objet en entier !

Bien davantage qu’un puzzle éparpillé, je me représente le monde comme un hologramme brisé mais dans chaque brisure (au centre de chaque être humain) se trouve l'intégralité du programme, incluant la totalité de l' image potentielle à venir … Cette image à venir ainsi "sur centrée" (TDC) est le but suprême de la Création que la pensée chrétienne nomme « Nouvelle Jerusalem ».

C’est ainsi que se joue la « sublime physique des centres » (expression de TDC) sous l’action et l’attraction du Centre des Centres, le point Oméga, le Chist, pour nous chrétiens. Notons que, même si Jésus déclare "Avant qu'Abraham fût, je SUIS" dans Jean VIII/58, l'expression « Alpha Omega » (le début et la fin) ne se trouve que dans l’Apocalypse, qui symbolise le point de convergence de tous les grains de pensée, à la fin du monde . CEST le PASSAGE de la FRAGMENTATION à l'UNION TOTALE. Cette prise de conscience explique bien, pour moi, l' effet hologramme. Telle est l’œuvre « alchimique » à entreprendre par chacun.

Pour plus de compréhension, j'invite le lecteur à lire le "PROLOGUE" de Jean.



(1) FABRICATION D'UN HOLOGRAMME

Pour fabriquer un hologramme, il faut
• un film photographique,
• un objet à holographier (et non pas photographier),
• un laser de faisceau large, ainsi qu'un miroir semi-réfléchissant.
Recette :

Grâce au miroir semi-réfléchissant, on sépare le faisceau laser en deux : une partie est réfléchie par le miroir, l'autre le traverse. Un des deux faisceaux va éclairer l'objet à holographier. L'objet va évidemment réfléchir la lumière, et une partie de cette lumière va arriver sur la plaque photographique. L'autre faisceau va directement sur la plaque photographique. La lumière réfléchie par l'objet et celle directement issue du laser se rencontrent donc sur la plaque photo - au niveau de la plaque photo, ces deux lumière produisent des interférences. Il y a des endroits où les deux faisceaux arrivent, qui ne sont en fait plus éclairés (les deux faisceaux s'annulent), d'autres où au contraire, les deux faisceaux se renforcent. La plaque photo est impressionnée par ces interférences, et elle les conserve.

L'une des propriétés caractéristiques de l’hologramme est que la lumière qu'il renvoie est exactement celle que l'objet éclairé par le laser émet. Un hologramme, c'est comme une fenêtre sur un objet. C'est pour cela qu'on a vraiment l'impression de voir l'objet en relief : vous ne verrez pas la plaque photo de la même manière selon l'endroit d'où vous la regardez. Comme vos yeux sont à des endroits différents, chacun reçoit bien une image différente. Votre cerveau reconstitue alors le relief, et a l'impression de voir l'objet tel qu'il était, très exactement, au moment ou il a été holographié. On peut même, en changeant de place, tourner autour, et voir des détails d'un côté qui étaient cachés de l'autre ! Si vous holographiez une loupe et ce qu'elle regarde, l'hologramme vous donnera toujours l'impression que vous regardez à travers une loupe.
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Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 6 Juin 2009 à 15:46 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Teilhard de Chardin et la Mondialisation

Avec quelques citations de Teilhard :
Crise de 1929, individualisme américain, économie internationale, Etalon Or, Sur le chomage, Sur la natalité.
Etat des lieux, la crise mondiale
Avec J._P. Dupuy, aritcle paru dans les Etudes

La violence de l’économie
L’Economie nous protège de notre propre violence
L’Economie et le sacré
L’auto-transcendance de l’Economie

Crise de 1929
En effet, remarque-t-il, jusqu’àlors le travail humain avait eu pour but les satisfactions immédiates de la famille ou de la nation ; les besoins étaient limités, les productions cloisonnées : pendant plusieurs siècles de siècles – jusqu’à nos jours en somme – les Hommes n’ont pas créé notablement plus que ce qu’exigeaient leurs besoins individuels et immédiats. Les plus grandes découvertes, telles que le feu, l’art, l’agriculture, le commerce, la géométrie, n’étaient pas poussées au-delas de ce que demandait l’entretien de la famille ou de la cité : elles se comportaient encore comme des forces domestiquées, ou des enfants sages. » t. VI p. 44-45. Or voici que la crise économique brise les frontières politiques et déferle sur toutes les nations, comme si l’homme, apprenti sorcier de la pléthore, était devenu « le subordonné de son œuvre » et risquait d’être écrasé par l’abondance qju’il avait involontairement suscitée : « Trop de fer, trop de blé, trop d’automobiles ; - mais encore trop de livres, trop d’observations ; et aussi trop de diplômes, de techniciens et de manœuvres ; ou même trop d’enfants (…) Le Monde, en croissant, est-il condamné à mourir automatiquement, étouffé sous l’excès de son propre poids ? » t.VI p 35.

Individualisme américain
« Ce qui domine, chez les Américains, c’est l’intérêt passionné pour le présent. Ils vivent dans l’instant, ce qui leur permet d’obtenir des réalisations techniques étonnantes, d’être à l’avant-garde de toutes sortes de techniques et, de ce point de vue, de mener le monde… Mais ils manquent de « visions » : l’avenir compte explicitement fort peu pour eux. Leur pholosophie courantebest un paganisme au sens classique du terme : profiter immédiatement des biens de la terre. D’où chez eux une certaine mélancolie, comme dans tout paganisme. Un des conditions de la joie, c’est l’espérance, qui suppose la pensée de l’avenir. De là aussi la difficulté qu’ils éprouvent à équilibrer les Russes, qui ont plus de « visions » qu’eux : leur paganisme est béat, celui des Russes est messianique ». 1950, déclaration de Teilhard à Monsieur R. Barrat.

Economie internationale
De ces phénomènes généralisés, Teilhard tire la conclusion que l’économie politique doit être pensée non plus à l’échelle nationale, mais à l’échelle internationale :
« Les crises financières et sociales se chargent de nous rappeler combien en ses matières nos théories sont encore confuses et nos procédés barbares ; mais quand se décidera-t-on à reconnaître qu’aucun progrès sérieux ne peut être effectué dans ces directions sinon à deux conditions : la première, que l’organisation prévue soit internationale ; et la seconde qu’elle soit conçue pour débiter très grand.. Ce qui tue aujourd’hui notre Economie et notre Politique, ce n’est pas seulement leur obstination à segmenter le Monde en conpartiments étanches. Plus néfaste encore est leur entêtement à conserver une forme et un idéal statiques : régimes circulaires d’échanges dont la perfection consisterait, semble-t-il, à tourner en court-circuit sur eux-mêmes. A l’opposé de cette doctrine d’équilibre fermé, une théorie générale de l’énergie humaine doit faire apparaître la nécessité d’un porte-à-faux essentiel de nos activités terrestres vsur l’avenir. » VI, p. 168

Etalon Or
L’or, dit-on, est la monnaie de l’absolu. Teilhard n’est pas loin de la penser : « [L’or], représente sur terre, pour l’Humanité, l’énergie matérielle sous forme utilisable : l’or, c’est le pétrole, c’est le charbon, c’est l’art, ce sont les livres, une bibliothèque. Il est le symbole et le moyen de transport de toutes ces unités, c’est de l’économie élémentaire ; en ce sens, il est magnifique… Abuser de la richesse, accumuler de la richesse, s’en mal servir, je dirai que ce n’est pas seulement un péché d’injustice contre l’individu qui est à côté et qui n’a pas : c’est un péché contre le monde, parce que pour vivre, pour se développer, l’humanité a besoin de cela pour produire du spirituel, des personnes, et qu’un arrêt quelconque dans cette circulation est quelque chose qui nuit à l’ensemble des choses. » 27 nov. 1930, Conférence pour le groupe Marcel Légaut.


Sur le chomage
Il est vain, pense-t-il, de vouloir à tout prix enrayer le chomage : « Les experts, précise-t-il, regardent avec stupeur cet appareil économique, leur œuvre, qui, au lieu d’absorber la puissance mécanique humaine qu’ils présentent, en rejette toujours un peuplus, comme si le dispositif monté par eux tournait en sens inverse de leurs prévisions. Devant la montée des « sans emploi », les économistes s’affolent. Mais pourquoi, aussi, pour s’éclairer et se guider, ne regardent-ils pas un peu du côté de la biologie ? est-ce que tout au long de la route, des milliers de fois séculaire, qui monte de l’inconscient à la conscience, la Vie n’a jamais procédé autrement qu’en dégageant du psychique à la faveur du mécanique ? » V. p. 218-219. La civilisation technicienne a donc changé les conditions de travail et d’existence de l’homme. Mais vers quels domaines l’énergie humaine va-t-elle s’orienter ?

Sur la natalité
« Quantitativement et qualitativement, il est clair que cette explosion démographique (intimement liée à l’établissement d’une Terre relativement unifiée et industrialisée) fait apparaître des nécessités et des difficultés absolument nouvelles. Depuis le Paléolitique, et surtout au Néolithique, l’Homme avait toujours vécu en régime d’expansion : croître et se multiplier étaient pour lui une même chose. Et voici tout à coup que devant nous surgit et se rapproche, à une vitesse vertigineuse, le mur de la saturation. Comment faire, d’une part, pour que, sur la surface close de la planète, la compression humaine (…) ne dépasse pas un optimum au-delà duquel tout accroissement supplémentaire de nombre ne signiferait plus que famine et étouffement ? Et comment faire, surtout, pour que, dans cet optimum numérique, ne figurent que des éléments aussi harminieux en soi et aussi harminisés entre eux que possible ? » V, p. 301


Etat des lieux – La crise mondiale

La crise actuelle est devenue apparente aux Etats-Unis à partir de 2006, lorsque le marché immobilier très euphorique s’est renversé ; les hypothèses consenties dans la conjoncture d’expansion depuis 2002, sous la pression de courtiers indélicats auprès des ménages qui n’avaient pu jusque là accéder à la propriété de leur logement du fait de leur solvabilité douteuse, n’ont pu être honorées et, aujourd’hui, 3 millions de ménages américains ont perdu leur logement et autant sont sous la menace du même sort.

L’argumentaire de ces courtiers reposait sur trois propositions qui paraissaient convaincantes :
- les prix des logements augmentant, l’endettement permettrait de toute façon une revente à un prix supérieur à celui de l’achat,
- La haute conjoncture laissait aussi espérer une hausse des revenus du ménage,
- les conditions du prêt paraissaient très attrayantes, car ellles mettaient en avant le non remboursemenjt de la dette pendant les deux premières années, même si, par la suite, les taux devenaient variables ou progressifs.

Ces crédits dits subprime (sous la prime), parce qu’ils ne permettaient pas de bénéficier de la prime liée à la faiblesse des taux d’intérêts, avaient donc des modalités de rémunération qui en faisaient pour les créancier des titres à très hauts rendement, soit de l’ordre de 15 % à 20%.Les banques les ont acquis pour doper leurs produits financiers. Ces crédits subprimes sont passés de 200 milliards de dollars en 2002 à 640 en 2006, représentant près d’un quart des prêts immobiliers aux Etats-Unis. Revendus sous formes de titres (d’où titrisation) à des établissements bancaires et intégrés dans des produits complexes, dits structurés, ils permettaient de dynamiser, c’est-à-dire d’élever leur espérance de rendement. Le renversement du marché immobilier fut donc à l’origine de la catastrophe financière qui a suivi, ainsi que le déni de responsabilité des courtiers qui ont revendu leur créance aux banques, et des banquiers qui les ont retirées de leur bilan et disséminées dans le marché des titres, selon ce phénomène non encore élucidé par les économistes.

Nous ne pouvons pas nous arrêter à ce seul état des lieux, compte tenu de la panique qui s’est instaurée, une réflexion est nécessaire pour éviter de tomber dans les pièges consistant à chercher des boucs émissaires pour nous défausser de nos responsabilités individuelles et collectives :

Définissons d’abord les termes employés :

Economie :

1) Art de réduire les dépenses dans la gestion de ses biens ;
2) Ce que l’on ne dépense pas ;
3) Système régissant ces activités
a) Economie libérable qui repose sur les mécanismes de marché, libre jeu de l’offre et la demande ;
b) Economie sociale, assurée par les Associations coopératives
c) Economie concertée, Etat et les partenaires économiques
d) Economie mixte, entreprise associant capitaux privés et publics

J’ai pris quelques réflexions dans l’article publié dans la revue Etudes de mars 2009. de J.-P. Dupuy, Ecole polytechnique et U. Stanford.

Ce qui est en question dans le monde actuel, ce n’est pas le capitalisme financier ; ce n’est pas le capitalisme tout court ; ce n’est pas le marché, régulé ou non, autorégulé ou auto-dérégulé, spéculatif à la hausse ou bien à la baisse : c’est la place que joue l’économie, dans nos vies individuelles comme dans le fonctionnement de nos sociétés. Cette place est immense et nous trouvons cela banal….

Seul un regard éloigné, qui aurait réussi à se déprendre de l’économie, peut s’étonner de ce qui semble aller de soi au citoyen moderne, devenu intégralement, à son insu, homo oeconomicus.

La violence de l’économie

Les commentateurs qui décrivent l’effondrement brutal de l’économie planétaire qui a marqué l’annus horribilis 2008 utilisent souvent des mots comme « séisme » ou « tsunami ». Nul n’y prête attention tant ces clichés sont devenus banals sous la plume des médias. Il y a cependant quelque chose de choquant et de profondément vrai dans l’assimilation d’une catastrophe morale de cette ampleur à une catastrophe naturelle, quelque chose qui mérite réflexion.
Des champions du monde de l’escroquerie financière ont payé ou vont le faire, mais les organisations visant le bien public qui n’avaient eu que le tort de leur faire confiance ont payé aussi bien. Il est certain que d’autres filous s’en sortiront sans encombre, tandis que des entreprises industrielles florissantes et des établissements financiers bien gérés s’effondrent. La lucidité et le courage exigent d’admettre que le mal qui frappe le monde est aveugle et sans intention.
Deux types d’interprètes de la crise manquent et de ce courage et de cette lucidité : ceux qui, contre vents et marées, tiennent encore mordicus à la doctrine de l’« efficience » des marchés ; et, à l’opposé du spectre idéologique, les théoriciens du complot qui, faisant du capitalisme un sujet omniscient et omnipotent, imaginent qu’il continue d’enrichir les puissants et d’exploiter les pauvres. Les uns et les autres se rassurent en croyant trouver un sens à ce qui n’en a pas.
En résumé nous pouvons dire : Tout se passe comme si les agents économiques étaient des marionnettes soumises aux caprices de divinités cachées. Cette crise est une crise du sens. Le désarroi qu’elle provoque est total.

L’économie nous protège de notre propre violence

Selon Hayek, les lois du marché sont indéchiffrables puisque la « complexité sociale » interdit aux individus d’y voir autre chose que des forces obscures qui les poussent à aller dans une direction qu’ils ne peuvent ni changer ni prévoir…. C’est pourquoi, il peut affirmer que cette soumission à des règles abstraites et à des forces qui nous dépassent, alors même que nous les avons engendrées, est la condition de la justice et de la paix sociales. C’est qu’elle tarit la source du ressentiment, de l’envie, des passions destructrices. Celui que le marché frappe de plein fouet en lui ôtant son emploi, son affaire ou même sa subsistance sait bien, qu’aucune intention n’a voulu cela. Il n’en subit aucune humiliation.
L’économie, est-ce la violence, comme l’affirme une tradition qui va de Marx à la critique actuelle du capitalisme ? L’économie, est-ce le remède contre la violence, comme le pense une tradition, libérale, qui va de Montesquieu à Hayek ? L’économie est-elle remède ou bien poison ?

L’économie et le sacré

On ne s’aime soi-même que par amour-propre, et non par amour de soi, pour reprendre les catégories de Rousseau. Il faut capter sur soi la « sympathie » des autres pour arriver à le faire. Si nous désirons la richesse, ce n’est pas pour les satisfactions matérielles illusoires qu’elle peut nous donner. C’est parce qu’elle nous apporte l’admiration des autres, une admiration teintée d’envie. La prospérité publique se paie inévitablement de la « corruption de nos sentiments moraux. »
Je vous renvoie au livre de René Girard : La violence et le sacré par le sacré, la violence se met à distance d’elle-même pour mieux s’autolimiter. Dans les termes de la Bible : « Satan expulse Satan ».
Par l’économie comme par le sacré, la violence des hommes se met à distance d’elle-même pour s’autoréguler. Voilà pourquoi, comme l’a écrit Hegel, l’économie est « la forme essentielle du monde moderne » c’est-à-dire d’un monde mis en danger extrême par le crépuscule des dieux. C’est dans ce cadre qu’il faut, me semble-t-il, penser la crise présente, pour pouvoir lui trouver un sens.

L’auto-transcendance de l’économie

Sur la régulation, la plus grande confusion conceptuelle règne à ce propos, et les erreurs de catégorie pullulent. Les mêmes qui profèrent cette critique auraient affirmé naguère que le fait que le marché s’autorégule est la marque de l’aliénation des hommes dans la société marchande, puisque cela signifie que le marché échappe à leur maîtrise. La critique du capitalisme passait par la dénonciation de l’autonomie du système de la marchandise, tenue pour contraire aux principes démocratiques. Voici que la critique reproche maintenant au même système son incapacité à s’auto-organiser.

Or toutes les analyses de la crise s’échinent à multiplier les fausses oppositions hiérarchiques entre le bien et le mal, ce dernier étant au mieux un mal nécessaire, mis au service du premier. C’est ainsi qu’on oppose économie « réelle » et économie financière, marché régulé et marché spéculatif, spéculation euphorisante et vente à découvert pour spéculation à la baisse. En distinguant les catégories pour mieux en ostraciser certaines – selon le cas et par ordre de spécificité croissante : l’économie financière, le marché spéculatif, la spéculation à la baisse-, l’analyse rationaliste de la crise rassure en désignant des coupables. La lucidité et le courage demandent au contraire de repérer les vraies identités derrière les fausses différences


Comme le sacré avant elle, l’économie est en train de perdre aujourd’hui sa capacité de produire elle-même des règles qui la limitent, disons de l’auto-transcendance. Tel est le sens profond de la crise. La mythologie grecque a donné un nom à ce qu’il advient d’une structure hiérarchique (au sens étymologique d’ordre sacré) lorsqu’elle s’effondre sur elle-même ; c’est la panique. Dans la panique il n’y plus d’extérieur.

Quelques réflexions plus personnelles :

Nous sommes tous des grands enfants, nous aimons jouer au point d’accorder toutes les faveurs et toute la richesse à certains sportifs, aux traideurs en bourse, aux idoles de la TV, et aux idoles des médias, qui font seuls l’événement ou le scoop avec pour objectif de faire appel à nos seules émotions, n’apportant aucune réflexion qui permette de relativiser l’événement. Il n’y a plus de sens et d’histoire aux événements mais une suite sans lien ni relation
Seule la religion, au sens de relier (réunir joindre), permet de retrouver un sens et une histoire à l’événement et il nous faudra certainement s’en souvenir dans notre relation sociétale.

En tant qu’ancien chef d’entreprise, je prendrais volontiers l’exemple de Joseph dans le livre de la Genèse pour son souci de préserver à l’Egypte des années de disette et pour sa faculté d’aider ses frères tout en leur pardonnant leur méfait.

Enfin, je pense que nous commettons une erreur en prétendant qu’il nous faut une croissance de 3% par an pour faciliter le plein emploi, car, au bout de dix ans, l’expansion sera telle que nous pouvons craindre que la Terre se trouvera en difficulté pour répondre à notre boulimie de consommation ; il serait plus sage de nous restreindre légèrement et d’inciter les pays sous développés à nous rejoindre sur une qualité de vie honorable. Il existe d’autres moyens d’absorber les disponibilités d’activités humaines que par des incitations à dépenser toujours plus, tout un chantier en perspective.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 2 Juin 2009 à 17:40 | Commentaires (0)