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JP Frésafond/POUR YVOIR CLAIR
Jeudi 25 Février 2010Chapitre 13 du manuel d’étude et tome 2 L’ACTIVATION DE L’ENERGIE
Ce chapitre traite de plusieurs sujet apparemment éloignés les uns des autres mais qui, en réalité, conduisent au thème principal que Teilhard voulait traiter, à savoir : trois types de panthéismes exercent une attraction sur certaines personnes recherchant une voie en dehors des religions. A ma connaissance, personne avant Teilhard n’avait fait une telle analyse.
Son raisonnement est bâti sur les bases suivantes :
a)Un principe d’émergence semble déterminer la matière tout au long de son évolution. Je le cite de mémoire : Rien ne saurait éclater au grand jour qui ne soit déjà obscurément présent depuis les origines (information cachée).
b)Esprit et matière sont consubstantiels. Les comportements de l’un et de l’autre laissent entrevoir des similitudes comme la tendance à l’enroulement sur soi ou centration, les arrangements à des degrés montants (atomisme de l’esprit, 1er chapitre du manuel d’étude / tome-2)
c)Les comportements des sociétés humaines sont conformes aux lois de la biologie (sens de l’espèce).
d)Nostalgie de l’unité apparaissant à tous les paliers de l’évolution et de manière croissante vers le haut de l’échelle (principe de convergence et sens cosmique).
Ainsi, d’emblée, Teilhard entre dans le vif du sujet : le sens cosmique de l’humanité induit les pulsions religieuses et spirituelles, donnant ainsi un sens à la vie, ou pour le moins une espérance, à condition de structurer et d’orienter notre pensée, en harmonie avec l’évolution de l’univers et de la force qui l’anime. Je le cite : « Au sens stricte du terme, le panthéisme est opposé au personnalisme. Au sens paulinien du terme le panthéisme se définirait ainsi : Dieu en tous, tous en Dieu. Ramené à son essence, le problème de la sainteté est la recherche du « grand secret » qui permet à la particule que nous sommes de trouver ou de retrouver un contact communiant avec l’Autre et avec le Tout, seule manière de dépasser l’alternative proposée ci-dessous : panthéisme ou personnalisme. »
Si on les ausculte en profondeur, toutes les religions suggèrent des messages identiques à la pensée de Teilhard, sauf qu’une d’elles ne veut approfondir la question de notre place dans l’univers, la jugeant hors de portée de l’homme moyen. C’est un a priori injurieux pour l’Homme.
La réalité est autre, hormis le fait que la pensée de Teilhard met en porte à faux les doctrines religieuses sur certains points comme le péché originel, la réflexion de Teilhard nécessite une autre forme de catéchèse, un travail en profondeur qui n’est pas totalement compatible avec les stratégies grand public des différentes confessions. Dans ce domaine, Vatican 2 a fait des dégâts considérables en supprimant, notamment, le Prologue de Jean au début de chaque messe et maintenant,s ce texte n’est lu que le jour de Pâques. Pourquoi cela ? Parce que le début du Prologue de Jean est la définition même du panthéisme. Relisez les trois premiers logions pour vous en convaincre.
CLASSEMENT DU PANTHEISME SELON TEILHARD
1) Para panthéisme ou panthéisme de diffusion. Il s’agit de s’ouvrir tout grand, chercher à tout embrasser immédiatement et pour cela devenir tous. C’est la forme naissante des panthéismes ; geste impossible à réaliser.
2) Pseudo panthéisme ou panthéisme d’unification. Devenir un avec tous. Plutôt que de poursuivre une insaisissable multitude, pourquoi ne pas chercher à effacer tout ce qui entre en nous en provenance du monde extérieur. S’isoler de la superficialité multiple et sauvage du monde en descendant vers la zone indifférenciée de l’humanité où tout s’identifie à tout dans un fond commun . Ce geste s’appelle le monisme oriental qui, en Occident a donné la vie monacale.
3) Eu panthéisme (en grec « eu » = bien). C’est un panthéisme de convergence qui, selon Teilhard, est le seul à avoir potentiellement un avenir parce qu’il est dynamique. Il est la synthèse des deux précédents. Le panthéisme de base a toujours admis que pour vaincre le plural, il fallait le supprimer. Autrement dit , pour entendre la note fondamentale il faut faire silence en soi. Par cette démarche intérieure, on peut admettre que par le jeu miraculeux d’une certaine courbure de l’univers (voir définition dans l’annexe du tome-2 p. 147), chaque être particulier recèle la secrète vertu de se centrer et de rejoindre tous les autres centres, de s’harmoniser avec eux et ainsi devenir réellement un avec tous.
J’ai l’impression que cet ésotérisme teilhardien rejoint l’ésotérisme de la Cabbale soufie ou Boudhiste..
Les deux premières catégories de panthéisme décrites plus haut peuvent être définiess ainsi :
La première est une unité de base par dissolution et la seconde une unité de sommet par ultra différenciation. Selon Teilhard, ces deux théories inverses attirent les mystiques et c’est la raison pour laquelle il propose la synthèse des deux car l’une sans l’autre aboutit à une régression pour cause d’excès.
Partant ce cette analyse, Teilhard procède au classement des courants mondiaux des religions (dans le contexte du XXIe siècle, ses positions seraient à réactualiser) :
(a) Les religions d’Extrême Orient
(b) Le marxisme (pourquoi pas)
(c) Les religions chrétiennes.
Personnellement, je trouve curieux qu’il ne fasse pas allusion à l’Islam mais peut-être le classe-t-il dans la même catégorie que le christianisme par le fait que les deux courants se réfèrent au même Dieu ? Il ne parle pas non plus du Judaïsme pour la même raison peut-être !
Je ferais la même remarque pour les religions animistes et qui sont majoritaires en Afrique notamment. Cela est d’autant plus surprenant que l’animisme est lui-même une forme de panthéisme.
Teilhard a connu les pays musulmans et les pays animistes et je n’explique pas cette lacune.
En ce qui concerne le christianisme Teilhard fait deux remarques :
-Si l’on considère le message de Jésus, le Christianisme a un fond d’eu panthéisme (catégorie de synthèse).
-En revanche, dit Teilhard, l’Eglise présente un monde compartimenté en zones immuables jusque dans son état final. Le monde, selon l’Eglise, présente une étoffe mixte dans laquelle une incompréhensible matière reste accolée à un Esprit chosifié dont la substance spirituelle ne peut être cataloguée que comme un accident. Vision d’un cosmos fixe et non pas d’une cosmogénèse dynamique. Quant à la société humaine religieuse (toujours selon l’auteur) elle ressemble davantage à une association juridique qu’à un système biologique organisé. A toutes les religions, Teilhard formule la même critique : aucun de leurs écrits officiels ne décrit un sens cosmique.
Conclusion de Teilhard : Il ne saurait y avoir d’accès possible à un ultra humain qu’à l’aide d’une nouvelle forme d’énergie psychique dans laquelle la profondeur personnalisante de l’Amour se combinerait avec la totalisation de ce qui gît de plus essentiel et de plus universel au cœur de l’étoffe de l’univers et du flux cosmique qui l’anime. Mais cette nouvelle énergie n’est pas encore désignée par l’Eglise Chrétienne.
Avec ce 13e chapitre on comprend mieux pourquoi l’Eglise avait interdit à Teilhard de publier ses écrits progressifs et philosophiques. A l’époque l’Eglise avait mis ces dérives sur le compte des théories de l’évolution alors qu’Elle ne les avait pas encore admises. Maintenant, Elle ne le peut plus puisque les dites théories « ne sont plus des hypothèses ».
Au XXIe siècle, la pensée de Teilhard est partiellement récupérée par certaines catégories d’ecclésiastiques, après une sévère sélection des éléments actifs, et des transpositions plus ou moins heureuses de ceux-ci, jusqu’à noyer la pensée progressive de Teilhard dans un océan de pensées conservatrices ; mélange contre nature.
Son raisonnement est bâti sur les bases suivantes :
a)Un principe d’émergence semble déterminer la matière tout au long de son évolution. Je le cite de mémoire : Rien ne saurait éclater au grand jour qui ne soit déjà obscurément présent depuis les origines (information cachée).
b)Esprit et matière sont consubstantiels. Les comportements de l’un et de l’autre laissent entrevoir des similitudes comme la tendance à l’enroulement sur soi ou centration, les arrangements à des degrés montants (atomisme de l’esprit, 1er chapitre du manuel d’étude / tome-2)
c)Les comportements des sociétés humaines sont conformes aux lois de la biologie (sens de l’espèce).
d)Nostalgie de l’unité apparaissant à tous les paliers de l’évolution et de manière croissante vers le haut de l’échelle (principe de convergence et sens cosmique).
Ainsi, d’emblée, Teilhard entre dans le vif du sujet : le sens cosmique de l’humanité induit les pulsions religieuses et spirituelles, donnant ainsi un sens à la vie, ou pour le moins une espérance, à condition de structurer et d’orienter notre pensée, en harmonie avec l’évolution de l’univers et de la force qui l’anime. Je le cite : « Au sens stricte du terme, le panthéisme est opposé au personnalisme. Au sens paulinien du terme le panthéisme se définirait ainsi : Dieu en tous, tous en Dieu. Ramené à son essence, le problème de la sainteté est la recherche du « grand secret » qui permet à la particule que nous sommes de trouver ou de retrouver un contact communiant avec l’Autre et avec le Tout, seule manière de dépasser l’alternative proposée ci-dessous : panthéisme ou personnalisme. »
Si on les ausculte en profondeur, toutes les religions suggèrent des messages identiques à la pensée de Teilhard, sauf qu’une d’elles ne veut approfondir la question de notre place dans l’univers, la jugeant hors de portée de l’homme moyen. C’est un a priori injurieux pour l’Homme.
La réalité est autre, hormis le fait que la pensée de Teilhard met en porte à faux les doctrines religieuses sur certains points comme le péché originel, la réflexion de Teilhard nécessite une autre forme de catéchèse, un travail en profondeur qui n’est pas totalement compatible avec les stratégies grand public des différentes confessions. Dans ce domaine, Vatican 2 a fait des dégâts considérables en supprimant, notamment, le Prologue de Jean au début de chaque messe et maintenant,s ce texte n’est lu que le jour de Pâques. Pourquoi cela ? Parce que le début du Prologue de Jean est la définition même du panthéisme. Relisez les trois premiers logions pour vous en convaincre.
CLASSEMENT DU PANTHEISME SELON TEILHARD
1) Para panthéisme ou panthéisme de diffusion. Il s’agit de s’ouvrir tout grand, chercher à tout embrasser immédiatement et pour cela devenir tous. C’est la forme naissante des panthéismes ; geste impossible à réaliser.
2) Pseudo panthéisme ou panthéisme d’unification. Devenir un avec tous. Plutôt que de poursuivre une insaisissable multitude, pourquoi ne pas chercher à effacer tout ce qui entre en nous en provenance du monde extérieur. S’isoler de la superficialité multiple et sauvage du monde en descendant vers la zone indifférenciée de l’humanité où tout s’identifie à tout dans un fond commun . Ce geste s’appelle le monisme oriental qui, en Occident a donné la vie monacale.
3) Eu panthéisme (en grec « eu » = bien). C’est un panthéisme de convergence qui, selon Teilhard, est le seul à avoir potentiellement un avenir parce qu’il est dynamique. Il est la synthèse des deux précédents. Le panthéisme de base a toujours admis que pour vaincre le plural, il fallait le supprimer. Autrement dit , pour entendre la note fondamentale il faut faire silence en soi. Par cette démarche intérieure, on peut admettre que par le jeu miraculeux d’une certaine courbure de l’univers (voir définition dans l’annexe du tome-2 p. 147), chaque être particulier recèle la secrète vertu de se centrer et de rejoindre tous les autres centres, de s’harmoniser avec eux et ainsi devenir réellement un avec tous.
J’ai l’impression que cet ésotérisme teilhardien rejoint l’ésotérisme de la Cabbale soufie ou Boudhiste..
Les deux premières catégories de panthéisme décrites plus haut peuvent être définiess ainsi :
La première est une unité de base par dissolution et la seconde une unité de sommet par ultra différenciation. Selon Teilhard, ces deux théories inverses attirent les mystiques et c’est la raison pour laquelle il propose la synthèse des deux car l’une sans l’autre aboutit à une régression pour cause d’excès.
Partant ce cette analyse, Teilhard procède au classement des courants mondiaux des religions (dans le contexte du XXIe siècle, ses positions seraient à réactualiser) :
(a) Les religions d’Extrême Orient
(b) Le marxisme (pourquoi pas)
(c) Les religions chrétiennes.
Personnellement, je trouve curieux qu’il ne fasse pas allusion à l’Islam mais peut-être le classe-t-il dans la même catégorie que le christianisme par le fait que les deux courants se réfèrent au même Dieu ? Il ne parle pas non plus du Judaïsme pour la même raison peut-être !
Je ferais la même remarque pour les religions animistes et qui sont majoritaires en Afrique notamment. Cela est d’autant plus surprenant que l’animisme est lui-même une forme de panthéisme.
Teilhard a connu les pays musulmans et les pays animistes et je n’explique pas cette lacune.
En ce qui concerne le christianisme Teilhard fait deux remarques :
-Si l’on considère le message de Jésus, le Christianisme a un fond d’eu panthéisme (catégorie de synthèse).
-En revanche, dit Teilhard, l’Eglise présente un monde compartimenté en zones immuables jusque dans son état final. Le monde, selon l’Eglise, présente une étoffe mixte dans laquelle une incompréhensible matière reste accolée à un Esprit chosifié dont la substance spirituelle ne peut être cataloguée que comme un accident. Vision d’un cosmos fixe et non pas d’une cosmogénèse dynamique. Quant à la société humaine religieuse (toujours selon l’auteur) elle ressemble davantage à une association juridique qu’à un système biologique organisé. A toutes les religions, Teilhard formule la même critique : aucun de leurs écrits officiels ne décrit un sens cosmique.
Conclusion de Teilhard : Il ne saurait y avoir d’accès possible à un ultra humain qu’à l’aide d’une nouvelle forme d’énergie psychique dans laquelle la profondeur personnalisante de l’Amour se combinerait avec la totalisation de ce qui gît de plus essentiel et de plus universel au cœur de l’étoffe de l’univers et du flux cosmique qui l’anime. Mais cette nouvelle énergie n’est pas encore désignée par l’Eglise Chrétienne.
Avec ce 13e chapitre on comprend mieux pourquoi l’Eglise avait interdit à Teilhard de publier ses écrits progressifs et philosophiques. A l’époque l’Eglise avait mis ces dérives sur le compte des théories de l’évolution alors qu’Elle ne les avait pas encore admises. Maintenant, Elle ne le peut plus puisque les dites théories « ne sont plus des hypothèses ».
Au XXIe siècle, la pensée de Teilhard est partiellement récupérée par certaines catégories d’ecclésiastiques, après une sévère sélection des éléments actifs, et des transpositions plus ou moins heureuses de ceux-ci, jusqu’à noyer la pensée progressive de Teilhard dans un océan de pensées conservatrices ; mélange contre nature.
Jean-Pierre Fressafond
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J.P.Frésafond/Edito/ Le Péché originel, selon Teilhard
Dimanche 21 Février 2010
Les idées lancées par Teilhard à propos du péché originel lui valurent son éviction du corps enseignant catholique en 1923. Pourquoi ?
Parce qu’il avait écrit que cette notion de chute était incompatible avec la théorie de l’évolution de la matière, telle qu’il la concevait.
En effet, pour un évolutionniste comme lui, il était logique et cohérent de refuser le concept de péché originel (ou de chute) que d’ailleurs les théologiens ne sont pas en mesure de définir clairement. Teilhard ajoutait à ce sujet que le péché originel barrait la route aux cherchants qui voulaient rejoindre l’Eglise.
Je n’engage que moi en supposant que l’Eglise a peut-être eu peur que la suppression de la faute originelle n’induise la caducité du principe d’un Rédempteur venu sur terre pour effacer cette faute et, en cela, Elle faisait semblant d’ignorer que, selon Teilhard, le Christ est avant tout le phare de l’humanité en l’éclairant et lui indiquant son issue glorieuse ; autre manière de la sauver. Rappelons que les luttes auxquelles se livrèrent les Eglises chrétiennes primitives étaient de même nature quant aux motifs (monophysites et autres sectes).
Pour Teilhard, entre l’AVANT et l’APRES de la création il n’y aurait pas eu la chute du Créateur dans la matière (ou dans la multitude selon d’autres langages) mais il y aurait eu un changement d’état avec lequel l’Esprit du Créateur serait passé d’un espace temps imaginaire à un espace temps manifesté. On peut figurer ce changement d’état en le comparant au phénomène chimique de la sublimation, passage de l’état solide à l’état gazeux (ou l’inverse) sans passer par la phase liquide. Selon Teilhard, il n’y aurait pas eu de chute mais un passage; d’ailleurs, il souligne cette conception en ajoutant la remarque suivante : « Y a-t-il eu seulement un haut et un bas ? » (allusion à la formule clé de la Table d’Emeraude : « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
Pour se convaincre de la consubstantiation de l’Esprit et de la matière selon Teilhard, il faut lire son « Ode à la matière » (c’est moi qui la baptise ainsi), page 90, Tome 13 « Le Cœur de la Matière » : « Je te bénis, Matière, et je te salue … »
Avant la création la Perfection Divine est hors espace temps, après la création, la Perfection Divine se développe dans l’espace temps. Ce n’est qu’une « brève histoire de temps » comme le disait S. Hawcking dans son livre du même nom.
Dans certains milieux religieux on se complait à entretenir le mystère et il est sacrilège d’enfreindre cette règle. Dans certains milieux scientifiques, on se complait à tout soumettre au rationalisme et les hypothèses de travail devraient être démontrées d’avance ; enfreindre cette règle plongerait le scientifique dans le ridicule, il serait traité de « mystique », ce qui serait l’opprobre totale. Mais la Science fait semblant d’ignorer ce qu’elle doit aux rêveurs et spéculer sur l’avant big-bang est impardonnable.
Ni l’Eglise, ni la Science n’ont absous Teilhard de son intuition et de ses hypothèses.
Pour Teilhard, l’avant et l’après big-bang ne vont pas l’un sans l’autre, ils sont les deux phases du même phénomène. Selon lui, la meilleure approche de l’avant big-bang est la voie mathématique car elle peut aider à concevoir un espace temps imaginaire.
Dans son livre « Science et Christ » (p. 229) il se réfère à des fonctions algébriques contenant un terme imaginaire. Or, au cours des années 80, plusieurs astrophysiciens (Reeves, Capra, Nicolescu, Wheeler …)convergent sur cette abstraction de Teilhard (mais sans le citer). Ils la dénomment « Principe anthropique » que Wheeler résume par une question : La seule manière d’exister pour un univers, ne consisterait-elle pas à permettre le développement de la vie, de la conscience et de l’observation (par un observateur) au cours d’une petite fraction de son histoire ? »
L’évolution partant des particules élémentaires et arrivant à l’Homme ne prouverait-elle pas déjà que l’univers à un sens ? (autre manière de dire).
Je rapproche ce principe anthropique du principe d’émergence que Teilhard imagina dès les années 30 : Dans le monde, rien ne saurait éclater au grand jour comme final qui n’a d’abord été obscurément primordial . Sire Julian Huxley, prix Nobel et ami de Teilhard, approuvait cette formule. Cinquante années plus tard, Hubert Reeves, connu de tous, écrivait son livre « L’heure de s’enivrer » où l’on peut lire : « (…) la matière possédait, dès les temps les plus lointains, toute l’information requise pour aborder et poursuivre cette ascension. »
Reeves évoquait aussi une connivence mystérieuse entre la conscience et le cosmos, mais, précisait-il : « Cette remarque n’a rien de scientifique et n’est pas intéressante pour donner une explication finaliste dans laquelle l’univers aurait été programmé pour engendrer l’Homme. »
On constate la même hésitation dans les milieux astrophysiciens , y a-t-il eu un ou plusieurs big-bangs ? L’univers est-il en expansion ou en pulsation ? Mais ils rejettent l’idée d’une expansion nourrie en permanence par une insufflation d’énergie venue « d’ailleurs » (venue de Dieu !). Mais qu’en savent-ils ? Ils se réfèrent aux lois prouvées de la thermodynamique, ce en quoi ils ont raison, cependant, ils calculent une masse de l’univers, alors qu’ils n’en connaissent pas les limites… Là où ils sont tous d’accord : aucun d’eux ne fait allusion à une quelconque « chute ».
Il est certain que Teilhard dérange, pour s’en protéger beaucoup l’ignorent, d’autres le traitent de poète, de décalé par rapport à la science moderne. On ne peut laisser dire de pareilles inepties. Teilhard était contemporain de Planck et d’Einstein et il connaissait les théories quantiques et relativistes. Il admettait lui-même que dans sa jeunesse, entre 1905 et 1908 au lycée du Caire, que la physique qu’il avait alors enseignée était d’une autre époque.
Ce que Teilhard a apporté à la science est du même ordre d’importance que les pensées de Planck et d’Einstein. Tous les trois ont changé les règles de la recherche scientifique : théorie de la relativité, mécanique quantique et principe d’émergence sont d’une égale valeur révolutionnaire.
Teilhard ne sera probablement jamais canonisé par l’Eglise, cependant, en 1950, il fut élu à l’Académie des Sciences et, à ce titre, Membre de l’Institut, ce qui n’est pas moindre.
Parce qu’il avait écrit que cette notion de chute était incompatible avec la théorie de l’évolution de la matière, telle qu’il la concevait.
En effet, pour un évolutionniste comme lui, il était logique et cohérent de refuser le concept de péché originel (ou de chute) que d’ailleurs les théologiens ne sont pas en mesure de définir clairement. Teilhard ajoutait à ce sujet que le péché originel barrait la route aux cherchants qui voulaient rejoindre l’Eglise.
Je n’engage que moi en supposant que l’Eglise a peut-être eu peur que la suppression de la faute originelle n’induise la caducité du principe d’un Rédempteur venu sur terre pour effacer cette faute et, en cela, Elle faisait semblant d’ignorer que, selon Teilhard, le Christ est avant tout le phare de l’humanité en l’éclairant et lui indiquant son issue glorieuse ; autre manière de la sauver. Rappelons que les luttes auxquelles se livrèrent les Eglises chrétiennes primitives étaient de même nature quant aux motifs (monophysites et autres sectes).
Pour Teilhard, entre l’AVANT et l’APRES de la création il n’y aurait pas eu la chute du Créateur dans la matière (ou dans la multitude selon d’autres langages) mais il y aurait eu un changement d’état avec lequel l’Esprit du Créateur serait passé d’un espace temps imaginaire à un espace temps manifesté. On peut figurer ce changement d’état en le comparant au phénomène chimique de la sublimation, passage de l’état solide à l’état gazeux (ou l’inverse) sans passer par la phase liquide. Selon Teilhard, il n’y aurait pas eu de chute mais un passage; d’ailleurs, il souligne cette conception en ajoutant la remarque suivante : « Y a-t-il eu seulement un haut et un bas ? » (allusion à la formule clé de la Table d’Emeraude : « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
Pour se convaincre de la consubstantiation de l’Esprit et de la matière selon Teilhard, il faut lire son « Ode à la matière » (c’est moi qui la baptise ainsi), page 90, Tome 13 « Le Cœur de la Matière » : « Je te bénis, Matière, et je te salue … »
Avant la création la Perfection Divine est hors espace temps, après la création, la Perfection Divine se développe dans l’espace temps. Ce n’est qu’une « brève histoire de temps » comme le disait S. Hawcking dans son livre du même nom.
Dans certains milieux religieux on se complait à entretenir le mystère et il est sacrilège d’enfreindre cette règle. Dans certains milieux scientifiques, on se complait à tout soumettre au rationalisme et les hypothèses de travail devraient être démontrées d’avance ; enfreindre cette règle plongerait le scientifique dans le ridicule, il serait traité de « mystique », ce qui serait l’opprobre totale. Mais la Science fait semblant d’ignorer ce qu’elle doit aux rêveurs et spéculer sur l’avant big-bang est impardonnable.
Ni l’Eglise, ni la Science n’ont absous Teilhard de son intuition et de ses hypothèses.
Pour Teilhard, l’avant et l’après big-bang ne vont pas l’un sans l’autre, ils sont les deux phases du même phénomène. Selon lui, la meilleure approche de l’avant big-bang est la voie mathématique car elle peut aider à concevoir un espace temps imaginaire.
Dans son livre « Science et Christ » (p. 229) il se réfère à des fonctions algébriques contenant un terme imaginaire. Or, au cours des années 80, plusieurs astrophysiciens (Reeves, Capra, Nicolescu, Wheeler …)convergent sur cette abstraction de Teilhard (mais sans le citer). Ils la dénomment « Principe anthropique » que Wheeler résume par une question : La seule manière d’exister pour un univers, ne consisterait-elle pas à permettre le développement de la vie, de la conscience et de l’observation (par un observateur) au cours d’une petite fraction de son histoire ? »
L’évolution partant des particules élémentaires et arrivant à l’Homme ne prouverait-elle pas déjà que l’univers à un sens ? (autre manière de dire).
Je rapproche ce principe anthropique du principe d’émergence que Teilhard imagina dès les années 30 : Dans le monde, rien ne saurait éclater au grand jour comme final qui n’a d’abord été obscurément primordial . Sire Julian Huxley, prix Nobel et ami de Teilhard, approuvait cette formule. Cinquante années plus tard, Hubert Reeves, connu de tous, écrivait son livre « L’heure de s’enivrer » où l’on peut lire : « (…) la matière possédait, dès les temps les plus lointains, toute l’information requise pour aborder et poursuivre cette ascension. »
Reeves évoquait aussi une connivence mystérieuse entre la conscience et le cosmos, mais, précisait-il : « Cette remarque n’a rien de scientifique et n’est pas intéressante pour donner une explication finaliste dans laquelle l’univers aurait été programmé pour engendrer l’Homme. »
On constate la même hésitation dans les milieux astrophysiciens , y a-t-il eu un ou plusieurs big-bangs ? L’univers est-il en expansion ou en pulsation ? Mais ils rejettent l’idée d’une expansion nourrie en permanence par une insufflation d’énergie venue « d’ailleurs » (venue de Dieu !). Mais qu’en savent-ils ? Ils se réfèrent aux lois prouvées de la thermodynamique, ce en quoi ils ont raison, cependant, ils calculent une masse de l’univers, alors qu’ils n’en connaissent pas les limites… Là où ils sont tous d’accord : aucun d’eux ne fait allusion à une quelconque « chute ».
Il est certain que Teilhard dérange, pour s’en protéger beaucoup l’ignorent, d’autres le traitent de poète, de décalé par rapport à la science moderne. On ne peut laisser dire de pareilles inepties. Teilhard était contemporain de Planck et d’Einstein et il connaissait les théories quantiques et relativistes. Il admettait lui-même que dans sa jeunesse, entre 1905 et 1908 au lycée du Caire, que la physique qu’il avait alors enseignée était d’une autre époque.
Ce que Teilhard a apporté à la science est du même ordre d’importance que les pensées de Planck et d’Einstein. Tous les trois ont changé les règles de la recherche scientifique : théorie de la relativité, mécanique quantique et principe d’émergence sont d’une égale valeur révolutionnaire.
Teilhard ne sera probablement jamais canonisé par l’Eglise, cependant, en 1950, il fut élu à l’Académie des Sciences et, à ce titre, Membre de l’Institut, ce qui n’est pas moindre.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Marcel Comby/les manifestations de l'esprit
Lundi 15 Février 2010Réflexion sur le chapitre "Pour y voir clair"/ "L'ACTIVATION DE L'ENERGIE" pour le 26 février 2010
Les manifestations de l’esprit
La structure neurobiologique de notre cerveau est la même pour chaque être humain. Ce sont les diverses manifestations cognitives qu’a voulu décrire Teilhard. Vaste sujet !
Teilhard évoque d’abord la notion d’isotope. En physique nucléaire et en chimie, deux atomes sont dits isotopes s’ils ont le même nombre de protons mais un nombre de neutrons différent. Les propriétés chimiques des isotopes d’un même élément sont identiques car ils sont pourvus du même nombre d’électrons. En revanche comme le noyau ne comporte pas le même nombre de neutrons, la masse des atomes varie. Si j’ai bien compris, c’est donc sur la notion de masse, donc d’énergie interne, que Teilhard opère ses distinctions dans une extrapolation à l’être humain et à l’universel.
A partir de là, Teilhard parle de l’excès et du défaut de vitalité. Il s’agit d’une dualité . L’orgueil humain par exemple peut soit se traduire par une arrogance démesurée, soit par un repli sur soi. Extraversion et introversion constituent une bipolarité vers laquelle se concentrent les différentes énergies. En outre Teilhard, qui a toujours insisté à juste titre, sur la notion de complexité, semble ici décrire le monde en termes de catégories qui justement se répartissent dans un ensemble possédant en fait deux caractéristiques extrêmes. De ce fait, l’univers de la spiritualité ne peut se réduire à des schémas réducteurs. On parle souvent familièrement d’électrons libres pour désigner des êtres ayant opté pour une démarche très personnelle, en dehors de toute contrainte idéologique ou dogmatique. Mais l’erreur consiste à ne concevoir les choses de la vie que d’un bout de la lorgnette ! Je m’explique :
On a tendance à faire une distinction irréductible entre Orient et Occident.
On peut citer un texte qui montre comment il peut y avoir interdépendance entre l’une ou l’autre des deux cultures. Le Père assomptionniste vietnamien : François-Xavier Nguyen Tien Dung, dans une méditation sur la vérité de la foi, s’exprime ainsi :
« Le retour de Jésus à Jérusalem pour construire le temple de Dieu respecte la tradition culturelle et religieuse du peuple d’Israël inaugurée par le roi Cyrus. Ce roi païen a écouté la vérité de sa conscience pour pouvoir prendre une décision aussi héroïque.
Comme le peuple d’Israël et le roi Cyrus, les Asiatiques aiment leur culture et leur sagesse millénaires. Ils sont fiers de leurs valeurs, telles que l’amour du silence et de la contemplation, la simplicité, l’harmonie, le détachement, la non-violence, l’ardeur au travail.
Sans nier ces valeurs, les peuples asiatiques ont souvent fait preuve d’une capacité d’adaptation et d’une ouverture naturelle à une foi nouvelle.
C’est dans cette ouverture qu’ils reçoivent la nouveauté de la Croix.
A travers elle, ils comprennent que, en dehors de l’harmonie, il existe le paradoxe, celui d’un Dieu qui renouvelle la sagesse de l’homme.
Avec la Croix, ils conçoivent Dieu autrement. Un Dieu puissant qui se manifeste dans son contraire : la faiblesse. A la crèche, Dieu est si puissant que rien ne l’empêche de nous rejoindre dans nos limites et notre fragilité. A la Croix, Dieu est si puissant que rien ne l’empêche de nous rejoindre dans nos souffrances, et jusqu’à la mort. Dans l’Incarnation et la Croix, les peuples asiatiques – qui prônent la compassion – retrouvent non pas un Dieu lointain mais celui qui adopte notre faiblesse. Dieu nous appelle à ne faire qu’un avec lui, en faisant corps avec nos contemporains.
Ce travail consiste non seulement à regarder la Croix élevée, mais aussi à élever les autres de leur croix quotidienne. Ainsi la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. Comme l’évangéliste saint Jean, les Asiatiques posent souvent un regard positif sur la vie. A travers la théorie du Yin et du Yang, ils voient même l’élévation dans l’abaissement, la lumière dans les ténèbres et la vie dans la mort. ».
Il n’est pas question de tenter de concevoir un quelconque syncrétisme entre Orient et Occident. Cependant le texte qui précède ouvre une fenêtre vers un horizon qui, sur le plan de la dialectique, se trouve enrichi par des formules paradoxales qui donnent un nouveau sens à ce qui paraît une grossière évidence. Nous sommes d’ailleurs très proche des nouveaux paradigmes induits par la physique moderne. Comment interpréter ce vieil adage chinois :
« Les mystiques comprennent les racines du Tao mais non ses branches ; les savants comprennent ses branches mais non ses racines ». ?
Ne sommes-nous pas à la fois proches des mystiques et proches des savants ?
En ce qui concerne le marxisme, il s’agit d’une expérience socio-économique qui n’a pas tenue compte de cette bipolarité, nécessaire à la vie, selon laquelle il n’y a pas de justice sans privation de liberté ; il n’y a pas de liberté sans privation de justice. Le monde moderne nous montre ce spectacle étonnant où le communisme chinois adopta, par la force des choses, une économie de marché et où le libéralisme occidental se vit obligé de se teinter de doctrine sociale.
Pour ce qui est du Christianisme, Marie Romanens, psychanalyste, dans son ouvrage intitulé : « Le divan et le prie-Dieu », nous montre un aspect inhabituel de la spiritualité :
« Sortir de la crise de notre civilisation exige de nous des avancées pour que nous dépassions les anciens clivages, et notamment ceux du féminin et du masculin, de l’âme et du corps, du rationnel et de irrationnel, de l’homme et de Dieu, du ciel et de la terre.
En introduisant cet ouvrage, j’avais évoqué l’image venue régulièrement me visiter, celle d’une figure géométrique appelée « parabole ».
Cette courbe étonnante, qui va de l’infini à l’infini, et qui exhibe un point de renversement inéluctable sur son parcours, pourrait bien nous introduire au sentiment d’union au-delà des oppositions.
Cette image, curieusement, peut nous aider à mieux nous représenter les difficultés qui se jouent dans la rencontre entre la psychanalyse et la religion. En effet, du côté de l’Eglise comme du côté des « psy », il semble que la tendance ait été souvent de ne reconnaître qu’une partie de cette figure et non sa totalité.
Dans le christianisme, la vie avait un sens. Mais la recherche du ciel s’accompagnait souvent d’un mépris du monde, et l’élévation de l’âme exigeait la condamnation de la chair. On était en quelque sorte placé sur la première branche de la parabole : suivre le chemin vers l’infini tout en ignorant qu’un autre parcours existait qui passait par le point de renversement et rejoignait la seconde branche, pourtant à destinée infinie… ».
Se dévoilent alors l’idée de cataphase et celle d’apophase qui sont deux formes inverses de l’esprit illustrée par l’image de la parabole. Le parcours de l’homme n’est pas linéaire. Il est jalonné par des événements qui peuvent remettre en cause ses idées, ses principes, son comportement, ses convictions. En fait la convergence vers le point Oméga comporte des phases dont le symbolisme figure sans conteste dans le fameux songe de Jacob.
La vie de Teilhard nous révèle ces phases de tiraillement auquel ce grand scientifique fut assujetti dans sa recherche de l’Absolu.
Le premier point de cette spiritualité est de communier avec les forces qui sont dans la création et qui sont le meilleur du monde. La spiritualité est celle de l'attention et de l'effort, l'un et l'autre couronnés par la joie de chercher, de trouver, de partager et de communier à Dieu à travers son œuvre.
Le deuxième point concerne ce qu'il appelle les passivités. Le terme nomme la réalité sans la qualifier par des termes qui relèvent du péché ou du mal. Il s'agit de ce qui limite, contraint ou entrave le désir de vivre. Il s'agit aussi de ce qui fait souffrir et qui mène à la mort. Teilhard ne nie pas cette réalité ; il demande à ce qu'elle soit vécue.
La mort de Teilhard vérifie ses intuitions fondamentales. Dans son journal il écrit cette prière :
« Mon Dieu, je vous en supplie aidez-moi à bien finir : 1e mon premier livre, pour Vous ; 2e ma vie. Que ma mort ne discrédite pas mon évangile : si tout cela est vraiment bien Vous, ce Christ Universel qui a toute mon ambition et ma vie »
(retraite 1939).
« Ô Jésus, faites que je finisse bien - c'est-à-dire dans un geste de témoignage scellant l'affirmation et la foi de ma vie en un Pôle d'amour à la dérive universelle. La communion par la mort (La Mort Communion). »
(Retraite 1948).
« Seigneur de mon enfance et Seigneur de ma fin, - Dieu achevé pour soi, et cependant, pour nous, jamais fini de naître, - Dieu qui, pour vous présenter notre adoration comme `évoluteur' et `évolutif', êtes désormais le seul à pouvoir nous satisfaire, - écartez tous les nuages qui vous cachent encore, - aussi bien ceux des préjugés hostiles que ceux des fausses croyances. Et que, par Diaphanie et Incendie à la fois, jaillisse Votre Universelle Présence. Ô Christ toujours plus grand »
(Le Cœur de la matière, p. 70).
La mort de Teilhard, le 10 avril 1955, jour de Pâques après la messe a porté un sceau d'authenticité à sa vie et à sa pensée.
La structure neurobiologique de notre cerveau est la même pour chaque être humain. Ce sont les diverses manifestations cognitives qu’a voulu décrire Teilhard. Vaste sujet !
Teilhard évoque d’abord la notion d’isotope. En physique nucléaire et en chimie, deux atomes sont dits isotopes s’ils ont le même nombre de protons mais un nombre de neutrons différent. Les propriétés chimiques des isotopes d’un même élément sont identiques car ils sont pourvus du même nombre d’électrons. En revanche comme le noyau ne comporte pas le même nombre de neutrons, la masse des atomes varie. Si j’ai bien compris, c’est donc sur la notion de masse, donc d’énergie interne, que Teilhard opère ses distinctions dans une extrapolation à l’être humain et à l’universel.
A partir de là, Teilhard parle de l’excès et du défaut de vitalité. Il s’agit d’une dualité . L’orgueil humain par exemple peut soit se traduire par une arrogance démesurée, soit par un repli sur soi. Extraversion et introversion constituent une bipolarité vers laquelle se concentrent les différentes énergies. En outre Teilhard, qui a toujours insisté à juste titre, sur la notion de complexité, semble ici décrire le monde en termes de catégories qui justement se répartissent dans un ensemble possédant en fait deux caractéristiques extrêmes. De ce fait, l’univers de la spiritualité ne peut se réduire à des schémas réducteurs. On parle souvent familièrement d’électrons libres pour désigner des êtres ayant opté pour une démarche très personnelle, en dehors de toute contrainte idéologique ou dogmatique. Mais l’erreur consiste à ne concevoir les choses de la vie que d’un bout de la lorgnette ! Je m’explique :
On a tendance à faire une distinction irréductible entre Orient et Occident.
On peut citer un texte qui montre comment il peut y avoir interdépendance entre l’une ou l’autre des deux cultures. Le Père assomptionniste vietnamien : François-Xavier Nguyen Tien Dung, dans une méditation sur la vérité de la foi, s’exprime ainsi :
« Le retour de Jésus à Jérusalem pour construire le temple de Dieu respecte la tradition culturelle et religieuse du peuple d’Israël inaugurée par le roi Cyrus. Ce roi païen a écouté la vérité de sa conscience pour pouvoir prendre une décision aussi héroïque.
Comme le peuple d’Israël et le roi Cyrus, les Asiatiques aiment leur culture et leur sagesse millénaires. Ils sont fiers de leurs valeurs, telles que l’amour du silence et de la contemplation, la simplicité, l’harmonie, le détachement, la non-violence, l’ardeur au travail.
Sans nier ces valeurs, les peuples asiatiques ont souvent fait preuve d’une capacité d’adaptation et d’une ouverture naturelle à une foi nouvelle.
C’est dans cette ouverture qu’ils reçoivent la nouveauté de la Croix.
A travers elle, ils comprennent que, en dehors de l’harmonie, il existe le paradoxe, celui d’un Dieu qui renouvelle la sagesse de l’homme.
Avec la Croix, ils conçoivent Dieu autrement. Un Dieu puissant qui se manifeste dans son contraire : la faiblesse. A la crèche, Dieu est si puissant que rien ne l’empêche de nous rejoindre dans nos limites et notre fragilité. A la Croix, Dieu est si puissant que rien ne l’empêche de nous rejoindre dans nos souffrances, et jusqu’à la mort. Dans l’Incarnation et la Croix, les peuples asiatiques – qui prônent la compassion – retrouvent non pas un Dieu lointain mais celui qui adopte notre faiblesse. Dieu nous appelle à ne faire qu’un avec lui, en faisant corps avec nos contemporains.
Ce travail consiste non seulement à regarder la Croix élevée, mais aussi à élever les autres de leur croix quotidienne. Ainsi la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. Comme l’évangéliste saint Jean, les Asiatiques posent souvent un regard positif sur la vie. A travers la théorie du Yin et du Yang, ils voient même l’élévation dans l’abaissement, la lumière dans les ténèbres et la vie dans la mort. ».
Il n’est pas question de tenter de concevoir un quelconque syncrétisme entre Orient et Occident. Cependant le texte qui précède ouvre une fenêtre vers un horizon qui, sur le plan de la dialectique, se trouve enrichi par des formules paradoxales qui donnent un nouveau sens à ce qui paraît une grossière évidence. Nous sommes d’ailleurs très proche des nouveaux paradigmes induits par la physique moderne. Comment interpréter ce vieil adage chinois :
« Les mystiques comprennent les racines du Tao mais non ses branches ; les savants comprennent ses branches mais non ses racines ». ?
Ne sommes-nous pas à la fois proches des mystiques et proches des savants ?
En ce qui concerne le marxisme, il s’agit d’une expérience socio-économique qui n’a pas tenue compte de cette bipolarité, nécessaire à la vie, selon laquelle il n’y a pas de justice sans privation de liberté ; il n’y a pas de liberté sans privation de justice. Le monde moderne nous montre ce spectacle étonnant où le communisme chinois adopta, par la force des choses, une économie de marché et où le libéralisme occidental se vit obligé de se teinter de doctrine sociale.
Pour ce qui est du Christianisme, Marie Romanens, psychanalyste, dans son ouvrage intitulé : « Le divan et le prie-Dieu », nous montre un aspect inhabituel de la spiritualité :
« Sortir de la crise de notre civilisation exige de nous des avancées pour que nous dépassions les anciens clivages, et notamment ceux du féminin et du masculin, de l’âme et du corps, du rationnel et de irrationnel, de l’homme et de Dieu, du ciel et de la terre.
En introduisant cet ouvrage, j’avais évoqué l’image venue régulièrement me visiter, celle d’une figure géométrique appelée « parabole ».
Cette courbe étonnante, qui va de l’infini à l’infini, et qui exhibe un point de renversement inéluctable sur son parcours, pourrait bien nous introduire au sentiment d’union au-delà des oppositions.
Cette image, curieusement, peut nous aider à mieux nous représenter les difficultés qui se jouent dans la rencontre entre la psychanalyse et la religion. En effet, du côté de l’Eglise comme du côté des « psy », il semble que la tendance ait été souvent de ne reconnaître qu’une partie de cette figure et non sa totalité.
Dans le christianisme, la vie avait un sens. Mais la recherche du ciel s’accompagnait souvent d’un mépris du monde, et l’élévation de l’âme exigeait la condamnation de la chair. On était en quelque sorte placé sur la première branche de la parabole : suivre le chemin vers l’infini tout en ignorant qu’un autre parcours existait qui passait par le point de renversement et rejoignait la seconde branche, pourtant à destinée infinie… ».
Se dévoilent alors l’idée de cataphase et celle d’apophase qui sont deux formes inverses de l’esprit illustrée par l’image de la parabole. Le parcours de l’homme n’est pas linéaire. Il est jalonné par des événements qui peuvent remettre en cause ses idées, ses principes, son comportement, ses convictions. En fait la convergence vers le point Oméga comporte des phases dont le symbolisme figure sans conteste dans le fameux songe de Jacob.
La vie de Teilhard nous révèle ces phases de tiraillement auquel ce grand scientifique fut assujetti dans sa recherche de l’Absolu.
Le premier point de cette spiritualité est de communier avec les forces qui sont dans la création et qui sont le meilleur du monde. La spiritualité est celle de l'attention et de l'effort, l'un et l'autre couronnés par la joie de chercher, de trouver, de partager et de communier à Dieu à travers son œuvre.
Le deuxième point concerne ce qu'il appelle les passivités. Le terme nomme la réalité sans la qualifier par des termes qui relèvent du péché ou du mal. Il s'agit de ce qui limite, contraint ou entrave le désir de vivre. Il s'agit aussi de ce qui fait souffrir et qui mène à la mort. Teilhard ne nie pas cette réalité ; il demande à ce qu'elle soit vécue.
La mort de Teilhard vérifie ses intuitions fondamentales. Dans son journal il écrit cette prière :
« Mon Dieu, je vous en supplie aidez-moi à bien finir : 1e mon premier livre, pour Vous ; 2e ma vie. Que ma mort ne discrédite pas mon évangile : si tout cela est vraiment bien Vous, ce Christ Universel qui a toute mon ambition et ma vie »
(retraite 1939).
« Ô Jésus, faites que je finisse bien - c'est-à-dire dans un geste de témoignage scellant l'affirmation et la foi de ma vie en un Pôle d'amour à la dérive universelle. La communion par la mort (La Mort Communion). »
(Retraite 1948).
« Seigneur de mon enfance et Seigneur de ma fin, - Dieu achevé pour soi, et cependant, pour nous, jamais fini de naître, - Dieu qui, pour vous présenter notre adoration comme `évoluteur' et `évolutif', êtes désormais le seul à pouvoir nous satisfaire, - écartez tous les nuages qui vous cachent encore, - aussi bien ceux des préjugés hostiles que ceux des fausses croyances. Et que, par Diaphanie et Incendie à la fois, jaillisse Votre Universelle Présence. Ô Christ toujours plus grand »
(Le Cœur de la matière, p. 70).
La mort de Teilhard, le 10 avril 1955, jour de Pâques après la messe a porté un sceau d'authenticité à sa vie et à sa pensée.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Alain-Philippe Loubat/Evolution de la responsabilité dans le monde
Dimanche 14 Février 2010
TDC situe la notion de responsabilité de manière précise dans le processus d’hominisation intimement lié au processus de cosmogénèse.
L’univers, organisme vivant, est fait de matière désordonnée dans la pré-vie puis de matière animée et enfin de matière pensante se dirigeant vers l’ultra-hominisation. Ces 3 étapes successives montrent, dès l’origine, un système de liaisons et d’interactions tout d’abord dans une simple réaction physicochimique puis dans une symbiose chez le vivant et enfin réflexion et libération progressive de notre « compartimentage » avec interinfluences et interdépendances dans la sphère pensante.
La forme hominisée de la matière aboutit par condensation et concentration d’abord à une conscience isolée puis à la conscience de l’Autre par communication et coalescence de conscience à conscience pour aboutir à « une sympathie humaine universelle », véritable éthique de responsabilité.
Un soi, un je réfléchi et conscient se pose par rapport à l’Autre et à l’Univers d’où l’émergence de cette responsabilité tout d’abord de soi par maîtrise et dépassement des instincts puis responsabilité vis à vis de l’autre, ce que TDC nomme solidarité d’une masse réfléchie, prenant conscience que je ne peux « être » qu’à travers l’Autre et dans un environnement reconnu et respecté !
Ce processus est favorisé aujourd’hui par l’intercommunication planétaire reposant sur l’accroissement de notre rayon d’action individuel dû au développement exponentiel de nos technologies.
Cette compénétration de la masse humaine induit, selon TDC, une énergie spirituelle dynamique source de responsabilité et d’éthique universelles.
Mais revenons au « Pas de la réflexion » à la lumière des travaux reconnus des neuroscientifiques tels que Damasio.
Le premier stade de la conscience, commune à l’animal et à l’homme, est appelée « conscience noyau » et émerge à la limite de l’inconscient et du conscient. Il s’agit d’un acte de connaissance à double titre : à la fois perception de l’objet extérieur et découverte de soi en tant que sujet connaissant. Un sentiment de soi entièrement conditionné par le réel,
« l’ici et le maintenant » et par des représentations en image et un langage non verbal.
Cette conscience animale fournit la base biologique indispensable à la « conscience étendue », 2ème stade évolutif, exclusivement humaine, portée par un soi autobiographique personnel qui ne peut se développer de manière isolée mais uniquement par effet de contact, de conscience à conscience.
Cette conscience d’ordre supérieur permet de prendre une distance vis à vis de l’environnement et de soi-même.
Elle nous permet d’échapper à la détermination totale de notre comportement par le milieu extérieur ou par les instincts et d’être critiques envers nos propres actions.
La « conscience étendue » prend en compte les idées d’un futur et d’un ailleurs et réalise les possibilités multiples d’une communication de plus en plus verbale.
Elle atteint son niveau le plus élevé chez l’Homo sapiens sapiens et devient le facteur le plus puissant de l’hominisation car elle permet d’accéder à un savoir source de conscience puis à la connaissance source d’Amour, force sublimée !
A ce stade de « conscience étendue » s’amorce un processus de libération donc une première forme de responsabilité primaire.
Le sommet de ce second stade est la « conscience morale » obtenue par un processus de transcendance au sens de dépassement. Il n’y a pas de transcendance animale car les animaux s’adaptent obligatoirement au réel et n’ont pas d’autres possibilités neuronales.( néocortex insuffisamment développé).
Notre libération est d’abord libre arbitre puis aptitude à devenir soi en assumant la responsabilité de l’ensemble de nos décisions.
Une augmentation de conscience induit la responsabilité corollaire de la liberté.
Mais cette conscience n’est pas le pinacle de la complexité mentale.
Celui-ci est plutôt constitué par l’activité éthique ou artistique, véritable témoin de notre liberté acquise.
La conscience est le lever de soleil, ce n’est pas le soleil de midi qui, lui, comporte obligatoirement la notion de responsabilité envers autrui, ce que l’on peut nommer « altruisme ».
La conscience réfléchie de nous-mêmes se développe dans et à travers notre conscience des autres.( JP Changeux)
L’homme d’aujourd’hui, en partie libéré, a le pouvoir de modifier par ses artéfacts sa propre évolution dans un sens constructeur ou destructeur d’où l’exigence d’une éthique de responsabilité,(problème de la bioéthique, de l’eugénisme), dépassant une responsabilité basique, primaire.
La prise de conscience élémentaire de la nécessité de soumettre nos comportements individuels et collectifs envers les vivants à des règles, des normes et des lois a constitué un énorme progrès.
C’est le principe d’ « une morale » trouvant son origine dans les lois et les préceptes d’origine vétérotestamentaire.
La morale, de par ses origines latines et cicéroniennes du mot, consiste dans des règles, des normes, des lois codifiables qui posent leur exigence sans tenir compte des situations et des relations interpersonnelles.
Morale et culpabilité se retrouvent souvent dans les écrits vétérotestamentaires.
Ethique et responsabilité dans les écrits néotestamentaires.
Et notre culture judéo chrétienne mal comprise nous fait souvent confondre responsabilité et culpabilité ce qui est très dommageable car responsabilité entraine rejet et refus par peur d’être jugé coupable !
L’éthique, née de notre prise de conscience des liaisons organiques de la socialisation fait référence à une réalité divino-humaine christique néotestamentaire.
L’éthique renvoie au comportement d’une personne consciente d’un certain ordre de valeurs, s’y conformant tout en s’adaptant aux conditions changeantes d’autres personnes qui partagent son espace vital.
Ma conscience est inséparable de l’état de conscience d’autrui d’où la flexibilité nécessaire de l’éthique demandée.
Une éthique de responsabilité ne se décrète pas ni ne se déduit d’impératifs fixés à l’avance. Elle ne cesse de se constituer au contact du vécu, du mouvement de la vie. Elle n’est pas figée ni fixée une fois pour toutes. Elle est vivante !
Tout en se conformant aux règles d’une morale donnée et justifiée pour ne pas perdre le nord, le comportement éthique sera avant tout attentif aux exigences et variations du moment, évitant, bien sûr, tout opportunisme.
Un comportement éthique responsable est celui d’une personne arrivée à un haut niveau de conscience de soi et des autres. Il ne se produit pas au gré de décisions arbitraires puisqu’il a son origine dans le patrimoine commun à l’humanité avant de se développer par voie épigénétique et d’être ainsi personnalisé. L’éthique humaine présente des caractéristiques universelles et universalisables. La morale, elle, ne peut prétendre à l’universel.
Il existe une relativité incontestable de la morale d’une culture à l’autre allant jusqu’à des différences notables dans la distinction entre le bien et le mal. Morale et éthique sont donc complémentaires !
La loi morale a pour fonction de donner des orientations générales.
La réflexion éthique vise à armer les consciences en vue de décisions responsables dans des cas concrets particuliers.
Ainsi conscience-responsabilité-éthique forment le triptyque obligé de l’évolution d’une humanitude en voie d’hominescence !
L’univers, organisme vivant, est fait de matière désordonnée dans la pré-vie puis de matière animée et enfin de matière pensante se dirigeant vers l’ultra-hominisation. Ces 3 étapes successives montrent, dès l’origine, un système de liaisons et d’interactions tout d’abord dans une simple réaction physicochimique puis dans une symbiose chez le vivant et enfin réflexion et libération progressive de notre « compartimentage » avec interinfluences et interdépendances dans la sphère pensante.
La forme hominisée de la matière aboutit par condensation et concentration d’abord à une conscience isolée puis à la conscience de l’Autre par communication et coalescence de conscience à conscience pour aboutir à « une sympathie humaine universelle », véritable éthique de responsabilité.
Un soi, un je réfléchi et conscient se pose par rapport à l’Autre et à l’Univers d’où l’émergence de cette responsabilité tout d’abord de soi par maîtrise et dépassement des instincts puis responsabilité vis à vis de l’autre, ce que TDC nomme solidarité d’une masse réfléchie, prenant conscience que je ne peux « être » qu’à travers l’Autre et dans un environnement reconnu et respecté !
Ce processus est favorisé aujourd’hui par l’intercommunication planétaire reposant sur l’accroissement de notre rayon d’action individuel dû au développement exponentiel de nos technologies.
Cette compénétration de la masse humaine induit, selon TDC, une énergie spirituelle dynamique source de responsabilité et d’éthique universelles.
Mais revenons au « Pas de la réflexion » à la lumière des travaux reconnus des neuroscientifiques tels que Damasio.
Le premier stade de la conscience, commune à l’animal et à l’homme, est appelée « conscience noyau » et émerge à la limite de l’inconscient et du conscient. Il s’agit d’un acte de connaissance à double titre : à la fois perception de l’objet extérieur et découverte de soi en tant que sujet connaissant. Un sentiment de soi entièrement conditionné par le réel,
« l’ici et le maintenant » et par des représentations en image et un langage non verbal.
Cette conscience animale fournit la base biologique indispensable à la « conscience étendue », 2ème stade évolutif, exclusivement humaine, portée par un soi autobiographique personnel qui ne peut se développer de manière isolée mais uniquement par effet de contact, de conscience à conscience.
Cette conscience d’ordre supérieur permet de prendre une distance vis à vis de l’environnement et de soi-même.
Elle nous permet d’échapper à la détermination totale de notre comportement par le milieu extérieur ou par les instincts et d’être critiques envers nos propres actions.
La « conscience étendue » prend en compte les idées d’un futur et d’un ailleurs et réalise les possibilités multiples d’une communication de plus en plus verbale.
Elle atteint son niveau le plus élevé chez l’Homo sapiens sapiens et devient le facteur le plus puissant de l’hominisation car elle permet d’accéder à un savoir source de conscience puis à la connaissance source d’Amour, force sublimée !
A ce stade de « conscience étendue » s’amorce un processus de libération donc une première forme de responsabilité primaire.
Le sommet de ce second stade est la « conscience morale » obtenue par un processus de transcendance au sens de dépassement. Il n’y a pas de transcendance animale car les animaux s’adaptent obligatoirement au réel et n’ont pas d’autres possibilités neuronales.( néocortex insuffisamment développé).
Notre libération est d’abord libre arbitre puis aptitude à devenir soi en assumant la responsabilité de l’ensemble de nos décisions.
Une augmentation de conscience induit la responsabilité corollaire de la liberté.
Mais cette conscience n’est pas le pinacle de la complexité mentale.
Celui-ci est plutôt constitué par l’activité éthique ou artistique, véritable témoin de notre liberté acquise.
La conscience est le lever de soleil, ce n’est pas le soleil de midi qui, lui, comporte obligatoirement la notion de responsabilité envers autrui, ce que l’on peut nommer « altruisme ».
La conscience réfléchie de nous-mêmes se développe dans et à travers notre conscience des autres.( JP Changeux)
L’homme d’aujourd’hui, en partie libéré, a le pouvoir de modifier par ses artéfacts sa propre évolution dans un sens constructeur ou destructeur d’où l’exigence d’une éthique de responsabilité,(problème de la bioéthique, de l’eugénisme), dépassant une responsabilité basique, primaire.
La prise de conscience élémentaire de la nécessité de soumettre nos comportements individuels et collectifs envers les vivants à des règles, des normes et des lois a constitué un énorme progrès.
C’est le principe d’ « une morale » trouvant son origine dans les lois et les préceptes d’origine vétérotestamentaire.
La morale, de par ses origines latines et cicéroniennes du mot, consiste dans des règles, des normes, des lois codifiables qui posent leur exigence sans tenir compte des situations et des relations interpersonnelles.
Morale et culpabilité se retrouvent souvent dans les écrits vétérotestamentaires.
Ethique et responsabilité dans les écrits néotestamentaires.
Et notre culture judéo chrétienne mal comprise nous fait souvent confondre responsabilité et culpabilité ce qui est très dommageable car responsabilité entraine rejet et refus par peur d’être jugé coupable !
L’éthique, née de notre prise de conscience des liaisons organiques de la socialisation fait référence à une réalité divino-humaine christique néotestamentaire.
L’éthique renvoie au comportement d’une personne consciente d’un certain ordre de valeurs, s’y conformant tout en s’adaptant aux conditions changeantes d’autres personnes qui partagent son espace vital.
Ma conscience est inséparable de l’état de conscience d’autrui d’où la flexibilité nécessaire de l’éthique demandée.
Une éthique de responsabilité ne se décrète pas ni ne se déduit d’impératifs fixés à l’avance. Elle ne cesse de se constituer au contact du vécu, du mouvement de la vie. Elle n’est pas figée ni fixée une fois pour toutes. Elle est vivante !
Tout en se conformant aux règles d’une morale donnée et justifiée pour ne pas perdre le nord, le comportement éthique sera avant tout attentif aux exigences et variations du moment, évitant, bien sûr, tout opportunisme.
Un comportement éthique responsable est celui d’une personne arrivée à un haut niveau de conscience de soi et des autres. Il ne se produit pas au gré de décisions arbitraires puisqu’il a son origine dans le patrimoine commun à l’humanité avant de se développer par voie épigénétique et d’être ainsi personnalisé. L’éthique humaine présente des caractéristiques universelles et universalisables. La morale, elle, ne peut prétendre à l’universel.
Il existe une relativité incontestable de la morale d’une culture à l’autre allant jusqu’à des différences notables dans la distinction entre le bien et le mal. Morale et éthique sont donc complémentaires !
La loi morale a pour fonction de donner des orientations générales.
La réflexion éthique vise à armer les consciences en vue de décisions responsables dans des cas concrets particuliers.
Ainsi conscience-responsabilité-éthique forment le triptyque obligé de l’évolution d’une humanitude en voie d’hominescence !
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Yves GOURBEAULT / L'EVOLUTION DE LA RESPONSABIITE DANS LE MONDE"
Jeudi 11 Février 2010
Yves GOURBEAULT / L’EVOLUTION de la RESPONSABILITE dans le MONDE
Le texte du 5 juin 1950 contient beaucoup d’idées apparemment assez disparates et sans liaison évidente les unes avec les autres. B ref, je ne saisis pas le cheminement du raisonnement de Teilhard pour en arriver, finalement, à la notion de « responsabilité ».
J’ai essayé de décortiquer ce texte : je note, en remarque préalable, qu’il y a toujours une certaine ambiguïté entre deux termes qui n’ont pas la même dimension : « monde » et « univers ».
Si la notion d’univers est claire, s’identifiant au cosmos, la notion de monde est plus incertaine, dans la mesure où elle peut être réduite à notre planète, la terre, domicile de l’humanité, mais aussi, étendue selon les cas, au système solaire, à notre galaxie (la Voie Lactée), ou même à l’univers lui-même.
Ceci dit, il m’apparaît que ce texte comporterait trois parties. Je vais les examiner les unes après les autres.
1- La première partie concerne visiblement des analyses qui s’appliquent à l’univers. Teilhard souhaite qu’on parle « d’un univers qui s’arrange, non pas de façon géométrique comme un cristal, mais de manière organique et centrée comme les organismes vivant ».
Au passage, j’aimerais comprendre le sens que Teilhard donne à ce mot « centré » : je n’arrive pas à en saisir vraiment le contenu que Teilhard lui donne.
L’auteur poursuit : « pour l’humanité, une telle dérive de l’étoffe de l’univers, en direction d’états physiquement plus compliqués et psychiquement plus intériorisés, ne peut être saisie que sur notre planète. » C’est une évidence, puisque l’homme ne peut essayer de comprendre l’univers qu’à partir de la planète qu’il habite. Cependant, je remplacerais volontiers la formule « dérive de l’étoffe de l’univers » par une formule plus claire telle « une forme de développement de la substance même de l’univers » car le mot « dérive » a, pour moi, une sens plutôt péjoratif.
Je retrouve le texte de Teilhard : « Comment ne pas voir que ce phénomène qui se développe traduit une disposition générale de l’univers ». Cette vision est parfaitement imaginable et, personnellement, je suis prêt à l’admettre. Mais, a contrario, peut-on généraliser et affirmer qu’à partir de notre domaine planétaire, « minuscule par rapport à l’univers » (c’est Teilhard qui le constate), un comportement semblable se manifesterait au niveau du cosmos. Telle est la question …disons, tout au plus, qu’il s’agit d’un postulat.
Puis, Teilhard enchaîne « La Matière (avec un « M » majuscule et bravo pour cette marque de considération) donc, « la matière par effet de chances et de grands nombres, finit toujours par se vitaliser, comme si, dans cette direction hautement improbable, elle trouvait, par nécessité, le seul équilibre supérieur qui la satisfit ». Je souligne « par nécessité, condition très importante que je retrouverai plus loin, car je l’ai adoptée moi-même depuis que j’y réfléchis. Néanmoins, rien n’est sûr, mais j’admets ce nouveau postulat.
Question de Teilhard : « A en juger par notre exemple planétaire, l’univers peut-il être logiquement considéré comme un immense système organo psychique convergent sur lui-même ? »
Je réponds que c’est parfaitement admissible, sans toutefois prouver que cela réponde à une réalité.
Enfin, pour clore cette première partie, Teilhard fait appel au classement de la matière « en trois zones d’évolution dans l’arrangement et le degré de conscience », ceci dit-il, « pour mieux comprendre la suite du raisonnement ».
J’ai essayé de simplifier le mode d’expression de Teilhard j’ai désigné comme suite ces tros zones de la matière (notées 1, 2, et 3 par Teilhard)
-1) La zone inerte : le monde minéral
-2) La zone de la vie végétative
-3 La zone de la vie pensante
Et ce, avec toutes les transitions nécessaires.
J’ajouterai que cette troisième zone n’est pas réductible à l’Homme, qui en représente cependant « la cime pensante » ; ce qui relativise quand même sa valeur dans l’absolu.
Teilhard éprouve le besoin de reprendre cette classification, les trois zones étant notées (a), (b), et (c). Je reviens sur la zone (c) classée « selon l’interaction réfléchie des libertés ». On peut s’interroger : quelles libertés ? Cette formulation est d’ailleurs en contradiction avec ce que l’auteur proclamait plus haut, à savoir : « la Matière finit toujours par se vitaliser par nécessité. » En effet : s’il y a NECESSITE, il n’y a plus LIBERTE …
2- La 2e partie : selon Teilhard, s’entend comme la poursuite d’un raisonnement faisant appel aux constatations énumérées dans la première partie et, notamment, cette classification de la Matière en trois zones. Notons au passage que Teilhard semble utiliser le mot « matière » pour représenter l’ensemble des éléments constitutifs du cosmos. Ainsi, il en arrive, sans transition, à assimiler des qualités humaines (en l’occurrence l’altruisme et la responsabilité) à « la forme hominisée de la Matière ». Or(, cette conclusion me parait très réductive. Essayons d’y voir un peu plus clair :
-L’ALTRUISME : Le Larousse donne cette définition « Amour désintéressé d’autrui ». ; ce qui est évidemment compris comme une qualité purement humaine… et pourtant !Ne peut-on trouver de l’altruisme chez tous les êtres vivants, dans la mesure où chaque espèce vivante obéit, tout simplement, à une cohérence qui lie les individus au groupe. Cette notion peut même être élargie au monde minéral. Dès qu’il y a harmonie, par exemple dans un cristal de roche où les atomes qui le composent prennent une disposition « NECESSAIRE », on peut y trouver une certaine forme d’altruisme, chaque atome faisant preuve d’amour désintéressé vis-à-vis de ses voisins. Il faut évidemment faire preuve d’un certain effort intellectuel pour soutenir cette thèse …
-LA RESPONSABILITE, telle que définie par le Larousse : « Obligation de répondre de ses actions ». Alors je pose la question : répondre de ses actions envers qui ? Envers ses pairs ? Envers une instance supérieure,et, laquelle ?
Ecoutons Teilhard : « Par l’interaction fondamentale de ses composants de tous niveaux, non seulement le Monde » (veut-il dire la planète ? le cosmos ?) « se condense, mais se concentre, ce qui revient à dire que la qualité désignée sous le nom de Responsabilité se découvre co-originelle et co-extensive dans sa genèse avec la totalité de l’univers spatiotemporel. »
Doit-on en conclure que Teilhard admet la présence de la Responsabilité à tous les stades d’évolution du cosmos ? Ce qui voudrait dire qu’originellement le cosmos pourrait être responsable. Mais de quoi le cosmos pourrait-il être responsable, surtout quand on a admis comme postulat que sa progression n’obéissait qu’à des NECESSITES. Même si on admettait le créationnisme, affirmer que « Le Grand Architecte » est responsable de la création est une pure tautologie.
Très bien ! Mais jusqu’à présent Teilhard n’a pas défini ce qu’il entend par « Responsabilité ». Alors il tente une explication en faisant appel à un nouveau terme : « l’INTER-INFLUENCE » comme faisant suite à la loi de complexité/centréité/conscience et qui doit être un « facteur déterminant » (tellement déterminant qu’il ne le définit pas).
Je reste sur ma faim, n’ayant toujours pas trouvé la définition du concept de responsabilité selon Teilhard. Et la suite de sa soit disante démonstration ne m’en apprend pas davantage.
Il évoque « L’état d’extrême et montante compression de la couche pensante de la terre » sans doute plus simplement liée à l’évolution de la population du globe, mais surtout à l’intercommunication planétaire dont il passe en revue les trois phases :
-Phase extensive,
-Phase en profondeur
-Phase en volume.
3) Et c’est à ce stade que Teilhard aborde la troisième partie. Il écrit : « L’évènement principal et spécifique de notre ère biologique est la compression, la compénétration et la cimentation paroxysmale de la masse humaine sur elle-même, sous la pression de l’étau planétaire. Cette situation est pénible et dangereuse, dans la mesure où elle soulève des problèmes vitaux. Ceci est l’aspect négatif du progrès ».
Que ne dirait-il pas s’il vivait encore aujourd’hui ?! Mais, toujours optimiste, il poursuit : « En contrepartie, c’est le dynamisme formidable que cette situation est capable d’engendrer, sous forme d’énergie spirituelle et psychique intense qui sera la source évidente d’une montante RESPONSABILITE. Comment ne pas voir que ce seul fait est suffisant pour fonder une éthique nouvelle de la terre ? »
« Une sorte d’ULTRA-RESPONSABILITE généralisée est la caractéristique morale la plus marquante vers laquelle, par nécessité, l’Humanité est en train d’évoluer. »
Cette dernière phrase me plonge dans un abîme de stupeur : comment peut-on allier, dans une même proposition, les deux notions contradictoires de RESPONSABILITE et de NECESSITE ? et Teilhard ajoute : « Dans un monde reconnu et accepté de nature convergente, la responsabilité prise comme vertu humaine première s’universalise et s’intensifie aux dimensions et au rythme de l’évolution. » (citation de la romancière Ludmila Oulitskaïa
EN CONCLUSION : Ce raisonnement, cette démonstration sur l’évolution de la responsabilité dans le monde par Teilhard m’apparaissent fumeux et dérisoires. De deux choses l’une : Soit Teilhard attribue au concept de responsabilité un sens très différent de celui du Larousse, soit c’est moi qui porte la « responsabilité » d’être inaccessible à sa pensée. Quoi qu’il en soit, je bannis de mon vocabulaire ce terme de « responsabilité » n’imaginant pas qu’on puisse être responsable en quoi que ce soit de nos actions et de nos pensées puisque, finalement, TOUT se produit (tant au niveau du cosmos que de l’être humain) uniquement par NECESSITE. Dès lors, il faut aussi bannir du vocabulaire les mots « hasard », « liberté » et « mérite ».
Le texte du 5 juin 1950 contient beaucoup d’idées apparemment assez disparates et sans liaison évidente les unes avec les autres. B ref, je ne saisis pas le cheminement du raisonnement de Teilhard pour en arriver, finalement, à la notion de « responsabilité ».
J’ai essayé de décortiquer ce texte : je note, en remarque préalable, qu’il y a toujours une certaine ambiguïté entre deux termes qui n’ont pas la même dimension : « monde » et « univers ».
Si la notion d’univers est claire, s’identifiant au cosmos, la notion de monde est plus incertaine, dans la mesure où elle peut être réduite à notre planète, la terre, domicile de l’humanité, mais aussi, étendue selon les cas, au système solaire, à notre galaxie (la Voie Lactée), ou même à l’univers lui-même.
Ceci dit, il m’apparaît que ce texte comporterait trois parties. Je vais les examiner les unes après les autres.
1- La première partie concerne visiblement des analyses qui s’appliquent à l’univers. Teilhard souhaite qu’on parle « d’un univers qui s’arrange, non pas de façon géométrique comme un cristal, mais de manière organique et centrée comme les organismes vivant ».
Au passage, j’aimerais comprendre le sens que Teilhard donne à ce mot « centré » : je n’arrive pas à en saisir vraiment le contenu que Teilhard lui donne.
L’auteur poursuit : « pour l’humanité, une telle dérive de l’étoffe de l’univers, en direction d’états physiquement plus compliqués et psychiquement plus intériorisés, ne peut être saisie que sur notre planète. » C’est une évidence, puisque l’homme ne peut essayer de comprendre l’univers qu’à partir de la planète qu’il habite. Cependant, je remplacerais volontiers la formule « dérive de l’étoffe de l’univers » par une formule plus claire telle « une forme de développement de la substance même de l’univers » car le mot « dérive » a, pour moi, une sens plutôt péjoratif.
Je retrouve le texte de Teilhard : « Comment ne pas voir que ce phénomène qui se développe traduit une disposition générale de l’univers ». Cette vision est parfaitement imaginable et, personnellement, je suis prêt à l’admettre. Mais, a contrario, peut-on généraliser et affirmer qu’à partir de notre domaine planétaire, « minuscule par rapport à l’univers » (c’est Teilhard qui le constate), un comportement semblable se manifesterait au niveau du cosmos. Telle est la question …disons, tout au plus, qu’il s’agit d’un postulat.
Puis, Teilhard enchaîne « La Matière (avec un « M » majuscule et bravo pour cette marque de considération) donc, « la matière par effet de chances et de grands nombres, finit toujours par se vitaliser, comme si, dans cette direction hautement improbable, elle trouvait, par nécessité, le seul équilibre supérieur qui la satisfit ». Je souligne « par nécessité, condition très importante que je retrouverai plus loin, car je l’ai adoptée moi-même depuis que j’y réfléchis. Néanmoins, rien n’est sûr, mais j’admets ce nouveau postulat.
Question de Teilhard : « A en juger par notre exemple planétaire, l’univers peut-il être logiquement considéré comme un immense système organo psychique convergent sur lui-même ? »
Je réponds que c’est parfaitement admissible, sans toutefois prouver que cela réponde à une réalité.
Enfin, pour clore cette première partie, Teilhard fait appel au classement de la matière « en trois zones d’évolution dans l’arrangement et le degré de conscience », ceci dit-il, « pour mieux comprendre la suite du raisonnement ».
J’ai essayé de simplifier le mode d’expression de Teilhard j’ai désigné comme suite ces tros zones de la matière (notées 1, 2, et 3 par Teilhard)
-1) La zone inerte : le monde minéral
-2) La zone de la vie végétative
-3 La zone de la vie pensante
Et ce, avec toutes les transitions nécessaires.
J’ajouterai que cette troisième zone n’est pas réductible à l’Homme, qui en représente cependant « la cime pensante » ; ce qui relativise quand même sa valeur dans l’absolu.
Teilhard éprouve le besoin de reprendre cette classification, les trois zones étant notées (a), (b), et (c). Je reviens sur la zone (c) classée « selon l’interaction réfléchie des libertés ». On peut s’interroger : quelles libertés ? Cette formulation est d’ailleurs en contradiction avec ce que l’auteur proclamait plus haut, à savoir : « la Matière finit toujours par se vitaliser par nécessité. » En effet : s’il y a NECESSITE, il n’y a plus LIBERTE …
2- La 2e partie : selon Teilhard, s’entend comme la poursuite d’un raisonnement faisant appel aux constatations énumérées dans la première partie et, notamment, cette classification de la Matière en trois zones. Notons au passage que Teilhard semble utiliser le mot « matière » pour représenter l’ensemble des éléments constitutifs du cosmos. Ainsi, il en arrive, sans transition, à assimiler des qualités humaines (en l’occurrence l’altruisme et la responsabilité) à « la forme hominisée de la Matière ». Or(, cette conclusion me parait très réductive. Essayons d’y voir un peu plus clair :
-L’ALTRUISME : Le Larousse donne cette définition « Amour désintéressé d’autrui ». ; ce qui est évidemment compris comme une qualité purement humaine… et pourtant !Ne peut-on trouver de l’altruisme chez tous les êtres vivants, dans la mesure où chaque espèce vivante obéit, tout simplement, à une cohérence qui lie les individus au groupe. Cette notion peut même être élargie au monde minéral. Dès qu’il y a harmonie, par exemple dans un cristal de roche où les atomes qui le composent prennent une disposition « NECESSAIRE », on peut y trouver une certaine forme d’altruisme, chaque atome faisant preuve d’amour désintéressé vis-à-vis de ses voisins. Il faut évidemment faire preuve d’un certain effort intellectuel pour soutenir cette thèse …
-LA RESPONSABILITE, telle que définie par le Larousse : « Obligation de répondre de ses actions ». Alors je pose la question : répondre de ses actions envers qui ? Envers ses pairs ? Envers une instance supérieure,et, laquelle ?
Ecoutons Teilhard : « Par l’interaction fondamentale de ses composants de tous niveaux, non seulement le Monde » (veut-il dire la planète ? le cosmos ?) « se condense, mais se concentre, ce qui revient à dire que la qualité désignée sous le nom de Responsabilité se découvre co-originelle et co-extensive dans sa genèse avec la totalité de l’univers spatiotemporel. »
Doit-on en conclure que Teilhard admet la présence de la Responsabilité à tous les stades d’évolution du cosmos ? Ce qui voudrait dire qu’originellement le cosmos pourrait être responsable. Mais de quoi le cosmos pourrait-il être responsable, surtout quand on a admis comme postulat que sa progression n’obéissait qu’à des NECESSITES. Même si on admettait le créationnisme, affirmer que « Le Grand Architecte » est responsable de la création est une pure tautologie.
Très bien ! Mais jusqu’à présent Teilhard n’a pas défini ce qu’il entend par « Responsabilité ». Alors il tente une explication en faisant appel à un nouveau terme : « l’INTER-INFLUENCE » comme faisant suite à la loi de complexité/centréité/conscience et qui doit être un « facteur déterminant » (tellement déterminant qu’il ne le définit pas).
Je reste sur ma faim, n’ayant toujours pas trouvé la définition du concept de responsabilité selon Teilhard. Et la suite de sa soit disante démonstration ne m’en apprend pas davantage.
Il évoque « L’état d’extrême et montante compression de la couche pensante de la terre » sans doute plus simplement liée à l’évolution de la population du globe, mais surtout à l’intercommunication planétaire dont il passe en revue les trois phases :
-Phase extensive,
-Phase en profondeur
-Phase en volume.
3) Et c’est à ce stade que Teilhard aborde la troisième partie. Il écrit : « L’évènement principal et spécifique de notre ère biologique est la compression, la compénétration et la cimentation paroxysmale de la masse humaine sur elle-même, sous la pression de l’étau planétaire. Cette situation est pénible et dangereuse, dans la mesure où elle soulève des problèmes vitaux. Ceci est l’aspect négatif du progrès ».
Que ne dirait-il pas s’il vivait encore aujourd’hui ?! Mais, toujours optimiste, il poursuit : « En contrepartie, c’est le dynamisme formidable que cette situation est capable d’engendrer, sous forme d’énergie spirituelle et psychique intense qui sera la source évidente d’une montante RESPONSABILITE. Comment ne pas voir que ce seul fait est suffisant pour fonder une éthique nouvelle de la terre ? »
« Une sorte d’ULTRA-RESPONSABILITE généralisée est la caractéristique morale la plus marquante vers laquelle, par nécessité, l’Humanité est en train d’évoluer. »
Cette dernière phrase me plonge dans un abîme de stupeur : comment peut-on allier, dans une même proposition, les deux notions contradictoires de RESPONSABILITE et de NECESSITE ? et Teilhard ajoute : « Dans un monde reconnu et accepté de nature convergente, la responsabilité prise comme vertu humaine première s’universalise et s’intensifie aux dimensions et au rythme de l’évolution. » (citation de la romancière Ludmila Oulitskaïa
EN CONCLUSION : Ce raisonnement, cette démonstration sur l’évolution de la responsabilité dans le monde par Teilhard m’apparaissent fumeux et dérisoires. De deux choses l’une : Soit Teilhard attribue au concept de responsabilité un sens très différent de celui du Larousse, soit c’est moi qui porte la « responsabilité » d’être inaccessible à sa pensée. Quoi qu’il en soit, je bannis de mon vocabulaire ce terme de « responsabilité » n’imaginant pas qu’on puisse être responsable en quoi que ce soit de nos actions et de nos pensées puisque, finalement, TOUT se produit (tant au niveau du cosmos que de l’être humain) uniquement par NECESSITE. Dès lors, il faut aussi bannir du vocabulaire les mots « hasard », « liberté » et « mérite ».
Jean-Pierre Fressafond
Rubrique littéraire
Dans son n° 107 de janvier 2010, la revue « Actualité » de la Grande Loge Nationale de France publie un article extrêmement bien documenté sur Teilhard de Chardin, « L’esprit de la matière ». Ce sujet,écrit par Francis Bardot, est couronné par un extrait de ce que j’appelle « Ode à la matière », tome 13, Editions du Seuil, « Le Cœur de la Matière » dont j’avais, moi aussi, utilisé un extrait en ex-libris de mon tome 2, Manuel d’étude, sur l’Activation de l’Energie.
La partie choisie par F. Bardot est moins sulfureuse que celle que j’avais choisie ; comme quoi Teilhard pouvait en une seule page présenter de lui une face canonisable et une face hérétique.
Dans la bibliographie de référence je lis : « Le livre de J.P. Frésafond, « Le Phénomène Humain selon Teilhard de Chardin » sous titré contraction de texte et commentaires est une bonne manière d’aborder le difficile texte fondateur de la pensée de Teilhard. Intelligent, mais parfois gâté par un anticléricalisme viscéral ».
« Intelligent et anticléricalisme viscéral » … je préfère cela à l’inverse. Il reste à préciser ce qu’est l’anticléricalisme. A mon avis, l’anticléricalisme ne s’oppose pas à la croyance en Dieu, mais aux appareils politiques des religions, toutes sans exception, lorsqu’elles exercent un pouvoir discriminatoire dans des domaines qui n’ont rien à voir avec la spiritualité. L’oecuménisme sera encore pour longtemps une utopie. Les religions sont nécessaires pour la paix sociale, l’espérance des peuples et leur initiation à la spiritualité, mais elles doivent cultiver ce qui rapproche, non pas ce qui sépare.
Jean-Pierre Fressafond
Rubrique littéraire
Notes de Jean-Pierre Frésafond :
L'Abbé Gérard BAUDRY est Docteur en philosophie et en théologie (département 44), ancien directeur de recherches à l'Université Catholique de Lille. Il est l'un des intervenants lors de notre colloque du 26/09/2009, sous le patronage de l'Université Jean-Moulin Lyon-III, dont Bruno PINCHARD, directeur de l'Ecole Doctorale, était aussi l'une des brillants conférenciers. (cf. notre annonce parue dans le site le 1er février 2010, concernant la mise à disposition de la brochure relative à ce colloque)
L'Abbé Gérard BAUDRY nous a autorisés à faire paraître sur notre site trois de ses réflexions qui paraîtront successivement à un mois d'intervalle :
1- La Mystique de la Recherche selon Teilhard (texte ci-dessous)
2- L'Avenir, Condition de l'Agir
3- Définition de l'Homme selon Teilhard.
... Alors, BONNE LECTURE !
La mystique teilhardienne de la recherche constitue le thème de cet exposé. Le sujet est extrêmement vaste . Teilhard a résumé lui-même son attitude de base dans des expressions qui reviennent sous sa plume, telles que la Mystique de la Science1 où, de façon encore plus générale, la Mystique de la Recherche . Aussi vais-je être obligé de me limiter. Il aurait été intéressant et instructif de montrer comment Teilhard a vécu lui-même cette mystique de la recherche. Je crois même que, pour une étude complète de ce thème, il serait nécessaire de la faire, tant chez lui la pensée jaillit de l’expérience vécue. Mais à mon corps (et à mon cœur) défendant, je me bornerai plutôt à analyser et à expliciter en quoi consiste selon Teilhard cette mystique de la recherche.
Pour clarifier, je me propose de décomposer la formule, de présenter successivement ce que Teilhard entend, en premier lieu, lorsqu’il parle de « Mystique » et, en second lieu, lorsqu’il parle de « recherche ». De la sorte, il nous sera plus facile de saisir l’attitude étonnamment riche et complexe que recouvre chez lui l’expression : Mystique de la Recherche.
I. « La mystique ».
Le lecteur de Teilhard est frappé par la fréquence du mot mystique. Certes, cela correspond à une époque où, avec Bergson en particulier, on a remis en valeur et en honneur le témoignage des mystiques. Mais le penseur donne au mot une acception qui porte une marque bien à lui . Je ne ferai pas ici d’étude comparative ni exégétique pour voir les influences qui ont pu agir sur notre jésuite. Je me bornerai à cerner ce qu’il entend par « mystique ». Le sens premier, le plus profond, – le plus fréquent, semble-t-il, – est celui-ci : la mystique, c’est la passion de l’Unité et de la Totalité. En d’autres termes, le mystique est l’homme qui a été saisi par la fascination du Tout, et qui a soif de trouver l’Un dans le Multiple, de communier à l’Un à travers le Multiple. Quand Teilhard aborde le thème mystique, ces mots reviennent souvent : Tout, Totalité, Un, Unité, Union. On pourra retenir la définition qu’il donne en 1951 : « Essentiellement, le Sentiment mystique est un sens et pressentiment de l’Unité totale et finale du Monde par-delà sa multiplicité présente et sentie : sens “cosmique” de l’Oneness [Unité]. Ceci vaut pour l’Hindou et le Sufi aussi bien que pour le Chrétien. Ceci permet de mesurer la “teneur” mystique d’un texte et d’une vie. »
Pierre Teilhard a le don de la formule vigoureuse et expressive. « Le sens du Tout (…) est la sève de toute mystique », écrit-il dans Comment je crois (1934) . Dans Panthéisme et Christianisme (1923), nous lisons ceci : « Poète, philosophe, mystique, on ne peut guère être l’un sans l’autre. Poètes, philosophes, mystiques, le long cortège des initiés à la vision et au culte du Tout… » . Déjà les Écrits du Temps de la guerre étaient animés de cette perspective. On relira avec intérêt, par exemple le Milieu mystique de 1917 . Teilhard y évoque la « deuxième phase de nos perceptions », celle qui brise « la surface du mystère de la connaissance » pour nous faire déceler « en tout contact, le seul Essentiel de l’Univers ». Et d’affirmer : « Le mystique est celui qui est né pour donner à cette auréole la première place dans son expérience ». Puis il conclut : « L’intuition mystique fondamentale vient d’aboutir à la découverte d’une unité supra-réelle, diffuse dans l’immensité du Monde …. »
Sous le temporel et le plural, le mystique ne regarde plus que la Réalité unique support commun des substances, qui se pare et se colore des teintes innombrables de l’Univers sans partager leur fragilité. Le mystique, selon Teilhard, c’est l’homme du Réel. Ce Réel, il ne se contente pas de le contempler passivement, il le transforme ou plus exactement il le conquiert par l’action. Le mystique, c’est l’homme de la « transformation créatrice » de la réalité, tant il est vrai que le Réel ne se donne qu’à celui qui le conquiert. Le mystique, c’est le conquérant, l’aventurier de l’Absolu. (Voir le symbole du combat de Jacob, souvent évoqué par Teilhard). Laissons-lui à nouveau la parole : « Je dois chercher, et je dois trouver », écrit-il toujours dans le Milieu Mystique. Et il ajoute quelques lignes plus loin : « C’est au mystique (…) qu’est réservé de s’emparer du Monde là où il échappe aux autres et de réaliser la synthèse où échouent et se brisent l’expérience et la philosophie commune ». « Du milieu de son rêve, le mystique est un grand Réaliste » . Au cours de ces citations on aura noté l’apparition d’autres précisions sur ce qu’est le sentiment mystique dans sa généralité. Avec les notions de Tout et d’Unité, voici celles du Réel, d’Action, de Synthèse. La mystique n’est pas ce que l’on croit souvent : une évasion hors du monde, ou une contemplation panthéiste du cosmos, c’est la passion d’achever le Monde, de faire pression sur tout le Réel, pour qu’il se découvre, pour qu’il révèle l’Absolu, l’Un à travers et au-delà du Multiple, ce Quelque chose qui est à l’origine, au fond et surtout au terme du devenir, ce Quelqu’Un dira bientôt Teilhard quand il aura intégré le Personnel dans sa vision de l’Universel.
Ce qui précède a permis de cerner ce qu’on peut appeler un premier cercle dans lequel s’inscrit le sens mystique en sa généralité la plus fondamentale. Voici un texte de Comment je vois (1948) qui résume bien cette notion de base : « Par “mystique”, j’entends ici le besoin, la science et l’art d’atteindre, en même temps et l’un par l’autre, l’Universel et le Spirituel. Devenir simultanément, et du même geste, un avec Tout, par libération de toute multiplicité ou pesanteur matérielle : voilà, plus profond que toute ambition de plaisir, de richesses et de pouvoir, le rêve essentiel de l’âme humaine » .
Mais il nous faut creuser encore davantage, aborder un deuxième cercle à l’intérieur du premier. Je suggère de l’appeler le Cercle de la Personne en reprenant une des divisions du Milieu mystique… Il y aurait énormément à dire à ce sujet. Pour faire bref, tout en éclairant le thème, je dirai ceci : si le mystique est un réaliste, il n’est pas en dehors du Réel comme le serait un extra-terrestre observant notre planète. Il est un élément de ce Réel, et le plus significatif. Or le Réel est évolutif. Qui plus est, l’Évolution d’après Teilhard, se fait selon un processus d’union. « Être, c’est unir ou être uni ». Il faudrait exposer ici la philosophie de l’union qui donne la clé de toute la pensée teilhardienne. C’est elle qui lui permet de placer l’homme à la flèche de l’Évolution, et de découvrir Dieu comme l’Être supra-personnel, Pôle de la personnalisation universelle. Dans cette philosophie fondamentalement personnaliste, le mystique, c’est l’homme de l’union, de l’union à Dieu bien sûr. Et là, Teilhard donne au mot mystique sa dimension religieuse de communion au mystère, au mystère des mystères, le Tout Autre.
Il ne s’agit pas cependant d’une fusion dans un grand Tout impersonnel. Non. L’union « différencie », « personnalise », ne cesse de répéter Teilhard . Dans l’union à la Personne divine, le mystique se sur-personnalise. Il faut aussi s’empresser d’ajouter que le mystique est en même temps et nécessairement (car le Divin ne s’atteint qu’à travers le sacrement du Monde et le sacrement de l’humanité) l’homme de l’union avec les autres hommes. Le mystique, c’est l’homme des relations inter-personnelles, l’être social par excellence qui, de tout son être et de tout son agir, poursuit l’achèvement de l’humanité. C’est lui qui permet au phénomène inéluctable de la socialisation humaine de ne pas avorter dans une sorte de termitière dépersonnalisée, mais dans une communauté fraternelle. En bref c’est l’homme de l’Amour-Charité. À ce stade, bien entendu, il s’agit non seulement d’une mystique religieuse, mais d’une mystique chrétienne, puisque Teilhard identifie Dieu-Oméga avec le Christ universel. Illustrons ceci par quelques textes :
Le dernier chapitre de Christianisme et Évolution (1945) est intitulé : « Une nouvelle orientation mystique : l’amour de l’Évolution ». Cet amour est possible, parce que Quelqu’Un est en gestation dans l’Univers, et non seulement Quelque Chose. Dans cette grandiose vision d’une Évolution convergente, on voit comment le mystique comprend le double commande¬ment de l’Évangile : « Tu aimeras Dieu dans et à travers la genèse de l’Univers et de l’humanité » . Car le mystique selon Teilhard n’est pas seulement un « voyant », un contem¬platif, c’est un homme d’action et de l’action la plus haute qu’est l’Amour. Il aspire à s’unir au Divin de tout son esprit, de tout son cœur et de tout son corps. Dans un essai ancien (début de 1920 sans doute) Sur la notion de transformation créatrice, Teilhard a évoqué « le rôle de la passion (eros) dans la mystique » .
Dans La Mystique de la Science (1939), Teilhard écrit : « Nulle mystique ne peut vivre sans amour. La religion de la Science [il entend par là la conception du scientisme positiviste] avait cru trouver une foi, une espérance. Elle est morte pour s’être fermée à la charité » . Il faudrait relire et méditer ici le magnifique paragraphe intitulé « mystique » qu’on trouve dans L’Ato¬mis¬me de l’Esprit (1941). L’auteur y souligne le rôle incomparable de la « charité dynamisée ». Il y décrit les trois composantes du sens mystique : « Sens humain ; puis sens de la Terre ; et enfin sens d’un Oméga ; trois étapes progressives d’une même illumination ». Ceci l’amène à caractériser l’action du mystique comme l’acte synthétique par excellence, c’est-à-dire l’acte le plus humain qui soit. « La mesure d’une Ethique est sa capacité à fleurir en Mystique (…) D’une part, en vertu de la liaison dynamique de toutes choses en la Noo¬génèse, la moindre action, si humble et monotone soit-elle, se découvre comme un moyen de coopérer au Grand Œuvre universel. D’autre part, en vertu de la nature particulière, synthétique de l’Opération en cours, coopérer signifie s’incorporer dans une réalité vivante. Agir, sous toutes ses formes (pourvu que celles-ci soient positives, c’est-à-dire unificatrices) équivaut à communier » .
Finalement, ce sera communier au Christ, car « le divin ne nous arrive jamais qu’informé par le Christ Jésus ». Après avoir développé cette idée (dans Note sur l’Union physique entre l’Humanité du Christ et les Fidèles… ” (vers 1920), il conclut : « Des considérations de cet ordre ont évidemment une grande importance en Mystique : elles nous permettent de croire que nous pouvons vivre strictement, toujours et partout, sans sortir de Jésus Christ » .
Il reste encore à souligner une note sans laquelle serait détruite l’harmonie de cette mystique. Il s’agit du détachement, de l’excentration, de l’ex-stase qui est au cœur de tout sentiment mystique . Cette note est toujours en filigrane même si elle n’est pas toujours explicitée . Elle est partie intégrante de la synthèse harmonique (voir Le Milieu Divin). Pour le nier, il faut avoir mal lu et surtout mal compris la pensée teilhardienne. Voici un texte clair tiré d’un des plus remarquables écrits : Mon Univers de 1924 : « Pour le chrétien voué à l’unification du Monde dans le Christ, le travail de la vie intérieure morale et mystique se ramène tout entier à deux mouvements essentiels complémentaires : conquérir le Monde et s’en échapper, les deux mouvements naissant naturellement l’un de l’autre, et représentant deux formes conjuguées d’une même tendance : rejoindre Dieu à travers le Monde ».
II. La Recherche
Dans la mystique telle que la voit Teilhard, il est clair que la recherche scientifique trouvera facilement sa place. C’est ce que je voudrais montrer maintenant en procédant par étapes selon la méthode adoptée. D’abord, qu’est-ce que la Recherche selon Teilhard ; enfin, en conclusion, nous verrons l’articulation entre les deux termes de Mystique et de Recherche.
Teilhard emploie très souvent le mot Recherche, avec une majuscule et sans déterminatif : La Recherche. Parfois il parle de recherche scientifique ou expérimentale, pour préciser. Très souvent, il s’agit de la recherche scientifique en général. Cependant on serait dans l’erreur si l’on identifiait purement et simplement la Recherche avec la recherche scientifique au sens strict. Si Teilhard donne un tour absolu au concept, c’est qu’il entend bien déborder le cadre restreint de la science dite expérimentale. Mais s’il privilégie la recherche scientifique, c’est toute recherche qu’il vise aussi bien philosophique, théologique qu’artistique.
Ceci amène à une première approche du concept teilhardien de recherche. La Recherche c’est avant tout la passion de connaître et de trouver. En elle s’exprime la volonté humaine de maîtriser le monde, de le posséder. Sous cet aspect, elle est vieille comme l’homme lui-même. Dans la mesure où il réfléchit, l’homme prend conscience de soi, et en même temps il prend conscience de son épanouissement. Savoir pour pouvoir, pour être plus. Accédant à la conscience réfléchie et, par voie de conséquence, à la liberté, l’homme est en quête de son être. Il a brisé le cercle fermé de l’instinct. Il doit s’inventer lui-même. L’homme pourrait-on dire, c’est l’animal non seulement qui réfléchit, mais qui cherche. Au cours de son histoire, il a trouvé, il a progressé parce qu’il a cherché. Qui cherche, trouve ! C’était déjà dans l’Évangile. La Recherche, nous dit Teilhard dans le Groupe Zoologique Humain (1949), est « la forme native et naturelle revêtue par l’Énergie humaine à l’instant critique de la libération ». L’homme qui ne cherche pas, est un sous-homme ; c’est en quelque sorte quelqu’un qui fait la grève de la vie : « Pour l’humanité devenue consciente de son isolement dans le Cosmos, et menacée de dangers collectifs, il faudra : ou trouver, ou mourir » (dans Mon univers ). Dans son journal de guerre, à la date du 5 janv. 1919, il écrit ces lignes rapportées par Mgr de Solages : « Je ne saurai parler qu’à ceux qui cherchent… Et pour leur dire de chercher davantage ». Tout Teilhard est là !
S’il donne tant d’importance à la recherche humaine, c’est qu’il a vu dans l’homme le couronnement d’un processus fondamental, celui-là même qui préside au progrès de l’Évolution : la complexification de la matière par tâtonnements, par jeu des grands nombres, c’est-à-dire : « Tout essayer pour tout trouver ». Dans le paragraphe intitulé Accroissement de l’Énergie libre et intensi¬fication de la Recherche, nous lisons : “ À un degré très général, on peut (et même on doit) dire que la Recherche — celle-ci étant définie comme un effort tâtonnant pour découvrir sans cesse de meilleurs arrangements biologiques — représente une des propriétés fondamentales de la matière vivante. Prise maintenant plus strictement, à son sens habituel de tâtonnement réfléchi, la Recherche, encore, est nécessairement aussi vieille que l’éveil de la Pensée sur la Terre. Et cependant, considérée dans la plénitude généralisée et consciente de ses opérations, la Recherche (il est essentiel de s’en rendre compte) correspond à un développement tout à fait récent et extrêmement significatif de l’Hominisation… ». En d’autres termes, la Recherche dans tous les domaines est l’élément caractéristique du phéno¬mè¬ne humain à notre époque. Nous sommes entrés, nous dit-il, dans « l’Âge de la Recher¬che ». Voici une définition, la plus belle, je pense, de la Recherche. Je l’emprunte à l’Esprit de la Terre (1931) : c’est « l’assaut donné aux mystères du Monde » (on n’est pas très loin de la mystique) : « La Recherche a pu longtemps passer parmi les hommes pour un accessoire, une bizarrerie ou un danger. Le moment est venu, proche, où nous nous apercevrons qu’elle est la plus haute des fonctions humaines, absorbant en soi l’esprit de la guerre, et resplendissant de l’éclat des Religions. Faire constamment pression sur toute la surface du Réel, n’est-ce pas le geste par excellence de la fidélité à l’être, — et donc de l’Adoration ? » Dans Le Phénomène Humain, il reprend la même idée : « … Le rêve dont se nourrit obscurément la Recherche humaine, c’est, au fond, de parvenir à maîtriser, par delà toutes affinités atomiques ou moléculaires. L’Énergie de fond dont toutes les autres énergies ne sont que les servantes : saisir, réunis tous ensemble, la barre du Monde, en mettant la main sur le Ressort même de l’Évolution ».
Si nous voulons que l’hominisation poursuive sa marche en avant, la Recherche doit être l’activité humaine de pointe. L’Humanité est non seulement la flèche de l’axe évolutif, elle est l’Évolution prenant conscience d’elle-même, qui plus est, l’Évolution en l’homme s’auréole de liberté. L’Évolution est devenu anto-évolution. En d’autres termes, l’humanité prend en charge l’Évo¬lution du Monde. Cette prise en charge, cette mise en œuvre de dimension cosmique, où l’Homme jette dans la balance le meilleur de lui-même, c’est ce que Teilhard appelle La Recherche (avec une majuscule). On comprend dès lors qu’elle revête un aspect religieux, mystique…
On n’oubliera pas enfin la violente polémique de Teilhard, à la fin de son Phénomène humain, contre l’insuffisance de la recherche. « Tout essayer », voilà le programme . La Recherche, c’est le devoir sacré par excellence.. Ne pas chercher, c’est reculer sur la voie de l’hominisation ; c’est en quelque sorte se déshumaniser. Malheur à celui qui ne cherche pas ! Il croit avoir trouvé. Erreur ! La découverte ultime est encore à venir. Nous n’avons pas encore découvert notre Amérique, car elle est au terme de la pérégrination humaine au point de convergence en Oméga. En conséquence, la Recherche a toujours une dimension eschato¬logique. « … Pour quiconque admet que la tâche de la science n’est pas uniquement de reconstituer ce qui fut ou de déchiffrer ce qui est, mais qu’elle consiste surtout à anticiper, à partir du passé et du présent, sur les formes de l’avenir, alors la question finale se pose… ». C’est pourquoi les chercheurs ont toujours paru des rêveurs, des utopistes, comme les mystiques. Mais pourtant, ce sont eux qui ont raison. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de ce que nous voyons et de ce que nous sommes. Notre être, notre vérité. La Vérité, l’Être sont en avant de nous.
Voici encore un beau texte évoquant le « mystère de la matière talonnant l’esprit » : « La passion désintéressée de la Recherche » implique « une espérance en un futur sans bornes ». Et Teilhard de conclure que ce sont là « les deux caractères essentiels d’une religion » (la Mystique de la Science). Et cet extrait de Note sur le Progrès (1920) : « Être plus, c’est d’abord savoir plus . Ainsi s’explique la mystérieuse attirance qui, et en dépit des déceptions subies et des condamnations a priori, ramène invinciblement les hommes à la science comme à la source de la Vie. Plus fort que tous les échecs, et tous les raisonnements, nous portons en nous l’instinct que, pour être fidèles à l’existence, il faut savoir, savoir toujours plus, et pour cela chercher, chercher toujours davantage, nous ne savons pas exactement quoi, mais Quelque Chose qui, sûrement, un jour ou l’autre, pour ceux qui auront sondé le Réel jusqu’au bout, apparaîtra » .
Conclusion : La Mystique de la Recherche
Quand on va au fond des choses, aux « racines naturelles et cosmiques » du sentiment mystique et de la passion de la Recherche, on s’aperçoit que les deux attitudes ne sont pas sans analogie. Les notations précédentes l’auront, je l’espère, suffisamment montré. La mystique est une recherche, la recherche de l’Absolu, d’un Absolu supra-personnel et personnalisant. Et la Recherche est une mystique par l’élan quasi religieux qui pousse le chercheur à pénétrer et finalement à posséder les mystères de la Matière. « La vibration scientifique et la vibration mystique ne font qu’une seule lumière ». Teilhard écrivit cela à son Provincial, le P. Costa de Beauregard, le 7 janvier 1926. Dans une lettre à son ami Gaudefroy, il dit également : « Pour moi, recherche scientifique et effort mystique ne font qu’une seule puissance complexe, qui demande irrésistiblement à se propager ». Et dans Le Phénomène Humain : « Il y a moins de différence qu’on ne pense entre Recherche et Adoration ».
Tout ceci explique pourquoi Teilhard emploie des termes du vocabulaire religieux pour parler de la Science : « Le besoin sacré de savoir »; « La Religion de la Science »; « La valeur religieuse de la Recherche »… On ne sera donc pas étonné que Teilhard mette en parallèle la montée du sens religieux avec le progrès de la Recherche (et ceci, remarquons-le, à une époque où l’on croyait dur comme fer que les deux allaient en sens inverse !). « Tant s’en faut, écrit-il dans Le goût de vivre , … que, en matière de Mystique, la flamme du savoir expérimental n’ait fait que détruire ». En quelques lignes plus loin : « L’Ère de la Religion ne fait sans doute que commencer », parce que la recherche de l’Absolu appartient à la nature humaine. C’est le moment de se rappeler qu’il avait dit également que nous venons d’entrer dans « l’Ère de la Recherche » .
Pourtant nulle contradiction, puisque, en son fond, la Recherche est d’essence religieuse, et la Religion une recherche passionnée de l’Absolu. Le mystique selon Teilhard ne peut pas se désintéresser de la conquête du Monde ; et le chercheur, s’il va jusqu’au bout de sa science (la synthèse après l’analyse), s’il va surtout jusqu’au bout de lui-même, il se trouve nécessairement confronté avec l’Absolu. Certes, il n’ira pas de lui-même aussi loin que le mystique, mais il se situe sur le même axe dynamique qui conduit l’humanité vers son point de convergence en Oméga. Le savant et le mystique vivent tous deux, au fond, d’une spiritualité d’Incarnation, avec cette différence que le mystique la vit consciemment et pleinement. C’est pourquoi, en définitive, la Mystique est le sommet de l’activité humaine, « La grande Science et le grand Art », comme l’écrivait Teilhard à son ami Breuil, le grand préhistorien . En retour, la Mystique de la Recherche s’auréole de cette grandeur, elle s’en nourrit, tout en se situant à un degré inférieur dans l’échelle des valeurs. C’est pourquoi la recherche est « une devoir sacré » y compris dans l’Eglise : « Aussi longtemps qu’elle (l’Eglise) n’aura pas énuméré, parmi les obligations essentielles du chrétien, le Devoir sacré de la Recherche, assujettisse¬ment (sous peine de péché) à prêter la main au perfectionnement spécial et temporel de la Terre, c’est en vain que ses apologètes aligneront les noms des savants glorieux qui ont prié »
Enfin une dernière citation qui sera une incitation à poursuivre chacun sa propre recherche quelle qu’elle soit, car si elle est sincère, elle convergera finalement sur l’Unique Essentiel, l’Unique Nécessaire. La pensée teilhardienne, ce n’est pas une doctrine toute faite, une nouvelle scolastique ; c’est avant tout un exemple et un message. Et c’est pourquoi je voudrais terminer par cette phrase déjà citée plus haut qui décrit si bien l’esprit de Teilhard de Chardin :
« Je ne saurai parler qu’à ceux qui cherchent… Et pour leur dire de chercher davantage ».
Derniers ouvrages sur Teilhard par Gérard-Henry BAUDRY :
Le Credo de Teilhard, 2004, 17 €.
Teilhard de Chardin et l’Appel de l’Orient. La Convergence des religions, 2005, 17 €.
Teilhard et Chardin ou le Retour de Dieu, 2007, 18 €.
Dictionnaire Teilhard de Chardin, 2009, 15 €.
Les quatre ouvrages parus chez Aubin éditeur, Saint-Etienne.
L'Abbé Gérard BAUDRY est Docteur en philosophie et en théologie (département 44), ancien directeur de recherches à l'Université Catholique de Lille. Il est l'un des intervenants lors de notre colloque du 26/09/2009, sous le patronage de l'Université Jean-Moulin Lyon-III, dont Bruno PINCHARD, directeur de l'Ecole Doctorale, était aussi l'une des brillants conférenciers. (cf. notre annonce parue dans le site le 1er février 2010, concernant la mise à disposition de la brochure relative à ce colloque)
L'Abbé Gérard BAUDRY nous a autorisés à faire paraître sur notre site trois de ses réflexions qui paraîtront successivement à un mois d'intervalle :
1- La Mystique de la Recherche selon Teilhard (texte ci-dessous)
2- L'Avenir, Condition de l'Agir
3- Définition de l'Homme selon Teilhard.
... Alors, BONNE LECTURE !
La mystique teilhardienne de la recherche constitue le thème de cet exposé. Le sujet est extrêmement vaste . Teilhard a résumé lui-même son attitude de base dans des expressions qui reviennent sous sa plume, telles que la Mystique de la Science1 où, de façon encore plus générale, la Mystique de la Recherche . Aussi vais-je être obligé de me limiter. Il aurait été intéressant et instructif de montrer comment Teilhard a vécu lui-même cette mystique de la recherche. Je crois même que, pour une étude complète de ce thème, il serait nécessaire de la faire, tant chez lui la pensée jaillit de l’expérience vécue. Mais à mon corps (et à mon cœur) défendant, je me bornerai plutôt à analyser et à expliciter en quoi consiste selon Teilhard cette mystique de la recherche.
Pour clarifier, je me propose de décomposer la formule, de présenter successivement ce que Teilhard entend, en premier lieu, lorsqu’il parle de « Mystique » et, en second lieu, lorsqu’il parle de « recherche ». De la sorte, il nous sera plus facile de saisir l’attitude étonnamment riche et complexe que recouvre chez lui l’expression : Mystique de la Recherche.
I. « La mystique ».
Le lecteur de Teilhard est frappé par la fréquence du mot mystique. Certes, cela correspond à une époque où, avec Bergson en particulier, on a remis en valeur et en honneur le témoignage des mystiques. Mais le penseur donne au mot une acception qui porte une marque bien à lui . Je ne ferai pas ici d’étude comparative ni exégétique pour voir les influences qui ont pu agir sur notre jésuite. Je me bornerai à cerner ce qu’il entend par « mystique ». Le sens premier, le plus profond, – le plus fréquent, semble-t-il, – est celui-ci : la mystique, c’est la passion de l’Unité et de la Totalité. En d’autres termes, le mystique est l’homme qui a été saisi par la fascination du Tout, et qui a soif de trouver l’Un dans le Multiple, de communier à l’Un à travers le Multiple. Quand Teilhard aborde le thème mystique, ces mots reviennent souvent : Tout, Totalité, Un, Unité, Union. On pourra retenir la définition qu’il donne en 1951 : « Essentiellement, le Sentiment mystique est un sens et pressentiment de l’Unité totale et finale du Monde par-delà sa multiplicité présente et sentie : sens “cosmique” de l’Oneness [Unité]. Ceci vaut pour l’Hindou et le Sufi aussi bien que pour le Chrétien. Ceci permet de mesurer la “teneur” mystique d’un texte et d’une vie. »
Pierre Teilhard a le don de la formule vigoureuse et expressive. « Le sens du Tout (…) est la sève de toute mystique », écrit-il dans Comment je crois (1934) . Dans Panthéisme et Christianisme (1923), nous lisons ceci : « Poète, philosophe, mystique, on ne peut guère être l’un sans l’autre. Poètes, philosophes, mystiques, le long cortège des initiés à la vision et au culte du Tout… » . Déjà les Écrits du Temps de la guerre étaient animés de cette perspective. On relira avec intérêt, par exemple le Milieu mystique de 1917 . Teilhard y évoque la « deuxième phase de nos perceptions », celle qui brise « la surface du mystère de la connaissance » pour nous faire déceler « en tout contact, le seul Essentiel de l’Univers ». Et d’affirmer : « Le mystique est celui qui est né pour donner à cette auréole la première place dans son expérience ». Puis il conclut : « L’intuition mystique fondamentale vient d’aboutir à la découverte d’une unité supra-réelle, diffuse dans l’immensité du Monde …. »
Sous le temporel et le plural, le mystique ne regarde plus que la Réalité unique support commun des substances, qui se pare et se colore des teintes innombrables de l’Univers sans partager leur fragilité. Le mystique, selon Teilhard, c’est l’homme du Réel. Ce Réel, il ne se contente pas de le contempler passivement, il le transforme ou plus exactement il le conquiert par l’action. Le mystique, c’est l’homme de la « transformation créatrice » de la réalité, tant il est vrai que le Réel ne se donne qu’à celui qui le conquiert. Le mystique, c’est le conquérant, l’aventurier de l’Absolu. (Voir le symbole du combat de Jacob, souvent évoqué par Teilhard). Laissons-lui à nouveau la parole : « Je dois chercher, et je dois trouver », écrit-il toujours dans le Milieu Mystique. Et il ajoute quelques lignes plus loin : « C’est au mystique (…) qu’est réservé de s’emparer du Monde là où il échappe aux autres et de réaliser la synthèse où échouent et se brisent l’expérience et la philosophie commune ». « Du milieu de son rêve, le mystique est un grand Réaliste » . Au cours de ces citations on aura noté l’apparition d’autres précisions sur ce qu’est le sentiment mystique dans sa généralité. Avec les notions de Tout et d’Unité, voici celles du Réel, d’Action, de Synthèse. La mystique n’est pas ce que l’on croit souvent : une évasion hors du monde, ou une contemplation panthéiste du cosmos, c’est la passion d’achever le Monde, de faire pression sur tout le Réel, pour qu’il se découvre, pour qu’il révèle l’Absolu, l’Un à travers et au-delà du Multiple, ce Quelque chose qui est à l’origine, au fond et surtout au terme du devenir, ce Quelqu’Un dira bientôt Teilhard quand il aura intégré le Personnel dans sa vision de l’Universel.
Ce qui précède a permis de cerner ce qu’on peut appeler un premier cercle dans lequel s’inscrit le sens mystique en sa généralité la plus fondamentale. Voici un texte de Comment je vois (1948) qui résume bien cette notion de base : « Par “mystique”, j’entends ici le besoin, la science et l’art d’atteindre, en même temps et l’un par l’autre, l’Universel et le Spirituel. Devenir simultanément, et du même geste, un avec Tout, par libération de toute multiplicité ou pesanteur matérielle : voilà, plus profond que toute ambition de plaisir, de richesses et de pouvoir, le rêve essentiel de l’âme humaine » .
Mais il nous faut creuser encore davantage, aborder un deuxième cercle à l’intérieur du premier. Je suggère de l’appeler le Cercle de la Personne en reprenant une des divisions du Milieu mystique… Il y aurait énormément à dire à ce sujet. Pour faire bref, tout en éclairant le thème, je dirai ceci : si le mystique est un réaliste, il n’est pas en dehors du Réel comme le serait un extra-terrestre observant notre planète. Il est un élément de ce Réel, et le plus significatif. Or le Réel est évolutif. Qui plus est, l’Évolution d’après Teilhard, se fait selon un processus d’union. « Être, c’est unir ou être uni ». Il faudrait exposer ici la philosophie de l’union qui donne la clé de toute la pensée teilhardienne. C’est elle qui lui permet de placer l’homme à la flèche de l’Évolution, et de découvrir Dieu comme l’Être supra-personnel, Pôle de la personnalisation universelle. Dans cette philosophie fondamentalement personnaliste, le mystique, c’est l’homme de l’union, de l’union à Dieu bien sûr. Et là, Teilhard donne au mot mystique sa dimension religieuse de communion au mystère, au mystère des mystères, le Tout Autre.
Il ne s’agit pas cependant d’une fusion dans un grand Tout impersonnel. Non. L’union « différencie », « personnalise », ne cesse de répéter Teilhard . Dans l’union à la Personne divine, le mystique se sur-personnalise. Il faut aussi s’empresser d’ajouter que le mystique est en même temps et nécessairement (car le Divin ne s’atteint qu’à travers le sacrement du Monde et le sacrement de l’humanité) l’homme de l’union avec les autres hommes. Le mystique, c’est l’homme des relations inter-personnelles, l’être social par excellence qui, de tout son être et de tout son agir, poursuit l’achèvement de l’humanité. C’est lui qui permet au phénomène inéluctable de la socialisation humaine de ne pas avorter dans une sorte de termitière dépersonnalisée, mais dans une communauté fraternelle. En bref c’est l’homme de l’Amour-Charité. À ce stade, bien entendu, il s’agit non seulement d’une mystique religieuse, mais d’une mystique chrétienne, puisque Teilhard identifie Dieu-Oméga avec le Christ universel. Illustrons ceci par quelques textes :
Le dernier chapitre de Christianisme et Évolution (1945) est intitulé : « Une nouvelle orientation mystique : l’amour de l’Évolution ». Cet amour est possible, parce que Quelqu’Un est en gestation dans l’Univers, et non seulement Quelque Chose. Dans cette grandiose vision d’une Évolution convergente, on voit comment le mystique comprend le double commande¬ment de l’Évangile : « Tu aimeras Dieu dans et à travers la genèse de l’Univers et de l’humanité » . Car le mystique selon Teilhard n’est pas seulement un « voyant », un contem¬platif, c’est un homme d’action et de l’action la plus haute qu’est l’Amour. Il aspire à s’unir au Divin de tout son esprit, de tout son cœur et de tout son corps. Dans un essai ancien (début de 1920 sans doute) Sur la notion de transformation créatrice, Teilhard a évoqué « le rôle de la passion (eros) dans la mystique » .
Dans La Mystique de la Science (1939), Teilhard écrit : « Nulle mystique ne peut vivre sans amour. La religion de la Science [il entend par là la conception du scientisme positiviste] avait cru trouver une foi, une espérance. Elle est morte pour s’être fermée à la charité » . Il faudrait relire et méditer ici le magnifique paragraphe intitulé « mystique » qu’on trouve dans L’Ato¬mis¬me de l’Esprit (1941). L’auteur y souligne le rôle incomparable de la « charité dynamisée ». Il y décrit les trois composantes du sens mystique : « Sens humain ; puis sens de la Terre ; et enfin sens d’un Oméga ; trois étapes progressives d’une même illumination ». Ceci l’amène à caractériser l’action du mystique comme l’acte synthétique par excellence, c’est-à-dire l’acte le plus humain qui soit. « La mesure d’une Ethique est sa capacité à fleurir en Mystique (…) D’une part, en vertu de la liaison dynamique de toutes choses en la Noo¬génèse, la moindre action, si humble et monotone soit-elle, se découvre comme un moyen de coopérer au Grand Œuvre universel. D’autre part, en vertu de la nature particulière, synthétique de l’Opération en cours, coopérer signifie s’incorporer dans une réalité vivante. Agir, sous toutes ses formes (pourvu que celles-ci soient positives, c’est-à-dire unificatrices) équivaut à communier » .
Finalement, ce sera communier au Christ, car « le divin ne nous arrive jamais qu’informé par le Christ Jésus ». Après avoir développé cette idée (dans Note sur l’Union physique entre l’Humanité du Christ et les Fidèles… ” (vers 1920), il conclut : « Des considérations de cet ordre ont évidemment une grande importance en Mystique : elles nous permettent de croire que nous pouvons vivre strictement, toujours et partout, sans sortir de Jésus Christ » .
Il reste encore à souligner une note sans laquelle serait détruite l’harmonie de cette mystique. Il s’agit du détachement, de l’excentration, de l’ex-stase qui est au cœur de tout sentiment mystique . Cette note est toujours en filigrane même si elle n’est pas toujours explicitée . Elle est partie intégrante de la synthèse harmonique (voir Le Milieu Divin). Pour le nier, il faut avoir mal lu et surtout mal compris la pensée teilhardienne. Voici un texte clair tiré d’un des plus remarquables écrits : Mon Univers de 1924 : « Pour le chrétien voué à l’unification du Monde dans le Christ, le travail de la vie intérieure morale et mystique se ramène tout entier à deux mouvements essentiels complémentaires : conquérir le Monde et s’en échapper, les deux mouvements naissant naturellement l’un de l’autre, et représentant deux formes conjuguées d’une même tendance : rejoindre Dieu à travers le Monde ».
II. La Recherche
Dans la mystique telle que la voit Teilhard, il est clair que la recherche scientifique trouvera facilement sa place. C’est ce que je voudrais montrer maintenant en procédant par étapes selon la méthode adoptée. D’abord, qu’est-ce que la Recherche selon Teilhard ; enfin, en conclusion, nous verrons l’articulation entre les deux termes de Mystique et de Recherche.
Teilhard emploie très souvent le mot Recherche, avec une majuscule et sans déterminatif : La Recherche. Parfois il parle de recherche scientifique ou expérimentale, pour préciser. Très souvent, il s’agit de la recherche scientifique en général. Cependant on serait dans l’erreur si l’on identifiait purement et simplement la Recherche avec la recherche scientifique au sens strict. Si Teilhard donne un tour absolu au concept, c’est qu’il entend bien déborder le cadre restreint de la science dite expérimentale. Mais s’il privilégie la recherche scientifique, c’est toute recherche qu’il vise aussi bien philosophique, théologique qu’artistique.
Ceci amène à une première approche du concept teilhardien de recherche. La Recherche c’est avant tout la passion de connaître et de trouver. En elle s’exprime la volonté humaine de maîtriser le monde, de le posséder. Sous cet aspect, elle est vieille comme l’homme lui-même. Dans la mesure où il réfléchit, l’homme prend conscience de soi, et en même temps il prend conscience de son épanouissement. Savoir pour pouvoir, pour être plus. Accédant à la conscience réfléchie et, par voie de conséquence, à la liberté, l’homme est en quête de son être. Il a brisé le cercle fermé de l’instinct. Il doit s’inventer lui-même. L’homme pourrait-on dire, c’est l’animal non seulement qui réfléchit, mais qui cherche. Au cours de son histoire, il a trouvé, il a progressé parce qu’il a cherché. Qui cherche, trouve ! C’était déjà dans l’Évangile. La Recherche, nous dit Teilhard dans le Groupe Zoologique Humain (1949), est « la forme native et naturelle revêtue par l’Énergie humaine à l’instant critique de la libération ». L’homme qui ne cherche pas, est un sous-homme ; c’est en quelque sorte quelqu’un qui fait la grève de la vie : « Pour l’humanité devenue consciente de son isolement dans le Cosmos, et menacée de dangers collectifs, il faudra : ou trouver, ou mourir » (dans Mon univers ). Dans son journal de guerre, à la date du 5 janv. 1919, il écrit ces lignes rapportées par Mgr de Solages : « Je ne saurai parler qu’à ceux qui cherchent… Et pour leur dire de chercher davantage ». Tout Teilhard est là !
S’il donne tant d’importance à la recherche humaine, c’est qu’il a vu dans l’homme le couronnement d’un processus fondamental, celui-là même qui préside au progrès de l’Évolution : la complexification de la matière par tâtonnements, par jeu des grands nombres, c’est-à-dire : « Tout essayer pour tout trouver ». Dans le paragraphe intitulé Accroissement de l’Énergie libre et intensi¬fication de la Recherche, nous lisons : “ À un degré très général, on peut (et même on doit) dire que la Recherche — celle-ci étant définie comme un effort tâtonnant pour découvrir sans cesse de meilleurs arrangements biologiques — représente une des propriétés fondamentales de la matière vivante. Prise maintenant plus strictement, à son sens habituel de tâtonnement réfléchi, la Recherche, encore, est nécessairement aussi vieille que l’éveil de la Pensée sur la Terre. Et cependant, considérée dans la plénitude généralisée et consciente de ses opérations, la Recherche (il est essentiel de s’en rendre compte) correspond à un développement tout à fait récent et extrêmement significatif de l’Hominisation… ». En d’autres termes, la Recherche dans tous les domaines est l’élément caractéristique du phéno¬mè¬ne humain à notre époque. Nous sommes entrés, nous dit-il, dans « l’Âge de la Recher¬che ». Voici une définition, la plus belle, je pense, de la Recherche. Je l’emprunte à l’Esprit de la Terre (1931) : c’est « l’assaut donné aux mystères du Monde » (on n’est pas très loin de la mystique) : « La Recherche a pu longtemps passer parmi les hommes pour un accessoire, une bizarrerie ou un danger. Le moment est venu, proche, où nous nous apercevrons qu’elle est la plus haute des fonctions humaines, absorbant en soi l’esprit de la guerre, et resplendissant de l’éclat des Religions. Faire constamment pression sur toute la surface du Réel, n’est-ce pas le geste par excellence de la fidélité à l’être, — et donc de l’Adoration ? » Dans Le Phénomène Humain, il reprend la même idée : « … Le rêve dont se nourrit obscurément la Recherche humaine, c’est, au fond, de parvenir à maîtriser, par delà toutes affinités atomiques ou moléculaires. L’Énergie de fond dont toutes les autres énergies ne sont que les servantes : saisir, réunis tous ensemble, la barre du Monde, en mettant la main sur le Ressort même de l’Évolution ».
Si nous voulons que l’hominisation poursuive sa marche en avant, la Recherche doit être l’activité humaine de pointe. L’Humanité est non seulement la flèche de l’axe évolutif, elle est l’Évolution prenant conscience d’elle-même, qui plus est, l’Évolution en l’homme s’auréole de liberté. L’Évolution est devenu anto-évolution. En d’autres termes, l’humanité prend en charge l’Évo¬lution du Monde. Cette prise en charge, cette mise en œuvre de dimension cosmique, où l’Homme jette dans la balance le meilleur de lui-même, c’est ce que Teilhard appelle La Recherche (avec une majuscule). On comprend dès lors qu’elle revête un aspect religieux, mystique…
On n’oubliera pas enfin la violente polémique de Teilhard, à la fin de son Phénomène humain, contre l’insuffisance de la recherche. « Tout essayer », voilà le programme . La Recherche, c’est le devoir sacré par excellence.. Ne pas chercher, c’est reculer sur la voie de l’hominisation ; c’est en quelque sorte se déshumaniser. Malheur à celui qui ne cherche pas ! Il croit avoir trouvé. Erreur ! La découverte ultime est encore à venir. Nous n’avons pas encore découvert notre Amérique, car elle est au terme de la pérégrination humaine au point de convergence en Oméga. En conséquence, la Recherche a toujours une dimension eschato¬logique. « … Pour quiconque admet que la tâche de la science n’est pas uniquement de reconstituer ce qui fut ou de déchiffrer ce qui est, mais qu’elle consiste surtout à anticiper, à partir du passé et du présent, sur les formes de l’avenir, alors la question finale se pose… ». C’est pourquoi les chercheurs ont toujours paru des rêveurs, des utopistes, comme les mystiques. Mais pourtant, ce sont eux qui ont raison. Nous ne pouvons pas nous satisfaire de ce que nous voyons et de ce que nous sommes. Notre être, notre vérité. La Vérité, l’Être sont en avant de nous.
Voici encore un beau texte évoquant le « mystère de la matière talonnant l’esprit » : « La passion désintéressée de la Recherche » implique « une espérance en un futur sans bornes ». Et Teilhard de conclure que ce sont là « les deux caractères essentiels d’une religion » (la Mystique de la Science). Et cet extrait de Note sur le Progrès (1920) : « Être plus, c’est d’abord savoir plus . Ainsi s’explique la mystérieuse attirance qui, et en dépit des déceptions subies et des condamnations a priori, ramène invinciblement les hommes à la science comme à la source de la Vie. Plus fort que tous les échecs, et tous les raisonnements, nous portons en nous l’instinct que, pour être fidèles à l’existence, il faut savoir, savoir toujours plus, et pour cela chercher, chercher toujours davantage, nous ne savons pas exactement quoi, mais Quelque Chose qui, sûrement, un jour ou l’autre, pour ceux qui auront sondé le Réel jusqu’au bout, apparaîtra » .
Conclusion : La Mystique de la Recherche
Quand on va au fond des choses, aux « racines naturelles et cosmiques » du sentiment mystique et de la passion de la Recherche, on s’aperçoit que les deux attitudes ne sont pas sans analogie. Les notations précédentes l’auront, je l’espère, suffisamment montré. La mystique est une recherche, la recherche de l’Absolu, d’un Absolu supra-personnel et personnalisant. Et la Recherche est une mystique par l’élan quasi religieux qui pousse le chercheur à pénétrer et finalement à posséder les mystères de la Matière. « La vibration scientifique et la vibration mystique ne font qu’une seule lumière ». Teilhard écrivit cela à son Provincial, le P. Costa de Beauregard, le 7 janvier 1926. Dans une lettre à son ami Gaudefroy, il dit également : « Pour moi, recherche scientifique et effort mystique ne font qu’une seule puissance complexe, qui demande irrésistiblement à se propager ». Et dans Le Phénomène Humain : « Il y a moins de différence qu’on ne pense entre Recherche et Adoration ».
Tout ceci explique pourquoi Teilhard emploie des termes du vocabulaire religieux pour parler de la Science : « Le besoin sacré de savoir »; « La Religion de la Science »; « La valeur religieuse de la Recherche »… On ne sera donc pas étonné que Teilhard mette en parallèle la montée du sens religieux avec le progrès de la Recherche (et ceci, remarquons-le, à une époque où l’on croyait dur comme fer que les deux allaient en sens inverse !). « Tant s’en faut, écrit-il dans Le goût de vivre , … que, en matière de Mystique, la flamme du savoir expérimental n’ait fait que détruire ». En quelques lignes plus loin : « L’Ère de la Religion ne fait sans doute que commencer », parce que la recherche de l’Absolu appartient à la nature humaine. C’est le moment de se rappeler qu’il avait dit également que nous venons d’entrer dans « l’Ère de la Recherche » .
Pourtant nulle contradiction, puisque, en son fond, la Recherche est d’essence religieuse, et la Religion une recherche passionnée de l’Absolu. Le mystique selon Teilhard ne peut pas se désintéresser de la conquête du Monde ; et le chercheur, s’il va jusqu’au bout de sa science (la synthèse après l’analyse), s’il va surtout jusqu’au bout de lui-même, il se trouve nécessairement confronté avec l’Absolu. Certes, il n’ira pas de lui-même aussi loin que le mystique, mais il se situe sur le même axe dynamique qui conduit l’humanité vers son point de convergence en Oméga. Le savant et le mystique vivent tous deux, au fond, d’une spiritualité d’Incarnation, avec cette différence que le mystique la vit consciemment et pleinement. C’est pourquoi, en définitive, la Mystique est le sommet de l’activité humaine, « La grande Science et le grand Art », comme l’écrivait Teilhard à son ami Breuil, le grand préhistorien . En retour, la Mystique de la Recherche s’auréole de cette grandeur, elle s’en nourrit, tout en se situant à un degré inférieur dans l’échelle des valeurs. C’est pourquoi la recherche est « une devoir sacré » y compris dans l’Eglise : « Aussi longtemps qu’elle (l’Eglise) n’aura pas énuméré, parmi les obligations essentielles du chrétien, le Devoir sacré de la Recherche, assujettisse¬ment (sous peine de péché) à prêter la main au perfectionnement spécial et temporel de la Terre, c’est en vain que ses apologètes aligneront les noms des savants glorieux qui ont prié »
Enfin une dernière citation qui sera une incitation à poursuivre chacun sa propre recherche quelle qu’elle soit, car si elle est sincère, elle convergera finalement sur l’Unique Essentiel, l’Unique Nécessaire. La pensée teilhardienne, ce n’est pas une doctrine toute faite, une nouvelle scolastique ; c’est avant tout un exemple et un message. Et c’est pourquoi je voudrais terminer par cette phrase déjà citée plus haut qui décrit si bien l’esprit de Teilhard de Chardin :
« Je ne saurai parler qu’à ceux qui cherchent… Et pour leur dire de chercher davantage ».
Derniers ouvrages sur Teilhard par Gérard-Henry BAUDRY :
Le Credo de Teilhard, 2004, 17 €.
Teilhard de Chardin et l’Appel de l’Orient. La Convergence des religions, 2005, 17 €.
Teilhard et Chardin ou le Retour de Dieu, 2007, 18 €.
Dictionnaire Teilhard de Chardin, 2009, 15 €.
Les quatre ouvrages parus chez Aubin éditeur, Saint-Etienne.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Yvette Mollier-Giroud/Evolution de la Responsabilité dans le monde
Lundi 1 Février 2010
Le chapitre intitulé "l'évolution de la responsabilité dans le monde", extrait de "l'activation de l'énergie" a été écrit par PTDC le 5 juin 1950.
Où en est-il à ce moment là de son parcours personnel, scientifique et spirituel ?
On sait qu'il a du être hospitalisé au mois d'avril 1949 pour une pleurésie. Il se rend ensuite à Saint Germain en Laye pour sa convalescence, dans le couvent des Sœurs augustines.
PTDC est en pleine crise avec son "employeur", l'Eglise ! "Rome" l'a traité de "théologien pas sûr"! propos auquel Teilhard répond : "le christianisme est quelque chose de beaucoup plus grand que ces mesquineries" (dans un courrier du 8 février 49 adressé à Rhoda.)
Durant son repos forcé à Saint Germain en Laye, il lit "énormément de livres, faciles à lire", dont Les mains sales de JP Sartre, dont il dira à Rhoda, dans un courrier daté du 4 mai 1949 : "je n'ai pas une très bonne opinion de la philosophie de Sartre. Mais je dois dire que pour ce qui est du don de concevoir et de développer une situation dramatique (et représentative), il possède un talent de premier ordre."
Que trouve-t-on dans ce roman reconnu comme étant, en grande partie autobiographique ? Le personnage principal, Hugo, (Sartre) convaincu par son parti de tuer un individu est le prétexte à s'interroger sur l'usage de la violence dans l'action révolutionnaire. Jusqu'où aller pour défendre l'idéal d'un groupe ? doit-on renier ses propres convictions au bénéfice de celles du groupe ?
Il lit également la peste de Camus. On trouve dans ce roman, Rieux, un chef de la résistance, Cottard, un représentant des trafiquants du marché noir, Tarrou un résistant et l'évêque naturellement un représentant du Vatican. Voici donc, personnifiés, les différents groupes sociaux de la ville d'Oran.
Quels liens peux t'on tisser entre Sartre, Camus et Teilhard ?
Tous trois contemporains, nous avons deux écrivains fortement engagés dans la politique et un paléontologue à la foi débordante.
Les deux premiers vont analyser, romancer les microcosmes que représentent les instances politiques ou dirigeantes, le dernier va élargir le débat à l'ensemble de l'Humanité.
Du groupe zoologique animal doté d'un "sens de l'espèce", on va passer à une "cohésion sympathique avec les autres membres d'un même phylum".
Que représente un parti politique ? une division de l'espèce "homme" ? une "cohésion sympathique avec les autres membres d'un même phylum" ?
A cette époque, Teilhard propose d'étudier "une biologie des civilisations à la surface de la terre".
"si bien que c'est, en dernier ressort, sur la biologie des civilisations qu'il convient de nous pencher avec prédilection si nous voulons vérifier, préciser et confirmer jusque dans le détail ….. ce que la Paléontologie nous a déjà révélé, en première approximation, sur les grandes lois évolutives d'orthogenèse et de différenciation ".
Claude Lévi-Strauss, militant au sein de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) ! disait que le rapport que l’on entretient avec l’autre est tout à fait juste si l’on s’en tient à un plan “politique”, “conflictuel”. Mais le rapport à l’autre se révèle également dans la modalité de l’amour.
Mais aussi : " le nazisme est l’effet d’un déclin de la foi."
Lévi-Strauss a révolutionné l'anthropologie qui ne tenait pour responsable de l'évolution d'un enfant, que la famille, unité autonome composée d'un mari, d'une femme et de leurs enfants, et tenait pour secondaires les neveux, cousins, oncles, tantes et grands-parents. Lévi-Strauss a estimé, lui, que, les familles n'acquièrent des identités déterminées que par les relations qu'elles entretiennent les unes avec les autres. Il inverse le concept traditionnel de l'anthropologie en mettant en premier les membres secondaires de la famille et en centrant son analyse sur les relations entre les unités plutôt que sur les unités elles-mêmes.
Voilà de quoi réfléchir au pouvoir du groupe, au besoin de se rassembler.
L'homme est "pensant" ……….. la pensée lui aurait-elle fait perdre son autonomie au profit d'un besoin d'échange par la parole, par la réflexion, de manière à constituer cette noosphère nourrie de l'ensemble de la pensée humaine déjà structurée par le groupe socioculturel, déjà cloisonnée.
Où en est-il à ce moment là de son parcours personnel, scientifique et spirituel ?
On sait qu'il a du être hospitalisé au mois d'avril 1949 pour une pleurésie. Il se rend ensuite à Saint Germain en Laye pour sa convalescence, dans le couvent des Sœurs augustines.
PTDC est en pleine crise avec son "employeur", l'Eglise ! "Rome" l'a traité de "théologien pas sûr"! propos auquel Teilhard répond : "le christianisme est quelque chose de beaucoup plus grand que ces mesquineries" (dans un courrier du 8 février 49 adressé à Rhoda.)
Durant son repos forcé à Saint Germain en Laye, il lit "énormément de livres, faciles à lire", dont Les mains sales de JP Sartre, dont il dira à Rhoda, dans un courrier daté du 4 mai 1949 : "je n'ai pas une très bonne opinion de la philosophie de Sartre. Mais je dois dire que pour ce qui est du don de concevoir et de développer une situation dramatique (et représentative), il possède un talent de premier ordre."
Que trouve-t-on dans ce roman reconnu comme étant, en grande partie autobiographique ? Le personnage principal, Hugo, (Sartre) convaincu par son parti de tuer un individu est le prétexte à s'interroger sur l'usage de la violence dans l'action révolutionnaire. Jusqu'où aller pour défendre l'idéal d'un groupe ? doit-on renier ses propres convictions au bénéfice de celles du groupe ?
Il lit également la peste de Camus. On trouve dans ce roman, Rieux, un chef de la résistance, Cottard, un représentant des trafiquants du marché noir, Tarrou un résistant et l'évêque naturellement un représentant du Vatican. Voici donc, personnifiés, les différents groupes sociaux de la ville d'Oran.
Quels liens peux t'on tisser entre Sartre, Camus et Teilhard ?
Tous trois contemporains, nous avons deux écrivains fortement engagés dans la politique et un paléontologue à la foi débordante.
Les deux premiers vont analyser, romancer les microcosmes que représentent les instances politiques ou dirigeantes, le dernier va élargir le débat à l'ensemble de l'Humanité.
Du groupe zoologique animal doté d'un "sens de l'espèce", on va passer à une "cohésion sympathique avec les autres membres d'un même phylum".
Que représente un parti politique ? une division de l'espèce "homme" ? une "cohésion sympathique avec les autres membres d'un même phylum" ?
A cette époque, Teilhard propose d'étudier "une biologie des civilisations à la surface de la terre".
"si bien que c'est, en dernier ressort, sur la biologie des civilisations qu'il convient de nous pencher avec prédilection si nous voulons vérifier, préciser et confirmer jusque dans le détail ….. ce que la Paléontologie nous a déjà révélé, en première approximation, sur les grandes lois évolutives d'orthogenèse et de différenciation ".
Claude Lévi-Strauss, militant au sein de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) ! disait que le rapport que l’on entretient avec l’autre est tout à fait juste si l’on s’en tient à un plan “politique”, “conflictuel”. Mais le rapport à l’autre se révèle également dans la modalité de l’amour.
Mais aussi : " le nazisme est l’effet d’un déclin de la foi."
Lévi-Strauss a révolutionné l'anthropologie qui ne tenait pour responsable de l'évolution d'un enfant, que la famille, unité autonome composée d'un mari, d'une femme et de leurs enfants, et tenait pour secondaires les neveux, cousins, oncles, tantes et grands-parents. Lévi-Strauss a estimé, lui, que, les familles n'acquièrent des identités déterminées que par les relations qu'elles entretiennent les unes avec les autres. Il inverse le concept traditionnel de l'anthropologie en mettant en premier les membres secondaires de la famille et en centrant son analyse sur les relations entre les unités plutôt que sur les unités elles-mêmes.
Voilà de quoi réfléchir au pouvoir du groupe, au besoin de se rassembler.
L'homme est "pensant" ……….. la pensée lui aurait-elle fait perdre son autonomie au profit d'un besoin d'échange par la parole, par la réflexion, de manière à constituer cette noosphère nourrie de l'ensemble de la pensée humaine déjà structurée par le groupe socioculturel, déjà cloisonnée.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Marie-Louise Costantini/Evolution de la Responsabilité dans le monde
Lundi 1 Février 2010
Teilhard évoque une nouvelle fois l'évolution de la matière, sa vitalisation progressive liée à une complexité de plus en plus grande. L'humanité évolue en qualité - si l'on peut dire – mais aussi en quantité, d'où un phénomène de rapprochement des individus, de plus en plus important et dense.
Cette interrelation entre les habitants de la planète crée des liens entre eux, des jeux d'influence de plus en plus vite et loin, d'où la notion grandissante de notre responsabilité. On pense bien sur –c'est un peu un lieu commun – à la responsabilité d'un chef d'état qui entraîne son peuple dans une guerre dont il connaît l'absence de cause, à la responsabilité du chercheur qui, par ses travaux, permettra de détruire ou estropier une partie de l'humanité, au fanatique (politique ou religieux) qui entraîne dans sa folie un groupe d'individus. ces exemples prennent à notre époque, une importance démesurée car ils peuvent – par les moyens de communication, de transmission – s'étendre à la planète entière.
Qu'en est-il alors de "l'ultra responsabilité" dont parle Teilhard ?
Il ne s'agit pas –bien évidemment – d'une responsabilité juridique, mais ontologique. Cependant le juridique peut intervenir, c'est la loi pour tous.
Si l'individu est trop inconscient pour ignorer son semblable, ou l'environnement, la loi interviendra pour le sanctionner, mais une responsabilité imposée par la loi n'est ni vraie ni profonde. La loi est un garde fou, ce n'est pas elle qui donnera de la conscience à l'individu.
"L'homme se trouve lié à la valeur et au perfectionnement de tous les autres autour de lui" Teilhard ajoute "c'est une nécessité cosmique". Cette responsabilité vient du plus profond de l'homme, c'est une pulsion qui le projette vers l'Autre, c'est un intime commandement, fruit d'une "ultra responsabilité" qui cette fois a toute sa valeur. C'est un échange entre "l'Autre" et "moi", mouvement qui valorise les deux parties.
En écho à la phrase de Teilhard répond celle de Lévinas traduisant Hillel :
"si je ne suis pas responsable de moi, qui sera responsable de moi ? ; si je suis responsable que de moi, serai-je encore moi ?"
Cette interrelation entre les habitants de la planète crée des liens entre eux, des jeux d'influence de plus en plus vite et loin, d'où la notion grandissante de notre responsabilité. On pense bien sur –c'est un peu un lieu commun – à la responsabilité d'un chef d'état qui entraîne son peuple dans une guerre dont il connaît l'absence de cause, à la responsabilité du chercheur qui, par ses travaux, permettra de détruire ou estropier une partie de l'humanité, au fanatique (politique ou religieux) qui entraîne dans sa folie un groupe d'individus. ces exemples prennent à notre époque, une importance démesurée car ils peuvent – par les moyens de communication, de transmission – s'étendre à la planète entière.
Qu'en est-il alors de "l'ultra responsabilité" dont parle Teilhard ?
Il ne s'agit pas –bien évidemment – d'une responsabilité juridique, mais ontologique. Cependant le juridique peut intervenir, c'est la loi pour tous.
Si l'individu est trop inconscient pour ignorer son semblable, ou l'environnement, la loi interviendra pour le sanctionner, mais une responsabilité imposée par la loi n'est ni vraie ni profonde. La loi est un garde fou, ce n'est pas elle qui donnera de la conscience à l'individu.
"L'homme se trouve lié à la valeur et au perfectionnement de tous les autres autour de lui" Teilhard ajoute "c'est une nécessité cosmique". Cette responsabilité vient du plus profond de l'homme, c'est une pulsion qui le projette vers l'Autre, c'est un intime commandement, fruit d'une "ultra responsabilité" qui cette fois a toute sa valeur. C'est un échange entre "l'Autre" et "moi", mouvement qui valorise les deux parties.
En écho à la phrase de Teilhard répond celle de Lévinas traduisant Hillel :
"si je ne suis pas responsable de moi, qui sera responsable de moi ? ; si je suis responsable que de moi, serai-je encore moi ?"
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Jean-Pierre GIROUD/L'EVOLUTION de la RESPONSABILITE
Lundi 1 Février 2010
Une nouvelle fois Teilhard démontre que ses écrits sont extraordinairement d’actualité. Il me semble que le chapitre à commenter soit tout particulièrement contemporain.
Il ne sera pas de mon propos de développer à nouveau les idées magistralement émises par l’auteur sur « la convergence de l’univers et la monté de la solidarité cosmique » page:214, c’est-à-dire d’abord le micro organisme puis le monde vivant puis l’animal pensant, évolutions que d’aucuns ont déjà commentées.
Plutôt, mes réflexions viendront de l’actualité et des actions qui en ont découlé. Elles voudront être des hypothèses explicatives de schèmes de pensées de l‘auteur.
Or, en ce début d’année, la vie de notre planète terre m’apporte des exemples exceptionnels dans la dureté de leur réalisme et combien en résonance avec les écrits de Teilhard dans leur évolution originale.
Le réalisme de l‘événement:
-Le 12 janvier à 16H53 un tremblement de terre très violent à lieu en Haïti; cataclysme extraordinaire dans sa démesure, rappelons-nous : deux millions de personnes dont la maison est détruite, environ deux cent mille blessés, et aujourd’hui, un peu plus de quinze jours après le drame, on dénombre au moins cent quarante cinq mille morts…
Prise de conscience et évolution:
La force des moyens de communications fait que la nouvelle est connue quasi instantanément; diffusion de l’information presque en temps réel par la télévision et les relais satellites, les radios et, dans une moindre mesure les portables car beaucoup d’antennes relais ne fonctionnent plus.
-C’est la stupeur et l’émotion devant l’imprévisible, la fatalité, l’imparable.
-Et c’est aussi le départ de l’action : un président, et pas des moindres, fait savoir qu’il s’entoure de ses deux prédécesseurs pour affirmer la mobilisation générale dans son pays; de nombreuses nations envoient les meilleures de leurs équipes sanitaires, chirurgicales, d’encadrement, etc.
-Surenchère médiatique, déploiements, parfois pas tout à fait désintéressés, mais qu’importe, car très souvent sans aucun doute, il y a la générosité et l’aide sans compter.
-Aujourd’hui, deux semaines après le désastre, les dons affluent toujours et pour récolter encore plus d’argent, des concerts se sont et s’organisent, la reconstruction a déjà commencé. Et il en faudra beaucoup de l’argent et de la volonté pour rebâtir un pays qui est parmi les plus pauvres et en grande partie défait… plusieurs nations parmi les plus importantes demandent l’établissement d’un nouveau « plan Marshall »
-La terre est devenue un village; et pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, un site internet, dont l’adresse ne se situe pas moins qu’en Chine, en a pris le nom et d’aucun peut y faire son marché ou il trouvera tout ce qu’il cherche et sûrement plus encore…Décidément notre planète bleue est devenue bien petite.
N’est- ce pas le début de l’ultra-responsabilité généralisée dont il est parlé page 219?
Certainement oui, mais beaucoup de chemin reste à parcourir.
En effet, si je tourne la tête de côté, je vois, cela est arrivé vendredi passé, cent vingt quatre naufragés ont été « débarqués » sur une côte Corse…Pour eux et combien d’autres, continuums de rejets et de galères… etc.
Décidément, il n’est plus possible de se replier sur soi; « l’organique si on le viole, ne pardonne pas": page 221
Regarder délibérément ailleurs, ne pas vouloir affronter la réalité en face, me semble-t-il, est geste funeste et, qui plus est, inefficace car nous savons tous que la vérité dans son implacable réalité sera finalement toujours au rendez-vous, et aura le dernier mot.
Que de chemin parcouru depuis les quelques deux millions d’années des débuts de l’homo sapiens! Spasmes de lutes, guerres, dépassements sublimations d’êtres anonymes mais aussi flamboiements de figures charismatiques. L’homme évolue jour après jour de plus en plus en complexité intelligente: c’est une évidence, banale dans sa normalité mais, à regarder de plus près , criante de responsabilité obligée.
Grandeur et misère de celui qui sait, a dit le sage.
Oui certainement si cet état est violé il ne pardonnera pas et chacun sait que la réalité n‘est pas négociable.
Il ne sera pas de mon propos de développer à nouveau les idées magistralement émises par l’auteur sur « la convergence de l’univers et la monté de la solidarité cosmique » page:214, c’est-à-dire d’abord le micro organisme puis le monde vivant puis l’animal pensant, évolutions que d’aucuns ont déjà commentées.
Plutôt, mes réflexions viendront de l’actualité et des actions qui en ont découlé. Elles voudront être des hypothèses explicatives de schèmes de pensées de l‘auteur.
Or, en ce début d’année, la vie de notre planète terre m’apporte des exemples exceptionnels dans la dureté de leur réalisme et combien en résonance avec les écrits de Teilhard dans leur évolution originale.
Le réalisme de l‘événement:
-Le 12 janvier à 16H53 un tremblement de terre très violent à lieu en Haïti; cataclysme extraordinaire dans sa démesure, rappelons-nous : deux millions de personnes dont la maison est détruite, environ deux cent mille blessés, et aujourd’hui, un peu plus de quinze jours après le drame, on dénombre au moins cent quarante cinq mille morts…
Prise de conscience et évolution:
La force des moyens de communications fait que la nouvelle est connue quasi instantanément; diffusion de l’information presque en temps réel par la télévision et les relais satellites, les radios et, dans une moindre mesure les portables car beaucoup d’antennes relais ne fonctionnent plus.
-C’est la stupeur et l’émotion devant l’imprévisible, la fatalité, l’imparable.
-Et c’est aussi le départ de l’action : un président, et pas des moindres, fait savoir qu’il s’entoure de ses deux prédécesseurs pour affirmer la mobilisation générale dans son pays; de nombreuses nations envoient les meilleures de leurs équipes sanitaires, chirurgicales, d’encadrement, etc.
-Surenchère médiatique, déploiements, parfois pas tout à fait désintéressés, mais qu’importe, car très souvent sans aucun doute, il y a la générosité et l’aide sans compter.
-Aujourd’hui, deux semaines après le désastre, les dons affluent toujours et pour récolter encore plus d’argent, des concerts se sont et s’organisent, la reconstruction a déjà commencé. Et il en faudra beaucoup de l’argent et de la volonté pour rebâtir un pays qui est parmi les plus pauvres et en grande partie défait… plusieurs nations parmi les plus importantes demandent l’établissement d’un nouveau « plan Marshall »
-La terre est devenue un village; et pour ne citer qu’un exemple parmi d’autres, un site internet, dont l’adresse ne se situe pas moins qu’en Chine, en a pris le nom et d’aucun peut y faire son marché ou il trouvera tout ce qu’il cherche et sûrement plus encore…Décidément notre planète bleue est devenue bien petite.
N’est- ce pas le début de l’ultra-responsabilité généralisée dont il est parlé page 219?
Certainement oui, mais beaucoup de chemin reste à parcourir.
En effet, si je tourne la tête de côté, je vois, cela est arrivé vendredi passé, cent vingt quatre naufragés ont été « débarqués » sur une côte Corse…Pour eux et combien d’autres, continuums de rejets et de galères… etc.
Décidément, il n’est plus possible de se replier sur soi; « l’organique si on le viole, ne pardonne pas": page 221
Regarder délibérément ailleurs, ne pas vouloir affronter la réalité en face, me semble-t-il, est geste funeste et, qui plus est, inefficace car nous savons tous que la vérité dans son implacable réalité sera finalement toujours au rendez-vous, et aura le dernier mot.
Que de chemin parcouru depuis les quelques deux millions d’années des débuts de l’homo sapiens! Spasmes de lutes, guerres, dépassements sublimations d’êtres anonymes mais aussi flamboiements de figures charismatiques. L’homme évolue jour après jour de plus en plus en complexité intelligente: c’est une évidence, banale dans sa normalité mais, à regarder de plus près , criante de responsabilité obligée.
Grandeur et misère de celui qui sait, a dit le sage.
Oui certainement si cet état est violé il ne pardonnera pas et chacun sait que la réalité n‘est pas négociable.
Jean-Pierre Fressafond
Omaha-beach.fr

