teilhard de Chardin


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Ce diagramme d’où jaillissent trois forces OX, OY, OR me fait penser au symbolisme de la Croix. Pour Teilhard , la Croix ne doit en aucun cas disparaître de l'horizon de la Foi, ni revêtir un caractère purement doloriste. Il précise :

« il est parfaitement vrai que la Croix signifie évasion hors du monde sensible et même en un sens rupture avec ce monde...
Par les derniers termes de l'Ascension où elle nous convie, elle nous force en effet à franchir un palier, un point critique par où nous perdons pied avec la Zone des Réalités sensibles...
Cet "excès" final , entrevu et accepté dès les premiers pas, jette forcément un jour, un esprit particulier sur toutes nos démarches ...
Et voilà précisément où gît la folie chrétienne au regard des "sages" qui ne veulent risquer sur un total " Au-delà" aucun des biens qu'ils ont actuellement entre les mains »
. ( Milieu Divin 118)

Au chapitre 18 de son livre : « L’avenir de l’homme » et dans le cadre de la crise religieuse moderne, Teilhard de Chardin tente d’expliquer les sources de conflit entre l’horizontalité, image de la modernité, et la verticalité, image de la foi chrétienne dans tout son absolu. Il parle de foi chrétienne rectifiée. Comme tout scientifique, il ne manque pas de recourir à un modèle mathématique dont le but est de résumer sa pensée. A son modèle je préfère celui de la roue ou celui de la rosace.
Avec le centre, le cercle et le carré, la croix est un des symboles les plus universels et les plus puissants. Son existence est attestée depuis le XVIème siècle avant J.- C. en Egypte et en Chine. Elle établit une relation avec les trois autres symboles dans certaines configurations géométriques présentes dans le patrimoine de nombreuses civilisations. Ce jeu de relations assez complexe fait de la croix le symbole le plus totalisant. Dirigée vers les quatre points cardinaux, la croix est associée à la notion d’orientation qui participe à tous les rapports de l’homme avec son environnement et les réalités cosmiques et transcendantales. Elle ouvre son centre sur l’extérieur et possède également une valeur ascensionnelle . Son pied, à l’instar des racines d’un arbre, plonge dans les enfers, alors que son sommet se dresse vers le trône de Dieu.
Dans les légendes orientales, la croix est assimilable à la symbolique du pont ou de l’échelle par le moyen duquel les âmes accèdent à Dieu. La tradition chrétienne a prodigieusement enrichi le symbole, en y représentant la passion du Sauveur et toute l’histoire du salut de l’homme. La croix symbolise le crucifié, le Christ, le Sauveur, le Verbe, la seconde personne de la Trinité. Des fêtes liturgiques et des hymnes lui sont consacrés : l’invention, l’exaltation, O Crux spes unica. La croix récapitule la création dans son aspect cosmique.

Irénée s’exprime ainsi : « Il est venu sous une forme visible vers ce qui lui appartient et il est devenu chair et il a été accroché à la croix de façon à y résumer en soi l’Univers ».

Cyrille de Jérusalem affirme que : « Dieu a ouvert ses mains sur la croix pour embrasser les limites de l’Oecumene et c’est pourquoi le Mont Golgotha est le pôle du monde ».

On retrouve aussi le symbolisme de la croix au sein de la nature. L’homme les bras étendus, par exemple. Le vol des oiseaux, le bateau et son mât et divers instruments agricoles utilisés dans le labourage de la terre, l’antenne de télévision, la croix gammée, etc…

La croix est présente dans certains thèmes bibliques. Elle est : arbre de vie (Genèse ), Sagesse ( Proverbes ), le bois de l’arche, les baguettes de Moïse qui firent jaillir l’eau, l’arbre planté au bord des eaux courantes, bois auquel est suspendu le serpent d’airain, autant de préfigurations de la croix. On doit faire remarquer la dualité qui caractérise le sens de la croix , en distinguant la croix du Christ souffrant, le gibet et la croix glorieuse, envisagée dans son sens eschatologique, celle de la parousie qui doit apparaître avant le retour du Christ.

Le mystère de la Rédemption est généralement conçu de la manière suivante :
L’homme déchu de l’état primordial et devenu esclave du péché, est « racheté » par le sang du Christ. Cette conception juridique, accessible à toute mentalité moraliste, mérite qu’on s’attarde sur le symbolisme qui permet de se délivrer des rigidités de la pensée.
Les notions de verticale et d’horizontale amènent à distinguer deux domaines
profondément différents :
 Le monde créé et l’univers visible ou mesurable qui se situe symboliquement sur un plan horizontal.
 Le monde spirituel ou surnaturel qui se situe symboliquement sur la verticale.
Le point de rencontre des deux directions orthogonales peut être considéré comme le « centre » d’un monde où s’établissent les communications entre le domaine de la manifestation et le domaine du divin.
Dans ces conditions, la spiritualité n’a rien à voir avec les seules interactions entre l’homme et les réalités terrestres, qui se situent alors sur la circonférence de la « Roue cosmique ». Elle est plutôt un « retour au centre » suivant les rayons de la roue, dont la configuration ne laisse pas sans évoquer le symbolisme évangélique de la « Porte étroite » ( Mat, VII, 13 ). Ce symbolisme est aussi celui du Cœur, qui n’est pas le siège du sentiment, mais le lieu de la manifestation du Principe Suprême, du Verbe ou du Saint – Esprit.

La dynamique de l’image réside dans le fait que le retour au centre ne peut se produire à l’initiative de la circonférence, mais par un rayonnement du centre qui atteint tous les points de la circonférence afin de les ramener au Centre vital.
La « chute » correspond en fait, à l’éloignement du Centre, à la rupture de l’unité et de l’harmonie avec le Centre et la dispersion suivant toutes les multiplicités sur la circonférence. Cette dernière constitue l’ensemble où se vit l’illusion de la séparativité.

La Rédemption est le « retour à l’Unité principielle. Citons ces affirmations évocatrices :

« Et moi quand j’aurai été élevé de la terre, j’attirerai tous les hommes à moi » ( Jean, XII, 32 )

«Nul ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » ( Jean VI, 44 )

Caïphe prophétise que Jésus devait mourir « afin de réunir en un seul corps les enfants de Dieu qui sont dispersés » ( Jean XI, 52 )

On peut enfin citer l’Epitre aux Ephésiens où l’on découvre que le désir divin est de « réunir toutes choses en Jésus- Christ »
« …étant enracinés et fondés dans la charité, vous deveniez capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, en sorte que vous soyez remplis de toute la plénitude de Dieu » ( III, 17-19 )

Il importe de bien comprendre que le double mouvement d’éloignement du centre ( la Chute ) et de retour au centre ( la Rédemption ), est tout à fait analogue aux deux phases de la respiration ou aux pulsations du cœur. Par contre, il ne peut être conçu de manière anthropologique. Il est essentiellement intemporel.
Pour reprendre un langage symbolique, disons que cette « respiration mystique » ne s’effectue pas sur la circonférence, mais le long des rayons de la roue, ce qui est conforme à la parole évangélique : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » ( Luc XVII, 20 ).
Il s’en suit que le mystère de la Croix est de caractère « extra social », donc non humain, bien que l’homme soit invité à vivre et à partager cet événement qui est à la base de toutes les réalités liées au Christianisme. La croix est souvent associée à la souffrance de l’homme qui se trouve inexorablement voué à supporter toutes les épreuves de sa vie.
D’ailleurs la forme de la croix suggère un écartèlement de la personne entre la voie de l’horizontalité et celle de la verticalité. On évoque parfois cette notion psychanalytique de « névrose chrétienne ».

En réalité, porter sa croix, signifie : tracer la croix à l’intérieur du cercle, c'est-à-dire réunir en son cœur le culte dévolu à Dieu par la foi, et le rapport avec l’humanité à travers la morale, la science et la politique, afin de tout ramener au Centre. C’est le sens de la direction OR du modèle teihardien.
Le Christianisme n’est pas qu’un humanisme universel ! En réalité la circonférence est fermée et on ne peut en sortir qu’en suivant la verticale :
« Celui qui perd sa vie la trouvera ».
En dépit du paradoxe, c’est la mort qui donne un « sens » à la vie. Elle est un accomplissement où tout ce qui a été effectué au cours de la vie est
« résumé » et « jugé ».

Dans le cadre des interrogations de Teilhard, on doit faire remarquer que la personne humaine contient, en son âme, à la fois un principe immanent et un principe transcendant qui fait que le conflit évoqué par lui est à considérer avec une grande prudence. De l’athéisme tout relatif au mysticisme le plus exalté, en passant par l’idéalisme d’un christianisme purement sociologique, il existe une myriade de comportements divers tous aussi respectables car fondés sur des expériences de vie. Il serait bon cependant de mettre l’accent sur certaines caractéristiques fondamentales du christianisme négligées par nos contemporains. Ainsi il convient d’examiner de plus près la grande question de la condition humaine à travers la souffrance dans tous ses aspects.

Dans le cadre des religions orientales, la pratique de la méditation fait qu’on applique les règles inspirées par Bouddha selon lesquelles l’homme doit échapper aux contraintes de son ego et se laisser conduire sans crispation vers un certain état de fusion avec les autres, avec l’univers tout entier. Dans cette démarche de la personne, il est largement question de s’affranchir de certaines formes de souffrances et d’acquérir une sagesse propice à l’éclosion d’un certain bonheur terrestre. Pour cette raison, on doit remarquer tout le succès rencontré en Europe par diverses philosophies d’origine extrême-orientales qui proposent une manière de conduire sa vie selon une logique satisfaisante pour des hommes soumis à tous les inconvénients de la société moderne. Le Bouddhisme, me disait un moine zen, est la plus rationnelle de toutes les religions. Il avait, en partie raison et on peut dire que la réalité de la réincarnation procède d’un raisonnement logique des plus cartésiens mais, en réalité, il s’agit là d’une hypothèse invérifiable.

Dans le cas du Christianisme, les choses ne se présentent pas sous le même aspect de bonheur immédiat, de lutte contre soi-même dans la recherche d’une perfection totalement immanente. Le problème de la souffrance, par exemple, ne peut être envisagé suivant un même schéma logique. La métaphysique orientale est une métaphysique tronquée car elle évacue l’essentiel du Mystère Chrétien et le symbolisme profond de la Croix du Christ. L’homme moderne ne saisit pas vraiment le sens qui en émane et il ne voit souvent que le côté doctrinal et dogmatique. Il n’y a qu’à ouvrir un débat sur la valeur et l’utilité des religions pour constater le vide qui sous tend une pensée démunie de repères véritables. Il est reconnu que de nos jours, la religion s’est figée dans de multiples opinions et démarches de caractère foncièrement individuel. De plus l’héritage chrétien devient de plus en plus impossible à transmettre.
La souffrance fait partie de notre condition terrestre mais reste toutefois un profond mystère. On dit d’ailleurs, pour les plantes du monde végétal, que même la fleur est associée à un processus de souffrance. Toute l’humanité est soumise à cette alternative de paix et de violence, de joie et de tristesse, de plénitude et de douleurs morales ou physiques. Tout homme est, au moins une fois dans sa vie, face à une épreuve, mais c’est souvent l’épreuve qui fortifie son être…à moins que cette épreuve ne le détruise… La souffrance reste une énigme et nous sommes devant elle des êtres souvent démunis mais libres, au moins en partie. L’échec est vécu comme un drame de sorte que la vieillesse et la mort enferment l’homme dans une situation d’angoisse qui le terrorise. Alors la vie devient un non sens et une recherche des seuls plaisirs immédiats. Même les religions ne jouent plus leur rôle de faiseuses de sens car l’être humain de notre temps ne comprend et n’admet que ce qui est “tangible” et d’ordre de l’émotionnel.

Durant son séjour ici-bas, l’homme rencontre, en de multiples occasions des états de souffrance physiques ou morales dont il ne connaît ni l’issue ni le sens. Son intelligence et sa liberté relative lui donnent souvent la possibilité de faire face à sa douleur par l’utilisation de thérapeutiques appropriées. Il existe des cas particulièrement tragiques où se trouvent en cause des contraintes morales ou religieuses qui affectent le mental et le soma de manière irréversible. L’illusion consiste à penser, en toute logique, que des circonstances plus ou moins malheureuses, peuvent conduire la personne concernée à un échec inexorable. C’est ainsi que certains vivront dans un perpétuel état d’insatisfaction pour des raisons diverses liées à un passé qui ne s’est pas très bien déroulé, à cause de soi ou à cause des autres,que sais-je? Des personnes reconnaissent : « ne pas s’aimer soi-même ! ».

La théologie chrétienne fournit une réponse à de multiples types de problèmes et s’inscrit nécessairement dans une anthropologie qui va à l’encontre des préjugés habituels.
-D’une part il n’existe aucune thérapie permettant, à tout moment, de prévenir et d’effacer définitivement la souffrance. Nous vivons à la fois avec notre liberté d’entreprendre tout ce qui nous conduira vers la guérison et avec la capacité plus ou moins grande de faire face à tout événement. Notre vie est d’une très importante complexité et une lutte permanente contre la déchéance passée, présente ou lointaine.

- D’autre part il faut bien comprendre et admettre que la souffrance de l’homme rappelle de manière mystérieuse mais inévitable les douleurs de la Crucifixion. Dans la théorie de l’évolution, on ne peut évacuer totalement l’idée que tout le vivant est soumis à l’épreuve d’un drame qui le concerne de la naissance à la mort et dont l’origine se situe dans le champ de la métaphysique. La doctrine chrétienne nous autorise cependant à faire face à toute situation insupportable mais elle n’autorise pas à en nier le sens mystique. L’homme est associé à la passion du Christ et à la Rédemption. Mais justement les Evangiles ne nous apportent pas seulement un message stoïcien, porteur des seules contraintes morales. Jésus nous parle essentiellement de souffrance mais aussi de guérison et ceci est fondamental dans la mesure où le message ne représente pas qu’une pure abstraction et un ticket de faveur pour la vie éternelle.
Je me permets de dresser un parallèle :

■ La science n’est pas seulement un ensemble d’équations mathématiques ; elle accorde une large place à l’expérience et à l’expérimentation. Cela, tout le monde le comprend et l’accepte. Nous sommes à la fois corps et esprit, filles et fils de la matière. De plus, il n’y a de science que du général, de l’universel.
■ La spiritualité chrétienne n’est pas non plus seulement un recueil de ce que certains appellent des « bondieuseries », des rites et des pratiques pour tout le moins formels ; elle accorde une large place à l’expérience et à l’œuvre de l’Esprit qui éprouve l’homme certes mais qui le guérit lorsque celui-ci se trouve en état d’abandon, de dépouillement de soi, de ce qu’on appelle la kénosis. L’œuvre de guérison peut se comprendre de différentes manières. « Dieu fait que les choses se fassent » écrit Teilhard. Il s’agit d’une bonne formulation mais elle est incomplète. Les choses vont beaucoup plus loin ; la relation de l’homme à Dieu comporte un certain travail sur soi qui entre dans le cadre d’une logique qui n’est pas la nôtre. C’est avant tout la volonté divine qui s’exprime et non la rationalité humaine. Dieu semble se manifester indirectement, incognito, mais, ce qui est difficile à faire admettre, c’est que Dieu peut se manifester directement et de manière singulière. On dira donc : il n’y a de métaphysique que du singulier et de l’improbable. Ce Dieu absent dont parlent les théologiens, ne l’est plus tout à fait ; mais le monde moderne a beaucoup de mal à intégrer le fait que la Christogenèse de Teilhard ne comporte pas qu’un aspect purement intellectuel. Cette présence authentique du Christ peut justement se traduire, soit dans une transformation psychique qui apaise l’esprit, soit par des manifestations d’ordre physique qui violent les lois naturelles. Le corps revêt autant d’importance que la psyché.

En parlant ainsi de ces choses là, nous abandonnons complètement le champ de la science pour ne retenir que le domaine le plus intime de la spiritualité. Teilhard peut avoir vécu ces expériences supra naturelles à sa manière.
Réconcilier nos civilisations déchristianisées avec les exigences de la morale chrétienne ne passe-t-il pas par une certaine révolution de la pensée et une saine conversion des âmes ? Le Christianisme, comme je l’ai entendu maintes fois, ne constitue pas en soi une religion au sens étymologique du terme, ni une philosophie, ni une culture, ni une idéologie. Il s’agit plutôt d’une Sagesse universelle qui comporte naturellement des valeurs que l’on retrouve facilement dans les spiritualités les plus antiques. Mais on ne doit pas l’enfermer dans un relativisme de circonstance qui ferait rêver tous ceux qui voudraient que ce soit Jésus et son Eglise qui s’adaptent à l’homme dans un renversement de valeurs. Cela n’est pas correct.. Mais cette révolution de la pensée que j’ai évoquée plus haut, s’adresse aussi à tous ceux qui ont pour charge de veiller à la conservation d’une pierre précieuse cachée encore dans sa gangue. Briser la coque du fruit, c’est sans doute ce que Teilhard désirait accomplir, avec les moyens dont il disposait. En fait, l’homme contemporain a atteint un étrange niveau de régression.

Nous sommes prisonniers des contingences : notre conception du monde, nos constructions intellectuelles, nos choix, nos organisations sociétales et toutes nos idées sur Dieu en fin de compte. Nous sommes limités par notre langage, par notre conscience cartésienne, par nos dialectiques qui s’affirment souvent comme l’expression de cette Vérité si lointaine. La condition humaine ne peut que nous engager à pratiquer la vertu de modestie ! Par contre les progrès de la Science et de la Recherche en général, ne dispensent pas de faire progresser les réflexions de fond sur le fait religieux et sur sa place dans le monde moderne.

Ce terme de « guérison » sur lequel j’ai volontairement insisté (et ce n’est pas là une foucade), n’est pas que la conséquence de nos recherches biologiques même si elles s’avèrent stupéfiantes ; il est aussi l’expression phénoménologique d’une réalité que Teilhard dirait cosmique. Je pense ne pas dériver en affirmant que, dans le cadre de la « Création continue », l’homme est associé dans la temporalité à tout le Mystère d’un Dieu qui s’est incarné, qui a souffert et qui a racheté chaque être humain. Il ne peut donc se soustraire à l’incertitude, à l’angoisse de la mort et à la souffrance. Par contre il possède, s’il le veut en toute liberté, la capacité d’avoir son regard tourné vers le ciel.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 30 Octobre 2011 à 19:07 | Commentaires (1)

Travaux des membres

Jean-Pierre GIROUD / APRES GALILEE

Samedi 29 Octobre 2011

L'AVENIR DE L'HOMME / EDITIONS DU SEUIL



Encore une fois, il est des synchronisations qui à tout le moins étonnent et laissent perplexe quant à la Vie de la Terre, notre Terre.
« ...l'immédiateté vitale du problème posé à notre pensée et à notre action par l'explosion d'ores et déjà pleinement déchaînée sous nos yeux de la totalisation humaine »
(page 319,L'Avenir de l'Homme)

En effet, il y a quelques jours seulement, de l'autre côté du globe, à un méridien près d'une part et à quelques degrés de latitude (sud), d'autre part; des millions de personnes ont vibré; rougeoiement en boucle. Est- ce un pléonasme d'un instant planétaire, symbiose dans le vécu d'un moment unique et extraordinaire ? Cela se passait en Nouvelle Zélande.
L'intensité dans la communion était réelle, joies et tristesses se côtoyaient; tant de gens tendus ensemble, enveloppe pensante certes, et aussi vibrante, et tout cela pacifiquement, dans l'unité (de lieu) et la fête.

Depuis quelques millions d'années où l'Homo sapiens prenait conscience de son identité, jusqu'à aujourd'hui, nul ne peut nier l'évolution...
Mais maintenant où en sommes-nous? Où allons-nous?

La socialisation planétaire réalisée cette semaine entre des millions d'humains a été une fois de plus un fait; et où cela nous mène-t-il donc?
Toujours plus, vers où? Dans quelle direction?

Avant d'aller plus loin dans des réponses, je pense qu'il est important d'approfondir un peu plus l'étude du présent et, pourquoi pas, à travers l'événement qui vient de se produire.
Prenant en support les écrits de Teilhard, la planétisation qui se réalise jour après jour, est faite de complexité;
Traduisons pour ce qui concerne la rencontre dont je parlais par:
1) de la vie par sa nature-même, avec les personnes actrices de leur devenir et derrière elles des foules importantes,
2) de la vérité car par exemple il y a des règles, l'espace est admis et respecté par tous
3) de la liberté car chaque participant avec ses qualités et ses faiblesses s'il le veut, donnera le meilleur de lui-même, se surpassera même et pourtant au départ il n'y était pas obligé...

L'enroulement psychique de la Terre sur elle-même vers un nouvel espace de complexité dont parle Teilhard passe par l'événement, l'esprit de confiance en la vie, en l'unification humaine, un nouveau sens de l'Espèce, et aussi par les actions volontaristes qui vont engendrer plus de vitalité dans la socialisation.

Et je reviens à ma question:
Pour aller dans quelle direction ? Puisque c'est un fait et que nous sommes en mouvement, embarqués...


A la lumière des deux chapitres que nous étudions, il nous est donné des clés;
Mais au préalable écoutons Teilhard faire un constat, et curieusement peut-être encore plus vrai aujourd'hui qu'au milieu du siècle dernier, sur la marche du monde.
Pour beaucoup de gens dit-il, le Dieu qui est présenté ne les satisfait pas; ils sentent qu'au lieu de les combler, ce qui est proposé les restreint, semble vouloir les étouffer, ou plus simplement, ils le voient comme désuet, datant de temps depuis longtemps révolus et dépassés.

Alors, imprégnons-nous à nouveau des deux forces de dimension planétaire dont l'évènement qui nous occupe est, je crois, un exemple magistral.

La première des deux forces (page 342), est la courbure géographique de la terre qui nous comprime, (l'information vécue, partagée planétairement au même instant par des millions de personnes) et la seconde est la puissance réflexive de la masse humaine (toujours page 342) ou son degré d'humanisation; cette dernière est concrétisée par la communion d'êtres humains unis par et dans l'action, et ce, vers un but.
Il me semble important d'insister sur la dynamique évolutive de l'action humaine, de l'avancée constante, malgré tout, de la Vie.
L'intensité toujours plus forte, intense, en direction de l'en avant.

Cette réalité incontestable doit être prise, ou reprise, en compte; l'en avant compris et intégré par l'en haut ou le transcendant.
Mais je dois être plus précis; le religieux pour être regardé et envié, doit vivre l'en avant, c'est-à-dire l'humain, la vie de la terre; l'amorisation pleinement, entièrement embrassée.

Ne dois-je pas reconsidérer des schémas vides de sens, réinventer des chemins où naîtront l'envie et le goût de l'emprunter ?
Avant la contemplation sur la montagne il y a la vie, la beauté de la Terre; certainement elle peut faire peur : ne dit-on pas qu'au feu de l'amour peut naître l'homme nouveau, mais qu'aussi peut exister l'intensité qui consume et fait mourir ? Challenge difficile mais digne d'intérêt et réel attrait.

L'homme en constante évolution donc, se propulse toujours plus en avant.
Ne peut-on pas penser que, comblé par son intelligence créatrice, il va, même inconsciemment, vers la Transcendance; un moteur nouveau qui, bien loin de vouloir se faire appeler Dieu, n'en vit pas moins la déité.
Dit autrement, la découverte dans la vérité, d'espaces qui, miracle du Temps, anobliront et combleront l'âme.

Celui qu'on ne voulait plus nommer parce que tant de « parfaits » l'avaient rendu inaccessible, sera là, Tout en chacun.
Joie de la complétude, l'humain devenu ultra-humain; destin non imposé mais naturellement parvenu à son entière évolution.




Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 29 Octobre 2011 à 14:22 | Commentaires (0)

L'avenir de l'Homme, Editions du Seuil


Dans le phénomène humain (1939-1940), Teilhard de Chardin interprète l'évolution comme une montée vers la conscience. Le monde se construit par une organisation de plus en plus complexe des éléments inertes qui s'associent pour former des atomes, puis pour agréger des atomes en molécules, des molécules en cellules et des cellules en êtres vivants de toutes catégories. En 1947, dans son chapitre intitulé « Agrégation ou Genèse », il pose la question de savoir s'il existe un axe principal d'évolution.

I – Dans l'univers matériel, la vie est le phénomène central de l'évolution

En premier lieu, il ne faut pas prendre la question de l'axe principal d'évolution de façon primaire. L'évolution ne correspond pas à une transformation de la matière sous sa forme la plus simple pour arriver à la complexité de l'homme par ajouts successifs d'éléments conduisant directement au suivant sur la chaîne de l'évolution des êtres. Prenons par exemple le comportement impressionnant de hyménoptères paralyseurs comme la guêpe ou le sphex. Ceux-ci déposent leurs œufs dans des chenilles qui resteront paralysées et immobiles assez longtemps pour servir de nourriture fraîche aux larves issues des œufs. Le Sphex pour paralyser la chenille la pique au niveau de ganglions moteurs précis. Une piqûre au niveau d'autres ganglions aurait tué la chenille qui n'aurait pu servir de nourriture fraîche nécessaire au développement des larves (observation réalisée par Favre en 1894). Ce comportement éminemment intelligent n'aurait pu être découvert par l'homme qu'au prix d'une analyse très fine ou d'expérimentations répétées pour identifier ce point précis, toutes choses dont l'insecte n'apparaît pas capable. Notre hypothèse est qu'il doit y avoir une relation spécifique entre le sphex et sa victime qui le renseigne sur la vulnérabilité de la chenille. C'est un instinct ou une intuition qui le fait agir ainsi. A l'époque d' Aristote, on croyait que la série des êtres vivants était une série unilinéaire, c'est à dire que la vie évoluait vers l'intelligence en passant par la sensibilité et l'instinct. Selon ce point de vue, la guêpe se transformerait directement de façon répétitive pour petit à petit devenir un être humain.
Un des résultats les plus clairs de la biologie moderne a été de montrer que l'évolution s'est faite selon des lignes divergentes. Comme le souligne Bergson dans « l'évolution créatrice » (p. 176, édition par Arnaud François, collection Quadrige, Presses Universitaires de France, 2009). C'est à l'extrémité de ces lignes que nous trouvons l'instinct et l'intelligence.
L'axe privilégié de l'évolution dont parle Teilhard de Chardin ne correspond donc pas à des transformations successives des êtres vivants. Si la vie est le phénomène central de l'évolution, elle s'est manifestée de multiples manières. Si tous les êtres ont un ancêtre commun, il n'y a pas de filiation directe entre eux.

II–Dans le monde organique, la réflexion humaine est le phénomène central de la vitalisation

Depuis les animaux inférieurs jusqu'à l'homme, une grande complexité est apparue. En se basant sur sur ses connaissances scientifiques en paléo-anthropologie, Teilhard de Chardin a comparé les premiers hominidés aux autres mammifères et constaté le développement et la complexification du cerveau chez les primates. Au cours du temps, la complexité mais aussi l'organisation croissante du système nerveux est apparue et la spiritualité de l'homme a émergé. De cette complexité est née la conscience. C'est en ce sens que Teilhard de Chardin apprécie la marche de l'évolution.
La pensée consiste pour une conscience à se centrer assez parfaitement sur le soi pour se saisir dans le cadre explicite d'un présent, d'un passé et d'un avenir, c'est-à-dire dans les dimensions d'un espace-temps. Avec les siècles, le niveau de conscience suivi de la pensée n'a jamais cessé de monter. « De ce point de vue, conclut Teilhard de Chardin, tout prend figure et mieux encore tout continue dans l'histoire du monde ».

III-La socialisation est le phénomène essentiel de l'hominisation

Ce n'est pas que les animaux ne sont pas capables d'organiser la vie en société pour le plus grand bien de la communauté. Le abeilles, les fourmis, les termites se partagent le travail de façon remarquable. La marmotte en est un autre exemple : les adultes surveillent les ébats de toute la colonie et spécialement des plus jeunes pendant l'été et les prévient par un cri strident lors de l'arrivée ou de la menace d'un prédateur. La colonie se charge des approvisionnements et du stockage de la nourriture qui permettra le ravitaillement pendant l'hiver entre deux périodes de sommeil. Cette organisation englobant éducation, surveillance « policière ! » et planification n'est-elle pas celle d'une société vivant en toute intelligence ?
La vie humaine parvenue au stade dé-réfléchi pourrait se disperser en unités ethniques divergentes, chacune restant isolée. Cependant il y a une issue beaucoup plus encourageante, c'est celle de la socialisation. Dans la société actuelle, le nombre des humains va croissant alors que, d'après les prévisions climatiques à moyen terme, les surfaces cultivables et vivables vont en diminuant. Cela ne manquera pas de poser des problèmes difficiles à résoudre dans l'avenir. Les foules et les masses devront trouver un modus vivendi acceptable ou bien elles s'entredéchireront. « Désormais ce ne sont plus des cellules qui s'agrègent au hasard de la sélection naturelle : ce sont des individualités zoologiques qui se montent inventivement en organismes de dimensions planétaires ». C'est ainsi que l'univers pourrait se rassembler. En effet, l'axe de l'évolution passe ensuite par la communication entre les consciences qui se regroupent. « Rien dans l'univers ne saurait résister à un nombre suffisament grand d'intelligences groupées et organisées ». Ce ne sera pas facile. L'exemple du fonctionnement difficile des organismes internationaux en est la preuve. Mais il faudra bien y arriver.

IV- L'église comme facteur ultime de rassemblement

Dans sa quatrième proposition, Teilhard de Chardin propose que l'église forme l'axe même ou le noyau de rassemblement dan la genèse de l'organisme social humain. Le chrétien peut faire un pas de plus en avant. L'idée fondamentale pour le dogme chrétien est que l'individu n'existe pleinement que dans une unification organique de tous les hommes en Dieu. L'unité humaine est rassemblée sous l'effet de la réflexion. « Le croyant peut éclairer et prolonger en christogénèse la genèse de l'univers autour de lui ». C'est ainsi que que la combinaison de l'action transcendante d'un « Dieu personnel et de la perfectibilité immanente d'un monde en progrès » pourrait faire fonctionner le moteur humain où se trouvent concentré tout l'avenir et tout l'espoir de l'évolution.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 28 Octobre 2011 à 12:53 | Commentaires (0)
Ces deux chapitres constituent une conclusion logique aux développements précédents.

Je n'ai pas l'intention de commenter les propos de Teilhard car je ne ferais que répéter les idées que j'ai déjà exprimées antérieurement.

Par contre, je reviens sur le schéma

OY
OR
OX


que je trouve intéressant et que je peux adopter pour mon compte en remplaçant toutefois R par un point d’interrogation.


 j'admets volontiers qu'il y a eu « au départ (« ? » ) une impulsion évolutive donnée par une force que TEILHARD personnalise par un dieu (YAHVE) et que je suppose plutôt de nature énergétique, quitte à l'appeler Dieu par commodité.

 Je peux également admettre la réalité de la ligne 0X qui évoque pour moi que le cosmos poursuit son évolution, y compris à travers l'Humanité, sans hasard mais par nécessité.

 La ligne 0R ou plutôt « 0? » peut aisément représenter la composante des deux directions Y et X mais finalement j'en arrive toujours à mon inévitable « point d’interrogation ».

Pour terminer : une citation du dernier livre de Marie-France GARAUD intitulé « Impostures politiques » (sept 2010 Plon) citation que je vous lis et qui n'est pas sans rapport avec les idées que nous débattons.

« Le postulat du libéralisme était de permettre la synthèse entre la liberté des individus et la cohérence des collectivités humaines. Cette synthèse devient impossible dès lors que le capitalisme introduit dans les sociétés un individualisme radical. La liberté ne lie plus les hommes, au contraire, elle les divises, les opposes, les rend étranges les uns aux autres et même adversaires. Elle détruit la finalité de destin commun dans une société, de ce « bien commun » dont la quête donne son sens, au moins terrestres, à tout collectivité humaine ».
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 27 Octobre 2011 à 14:08 | Commentaires (0)

SUJET DE TRAVAIL A PRESENTER LE 25/11/2011
CONTRACTION DE TEXTE DU CHAPITRE 19
L’AVENIR DE L’HOMME, TOME-5, Editions du SEUIL


Note de JPF : Ce chapitre, composé de quatre paragraphes, reprend dans les trois premiers des éléments déjà traités mais dont le rappel est indispensable pour la compréhension du quatrième sujet, extrêmement important, et peu traité par Teilhard : « l’âme », exemple d’atomisme de l’esprit dont l’énergie produite par le corps est un concept centré et immortel.

1- Définition physico biologique de l’humain : un super état, spécifique de la matière vivante

D’un point de vue expérimental et approximatif, l’humain représente une portion définie de matière portée à des états de complexité et de corpuscularité extrêmes, dans le but de faire émerger le jeu déterminé des centres individuels, par-dessus les effets du hasard dans le milieu des grands nombres, afin d’accéder à un état réfléchi.
Des milliers d’années avant l’homme, l’animal sentait et savait mais, chez lui, cette conscience est restée simple et directe. Plus tard, l’homme bouclant au fond de lui-même le cercle de la connaissance est le seul à savoir qu’il sait. On parle souvent de frange intellectuelle de l’instinct ou de l’intelligence animale, mais dans la mesure où le mot « intelligence » est pris dans son sens premier de psychisme réfléchi, ces expressions sont scientifiquement fausses pour autant qu’elles infirment le reploiement ponctiforme du psychisme sur lui-même.
Bien entendu, on peut considérer tous les phyla biologiques comme s’élevant chacun en direction du « réfléchi », mais ce qui saute aux yeux c’est la révolutionnaire supériorité du pensé sur l’instinctif car s’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait jamais eu d’homme sur terre, en dehors d’un éventuel phylum d’animal surdoué ayant déjà pris la première place . L’homme est le SEUL animal hyper psychisé à posséder le pouvoir d’auto évaluation raisonnée.

2 La croissance de l’humain, période historique d’expansion

Entre l’enveloppe vivante de la terre et son enveloppe pensante, une discontinuité majeure se place, mais cela ne veut pas dire que l’humain est sorti achevé du premier coup, bien au contraire.
Considérons d’abord la bande obscure qui s’étend et résiste à nos méthodes modernes d’investigation du passé, rien ne distingue extérieurement le « réfléchi » (déjà né pourtant) de l’irréfléchi, notamment dans les phases de développement du foetus. Même en admettant que par chance nous rencontrions des vestiges d’os et d’artefacts , il n’est pas certain que nous reconnaissions les premiers êtres pensants.
Considérons aussi d’autre part les zones les mieux définies d’une humanité déjà presque cosmopolite qui apparait au début du quaternaire, dont les caractéristiques de la réflexion se dévoilent de plus en plus nettement quand elles se rapprochent de nous. Ainsi nous voyons apparaitre un phénomène indéniable : le pouvoir de réflexion de l’espèce humaine se comporte de plus en plus comme une énergie de la physique, irrésistiblement montante.
Après ces deux observations nous pouvons conclure qu’il s’agit de deux phases de l’évolution : l’une anatomique et l’autre sociale.

a) Phase anatomique
C’est une question récurrente en anthropologie : dans quelle mesure les caractères ostéologiques permettent-ils de remonter jusqu’au cerveau en vue de connaître sa morphologie et sa puissance psychologique ?
De manière générale, le cerveau des mammifères en s’hominisant augmente brusquement de volume et se renforce spécifiquement dans sa région frontale, il est plus compacte, on constate un stade préhominien duquel apparait un sub phila dont les caractéristiques sont plus différenciées qu’aucun groupements raciaux ne l’ont jamais étés après.
Autant d’indices suggérant que le « réfléchi » n’avait pas encore atteint le degré de perfection que nous lui connaissons aujourd’hui. Il faut arriver aux populations « artistes » du pléistocène final pour atteindre les caractéristiques de l’homo-sapiens.

(b) Phase sociale
L’humanité est en pleine voie d’achèvement et c’est en ce point que le « social » vient relayer «l’anatomique » pour justement achever l’hominisation en cours. Pour la majorité de nos contemporains le phénomène social est encore regardé comme un épiphénomène parbiologique, très inférieur en valeur organique aux autres combinaisons réalisées aux échelles moléculaires et cellulaires par les forces de la vie. Or, en bonne science, cette attitude minimisante ne se justifie justement pas. Comment refuser la dignité d’organisme ,au sens plein du terme, aux groupements si fortement psychogénétiques réalisés au sein de la masse humaine par jeu de socialisation ? Rien de changé dans l’agencement des neurones depuis la fin des temps glaciaires mais en revanche, par apparitions, association et opposition des techniques de vision et de passion des idées, quel extraordinaire et irréversible progrès dans la conscience collective !
Le grand problème posé par l’homme n’est pas de savoir si l’anthropogenèse a continué sa marche physicopsychique au cours des trente derniers millénaires, mais de décider si, parvenue aux limites de son épanouissement matériel et géographique, l’humanité plafonne, par excès de ses dimensions de toute nature. Mais ici une surprise nous attend…

3 Croissance de l’humain, période moderne de surcompression

Pour que l’humanité puisse être considérée comme socialement achevée, il faudrait qu’elle réagisse contre son expansion démographique en réduisant son taux de natalité. Or, elle fait l’inverse, comme le démontre un siècle de statistiques, elle continue sur cette lancée qui était vitale à ses débuts est qui est néfaste maintenant.
A l’origine de la chaine, un serrage démographique de plus en plus violent obligeait la foule humaine à se disposer le mieux possible à la surface fermée de la terre. Compression inévitable , entrainant de nécessité vitale un effort concerté des individus pour découvrir les meilleurs moyens d’arrangement. Effort d’invention, donc, et monté du réfléchi à l’intérieur de la noosphère avec, en effet de retour, un resserrage de la compression planétaire et ainsi de suite …la compression l’emportant sur le mouvement d’expansion. Il s’en suit un développement explosif des techniques et de la recherche, mainmise théorique et pratique sur les secrets de l’énergie, puis élévation de la température psychique de la terre … montée implacable à l’horizon d’un véritable ultra humain.

4 La figure de l’ultrahumain

Rien ne pouvant arrêter cette compression et ce tourbillon, la société ne peut pas s’évader de cette ambiance. Il devient donc extrêmement important de réfléchir au comportement le plus approprié qui s’impose. Face à ce danger de deshumanisation, nous devons nous surhumaniser par intensification de nos pouvoirs de compréhension et d’amour ? L’esprit est le moyen de survivre, mieux, il devient une raison de vivre. La liberté et la responsabilité sont le moteur de l’anthropogenèse, une détermination désormais irréversible est la situation devant laquelle nous sommes placés.

La chaine planétaire génératrice de l’humain ne saurait plus continuer à fonctionner que dans une certaine atmosphère de consentement, c'est-à-dire sous l’action de quelque désir.

Par structure, l’humain devenu conscient de son inachèvement, ne doit rester sans révolte ni se donner sans passion au mouvement général au fond duquel se dessine quelque consommation définitive et définie, un esprit de l’univers non pas dispersant et dissolvant mais convergent. Ce sommet de l’anthropogenèse, comment l’imaginer ? C’est ici que deux solutions partiellement divergentes se présentent.

1- Selon une solution « collectiviste » pour assurer le succès biologique de notre évolution, il suffirait que l’humain s’organise en une sorte de circuit fermé suivant lequel chaque élément pensant, connecté avec tous les autres, parvienne au maximum de maîtrise individuelle d’un état supérieur de conscience diffusé dans les nappes ultracérébralisées de son environnement …mais ceci ne peut se faire sans apparition d’un centre universel de commandement.

2- Selon une solution personnaliste dont le principe serait « l’effet de voute » que peut produire l’amour au cœur même de l’évolution, lequel « effet » serait plus fort que tous les égoïsmes pour produire une noosphère suffisamment forte fin de vaincre totalement la mort ; l’esprit qui survit au physique…
Pour cohérer sans la broyer la multitude humaine, un champ d’attraction est indispensable, en se configurant en voute d’énergie-amour, vous l’aurez compris, c’est la noosphère qui jouera ce rôle. Ainsi doivent raisonner tous les chrétiens, qu’ils soient biologistes, psychologues, physiciens ou gens d’Eglise.
Le plus grand évènement qui nous attend est la découverte graduelle de ce phénomène par ceux des humains qui sauront voir au sommet, non pas quelque chose , mais Quelqu’un.
Beaucoup hésitent à me suivre aussi loin dans mes intuitions .

Pour nous en tenir à ce qui est exposé ci-dessus, deux conclusions paraissent se dégager pour qui a les yeux ouverts, elles me semblent incontestables.

-La première conclusion c’est que l’humain qui est en nous correspond bien à une ségrégation définie d’étoffe cosmique portée à un état supérieur, toujours croissant de complexité et de conscience, encore que cet « humain » ne trouvera son équilibre final qu’en se reployant sur lui-même jusqu’à former... une" âme" … (Teilhard n'a pas utilisé le mot "âme" mais à mon sens ce vocable pourrait bien résumer la phrase)

-La seconde conclusion est que cette ... "âme", encore bien jeune, ne peut être considérée scientifiquement maintenant et dans sa forme actuelle que comme un organisme n’ayant pas encore dépassé un état embryonnaire.
Ceci dit, un vaste domaine de l’ultrahumain se découvre en avant de nous dans lequel nous ne saurions ni survivre ni super vivre qu’en épousant et poussant toutes les forces disponibles de l’unanimisation.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 18 Octobre 2011 à 17:22 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Réflexion du 23 septembre 2011, L'AVENIR DE L'HOMME, Tome-5, Ed. Du Seuil



Tout au long des textes de Teilhard il est souvent question de convergence de l’Univers, Humanité et Matière inerte confondues. Le dictionnaire signale que ce mot peut s’appliquer à des domaines spécifiques très divers. Teilhard, lui, l’emploie à propos de la fin terrestre de l’Espèce Humaine, et plus largement de la fin du monde, et même du Cosmos.

Dès 1924 dans les dernières phrases de « Mon Univers « (1) mettant en quelque sorte la charrue avant les boeufs il prophétise sur ce que sera le résultat de cette convergence :
« Plus je songe à ce mystère, plus je lui vois prendre la forme d’un retournement de conscience..... Quand le Christ aura vidé d’elles-mêmes toutes les surfaces crées....il consommera l’unification universelle....Ainsi se trouvera constitué le Plérome...Au sein d’un océan tranquillisé dont chaque goutte, aura conscience de demeurer elle-même, l’extraordinaire aventure du monde sera terminée...Erit in omnibus omnia Deus », Dieu sera Tout en Tout.
En lisant ces lignes on pense bien sûr au « Big Crunch » des cosmologistes, mais Teilhard pense et voit au delà de cet aspect purement matériel des choses. Son propos porte à mon avis sur 3 types de convergence bien distincts.

1) La convergence que l’on pourrait qualifier d’évangélique
ou il s’inspire de Saint Paul (2) « Et quand toutes choses lui auront été soumises alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a tout soumis pour que Dieu soit tout en tous »
Il écrit aussi dans cet ordre d’idées d’une façon tout à fait originale après avoir longuement défini ce qu’il entend par OMEGA le point de convergence « Le Christ révélé n’est pas autre chose que OMEGA--------terme supérieur cosmique »(3)

2) Second type de convergence, la Convergence de l’Esprit
sur laquelle il s’étend longuement dans le dernier chapitre du « Phénomène Humain La Survie » .La Survie qui selon lui est une forme de vie à ne pas confondre avec survivance.L’Evolution est une montée vers la Conscience, elle accompagne la Survie et toutes deux culmineront dans quelque Conscience Suprême

A propos de l’Humain, il voit aussi une convergence dans l’Arbre de vie(4).Au début du Pleistocène les hominiens se rangent dans divers feuillets qui avec le temps s’écartent les uns des autres. A partir du Pleistocène Supérieur et de l’Homo Sapiens, il n y a plus qu’un seul groupe qui se range dans une structure qui démarre en s’évasant; après avoir atteint une largeur maximum, commence de nos jours à se resserrer et à converger dans le même mouvement que la Convergence de l’Esprit.

3) Enfin, troisième type de Convergence, la Convergence matérielle du Cosmos
évoquée quelques lignes plus haut, au travers du terme « Big Crunch ». Toujours dans « Mon Univers », quelques lignes avant le texte repéré par (1) il écrit : « Pressés les uns contre les autres, par l’accroissement de leur membre et la multiplication de leurs liaisons.... les hommes de l’avenir ne formeront plus en quelque manière, qu’une seule conscience » et plus loin « On a quelque peine à imaginer ce qui pourrait être la fin du monde. Une catastrophe sidérale serait assez symétrique de nos morts naturelles, mais, elle amènerait la fin de la Terre plutôt que celle du Cosmos et, c’est le Cosmos qui doit disparaître ».

En résumé, il apparait que Teilhard envisage la fin du monde sous 3 angles différents :
- un angle évangélique, style St Paul.
- un angle spirituel, une autre Conscience.
- un angle matériel, style « Big Crunch ».
- Références :

1) IX p 112 (broché)

2) Ier Epître Cor XV – 28

3) IX p 83 (broché)

4) VIII p 102 (reliè)
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 14 Octobre 2011 à 22:03 | Commentaires (0)

Actualités

Daniel ANGRAND/ chapitres 14, 15 et 16

Mercredi 12 Octobre 2011

réflexion pour le 23 septembre 2011, L'AVENIR DE L'HOMME, tome 5, Ed. du Seuil


Chapitre 14

Reprise des acquis précédents sur la vie, la réflexion : « Essence exceptionnelle du phénomène Pensée, capacité de se saisir dans un passé, un présent, un avenir » (p.281)

La socialisation, phénomène essentiel de l’hominisation (p.282) : l’homme ne se personnalise complètement que solidairement avec tous les hommes (organisation en réseau). D’où, en conscience, éveil en chacun d’un principe fondamental d’obligation d’agir solidaire (p.288).

La vie n’est pas un simple état, elle représente un vaste « mouvement dirigé » lié à la structure même de la Cosmogénèse : elle a un fil (p.293).
Donc la Révélation chrétienne rejoint la réalité organique expérimentale : l’individu humain ne s’achève et n’existe pleinement que dans une unification de tous les hommes en Dieu. (p.285).
« L’Eglise, axe même du rassemblement » (Quelle Eglise ?).Cf conclusion du chapitre 15 : le succès biologique de l’homme (face expérimentale de la Parousie) est non seulement une probabilité, mais une certitude, puisque le Christ est déjà »ressuscité (certitude dérivée d’un acte de foi surnaturel qui laisse subsister, à leur niveau, toutes les anxiétés de la condition humaine (p.304-305)

Chapitre 15 Les directions de l’avenir :
a) La montée continue de l’unification sociale (p.295,cf,supra)
b) La montée de la technique, du phénomène industriel, permet la montée de la vision vers un maximum de conscience pour un minimum d’efforts ; toujours plus de conscience formée sur des agencements toujours plus compliquées, pour plus d’autonomie (p.298) ; "non pas puissance d’asservissement mais force de libération" .

Les conditions de l’avenir De survie (respect de l’ecosystème). Prenons garde !

De santé : gérer l’explosion démographique, tournant dangereux !
De synthèse : de par la nature même du phénomène réfléchi, la personnalisation centrique requiert une atmosphère d’unanimité : b[« liées entre elles par coercition dans la fonction seule, les particules régressent (p.302) ; seule une union réalisée par amour et dans l’amour a « physiquement » la propriété de personnaliser les éléments qu’elle organise. »]b "Je persiste à croire à l’existence cachée de forces d’attraction liées au rayonnement de quelque Centre ultime (à la fois transcendant et immanent) de rassemblement psychique" (ou spirituel ? )

Conclusion personnelle C’est donc par la foi au Christ que nous pouvons croire au triomphe de l’humanisation, loin du « désespoir » de Comte-Sponville. Mais quel Christ ? Celui qui donne l’énergie spirituelle à des hommes capables, par l’action, de « sauver » leur part de société.

Chapitre 16 – L’essence de l’idée de démocratie

a) Rappel de l’état évolutif présent de l’humanité, en cours de compression planétaire et de compénétration psychique, donc d’irrésistible Unification, cfp.230 : « opérée dans la sympathie, l’union ne limite pas, elle exalte les possibilités de l’être . » ; sous réserve d’exalter l’originalité de chaque élément du système : « Totalisation personnalisante » (contraste avec le clivage redouté p.174 ? question de terme, d’horizon ?)

b) Définition et interprétation biologique de l’esprit de démocratie
. Ses attributs :
- Liberté, « chance offerte à chaque homme d’aller au bout de lui-même"
-Egalité, droit de participer selon ses moyens à l’effort commun de promouvoir l’avenir de l’individu et celui de l’espèce,
-Fraternité, sens partagé d’une interliaison organique essentielle entre tous les hommes (cf chap 14-15)

Démocratie libérale ou dirigée ? (débat de 1948), deux formes apparemment contradictoires d’idéal social ? Non, . deux composantes naturelles à harmoniser. D’où : La « technique » de la démocratie :
-Conditions générales des institutions :
-Judicieux mélange de laisser faire et de fermeté ( !) propre à chaque peuple
-Laisser à l’individu un angle maximum d’orientation libre à l’intérieur duquel développe son originalité
Assurer et favoriser les courants de convergence indispensables à la réalisation de l’Anthropogénèse (organisations collectives, avec le risque inhérent –facisme – nazisme – communisme

Donc s’attendre à de nombreux essais et tâtonnements propres à chaque « pièce inégalement maturée »

Conditions ultimes :
-Entretenir et accroître dans la conscience humaine le sens de l'espèce
-Polarisation et convergence sans coercition, atmosphère d’unanimité ( !)

Donc DEFI toujours à poursuivre ?

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 12 Octobre 2011 à 19:13 | Commentaires (0)

Travaux des membres

sujet de travail pour le 28/10/2011
L'Avenir de l'Homme, tome-5, Editions du Seuil


Chapitre 17 : L’HUMANITE SE MEUT-ELLE BIOLOGIQUEMENT SUR ELLE-MEME
Sous-titre : UNE NOUVELLE QUESTION DE GALILEE


La réflexion de Teilhard porte sur le contenu du message chrétien qui doit s’adapter aux époques traversées. Avant Galilée, et dans toutes les religions, les dogmes reposaient sur le primat de la terre autour de laquelle tournaient les planètes, les étoiles et tout l’univers. De ce fait, il n’y avait pas de place pour la méditation et la réflexion mystico-philosophique, les dogmes étaient une sorte d’ astrologie religieuse sur fond de révélation.
Copernic bouscula le système avec sa théorie astronomique mais, prudemment, il ne la publia pas de son vivant ; Galilée le fit à sa place en la diffusant au péril de sa vie. Il fallut attendre plusieurs siècles pour que l’Eglise de Rome reconnaisse que ces deux hommes avaient raison.

Selon les naturalistes contemporains de Teilhard, l’homme était une créature de Dieu, hors du règne animal, qui avait atteint son apogée et son équilibre. Mis à part son psychisme plus éveillé, rien ne le distinguait des animaux.
Enfin, à cette époque pas si lointaine, le mot « évolution » était tabou. Quand Teilhard, se référant à Einstein, proclama que si l’univers est courbe, toutes les manifestations de la matière le sont aussi, y-compris le comportement de l’énergie spirituelle, les boucliers des conservateurs se levèrent pour exprimer leur opposition à cette idée. Il faut préciser que c’est Teilhard qui conçut et développa l’idée de l’évolution de la matière. Darwin n’a fait que reprendre la théorie de l’évolution des espèces animales que ses prédécesseurs Buffon et Lamarck avaient déjà ébauchée.

Mais revenons à notre sujet ; La contestation fut à son comble quand Teilhard ajouta que la société humaine suivait la même loi (l’enroulement de la vie sur elle-même) en se comportant comme un organisme biologique. Espérons que cette dernière idée de Teilhard sera admise avant le XXVe siècle.

Sous l’action de la progression fulgurante de la démographie, la visibilité des effets de compression est de plus en plus évidente. ; citons entre autres l’organisation mécaniciste de la société qui dilue dans les grands nombres une individuation de plus en plus souhaitée par chacun d’entre nous.

Mais Teilhard prévoit un phénomène caché inverse : par effet de synergie la compression induit un échauffement psychique qui propulse l’homme vers des sommets de spiritualité… à condition toutefois qu’il fasse ce « pari de casino » que l’Eglise nomme espérance. Le message est difficile à faire passer, mais nous n’avons pas le choix. Espérons que l’esprit critique qui se développe dans l’humanité n’aura pas que des effets négatifs. A mon avis, les effets positifs ont des chances non négligeables car ils vont de paire avec la surinformation qui sévit dans tous les domaines. Les seuls facteurs négatifs à vaincre sont la paresse et les plaisirs futiles qui vont de paire avec l’instinct grégaire. Cet instinct, Teilhard le classe dans le jeu des grands nombres inorganisés mais, remarque-t-il, si la société humaine n’est pas encore majoritairement génératrice de vertus, il faut reconnaître que c’est bien d’elle que provient le formidable élan scientifique qui bouleverse et renouvelle notre conception de l’univers. Ainsi devons-nous convenir que la totalisation humaine est le moteur de la psychogénèse, phénomène d’ordre et de dimension biologique, dans l’axe même de la cosmogénèse, soit donc le processus évolutif universel.
L’univers serait-il un système destiné à transformer de l’énergie en informations ? Teilhard prolonge cette idée qui tournait dans sa tête depuis longtemps et il la récupère pour secouer l’humanité :
« Le monde poursuit en nous son évolution et il nous appartient désormais de choisir entre deux jugements antagonistes sur lesquels nous devons nous prononcer au plus tôt :
-Soit la collectivisation est un effet de super arrangement biologique destiné à nous ultra personnaliser, ce qui est bon.
-Soit cette collectivisation qui nous attend est un phénomène de mécanicisation deshumanisant. »


L’heure de choisir est arrivée : d’un côté de la balance , un état hautement probable d’entropie maximale qui tend vers le fer, de l’autre, un état de néguentropie hautement improbable mais possible, qui tend vers le Point Omega ; refus de l’effort ou esprit d’espérance dynamisant ? Ce choix est un bouleversement aussi important dans notre conscience que le furent autrefois les découvertes de Copernic et de Galilée. Maintenant que l’homme est « savant », il choisit en connaissance de cause par un raisonnement logique.

Chapitre 18 : LE CŒUR DU PROBLEME

Teilhard le dit clairement, et pourtant il n’était pas anticlérical :[« L’un des aspects de l’homme actuel est l’insatisfaction généralisée en matière de religion, celle-ci ne laissant aucune trace d’espérance, sauf en matière d’humanitaire. »

Je dirais que ce n’est déjà pas si mal, cela témoigne d’une certaine foi en l’homme, mais c’est insuffisant. Et Teilhard d’ajouter :« L’athéisme est irrésistiblement montant … »
Il écrivait cette réflexion en 1949 lors d’un séjour en France ; que dirait-il de plus au XXIe siècle ? Je peux témoigner : en 1949 j’avais treize ans. A cette époque les églises lyonnaises étaient toujours combles pendant les trois messes du dimanche matin. Maintenant, il n’y a plus qu’une messe le dimanche matin et le dimanche soir où on s’y ennuie terriblement. Le rituel de Vatican-2 n’est pas seul responsable de cet ennui. Les gens confondent dans leurs discours l’anticléricalisme et l’athéisme ; il y a confusion entre le contenu d’un sermon et ce que représente celui qui le prononce ; beaucoup de prêtres n’y croient plus. Le Pape actuel écrit dans ces livres des choses parfois intéressantes, mais peu de gens le lisent, ils n’entendent que les rumeurs médiatiques.
Le problème de l’Eglise catholique est qu’elle ne sait pas communiquer la foi qu’elle propose. Il ne s’agit pas de basculer dans l’excès des hommes politiques qui ne décident qu’en fonction de l’opinion publique, ce qui conduit à une absence de gouvernance des affaires de l’Etat. L’Eglise est dans l’excès inverse, tout aussi mauvais, elle prétend diriger des milliards d’âmes avec un discours suranné, incompréhensif, et surréaliste qui ne génère que sarcasmes et désintérêt chez les athées. En France, pour ne citer que ce pays si particulier en matière de convictions religieuses, à première vue, il est difficile de discerner la différence entre un athéisme intellectuel profond et un athéisme superficiel de convenance. Mis à part une marge infime d’infrahumains, je ne pense pas qu’il puisse exister des personnes qui ne croient en rien ; surtout à notre époque de vulgarisation massive de données culturelles et scientifiques. Même les rationalistes, et surtout eux, personne ne peut croire que l’univers est sorti du néant ; personne parmi ces gens là ne peut écarter l’hypothèse d’un Principe Créateur, voire même d’un Principe spirituel suprême. (cf page 305 du tome-5 collection Point du Seuil). Même une personnalité connue comme André Comte-Sponville, philosophe athée s’il en est n’écarte pas cette hypothèse spirituelle ; jusqu’à son confrère, le philosophe Michel Onfray, « prince des athées » s’il en est ne s’en prend qu’à la « légende biblique » et aux a priori définitivement fixés ; sur la spiritualité, il ne dit rien …Pourtant, un homme de sa qualité a certainement des choses à dire dans ce domaine.

Mais pour ces deux philosophes très caractéristiques de notre époque, pris comme exemple, leur discours médiatique est leur fond de commerce ils publient ce qui se vend bien, ce sont les
« épiciers de l’âme ».

Je laisse le dernier mot à Teilhard sur ce sujet : « Quoi qu’il en soit, les religions doivent s’adapter au fait que l’univers ne doit plus être considéré comme un Ordre mais comme un Processus … l’homme entre dans une phase critique d’intenses rejaillissements, il n’est pas encore zoologiquement adulte, l’ultra humain est un état qui se construit en avant de nous ».

Je voudrais faire une remarque sur un conseil de Teilhard lequel, à mon avis, peut être un élément répulsif à l’égard des rationalistes (p. 305)b[ « La foi néo humaine au monde, dans la mesure-même où elle est foi (c'est-à-dire abandon) implique nécessairement un élément d’ADORATION … »]b etc

Dieu veut-il qu’on l’adore, ou préfère-t-Il que l’on soit convaincu de son existence afin de transmettre la mission qu’Il nous a implicitement confiée, c'est-à-dire, l’aider à la réussite de l’évolution de la matière (« La sainte matière » comme la nomme Teilhard ? Dieu ne nous demande certainement pas d’être serviles, confits en dévotion et craintifs. Il nous demande exactement l’inverse. Adorer c’est passif, Il veut que nous soyons actifs à son image (ainsi qu’Il nous a conçus).
Mais tout cela, c’est de la « com » (pour communication), c’est donc un principe actif. Mais comme chacun le sait, les théoriciens de la morale ont horreur des gens actifs. Ma philosophie se résume dans cette formule : il n’est pas nécessaire de prier Dieu pour être un homme, être un homme c’est déjà du divin.

Je terminerai ce papier par un élément hyper actif de la pensée de Teilhard, son schéma OY-OX-OR , que je vais tenter d’expliquer à ma manière :
Signification des termes, dans ce contexte
-O, comme Organisme (l’homme)
-Y, comme Yahve (Dieu de la Bible, je ne vois pas ce que la lette « Y » pourrait signifier d’autre dans ce contexte)
-X, comme l’inconnu de notre destin
-R, comme Rectifié (il s’agit d’une trajectoire qui est rectifiée par les influences extérieures)
-Toutes les trajectoires partent de O, ce qui est logique puisqu’il s’agit de nous-même.

Présentation du schéma
1- Soit la ligne verticale OY qui représente la trajectoire directe de l’homme attiré par son Créateur ; c’est l’adhésion sans réserve de l’homme à la Révélation divine du dogme chrétien.
2- Soit la ligne horizontale OX qui représente les convictions de l’athée rationaliste quant à l’avenir de l’homme, qui se dit agnostique par principe (sans connaissance) et qui se refuse à toutes spéculations mystiques, ces dernières étant par définition irrationnelles.
3- Soit la ligne oblique OR qui représente la troisième voie, synthèse de la trajectoire OY, OX

Morale du schéma
Cette interprétation des choses de la foi est typiquement teilhardienne. Elle stigmatise le propre problème de l’auteur qui, durant toute sa vie, oscilla entre ses racines culturelles religieuses familiales et ses convictions philosophiques induites par ses conclusions scientifiques. Selon lui, seule la trajectoire médiane peut sauver le monde et il déplore : « Non seulement l’Eglise chrétienne dédaigne cette troisième voie mais elle la condamne. »
C’est sans appel !

Suivons Teilhard. Maintenant, les bûchers sont éteints mais les murs construits autour de lui existent encore. Il faut les faire tomber avec le bulldozer de sa pensée scientifique.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 12 Octobre 2011 à 18:46 | Commentaires (0)
Tout l’échafaudage conceptuel de Teilhard est fondé sur une anthropologie, certes fascinante, séduisante et respectable, mais qu’on ne peut présenter comme une réalité universelle. Penser l’évolution comme il l’a fait constitue un progrès et un profond stimulant intellectuel. Il peut d’ailleurs se produire entre ses visions spirituelles globalisantes et nos propres émotions face au mystère de l’Homme, comme un phénomène de résonance.
C’est ce que j’ai pu ressentir.

Cependant lorsqu’il s’agit d’aborder la théologie chrétienne, il convient de faire la part de ce qui est positivement novateur et de ce qui est contestable. Le glissement du domaine de la science au domaine de la foi crée une difficulté en raison des frontières hermétiques qui interdisent tout amalgame entre le scientifique et le spirituel, et tout relativisme destructeur de la pensée vraie. On peut néanmoins convenir de l’exemplarité de l’attitude de Teilhard de Chardin et sa liberté créatrice qui a toujours maintenu une double fidélité dans les épreuves qu’il a traversées, d’une part sa foi chrétienne et son sacerdoce, et d’autre part sa rigueur scientifique.

L’œuvre de Teilhard est une rencontre entre la science et la théologie, autrement dit une quête de Sens. Beaucoup de scientifiques tentent cette aventure de réunir le comment et le pourquoi des choses, avec d’ailleurs plus ou moins de succès ; citons Stephen Hawking. Il me vient à l’idée une métaphore liée à la balistique. Lorsqu’un projectile est lancé dans une certaine direction, il décrit, comme on le sait une trajectoire appelée parabole. Or il est établi que l’ensemble infini de toutes les trajectoires possibles lorsqu’on fait varier l’angle de tir, admet une enveloppe dite parabole de sécurité. En fait chacune de ces trajectoires désigne pour moi une théorie admettant un but à atteindre dans le cadre de la Connaissance. L’enveloppe des trajectoires désignera alors la limite de nos possibilités dans la recherche du Sens de notre Univers, la césure inexorable entre le Ciel et la Terre. Pour expliquer la Réalité, il est nécessaire de ne pas seulement s’en remettre aux inventions systémiques de notre pensée rationnelle, mais aux enseignements de la Révélation contenues, comme on le sait, dans une lecture intelligente des Livres Saints. N’oublions pas cette référence biblique :

« En elle (l’espérance qui nous est offerte), nous avons comme une ancre de notre âme, sûre autant que solide, et pénétrant par delà le voile, là où est entré pour nous, en précurseur, Jésus, devenu pour l’éternité grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech ». Associer Science et Théologie, comme beaucoup le font, constitue une opération délicate ô combien ! Tout ne se réduit pas à la conservation et à la dégradation de l’énergie, d’ailleurs le terme d’énergie est-il suffisant lorsque l’on parle de la relation entre l’homme et son Créateur ? Je ne le crois pas ! Dieu se situe au-delà de nos concepts, de notre logique, de notre sensibilité et de notre langage et naturellement au-delà du modèle teilhardien.

Rencontrer Dieu c'est mourir, non pas seulement à soi-même, mais également mourir aux autres, mourir à nos représentations humaines, et mourir d'Amour pour Lui! Dans cette situation là, il conviendrait d’utiliser le mot grâce plutôt que énergie car il évoque la transcendance, tout comme on l’a dit du mot créer. Il convient d’estimer, le plus objectivement possible, ce qui est juste et ce qu’il faut relativiser dans la pensée de Teilhard. Pour ce faire, je m’appuierai sur la pensée critique du philosophe Claude Tresmontant, contemporain de Teilhard.

L’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin est assez considérable, mais elle n’est ni métaphysique, ni théologique. Il s’agit de l’expression d’une profonde vision mystique. Ce qui intéressait Tresmontant dans l’œuvre d’un penseur, ce n’était pas seulement ses erreurs mais ses intuitions justes. On doit se rendre accueillant à toute vérité d’où qu’elle vienne, même s’il convient, pour en manifester tout l’éclat, de la débarrasser de ses propres scories. Nous avons trop tendance à être « manichéens » et à classer les choses et les êtres dans des compartiments aux contours bien définis, nous dispensant par là de raisonner.

St Thomas disait : « Quiconque veut sonder la vérité, est aidé de deux manières par les autres. Nous recevons un secours direct de ceux qui ont déjà trouvé la vérité. Si chacun des penseurs antérieurs a trouvé une parcelle de vérité, ces trouvailles, réunies en un tout, sont pour le chercheur qui vient après eux, un moyen puissant d’arriver à une connaissance plus compréhensive de la vérité. Les penseurs sont, en outre, aidés indirectement par leurs prédécesseurs en ce que les erreurs de ceux-ci fournissent aux autres l’occasion de découvrir la vérité. Rien de plus dangereux que le disciple béat ! »

La vérité est au-dessus de l’homme et il convient d’être un disciple critique, c'est-à-dire intelligent. Aucune œuvre théologique du passé n’est impeccable, exempte de faute, ni celle de St Augustin ni celle de St Thomas d’Aquin. L’apport positif de Teilhard de Chardin à la pensée humaine, est indubitable. Comme Claude Bernard avait mis à jour la nécessaire présence active d’une idée directrice dans l’organisme vivant, Teilhard aurait mis à jour l’idée directrice présidant à l’histoire de l’Univers et l’orientant donc vers sa fin et son achèvement,
ou encore son actualisation. L’originalité de Teilhard est d’avoir, alors que les scientifiques ne considèrent qu’un aspect très précis d’un domaine lui-même bien circonscrit, pris comme objet d’étude le Tout, l’Univers en son évolution historique. L’histoire de l’Univers, l’histoire de la Matière, est orientée, depuis les formes ou les compositions les plus simples, jusqu’aux organismes les plus complexes. Reprenant toutes les données scientifiques de son époque, Teilhard a vu ce dont aujourd’hui seulement on est certain, grâce aux grandes découvertes en physique et en astrophysique. L’histoire de l’Univers obéit, mû de l’intérieur par une intelligence qui le transcende, à un plan hautement élaboré et précis dans lequel rien n’est laissé au hasard. Teilhard a donné un éclairage très personnel à cette idée qui complète scientifiquement la pensée métaphysique de Bergson.

Je pense alors que les quelques livres, étudiés durant le temps qui lui fut consacré, ont largement fait le tour du sujet. Personnellement je n’ai plus rien à découvrir qui soit indispensable pour mon cheminement à travers la compréhension de l’homme.

Etant jésuite, Pierre Teilhard de Chardin ne pouvait pas ne pas se poser la question des rapports entre l’ordre de la Création et l’ordre de la Révélation, ou, si l’on veut, entre les sciences expérimentales et la théologie. Si les sciences expérimentales nous découvrent le passé et le présent de la création, elles restent incapables de la comprendre puisqu’elles ne peuvent en connaître la fin qui, étant première en intention, est toujours dernière en exécution. Seule une Révélation pourrait nous dévoiler ces intentions de l’intelligence créatrice transcendant l’histoire de l’Evolution. C’est pourquoi Teilhard, toute sa vie durant, a médité sur les relations qui existent entre le Christ et l’Univers, c'est-à-dire sur la place du Christ dans l’histoire de la Création. Le Christ est avant tout, et avant même le premier péché, le premier voulu de Dieu et pour qui tout a été créé ; il est l’achèvement de la Création, l’alpha et l’oméga de la Création. Par contre, ce qui reste très ambiguë chez Teilhard est le fait que le Christ doit être aimé comme un Monde, ou plutôt comme le Monde, c'est-à-dire comme le centre physique imposé à tout ce qui doit survivre de la Création. On est en droit d’exprimer quelques réserves à ces affirmations un peu mécanistes sans doute le fruit d’une formation scientifique, d’une vision très personnelle influencée par des modèles et aussi d’une incapacité de langage ; il faut dire que Teilhard a l’esprit tourné vers le concret. Il faut souligner que chacun voit midi à sa porte comme dit le fameux adage. Mais c’est parce que chacun a ses expériences propres que la vérité sur le monde apparaît aussi diversement interprétée.

Teilhard a certes connu des expériences de vie fort enrichissantes mais je dois insister sur le fait que j’ai moi aussi connu des expériences de vie. Mais ces dernières sont si différentes que ma pensée sur le monde et Dieu n’entre en rien dans le schéma teilhardien.


En ce qui concerne la métaphysique de Teilhard, sa doctrine de la Création n’est pas des plus orthodoxes. Il a des difficultés à exprimer correctement des rapports entre le monde et Dieu, entre la Nature et l’ordre surnaturel. Citons en particulier ses visions du mal et du péché originel. Il existe pourtant un rapport entre le Péché d’origine et la Rédemption, l’un n’allant pas sans l’autre, sous peine de renoncer à toute cohérence indispensable dans l’ordre théologique. Teilhard, dit notre philosophe Tresmontant, a une conception erronée de la
Création ! Pour Teilhard, « créer » n’est jamais qu’unifier le multiple pur…ombre éparpillée de son Unité…que de toute éternité Dieu voyait sous ses pieds. L’Eglise catholique ne reconnaît pas comme acceptable cette allégorie qui semble mettre en présence, face à face, Dieu et la Multitude. Les métaphores rappellent le mythe antique du dieu qui entre en lutte avec le chaos préexistant dans les religions babyloniennes. Teilhard verse –t-il donc dans la gnose platonicienne ? Teilhard place devant Dieu un Multiple et il a du mal à admettre l’idée d’un commencement de l’univers et de l’âme humaine. Il est significatif que Teilhard tend constamment à affirmer la préexistence de la conscience dés les origines du monde, à considérer l’esprit et la conscience comme coextensifs à l’évolution cosmique et biologique. Teilhard semble emboîter le pas à Hégel pour qui l’Absolu ne peut prendre conscience de soi qu’en s’aliénant dans la Nature et en s’opposant un non – moi issu pourtant de la substance. Ainsi Dieu n’existe qu’en s’unissant !

Certaines des idées teilhardiennes n’ont-elles pas parfois un relent de théosophie ? Créer c’est unir. Dieu est inévitablement amené à s’immerger dans la Multitude, afin de se l’incorporer. La pensée chrétienne refuse cette vision selon laquelle on associe par un lien de nécessité la Création et l’Incarnation, et on appelle Incarnation, une immersion dans le Multiple.
Dans nos perspectives modernes d’un Univers en état de Cosmogénèse, le Mal n’existe plus. En effet, le Multiple soumis au jeu des chances dans ses arrangements, ne peut absolument pas progresser vers l’unité sans engendrer du Mal ici où là, par nécessité statistique. Tresmontant rappelle que le mal n’est pas un défaut provisoire dans un arrangement progressif, mais le goût et le pouvoir de la destruction, le mensonge, les passions l’orgueil, etc
Le mal est l’œuvre de l’homme et non de la matière.
L’homme est libre dans sa nature intime, donc pleinement responsable du mal qu’il fait à l’homme, du crime contre l’homme commis dans l’humanité entière et sous toutes les latitudes.

- Questions se rapportant à mes convictions intimes et à mon rapport aux autres :

Dans tout débat constructif où chacun désire passionnément aller au fond d’une idée, la logique veut que les participants ne se limitent pas à échanger un foisonnement d’opinions abstraites à la manière des controverses politiques. Il faut aller plus loin en mettant en évidence des expériences concrètes de vie. Je ne regrette en rien nos réunions amicales et respectueuses de chacun. Mais je sens que je n’ai plus rien à dire après plusieurs mois de réflexions collectives. Je reste pour beaucoup d’abord un scientifique sensé s’exprimer avec son langage difficile parfois à comprendre. D’autre part il ne m’est plus possible de m’enfermer dans la seule dialectique teilhardienne. Alors on pourrait me poser certaines questions dont je ne récuse pas la pertinence :
Qui êtes-vous exactement ?
Pourquoi parlez-vous de la foi et de la science avec autant de vigueur et de conviction ? Êtes-vous teilhardien ? Que Que représente pour vous l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin ?


La première réponse que je peux faire est celle-ci : à vrai dire, il est fort délicat de parler de soi car on touche là à la profondeur et au mystère de l’homme et de son esprit, à l’indicible voire à l’incertitude sur soi-même. Comment parler de soi dans tout ce qui est apparemment bien ou moins bien et dans tout ce qui constitue les subtilités de la relation à la transcendance, relation d’amour dans tout ce qu’elle a de personnelle et de paradoxale. Il n’y a pas de place, dans ce contexte, pour la caricature, fruit des limites de notre langage et aussi des limites à placer dans l’ensemble des choses que l’on peut dévoiler aux autres. Saint Jean de la Croix parle de la « nuit des sens » et de la « nuit de l’intelligence ». En fait alors qu’on croit avoir saisi le sens, celui-ci se dérobe aussitôt. Comment les autres peuvent-ils alors comprendre nos démarches plus ou moins chaotiques alors que notre vie semble se dérouler selon leurs propres interprétations ? D’ailleurs la réponse la plus appropriée à la seule question de la foi serait sans aucun doute :
- Si je dis que j’ai la foi alors je dois me considérer comme très prétentieux !
- Mais si je dis que je ne l’ai pas alors il s’agit purement d’un mensonge !

Ce que je montre ici ne relève naturellement pas d’une logique binaire, d’une logique purement humaine et naturelle, celle du tiers exclu. Teilhard d’ailleurs semble ne pas prendre en considération que l’homme est paradoxal, car il rejette le fixisme pour ne s’appesantir que sur le phénomène évolutif.
En fait, le parcours terrestre de tout être humain comprend tour à tour des phases banales, des instants de bonheur simple et des périodes plus tragiques qui restent la propriété de la personne dans son absolu. Une expérience religieuse peut justement se construire à partir d’événements où la souffrance prend tout son sens, plutôt que d’être purement et simplement subie tant bien que mal. Il existe une sorte de frontière de nature « mystique » entre ce qui appartient à Dieu seul et ce qui appartient de droit à l’humanité. A ce titre je me permets de paraphraser un texte de l’Apocalypse :
Un mot clé dans le récit des quatre cavaliers : le mot : « sceau ».
Un homme de pouvoir imprime son sceau sur des documents officiels qui traduisent ses décisions. Il s’agit en fait d’un aspect profane du sacré qui authentifie et préserve un contrat public ou privé. A un niveau supérieur, le sceau constitue un symbole lié au secret. Le sceau marque une personne ou un objet d’une appartenance légitime. Ainsi peut-on lire dans Saint Jean :

« Travaillez, non pour la nourriture périssable,
mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle,
celle que vous donne le Fils de l’homme,
car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau. »

Dieu scelle ses décisions ; il met un sceau sur les étoiles, leur interdisant ainsi de se montrer (Job)…ordonne à Daniel de sceller ses visions, donc de les garder secrètes. Au contraire dans l’Apocalypse (22, 10), le voyant ne doit pas sceller les révélations qui lui ont été faites. Plus tard, le Christianisme donnera à cette notion de sceau un contenu théologique profond, associé à l’eau du baptême. En ce sens l’homme devient comme propriété du Père, et par là son âme s’élève vers un monde supérieur.
Dans l’Apocalypse, il est question de la vision d’un livre scellé de sept sceaux devant lequel un Ange proclame à haute voix :

« Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en briser les sceaux ? »

On peut se poser la question de la nature du livre dont il s’agit naturellement. Ce que l’on pense comprendre, c’est que ce document scellé par Dieu, ne peut être ouvert que par un être revêtu de l’entière autorité divine ; il s’agit de l’Agneau donc du Christ lui-même.
Ce que je retiens de cela peut se résumer ainsi : Le monde est complexe, bien organisé et par là même passionnant. Son sens peut se discuter à l’infini et chacun a le droit de lui attribuer les caractères qui se livrent à son intelligence et à son expérience propre. Monde désenchanté ou monde ré enchanté comme certains le proclament. La science et en particulier les mathématiques m’ont aidé puissamment à découvrir des modèles de pensée emprunts d’une certaine technicité. Ayant beaucoup aimé la « mécanique rationnelle d’antan », j’ai acquis le besoin et le plaisir esthétique de « mettre un peu l’univers en équation selon mon choix et mon idée ! ». Etant croyant, cette activité de l’esprit s’est révélée aussi « contemplative » que d’autres activités spirituelles telles que la fabrication des icônes. Par contre, j’avoue que ce n’est pas la science qui m’a conduit vers le sens, mais plutôt l’inverse. C’est là que se pose alors la question de savoir ce que l’on peut livrer aux autres même si le contenu est loin d’être négligeable.

L’époux du Cantique des Cantiques (8, 6-7) dit à sa bien-aimée :

Pose-moi comme un sceau sur ton cœur,
comme un sceau sur ton bras.
Car l’amour est fort comme la Mort,
la jalousie inflexible comme le Shéol.
Ses traits sont des traits de feu,
une flamme de Yahvé.
Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour,
ni les fleuves le submerger.


Le sceau est manifestement un symbole d’appartenance : l’époux n’impose pas sa loi de fidélité, il invite l’épouse à graver en son cœur et sur ses bras, en traits de feu que rien ne peut éteindre, le signe de leur amour mutuel, qui les livre l’un à l’autre dans une étreinte, définitive comme la mort.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 11 Octobre 2011 à 12:41 | Commentaires (1)

Editorial

Note du Président de l’Association Lyonnaise Teilhard de Chardin : La théorie de l’évolution de la matière, selon Teilhard, commence au Big-Ban, point de depart inconnu. Comment bâtir une théorie sur l’inconnu ?
La présente communication scientifique, relatée par Marcel Comby, est un essai, il en faudra d’autres et d’autres encore:



Les physiciens du monde entier s’activent actuellement autour de ce que le LARGE HADRON COLLIDER doit bientôt révéler au sujet de l’organisation de la matière au sein de l’infiniment petit. L’appareil est un anneau de 27 km, à 100m sous terre près de Genève, qui fait entrer en collision des noyaux d’hydrogène à des vitesses proches de celle de la lumière. Que recherche-t-on exactement ?
Il faut faire un bref historique de l’évolution de la physique depuis le début du siècle dernier.
En 1911, c’est le physicien Ernest Rutherford qui découvre une des propriétés fondamentales de la matière : l’existence d’un noyau à l’intérieur de l’atome, dont la charge est positive et qui concentre presque toute sa masse. Autour du noyau gravitent des électrons de charges négatives.
En 1932, Carl Anderson découvre le positon, l’anti-particule de l’électron, parmi les rayons cosmiques qui frappent la terre. Il confirme ainsi l’existence de l’anti-matière.
En 1967, des physiciens mettent en évidence, à l’aide d’accélérateurs de particules, que les protons et les neutrons, constituant le noyau atomique, sont des particules composites. Celles-ci sont les fameux quarks, plus petites briques élémentaires connues.
Durant quarante années, va s’élaborer à l’aide des mathématiques, un modèle, dit STANDARD, selon lequel la matière résulte des divers arrangements possibles de 12 particules et de 3 forces fondamentales. En physique à cette époque, on change d’univers : La philosophie du « bootstrap » marque le rejet décisif de la conception mécaniste du monde. L’univers de Newton était construit à partir d’un ensemble d’entités de base possédant certaines propriétés fondamentales, créées par Dieu et par conséquent non justiciables d’une analyse plus approfondie. Dans la nouvelle vision du monde, l’univers est conçu comme un tissu dynamique d’événements interconnectés. Tout élément participe à la cohérence du tout.
En 1982, on découvre au Cern, des particules appelées bosons W et Z qui confirme les prédictions du modèle standard, ce qui constitue une belle avancée dans la physique quantique.

Cependant la théorie du modèle standard est incomplète et imparfaite. Elle fait intervenir quantités de détails dans l’organisation des particules multiples : électron, méson, hadron, neutrino, photon, gluon, boson, quarks, etc…la force électromagnétique, la force électrofaible, la force d’interaction forte et il manque la gravitation d’importance négligeable dans le monde de l’infiniment petit. Le problème est que cette belle architecture comporte des incohérences ; tels calculs peut par exemple conduire à un résultat infini, ce qui est très gênant. On a démontré alors que la structure serait parfaitement cohérente si l’on faisait intervenir un élément supplémentaire dont on ne connaît pas encore l’existence : le boson de Higgs, encore appelé par les physiciens « la particule de Dieu » !! Il paraîtrait que si cette particule a vraiment une existence alors les physiciens seraient en possession d’une clé indiscutable pour décrire l’organisation de la matière de manière fort intéressante. La question est de faire apparaître le fameux boson car l’expérience nécessite des énergies considérables qui se comptent en milliards de milliards d’électrons-volts. Il a donc fallu construire le LHC pour une dépense de 8,9 milliards d’euros. Il est déjà tombé en panne et une réparation demande plusieurs mois ; mais il est construit pour fonctionner durant 20 ans. La technologie est fabuleusement complexe et ce qui se passe à l’intérieur dégage une chaleur fantastique telle qu’on l’imagine immédiatement après le big bang. Le nombre de physiciens travaillant au LHC est de 10.000 ; beaucoup d’excitation en ce moment sur le site car les plus optimistes annoncent une découverte sans précédent d’ici quelques mois, voire fin octobre !!! Il n’est pas exclu que la manipulation des hautes énergies ne provoque un obstacle à l’observation comme le prétendent certains physiciens ; ce qui remettrait en cause l’utilisation de l’accélérateur LHC et l’avenir de la physique de l’infiniment petit.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 7 Octobre 2011 à 11:25 | Commentaires (0)