teilhard de Chardin


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Parmi les trois questions fondamentales que se pose l’homme selon Emmanuel Kant, il y en a une qui introduit le problème de l’action : “ Que dois-je faire ? ”. Le grand philosophe allemand a bien compris que la question de l’action renvoie à la question essentielle : qu’est-ce que l’homme ? Et si l’homme est cet être extraordinaire — le seul parmi les animaux — qui s’interroge sur l’avenir, il faut en conclure que la question de l’agir est inséparable de celle de l’avenir. J’irais même plus loin en disant, dans la ligne de Teilhard, que l’Avenir est la condition de l’agir. Mais avant de développer cette idée, je voudrais attirer votre attention sur une constatation qui me paraît digne d’intérêt. La voici.

La philosophie moderne (depuis le XIXe s. surtout) s’est particulièrement préoccupée de ces deux points corrélatifs : l’action et l’avenir. On pourrait citer du côté français : Maurice Blondel, dont l’influence sur Teilhard ne fut pas négligeable ; et pour l’étranger, Ernst Bloch, le philosophe allemand néo-marxiste, qui a joui d’un grand prestige, il y a quelques années. L’originalité de ce dernier est précisément d’avoir analysé l’avenir comme une dimension propre de l’homme, allant même jusqu’à la qualifier d’ “ ontologique ”. Teilhard serait sans doute d’accord malgré ses réticences à s’engager sur le terrain de la métaphysique, encore qu’il l’ait fait plus d’une fois ! Ainsi au début de son essai Action et Activation (1945) : “ Dans les perspectives d’une Métaphysique de la Vision, le postulat implicitement admis était que le Réel a la propriété d’être pleinement et indéfiniment intelligible pour notre raison. Pareillement, du point de vue de l’Action, le présupposé fondamental et secret de nos démarches intellectuelles ne serait-il pas que ce même Réel doit être agissable et activant au maximum et jusqu’au bout, pour notre volonté ? Autrement dit, n’y aurait-il pas contradiction, déséquilibre ontologique dans le Monde si notre capacité de désirer et d’agir se découvrait, ne fût-ce que sur un point, supérieur aux possibilités que lui offre le milieu cosmique ? ” (IX, 221) .

Vous connaissez par ailleurs le trinome par lequel Teilhard définit les grandes orientations de la modernité : Futurisme, Universalisme, Personnalisme (IX, 188). “ Futurisme ” d’abord, donc la question de l’avenir lui paraît première…

Soyez rassurés, je ne vais pas vous entraîner dans les arcanes de la philosophie. En citant Kant, Blondel et Bloch (parmi d'autres), je voulais souligner, dès le début, combien notre problème est actuel et concerne les grandes interrogations de l’homme moderne. À mon avis, Teilhard doit être classé parmi les grands philosophes de l’action. Là, comme en d’autres domaines, il a renouvelé les perspectives, jouant un rôle de pionnier et de précurseur. Et ce n’est pas un effet du hasard si l’on trouve dans son œuvre tant de textes sur l’action et tant de textes également sur l’avenir, les deux groupes étant souvent en corrélation. Voilà pourquoi, afin d’apporter ma contribution à notre réflexion sur l’action, j’ai centré mon exposé sur le lien étroit existant entre l’agir et l’avenir.

Après l’avoir montré d’une manière générale en ce qui concerne l’homme individuel dans sa vie quotidienne (1er point), je montrerai surtout comment l’avenir conditionne les grandes orientations de l’action humaine, tant au niveau de l’homme individuel qu’à celui de l’humanité globale (2e point).

1° L’activation de l’énergie nécessite un but à atteindre, une vision d’avenir.

Comme tous les vivants, l’être humain agit sous l’effet d’excitations, de besoins, d’attraits, dans une sorte de “ plus grand effort pour survivre ” (VII, 343), mais à la différence des animaux, il peut se libérer de l’instant présent pour considérer l’objet de son action, les buts plus ou moins lointains qu’il veut atteindre (VII, 142 s.). Parce qu’il est libre, l’homme peut choisir ses objectifs. Cela veut dire que les objectifs choisis (donc situés dans l’à-venir) vont motiver son action, l’orienter et la nourrir, bref, “ déchaîner des réserves d’énergie ” (II, 357). C’est ce que Teilhard appelle “ l’activation ” (ibidem) ou parfois en forgeant un néologisme “ le principe de l’activance ” (IX, 222). Je voudrais souligner que cette activation vient de quelque chose qui n’existe pas encore ou qui n’est pas encore accessible. Quand un jeune entreprend de longues études pour devenir ingénieur ou médecin, son objectif est futur et… hypothétique, mais celui-ci va polariser son action… Si vous voulez construire une maison, vous allez constituer un plan d’épargne, puis un plan de financement, et vous organiserez votre budget familial et votre travail de façon à réaliser votre objectif… Vous avez alors la vision d’un certain avenir qui va conditionner et motiver votre action présente…

Teilhard part d’observations du sens commun pour bien souligner que toute action présente est liée à un projet futur. Bien évidemment, la plupart de nos actions quotidiennes ne concernent pas de grands projets d’avenir et par conséquent ne font pas l’objet de débats dramatiques ou d’options qui engagent vraiment l’avenir, le nôtre et ceux de nos communautés. Mais même au cœur de ces petites actions joue le principe de l’activance, et la perspective du futur n’y est pas étrangère.

Là où les enjeux prennent de l’importance, c’est lorsqu’il s’agit des choix de vie, des choix de société, des grandes options qui engagent la vie d’un individu ou le destin d’un groupe ou d’un pays tout entier. C’est en ce domaine que l’homme se réalise comme homme, c’est-à-dire comme personne libre, créatrice de son avenir. Pour Teilhard le problème de l’action se situe essentiellement à ce niveau, et c’est là qu’il devient dramatique. Cela dit, en fait, et j’y insiste, toute action humaine, dans son dynamisme profond, implique une certaine vision d’avenir. Voici ce que nous lisons, sous la plume de notre auteur, dans les Singularités de l’espèce humaine (1953) : “ … Non seulement, chez les êtres pensants, la mise en jeu de l’Énergie obéit à une gamme exceptionnellement riche de répulsion et d’attraits ; mais encore chez eux (par suite de la redoutable faculté de prévoir) nous expérimentons tous que craintes et espérances débordent le présent ou le futur immédiat, tendent à s’alimenter de plus en plus aux promesses illimitées des temps à venir. Ce qui revient à dire que dans le cas de la “ Matière hominisée ”, l’activation majeure de l’Énergie, au lieu de s’exercer seulement (comme dans le cas de la Matière simplement vitalisée) à partir de ce qui se touche et ce qui se voit, est inévitablement amenée à s’opérer aussi à partir d’une chose attendue, c’est-à-dire sous l’influence d’une foi ” (II, 357-358).

L’action exige finalement une foi en l’avenir, autrement dit une espérance “ Toute énergie consciente est, …, à base d’espoir ” (I, 257 en note).

2° Tout agir fondamental de l’homme exige une fois en un avenir absolu.

C’est par cette formule que je résumerai la position de Teilhard de Chardin. Tout le monde peut observer que les gens découragés, déprimés ou désespérés, perdent le courage d’agir avec le goût de vivre. Agir et espérer vont de pair pour l’être réfléchi. Si l’homme est poussé à agir malgré la prévision de la mort, c’est qu’il porte en lui un désir d’éternité, d’éternisation, oserais-je dire. (Voir le témoignage de Teilhard dans Comment je crois, 1934, X, 131-132). Dans ce texte l’auteur passe insensiblement du problème de l’immortalité personnelle à celui de la survie collective de l’humanité. Non pas que la perspective de la survie personnelle soit sans importance pour fonder, en dernier ressort, l’action de chacun, bien au contraire ; mais il s’y attarde moins. Cet aspect est cependant présent et, en raison de son importance, je vais brièvement l’exposer.

Action et immortalité personnelle

Voici la thèse de l’auteur dont j’expliciterai ensuite les arguments : “ Ma personnalité, c’est-à-dire le centre particulier de perceptions et d’amour que ma vie consiste à développer, voilà mon vrai trésor. Voilà, par conséquent, la seule valeur dont le prix et la conservation peuvent intéresser et justifier mon effort. Et voilà par suite la portion par excellence de mon être que ne peut laisser échapper le Centre où convergent toutes les richesses sublimées de l'Univers (Comment je crois, 1934, X, 136). Déjà en 1917 dans L’Union créatrice : “ La vie humaine courageuse, consciente, réfléchie, est impossible (c’est-à-dire renferme en soi une contradiction intrinsèque) à moins que l’Esprit (notre Esprit) ait pour lui une garantie de succès, une promesse d’avenir. Cette promesse, cette garantie qui ne sont ni dans le passé ni dans le présent, seule une Puissance maîtresse du temps et du hasard peut la faire, la donner ” (Écrits du temps de la guerre, 183).

Maintenant, les arguments : l’homme comme être réfléchi, comme conscience d’une conscience et d’une liberté, apparaît comme le sommet de l’évolution du vivant, un acquis “ irréversible ” de l’évolution. Si cet acquis — la personnalité — n’était pas un acquis irréversible, c’est-à-dire immortel, c’est tout le mouvement évolutif vers la Vie et l’Esprit qui serait absurde puisqu’il détruirait le fruit même qu’il a produit et qui est sa raison d’être.

Or mon agir, c’est moi-même : je me fais à partir de ce que je fais. Ma personnalité, c’est ce que je suis devenu par les actes successifs de mon existence. Je me suis actualisé par mes actes. Pour justifier mon effort, j’ai besoin de croire que le meilleur de moi-même et de mon action subsistera pour toujours. Ceci exige l’immortalité personnelle, car je ne peux me satisfaire de l’immortalité impersonnelle dans la mémoire collective de l’humanité.

Pour conclure ce point, voici un texte très clair de Teilhard, extrait d’une lettre à son amie Léontine Zanta : “ Sans persistance de la personne, notre travail intérieur le plus précieux deviendrait vain, nous n’aurions plus une raison suffisante d’agir, et puis la perspective de la mort serait intolérable. Le double fardeau 1° de l’action à poursuivre et 2° de la mort à affronter, ne sont admissibles, pour un être conscient (réfléchi), que si l’âme est immortelle. Ainsi, immortalité et réflexion sont nécessairement associés, non seulement par nécessité métaphysique, mais par nécessité morale. Un univers où la deuxième apparaîtrait sans la première serait, non seulement un Monde absurde, mais, ce qui est presque plus grave, un Monde odieux ” (Lettres à L. Zanta, éd. Desclée de Br., 1965, p. 134).

La perspective de la “ mort totale ” pour l’humanité briserait le ressort de l’action collective.
Si la perspective de la mort totale (= le néant au terme de l’évolution individuelle et collective) est suprêmement désactivante pour l’individu, elle l’est aussi pour l’humanité prise comme un tout. Et, à ce point de vue, elle est encore plus dramatique, puisque c’est la poursuite même de l’évolution qui est en cause. En effet, celle-ci se prolongeant en l’homme où elle prend un nouveau virage devient “ auto-évolution ”… Voici un texte de notre auteur, daté de 1947 : “ Appliquée à l’individu, l’idée de la mort totale peut, au premier abord, ne pas scandaliser. Étendue à l’Humanité globale, elle fait se cabrer notre esprit et nous donne la nausée. C’est que, plus l’Humanité prend conscience de sa durée, de son nombre, de ses possibilités, — et aussi du poids énorme qu’il lui faut soulever pour survivre — plus elle comprend que, si tout ce travail doit retourner à zéro, nous sommes des dupes ; et il n’y a plus qu’à nous révolter… ” (V, 277 s.).

Ce texte rejoindrait l’analyse de certains existentialistes si l’auteur ne repoussait pas catégoriquement la dialectique de l’absurde, précisément pour des raisons d’activance énergétique. Pour agir, c’est-à-dire finalement pour accepter de poursuivre son évolution (qui est une “ auto-évolution ”), l’humanité a besoin de savoir qu’elle pourra franchir la “ barrière de la mort ”, qu’il y a une “ issue ”, autrement dit un avenir absolu. Dans Le Phénomène humain, l’auteur pose ainsi le problème, persuadé qu’il est au cœur des préoccupations contemporaines : “ … qui peut bien nous garantir un demain ? — et sans l’assurance que ce demain existe —, pouvons-nous bien continuer à vivre, nous en qui, pour la première fois peut-être dans l’Univers, s’est éveillé le don terrible de voir en avant ? Mal de l’impasse, angoisse de se sentir enfermé… Cette fois enfin nous avons mis le doigt sur le point douloureux. Ce qui fait spécifiquement moderne le monde où nous vivons, c’est, ai-je dit, d’avoir découvert autour de lui et en lui l’Évolution. Ce qui, tout à la racine, inquiète le monde moderne, puis-je ajouter maintenant, c’est de ne pas être sûr, et de ne pas voir comment il pourrait jamais être sûr, qu’il y a une issue, — l’issue convenable —, à cette évolution. Or que doit être l’avenir, pour que nous ayons la force, ou même la joie, d’en accepter les perspectives et d’en porter le poids ? ” (I, 254).

Voici maintenant la parabole des mineurs que Teilhard aime raconter pour illustrer son propos : “ Imaginons un groupe de mineurs pris, par accident, au plus profond de la terre. N’est-il pas évident que ces rescapés ne se décideront à la peine de remonter la galerie où ils se trouvent que si, au-dessus d’eux, ils peuvent présumer l’existence : 1° d’une issue, et 2° d’une issue s’ouvrant sur du respirable et du lumineux ? — Eh bien, pareillement, à une génération (la nôtre) brusquement confrontée avec la limite supérieure, toujours plus reculée, de l’Humain, il serait inutile, je prétends, de dire de marcher, si, en avant de nous, nous pouvions soupçonner que le Monde est hermétiquement clos, ou qu’il ne débouche que sur de l’ “ Inhumain ” (ou du Sous-humain). Une Mort totale où sombrerait, pour toujours et pour tout le monde, le fruit évolutif de notre effort planétaire ; ou bien, ce qui reviendrait au même, une forme atténuée ou déformée de survie où ne passerait pas le meilleur de la vision unanimisante à laquelle l’existence nous incite à collaborer : l’une quelconque de ces deux tristes perspectives serait suffisante, à elle seule (ceci me paraît psychologiquement sûr), pour que, incurablement, s’insère dans les moelles de notre action le virus foudroyant de l’Ennui, de la Peur et du Découragement… ” (Le Phénomène chrétien, 1950, X, 240).

Ainsi la perspective de la mort totale désactive l’énergie humaine, paralyse l’activité réfléchie. En conséquence, l’agir humain pour fonctionner normalement, a besoin d’exorciser le spectre de la mort totale. Remarquons cependant que la négation de cet aspect répulsif n’est pas suffisant. Le philosophe dirait que c’est la condition nécessaire mais non suffisante à l’activation de l’énergie humaine. “ Ce n’est qu’un minimum accordé aux exigences de notre Action ”, précise notre auteur (Barrière de la Mort et Co-réflexion, 1955, VII, 426). Il faut encore un pôle attractif, positif, “ une activance maximale ”.

L’activance maximale : l’avenir absolu = ultra-personnalisant et irréversible.
L’activance maximale est assurée par la perspective d’atteindre le Point Oméga. Mais le Point Oméga, chez Teilhard, comporte, si j’ose dire, plusieurs niveaux de réalité. Son activance n'aura donc pas la même force selon les niveaux considérés. Je m’explique.

Le premier niveau correspond au premier sens d’Oméga, c’est-à-dire quand Oméga désigne le Foyer de convergence de l’évolution humaine, le point central et terminal de maturation humaine, le stade où l’humanité sera pleinement unifiée, centrée sur elle-même… Une humanité à construire, plus adulte, plus maîtresse d’elle-même, plus fraternelle, voilà le but qui peut polariser l’action des hommes et des communautés humaines, “ voilà l’issue ouverte devant nous ” (X, 108 ; I, 271 s.). Tous les humanismes modernes et contemporains se sont alimentés à cette perspective, n’ayons pas peur du mot, à cette espérance. Teilhard y voit un des moteurs naturels d’une humanité consciente de ses possibilités et de ses progrès, et voulant assumer librement son destin… Cependant, au cœur de cette espérance humaine, comme le ver dans le fruit, se cache la crainte que la personnalité humaine individuelle disparaisse dans le grand Tout impersonnel (II, 372)… Or ceci est désactivant tant que cette crainte n’est pas définitivement surmontée. La perspective d’un âge d’or en avant ne peut donc constituer l’activant suprême, car la personne humaine n’y trouve pas son compte : je ne serai plus là pour jouir de cet âge d’or à venir au terme de je ne sais combien de siècles, voire de millénaires… ! De plus, abstraction faite de ma petite personne, qui garantira la permanence, l’irréversibilité de cette humanité arrivée au bout d’elle-même ? Cette apothéose ne serait-elle qu’un magnifique feu d’artifice retombant dans le néant de la nuit cosmique ? Qui garantira que l’humanité arrivée à son point de maturation franchira le mur de la mort… ?

L’action exige donc une activance plus grande encore, à savoir qu’il y a “ une issue (…) quelque part au-delà de toute Mort ” (1950, VII, 246). Pas seulement une issue “ naturelle ” (immanente), mais une issue “ surnaturelle ” (tanscendante). Nous avons là le 2e aspect d’Oméga, le plus important aux yeux de Teilhard. “ Pour être suprêmement attrayant, Oméga doit être suprêmement présent ” (I, 300). (On pourrait multiplier les citations sur ce thème). Mais c’est là aussi que les humanistes athées ne le suivront plus. Il faudrait relire ici les pages passionnées du Phénomène humain, lorsque l’auteur analyse ce qu’il nomme “ les exigences d’avenir ” (I, 246 ss.). Je citerai seulement le dilemme qu’il pose en conclusion :
“ Ou bien la Nature est close à nos exigences d’avenir : et alors la pensée, fruit de millions d’années d’effort, étouffe mort-née, dans un Univers absurde, avortant sur lui-même ”.
“ Ou bien une ouverture existe, — de la sur-âme au-dessus de nos âmes : mais alors cette issue, pour que nous consentions à nous y engager, doit s’ouvrir sans restrictions sur des espaces psychiques que rien ne limite, dans un Univers auquel nous puissions éperdument nous fier ” (I, 258 ; VII, 49 s. ; IX, 20, 206).

Avenir absolu pour l’Humanité et immortalité des personnes, voilà les conditions d’une activance maximale. Seul un Oméga transcendant, divin, — surpra-personnel et personnalisant — peut les assurer et les garantir. Parce qu’il s’adresse au cœur, à l’intelligence et à la liberté, il “ représente une manière incontestablement supérieure de déchaîner, jusque dans ses tréfonds, notre pouvoir d’action ” (II, 373, 1954 ; IX, 230 s.).

L’énergie christique

Si l’on suit Teilhard jusque-là, jusqu’à postuler un Dieu transcendant, on comprendra que pour lui la Révélation chrétienne est “ la parole attendue ”, la réponse apportée aux espérances humaines, en ce sens qu’elle garantit une “ issue ” et une “ réussite ” du phénomène humain, au-delà de toutes espérances, dans le Royaume de Dieu. En d’autres termes — en termes d’énergétique — la Révélation du Dieu fait homme assumant l’humanité et son devenir, et la guidant jusqu’à son épanouissement plénier dans l’Amour éternel, apporte à l’homme la garantie absolue, nécessaire au déploiement final de son énergie ; elle est “ le type rêvé de l’excitant évolutif dont nous avons besoin ” (II, 371-374). Dès lors, on comprend pourquoi Teilhard parle d’ “ énergie christique ”, de “ christogénèse ”… On comprend aussi que c’est sur ce critère de l’activance qu’il voit le moyen de départager les religions : “ Tôt ou tard les âmes finiront par se donner à la religion qui les activera le plus ” (X, 272). L’avenir de la religion, c’est la religion de l’avenir… Nul doute, pour Teilhard : sur ce point le christianisme est insurpassable (VII, 406 ; XIII, 111-114).

Au fond, pour reprendre le thème de cet exposé et en donner la conclusion, je dis ceci : l’avenir n’est la condition finale de l’agir humain que s’il peut prendre le visage de l’Amour absolu, c’est-à-dire le visage de Dieu en Jésus-Christ.

Gérard-Henry BAUDRY

Derniers ouvrages de l’auteur sur Teilhard :

Le Credo de Teilhard, 2004, 17 €.
Teilhard de Chardin et l’Appel de l’Orient. La Convergence des religions, 2005, 17 €.
Teilhard et Chardin ou le Retour de Dieu, 2007, 18 €.
Dictionnaire Teilhard de Chardin, 2009, 15 €.

Les quatre ouvrages sont parus chez Aubin éditeur, Saint-Etienne.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 31 Mars 2010 à 15:36 | Commentaires (0)

Travaux des membres

"Sous une lumière blafarde
Court, danse et se tord sans raison
La Vie, impudente et criarde"
Charles Baudelaire (la fin de la journée).

Tout l'opposé –n'est-ce pas- de la pensée de Teilhard, et pourtant, si nous sommes honnêtes, reconnaissons que, parfois, ce genre de sentiment nous envahit. Où est alors cet "élan vital", cette "froide et primordiale détermination à survivre", cette "énergie d'évolution universelle" ?. Pour ne pas désespérer tout à fait et durablement, il faut parier. Parier Teilhard contre Baudelaire.

Que nous explique Teilhard dans ce texte, "le goût de vivre" ?. La matière se complexifie, au cours d'un processus d'auto-arrangement, qui aboutit à un état plus compliqué organiquement et psychiquement. Pour les êtres inanimés –et les animaux- cet instinct de vie irréfléchi, c'est une force aveugle ; encore que certaines espèces –les souris, je crois- savent réguler les naissances en période de crise, de disette par exemple. Ce cas n'est sûrement pas isolé; il serait intéressant d'en trouver d'autres, de les étudier, ce qui montrerait que même chez les animaux l'instinct de vie n'est pas complètement irréfléchi, spontané, mais une question apparaîtrait : qu'est-ce qui commande ces réactions animales ?
Mais revenons à ce qui se passe au niveau Humain. Ce "goût de vivre", toujours selon Teilhard, "commande et dirige l'univers". Cependant, il est fragile ; il est devenu conscient –d'où cette fragilité – et donc sujet à des variations, voire même un amenuisement. Englué dans un monde qu'il juge "froid, aveugle, et hermétiquement clos", l'Homme peut, à l'extrême limite, perdre le "goût de l'Evolution".
Pourtant, on peut remarquer que dans les pires moments de son histoire, l'Humanité a continué de se reproduire, vaille que vaille, mais il s'agit là d'une réaction purement instinctive.
Teilhard imagine un point extrême de rupture. Il se pose alors la question : " comment maintenir en l'Homme la source de son élan vital" ? Deux possibilités : par des drogues, des excitants en tout genre, ce qui n'est pas une solution ; ou bien par un travail sur soi, dégager les raisons de vivre, et, comme le dit Nietzsche "faire sortir du désespoir le plus profond l'espoir le plus invincible".
Dans un autre texte, Teilhard ne voit que deux possibilités pour l'Homme : le suicide ou l'adoration de Dieu.
La seule issue, pour continuer à vivre, c'est l'adhésion à un idéal. Cet idéal peut prendre des formes multiples : idéal esthétique, idéal social ou altruiste, idéal divin. Entre les deux possibilités évoquées –le suicide ou l'adoration de Dieu – s'en trouverait une troisième : l'Autre, mon Prochain, ce ne serait d'ailleurs qu'une étape intermédiaire : l'Autre menant au Divin.
Le ressort vital est –semble-t-il – l'intérêt que l'on porte au Monde, appréhendé dans son sens le plus large ; Le Monde, c'est l'Art, c'est la Société, c'est l'Autre dont je suis responsable – et cette responsabilité me donne fortement le goût de vivre -, c'est une croyance à ce qui me dépasse, croyance à laquelle je peux adhérer sans être inféodée à un système ecclésial, quel qu'il soit.
Dans cette optique, qui se veut lucide sans être béate, il semble que le pari initial soit gagné.



Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 29 Mars 2010 à 09:33 | Commentaires (0)


Sourire d’un enfant;
Sur son visage peut se résumer toute la schématique du goût de vivre; livre ouvert dont le prologue est inscrit et il attent, dynamique que des écritures et des graphismes s‘inscrivent; tous les futures sont possibles déjà, ils le resteront, richesse et aussi responsabilité, jusqu’au dernier souffle.
Puis, les états physiques, psychiques…suite aux aléas de la vie, constellent, voilent souvent la perception commune des moments; alors, les valeurs considérées réelles deviennent relatives et sont appréhendées en conséquence; je ne vois alors que ce que je peux voir. La vie n’est pas un long fleuve tranquille, chacun le sait Pierre Teilhard aussi et il nous en fourni de multiples exemples.
Cependant, au lieu de s’enfermer dans un schéma statique et qui alors par obligation et par nature irait immanquablement vers la sclérose, l’amoindrissement, le désespoir et le néant, l’homme sait, parce que l’Evolution même le démontre et le fait savoir à chaque instant, que monte constamment la complexité et la conscience;
Vouloir profond de chacun poussé à « super-vivre »( page 239).

1 L’Energie d’évolution universelle, dynamique première du goût de vivre.

Il serait certainement fastidieux de revenir sur l’évolution de la matière maintenant constatée comme évidente;
La science découvre chaque jour les molécules, les cellules, les vivants et jusqu’aux formes les plus aboutis,
L’évolution est présente dans les arrangements, les complexifications dans l’espace et le temps,
Les états deviennent de plus en plus compliqués physico-chimiquement, plus intériorisés psychiquement;
L’homme, aboutissement actuel de l’évolution; nature finie d’aujourd’hui mais non statique ou arrêtée car il est suite des avants, et en marche sur son axe principal de Complexité-conscience(page 243).

2 L’Energie ou goût de vivre, évolution ou bien stagnation et régression.

P.T. dit s’étonner que personne ne songe, dans notre monde si modernisé, à surveiller le goût de vivre, son intensité, son débit pour le faire évoluer, l’augmenter éventuellement, alors qu’on s’inquiète, et qu’on travaille sur les ressources énergétiques.
Et si nous perdions le goût de l’évolution, dit-il ?
Comment ouvrir toujours plus large, au fond de l’homme, la source de son élan vital? (page 245).
Il y a une quinzaine de jours environ sur un forum de discussion (*), une personne s’étonnait de l’égoïsme qu’elle voyait autour d’elle, et elle se disait pessimiste face à ses semblables; une autre ne pouvait pas comprendre la nullité de certains décideurs pour l’art en général…etc. arrivait donc la disparition de la beauté…
N’y a-t-il pas là en germe perte du goût de vivre ? (cependant la critique est parfois constructive…)

Opérer psychiquement sur notre foyer conscience pour dégager et exalter en nous des Raisons et des Attraits, propose le père, pour super-vivre.
Et comment cela ?
Prendre les moyens pour faire vivre pleinement l’organique, (n’est-il pas la base de l’édifice sans lequel rien ne peut commencer ?), et ensuite miser entièrement même peut-être jusqu’à l’incompréhension, sur la Cosmogénèse dont je fais parti en même temps que les autres, tous les autres.
Il appelle çà la Foi. Savoir que nous ne sommes pas emprisonnés dit-il encore.
Savoir qu’il y a une issue, et de l’air, et de la lumière, et de l’amour, quelque part, au-delà de toute mort.
Comme nous sommes loin de ce passage du livre du Phénomène Humain ou l’on voit l’homme, suite de l’évolution, arriver sans bruit…Et pourtant comme tout cela est cohérent; les micro-organismes, …les êtres vivants, puis ceux supérieurs, puis les hominidés, puis,…puis…toujours plus l’évolution de la terre et aussi et avec, celle de l’Esprit.

3 Goût de vivre, opération vitale confiée aux Religions.

L’ouverture sur les Religions.
Encore la cosmogénèse, suite naturelle de l’évolution, tous nos frères humains sont partie prenante; en même temps, loin de rejeter les anciens dogmes aller de l’avant;
P.T: « …je crois passionnément en la présence d’une sève circulant sous la vieille écorce, sève dont j’ai un réel besoin et que je ne peux atteindre sans étreindre l’arbre tout entier… »(Lettre à Lucile Swan)
Cependant il est vrai que la religion est trop souvent vue et certainement à juste titre comme étriquée, étroite, un costume trop séré dans un corps qui veut pleinement vivre. Une rénovation doit se faire pour avoir un nouvel espace attrayant;
Sans rejeter le passé, trouver une contemplation, une communion nouvelle avec la Source de tout élan intérieur (page 250).Enfin, le Monde dans sa plénitude et sa vérité, uni avec Soi, au-delà des différences, par l’Amour.





























Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 28 Mars 2010 à 12:39 | Commentaires (0)

Travaux des membres

La vie est tension, turbulence, mouvement créatif ininterrompu.
La vie sous toutes ses formes, de la moins évoluée à la plus évoluée, est un vrai combat qu'on
le veuille ou non. Seules les "armes" changent, de la plus grossière, l'instinct pur à la plus
sublimée, l'amour.
Il n'y a qu’à observer avec lucidité un nouveau-né lors de sa naissance, un brin d'herbe
poussant à travers l'asphalte pour réaliser que toute vie est lutte et combat.
C'est pourquoi l'expression " Goût de vivre" employé par Teilhard de Chardin me semble
beaucoup trop fade, trop passive pour exprimer la force impétueuse de notre élan vital, du
désir, de la joie de vivre, du bonheur d’être.

La capacité de résilience, cette capacité à nous relever après avoir chuter, comment peut-elle
être illustrée simplement par la formule « le goût de vivre » !
Teilhard de Chardin entend par « goût de vivre » une disposition psychique, intellectuelle et
affective. Oui bien sûr, mais il ajoute une disposition dynamique, constructive et aventureuse
qui cache une primordiale détermination à survivre.
On est loin d'un phénomène récréatif ! Cette force, cette énergie qui animent la moindre de
nos cellules est une énergie d'évolution universelle qui doit être alimentée au sens propre
comme au sens figuré par un attrait plus ou moins inné, plus ou moins conscient pour le
créateur de l’Univers.
Là intervient, au plus haut niveau du vivant, la notion de foi.
Sous la pression d'un sens obstiné de la conservation et de la survie, une évolution de type
Darwinien a permis la sélection progressive chez le vivant du plus apte grâce au phénomène
de complexité-centréité-conscience décrit par Teilhard de Chardin, processus d’auto-
arrangement de la matière.
Le désir de vivre authentique et spontané n'est pas du domaine du rationnel, de l'intellectuel
ou du psychologique. Il ne se décide pas. Il est inscrit dès le départ au plus profond de nous !
C'est du pur sensitif que l'on ressent au niveau thoracique, au niveau du plexus solaire, (ce
terme n’est pas innocent), lorsque par exemple notre vie est en jeu ou lorsque nous baignons
dans le bonheur d’être !
Ce sensitif n'est pas seulement tributaire d'un psychisme élevé mais bien plutôt d'une capacité
et d’une qualité de sensibilité perceptive et réceptive.
Plus la sensibilité est grande et plus la capacité à vivre est grande mais ceci reste
bien sûr très fragile car l'on peut également avoir des effets inverses, des effets inhibiteurs et
de sidération.
Un psychisme élevé n'est pas le seul garant de notre désir de vivre, loin s’en faut !
Regardons jouer entre eux les jeunes animaux, observons les dauphins jouant gratuitement à
créer des bulles d'eau qu'ils s'amusent ensuite à traverser.(cf Jean Staune dans « Au delà de
Darwin »)
Le jeu, forme subtile de combat, est une des expressions du désir de vivre.
Un psychisme évolué accompagné trop souvent de sensiblerie est facilement pollué par des
jugements de valeurs, de la culpabilité, des passions discordantes qui vont modifier, comme
l’écrit Teilhard de Chardin, le débit de ce goût de vivre.
Teilhard de Chardin a pleinement raison lorsqu'il constate que l'homme se consacre de
manière exclusive à la résolution des différents maux qui nous accablent mais se soucie fort
peu du maintien du bon état physique, psychique et moral du vivant sous toutes ses formes.
Le désir de vivre est un combat, alimenté partiellement par un vouloir, une volonté, une force
morale qui n'est autre que l’expression d’une force de vie.

On accepte de combattre parce que l’on espère gagner !
L’absence du vouloir aboutit au phénomène de dépression, de vide au sens éthymologique
que l'on traite habituellement par chimie ou psychothérapie sans grand succès réel.
Quelles sont alors les solutions ?
Dans notre monde actuel, espérance et foi en un sens de notre vie, en une issue positive de
l'univers sont indispensables à notre évolution convergente vers le point oméga.
Cette notion de valeur positive est capitale au sein de notre fonctionnement.
En effet que faisons nous tous les jours et dans tous les domaines ?
Lutter contre, combattre le négatif en nous et en dehors de nous, alors qu'il nous faudrait
consacrer toutes nos forces à créer et développer le positif toujours et partout !
Faire naître la Lumière pour dissoudre les Ténèbres et non s’attaquer aux Ténèbres
directement !

Vivre, c’est créer, créer tout, partout et tout le temps !
Se créer et se créant, créer le monde et le rendre plus beau.
N’est ce point là une aspiration suffisante à alimenter notre « goût de vivre » !
Transmettre le désir de vivre était le rôle attendu des religions et des courants philosophiques.
La science, elle, a cru naïvement remplacer la religion. Echec retentissant !
Aujourd'hui, pour faire taire le théisme insatisfait de l'Humanité, les religions doivent évoluer
et se réactualiser avec les nouvelles données scientifico –religieuses nous dit Teilhard de
Chardin. Il leur faut éliminer tout anthropomorphisme réducteur et infantile, refusé
aujourd'hui par une majorité et responsable de la désaffectation des lieux de culte, assurer une
autonomie spirituelle à chacun et faciliter une convergence œcuménique des religions mais
aussi conserver aux grandes religions les expériences de contacts avec un ineffable suprême.
Les hommes ont « besoin d’adorer » je cite Teilhard de Chardin !

La foi, attribut spécifiquement humain, est l'attitude de celui qui ne sait pas exactement où il
va mais qui y va quand même.
Foi en l’Amour, en la grâce et en un principe supérieur.
La foi guidée par l’espérance est le seul remède efficace à la peur, au vide, au néant, au froid,
à la dépression !
Foi et désir de vivre sont alimentés par l’élément Feu, élément présent dans tous les parcours
initiatiques traditionnels.
Le Feu, la chaleur, la lumière sont les conditions indispensables à toute forme de vie et à son
moteur, le désir ou le goût célébré par Teilhard de Chardin !
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 27 Mars 2010 à 13:09 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Extrait de l'activation de l'énergie



Dernièrement, une amie me parlait de sa mère en se demandant ce qui, à plus de quatre vingt dix ans, la motivait encore à se lever le matin alors qu'elle a d'énormes difficultés à marcher et ne fait presque rien de sa journée à cause de sa vue faible et de sa mémoire défaillante.
Tout le monde a dû, un jour ou l'autre, se poser la même question après avoir vu un reportage sur la vie des peuplades les plus pauvres de ce que nous appelons pudiquement le tiers monde.
Qu'est-ce qui motive les jeunes issus de ces milieux sachant que ni la culture ni le savoir faire ne sont à leur portée ?
La première phrase du texte de TDC nous mets sur la piste : "par goût de vivre … j'entends ici ….cette disposition psychique, à la fois intellectuelle et affective, en vertu de laquelle la vie …. nous paraissent, dans l'ensemble, lumineux, intéressants, savoureux".
Je laisserai de coté le terme "intellectuelle" pour ne retenir que "affective" parce que je pense que c'est là que nous allons comprendre ce qui motive la grand'mère de quatre vingt dix ans et les jeunes du tiers monde.
Je vais emprunter à TDC un passage du texte "l'éternel Féminin" extrait des "Écrits du Temps de la Guerre" pages 279 à 291 des éditions du Seuil:
"l'Homme ….pensait ne trouver près de lui qu'une compagne : et il s'aperçoit qu'en moi (l'éternel féminin) il touche la grande Force secrète, la mystérieuse Latence, venue sous cette forme pour l'entraîner."
La grande force secrète, la mystérieuse latence est le féminin.
C'est la part féminine qui est en chacun d'entre nous, hommes ou femmes.
C'est le moteur qui donne à chacun ce que TDC appelle la "primordiale détermination à survivre et à super-vivre".
De là découlent bien sûr de nombreuses motivations qui peuvent paraître éclectiques, de la survie de l'espèce humaine à l'énergie d'évolution spirituelle il y a une multitudes de pistes à étudier.
Mais rien de tout cela n'aurait subsisté sans la "force de condensation et de concentration" répandue dans le Multiple initial. (voir début du texte sur l'éternel Féminin).
"Tout dans l'Univers, se fait par union et fécondation" (idem).
Alors comment comprendre que TDC ait pu écrire en 1918 le texte précité sur l'éternel Féminin et en 1950, soit 30 années plus tard "le goût de vivre" dans lequel il semble craindre que l'Homme puisse faire un jour "la grève de la Vie" ?
En 1918, TDC sort à peine de quatre années de guerre durant lesquelles il a été confronté aux atrocités des tranchées. Il a 37 ans, âge où les fonctions vitales autant masculines que féminines sont pleinement actives. Il est sur le point de prononcer ses vœux solennels. Il a déjà compris qu'il était possible de réunir en un seul être qu'il soit homme ou femme le masculin et le féminin, il peut donc faire serment de chasteté.
En 1950, il a 67 ans …….
Pierre Boudignon écrit au sujet du prochain départ de TDC pour l'Afrique du Sud "il allait avoir soixante-dix ans et l'attrait de l'Afrique du Sud ne pouvait être celui qu'avait exercé l'Orient vingt-cinq ans auparavant …."
TDC aurait-il occulté le féminin qui est en lui ?
Au point de ne croire qu'en la "convergence générale des religions" pour redonner à l'Homme le goût de vivre ? peut-être, mais cela s'appellerait de la déformation professionnelle …..
Je préfère conclure par la dernière phrase de l'Eternel Féminin " Et à ce moment vous admirez que, dans les longs plis de mes charmes, se déroule, toujours vivante, la série des attractions successivement traversées qui, depuis les confins du Néant, ont fait accourir et se rassembler les éléments de l'Esprit, par amour."
A l'occasion de la mort de Jean Ferrat nous avons tous entendus dernièrement encore la phrase d'Aragon "la femme est l'avenir de l'homme" …….. ne nous méprenons pas, ce n'est pas la femme, c'est le féminin qui conservera à l'Homme le goût de vivre.











Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 27 Mars 2010 à 12:29 | Commentaires (0)

Travaux des membres

JP Frésafond/LE GOUT DE VIVRE

Vendredi 26 Mars 2010

Chapitre extrait du tome 7 L’ACTIVATION DE L’ENERGIE


JP Frésafond/LE GOUT DE VIVRE
1) J’adhère totalement aux développements et aux arguments de Teilhard concernant la définition et la diffusion du goût de vivre. En revanche, je regrette qu’il ne présente pas l’angoisse existentielle qui est justement à l’inverse du goût de vivre. Ces deux notions sont contraires et inséparables. Teilhard laisse entendre que l’angoisse existentielle est le « microbe » qui va pousser l’humanité vers un échec irréversible et que le seul remède contre cette maladie est l’adhésion à la religion catholique. Pourquoi pas ? Mais pourquoi pas non plus les autres religions qui, elles aussi, peuvent remplir le même office ?

A la fin de son livre Le Phénomène Humain Teilhard avait expliqué son choix de ne décrire que les éléments positifs de l’évolution et non pas le négatif afin de ne pas alourdir l’exposé. Sa position était justifiée par le fait que son livre était, selon lui, essentiellement scientifique, comme expliqué dans son prologue.

En revanche, dans son livre L’Activation de l’Energie, œuvre essentiellement philosophique, il s’imposait de développer complètement l’envers de la médaille qui est l’angoisse existentielle car elle est la cause première de cette guerre sainte que nous devons livrer pour sauver le goût de vivre.

2) Question : Alors, qu’est-ce que l’angoisse existentielle ?
D’un point de vue général c’est une crainte pour l’avenir qui induit un mal-être. Ces appréhensions sont d’ordre multiple dans l’échelle du temps : passé, présent, avenir ; elles se manifestent différemment suivant qu’elles concernent un passé mal digéré, un présent difficile et un futur effrayant en fonction des conceptions personnelles relatives à la mort et à l’au-delà. Tous ces facteurs peuvent être mélangés et c’est souvent le cas et à ces problèmes viennent s’ajouter à ceux concernant la complexité.

Pour faciliter l’étude de l’angoisse existentielle nous allons reprendre l’analyse en nous référant aux trois catégories : passé, présent, futur..

‘a) Les causes du passé comprennent l’hérédité, le milieu, l’éducation, la culture et le tempérament du sujet angoissé.

(b) Les causes du présent comprennent tous les soucis immédiats et bien réels qu’il faut surmonter à chaud, « le nez dans le guidon » sans avoir la possibilité de prendre de l’élévation pour réfléchir.

(c) Les causes du futur. Le futur est un immense point d’interrogation dont l’ombre gigantesque empêche de discerner et d’analyser rationnellement les éléments en jeu et d’en faire la synthèse. Faute de n’avoir pas fait ce travail, on conclut hâtivement que le monde est stupide et va à l’échec, qu’il n’y a pas de Dieu Tout Puissant qui nous aime, et encore moins de vie après la mort sous quelle que forme que ce soit.

Nous constatons que les partisans d’un tel bilan -et ils sont nombreux- ne sont pas réactifs à un quelconque discours religieux, philosophique ou scientifique susceptible de les faire changer d’avis, ils s’enferment dans une attitude de « semi conducteur », et ceux qui veulent les convaincre font de même. La ligne de conduite de ces inconditionnels du nihilisme consiste à profiter au maximum des joies offertes par la vie, sans se préoccuper des autres, hormis leur entourage proche. Dans cette catégorie de population on compte une majorité de gens simples, et une minorité d’intellectuels plus ou moins sincères, qui exploitent cette circonstance pour vendre leurs livres et leurs discours, et être moins seuls dans la désespérance.

Pour le visualiser, je vous invite à dessiner vous-même le graphisme que j’ai réalisé en me référant à la règle des 80/20 imaginée par le mathématicien Pareto (économiste et sociologue entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles) . 'voir pièce jointe en début d'article. La règle des 80/20 n’a jamais été trouvée en défaut, à 10% près. A mon avis, la situation est grave.

-Sur la verticale AB sont exprimés en pourcentage le QI et les motivations positifs.
-Sur l’horizontale AC est exprimée en % la proportion d’êtres humains capables de VOULOIR et de COMPRENDRE les arguments positifs (dont ceux de Teilhard) qui seraient susceptibles de les engager à se remettre en question.

-La courbe ainsi tracée part de la verticale AB au niveau 100% de potentiel positif QI/motivations et descend très rapidement au niveau 20% du même indice, et rejoint la proportion 20% de l’horizontale AC, puis la courbe tend vers zéro de l’indice QI/motivation à l’approche du 100% de l’horizontale AC.

Conclusion : 20% de la population aurait un indice QI/motivations suffisant pour enseigner aux 80% de la population, que ces questions laissent indifférents. Si encore les élites QI/motivations étaient toutes de la classe dirigeante et influente, pouvant ainsi faire bouger les choses, on pourrait espérer que les probabilités de réussite ne sont pas des illusions, mais tel n’est pas le cas. Les dirigeants (sélection oblige) font davantage partie de la classe des loups que de celle des philosophes. Aussi, la seule chance de réussite du phénomène humain est d’espérer que la courbe du graphique est en perpétuel changement, par le jeu complexe des interférences, des rétroactions et des facteurs accélérateurs de tendance qui sont en progression exponentielle à notre époque moderne de progrès techniques galopants. Ainsi, peut-on espérer que le virus du goût de vivre contaminera toute la planète.

Une des raisons qui alimente cette espérance est le fait qu’aucun sondage ne peut faire connaître les sentiments secrets d’un individu, quelle que soit la formulation de la question posée, même en sa forme la plus simple comme « notre existence a-t-elle un sens ? On ne peut pas calculer la probabilité d’une réponse parce que les éléments de la question ne font pas appel à l’intelligence seule, mais à la sensibilité spirituelle, domaine dans lequel nous éprouvons tous une pudeur extrême. La prévision de notre avenir dépend d’un coefficient inconnu.

3) Je vais aborder maintenant le thème des moyens stratégiques et logistiques à mettre en œuvre pour distribuer la « potion magique » du goût de vivre…

Dans le chapitre que nous étudions, Teilhard ne propose que l’adhésion à la Confession Catholique qui, effectivement, serait tout à fait habilitée à remplir cette mission, à condition qu’Elle modifie le fond et la forme de son message.

Actuellement, dans les pays de culture judéo-chrétienne, règne une ambiance de théisme insatisfait. D’ailleurs, pour être équitable, il serait intéressant de faire une étude comparée sur les performances respectives de toutes religions afin de résoudre le problème vital posé à notre planète. Sur cette question, j’ai l’impression que tous les cultes sont sur un pied d’égalité. Il faut donc reprendre le problème à zéro et que d’autres vecteurs puisse peut-être intervenir pour diffuser le goût de vivre.

Tous les medias, quels qu’ils soient, auraient les moyens de diffuser notre message puisque c’est leur vocation et leur métier de diffuser. Hélas, la plupart n’a pas les qualités morales et intellectuelles pour le faire car le message en cause n’est pas politicien et ce n’est pas non plus un paquet de lessive. Pour « vendre » un produit, il faut bien le connaître ainsi que son contexte. Les interrogations d’ordre métaphysique et philosophique appliquées au goût de vivre ne sont pas encore la spécialité des médias ; mais peut-être le seront-elles un jour ?

En dehors des religions et des médias on pourrait envisager l’utilisation de l’Education Nationale pour diffuser le message du goût de vivre mais sa forte connotation religieuse lui interdirait l’accès aux bancs des écoles. Il faut donc déconfessionnaliser, laïciser le message, comme d’ailleurs Teilhard le souhaitait. C’est ce que j’ai essayé de faire en créant le groupe TDC Lyon que j’anime, et j’ai réalisé de manière embryonnaire en réalisant un colloque sur le sujet à l’Université Lyon-3 en 2009.
Il faudrait que d’autres groupes fassent la même chose. Ce colloque est une réussite apparente, malheureusement nous n’avons pas abordé le problème de fond. L’Université Jean Moulin Lyon-3 a fait un pas. Il faudrait maintenant que la Faculté Catholique de Lyon fasse le second pas, honnêtement, sans occulter les aspects de la pensée de Teilhard qui motivèrent sa mise à l’écart de la catéchèse catholique. Je sais : en appuyant sur ce point on touche un endroit extrêmement sensible.

Quant à ce sujet sensible, cette déchirure intérieur de Teilhard entre le dogme et la science, j’ai du mal à comprendre l’attitude d’un homme aussi profond, intelligent, cultivé et énergique. Pour résoudre cette énigme, j’en reviens à ce que j’ai écrit dans le 2e paragraphe de ce travail : Teilhard était prisonnier de son passé. Comment pouvait-il concilier le berceau très catholique de son enfance, à la fin du 19e siècle, avec les conclusions de son expérience scientifique du début du 20e siècle, quarante ans plus tard ? Dogmes chrétiens et panthéisme de convergence sont-ils compatibles ?

Au début du 21e siècle (il faut laisser le temps aux choses) cette synthèse peut être faite, j’en suis convaincu. Mais attention, une synthèse n’est pas la juxtaposition de deux éléments ni la digestion de l’un par l’autre. Il faut trouver une formule nouvelle faisant fi du passé. Trop de sang a coulé au nom des religions et de la foi. Tous les Dieux de toutes les religions se valent puisqu’il s’agit du même Dieu.

Je sais que ma déclaration va déplaire à certains membres de l’Eglise mais qu’ils sachent que je ne l’ai pas faite par provocation mais pour recevoir, en retour, des arguments intelligents capables de nous faire avancer.
Je connais quelques prêtres et quelques jésuites qui, dans le fond d’eux-mêmes, ne sont pas opposés à mes arguments. Il faut qu’ils aient le courage d’engager un dialogue, ils ne risquent plus le bûcher mais seulement de voir s’ériger autour d’eux un mur de silence. Or, à notre époque, les murs de silence ne sont que des châteaux de cartes.

5) CONCLUSION

Diffuser le message porteur du goût de vivre est une mission primordiale planétaire, encore plus importante que celle des écologistes.
Cette mission planétaire primordiale incombe à tous les êtres humains et si chacun la prend en charge elle aidera à l’accomplissement des autres actions, qu’elles soient politiques, scientifiques, écologiques, humanitaires, etc…
Si seulement la moitié des terriens devenait sage et active, l’autre moitié ne pourrait que s’incliner.

Il ne faut pas s’affoler, l’Humanité est encore dans son enfance mais elle n’a pas le droit de gaspiller le temps, sa fin est probable dans « x » millions d’années. A chaque siècle les conditions d’action changent, il ne faut pas perdre les pédales. Comme le disait le philosophe « Dieu a besoin des hommes »


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Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 26 Mars 2010 à 16:37 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Renée Joubert/Le Phénomène humain

Mercredi 17 Mars 2010
Le père Teilhard de Chardin a cherché dans toute son œuvre à jeter un pont entre la science et la foi. De sa formation scientifique, il a gardé le goût profond de l’observation et de la réflexion. Mais il ne se contentait pas d’observer et d’enregistrer tout simplement les faits, il voulait découvrir leurs rapports mutuels et leur sens profond. Il supposait partout la présence qui provoque et dirige l’évolution de l’Homme., Dieu.


Pourquoi parler de l’homme ? Parce qu’il est la clef de l’univers et pour VOIR :


« L’histoire du monde vivant se ramène à l’élaboration d’ yeux toujours plus parfaits au sein d’un cosmos où il est possible de discerner toujours davantage…..Les premières fibres du composé humain vont se confondre pour notre regard avec l’étoffe de l’univers.»… « L’homme est une représentation en réduction de l’univers…Il commence à peine à prendre une vue scientifique de sa signification dans la physique du monde. »Il entre tout juste dans la phase de l’éveil. Il doit prendre sa place : sommet momentané de l’anthropogenèse couronnant une cosmogénèse « Je doute qu’il y ait pour l’être pensant une minute plus décisive que celle où il découvre qu’il n’est pas un élément perdu dans la solitude cosmique mais que c’est une volonté de vivre Universelle qui converge et s’hominise en lui » …


PLAN DE TRAVAIL :

-LA PREVIE

-LA VIE

-LA PENSEE

-LA PREVIE


La matière élémentaire de l’étoffe de l’univers a trois faces qui sont :

-la pluralité

-l’unité

-l’énergie



1-La pluralité :

Le substrat de l’univers est vertigineux en nombre et en petitesse.


2-l’unité :

L’unité du monde se traduit par une étonnante similitude des éléments rencontrés.

Molécules, atomes, électrons, ces minuscules entités manifestent quelque soit leur ordre de grandeur et leur nombre une parfaite identité de masse et de comportement.

Les éléments qui composent la matière sont reliés par quelque chose qui les fait solidaires : L’ENERGIE.


3-L’énergie :

Pour la science physique l’ énergie est l’expression d’une capacité d’interaction, elle a un pouvoir de liaison mais aussi une valeur de constitution.

Les corpuscules matériels peuvent se traiter comme des réservoirs passagers d’une puissance concentrée.

Pour la science, l’énergie est la forme la plus primitive de l’Etoffe universelle. L’Univers trouverait donc sa consistance et son unité finale au terme de sa décomposition. Il tiendrait donc par le bas. Au contraire Teilhard pense que la connaissance plus complète des mouvements du monde nous obligera peu à peu à découvrir que les choses ne se tiennent qu’à force de complexité, c.à.d. par en haut.


La matière totale :


L’étoffe de l’univers ne peut se déchirer. C’est une sorte d’atome gigantesque insécable.

Cosmos : -un système (multiplicité)

-Totum (unité)

-Quantum : énergie





I : Le système :


C’est l’agencement des parties de l’univers, toujours plus étonnant. L’univers tient par son ensemble.


II : Le Totum :


Les enveloppes dont la matière se compose sont foncièrement hétérogènes les unes par rapport aux autres. Tissée d’une seule pièce, l’étoffe de l’Univers forme structurellement un tout.


III : Le Quantum :


La matière ne nous paraîtrait sans bord que parce que nous n’en pouvons pas émerger. Introduisons la durée. Le monde apparaît comme une masse en cours de transformation. Le Totum et le Quantum universels tendent à s’exprimer et à se définir en cosmogénèse.


A : La figure :


Evolution de la matière : règle suivie


1-Théorie : simplicité encore irrésolue de nature lumineuse, puis brusquement, fourmillement de corpuscules élémentaires.

2-Série harmonique de corps simples : H ou Uranium.

3-Immense variété des corps composés.

4-La vie

Tous les corps dérivent d’un seul type initial corpusculaire. Historiquement l’étoffe de l’univers va se concentrant en formes toujours plus organisées de matière. Ces métamorphoses se passent uniquement au cœur et à la surface des étoiles.

Une chose est assurée c’est que la fabrication des composés matériels élevés ne peut s’opérer qu’à la faveur d’une concentration préalable de l’étoffe de l’univers en nébuleuses et en soleils.


B : Les lois numériques :


Elles permettent de mesurer la puissance colossale que met en cause toute transformation de la matière.


Lois de l’énergétique :


-premier principe : toute synthèse coûte. Tout progrès nécessite un effort et donc de la puissance.

Rien ne se construit qu’au prix d’une destruction indépendante.

-deuxième principe : il faut ajouter à la transformation physicochimique la thermodynamique (fraction d’énergie dépensée sous forme de chaleur).

Plus le quantum énergétique du monde fonctionne, plus il s’use.

L’univers matériel peut se ranger parmi les réalités qui naissent, grandissent et meurent.

La science s’est-elle donné la peine jusqu’ici de regarder le monde autrement que pas le dehors des choses ?


C : Evolution de la matière :


Aujourd’hui, on introduit une nouvelle dimension dans la physique : la durée : - temps : chaque élément des choses se prolonge aussi bien en arrière qu’en avant. Le monde est une masse en cours de transformation

TOTUM + QUANTUM COSMOGENESE

1- Simplicité de nature lumineuse.

2-Puis fourmillement de corpuscules élémentaires positifs et négatifs.

3-Série organique de corps simple.

4-Les corps composés.

5-La VIE.


Tous les corps dérivent par arrangement d’un seul type initial corpusculaire.







Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 17 Mars 2010 à 13:24 | Commentaires (0)

Travaux des membres

A côté du physique, il y a le spirituel. L'esprit est une chose diversement appréhendée :
-pour les uns, très spéciale et très haute, c'est à dire, un métaphénomène
-pour les autres, tout à fait secondaire, un épiphénomène.

Pour Teilhard, c'est le phénomène tout court, l'état supérieur de l'étoffe de l'univers.

LE PRESENT DE L'ESPRIT

Les divers corps animés sont reliés entre eux par une membrane d'autant compliquée et tenacer, qu'ils sont eux mêmes plus évolués; ainsi se constitue la noosphère.

LE PASSE DE L'ESPRIT

Si on sonde les profondeurs du passé, la conscience en remplit les avenues, elle évolue dans le temps jusqu'à ce qu'au niveau de l'homme, elle éclate en pensée réfléchie.

LA NAISSANCE DE L'ESPRIT

Au cours du temps la matière se reploie sur elle-même, elle s'intériorise et passe de l'inconscient, au conscient puis au self conscient.
Elle change d'état cosmique.

L'AVENIR DE L'ESPRIT

La conscience nait donc d'une reploiement sur soi de la matière. Ce mouvement est, irréversible, totalisant. Il développe une grandeur indéfiniment perfectible, il englobe tout l'univers.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 15 Mars 2010 à 17:23 | Commentaires (0)

Travaux des membres

JMM/Pour Y VOIR CLAIR

Dimanche 14 Mars 2010
L’Unité par détente, l’Unité par tension.

Face au tribunal de l’inquisition en 1633, Galilée est condamné et le divorce entre la foi et la raison est consommé. Paradoxe par excellence, ce sujet ne manque pas d’animer les conversations depuis plus de 350 ans, voire même d’alimenter les disputes dans les pires drames de l’humanité !
Sur ce point le Père Teilhard, et bien d’autres encore, se sont largement exprimés pour que nous puissions réunifier ces deux notions. Ceci devient même le thème principal de nos rencontres au sein de l’association, pour découvrir toute la pertinence de cet enjeu dans notre destinée. Loin de nous donc la volonté de mettre en opposition ces « deux isotopes spirituels » qui génèrent le phénomène de nos existences, mais bien plutôt d’en découvrir leurs articulations et leurs complémentarités.

Le Pape Jean-Paul II nous invitait même à cette réflexion : LA FOI ET LA RAISON sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité. C'est Dieu qui a mis au cœur de l'homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de Le connaître lui-même afin que, Le connaissant et L'aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même. »

Dans l’introduction au chapitre Pour y voir Clair » de l’œuvre de TDC , L’activation de l’énergie , l’auteur parle, je cite : des deux espèces distinctes de fidèles qui se rassemblent (vers la même croix) par deux motifs exactement inverses : les uns par excès, les autres par défaut de vitalité . Je vais donc rebondir sur cette petite note : vers la même croix.

Il y a quelques temps, m’est apparue la nécessité de trouver une grille de décryptage du monde qui m’entoure. Il m’a semblé de première importance d’accepter une approche cohérente aux phénomènes expliquables par la raison tout en respirant consciemment ce flux inexpliquable de la vie. Il m’a semblé important de discerner ce qui est du domaine de la spiritualité de celui du domaine de la raison. Cette grille, a la forme de la croix ! La réalisation de « l’Homme Universel»

Pour décrire ce symbole, je me limiterai pour l’instant à une croix à deux dimensions, avec en plus le point qui forme l’intersection, c’est à dire un ternaire : Je précise que cette approche est parfaitement personnelle, et na pas d’autre ambition que celle d’exprimer modestement ce que je crois avoir compris.
-L’axe horizontal : il représente le temps dans le monde manifesté, l’existence terrestre, Le plan immanent, l’ampleur, le MULTIPLE en quête de l’UNITÉ. Par convention, le passé est à gauche et le futur à droite dans une évolution vers l’Oméga. C’est aussi l’axe de la raison, celui de la science.
-L’axe vertical : il représente la source de vie, l’influence céleste, le Soi, le principe métaphysique, le plan transcendant, l’exaltation4. En un mot, l’UNITÉ.

L’intersection de l’axe vertical et de l’axe horizontal forment un point : celui-ci représente le présent en moi-même au niveau du cœur, centre de gravité spirituel. Il se déplace sur l’axe du temps. Il est le centre de l’être manifesté. Lié dans un monde matériel sur un plan horizontal, j’agis donc selon les lois du plan vertical qui me sont dispensées dans le cœur par un Principe qui m’aime et me dépasse. Mon esprit impose la question : pourquoi ? Ma raison impose la question : Comment ? Je n’agirai donc jamais sans lier intimement ces deux questions pour résoudre toutes ces oppositions. S'introduit ainsi dans cette présentation, une dynamique très « Teilhardienne » qui dans la suite de cet exposé, sera particulièrement importante.

Ne voyons-nous pas, dans cette représentation, le lien mystérieux qui lie l’âme au corps et à l’Esprit ?
Dans cette géométrie nous avons ainsi mis en place le moyen direct de faire coïncider deux notions pourtant apparemment contraires que sont la foi et la raison. Voici peut être un moyen de ne pas mélanger les genres, mais de les articuler de telle façon que nous ne puissions pas sombrer dans des syncrétismes, ou dans un confusionnisme. Aux personnes antagonistes, face à leurs contradictions et à leurs discutions stériles, nous pourrions poser la questions suivante : Mais sur quel plan vous exprimez-vous ? N’est ce pas un moyen pertinent de sortir du cercle vicieux des malentendus ?

L’éternité c’est le présent, puisque je touche en moi-même, à l’instant, la Source de Vie. Le temps dans l’évolution me donne accès au passé sur lequel je m’appuie, le futur que je rends possible dans « l’éternel présent » que je reçois. Le présent est un présent, un don, une grâce que nous recueillons en permanence. Dieu est actif en nous donnant et nous sommes passifs dans cette réception pour ensuite devenir actifs à notre tour dans le monde.

Citons le père Teilhard : Au fond de nous-mêmes, sans discussion possible, un intérieur apparaît....Puisque, en un point d'elle-même, l'Etoffe de l'Univers a une face interne, c'est forcément qu'elle est biface par sa structure.....Co-extensif à leur Dehors, il y a un Dedans des Choses.....La Matière originelle est quelque chose de plus que le grouillement particulaire si merveilleusement analysé par la Physique moderne.
Nous redécouvrons ainsi cette notion tant de fois exprimée et expliquée par le père Teilhard, : le dedans et le dehors des choses , les énergies tangentielles et radiales , le « Christ de l’en haut et de l’en avant.

Le père Martelet s’exprime ainsi pour expliquer l’incarnation de Dieu en la personne du Christ : C’est l’incréé qui passe au créé pour que le créé puisse atteindre sans complexe, sans peur, en tout respect et en toute liberté, l’Incréé .
Ainsi posé, il devient évident de découvrir le plan de l’Unité par la détente dans l’axe vertical, et l’Unité par tension dans l’axe horizontal. Tout deviendrait de cette manière choix, méthodes de travail personnelle pour rejoindre l’Unité, sachant qu’il y a un temps pour tout, l’un pour l’action juste, l’autre pour l’adoration et la prière. Et puis, la vie ne nous propose-t-elle pas ces deux temps que sont l’attachement puis le détachement ?

-Les jeunes plus particulièrement dans une Unité par la détente : « s’ouvrir tout grand, chercher à tout embrasser immédiatement »
-Les anciens en fin de vie, bien évidemment dans une Unité de tension : « dans la communion par la diminution » :
« Posséder Dieu en diminuant en lui : Il écarte douloureusement les fibres de mon être pour m’emporter avec Lui »


Annexe
Voici une liste non exhaustive d’expressions que l’on pourrait donner à ces deux axes non confondus si ce n’est dans le centre, le cœur, l’âme de chacun :
Foi/Raison
Métaphysique /Physique
Transcendance/Immanence
Incréé/Créé
Non Être/Être
Création/Evolution
Acte créateur/Acte Evoluteur
La chute/Le progrès
Absolu/Relatif
Dualité/Multiple
Christ Cosmique/Christ historique
Unité par tension/Unité par la détente
Esprit d’identification/Esprit d’unification
Esprit de fusion/Esprit d’amorisation
Ésprit/Matière, Corps
Saint Ésprit/Conscience réfléchie, Conscience de l’Esprit
Être total/Existence terrestre
Homme Universel/Homme individuel ou personnifié
Ultra Personnel/Personnel
État primordial (adamique)/Homme en devenir
Justice Divine/Justice humaine
États multiples de l’être/État particulier de manifestation
Perfection/Imperfection, Humilité
Ordre/Changement
Influence céleste/Sens
Infini/fini et indéfini
Éternité ou le non temps/Temps
Présent du passé au futur
Providence Hasard, hasard dirigé, aléas, contingences
Non agissant/Agissant
Exaltation Ampleur
Grande guerre sainte (sur soi)/Petite guerre sainte (dans le monde)
3 vertus théologales/4 vertus cardinales
Etc …

Bien sûr, cette présentation est manifestement réductrice d’un phénomène de nature bien inaccessible. Mais ne sommes-nous pas limités dans notre condition terrestre, et n’avons-nous pas besoin de simplicité pour accéder à une connaissance aussi difficile à saisir ?

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 14 Mars 2010 à 15:26 | Commentaires (0)

Travaux des membres

La façon dont nous respirons tout au long de notre vie influence considérablement la qualité de cette vie et le goût de vivre. Une mauvaise respiration réduit la vitalité et provoque un ralentissement du système métabolique. Une respiration trop superficielle et trop courte est source de fatigue, voire d’épuisement, et peut mener à l’anémie et à la dépression.
Une mauvaise respiration nous prive de toute notre joie de vivre.
Où est donc le problème ? Il faut généralement chercher les raisons d’une respiration incorrecte dans le domaine affectif.
Le problème peut apparaître dés l’enfance quand on ordonne brutalement à un enfant de cesser de pleurer. Il obéit alors en retenant sa respiration. Le fait de réprimer un sentiment ou une émotion provoque une tension musculaire qui met un frein à la respiration. En devenant adultes, nous sommes obligés de refouler ces émotions. On noie ses sentiments au lieu de les exprimer et le phénomène de la respiration s’en trouve inhibé. Nous nous habituons alors à une respiration limitée. La respiration est le reflet de la santé mentale.

Ce n’est donc pas pour rien que la description du Prana se trouve déjà dans les Upanishads. Prana est impliquée dans toute forme vivante et son énergie « subtile » n’est pas éloignée dans sa conception du « Chi » que l’acuponcture cherche à réguler.
Selon la philosophie du Yoga, l’air contenu dans le souffle est une manifestation du Prana dans le corps. Souffle, à nos latitudes, a donné le terme « spiritus » ou souffle vital.
Dans le yoga - Sûtra, Prânâyâma (terme de sanskrit) est la connaissance et le contrôle du Prana qui est la source d’où toute énergie provient, la substance universelle. Le Prana circulerait dans l’organisme par un réseau de canaux subtils : les nadis, semblables aux méridiens chinois. Dans le Yoga, les techniques de prânâyâma sont employées pour commander le mouvement des énergies subtiles dans le corps, ce qui produit une augmentation de vitalité chez l’adepte.

Il n’est donc pas surprenant de retrouver chez Teilhard, cette idée selon laquelle ce fameux « goût de vivre » représente une dynamique organisée de mouvement de l’Energie Universelle. Mais ce terme « goût de vivre » ne représente-t-il pas également une métaphore d’un mouvement cosmique que je me permets d’appeler « Respiration du Monde »
Il n’y a qu’à se souvenir de cet aphorisme hugolien : « Les choses de la vie sont comme les ondes océanes, elles se composent et se décomposent sans cesse ». C’est le phénomène de l’inspire – expire qui s’extrapolent à l’Universel. Ne sommes nous pas en permanence interpellés par les difficultés quotidiennes de la vie pour comprendre comment y remédier. Il y a les problèmes d’éducation, le soulagement de la misère et de la souffrance, la transmission de nos valeurs, la gestion des catastrophes, le rôle de l’éthique et celui des religions, etc…

Au bord de l’océan on peut avoir cette expérience magnifique du flux et du reflux, le déflux comme le dit le psychothérapeute lettonien Armands Brants. L’homme prend place dans cette pulsation et participe en collectif au mouvement de la Grande Impulsion Primaire.
L’océan est une belle image symbolique. Pour Brants, dans le flux, il y a passage du « JE indifférencié » à un « JE différencié ». Le flux correspond à une tension psychique : passion, volonté, colère, tristesse, etc. Le déflux montre les relations inter psychiques qui caractérisent le « Nous » ou le « JE – monde ». Il s’agit d’un lâcher prise qui procure le goût de vivre dans le sentiment de création par exemple de quelque chose de nouveau.. La Vie à chaque instant a besoin de Création.
L’harmonie cosmique n’est-elle pas dans le jeu interactif d’un ensemble de forces antagonistes : force attractive de gravitation d’une part et forces répulsives d’autre part dues aux mouvements des particules en présence. Un phénomène de diastole – systole assure l’écoulement rationnel de l’énergie et un équilibre général de notre monde toujours en mouvement et en recherche de sa finalité.

Notons d’abord que rien ne s’obtient sans la douleur naturelle de l’effort. Le couple douleur – plaisir représente une constante essentielle dans la conduite de nos vies. On est très loin du « tout avoir tout de suite » de nos sociétés à la dérive. Teilhard ne méprise pas pour autant l’usage des médicaments pour les cas les plus graves de souffrances physiques et morales. En ce qui concerne l’Ethique qui est sensée procurer aux individus des règles de conduite dans certains événements douloureux, le goût de vivre ou parfois de revivre est lié à cet éveil de conscience qui reconnaît la nécessité de savoir assumer le mieux possible ses propres responsabilités. Toute erreur ne doit pas en fin de compte culpabiliser mais procurer un tremplin pour gérer le futur le mieux possible. Pensons à ces milliers de gens qui sortent des prisons totalement dépersonnalisés et à d’autres qui ont raté leur vie sociale ou leur vie familiale.

A propos du goût de vivre, Teilhard parle de FOI et de VOLONTE. La foi établit une communication avec l’autre : Dieu ou le Prochain ou l’humanité toute entière. La volonté est cette qualité qui découle d’un désir d’établir cette communication. Il y a la foi en l’homme, en la science, en la médecine, en une transcendance. Faire confiance c’est déjà une entrée dans la joie de vivre. Teilhard pense que les religions doivent concourir à apporter le goût de vivre. Cependant Marie s’adressant à Bernadette durant la troisième apparition, lui dit ceci : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde mais dans l’autre ! ». Se pose donc en ce monde le problème du bonheur et de la souffrance.
Durant des décennies, les religions ont apporté une sorte de compensation à l’homme des pays du sud plongés dans la pauvreté. L’absence d’avoir stimule le sentiment religieux. C’est une sorte de déflux s’exprimant dans l’expérience de la misère. Quant à l’homme des pays riches du nord, il a perdu en grande partie cette attirance vers la transcendance car un voile recouvre sa conscience et phénoménologiquement parlant il ne respire qu’à peine. En fait une religion n’est ni une compensation psychique, ni une morale, ni une idéologie. C’est une respiration qui s’inscrit dans une manifestation de l’Energie vitale universelle convergente. A ce titre, nous trouvons dans les Evangiles des événements où il est question de souffrance et de guérison, une dualité incontournable. L’homme moderne a raison de vouloir vaincre toutes formes de souffrances et d’apporter une aide aux malades proche des fins dernières. Mais dans sa quête de bonheur et dans sa panique devant la mort , il a infiniment tort de vouloir évacuer toute la symbolique que la souffrance porte en elle. Jésus a souffert, a été crucifié, et la Rédemption ne saurait se réaliser sans l’Homme. En outre, l’homme moderne ne croit qu’en la guérison thérapeutique et il se voile la face lorsqu’il s’agit d’envisager la question de la mort. Il oublie que la guérison pouvait être un acte divin. Le goût de vivre ne relève pas que de circonstances terrestres favorables à notre épanouissement horizontal. Il relève aussi des liens subtils qui peuvent se tisser entre l’être humain et le Christ attracteur. Notre respiration se confond avec la respiration du monde dont la manifestation essentielle est une prise en compte de deux réalités complémentaires : chez les Asiatiques, c’est le Yin et Le Yang ; dans le christianisme, c’est le message d’espérance qui place l’être humain dans une dynamique laissant de côté les seuls plaisirs immédiats.

Teilhard fut certes un grand chercheur dans le mystère divin et dans celui de l’homme.. Il a voulu ouvrir son esprit scientifique à une théologie d’évolution.
La théologie n’est ni un catéchisme savant, ni l’instrument idéologique d’une religion, ni une métaphysique sans but. Sa fonction n’est pas de donner des certitudes aveugles mais de dévoiler la profondeur infinie des mystères de la foi. Elle cherche à se frayer, dans la rigueur d’un discours intelligible, le passage entre une foi qui se vit et une foi qui se dit. Ce passage n’est pas facile à négocier tant les choses de la foi sont intimes et ses contours fuyants. L’œuvre de la théologie, et sa grandeur, est de se saisir de la Parole de Dieu, reçue comme le témoignage du Dieu Vivant dans l’histoire, pour en faire une parole sur Dieu, une parole de Vérité. Cette prétention de la théologie est immédiatement pondérée par l’humilité scientifique conforme à son objet et à sa méthode : tout discours sur Dieu, quel qu’en soit l’origine, est nécessairement incomplet et inadéquat. C’est pourquoi la théologie est fondamentalement, en dépit de la rigueur de sa méthode, une herméneutique attentive au monde et ouverte à l’universalité des savoirs : elle est la respiration indispensable de la foi. Elle fait partie de la grande respiration du monde, celle qui procure en fin de compte la sérénité.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 13 Mars 2010 à 14:23 | Commentaires (0)