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Michel AUBIN/ETHIQUE,REALITE ou UTOPIE (dans le cadre de notre réflexion sur la Responsabilité)
Dimanche 31 Janvier 2010
Définitions : Morale et Ethique ont un but commun : orienter vers ce qui est bien et dérouter de ce qui est mal.
-La morale est l’invitation à l’obéissance à des règles issues de l’éducation (familiale, religieuse civique cultuelle)
- L’éthique est le résultat de l’engagement personnel qui conduit à déterminer ce qu’il est bien de faire dans une situation donnée.
La morale est référence, l’éthique est discernement. La morale interpelle, l’éthique responsabilise. La morale est l’horizon, l’éthique est le chemin. La morale est typiquement le domaine du respect de règles. L’éthique est typiquement le respect des autres (connus, inconnus, futurs).
La morale dit la règle et n’a que faire des conséquences, la démarche éthique, au contraire, ne se déconnecte pas de l’utilité des actes. Elle leur donne une dimension supplémentaire. L’Ethique est donc choix, donc liberté.
La morale et l’éthique renvoient à la philosophie. En revanche le comportement éthique renvoie au quotidien de l’activité des hommes qui dans leur environnement professionnel ont des responsabilités.
Déontologie : La déontologie est l’énoncé des devoirs qu’établit une profession pour donner des repères à ses membres.
Comportement éthique : Ensemble des réactions, attitudes, conduites, objectivement observables, qui auraient pu être autres, et qui sont dignes d’estime car appréciées par des gens de sa culture, réputés pour être habités par des principes moraux, comme étant, à la fois, exemplaires et judicieux. Les comportements deviennent éthiques par la conduite et non par le savoir. ils ne résultent pas d’une opinion qu’on émet mais des actes qu’on accomplit. L’attention portée à mettre de l’éthique dans ses comportements correspond à un désir personnel d’élévation.
Les comportements éthiques sont aux points de rencontre de cinq courants d’influences [ Morale, Principes, Education
[ Lois, Règles Normes
[ Mœurs, Environnement, Systèmes
[ Volonté, Motivation, Autodiscipline
[ Formation, Culture, Réflexion
Les comportements éthiques varient selon les époques. Aristote, considéré comme le père de l’éthique, était un peu raciste et antiféministe et il serait peu crédible aujourd’hui.
Propos recueillis lors de conférences données par M. Cocherel intitulés : Forger son éthique.
Voici les propos de Socrate qui avait, dans la Grèce antique, une haute réputation de sagesse.
Quelqu’un vint un jour trouver le grand philosophe et lui dit : « Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur un ami ? »
Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais le faire passer un test, celui des trois passoires.
Les trois passoires ?
Mais oui, reprit Socrate. Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il serait bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des trois passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Non, j’en ai seulement entendu parler.
Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bien ?
Ah non ! Au contraire.
Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain qu’elles soient vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il te reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?
Non pas vraiment.
Alors conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter, n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?
Revenons à notre propos sur l’Ethique.
Qu’entendons-nous sous le terme de valeur ?
Une valeur est une référence que l’on s’approprie librement pour éclairer ses décisions, et constituer un guide pour orienter ses conduites. C’est une étoile pour inspirer le sens de sa vie. Une valeur s’identifie comme méritant de la considération, suscitant du respect, et se ressent comme idéal à atteindre, spécificité à acquérir et à cultiver.
Les choses n’existent vraiment, et ne durent, que lorsque l’on peut les nommer. Dès lors qu’une valeur est nommée, le chemin est plus court pour la faire sienne.
Essayons un petit exercice sur une liste de mots exprimés avec son antithèse :
Anticipation Immobilisme, courte vue ; authenticité fausseté Bien collectif individualisme, favoritisme Bienveillance, agressivité, sévérité clarté confusion, équivoque cohérence inconséquence, contradiction confiance doute, crainte Indulgence sévérité, sauvagerie Initiative routine indolence Intégrité corruption Liberté servitude contrainte Loyauté duplicité, perfidie traîtrise … A vous de continuer…
Il nous faudrait maintenant définir le mot vertu :
C’est une disposition, aptitude, talent, force d’âme, énergie, manière d’être, état d’esprit, permettant ou facilitant la mise en œuvre des valeurs.
La démarche éthique est une construction. Les valeurs et les vertus en sont les fondations.
Nous pouvons faire une liste semblable à celle des valeurs :
Mais le lecteur peut la faire également, voici seulement quelques exemples :
Altruisme égoïsme générosité égoïsme cupidité Bonté méchanceté courage lâcheté, crédibilité défiance, incertitude délicatesse grossièreté mépris efficacité impuissance, incapacité … A vous de continuer…
Quelques réflexions d’actualité sur la finance mondiale et l’éthique
On a vu le peu que valait l'école du "tout éthique", où la déontologie autoproclamée des professionnels devait suffire. Le balancier peut revenir maintenant vers le tout-régulation, où la loi internationale suffirait à encadrer les comportements. Disons ici une conviction très forte : une finance durable exige les deux. Les acteurs laissés à eux-mêmes, sans règles contraignantes, seraient toujours trop sujets à la tentation. mais finance sans conscience resterait ruine de l'âme, si on ose paraphraser Rabelais. L'éthique des financiers, c'est résister à une idolâtrie, celle de l'argent, et reconnaître trois principes simples : responsabilité, humilité, et justice.
Citons Sainte Thérèse d'Avila :
« Quel excrément que l'argent.. Mais pour la terre quel bon engrais! »
Ce qu'en pense un philosophe :
Mais, dira-t-on, l'éthique n'est-elle pas une branche de la philosophie? L'ennui, c'est qu'il ne suffit pas de savoir ce qu'il faut faire pour avoir le courage de le faire. Hegel dit à peu près que l'on ne vient pas à bout de ses aigreurs d'estomac en étudiant la physiologie. On y arrive mieux en se mettant au régime. Tous les universitaires savent que, si l'on cherche un salaud dans un département de philosophie, on a de bonnes chances de le trouver spécialiste d'éthique, de même que le cinglé dans le département est souvent le logicien. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que tout les moralistes seraient pervers, et tous les logiciens fous...
L’Ethique selon Lévinas par F-D Sebrah dans revue Philosophie magazine
Lévinas présente l’éthique comme la « philosophie première ». A vrai dire, cette expression est en partie trompeuse ? Car l’éthique, selon Lévinas, est une pratique qui se situe et s’éprouve « avant » toute philosophie conçue comme un questionnement rationnel se déployant dans le langage. En outre, cette pratique n’est en rien ce que la philosophie grecque nous a légué sous le nom d’« éthique ». Les Grecs envisageaient l’éthique comme la quête de la vie bonne, la recherche des règles permettant le bonheur individuel et assurant le « séjour commun » parmi les hommes. Lévinas rompt avec cette conception en renversant les perspectives : l’éthique est désormais un mouvement et une épreuve, l’épreuve de la mise en question de ma subjectivité et de mes pouvoirs par l’exposition à la vulnérabilité d’autrui. Cette vulnérabilité est si radicale qu’elle se meut en une interpellation de moi-même par l’Autre. L’éthique est ainsi l’épreuve de la responsabilité infinie pour autrui. Elle est nécessairement vécue à la première personne – c’est moi qui suis exposé à autrui – et dans une relation de face-à-face avec lui. L’éthique est donc bien la « philosophie première », et même « première » par rapport à toute philosophie dans la mesure où celle-ci ne se comprend qu’à partir de l’éthique comme ouverture à l’Autre. C’est cette ouverture qui décèle la dimension du sens. Il convient néanmoins d’éviter une interprétation malheureuse : « première », dans l’expression « philosophie première » ne renvoie pas, ainsi que c’est habituellement l’usage, à un fondement assuré. L’épreuve d’autrui défait toute certitude, tout fondement substantiel de la pensée et de l’existence. Loin d’être rassurante, elle est traumatisante en ce qu’elle ébranle mon être et l’être tout entier. L’éthique est au-delà de toute ontologie (au sens d’une connaissance du réel) elle me livre à l’« autrement qu’être ».
Le sens de l’Autre de Lévinas à Teilhard avec A. de la Garanderie, Aubin éditeur
Revenons aux propos de Lévinas qui concernent le devoir de ne pas faire de mal au prochain… la reconnaissance de l’autre permet à la conscience de l’être humain de mesurer l’infinité de l’infini, de faire l’épreuve du vécu de sa finitude, qui porte témoignage du fait qu’il n’est qu’une « créature » et que le temps ne lui appartient pas… Penser aux autres, à l’autre, ne faire aucun tort au prochain, que ce soit celui d’hier, d’aujourd’hui ou de demain. Y a-t-il lieu d’espérer autre chose pour nous autres, êtres humains. Lévinas ne nous le dit pas.
Teilhard nous fait espérer davantage. Les ruptures dans la temporalité de la nature … se produisent à chaque étape, toujours surprenante, au cours de laquelle l’être créé se compose, grandit en complexité, s’ouvre en conscience, jusqu’à l’homme, qui est sa rupture la plus éclatante, la plus monstrueuse, au point de conduire à la conscience révélatrice de Dieu. ... qui est participant à Son œuvre. Dès lors, y a-t-il opposition absolue entre l’Infini et la condition finie de la nature ? N’y a-t-il pas lieu de chercher les voies d’accès à l’Infini lui-même ? Ne faut-il pas considérer que les progrès de la nature avant que l’homme en fasse partie se manifestent par des dépassements de finitude qui annonçaient l’Infini ?
Encyclique « Caritas in veritate »
Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement… Un développement demande, en outre, une vision transcendante de la personne ; il a besoin de Dieu : sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l’homme, qui s’expose à la présomption de se sauver par lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. D’autre part, seule la rencontre de Dieu permet de ne pas « voir dans l’autre que l’autre » mais reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui « devienne soin de l’autre pour l’autre ».
En relisant ces textes, je me suis remémoré ma lecture des Evangiles et les propos tenus par Jésus-Christ. Ils m’ont paru être orientés moins sur des obligations religieuses ou morales que sur la responsabilité envers autrui :
Vendez vos biens, et donnez-les en aumônes … Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Luc 12 27
Guérison d’un hydropique au jour de Sabbat
… Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux pharisiens : « Est-il permis le sabbat de guérir, ou non ? » Et ils se tinrent cois. Il prit alors le malade, le guérit et le renvoya. Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour de sabbat ? » Luc 13 29
Le tribut dû à César
… Nous est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Mais pénétrant leur astuce, il leur dit : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie ? Et la légende ? » - « De César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. … Luc 20 31
La femme adultère
… Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous a prescrit dans la loi de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » … « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » … et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » - « Personne, Seigneur, répondit-elle.- « Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus. Jean 8 12
N’est-ce pas une bonne leçon d’éthique toujours d’actualité plus de deux mille ans après les événements ?
-La morale est l’invitation à l’obéissance à des règles issues de l’éducation (familiale, religieuse civique cultuelle)
- L’éthique est le résultat de l’engagement personnel qui conduit à déterminer ce qu’il est bien de faire dans une situation donnée.
La morale est référence, l’éthique est discernement. La morale interpelle, l’éthique responsabilise. La morale est l’horizon, l’éthique est le chemin. La morale est typiquement le domaine du respect de règles. L’éthique est typiquement le respect des autres (connus, inconnus, futurs).
La morale dit la règle et n’a que faire des conséquences, la démarche éthique, au contraire, ne se déconnecte pas de l’utilité des actes. Elle leur donne une dimension supplémentaire. L’Ethique est donc choix, donc liberté.
La morale et l’éthique renvoient à la philosophie. En revanche le comportement éthique renvoie au quotidien de l’activité des hommes qui dans leur environnement professionnel ont des responsabilités.
Déontologie : La déontologie est l’énoncé des devoirs qu’établit une profession pour donner des repères à ses membres.
Comportement éthique : Ensemble des réactions, attitudes, conduites, objectivement observables, qui auraient pu être autres, et qui sont dignes d’estime car appréciées par des gens de sa culture, réputés pour être habités par des principes moraux, comme étant, à la fois, exemplaires et judicieux. Les comportements deviennent éthiques par la conduite et non par le savoir. ils ne résultent pas d’une opinion qu’on émet mais des actes qu’on accomplit. L’attention portée à mettre de l’éthique dans ses comportements correspond à un désir personnel d’élévation.
Les comportements éthiques sont aux points de rencontre de cinq courants d’influences [ Morale, Principes, Education
[ Lois, Règles Normes
[ Mœurs, Environnement, Systèmes
[ Volonté, Motivation, Autodiscipline
[ Formation, Culture, Réflexion
Les comportements éthiques varient selon les époques. Aristote, considéré comme le père de l’éthique, était un peu raciste et antiféministe et il serait peu crédible aujourd’hui.
Propos recueillis lors de conférences données par M. Cocherel intitulés : Forger son éthique.
Voici les propos de Socrate qui avait, dans la Grèce antique, une haute réputation de sagesse.
Quelqu’un vint un jour trouver le grand philosophe et lui dit : « Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur un ami ? »
Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais le faire passer un test, celui des trois passoires.
Les trois passoires ?
Mais oui, reprit Socrate. Avant de raconter toutes sortes de choses sur les autres, il serait bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des trois passoires. La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?
Non, j’en ai seulement entendu parler.
Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bien ?
Ah non ! Au contraire.
Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain qu’elles soient vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il te reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?
Non pas vraiment.
Alors conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter, n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ?
Revenons à notre propos sur l’Ethique.
Qu’entendons-nous sous le terme de valeur ?
Une valeur est une référence que l’on s’approprie librement pour éclairer ses décisions, et constituer un guide pour orienter ses conduites. C’est une étoile pour inspirer le sens de sa vie. Une valeur s’identifie comme méritant de la considération, suscitant du respect, et se ressent comme idéal à atteindre, spécificité à acquérir et à cultiver.
Les choses n’existent vraiment, et ne durent, que lorsque l’on peut les nommer. Dès lors qu’une valeur est nommée, le chemin est plus court pour la faire sienne.
Essayons un petit exercice sur une liste de mots exprimés avec son antithèse :
Anticipation Immobilisme, courte vue ; authenticité fausseté Bien collectif individualisme, favoritisme Bienveillance, agressivité, sévérité clarté confusion, équivoque cohérence inconséquence, contradiction confiance doute, crainte Indulgence sévérité, sauvagerie Initiative routine indolence Intégrité corruption Liberté servitude contrainte Loyauté duplicité, perfidie traîtrise … A vous de continuer…
Il nous faudrait maintenant définir le mot vertu :
C’est une disposition, aptitude, talent, force d’âme, énergie, manière d’être, état d’esprit, permettant ou facilitant la mise en œuvre des valeurs.
La démarche éthique est une construction. Les valeurs et les vertus en sont les fondations.
Nous pouvons faire une liste semblable à celle des valeurs :
Mais le lecteur peut la faire également, voici seulement quelques exemples :
Altruisme égoïsme générosité égoïsme cupidité Bonté méchanceté courage lâcheté, crédibilité défiance, incertitude délicatesse grossièreté mépris efficacité impuissance, incapacité … A vous de continuer…
Quelques réflexions d’actualité sur la finance mondiale et l’éthique
On a vu le peu que valait l'école du "tout éthique", où la déontologie autoproclamée des professionnels devait suffire. Le balancier peut revenir maintenant vers le tout-régulation, où la loi internationale suffirait à encadrer les comportements. Disons ici une conviction très forte : une finance durable exige les deux. Les acteurs laissés à eux-mêmes, sans règles contraignantes, seraient toujours trop sujets à la tentation. mais finance sans conscience resterait ruine de l'âme, si on ose paraphraser Rabelais. L'éthique des financiers, c'est résister à une idolâtrie, celle de l'argent, et reconnaître trois principes simples : responsabilité, humilité, et justice.
Citons Sainte Thérèse d'Avila :
« Quel excrément que l'argent.. Mais pour la terre quel bon engrais! »
Ce qu'en pense un philosophe :
Mais, dira-t-on, l'éthique n'est-elle pas une branche de la philosophie? L'ennui, c'est qu'il ne suffit pas de savoir ce qu'il faut faire pour avoir le courage de le faire. Hegel dit à peu près que l'on ne vient pas à bout de ses aigreurs d'estomac en étudiant la physiologie. On y arrive mieux en se mettant au régime. Tous les universitaires savent que, si l'on cherche un salaud dans un département de philosophie, on a de bonnes chances de le trouver spécialiste d'éthique, de même que le cinglé dans le département est souvent le logicien. Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que tout les moralistes seraient pervers, et tous les logiciens fous...
L’Ethique selon Lévinas par F-D Sebrah dans revue Philosophie magazine
Lévinas présente l’éthique comme la « philosophie première ». A vrai dire, cette expression est en partie trompeuse ? Car l’éthique, selon Lévinas, est une pratique qui se situe et s’éprouve « avant » toute philosophie conçue comme un questionnement rationnel se déployant dans le langage. En outre, cette pratique n’est en rien ce que la philosophie grecque nous a légué sous le nom d’« éthique ». Les Grecs envisageaient l’éthique comme la quête de la vie bonne, la recherche des règles permettant le bonheur individuel et assurant le « séjour commun » parmi les hommes. Lévinas rompt avec cette conception en renversant les perspectives : l’éthique est désormais un mouvement et une épreuve, l’épreuve de la mise en question de ma subjectivité et de mes pouvoirs par l’exposition à la vulnérabilité d’autrui. Cette vulnérabilité est si radicale qu’elle se meut en une interpellation de moi-même par l’Autre. L’éthique est ainsi l’épreuve de la responsabilité infinie pour autrui. Elle est nécessairement vécue à la première personne – c’est moi qui suis exposé à autrui – et dans une relation de face-à-face avec lui. L’éthique est donc bien la « philosophie première », et même « première » par rapport à toute philosophie dans la mesure où celle-ci ne se comprend qu’à partir de l’éthique comme ouverture à l’Autre. C’est cette ouverture qui décèle la dimension du sens. Il convient néanmoins d’éviter une interprétation malheureuse : « première », dans l’expression « philosophie première » ne renvoie pas, ainsi que c’est habituellement l’usage, à un fondement assuré. L’épreuve d’autrui défait toute certitude, tout fondement substantiel de la pensée et de l’existence. Loin d’être rassurante, elle est traumatisante en ce qu’elle ébranle mon être et l’être tout entier. L’éthique est au-delà de toute ontologie (au sens d’une connaissance du réel) elle me livre à l’« autrement qu’être ».
Le sens de l’Autre de Lévinas à Teilhard avec A. de la Garanderie, Aubin éditeur
Revenons aux propos de Lévinas qui concernent le devoir de ne pas faire de mal au prochain… la reconnaissance de l’autre permet à la conscience de l’être humain de mesurer l’infinité de l’infini, de faire l’épreuve du vécu de sa finitude, qui porte témoignage du fait qu’il n’est qu’une « créature » et que le temps ne lui appartient pas… Penser aux autres, à l’autre, ne faire aucun tort au prochain, que ce soit celui d’hier, d’aujourd’hui ou de demain. Y a-t-il lieu d’espérer autre chose pour nous autres, êtres humains. Lévinas ne nous le dit pas.
Teilhard nous fait espérer davantage. Les ruptures dans la temporalité de la nature … se produisent à chaque étape, toujours surprenante, au cours de laquelle l’être créé se compose, grandit en complexité, s’ouvre en conscience, jusqu’à l’homme, qui est sa rupture la plus éclatante, la plus monstrueuse, au point de conduire à la conscience révélatrice de Dieu. ... qui est participant à Son œuvre. Dès lors, y a-t-il opposition absolue entre l’Infini et la condition finie de la nature ? N’y a-t-il pas lieu de chercher les voies d’accès à l’Infini lui-même ? Ne faut-il pas considérer que les progrès de la nature avant que l’homme en fasse partie se manifestent par des dépassements de finitude qui annonçaient l’Infini ?
Encyclique « Caritas in veritate »
Tout au long de l’histoire, on a souvent pensé que la création d’institutions suffisait à garantir à l’humanité la satisfaction du droit au développement… Un développement demande, en outre, une vision transcendante de la personne ; il a besoin de Dieu : sans Lui, le développement est nié ou confié aux seules mains de l’homme, qui s’expose à la présomption de se sauver par lui-même et finit par promouvoir un développement déshumanisé. D’autre part, seule la rencontre de Dieu permet de ne pas « voir dans l’autre que l’autre » mais reconnaître en lui l’image de Dieu, parvenant ainsi à découvrir vraiment l’autre et à développer un amour qui « devienne soin de l’autre pour l’autre ».
En relisant ces textes, je me suis remémoré ma lecture des Evangiles et les propos tenus par Jésus-Christ. Ils m’ont paru être orientés moins sur des obligations religieuses ou morales que sur la responsabilité envers autrui :
Vendez vos biens, et donnez-les en aumônes … Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. Luc 12 27
Guérison d’un hydropique au jour de Sabbat
… Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux pharisiens : « Est-il permis le sabbat de guérir, ou non ? » Et ils se tinrent cois. Il prit alors le malade, le guérit et le renvoya. Puis il leur dit : « Lequel d’entre vous, si son fils ou son bœuf vient à tomber dans un puits, ne l’en tirera aussitôt, le jour de sabbat ? » Luc 13 29
Le tribut dû à César
… Nous est-il permis ou non de payer le tribut à César ? Mais pénétrant leur astuce, il leur dit : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il l’effigie ? Et la légende ? » - « De César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Eh bien ! rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. … Luc 20 31
La femme adultère
… Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous a prescrit dans la loi de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » … « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » … et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » - « Personne, Seigneur, répondit-elle.- « Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus. Jean 8 12
N’est-ce pas une bonne leçon d’éthique toujours d’actualité plus de deux mille ans après les événements ?
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
JP Frésafond/l'Evolution de la responsabilité dans le monde
Lundi 18 Janvier 2010
Ce thème correspond en trois points aux problèmes de la société occidentale
Actuelle. Mais le développement qu’en fait Teilhard dans son livre L’Activation de l’Energie n’est peut-être pas accessible aux personnes qui n’auraient pas lu son tome 1 Le Phénomène Humain aux éditions du Seuil. En effet, cette œuvre est une description scientifique de l’évolution de la matière depuis son origine jusqu’à l’Homme voire un peu au-delà.
Pour vraiment entrer dans la pensée de Teilhard, il ne faut pas avoir d’à priori, ses détracteurs médisants et de mauvaise foi lui reprochent de faire des rêves qui, en réalité, sont des hypothèses de travail, comme si tous les scientifiques n’agissaient pas de même. Or ces hypothèses sont le moteur de la recherche et sans elles aucune méthode scientifique ne pourrait être développée.
Non seulement il ne faut pas avoir d’à priori pour comprendre les thèses de Teilhard, mais il faut aussi entrer dans son mode de pensée et, surtout, les chrétiens ne doivent pas craindre que sa pensée puisse être dangereuse ; bien au contraire car elle complète la doctrine chrétienne de manière positive.
Voici comment je comprends ce chapitre :
-Tout d’abord, définissons le mot responsabilité. Il provient du mot « responsable » issu du latin « repondere » qui signifie répondre de, se porter garant.
Quant au mot responsabilité il signifie : capacité de prendre une décision sans en référer à une autorité supérieure. Juridiquement parlant, ces deux mots ne peuvent s’appliquer qu’à des individus ou des entités morales juridiquement établies. Si on l’applique à des groupes humains non formalisés sa signification est dévalorisée.
Selon Teilhard dans le présent contexte, le terme « responsabilité » serait défini par « assujettissement moral contraignant un être à ne pouvoir se développer sans avoir à tenir compte du développement des autres personnes qui l’entourent ». Cette définition soulève le problème philosophique de la notion d’obligation exprimant au fond de nous-mêmes le sens de la responsabilité.
Ces considérations m’amènent à penser que le mot liberté n’a de sens que s’il est jumelé avec la responsabilité. Ces deux notions sont destinées à croître ensemble dans nos propres consciences et dans la société humaine. Elles représentent des vertus humaines premières ; l’Homme n’est-il pas l’élément de base de l’édifice spirituel que nous projetons de construire ?
Pour saisir l’hypothèse de Teilhard sur l’achèvement et l’aboutissement du phénomène humain, il faut admettre son postulat fondamental, à savoir : la matière composant l’univers est « programmée » mystérieusement par une information transcendantale, afin d’évoluer et d’accéder à des zones supérieures où « la clef de sol » est « responsabilité réfléchie ». Dans cette zone supérieure d’évolution, la matière se constitue en arrangements de complexité et de performances diverses. Les scientifiques évoquent fréquemment un univers courbe et un univers en expansion. Pourquoi ne parlent-ils pas d’un univers qui s’auto arrange ? Je soupçonne qu’ils se méfient d’un univers qui serait dirigé par un Dieu ; ce qui dérange un athée, il faut en convenir.
Cet arrangement ne se fait pas d’une manière géométrique à la manière des cristaux par exemple, mais il se fait de manière organique c'est-à-dire centrée et synergique. Cet arrangement est observable dans tout le monde animal mais il culmine dans le phénomène humain. Teilhard postule qu’il est extrapolable à l’univers, qu’il s’agisse des formes tangibles de la matière, de ses formes « énergie » et même spirituelles. Sous tous ses aspects, la matière s’enroule, se complexifie, se centre, s’arrange et finalement s’organise ; cela fait dire à Teilhard que l’univers peut être considéré comme un immense système organo-psychique convergeant sur lui-même y compris sous sa forme psychique et spirituelle.
Ainsi donc, Teilhard présente schématiquement l’univers en trois zones d’organisation :
1- La zone inférieure constituée par la plus grande proportion de matière dont les éléments cosmiques, insuffisamment arrangés, ne dégagent aucune spontanéité. C’est le monde minéral.
2- La zone médiane dont les éléments sont moins nombreux que dans la zone minérale mais qui, en revanche, sont déjà bien organisés. C’est le monde vivant non encore réfléchi.
3- La zone supérieure, enfin, composée de quelques rares éléments. Elle est représentée par l’Homme qui a franchi le pas de la réflexion. Cette zone est encore inachevée et elle dirige son évolution elle-même sur la voie montante conduisant à l’ultra hominisation. Cette zone est l’espace des interactions réfléchies, des libertés-responsables mais aussi (puisque tout se paye) des souffrances et des fautes. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.
« Responsabilité et liberté sont une dimension nouvelle, co-originelles et coextensives à la totalité de l’espace temps ».
A partir de cette hypothèse de Teilhard je tirerais presque la conclusion que l’Homme est responsable de toutes les misères de la société humaine. Là est peut-être la raison pour laquelle les chrétiens dénoncent la faute originelle, étant donné que ces misères sont dues à l’imperfection de l’Homme fait, selon eux, à l’Image de Dieu. S’il y a « faute » alors il vaut mieux en faire porter la responsabilité au premier homme et envoyer un Rédempteur pour effacer cette « faute originelle »ou chute adamique.
Selon Teilhard, il n’y a pas de faute originelle, chute qu’il qualifie de « repoussoir » mais, bien au contraire, il y a eu l’inverse, une montée. C’est en partie cette théorie qui lui valut l’exile… bien qu’il expliquât le rôle du Rédempteur Jésus, selon lui, venu éclairer l’humanité sur le tracé de la voie qu’elle devra suivre désormais, l’aidant ainsi à évoluer en direction d’une relative perfection. Dieu dans l’Homme est parfait, mais pas tout de suite.
Pour Teilhard, l’évolution de la responsabilité n’est pas autre chose qu’une face particulière de la cosmogénèse ; celle-ci ne se mesurerait pas uniquement en terme de liberté/responsabilité/conscience, mais en terme de liberté/responsabilité/inter influence montante, agissante au sein de la multitude moins consciente et dispersée.
La seule voie de salut est celle de la solidarité d’une masse réfléchie, aspirée par le tourbillon des forces de socialisation. Dans ce contexte il existe un facteur important, celui du rayon d’action individuel des hommes, freiné par l’infime proportion de ceux qui détiennent la majorité des pouvoirs. L’influence de ces hommes est accrue de manière illimitée par l’évolution montante des techniques et des technologies dans tous les domaines sensibles, et dont ils se réservent l’utilisation exclusive. Potentiellement, ces pouvoirs démesurés pourraient jouer dans les deux sens, le bien et le mal ; d’où l’importance vitale de fonder une éthique pour auto réguler l’utilisation de ces techniques par l’influence des notions de responsabilité/liberté diffusées à la multitude. C’est à ce niveau que la diffusion de la pensée de Teilhard a un rôle planétaire à jouer.
A cet effet, un travail immense reste à accomplir.
A titre d’exemple, actuellement, on offusque beaucoup de personnes dans tous les milieux évolués lorsqu’on parle de sujets chers à Teilhard comme la réalité physique d’un phénomène mental (psycho-physique), ou encore de la nature biologique de l’organisation des sociétés, des lois sociales et morales qui les régissent. Mais attention prévient Teilhard « tant que nous pensions avoir en face de nous, pour les respecter ou les enfreindre, que des préceptes plus ou moins arbitrairement décrétés par l’Homme à l’usage d’autres hommes » une infraction est envisageable. Mais à partir du moment où nous avons à faire à un réseau de liaisons organiques, c’est l’effet de socialisation de l’humanité « qui nous enlace ». « Parce que, avec le juridique, on peut toujours, par quelque compromission, arriver à s’entendre. Tandis que l’Organique, lui, si on le viole, ne pardonne pas ». L’écologie au sens large est l’application par excellence de ce principe.
Teilhard pense « qu’à aucun moment de l’Histoire (…) l’Homme s’est trouvé aussi complètement lié (…) par le fond même de son être, à la valeur et au perfectionnement de tous les autres autour de lui. Et ce régime d’inter-dépendance, tout indique qu’il ne fera que s’accentuer (…) renforçant la gamme entière des vertus et des fautes. »
Cette position rejoint parfaitement les préoccupations de l’humanité du XXIe siècle ; et dire qu’elle est le fond même de ce qu’avait dit Teilhard en 1923 et qui lui valut son exile et l’interdiction de communiquer. J’espère sincèrement que l’Eglise actuelle qui a encore un rôle important à jouer, et qui a évolué en presque un siècle, comprendra, acceptera et diffusera les pensées du visionnaire Teilhard.
J’espère aussi n’avoir pas trahi la pensée de l’auteur dans l’interprétation de ce chapitre.
Actuelle. Mais le développement qu’en fait Teilhard dans son livre L’Activation de l’Energie n’est peut-être pas accessible aux personnes qui n’auraient pas lu son tome 1 Le Phénomène Humain aux éditions du Seuil. En effet, cette œuvre est une description scientifique de l’évolution de la matière depuis son origine jusqu’à l’Homme voire un peu au-delà.
Pour vraiment entrer dans la pensée de Teilhard, il ne faut pas avoir d’à priori, ses détracteurs médisants et de mauvaise foi lui reprochent de faire des rêves qui, en réalité, sont des hypothèses de travail, comme si tous les scientifiques n’agissaient pas de même. Or ces hypothèses sont le moteur de la recherche et sans elles aucune méthode scientifique ne pourrait être développée.
Non seulement il ne faut pas avoir d’à priori pour comprendre les thèses de Teilhard, mais il faut aussi entrer dans son mode de pensée et, surtout, les chrétiens ne doivent pas craindre que sa pensée puisse être dangereuse ; bien au contraire car elle complète la doctrine chrétienne de manière positive.
Voici comment je comprends ce chapitre :
-Tout d’abord, définissons le mot responsabilité. Il provient du mot « responsable » issu du latin « repondere » qui signifie répondre de, se porter garant.
Quant au mot responsabilité il signifie : capacité de prendre une décision sans en référer à une autorité supérieure. Juridiquement parlant, ces deux mots ne peuvent s’appliquer qu’à des individus ou des entités morales juridiquement établies. Si on l’applique à des groupes humains non formalisés sa signification est dévalorisée.
Selon Teilhard dans le présent contexte, le terme « responsabilité » serait défini par « assujettissement moral contraignant un être à ne pouvoir se développer sans avoir à tenir compte du développement des autres personnes qui l’entourent ». Cette définition soulève le problème philosophique de la notion d’obligation exprimant au fond de nous-mêmes le sens de la responsabilité.
Ces considérations m’amènent à penser que le mot liberté n’a de sens que s’il est jumelé avec la responsabilité. Ces deux notions sont destinées à croître ensemble dans nos propres consciences et dans la société humaine. Elles représentent des vertus humaines premières ; l’Homme n’est-il pas l’élément de base de l’édifice spirituel que nous projetons de construire ?
Pour saisir l’hypothèse de Teilhard sur l’achèvement et l’aboutissement du phénomène humain, il faut admettre son postulat fondamental, à savoir : la matière composant l’univers est « programmée » mystérieusement par une information transcendantale, afin d’évoluer et d’accéder à des zones supérieures où « la clef de sol » est « responsabilité réfléchie ». Dans cette zone supérieure d’évolution, la matière se constitue en arrangements de complexité et de performances diverses. Les scientifiques évoquent fréquemment un univers courbe et un univers en expansion. Pourquoi ne parlent-ils pas d’un univers qui s’auto arrange ? Je soupçonne qu’ils se méfient d’un univers qui serait dirigé par un Dieu ; ce qui dérange un athée, il faut en convenir.
Cet arrangement ne se fait pas d’une manière géométrique à la manière des cristaux par exemple, mais il se fait de manière organique c'est-à-dire centrée et synergique. Cet arrangement est observable dans tout le monde animal mais il culmine dans le phénomène humain. Teilhard postule qu’il est extrapolable à l’univers, qu’il s’agisse des formes tangibles de la matière, de ses formes « énergie » et même spirituelles. Sous tous ses aspects, la matière s’enroule, se complexifie, se centre, s’arrange et finalement s’organise ; cela fait dire à Teilhard que l’univers peut être considéré comme un immense système organo-psychique convergeant sur lui-même y compris sous sa forme psychique et spirituelle.
Ainsi donc, Teilhard présente schématiquement l’univers en trois zones d’organisation :
1- La zone inférieure constituée par la plus grande proportion de matière dont les éléments cosmiques, insuffisamment arrangés, ne dégagent aucune spontanéité. C’est le monde minéral.
2- La zone médiane dont les éléments sont moins nombreux que dans la zone minérale mais qui, en revanche, sont déjà bien organisés. C’est le monde vivant non encore réfléchi.
3- La zone supérieure, enfin, composée de quelques rares éléments. Elle est représentée par l’Homme qui a franchi le pas de la réflexion. Cette zone est encore inachevée et elle dirige son évolution elle-même sur la voie montante conduisant à l’ultra hominisation. Cette zone est l’espace des interactions réfléchies, des libertés-responsables mais aussi (puisque tout se paye) des souffrances et des fautes. Nous reviendrons sur ce point un peu plus loin.
« Responsabilité et liberté sont une dimension nouvelle, co-originelles et coextensives à la totalité de l’espace temps ».
A partir de cette hypothèse de Teilhard je tirerais presque la conclusion que l’Homme est responsable de toutes les misères de la société humaine. Là est peut-être la raison pour laquelle les chrétiens dénoncent la faute originelle, étant donné que ces misères sont dues à l’imperfection de l’Homme fait, selon eux, à l’Image de Dieu. S’il y a « faute » alors il vaut mieux en faire porter la responsabilité au premier homme et envoyer un Rédempteur pour effacer cette « faute originelle »ou chute adamique.
Selon Teilhard, il n’y a pas de faute originelle, chute qu’il qualifie de « repoussoir » mais, bien au contraire, il y a eu l’inverse, une montée. C’est en partie cette théorie qui lui valut l’exile… bien qu’il expliquât le rôle du Rédempteur Jésus, selon lui, venu éclairer l’humanité sur le tracé de la voie qu’elle devra suivre désormais, l’aidant ainsi à évoluer en direction d’une relative perfection. Dieu dans l’Homme est parfait, mais pas tout de suite.
Pour Teilhard, l’évolution de la responsabilité n’est pas autre chose qu’une face particulière de la cosmogénèse ; celle-ci ne se mesurerait pas uniquement en terme de liberté/responsabilité/conscience, mais en terme de liberté/responsabilité/inter influence montante, agissante au sein de la multitude moins consciente et dispersée.
La seule voie de salut est celle de la solidarité d’une masse réfléchie, aspirée par le tourbillon des forces de socialisation. Dans ce contexte il existe un facteur important, celui du rayon d’action individuel des hommes, freiné par l’infime proportion de ceux qui détiennent la majorité des pouvoirs. L’influence de ces hommes est accrue de manière illimitée par l’évolution montante des techniques et des technologies dans tous les domaines sensibles, et dont ils se réservent l’utilisation exclusive. Potentiellement, ces pouvoirs démesurés pourraient jouer dans les deux sens, le bien et le mal ; d’où l’importance vitale de fonder une éthique pour auto réguler l’utilisation de ces techniques par l’influence des notions de responsabilité/liberté diffusées à la multitude. C’est à ce niveau que la diffusion de la pensée de Teilhard a un rôle planétaire à jouer.
A cet effet, un travail immense reste à accomplir.
A titre d’exemple, actuellement, on offusque beaucoup de personnes dans tous les milieux évolués lorsqu’on parle de sujets chers à Teilhard comme la réalité physique d’un phénomène mental (psycho-physique), ou encore de la nature biologique de l’organisation des sociétés, des lois sociales et morales qui les régissent. Mais attention prévient Teilhard « tant que nous pensions avoir en face de nous, pour les respecter ou les enfreindre, que des préceptes plus ou moins arbitrairement décrétés par l’Homme à l’usage d’autres hommes » une infraction est envisageable. Mais à partir du moment où nous avons à faire à un réseau de liaisons organiques, c’est l’effet de socialisation de l’humanité « qui nous enlace ». « Parce que, avec le juridique, on peut toujours, par quelque compromission, arriver à s’entendre. Tandis que l’Organique, lui, si on le viole, ne pardonne pas ». L’écologie au sens large est l’application par excellence de ce principe.
Teilhard pense « qu’à aucun moment de l’Histoire (…) l’Homme s’est trouvé aussi complètement lié (…) par le fond même de son être, à la valeur et au perfectionnement de tous les autres autour de lui. Et ce régime d’inter-dépendance, tout indique qu’il ne fera que s’accentuer (…) renforçant la gamme entière des vertus et des fautes. »
Cette position rejoint parfaitement les préoccupations de l’humanité du XXIe siècle ; et dire qu’elle est le fond même de ce qu’avait dit Teilhard en 1923 et qui lui valut son exile et l’interdiction de communiquer. J’espère sincèrement que l’Eglise actuelle qui a encore un rôle important à jouer, et qui a évolué en presque un siècle, comprendra, acceptera et diffusera les pensées du visionnaire Teilhard.
J’espère aussi n’avoir pas trahi la pensée de l’auteur dans l’interprétation de ce chapitre.
Jean-Pierre Fressafond
Rubrique littéraire
Suite à la conférence que le père François Euvé donna le 19 novembre 2009 au lycée St Marc, sur son livre « Darwin et le chistianisme /Vrai ou faux débat » paru chez Buchet-Chastel, j’acquis ce livre et le lus sans interruption pendant une semaine, à raison de plusieurs lectures par page. C’est dire si se livre de 195 pages est accrochant et d’une densité extrême. L’œuvre et la pensée de Darwin sont un prétexte d’analyse sur le thème de l’évolution avant et après Darwin, puis l’auteur fait une synthèse et une conclusion.
Le thème de l’évolution, ou son idée plutôt, n’était pas chose nouvelle dans les esprits comme en témoigne le succès grand public immédiat du premier livre de Darwin « L’Origine des espèces », 2000 livres vendus en quelques jours. Succès égal dans les milieux scientifiques et religieux, ce qui ne signifie pas forcément leur approbation. Mais c’est en France que la réprobation fut la plus vive. Pour faire simple, la polémique s’exprime ainsi : fixistes contre évolutionnistes, feu entretenu par les théologies byzantines de l’époque, toujours pas désactivée au XXIe siècle , y compris dans les milieux scientifiques.
La question du péché originel (la chute adamique) est abordée honnêtement par le Père Euvé page 53. Il rejoint la pensée de Teilhard qui dénia l’existence de cette chute et préféra une montée dans la complexité. Il va même jusqu’à expliquer la raison de l’opposition de l’Eglise à Teilhard sur ce sujet, rejoignant en cela ce que j’avais écrit dans mes manuels d’étude (Phénomène Humaine et Activation de l’Energie) à savoir : s’il n’y a pas de péché originel, l’humanité n’a plus besoin d’un Rédempteur pour effacer une faute qui n’a pas été commise ; transformation de facto du rôle de Rédempteur du Christ en celui de Phare Evoluteur et Attracteur de l’humanité.
Le père Euvé signale une caractéristique de l’Angleterre du XIXe siècle : l’Eglise anglicane contrôlait toutes les universités du royaume et les scientifiques laïques professionnels anglais dont Thomas Huxley voulait bousculer le système. Le public approuvait. Darwin proposait une autre manière de faire de la science, soit, partir d’hypothèses et, ensuite, évaluer leurs capacités explicatives. Cette méthode était opposée à celle des conservateurs qui recherchaient d’abord ce qui est certain. On ne peut faire de la science sans hypothèse, confirme le père Euvé qui cite, page 62, Frederick Temple (1821/1902), évêque de Canterbury, lui-même citant saint Augustin : « Dieu a fait les choses se faire elles-mêmes ». Comme hypothèse, on ne fait pas mieux !
En réalité, l’Eglise n’est pas opposée à l’évolution en tant que telle, mais Elle a peur des bouleversements qu’elle peut introduire chez les chrétiens. D’ailleurs, beaucoup d’anticléricaux ont utilisé Darwin pour lutter contre les Eglises.
Page 78 le père Euvé explique le mécanisme de la lutte des créationnistes contre les évolutionnistes. Les créationnistes ont la nostalgie du mythique « Age d’Or ». Personnellement, je pense que l’Age d’Or c’est l’avenir…
°
Des pages 94 à 110, le père Euvé développe les nombreuses dérives induites par la théorie de Darwin, dans les pays modernes et notamment aux U.S.A. ; dérives pouvant aller jusqu’à l’eugénisme et le nazisme. Le père Euvé conduit ce chapitre en disant qu’il faut se garder de penser qu’il ne peut exister que deux positions : évolutionnisme contre créationnisme. La vérité est entre les deux, loin des idéologies !
Des pages 110 à 125, chapitre 6, l’auteur présente la réponse teilhardienne au défi de Darwin par ce conseil : « c’est par l’humain que l’on accède à Dieu … jésus Christ est pleinement l’Homme achevé idéal. »
Je sais que le concept teilhardien de la complexité/centréité = conscience est difficilement admis par l’Eglise, à mon avis, le père Euvé n’utilise pas assez le tome I de Teilhard « Le Phénomène Humain » et le tome VII « L’Activation de l’Energie », livres dans lesquels existe à l’état pur la pensée scientifique de Teilhard, ainsi que la philosophie qui en découle, sans dérive religieuse. Dans les onze autres tomes, Teilhard cherchait probablement à se faire pardonner les motifs de l’interdiction pesant sur son tome I, en diluant ce qui est hérétique dans sa pensée avec des morceaux de poésie religieuse politiquement correcte.
Dans le chapitre 7 dont le titre est « un monde désormais aléatoire » , des pages 126 à 137, le père Euvé déploie clairement ce sujet, le plus important à mes yeux. Le désordre n’est qu’apparent. Il existe un ordre caché qui utilise le hasard pour jouer avec les grands nombres. Citation de la définition du hasard selon Augustin Cournot : « rencontre de deux séries causales indépendantes ».
Il convient de distinguer plusieurs sens du mot « hasard » :
-1- Connotation de chance ou de malchance, quelque chose se produit de manière inattendue par rapport au but poursuivi.
-2-Désignation de ce qui est aléatoire. Un évènement est aléatoire (alea = jeu de dés en latin) si l’on ne connaît pas ses conditions déterminantes lesquelles sont extrêmement complexes.
-3- Plus subtile est la référence à la « contingence ». Un évènement est dit contingent dans un système déterminé, lorsqu’il échappe à la nécessité de ce système. La description du monde vivant en évolution oblige à se poser la question du « contingent ».
Le père Euvé fait trois propositions :
1- Les mutations relèvent de la chance,
2- Les dérives génétiques relèvent de l’aléatoire,
3- Le cours effectif de l’histoire de la vie relève de la contingence.
L’auteur conclut ainsi ce chapitre : les sciences établissent des lois selon des statistiques et des probabilités, c’est une manière pour l’Homme de se rassurer car l’imprévisible est inquiétant. Les évènements se conditionnent entre eux, la recherche de lois est difficile car la vie est semée de bifurcations . La biologie recèle des évènements singuliers et non répétables alors que la physique a des mécanismes. A défaut d’explication, les processus biologiques peuvent donner un sens à la vie.
D’une manière générale dans ce livre, mais en particulier dans ce chapitre, il est ardu de faire la part des pensées du père Euvé, soit celle des scientifiques dont il s’inspire ; ce qui n’est pas grave car un tel travail de synthèse nécessite des choix de références. Les scientifiques, eux aussi, ont leurs contradictions.
-Chapitre 8 : « Quelle morale pour un monde en évolution » ? Pages 138 à 154 ;
Sommes-nous plus proches de la bête ou de l’ange ? Développement extrêmement attrayant pouvant se résumer en trois voies :
-1- Une morale naturaliste qui transpose ce qui est en ce qui doit être.
-2- Une morale antinaturaliste qui place l’humain à part.
-3- Une morale qui peut dialoguer avec la biologie sans l’ignorer et sans en dépendre.
Durant le XIXe siècle aux U.S.A., la théorie de Darwin sur la sélection naturelle arrangeait bien l’élite industrielle dont le principal souci en cette phase d’expansion était de dégager l’élite nécessaire pour lutter contre la concurrence. Cette logique n’avait rien de commun avec l’altruisme et la morale. D’ailleurs, peut-on dire qu’il n’en va pas de même au XXIe siècle ? Le père Euvé invoque le facteur de l’idéologie collective qui induit un réflexe d’altruisme au nom de la morale religieuse qui s’est emparée de cette arme puissante. La vertu ne serait-elle pas davantage une affaire d’anticipation plutôt que d’imitation ?
² -Le chapitre 9 traite de souffrance, de mort, de péché, de bien et de mal ; thèmes intéressants mais à mon avis en marge du sujet scientifique du livre. Il traite de théologie et de dogmes religieux. Ces sujets, j’en conviens, sont difficilement contournables avec le titre du livre « Darwin et le Christianisme. Ce chapitre introduit le suivant.
-Chapitre 10 (pages 166 à 185) « D’un Dieu Programme au Dieu de la Promesse » où sont déployés trois types d’arguments :
-L’action divine n’est plus nécessaire pour rendre compte de la diversité.
-L’action divine est incompatible avec l’idée d’un dessein arrêté de toute éternité. (Note personnelle : encore faudrait-il redéfinir le concept de Dieu).
-Le bien et le mal sont inconcevables et incompatibles avec un Dieu parfait. Je conteste l’incompatibilité en question pour la raison suivante : la matière est dans l’espace/temps, alors que Dieu est hors espace/temps. Autrement dit, Dieu est parfait mais pas tout de suite !
L’Eglise a des difficultés à intégrer les concepts d’espace/temps et celui d’un Dieu-Energie et Information de toutes choses, qui sont classés dans la Théologie Naturelle. Cette théologie naturelle, reprise par Newton, Voltaire, et la Franc Maçonnerie régulière, n’est pas agréée par l’Eglise ; ce qui est dommage car elle peut être comprise par tout le monde, contrairement à la Révélation biblique.
Hélas, Darwin lui-même a fini par rejeter la théologie naturelle (déisme) dont l’argument majeur est : « les effets (l’univers) prouvent la cause (Dieu) ».
A mon avis, théologie de la Révélation biblique et théologie naturelle sont toutes les deux indispensables car elles ne s’adressent pas au même public .
Je n’en dirai pas plus sur ce long et captivant chapitre qui peut être difficilement résumé, étant lui-même le résumé de millions de pages en vingt pages seulement.
Je risquerai seulement une réflexion : Dieu n’est pas responsable du bien et du mal mais l’Homme l’est, lui. Il est même très responsable de la grande « manip » divine qui se développe sur la terre et ailleurs. L’Homme est à la fois sujet et vecteur.
Dernier chapitre, la conclusion du Père Euvé pages 187 à 189.
L’auteur a remarquablement défendu les thèses de la religion catholique, tout en lâchant un peu de lest sur des sujets épineux comme « la chute originelle » « le bien et le mal » « la connaissance » et il a utilisé Darwin pour maintenir le principal : l’incontournabilité du dogme catholique et le danger des recherches individuelles et isolées.
D’autre part, le père Euvé marque une distinction entre le Dieu des Chrétiens et les Dieux des autres religions, comme si les trois grandes religions monothéistes « du Livre » ne se référaient pas au même Dieu. Et le Dieu Omega de Teilhard, est-il un Dieu acceptable par l’Eglise ?
-En épilogue, je dirai que ce livre doit être lu par les partisans de toutes les tendances religieuses afin de converger vers un œcuménisme réel ; ce qui pour le moment est loin d’être possible.
Le thème de l’évolution, ou son idée plutôt, n’était pas chose nouvelle dans les esprits comme en témoigne le succès grand public immédiat du premier livre de Darwin « L’Origine des espèces », 2000 livres vendus en quelques jours. Succès égal dans les milieux scientifiques et religieux, ce qui ne signifie pas forcément leur approbation. Mais c’est en France que la réprobation fut la plus vive. Pour faire simple, la polémique s’exprime ainsi : fixistes contre évolutionnistes, feu entretenu par les théologies byzantines de l’époque, toujours pas désactivée au XXIe siècle , y compris dans les milieux scientifiques.
La question du péché originel (la chute adamique) est abordée honnêtement par le Père Euvé page 53. Il rejoint la pensée de Teilhard qui dénia l’existence de cette chute et préféra une montée dans la complexité. Il va même jusqu’à expliquer la raison de l’opposition de l’Eglise à Teilhard sur ce sujet, rejoignant en cela ce que j’avais écrit dans mes manuels d’étude (Phénomène Humaine et Activation de l’Energie) à savoir : s’il n’y a pas de péché originel, l’humanité n’a plus besoin d’un Rédempteur pour effacer une faute qui n’a pas été commise ; transformation de facto du rôle de Rédempteur du Christ en celui de Phare Evoluteur et Attracteur de l’humanité.
Le père Euvé signale une caractéristique de l’Angleterre du XIXe siècle : l’Eglise anglicane contrôlait toutes les universités du royaume et les scientifiques laïques professionnels anglais dont Thomas Huxley voulait bousculer le système. Le public approuvait. Darwin proposait une autre manière de faire de la science, soit, partir d’hypothèses et, ensuite, évaluer leurs capacités explicatives. Cette méthode était opposée à celle des conservateurs qui recherchaient d’abord ce qui est certain. On ne peut faire de la science sans hypothèse, confirme le père Euvé qui cite, page 62, Frederick Temple (1821/1902), évêque de Canterbury, lui-même citant saint Augustin : « Dieu a fait les choses se faire elles-mêmes ». Comme hypothèse, on ne fait pas mieux !
En réalité, l’Eglise n’est pas opposée à l’évolution en tant que telle, mais Elle a peur des bouleversements qu’elle peut introduire chez les chrétiens. D’ailleurs, beaucoup d’anticléricaux ont utilisé Darwin pour lutter contre les Eglises.
Page 78 le père Euvé explique le mécanisme de la lutte des créationnistes contre les évolutionnistes. Les créationnistes ont la nostalgie du mythique « Age d’Or ». Personnellement, je pense que l’Age d’Or c’est l’avenir…
°
Des pages 94 à 110, le père Euvé développe les nombreuses dérives induites par la théorie de Darwin, dans les pays modernes et notamment aux U.S.A. ; dérives pouvant aller jusqu’à l’eugénisme et le nazisme. Le père Euvé conduit ce chapitre en disant qu’il faut se garder de penser qu’il ne peut exister que deux positions : évolutionnisme contre créationnisme. La vérité est entre les deux, loin des idéologies !
Des pages 110 à 125, chapitre 6, l’auteur présente la réponse teilhardienne au défi de Darwin par ce conseil : « c’est par l’humain que l’on accède à Dieu … jésus Christ est pleinement l’Homme achevé idéal. »
Je sais que le concept teilhardien de la complexité/centréité = conscience est difficilement admis par l’Eglise, à mon avis, le père Euvé n’utilise pas assez le tome I de Teilhard « Le Phénomène Humain » et le tome VII « L’Activation de l’Energie », livres dans lesquels existe à l’état pur la pensée scientifique de Teilhard, ainsi que la philosophie qui en découle, sans dérive religieuse. Dans les onze autres tomes, Teilhard cherchait probablement à se faire pardonner les motifs de l’interdiction pesant sur son tome I, en diluant ce qui est hérétique dans sa pensée avec des morceaux de poésie religieuse politiquement correcte.
Dans le chapitre 7 dont le titre est « un monde désormais aléatoire » , des pages 126 à 137, le père Euvé déploie clairement ce sujet, le plus important à mes yeux. Le désordre n’est qu’apparent. Il existe un ordre caché qui utilise le hasard pour jouer avec les grands nombres. Citation de la définition du hasard selon Augustin Cournot : « rencontre de deux séries causales indépendantes ».
Il convient de distinguer plusieurs sens du mot « hasard » :
-1- Connotation de chance ou de malchance, quelque chose se produit de manière inattendue par rapport au but poursuivi.
-2-Désignation de ce qui est aléatoire. Un évènement est aléatoire (alea = jeu de dés en latin) si l’on ne connaît pas ses conditions déterminantes lesquelles sont extrêmement complexes.
-3- Plus subtile est la référence à la « contingence ». Un évènement est dit contingent dans un système déterminé, lorsqu’il échappe à la nécessité de ce système. La description du monde vivant en évolution oblige à se poser la question du « contingent ».
Le père Euvé fait trois propositions :
1- Les mutations relèvent de la chance,
2- Les dérives génétiques relèvent de l’aléatoire,
3- Le cours effectif de l’histoire de la vie relève de la contingence.
L’auteur conclut ainsi ce chapitre : les sciences établissent des lois selon des statistiques et des probabilités, c’est une manière pour l’Homme de se rassurer car l’imprévisible est inquiétant. Les évènements se conditionnent entre eux, la recherche de lois est difficile car la vie est semée de bifurcations . La biologie recèle des évènements singuliers et non répétables alors que la physique a des mécanismes. A défaut d’explication, les processus biologiques peuvent donner un sens à la vie.
D’une manière générale dans ce livre, mais en particulier dans ce chapitre, il est ardu de faire la part des pensées du père Euvé, soit celle des scientifiques dont il s’inspire ; ce qui n’est pas grave car un tel travail de synthèse nécessite des choix de références. Les scientifiques, eux aussi, ont leurs contradictions.
-Chapitre 8 : « Quelle morale pour un monde en évolution » ? Pages 138 à 154 ;
Sommes-nous plus proches de la bête ou de l’ange ? Développement extrêmement attrayant pouvant se résumer en trois voies :
-1- Une morale naturaliste qui transpose ce qui est en ce qui doit être.
-2- Une morale antinaturaliste qui place l’humain à part.
-3- Une morale qui peut dialoguer avec la biologie sans l’ignorer et sans en dépendre.
Durant le XIXe siècle aux U.S.A., la théorie de Darwin sur la sélection naturelle arrangeait bien l’élite industrielle dont le principal souci en cette phase d’expansion était de dégager l’élite nécessaire pour lutter contre la concurrence. Cette logique n’avait rien de commun avec l’altruisme et la morale. D’ailleurs, peut-on dire qu’il n’en va pas de même au XXIe siècle ? Le père Euvé invoque le facteur de l’idéologie collective qui induit un réflexe d’altruisme au nom de la morale religieuse qui s’est emparée de cette arme puissante. La vertu ne serait-elle pas davantage une affaire d’anticipation plutôt que d’imitation ?
² -Le chapitre 9 traite de souffrance, de mort, de péché, de bien et de mal ; thèmes intéressants mais à mon avis en marge du sujet scientifique du livre. Il traite de théologie et de dogmes religieux. Ces sujets, j’en conviens, sont difficilement contournables avec le titre du livre « Darwin et le Christianisme. Ce chapitre introduit le suivant.
-Chapitre 10 (pages 166 à 185) « D’un Dieu Programme au Dieu de la Promesse » où sont déployés trois types d’arguments :
-L’action divine n’est plus nécessaire pour rendre compte de la diversité.
-L’action divine est incompatible avec l’idée d’un dessein arrêté de toute éternité. (Note personnelle : encore faudrait-il redéfinir le concept de Dieu).
-Le bien et le mal sont inconcevables et incompatibles avec un Dieu parfait. Je conteste l’incompatibilité en question pour la raison suivante : la matière est dans l’espace/temps, alors que Dieu est hors espace/temps. Autrement dit, Dieu est parfait mais pas tout de suite !
L’Eglise a des difficultés à intégrer les concepts d’espace/temps et celui d’un Dieu-Energie et Information de toutes choses, qui sont classés dans la Théologie Naturelle. Cette théologie naturelle, reprise par Newton, Voltaire, et la Franc Maçonnerie régulière, n’est pas agréée par l’Eglise ; ce qui est dommage car elle peut être comprise par tout le monde, contrairement à la Révélation biblique.
Hélas, Darwin lui-même a fini par rejeter la théologie naturelle (déisme) dont l’argument majeur est : « les effets (l’univers) prouvent la cause (Dieu) ».
A mon avis, théologie de la Révélation biblique et théologie naturelle sont toutes les deux indispensables car elles ne s’adressent pas au même public .
Je n’en dirai pas plus sur ce long et captivant chapitre qui peut être difficilement résumé, étant lui-même le résumé de millions de pages en vingt pages seulement.
Je risquerai seulement une réflexion : Dieu n’est pas responsable du bien et du mal mais l’Homme l’est, lui. Il est même très responsable de la grande « manip » divine qui se développe sur la terre et ailleurs. L’Homme est à la fois sujet et vecteur.
Dernier chapitre, la conclusion du Père Euvé pages 187 à 189.
L’auteur a remarquablement défendu les thèses de la religion catholique, tout en lâchant un peu de lest sur des sujets épineux comme « la chute originelle » « le bien et le mal » « la connaissance » et il a utilisé Darwin pour maintenir le principal : l’incontournabilité du dogme catholique et le danger des recherches individuelles et isolées.
D’autre part, le père Euvé marque une distinction entre le Dieu des Chrétiens et les Dieux des autres religions, comme si les trois grandes religions monothéistes « du Livre » ne se référaient pas au même Dieu. Et le Dieu Omega de Teilhard, est-il un Dieu acceptable par l’Eglise ?
-En épilogue, je dirai que ce livre doit être lu par les partisans de toutes les tendances religieuses afin de converger vers un œcuménisme réel ; ce qui pour le moment est loin d’être possible.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Marcel COMBY/ L'Evolution de la Responsabilité dans le Monde
Vendredi 1 Janvier 2010
Teilhard nous dit : « L’évolution de cette qualité, la Responsabilité, doit être observée et mesurée, non plus par le degré de complexité organique, mais par degré d’INTER – INFLUENCE ; Ce mot traduit les aspects de la conscience dans toutes les situations interactives qui s’inscrivent dans un système évoluant dans une démarche de convergence. Au sein des systèmes soumis à des lois naturelles de physique classique, l’état des composants résulte d’un certain déterminisme. Lorsqu’on aborde la physique quantique, on découvre un univers qui ne répond plus aux données de la logique traditionnelle. Alors qu’en est-il du vivant et en particulier de l’être humain ? On pourrait croire que le concept de « Responsabilité » induit naturellement un certain déterminisme qui fait qu’à toute situation donnée, il existe des codes qui permettent de le faire évoluer dans ce qu’on appellera la bonne direction. Toute faute doit être châtiée et toute bonne action récompensée. Mais dans ce schéma un peu manichéen, c’est oublier que ce qu’on appelle COMPLEXITE, contient aussi le PARADOXAL ; Tout individu responsable est ainsi conduit à agir de manière intelligente.
L’homme a droit à sa part de liberté et il la revendique en toute légitimité. Il sera donc poussé à rejeter les idéologies qu’il considère comme anachroniques ou stupides. Mais par contre il ressentira un jour ou l’autre le besoin de repères moraux. En fait les dogmes religieux sont « ouverts » dans la mesure où ils évitent l’effondrement de la psyché dans la CONFUSION. Les lois morales actuelles de bioéthique par exemple, canalisent les émotions naturelles afin de les placer en situation de responsabilité, respectant la liberté mais indiquant toutes les conséquences qui devront être acceptées.
Il existe des exemples qui montrent que dans les inévitables conflits de tous les jours la nature humaine ne doit pas se situer dans la légitimité d’un déterminisme qui paraît s’imposer de façon logique et naturelle.
Je cite le cas de la mère de famille face à un enfant qui fait un énorme caprice devant un bol de soupe. Soit elle va elle-même essayer de résoudre la tension en administrant une fessée car la dite maman pense que logiquement son enfant désobéissant mérite certes un châtiment. Soit elle va détourner l’attention de l’enfant en lui montrant gentiment qu’un oiseau du jardin voudrait bien goûter de sa soupe. C’est la maman intelligente qui sait spontanément canaliser la violence par un geste qu’on peut qualifier de paradoxal. Elle agit en responsable éclairée dans le sens de la convergence selon Teilhard. Inutile donc d’aller chercher bien loin. Devrait-on alors imaginer des écoles de parents ? Signalons que la famille constitue le premier foyer de violence dans les démocraties comme la nôtre. Environ 150 femmes en France meurent chaque année, victimes de coups et blessures. La responsabilité d’adultes immatures est considérable et de plus les problèmes de ce type sont excessivement complexes. Parallèlement à ce fléau naissent des institutions, des associations, des services sociaux capables de prendre en charges tous les protagonistes d’un drame familial. Signalons aussi l’évolution du contexte socio – économique qui affecte les citoyens dans leurs conditions de travail. Le salarié de notre époque présente souffre de solitude ou d’horaires démentiels, et cela il faudra bien revoir le cadre de vie de chacun sans provoquer une révolution inéluctable.
En ce qui concerne les oppositions frontales entre une personne et un groupe, on remarque dans certains cas la place du discernement dans les conduites à tenir face à une situation pouvant dégénérer vers l’entropie. J’ai vécu ce genre d’événement lorsque j’étais jeune enseignant. Manifestement dans certaines circonstances, on se trouve dans son droit le plus absolu de faire régner le règlement. Mais il peut s’en suivre un défaut complet de communication. On se sent traversé par une sorte de fil de fer : hyper concentration de l’énergie. Un jour peut survenir où une décision personnelle retourne complètement la situation en faveur de tous : heureuse expansion de l’énergie, (les hindous appelle cette énergie : la Shakti) fruit d’un refus d’imposer son ego et de courir le risque de perdre la face.
La responsabilité est aussi prise de risque : admirer ces foules iraniennes qui bravent les représailles policières ou même la mort. Aspiration à la démocratie. N’empêche, 20 ans après la chute du mur de Berlin, d’aucuns regrettent par souci de survie l’organisation socio économique de l’ex Union Soviétique. La justice imposée par l’idéologie socialiste exige une certaine privation des libertés et des répressions brutales, mais la liberté accompagnant les systèmes démocratiques et capitalistes engendre de profondes injustices. Résoudre la dualité c’est faire appel à la « moralisation » du capitalisme et en même temps à la conscience de chacun dans le regard tourné vers autrui. On s’aperçoit que les grandes catastrophes stimulent la solidarité mondiale, c’est un peu une loi du genre. Le problème épineux du réchauffement climatique a tendance à rassembler les hommes autour de projets qui préservent à la fois l’environnement et le bien être de ceux qui furent longtemps les oubliés du système économique mondial. Il y a toujours quelque part une revanche de la Nature sur l’inconscience humaine. On peut affirmer que l’homme et la Nature se complètent dans une sorte d’influence réciproque et ce pour le salut de l’humanité. Ainsi, comme l’affirme Teilhard, dans un monde de nature convergente, la RESPONSABILITE en tant que vertu humaine s’universalise et s’intensifie au rythme de l’Evolution. On n’aurait jamais imaginé il y a 50 ans, l’idée d’un éventuel gouvernement mondial ! Sur le plan des religions, on n’aurait jamais imaginé une rencontre inter confessionnelle telle que celle d’Assise avec Jean Paul II. Par contre son successeur se trouve dans l’incapacité de poursuivre un processus d’évolution en raison de la complexité des problèmes. Pour l’avenir, le journaliste Bernard Lecomte souligne justement combien la question est loin d’être réglée de la communication « dans » et « de » l’Eglise. Les collaborateurs du pape restant partagés entre ceux qui pensent que l’institution devrait prendre en compte les règles de la communication dans les sociétés modernes et ceux qui considèrent que l’Eglise n’a pas à communiquer mais à proclamer « à temps et à contretemps » la Vérité qu’elle a reçue en dépôt de son fondateur et que c’est à la société d’avoir l’humilité de se plier à cette Vérité-là ! Il est possible que le même clivage traverse la Conférence des évêques de France. Ceci, au sein de notre monde tourmenté, pourrait en partie expliquer cela !
N’oublions pas que l’homme porte en soi une image énergétique de la transcendance. Sa responsabilité commence donc par un retour sur soi pour développer ses potentialités intérieures cachées, masquées par son intellect et ses activités souvent mal contrôlées. Les religions devraient justement l’y aider. Combien de camarades de lycée privé, pourtant pourvus d’un bagage catéchétique consistant, m’ont avoué avoir perdu la foi. La faute à qui ou à quoi ? Je me souviens de la remarque d’un oncle missionnaire qui montrait manifestement le divorce entre le conditionnement par les dogmes chrétiens et la connaissance des réalités humaines dans tout ce qu’elles ont d’essentiel et de vital. Si j’ai globalement échappé à cette rupture définitive d’avec le transcendant, c’est à mon enfance que je le dois. Je fus très tôt fasciné par le symbolisme et les activités du corps dans le déroulement des rites liturgiques. Les prêtres que j’ai connus m’ont largement facilité cet accès au sens de la vie religieuse en tant que célébration physique d’une réalité supérieure indicible mais rythmée par la justesse des couleurs et des sons en harmonie avec le temps.
On ne peut en rester là naturellement. Une connaissance éclairée des textes bibliques permet de se connaître soi-même et de saisir l’organisation de l’univers dans tout ce qu’elle possède de raisonnable et de merveilleux. Les clichés d’antan ont largement entretenu une caricature spirituelle au sein des esprits. L’hémorragie au sein du clergé durant les années 60 constitua un phénomène d’explosion socio culturelle inéluctable tandis que plus tard les régimes totalitaires européens s’effondraient à leur tour. N’est-ce pas là un signe révélateur que l’Evolution est en marche et que l’homme se trouve condamné naturellement à s’ouvrir à un nouveau projet de vie en commun sans renier pour autant la valeur des grandes Traditions de l’humanité. Connaître son Passé pour inventer l’Avenir !
Comme le suggère l’écrivain contemporaine Annick de Souzenelle : cette Responsabilité de l’homme réside dans le fait selon lequel « il ne doit pas s’emparer du fruit de l’Arbre de la Connaissance avant de l’être devenu. Ce faisant il se retrouve toujours dans la situation d’une chenille sur laquelle on aurait collé des ailes de papillon ! La main de l’homme est un symbole de connaissance autrement dit un signe de sa volonté de prendre puissance sur le monde…La connaissance véritable est celle qui naît de nos transformations intérieures, et non celle dont on se saisit à l’extérieure. »
Pour Teilhard, l’objectif est le point Omega, la fusion de tout dans le Tout. Le moyen est l’hominisation dans la personnalisation. Cette personnalisation ne peut résulter que du dynamisme de la socialisation, qui est force, et non du statisme asocial du droit moderne libéral. Est injuste, est péché, tout ce qui limite la force socialisante et donc personnalisante. Mais qui est donc responsable de la Responsabilité ? Teilhard de Chardin nous dit que le moraliste et le juriste de la modernité seront remplacés par l’Ingénieur de l’Energétique qui devient : « l’ingénieur et le technicien des énergies spirituelles du monde ».
Annick de Souzenelle, en évoquant les mutations de la psyché qui acheminent l’homme ou la femme vers le temps de la vieillesse, soulève le problème lié à l’état dit : « Adulte ». Celui-ci se situe au-delà des deux contingences : physique et psychique. L’adulte est l’être qui trouve en soi sa propre autorité et qui se reconnaît seul RESPONSABLE de son comportement. Et cette responsabilité implique les « épousailles » avec soi-même, et ces épousailles ne peuvent se faire sans l’intervention de la « Puissance créatrice du Saint-Nom » en nous. Sans elle les énergies psychiques animales ne peuvent connaître la transmutation spirituelle. Cette zone animale de l’être humain est alors aménagée de sorte que tous les événements refoulés, blessants, mortifères du passé, profitent d’une émergence de conscience qui conduit l’être vers son Orient, sa propre Terre Promise. Mûrir, c’est entrer dans une communication constante, de moins en moins discontinue, avec le noyau de notre être. Alors la vieillesse n’est plus déchéance mais accomplissement.
Aujourd’hui l’humanité est encore animale, une « jungle ». Cependant il existe de plus en plus des émergences de conscience. Nous arrivons à une charnière des temps, à un passage nécessaire qui concerne le collectif, l’Homme total, qui vit l’expérience du dépassement de la loi.
L’homme a droit à sa part de liberté et il la revendique en toute légitimité. Il sera donc poussé à rejeter les idéologies qu’il considère comme anachroniques ou stupides. Mais par contre il ressentira un jour ou l’autre le besoin de repères moraux. En fait les dogmes religieux sont « ouverts » dans la mesure où ils évitent l’effondrement de la psyché dans la CONFUSION. Les lois morales actuelles de bioéthique par exemple, canalisent les émotions naturelles afin de les placer en situation de responsabilité, respectant la liberté mais indiquant toutes les conséquences qui devront être acceptées.
Il existe des exemples qui montrent que dans les inévitables conflits de tous les jours la nature humaine ne doit pas se situer dans la légitimité d’un déterminisme qui paraît s’imposer de façon logique et naturelle.
Je cite le cas de la mère de famille face à un enfant qui fait un énorme caprice devant un bol de soupe. Soit elle va elle-même essayer de résoudre la tension en administrant une fessée car la dite maman pense que logiquement son enfant désobéissant mérite certes un châtiment. Soit elle va détourner l’attention de l’enfant en lui montrant gentiment qu’un oiseau du jardin voudrait bien goûter de sa soupe. C’est la maman intelligente qui sait spontanément canaliser la violence par un geste qu’on peut qualifier de paradoxal. Elle agit en responsable éclairée dans le sens de la convergence selon Teilhard. Inutile donc d’aller chercher bien loin. Devrait-on alors imaginer des écoles de parents ? Signalons que la famille constitue le premier foyer de violence dans les démocraties comme la nôtre. Environ 150 femmes en France meurent chaque année, victimes de coups et blessures. La responsabilité d’adultes immatures est considérable et de plus les problèmes de ce type sont excessivement complexes. Parallèlement à ce fléau naissent des institutions, des associations, des services sociaux capables de prendre en charges tous les protagonistes d’un drame familial. Signalons aussi l’évolution du contexte socio – économique qui affecte les citoyens dans leurs conditions de travail. Le salarié de notre époque présente souffre de solitude ou d’horaires démentiels, et cela il faudra bien revoir le cadre de vie de chacun sans provoquer une révolution inéluctable.
En ce qui concerne les oppositions frontales entre une personne et un groupe, on remarque dans certains cas la place du discernement dans les conduites à tenir face à une situation pouvant dégénérer vers l’entropie. J’ai vécu ce genre d’événement lorsque j’étais jeune enseignant. Manifestement dans certaines circonstances, on se trouve dans son droit le plus absolu de faire régner le règlement. Mais il peut s’en suivre un défaut complet de communication. On se sent traversé par une sorte de fil de fer : hyper concentration de l’énergie. Un jour peut survenir où une décision personnelle retourne complètement la situation en faveur de tous : heureuse expansion de l’énergie, (les hindous appelle cette énergie : la Shakti) fruit d’un refus d’imposer son ego et de courir le risque de perdre la face.
La responsabilité est aussi prise de risque : admirer ces foules iraniennes qui bravent les représailles policières ou même la mort. Aspiration à la démocratie. N’empêche, 20 ans après la chute du mur de Berlin, d’aucuns regrettent par souci de survie l’organisation socio économique de l’ex Union Soviétique. La justice imposée par l’idéologie socialiste exige une certaine privation des libertés et des répressions brutales, mais la liberté accompagnant les systèmes démocratiques et capitalistes engendre de profondes injustices. Résoudre la dualité c’est faire appel à la « moralisation » du capitalisme et en même temps à la conscience de chacun dans le regard tourné vers autrui. On s’aperçoit que les grandes catastrophes stimulent la solidarité mondiale, c’est un peu une loi du genre. Le problème épineux du réchauffement climatique a tendance à rassembler les hommes autour de projets qui préservent à la fois l’environnement et le bien être de ceux qui furent longtemps les oubliés du système économique mondial. Il y a toujours quelque part une revanche de la Nature sur l’inconscience humaine. On peut affirmer que l’homme et la Nature se complètent dans une sorte d’influence réciproque et ce pour le salut de l’humanité. Ainsi, comme l’affirme Teilhard, dans un monde de nature convergente, la RESPONSABILITE en tant que vertu humaine s’universalise et s’intensifie au rythme de l’Evolution. On n’aurait jamais imaginé il y a 50 ans, l’idée d’un éventuel gouvernement mondial ! Sur le plan des religions, on n’aurait jamais imaginé une rencontre inter confessionnelle telle que celle d’Assise avec Jean Paul II. Par contre son successeur se trouve dans l’incapacité de poursuivre un processus d’évolution en raison de la complexité des problèmes. Pour l’avenir, le journaliste Bernard Lecomte souligne justement combien la question est loin d’être réglée de la communication « dans » et « de » l’Eglise. Les collaborateurs du pape restant partagés entre ceux qui pensent que l’institution devrait prendre en compte les règles de la communication dans les sociétés modernes et ceux qui considèrent que l’Eglise n’a pas à communiquer mais à proclamer « à temps et à contretemps » la Vérité qu’elle a reçue en dépôt de son fondateur et que c’est à la société d’avoir l’humilité de se plier à cette Vérité-là ! Il est possible que le même clivage traverse la Conférence des évêques de France. Ceci, au sein de notre monde tourmenté, pourrait en partie expliquer cela !
N’oublions pas que l’homme porte en soi une image énergétique de la transcendance. Sa responsabilité commence donc par un retour sur soi pour développer ses potentialités intérieures cachées, masquées par son intellect et ses activités souvent mal contrôlées. Les religions devraient justement l’y aider. Combien de camarades de lycée privé, pourtant pourvus d’un bagage catéchétique consistant, m’ont avoué avoir perdu la foi. La faute à qui ou à quoi ? Je me souviens de la remarque d’un oncle missionnaire qui montrait manifestement le divorce entre le conditionnement par les dogmes chrétiens et la connaissance des réalités humaines dans tout ce qu’elles ont d’essentiel et de vital. Si j’ai globalement échappé à cette rupture définitive d’avec le transcendant, c’est à mon enfance que je le dois. Je fus très tôt fasciné par le symbolisme et les activités du corps dans le déroulement des rites liturgiques. Les prêtres que j’ai connus m’ont largement facilité cet accès au sens de la vie religieuse en tant que célébration physique d’une réalité supérieure indicible mais rythmée par la justesse des couleurs et des sons en harmonie avec le temps.
On ne peut en rester là naturellement. Une connaissance éclairée des textes bibliques permet de se connaître soi-même et de saisir l’organisation de l’univers dans tout ce qu’elle possède de raisonnable et de merveilleux. Les clichés d’antan ont largement entretenu une caricature spirituelle au sein des esprits. L’hémorragie au sein du clergé durant les années 60 constitua un phénomène d’explosion socio culturelle inéluctable tandis que plus tard les régimes totalitaires européens s’effondraient à leur tour. N’est-ce pas là un signe révélateur que l’Evolution est en marche et que l’homme se trouve condamné naturellement à s’ouvrir à un nouveau projet de vie en commun sans renier pour autant la valeur des grandes Traditions de l’humanité. Connaître son Passé pour inventer l’Avenir !
Comme le suggère l’écrivain contemporaine Annick de Souzenelle : cette Responsabilité de l’homme réside dans le fait selon lequel « il ne doit pas s’emparer du fruit de l’Arbre de la Connaissance avant de l’être devenu. Ce faisant il se retrouve toujours dans la situation d’une chenille sur laquelle on aurait collé des ailes de papillon ! La main de l’homme est un symbole de connaissance autrement dit un signe de sa volonté de prendre puissance sur le monde…La connaissance véritable est celle qui naît de nos transformations intérieures, et non celle dont on se saisit à l’extérieure. »
Pour Teilhard, l’objectif est le point Omega, la fusion de tout dans le Tout. Le moyen est l’hominisation dans la personnalisation. Cette personnalisation ne peut résulter que du dynamisme de la socialisation, qui est force, et non du statisme asocial du droit moderne libéral. Est injuste, est péché, tout ce qui limite la force socialisante et donc personnalisante. Mais qui est donc responsable de la Responsabilité ? Teilhard de Chardin nous dit que le moraliste et le juriste de la modernité seront remplacés par l’Ingénieur de l’Energétique qui devient : « l’ingénieur et le technicien des énergies spirituelles du monde ».
Annick de Souzenelle, en évoquant les mutations de la psyché qui acheminent l’homme ou la femme vers le temps de la vieillesse, soulève le problème lié à l’état dit : « Adulte ». Celui-ci se situe au-delà des deux contingences : physique et psychique. L’adulte est l’être qui trouve en soi sa propre autorité et qui se reconnaît seul RESPONSABLE de son comportement. Et cette responsabilité implique les « épousailles » avec soi-même, et ces épousailles ne peuvent se faire sans l’intervention de la « Puissance créatrice du Saint-Nom » en nous. Sans elle les énergies psychiques animales ne peuvent connaître la transmutation spirituelle. Cette zone animale de l’être humain est alors aménagée de sorte que tous les événements refoulés, blessants, mortifères du passé, profitent d’une émergence de conscience qui conduit l’être vers son Orient, sa propre Terre Promise. Mûrir, c’est entrer dans une communication constante, de moins en moins discontinue, avec le noyau de notre être. Alors la vieillesse n’est plus déchéance mais accomplissement.
Aujourd’hui l’humanité est encore animale, une « jungle ». Cependant il existe de plus en plus des émergences de conscience. Nous arrivons à une charnière des temps, à un passage nécessaire qui concerne le collectif, l’Homme total, qui vit l’expérience du dépassement de la loi.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
AM Tisserand/ L'EVOLUTION DE LA RESPONSABILITE DANS LE MONDE
Vendredi 1 Janvier 2010Chapitre écrit par Teilhard de Chardin le 5 juin 1950, extrait de l'oeuvre "L'ACTIVATION DE L'ENERGIE"
Vous avez peut-être en mémoire le film de Charles Chaplin « Le Dictateur » ?
Deux scènes immortalisent les conséquences de deux comportements opposés :
-Celle où le dictateur, dans son délire paranoïaque, folâtre et jongle avec le globe terrestre, finissant par le faire exploser en lambeaux.
-Celle de la proclamation finale du film, où le sosie du dictateur harangue une armada servile. Il fait l’apologie de la vie, de la paix, de l’amour entre les Hommes, de l’harmonie universelle.
Ces deux séquences illustrent à quel point, dans un phylum identique, « le même » peut à la fois être «autre". C’est une mise en garde, chacun d’entre nous étant susceptible de basculer dans un sens ou dans un autre, de manière plus ou moins délibérée, plus ou moins visible.
Mais que dit Teilhard sur l' éternel sujet qu'est la responsabilité ?
L’auteur le démultiplie en trois phases :
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique,
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
3-Conclusion / responsabilité juridique et responsabilité biologique
Pour suivre son raisonnement, j’avoue m’être cassé l’os du foie ! Phrases touffues, envolées lyriques, mots techniques qui nécessitent l’utilisation d’un glossaire pour le teilhardien débutant, tournures littéraires d’un autre âge, d’une autre sphère de pensée … Et pourtant ! Une fois ces obstacles passés, nous avons progressé.
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique
(…) « analysons d’un peu plus près l’état présent et l’avenir probable du phénomène. C'est-à-dire , non plus à travers les grandes lignes, un peu vagues, de l’univers, mais à l’intérieur du domaine précis constitué par le groupe humain, cherchons à discerner sous l’influence de quels mécanismes , et avec quelle vitesse, continue à croître (comme il fallait le prévoir) pari passu avec les progrès de l’anthropogénèse, la solidarité d’une masse réfléchie empoignée et aspirée de plus en plus étroitement, comme un tourbillon par les forces de socialisation ».
Pour Teilhard, ce qui se passe sur notre terre, est le corollaire de ce qui se passe dans l’univers, la terre en faisant partie intégrale : «l’univers s’arrange ; pas seulement à la façon géométrique d’un cristal(…), mais de la manière organique et centrée (synergique), propre aux particules chimiques, cellulaires, zoologiques, dont nous faisons nous-mêmes partie. »
Finalement, les constituants du fondement, de l’environnement et de la vie des humains, (avec les interactions physiques, sociales, psychologiques, éthiques), ne formeraient qu’un seul et même corps ? Une immense cellule tentaculaire évoluant vers « l’ultra humain » ? D’où une solidarité compacte, vécue de gré ou de force, entre les composants de cet ensemble ? non seulement à l’échelle planétaire mais aussi en osmose cosmique. D’après ce que j’ai compris il s’agirait, finalement, d’un ensemble « organique » biologique, imbibé de conscience… mais
« imbibé » ou «submergé» de Conscience ?
Les deux à la fois ! C’est ce que nous verrons lors de la phase deux, à propos de la couche de pensée consciente (réfléchie sur elle-même) qui enveloppe la terre : la « noosphère ».
Dans cette partie du texte, Teilhard ne fait pas l’amalgame entre « responsabilité » (qu’il souligne) et « culpabilité » (qu’il occulte) ; ce qui correspond bien à sa conception de la non « faute originelle.
« Responsable mais non coupable » . On se souvient de cette formule rendue célèbre par Georgina Dufoix lors du scandale du sang contaminé.
-En Droit, la culpabilité est déterminée à l’issue d’un jugement sur le comportement d’une personne. Dans ce contexte, « culpabilité » et « faute » vont de paire.
-En psychologie ou en psychanalyse, la culpabilité est un sentiment insidieux, conscient ou inconscient. Or, La responsabilité est bien plus difficile à assumer que la culpabilité. Proclamer mea culpa, mea maxima culpa » est, au final, relativement confortable, comme si on attendait qu’une bonne âme nous dise : « mais non ! Tu es pardonné, essaye de faire mieux la prochaine fois ». Alors que la conscience de ses propres responsabilités implique une veille active et une libre mise en actes quasi permanentes : « Être libre et de bonnes mœurs » comme le dit la Franc Maçonnerie, toutes tendances confondues.
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
L’accroissement actuel de la responsabilité, selon Teilhard, est lié à la compression planétaire générée par la montée de la démographie ; elle-même produisant une accélération de la croissance et de l’efficacité de la couche pensante qui enveloppe la terre.
(…) « l’évènement principal et spécifique de notre ère biologique n’est rien autre chose, initialement, que la compression, compénétration et cimentation paroxysmale de la masse humaine sur elle-même, sous l’étreinte de l’étau planétaire », soit :
- Une masse humaine en expansion,
-qui élabore de manière exponentielle de la pensée sous forme de « filet »,
-filet qui enserre de toutes parts le globe ; ce dernier étant une surface fermée subit un effet « cocotte-minute » .
-Rapidité de tous moyens techniques de communication qui annulent les distances et accroissent d’autant le rayon d’action individuel en temps réel ou très rapidement.
Tous ces facteurs augmentent proportionnellement la responsabilité de chacun. Nous arrivons à « une sorte d’ultra responsabilité généralisée, affectant et renforçant la gamme entière des vertus et des fautes, telle serait donc, pour finir, la caractéristique morale la plus marquante de l’ultra-humain vers lequel, bon gré mal gré, par nécessité cosmique, nous sommes en train de dériver ».
Cette situation est périlleuse, pesante et contraignante. En revanche, bien gérée, elle peut se convertir en une puissance phénoménale, capable de produire « une énergie spirituelle intense », allant dans le bon sens.
3-Conclusion. Responsabilité juridique et responsabilité biologique
"Dans un monde reconnu de nature convergente, dit Teilhard, la responsabilité, automatiquement et immédiatement, s’universalise et s’intensifie, aux dimensions et au rythme mêmes de l’évolution cosmique".
Pour l’auteur, l’antique conception grecque d'un environnement statique, suivie pendant des siècles par la pensée Occidentale, d’ « un monde pour les corps et un autre monde pour les âme » est désormais dépassée mais « i[que d’oreilles n’offusque-t-on pas encore en parlant de la réalité physique d’un monde mental » remarque l'auteur.
Pourtant, la réalité des maladies psychosomatiques (exemple parmi d'autres) est maintenant bien admise. Par corrélation l’utilisation inversée de cette même force négative en force positive est envisageable; une même puissance, mais pouvant être utilisée de manières opposées. C'est ce que j'ai voulu représenter au début de mon texte avec les deux sosies du film "Le Dictateur".
« C’est dans un réseau non plus (seulement) de conventions, mais de liaisons organiques que la socialisation peu à peu nous enlace ". Et Teilhard de conclure en disant : « avec le juridique, on peut toujours, par quelque compromission, arriver à s’entendre. Tandis que l’Organique, lui, si on le viole ne pardonne pas. »
Il est donc urgent d’adapter une éthique capable d’accompagner cette dynamique, faute de quoi elle se retournera contre nous. Nous en serons tous "responsables" et même "coupables" d'un point de vue juridique pour certains.
En quoi consisterait cette éthique ?
-Sens civique (respect de la loi) pour commencer,à défaut d'amour,
-vision globalement écologique de nos actes,
-respect d'autrui et volonté de le COMPRENDRE (renvoi aux origines de ce terme = prendre avec soi) et non plus seulement le tolérer.
Tous ces paramètres éthiques pourraient se construire naturellement en étudiant les textes de Teilhard, par exemple, qui ouvrent un horizon de manière élaborée aux dimensions spirituelles. Mais rien ne pourra se faire sans l'adhésion du coeur et de la raison de chacun.
Deux scènes immortalisent les conséquences de deux comportements opposés :
-Celle où le dictateur, dans son délire paranoïaque, folâtre et jongle avec le globe terrestre, finissant par le faire exploser en lambeaux.
-Celle de la proclamation finale du film, où le sosie du dictateur harangue une armada servile. Il fait l’apologie de la vie, de la paix, de l’amour entre les Hommes, de l’harmonie universelle.
Ces deux séquences illustrent à quel point, dans un phylum identique, « le même » peut à la fois être «autre". C’est une mise en garde, chacun d’entre nous étant susceptible de basculer dans un sens ou dans un autre, de manière plus ou moins délibérée, plus ou moins visible.
Mais que dit Teilhard sur l' éternel sujet qu'est la responsabilité ?
L’auteur le démultiplie en trois phases :
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique,
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
3-Conclusion / responsabilité juridique et responsabilité biologique
Pour suivre son raisonnement, j’avoue m’être cassé l’os du foie ! Phrases touffues, envolées lyriques, mots techniques qui nécessitent l’utilisation d’un glossaire pour le teilhardien débutant, tournures littéraires d’un autre âge, d’une autre sphère de pensée … Et pourtant ! Une fois ces obstacles passés, nous avons progressé.
1-Convergence de l’univers et montée de la solidarité cosmique
(…) « analysons d’un peu plus près l’état présent et l’avenir probable du phénomène. C'est-à-dire , non plus à travers les grandes lignes, un peu vagues, de l’univers, mais à l’intérieur du domaine précis constitué par le groupe humain, cherchons à discerner sous l’influence de quels mécanismes , et avec quelle vitesse, continue à croître (comme il fallait le prévoir) pari passu avec les progrès de l’anthropogénèse, la solidarité d’une masse réfléchie empoignée et aspirée de plus en plus étroitement, comme un tourbillon par les forces de socialisation ».
Pour Teilhard, ce qui se passe sur notre terre, est le corollaire de ce qui se passe dans l’univers, la terre en faisant partie intégrale : «l’univers s’arrange ; pas seulement à la façon géométrique d’un cristal(…), mais de la manière organique et centrée (synergique), propre aux particules chimiques, cellulaires, zoologiques, dont nous faisons nous-mêmes partie. »
Finalement, les constituants du fondement, de l’environnement et de la vie des humains, (avec les interactions physiques, sociales, psychologiques, éthiques), ne formeraient qu’un seul et même corps ? Une immense cellule tentaculaire évoluant vers « l’ultra humain » ? D’où une solidarité compacte, vécue de gré ou de force, entre les composants de cet ensemble ? non seulement à l’échelle planétaire mais aussi en osmose cosmique. D’après ce que j’ai compris il s’agirait, finalement, d’un ensemble « organique » biologique, imbibé de conscience… mais
« imbibé » ou «submergé» de Conscience ?
Les deux à la fois ! C’est ce que nous verrons lors de la phase deux, à propos de la couche de pensée consciente (réfléchie sur elle-même) qui enveloppe la terre : la « noosphère ».
Dans cette partie du texte, Teilhard ne fait pas l’amalgame entre « responsabilité » (qu’il souligne) et « culpabilité » (qu’il occulte) ; ce qui correspond bien à sa conception de la non « faute originelle.
« Responsable mais non coupable » . On se souvient de cette formule rendue célèbre par Georgina Dufoix lors du scandale du sang contaminé.
-En Droit, la culpabilité est déterminée à l’issue d’un jugement sur le comportement d’une personne. Dans ce contexte, « culpabilité » et « faute » vont de paire.
-En psychologie ou en psychanalyse, la culpabilité est un sentiment insidieux, conscient ou inconscient. Or, La responsabilité est bien plus difficile à assumer que la culpabilité. Proclamer mea culpa, mea maxima culpa » est, au final, relativement confortable, comme si on attendait qu’une bonne âme nous dise : « mais non ! Tu es pardonné, essaye de faire mieux la prochaine fois ». Alors que la conscience de ses propres responsabilités implique une veille active et une libre mise en actes quasi permanentes : « Être libre et de bonnes mœurs » comme le dit la Franc Maçonnerie, toutes tendances confondues.
2-Compression planétaire et montée de la responsabilité humaine,
L’accroissement actuel de la responsabilité, selon Teilhard, est lié à la compression planétaire générée par la montée de la démographie ; elle-même produisant une accélération de la croissance et de l’efficacité de la couche pensante qui enveloppe la terre.
(…) « l’évènement principal et spécifique de notre ère biologique n’est rien autre chose, initialement, que la compression, compénétration et cimentation paroxysmale de la masse humaine sur elle-même, sous l’étreinte de l’étau planétaire », soit :
- Une masse humaine en expansion,
-qui élabore de manière exponentielle de la pensée sous forme de « filet »,
-filet qui enserre de toutes parts le globe ; ce dernier étant une surface fermée subit un effet « cocotte-minute » .
-Rapidité de tous moyens techniques de communication qui annulent les distances et accroissent d’autant le rayon d’action individuel en temps réel ou très rapidement.
Tous ces facteurs augmentent proportionnellement la responsabilité de chacun. Nous arrivons à « une sorte d’ultra responsabilité généralisée, affectant et renforçant la gamme entière des vertus et des fautes, telle serait donc, pour finir, la caractéristique morale la plus marquante de l’ultra-humain vers lequel, bon gré mal gré, par nécessité cosmique, nous sommes en train de dériver ».
Cette situation est périlleuse, pesante et contraignante. En revanche, bien gérée, elle peut se convertir en une puissance phénoménale, capable de produire « une énergie spirituelle intense », allant dans le bon sens.
3-Conclusion. Responsabilité juridique et responsabilité biologique
"Dans un monde reconnu de nature convergente, dit Teilhard, la responsabilité, automatiquement et immédiatement, s’universalise et s’intensifie, aux dimensions et au rythme mêmes de l’évolution cosmique".
Pour l’auteur, l’antique conception grecque d'un environnement statique, suivie pendant des siècles par la pensée Occidentale, d’ « un monde pour les corps et un autre monde pour les âme » est désormais dépassée mais « i[que d’oreilles n’offusque-t-on pas encore en parlant de la réalité physique d’un monde mental » remarque l'auteur.
Pourtant, la réalité des maladies psychosomatiques (exemple parmi d'autres) est maintenant bien admise. Par corrélation l’utilisation inversée de cette même force négative en force positive est envisageable; une même puissance, mais pouvant être utilisée de manières opposées. C'est ce que j'ai voulu représenter au début de mon texte avec les deux sosies du film "Le Dictateur".
« C’est dans un réseau non plus (seulement) de conventions, mais de liaisons organiques que la socialisation peu à peu nous enlace ". Et Teilhard de conclure en disant : « avec le juridique, on peut toujours, par quelque compromission, arriver à s’entendre. Tandis que l’Organique, lui, si on le viole ne pardonne pas. »
Il est donc urgent d’adapter une éthique capable d’accompagner cette dynamique, faute de quoi elle se retournera contre nous. Nous en serons tous "responsables" et même "coupables" d'un point de vue juridique pour certains.
En quoi consisterait cette éthique ?
-Sens civique (respect de la loi) pour commencer,à défaut d'amour,
-vision globalement écologique de nos actes,
-respect d'autrui et volonté de le COMPRENDRE (renvoi aux origines de ce terme = prendre avec soi) et non plus seulement le tolérer.
Tous ces paramètres éthiques pourraient se construire naturellement en étudiant les textes de Teilhard, par exemple, qui ouvrent un horizon de manière élaborée aux dimensions spirituelles. Mais rien ne pourra se faire sans l'adhésion du coeur et de la raison de chacun.
Jean-Pierre Fressafond
Omaha-beach.fr

