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Henri Guyot : Sur l’existence probable en avant de nous d’un ultra humain
Dimanche 27 Novembre 2011Page 351 - L’AVENIR DE L’HOMME – tome 5 – Seuil
Carnot avec son ouvrage "Réflexions sur la puissance motrice du feu" a formulé les principes de la thermodynamique et de la conservation de l’énergie.
Dans son introduction ce traité, quant à sa forme, s’apparente plutôt au début d’un texte philosophique. C’est très surprenant pour des lecteurs habitués aux publications scientifiques modernes. Les indications précises chiffrées se retrouvent le plus souvent en notes de bas de page. C’est dire à cette époque tout l’embarras que l’on éprouvait encore sur certains mots et en particulier la notion d’énergie. Ils faisaient toujours quelque peu partie du langage intellectuel.
Serait-ce cet aspect qui traîne encore dans les écrits de Teilhard lorsqu’il dit que le pouvoir de réflexion de l’espèce humaine se comporte de plus en plus comme une énergie de la physique ? C’est un peu étonnant. On préfère l’entendre parler de goût de vivre plutôt que d’énergie de l’esprit pour ne pas confondre ce qui est de la perception immédiate et de l’intuition avec une entité physique mesurable.
Cette incertitude dans la clarté des définitions crée comme un flottement dans ce chapitre objet de notre étude.
Certes on reconnaît bien le raisonnement habituel de Teilhard et sa progression. C'est-à-dire :
- d’abord émergence de l’humain qui accède à un état réfléchi.
- puis croissance de l’humain : conscience montante.
- enfin phase sociale pour achever l’hominisation en cours.
On arrive alors, selon lui, dans le domaine de l’ultra humain où il ne nous reste plus qu’à découvrir en avant au sommet quelqu’un et un humain qui trouvera son équilibre en formant une âme.
Au fil de ce développement, faute d’avoir pu effectuer une séparation claire entre énergie vitale et énergies de la physique, on en arrive à ces notions indéfinissables : une âme, quelqu’un.
Cela ne veut pas dire que ces notions sont inexactes. Il vaudrait mieux dire que le langage pour les atteindre reste à inventer. Il faut procéder semble-t-il par symboles, symboles évoluant et différenciés selon les milieux et les époques ;
Au lieu de cela on a eu l’impression que l’âme serait un sous produit ou un corollaire d’une grandeur physique précise.
D’ailleurs pour le reste du chapitre Teilhard abandonne ce développement un peu mécaniste de l’évolution en recherchant quel pourrait être le visage de l’ultra humain à travers les phénomènes de compression de la population terrestre. Ils induisent une phase sociale venant relayer l’hominisation en cours.
Il voit donc au sommet de l’anthropogenèse deux solutions partiellement divergentes. Citons :
- une solution collectiviste mais qui ne peut s’accomplir sans apparition d’un centre universel de commandement.
- une solution personnaliste produisant l’amour au cœur même de l’évolution. L’esprit ainsi survit au physique dans une noosphère en formation.
Et Teilhard de conclure (certains diront un peu abruptement) c’est ainsi que doivent raisonner tous les chrétiens. Evoquant les chrétiens il évoque bien sûr le Christ. Quel Christ ? Un Christ cosmique sans doute.
Ces textes que nous examinons ont été écrits en 1950. Il parait intéressant de savoir ce qu’il pensait le plus tard possible, voire vers la fin de sa vie, au sujet de cette évocation christique. Voici un passage d’une lettre adressée au père Ravier le vendredi saint 1955, c'est-à-dire presque la veille de sa mort :
En régime de cosmogénèse d’unification (qui est par définition le régime du Plérôme) Dieu ne saurait créer sans s’incarner, ni s’incarner sans porter le poids souffrant et peccamineux de l’évolution… (Evolution, c'est-à-dire, ultra création ! Identiquement de ce point de vue, Christ rédempteur = Christ évoluteur.
Le Christ en Croix est l’expression la plus complète apparue dans la conscience humaine d’un Dieu de l’évolution… un Dieu de l’Evolution : c'est-à-dire un Dieu divinisant, christifiant, à la fois l’En Haut et l’En Avant.
Il semble bien que si on devait rechercher des symboles modernes pour présenter et faire avancer le processus d’évolution de l’humain on devrait retenir entre autres symboles sur lesquels il faudrait également débattre et tenter des définitions approchées* :
- le principe du Christ cosmique, concept dégagé des représentations historiques habituelles et,
- l’incarnation, principe à évoquer également sans trop de références dogmatiques et historiques. Il est adaptable à toutes les situations modernes et facilement évolutif.
Quant au terme d’énergie vitale ou spirituelle, il n’y a pas de meilleurs mots que ceux de Teilhard : le goût de vivre.
* par exemple : vie éternelle, résurrection, communion des saints, culte marial, présence réelle, …
Jean-Pierre Fressafond
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J.P. GIROUD / L'Avenir de l'Homme... un ultra humain
Dimanche 27 Novembre 2011L'Avenir de l'Homme, éditions du Seuil, chapitre 19
« A partir d'un degré suffisant d'hominisation, « la chaîne planétaire » génératrice de l'humain, ne saurait plus continuer à fonctionner que dans une certaine atmosphère de consentement, c'est-à-dire finalement sous l'action de quelque désir »(Page:361, L'Avenir de l'Homme).
Le goût de vivre, l'envie, le souci de l'autre, ne se sont jamais aussi bien démontrés, il me semble, que maintenant : le teléphone portable générateur constant de connections des êtres, enfants comme adultes; « Fil à la patte »péniblement supporté par certains, addiction réelle pour d'autres... Ne se fait-il pas plus généralement acteur de lien social?, en d'autres termes, activation de l'énergie?
Et les réseaux sociaux pour ne parler que d'eux, désomais omniprésents, jusqu'à en être parfois despotiques ne « canalisent »-ils pas,(ou canibalisent ? ) jugements et actes de nombre de personnes?
Les informations du monde comme celles de la cité, les faits de société, les frasques en tout genre, alimentent les groupes et les forums, construisant ou déconstruisant drames et potins.
Les interconnexions sociales sont de plus en plus présentes, forces réelles, créatrices, imaginées et construites par la technique et le progrès.
Obligation est faite de constater que la marche, sinon la course, du monde est là et tellement là que beaucoup, parmi des hommes et des femmes, commencent à prendre le vertige et demandent l'arrêt ou tout au moins la décélération du mouvement qu'ils pensent devenu fou...
Tant de choses ont changé depuis les années 50 du siècle dernier et pourtant Teilhard est toujours d'actualité.
Laissons le dire à nouveau:
« ...Fonctionner finalement sous l'action de quelque désir, dans une certaine atmosphère de consentement... »; paroles réactionnaires si elles sont mal comprises et par suite entre autres exemples, les jugements émis sur les dogmes qui peuvent, si on y réfléchiT bien, ne plus être d'actualité, devenir obsolètes?
Mais il me semble que là n'est pas le propos.
L'Homme ne s'accomplira dans sa totalité que si il le veut et le goût de vivre dans la vérité est, de toute façon, mouvement, donc en direction vers...,en route pour tous les possibles.
Le temps est à l'attrait, au désir; pour la religion par exemple, tiédeur et habitude font partie du passé et source de désintérêt; le partage et l'amour pour une idée, ou un état (situation), dit-il encore, là est l'humanité en cours de totalisation, la chaleur psychique, l'atmosphère cordiale, qui soudent les âmes et les unifient(sic).
A la suite de ces propos, même s'ils se veulent volontaristes et sont attirants, Teilhard fait entrevoir un manque et il dit:
« Seule finalement ...une perspective, une espérance, …est capable de soutenir jusqu'à la fin notre course en avant...
Mais cette cime précisément, c'est-à-dire ce sommet attendu de l'anthropogénèse, sous quelle forme, sous quels traits essayer de l'imaginer? »
Alors Teilhard propose deux idées ou solutions:
1) La solution collectiviste;
L'humain s'organisera de plus en plus dans le souci du bien être de chacun dans une maîtrise de lui-même, vivra avec et à côté de l'autre dans un esprit d'unité; monde auto et ultra suffisant, ultra individualisé, rouages bien huilés, etc,
2) La solution personaliste;
Dans le premier schéma, des égoïsmes, des esprits partisans ne peuvent manquer d'apparaître, l'état étant statique. L'histoire nous a fourni maints exemples et pour certains, cataclysmiques de leur fin, comme une déstructuration programmée et in fine leur autodestruction.
Teilhard suggère donc comme solution, une force réelle d'amorisation clé de voûte de la noosphère, catalyse de tout incommunicable Réfléchi sublimé au cours des temps(sic), et permettez-moi d'ajouter vision possible bien qu'osée d'Eternité.
L'auteur dit encore:
« La découverte graduelle,...non pas seulement de quelque chose mais de Quelqu'un... »
Et comme en écho:
« Si l'un de vos enfants vous réclame du pain, lui donnerez-vous une pierre... »(LucXI,11).
N'est-ce pas la quête, pour certains peut-être la vision, et pour tous ceux qui le veulent, simplement et de toutes leurs forces, le regard?
Et le dénouement? .
La réponse est avec l'exemple de Paul sur le chemin de Damas (Actes XXII,10), ou celui de Jean de la Croix, ou plus près de nous et peut-être plus lisible, de l'Abbé Pierre un 1er février 1954, et combien d'autres.
La Terre, de laquelle je suis, source, berceau, bien précieux, en devenir pour toutes les ouvertures; Les couleurs de peau qui encore font peur, ne sont-ils pas dérisoires?, Bien sûr existe les drames, les désastres, les morts, mais aussi les richesses dans le coeur de l'autre, qui étonnent, puis remplissent de joie et d'espoir;
Là, n'est-il pas au fond, le commencement et les premiers pas vers ce que Teilhard appelle et désire de toute son énergie et qu'il nomme:
« Les forces de vision commune et d'unanimisation »?
Jean-Pierre Fressafond
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Daniel ANGRAND / "la fin de l'espece" pour le 25/11/2011
Jeudi 24 Novembre 2011L'AVENIR DE L'HOMME, chapitre 22, Editions du Seuil
1 –En préambule, Teilhard confirme sa vision d’une humanité convergeant dans une unité d’abord physico-biologique (Biosphère), puis affective et spirituelle(Noosphère) par besoin d’amour comme seul lien authentique non contraignant. Mais cet amour peut-il procéder d’une sorte d’élan organique interne (tension psychique ou montée de conscience) ou doit-il émaner d’une Personne, de Quelqu’un ?
Teilhard quitte alors le terrain scientifique. A cette question, il trouve, pour la première fois explicitement dans le livre, une réponse définitive dans sa foi chrétienne (p.396) : « L’Affaire Unique du Monde, c’est l’incorporation des fidèles en Christ, qui est à Dieu. A l’origine des développements de l’Univers, il fallait une opération d’ordre transcendant qui grefferait la personne d’un Dieu sur le Cosmos-humain. Ce fut l’Incarnation, restauration-rénovation de toutes les forces et puissances de cet Univers. »
Alors quand approchera la fin des temps (p.402) « une pression spirituelle effrayante s’exercera sur les limites du Réel sous l’effort des âmes tendues dans le désir de s’évader de la Terre. » Ce sera la Parousie : « Action unique d’assimilation et de synthèse qui se poursuivait depuis l’origine des temps.Le Christ universel jaillira comme un éclair. Il n’y a pas à nous creuser la tête pour savoir comment l’énormité de l’Univers pourra s’évanouir. Mais ainsi se trouvera constitué le complexe organique « Dieu et le Monde », le Plérôme : « Erit in omnibus omnia Deus » (Dieu sera tout en tous)
Reste l’inconnu de l’option finale, acte totalement humain : « le oui ou le non proféré individuellement en face de Dieu », en vertu duquel « les monades se précipiteront à la place que l’implacabilité de l’Histoire leur destinera (sic) : achèvement sans limite d’une éternelle communion ou affres conscientes d’une interminable décomposition « »(p.401-402) Mystère redoutable.
2 – Comment alors ne pas rapprocher cette vision de ce que le Christ, incarné cette fois dans la personne physique de Jésus, annonce par l’Evangile à ses disciples – et à nous – au sujet de la fin des temps (Luc 20) : « Ce seront des jours de châtiment où tout ce qui a été écrit devra s’accomplir. Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors on verra le Fils de l’homme venir dans une nuée avec puissance et grande gloire. « Veillez donc et priez en tout temps afin d’avoir la force d’échapper à tout ce qui doit arriver et de paraître avec assurance devant le Fils de l’homme. Ce que je dis à vous , je le dis à tous ».
3 – Donc deux version d’un même évènement inconnu mais inévitable. Chacun de nous ne peut qu’accueillir l’une et l’autre dans le silence de son intériorité.
Jean-Pierre Fressafond
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J.P. Frésafond / contraction de texte pour réunion du 27 janvier 2012
Jeudi 24 Novembre 2011
L'Avenir de L'Homme, Editions du Seuil
Chapitres 320,21,22 et 23
-Chapitre 20 : COMMENT CONCEVOIR ET ESPERER QUE SE REALISE SUR TERRE L’UNANIMISATION HUMAINE , (Paris, le 15 janvier 1950)
INTRODUCTION
Comment supporter le spectacle décourageant de la marée humaine dispersée et de la fourmilière agitée ? Cependant, au fond de nous même demeure la conviction qu’il pourrait en être autrement, ce chaos est contre nature. La situation est-elle désespérée ou y a-t-il des indices positifs ? N’y aurait-il pas certaines énergies qui, dans la multitude affolante des milliards de consciences formant la couche réfléchie de la terre, comme des déterminismes internes et externes pour accéder à un premier degré de compréhension forcée … énergies d’attraction par raison d’affinités internes, libres et consenties ?
1- UNIFICATION FORCEE OU COMPRESSION, COURBURE GEOGRAPHIQUE ET COURBURE MENTALE
a) La croissance démographique ininterrompue agissant sur une surface limitée provoque la formidable compression que nous connaissons et qui a des conséquences profondes sur nos âmes : inventions et arrangements ; réflexion puis réflexion sur soi pour développer le sur humain qui est en nous par un phénomène mystérieux. L’effet de compression primaire génère une rétroaction sur l’individu, laquelle a pour effet retour d’augmenter la compression qui lui a donné naissance, et ainsi de suite. Mais ce n’est pas tout
b) La chaine d’actions-rétroactions qui vient d’être décrite ne tarde pas à se transformer en raison d’existence. Penser pour survivre d’abord et vivre pour penser ensuite. Telle se découvre la loi fondamentale de l’anthropogenèse. Toute l’histoire humaine le prouve, rien n’a jamais empêché une idée de grossir, de se communiquer et de s’universaliser, telle est la situation actuelle : une coalescence forcée du réfléchi sur lui-même. N’est-ce pas une garantie pour la réussite de la cosmogénèse ?
2- UNIFICATION LIBRE,OU ATTRACTION : UN POINT DE CONVERGENCE A L’HORIZON
Bien que contraints géographiquement et psychiquement, les hommes ne sympathisent pas forcément entre eux. Deux chercheurs scientifiques poursuivant le même projet, même s’ils sont amis, finiront par se détester, sauf à être tous deux sous l’influence d’une énergie affective supérieure liée à un projet général, lui-même d’intérêt supérieur. Peut-on prévoir des sympathies de circonstances pareilles ? Je pense que oui.
Si l’on veut définir le résultat principal de l’inéluctable unification scientifique du dernier siècle écoulé, on constate que le gain de connaissances acquises concerne moins notre mainmise sur les forces naturelles de la planète que l’éveil de nos consciences à l’égard des forces sociales de développement. En clair, nous devons cohérer par le dedans pour minimiser les noyaux rebelles de nos individualités.
Si l’on superpose aux deux actions resserrantes de ce que j’ai nommé « la courbure géométrique » et « la courbure mentale » de la terre, la troisième force suprêmement attrayante de notre destinée planétaire, nous parviendrons à une synthèse suffisamment séduisante qui arrachera librement nos consentements.
Il est prématuré d’affirmer qu’une telle disposition soit opérationnelle, mais des indices nous donnent à penser que le processus est initié. Il semblerait que le sens de l’espèce reprenne le dessus, mais nous devons y ajouter quelques aménagements, et c’est là que les avis se partagent sur deux propositions :
-Soit une solution de type marxiste qui polariserait, et dynamiserait les individus jusqu’à leur faire entrevoir et admettre l’accession à un certain état de réflexion et de sympathie collective dont chacun profiterait, dans la mesure où il ferait corps avec tout le système.
-Soit une solution de type chrétien faisant apparaître au sommet d’un centre autonome de rassemblement qui serait capable de susciter et d’entretenir les forces d’unanimisation attendues, une super personne rayonnant d’un super amour. Sans l’existence d’un pareil foyer il ne peut y avoir de convergence et de cohérence possible pour l’humanité. Il faut un véritable Ego au sommet du monde pour consommer, sans les confondre, tous les ego élémentaires de la terre.
J’ai parlé d’un point de vue chrétien mais ,ailleurs, n’est-ce pas Albert Camus qui a écrit dans SISYPHE que : « Si l’homme reconnaissait que l’univers peut aimer, il serait ressuscité » et n’est-ce pas Wells qui fait dire à l’un de ses personnages, le biologiste humanitaire Steel : « La nostalgie de trouver au-dessus et au-delà de l’humain quelque universal lover. »
Et je conclue : si efficace que se révèle, malgré sa jeunesse, cette foi nouvelle née de l’homme en quelque ultra humain, il ne semble pas que son élan vers « quelque chose » en avant puisse s’achever sans se combiner avec une autre aspiration, plus fondamentale encore, descendant, celle là, d’en haut et de quelqu’un.
(Notre de JPF : la conclusion a été très abrégée car elle reprenait, en les citant en condensé tous les arguments qui composent ce chapitre.)
Chapitre 21 DU PRE-HUMAIN A L’ULTRA-HUMAIN (ou les phases d’une planète vivante),
Paris le 27/4/81950
(Note de J.P.F. : Dans les huit pages de ce chapitre, Teilhard résume les 350 pages de son tome-1, LE PHENOMENE HUMAIN, en énumérant les idées fortes de ce livre. Contrairement à son attitude optimiste, il développe dans ce chapitre des pensées pessimistes originales. Afin de ne pas reprendre des théories mainte fois développées dans les chapitres précédents, je ne ferai pas une contraction de texte mais une énumération des idées fortes de ce passage du livre (ce chapitre a une dimension apocalyptique).
L’astronomie classe les étoiles en fonction des couleurs qu’elles émettent, ces couleurs étant analysées par spectrographie, on peut connaître l’âge , la composition chimique et l’évolution des étoiles observées. A mon sens, il serait plus passionnant et plus émouvant de reconstituer au cœur des galaxies l’histoire des planètes vivantes, mais les planètes « vivantes » ne rayonnent pas suffisamment pour que nos instruments actuels puissent détecter un « rayonnement vital ». Cela sera-t-il possible un jour ?
Mais pour observer et étudier la vie, nous avons notre planète Terre sur laquelle la vie est loin d’avoir atteint son plein développement, et l’étude des phénomènes de sédimentation, de fossilisation etc …offre la vision d’un passé biologique de plus d’un milliard d’années ; ce qui permet de tracer la courbe de l’évolution de la vie qui nous permet de déchiffrer notre propre destinée.
Il y a plus de 600 millions d’années, sous l’influence du rayonnement solaire, le film sensible des eaux juvéniles s’est chargé, ça et là, de protéines asymétriques et foisonnantes. Un tel évènement ne pouvait manquer de se produire étant donné les conditions physico chimiques qui régnaient alors. Si improbables qu’elles puissent paraître, ces extraordinaires combinaisons organiques d’une phénoménale complexité ont permis une certaine libération de la matière. Tout se passe comme si la vie était en « pression » partout dans l’univers.
De par sa nature la matière vivante présente l’extraordinaire pouvoir de se reproduire indéfiniment, comme si elle devait envahir la totalité de la surface de la terre, créant ainsi une compression toujours plus forte. On peut comparer cela au comportement d’un gaz, lequel change d’état lorsqu’il est soumis à des pressions croissantes et devient alors liquide. La vie, quant à elle, lorsqu’elle est soumise à la compression d’une forte promiscuité, s’échauffe psychiquement. La vie cherche, et trouve après tâtonnements, des combinaisons collectives et individuelles qui permettent aux espèces concernées d’émerger au-dessus des autres, comme s’il existait une compétition pour obtenir la « cérébration » la plus performante.
Cette vision orthogénique de l’évolution animale a maintenant rallié la presque totalité des chercheurs, dans la mesure où elle implique l’existence d’une chaine psychique continue remontant aux origines de la vie ; soit une constante qui serait présente dans l’immense intervalle des temps géologiques jusqu’au niveau de la phase « réflexion » de l’évolution.
C’est à partir de cette dernière phase que s’opère une transformation importante : chaque élément supérieur engendré par cette évolution crée un agrandissement de sa zone d’influence par le simple fait de son ultra cérébration. Ce phénomène croît de manière exponentielle et se poursuite jusqu’à ce qu’apparaisse une « tache » de rayonnement supérieur plus actif couvrant l’Afrique et le sud de l’Asie, comme une série d’étincelles préludant l’incandescence caractéristique de l’humanisation.
Avec la conscience, l’homme sait qu’il sait, soit un rejaillissement complet de la vie terrestre sur elle-même ; nouveau tour de spire plus serré que le précédent.
Jusqu’à l’homme on peut dire que c’est la sélection naturelle qui a donné la cadence de l’évolution, tandis qu’après l’homme les forces d’invention ont pris le relais.Ce changement est tout intérieur et sans retentissement direct sur l’anatomie, il entraine deux conséquences décisives sur l’avenir :
La première est d’augmenter la zone d’influence de chaque individu.
La seconde, bien plus révolutionnaire, est d’offrir à un nombre croissant d’individus la possibilité de se joindre et de s’unanimiser toujours plus étroitement.
Jusqu’au XIXe siècle l’évolution de l’humanité s’est faite en régime d’expansion, pui, au début du XXe siècle, cette évolution s’est poursuivie en régime de compression et c’est à ce point qu’un formidable évènement se dessina ; les fragments de l’humanité s’interpénètrent jusqu’à réagir réciproquement les uns contre les autres, la compression biologique se transforme en compression réfléchie, la substance humaine commence à se planétiser.
Nous savons maintenant que l’humain date de plusieurs centaines de milliers d’années et très probablement quelques millions d’années, et en considérant la durée de vie probable de notre espèce, on peut considérer qu’elle en est encore au stade embryonnaire du point de vue organisationnel. A supposer qu’aucune catastrophe ne vienne interrompre ce parcours, comment l’aventure humaine se terminera-t-elle ? Faut-il envisager une sénescence de l’e’spèce, ou bien le paroxysme de la noosphère ?
(a) Hypothèse de la sénescence
L’analogie entre notre sénescence individuelle et celle de toute l’humanité doit être corrigée car nous ne savons pas si notre espèce vieillira comme la somme de ses éléments.
(b) Hypothèse alternative
Si on fait intervenir le facteur Esprit, la première hypothèse ne tient plus car avec la noosphère, par nécessité statistique, c’est le principe de convergence qui s’impose. En avant de nous, ce n’est pas l’engourdissement de l’âme qui est probable mais, au contraire, un point critique de réflexion collective qui s’annonce ; un état suprême. Serait-ce une terminaison satisfaisante pour le phénomène humain ? C’est en ce point que se découvre jusque dans son fond le problème posé à notre science par l’existence d’autres planètes vivantes dans l’univers.
J’ai toujours supposé que dans la noosphère comme dans la biosphère subsiste le besoin de croître. Il n’y a pas de sélection naturelle possible et encore moins d’inventions réfléchies si l’individu ne s’oriente pas du dedans vers le super vivre ou du moins vers le sur vivre. Alors, qui ne voit le drame d’une humanité perdant soudain le goût de sa destinée ? Si tel était le cas, le mécanisme psychique de l’évolution s’arrêterait définitivement.
Cette hypothèse d’échec n’est pas un mythe, l’existentialisme sartrien le prouve. Il est moins important de savoir comment la vie est apparue sur terre que de comprendre comment elle pourrait s’éteindre. Une fois devenue réfléchie, la vie spirituelle ne peut accepter de disparaitre sans se contredire biologiquement elle-même. L’idée de point critique de réflexion, fruit de la socialisation, loin d’être une étincelle, correspond au contraire à notre passage, par retournement, sur une autre face de l’univers.
Chapitre 22 : LA FIN DE L’ESPECE(New York, 9 décembre 1952) Revue Psyché, février 1953
Au milieu du XIXe siècle l’homme apprit avec étonnement qu’il y avait une genèse des espèces dans laquelle il se trouvait pris, alors qu’il pensait que le monde animal était juxtaposé à côté de l’humanité. La vie était mouvante et l’homme en était la dernière phase … Cette nouvelle stimula la curiosité ou l’indignation. L’affaire Galilée avait eu moins d’effets car elle ne touchait que les princes de l’Eglise, tandis que l’évolution était une transposition des valeurs planétaires. L’homme était donc un simple « dernier venu ». Mais pour la majorité des esprits cette nouvelle provoqua une certaine exaltation, l’homme avait enfin un avenir scientifiquement démontrable, l’évolutionnisme se présentait à point nommé et justifiait scientifiquement la foi au progrès.
Par un mouvement naturel, comme une marée, l’exaltation cède la place au découragement : l’homme constata que les espèces grandissent, puis s’éteignent. La disparition des espèces animales est un phénomène aussi mystérieux que leur apparition. Perdant leur pouvoir de spéciation en vieillissant, les espèces survivent, ce qui est somme toute une forme de mort. ; ou bien encore elles s’évanouissent en se relayant l’une l’autre pour raison d’inadaptabilité ou de sénescence. Il est désormais possible d’estimer en millions d’années la vie moyenne des espèces. Ainsi, l’homme découvre que les germes de sa disparition sont en lui ; l’angoisse existentielle est le pressentiment qu’un mur infranchissable se dresse devant lui.
Selon les préconisations de la psychiatrie, il ne faut pas fermer les yeux face à notre destin, mais regarder froidement l’ombre de la mort, elle ne s’exorcise pas, elle s’affronte en connaissance de cause. Il ne faut ni s’abriter dans l’infini du temps ni se réfugier dans les profondeurs de l’espace. Il n’y a aucune pudeur à avoir face à ces problèmes. La science ne peut ni supprimer la mort ni nous envoyer dans une autre planète pour nous y réfugier. Il n’y a pas de sursit à attendre, tout ce que l’on raconte sur les échappatoires de la mort et la fin de la planète pour rassurer les gens est scientifiquement faux. Pour comprendre la fin il faut connaître le commencement ; il faut aimer toute la trajectoire de l’évolution. (note de JPF : lire les tomes-1 et 7 sur lesquels se construit toute la pensée de Teilhard).
L’humanité ne va pas se dissipant mais se concentrant sur elle-même ; elle dérive laborieusement vers un point critique de spéciation ; la fin d’une espèce réfléchie est une renaissance hors du temps et de l’espace.
L’idée du salut de l’espèce est une évasion psychique par excès de conscience et n’est pas encore reconnue par les scientifiques ; mais cependant, mise à l’épreuve d’une pensée prolongée, cette idée s’incruste dans les esprits car elle respecte la croissance exponentielle de la courbe du phénomène humain. Elle s’oppose au pessimisme régnant.
Ce qui discrédite la foi au progrès et à l’évolution vers l’ultra-humain, c’est la promesse d’un âge d’or qui convient à un, idéal petit bourgeois qui demande un naturalisme païen. Si les lois de la biogénèse peuvent nous procurer une amélioration des conditions de vie, une illusion de bien-être, ce n’est pas cette question que nous devons nous poser ; ce qu’il nous faut demander, c’est une soif de plus-être, elle seule peut sauver la terre pensante.
C’est sur sa pointe de concentration spirituelle, et non sur une base d’arrangements naturels, que se crée l’équilibre de l’humanité pour qu’elle se dirige vers une issue devant s’ouvrir au sommet du temps et répondre à nos espoirs d’évasion et de Révélation. C’est cela qui pourra le mieux réduire le conflit entre ténèbres et Lumière, entre exaltation et angoisse.
(Note de JPF. : A la fin de ce chapitre, les Editions du Seuil et le Comité de la Fondation Teilhard de Chardin ont ajouté un extrait du livre « LA VIE COSMIQUE » que Teilhard avait écrit en 1916. C’est un texte original : )
N.d.E.
Sous-tendant cette vue ultime , persiste la première intuition mystique exprimée, dès 1916, dans La Vie Cosmique. L’extrait ci-après manifestera l’unité de la vision chrétienne fondamentale et de la recherche scientifique à son terme.
b[« Incapable de se mélanger et de se confondre en rien avec l’être participé qu’il soutient, anime, relie, Dieu est à la naissance, à la croissance, au terme de toutes choses […]. L’affaire unique du Monde, c’est l’incorporation physique des fidèles au Christ qui est à Dieu. Or, cette œuvre capitale se poursuit avec la rigueur et l’harmonie d’une évolution naturelle.
A l’origine de ses développements, il fallait une opération d’ordre transcendant, qui grefferait -suivant des conditions mystérieuses, mais physiquement réglées,- la Personne d’un Dieu dans le Cosmos Humain. (…) « Et Verbum caro factum est » Ce fut l’Incarnation. De ce premier et fondamental contact de Dieu avec notre race, en vertu même de la pénétration du Divin dans notre nature, une vie nouvelle est née, agrandissement inattendu et prolongement « obedientiel » de nos capacités naturelles : la Grâce. Or, la Grace est la sève unique montant dans les branches à partir du même tronc, le Sang courant dans les veines sous l’impulsion du même Cœur, l’influx nerveux traversant les membres au gré d’une même Tête ; et la Tête radieuse, et le Cœur puissant, et la Tige féconde, sont inévitablement le Christ […]
L’Incarnation est une rénovation, une restauration de TOUTES les Forces et les Puissances de l’Univers : le Christ est l’instrument, le Centre, la Fin de toute la Création animée et matérielle ; par Lui, tout est créé, sanctifié, vivifié. Voilà l’enseignement constant et courant de Saint Jean et de Saint Paul (le plus « cosmique » des écrivains sacrés), enseignement passé dans les phases les plus solennelles de la Liturgie … mais que nous répétons et que les générations rediront jusqu’à la fin, sans pouvoir en maîtriser ni en mesurer la signification mystérieuse et profonde -liée qu’elle est à la compréhension de l’Univers […]
Chapitre 23 : CONCLUSION, TEXTE SUR LA FIN DU MONDE (version intégrale).
(Note du Comité de rédaction de Mademoiselle Mortier « Pour clore ces écrits concernant L’AVENIR DE L’HOMME, nous extrayons les pages suivantes d’une œuvre qui aura sa place dans une publication ultérieure : MON UNIVERS, résumant en une lumineuse synthèse, ce que le penseur et le religieux pressentait de la Fin du Monde, elles s’achèvent sur la citation paulinienne qui, à la dernière page de son « Journal » exprimera sa suprême vision : « Dieu tout en tous »)
[…] Pressés les uns contre les autres par l’accroissement de leur nombre et sa multiplication de leurs liaisons, serrés entre eux par l’éveil d’une force commune et le sentiment d’une angoisse commune, -les hommes de l’avenir ne formeront plus, en quelque manière, qu’une seule conscience ; et parce que leur initiation étant terminée, ils auront mesuré la puissance de leurs esprits associés, l’immensité de l’Univers et l’étroitesse de leur prison , cette conscience sera véritablement adulte, majeure. Ne peut-on pas imaginer qu’à ce moment se posera pour la première fois, dans une option finale, un acte vraiment et totalement humain, le OUI ou le NON en face de Dieu, proféré individuellement par des êtres en chacun desquels se sera pleinement épanoui le sentiment de la liberté et de la responsabilité humaine ?
On a quelque peine à se représenter ce que pourra être une fin du Monde. Une catastrophe sidérale serait assez symétrique à nos morts individuelles. Mais elle amènerait la fin de la Terre, plutôt que celle du Cosmos, et c’est le Cosmos qui doit disparaître.
Plus je songe à ce mystère, plus je lui vois prendre, dans mes rêves, la figure d’un « retournement » de conscience, d’une éruption de vie intérieure, d’une extase… Il n’y a pas à nous creuser la tête pour savoir comment l’énormité matérielle de l’Univers ^pourra jamais s’évanouir. Il suffit que l’esprit s’inverse, qu’il change de zone, pour qu’immédiatement s’altère la figure du Monde.
Lorsqu’approchera la fin des temps, une pression spirituelle effrayante s’exercera sur les limites du réel, sous l’effort des âmes désespérément tendues dans le désir de s’évader de la Terre. Cette pression sera unanime. Mais l’Ecriture nous apprend qu’en même temps elle sera traversée par un schisme profond, les uns voulant sortir d’eux-mêmes pour dominer encore plus le Monde, les autres, sur la parole du Christ, attendant passionnément que le Monde meure, pour être absorbé avec lui en Dieu.
Alors , sans doute, sur une Création portée au paroxysme de ses aptitudes à l’union, s’exercera la Parousie. L’action unique d’assimilation et de synthèse qui se poursuivait depuis l’origine des temps se révélant enfin, le Christ Universel jaillira comme un éclair au sein des nuées du Monde lentement consacré. Les trompettes angéliques ne sont qu’un faible symbole. . C’est agitées par la plus puissante attraction organique qui se puisse concevoir (la force même de cohésion de l’Univers !)que les monades se précipiteront à la place où la maturation totale des Choses et l’implacable irréversibilité de l’histoire entière du Monde les destineront irrévocablement ,
les unes, matière spiritualisée, dans l’achèvement sans limites d’une éternelle communion ;
les autres, esprit matérialisé, dans les affres conscientes d’une interminable décomposition.
A cet instant, nous apprend Saint Paul, (I Cor. XV, 23, sq) quand le Christ aura vidé d’elles-mêmes toutes les puissances créées (rejetant ce qui est facteur de dissociation et sur-animant tout ce qui est force d’unité), Il consommera l’unification universelle en se livrant, dans son Corps, complet et adulte, avec une capacité d’union enfin complète, aux embrassements de la Divinité.
Ainsi se trouvera constitué le complexe organique : Dieu et le Monde, le Plérôme, réalité mystérieuse que nous ne pouvons pas dire plus belle que Dieu tout seul, puisque Dieu pouvait se passer du Monde, mais que nous ne pouvons pas non plus penser absolument accessoire, sans rendre incompréhensible la Création, absurde la Passion du Christ, et inintéressant notre effort. « Et tunc erit finis ». Comme une marée immense, l’Etre aura dominé le frémissement des êtres. Au sein d’un océan tranquillisé, mais dont chaque goutte aura conscience de demeurer elle-même, l’extraordinaire aventure du Monde sera terminée. Le rêve de tout mystique aura trouvé sa pleine et légitime satisfaction. « Erit omnibus omnia Deus ».
]b
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
M. COMBY / L’ultra humain ou le mystère de l’âme
Mardi 22 Novembre 2011Travail pour le 25/11/11, chapitre 19, L'AVENIR DE L'HOMME, Editions du Seuil
Teilhard a écrit : « Ce qui importe extrêmement, c’est de savoir comment, dans ce tourbillon, nous orienter et nous comporter spirituellement de telle sorte que l’étreinte totalisante à laquelle nous sommes soumis ait pour conséquence, non point de nous déshumaniser par mécanisation, mais de nous sur-humaniser par intensification de nos puissances de comprendre et d’aimer ».
Une première réponse peut être donnée. Au beau milieu des événements troublés de mai 1968 en France, je vois encore ce sage collègue apporter un avis combien paradoxal mais apaisant, face au tintamarre et à la violence des discussions sans fin. Il s’exprimait ainsi : « La solution de tous les problèmes, elle est en soi… ! ». Cela pose le problème de notre relation au monde et à l’univers. Teilhard ne parle d’évolution de l’humanité qu’en termes de socialisation sous l’effet d’un accroissement de la Connaissance. On peut parler aussi de l’évolution des cultures. Qu’est-ce en fait ce lien qui nous relie aux autres et au créateur et qui nous permet d’agir sur ce monde ? Nous nous sentons impuissants devant les événements mais nous savons que le dénuement de l’esprit peut être alors apaisement ou renaissance. On peut donc se poser la question : qu’est-ce que cette puissance spirituelle que l’on appelle : l’âme humaine ?
Depuis l’Antiquité, le problème de l’âme a suscité de nombreuses discussions philosophiques. Le mot évoque une force invisible et un principe vital, matériel ou immatériel, mortel ou immortel, perception fugace d’une énergie supranaturelle, objet de croyance ou d’illusions.
L’étymologie latine du mot est anima : le souffle. On a aussi, en grec, le mot anemos : vent. Le souffle est fondamental pour l’existence de la vie : il est aspiration et expiration : la dualité qui préside à toute organisation cohérente du phénomène vital. Il n’est donc pas étonnant que ce mot : âme ait participé à de nombreuses croyances et interprétations, ainsi qu’à des représentations symboliques. L’âme a été également associée à des théories mettant en évidence le caractère « cosmique » de la nature humaine qui est faites de trois corps subtils tels le corps éthérique, le corps astral, etc…
On parle volontiers de l’aura : émanation qui procède de ce qu’une personne a de plus mystérieux. On parlera volontiers de « charisme » pour une personne qui possède un ascendant sur un groupe. Rappelons ce don accordé à l’abbé Pierre ou Mère Theresa. Dans l’ancienne civilisation chinoise, l’âme, composée de deux principes : l’un associé à la matière pesante et l’autre associé à l’esprit des dieux, était une réalité duale. Cette conception rejoint le double principe du Yin, terrestre et femelle, et du Yang, mâle et céleste.
En arabe il y a deux mots pour l’âme :
Nafs : le souffle, l’énergie vitale, réalité mortelle !
Ruh : le vent, l’Esprit, le divin, réalité immortelle !
Citons aussi les spéculations à propos de l’anima et de l’animus qui mettent en évidence que, depuis fort longtemps dans l’histoire, l’homme distingue deux essences en lui : l’une procédant de la terre et l’autre procédant du ciel, avec toutes les nuances anthropologiques qui se rapportent aux civilisations, des moins évoluées aux plus avancées dans la compréhension de la psyché. On retrouve, chez Platon et ensuite chez beaucoup de penseurs, cette idée selon laquelle le corps emprisonne l’âme. St Paul exprime une division tripartite de l’homme : « Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche… » (Tess, 5, 23)
« On sème un corps psychique, il ressuscite un corps spirituel… »
(Cor. 15, 44)
Pour St Paul, la psyché (en Hébreux : néphesh) est le principe vital qui anime le corps humain. Elle est sa vie, son âme vivante qui doit s’effacer devant le pneuma : le souffle spirituel. Dans la Résurrection du corps par l’Esprit, de « psychique » le corps devient « pneumatique », incorruptible, immortel. En un sens très large, la psyché peut désigner, par opposition au corps, le siège de la vie morale et des sentiments.
La philosophie de St Thomas distingue trois niveaux de l’âme humaine : celui qui gouverne les fonctions élémentaires de nutrition et de reproduction, celui qui participe à l’activité des sens et enfin celui de la raison et de l’amour.
Le sens mystique de l’âme se rencontre dans la tradition chrétienne. Le niveau de connaissance spirituelle n’est plus d’ordre « psychologique », l’âme est animée par l’Esprit Saint. La nature ontologique de l’âme est d’une profondeur telle que St Paul écrit encore :
« Vivante, en effet, est la parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants, elle pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit, des articulations et des moelles, elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur… » ( Heb. 4, 12)
La pensée de Jung met en évidence les multiples interprétations de la réalité « âme ». Il s’agit d’un état psychologique qui jouit d’une certaine indépendance vis-à-vis de l’ensemble des facultés de la psyché…L’âme possède à la fois des qualités terrestres et des qualités spirituelles ; elle est, en ce sens, une « aspiration » de l’inconscient. L’anima exerce une action médiatrice entre le Moi et le Soi. Abandonnons les recherches de Jung et les querelles des philosophes ou théologiens pour essayer une approche plus concrète d’une notion qui peut être éclairée par le témoignage.
Edouard Herriot, en parlant de la culture, donnait une définition par la via negativa. Ainsi il disait : « La culture est ce qui reste quand on a
tout oublié ! ». La culture est liée à un savoir, à une histoire, à un principe fusionnel, et on la reconnaît à la suite de l’abandon du savoir.
Pour l’âme, l’analogie avec la culture est assez évidente : ne parle-t-on pas de l’âme d’un peuple ? D’une maison qui possède une âme ? L’âme s’éduque puis elle s’identifie ; Elle a une histoire et on reconnaît sa présence à la suite de l’abandon d’un combat, d’une séparation, d’un manque, d’un lâcher prise. C’est alors qu’apparaît l’Ultra humain, cet état qui s’est libéré de la socialisation compressive selon l’expression de Teilhard.
La dernière partie de la vie d’un homme ou d’une femme est une période de retour sur l’essentiel. On dit qu’à l’âge ou s’accumulent les souvenirs, la personne humaine possède une vision de la vie qui n’est plus celles des individus plus jeunes. La vieillesse constitue un état particulier de transformation et d’émergence de l’âme. Un couple qui a vécu durant 30 ou 40 ans ou plus et qui a résisté à l’usure du temps, surmonté toutes les difficultés de la vie commune, qui a engrangé une masse importante de leçons de vivre, possède la capacité de percevoir ce qu’il y a de plus fort et de plus profond dans l’acte de vivre ensemble : Le sens de la fidélité, par exemple. La vie trépidante de notre monde actuel pousse l’individu vers l’activisme et la superficialité des choses quand ce n’est pas vers une certaine lassitude de vivre. La vie réside alors dans une résistance à la pression des flots destructeurs de la désespérance. Nous avons tous plus ou moins la tentation de juger notre société complètement folle et dépravée. Devant les déceptions et le pessimisme de ses interlocuteurs, une humble religieuse affirmait, avec conviction, que tout se voyait dans les plus petites choses de la vie. Cette manifestation de l’âme, qui réussit à s’opposer au monde des sentiments immédiats et aux nostalgies à la mode, constitue un des aspects propres du Christianisme. Le Chrétien est celui qui prend conscience intuitivement que, dans un monde aussi pervers soit-il, reste présent à ce monde, ce qui n’a rien d’une évidence ! L’évolution des sociétés actuelles portent nécessairement vers un certain désenchantement du monde que nous vivons et, par voie de conséquence, vers un abandon partiel ou total de nos capacités à nous intéresser à ce monde et de notre volonté à croire encore en lui. L’ultra humain n’est-il pas dans la capacité de devenir adulte c’est-à-dire conscient de l’achèvement du Soi et de l’accomplissement qui s’est opéré en notre être et au sein du monde. Notre esprit est un composant de la Noosphère mais paradoxalement celle-ci est au-dedans de nous, en attente d’être transformée par nous. L’âme perçoit les réalités dans leur globalité cosmique chargée de sens et dans le silence intérieur. L’homme est fait pour l’exploration de l’infini.
Le mot âme a valeur de symbole.
Appelons SYMBOLE cette possibilité de transparence de toute chose. Ne disons pas : « telle chose a d’abord sa réalité de chose, ensuite elle a la possibilité de faire penser à Dieu », car d’où vient sa réalité de chose, si ce n’est pas par Dieu ou pour Dieu qu’elle est ? Disons plutôt : « telle chose a sa réalité en Dieu », ensuite elle est présente à nos yeux superficiels l’illusion d’être réelle sur son plan. Alors si Dieu m’éclaire, je verrai que cette réalité illusoire n’est rien d’autre qu’illusoire, et qu’elle me cachait la présence immuable du seul Réel auquel mon âme aspire.
Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été formés par une parole de Dieu, de sorte que ce que l’on voit provient de ce qui n’est pas apparent. (Heb XI, 3)
Aujourd’hui, certes, nous voyons dans un miroir, d’une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd’hui, je connais d’une manière imparfaite ; mais alors je connaîtrai comme je fus connu. (Cor XIII, 12).
L’âme ainsi se blottit au coeur de l’être humain, dans l’infinie profondeur du « Dedans des choses » selon l’expression de Teilhard. Le symbole serait alors une passerelle entre le « Dehors » et le « Dedans » des choses. Ce « Dedans » ne se limite pas à ce que l’on peut observer à l’aide de nos sens et de nos technologies. On peut le comparer à un arbre puissant dont les racines s’étendent jusqu’à cette réalité que Teilhard appelle : « Le milieu divin ». Au fond de nous, de notre inconscient, est écrit notre histoire, mais aussi celle du monde, depuis le jour de la Création jusqu’à l’événement du Calvaire et l’accomplissement de la Rédemption. Au sein de notre macrocosme familier et du microcosme, nous ne connaissons que les quatre grandes forces fondamentales connues de tous les physiciens. Ce qui nous est voilé par les limites de notre intelligence, c’est l’existence d’autres forces, d’autres énergies, qui exercent en nous une mystérieuse influence. Tel est l’Ultra humain. Ainsi par exemple l’histoire de Jésus crucifié va de nouveau s’actualiser dans la personne d’un croyant ou d’une croyante tels saint François d’Assise, Véronique Giuliani, Marthe Robin, Thérèse d’Avila, et bien d’autres. La prière justement n’est pas qu’une parole adressée à un Dieu extérieur, mais un acte de nature cosmique qui fait remonter en nous le mystère d’un Dieu incarné en l’homme. Etant donné la nature des forces et des énergies mises en cause dans cette union à la transcendance, le corps et l’esprit de ceux ou celles qui vivent une relation d’amour mystique, sont le siège d’une multitude d’expériences sensorielles reproduisant certaines scènes des évangiles. A ce titre, les neurosciences ne pourront jamais accéder à ce niveau de la réalité car l’homme est « trop grand ! » dans sa ressemblance avec son Créateur.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
L'Avenir de l'Homme, tome-5, Editions du Seuil
INTRODUCTION
Cette réflexion portera sur la fin du chapitre 19 dont les idées fortes sont :
1- L’Effet de Voute est produit par l’Amour
2- L’esprit qui survit au physique, formation de l’âme
3- Au sommet que voyons-nous, quelque chose ou quelqu’un ?
J’ai choisi cette dernière partie du chapitre où Teilhard se pose la question de savoir si les lecteurs le suivront dans cette intuition… j’aurais tendance à le suivre.
1) L’EFFET DE VOUTE EST PRODUIT PAR L’AMOUR
Dans les cathédrales, l’effet de voute est une composante des forces de la gravité qui, dans ce contexte symbolique, représentent l’AMOUR, force identique à la gravité universelle.
Ces deux forces sont à l’inverse des forces de haine, composantes des égoïsmes dont les effets sont dispersant, et pourtant ils sont nécessaires à l’expansion de la vie. Ces forces peuvent se percevoir comme une explosion c'est-à-dire contraires à l’esprit de voûte.
La voûte ne se conçoit pas sans une clef de voûte (Le Christ peut être ressenti symboliquement comme une clef de voûte) dont la pierre est un ordre majeur et il en est de même pour toutes les pierres de la voûte. Car, sans cette harmonie, il n’y aurait pas de voûte possible parce que les pierres seraient encore à l’état brut dans la carrière. Souvenons-nous de la formule ordo ab chaos (le chaos contient un ordre caché).
Ces forces extérieures de pression proviennent du centre d’attraction universelle d’un cercle dont la voute est un segment . La finalité de la voute est le cercle et la finalité du cercle est la centréité (« Q.G. » de l’ensemble), premier pas vers la complexité.
Comparaison entre la voute et la société humaine : La pression verticale exercée sur la voute est transformée par celle-ci en pressions horizontales de resserrement des pierres les unes sur les autres. Autrement dit, la pression de l’immanence qui s’exerce sur chacune de nos têtes se traduit par un resserrement des hommes entre eux. Ils deviennent à la fois individualisés et solidaires.
A ce stade du raisonnement nous ne sommes plus dans le physique mais dans le spirituel et nous sommes passés du corps à l’esprit. Mais selon Teilhard, les lois qui gouvernent l’esprit sont les mêmes que celles qui gouvernent la matière ; il s’agit de l’atomisme de l’esprit, idée si chère à Teilhard et toujours unique en son genre (voir tome-7, chapitre 2, Editions du Seuil)
2) L’ESPRIT QUI SURVIT AU PHYSIQUE
Le Professeur Pierre Rabischong, neuro-anatomiste mondialement connu dans sa spécialité, m’avait dit après la conférence qu’il nous avait accordée en mars 2011 : après la mort physique le cerveau cesse de fonctionner et n’émet plus aucune onde, ce qui, selon lui, prouvait qu’après la mort il n’y avait que le néant …
Des indices me permettent de penser que le Professeur a évolué sur ce point. Si le cerveau n’émet plus d’ondes après la mort, que sont devenues les ondes émises par lui avant le décès ? C’est ici que classiquement la science et la métaphysique se séparent ; les ondes émises logiquement par le cerveau avant la mort sont éternellement présentes comme le laisse supposer leur nature spirituelle. Personne ne peut rien prouver à ce sujet, ni dans un sens ni dans l’autre, même si des transmissions de pensée sont constatées entre vivants, sans aucune réserve de part et d’autre. Entre vivants et morts les mêmes phénomènes sont rapportés mais on ne peut évidemment pas les vérifier en interrogeant le disparu. Cependant, des enquêtes post-mortem auprès des témoins sont parfois positives.
Les teilhardiens sont entrainés à l’utilisation du « principe anthropique » utilisé par les scientifiques depuis le début de leur démarche dans les pas de Teilhard et nous postulons que « les effets prouvent la cause. »Puisque le monde existe tel que nous le voyons, il n’a pas pu se faire tout seul sans l’existence d’un Principe Créateur. Nous avons même admis que ce Principe de Forces et d’informations de toutes choses était consubstantiel à la matière. En conséquence, on peut dire que le Principe Créateur était présent avant l’apparition de l’univers manifesté, et il sera toujours présent après sa disparition.
Cette énergie qui subsiste est-elle différente de celle qui ETAIT avant le commencement ? Teilhard répond à cette question par sa théorie de l’atomisme de l’esprit déjà citée.
Mais revenons à cette énergie-esprit produite par notre cerveau (comme les autres ondes elle est partout et nulle part) et qui, par hypothèse, survit à notre mort. Que fait-elle quand elle vient d’être émise ? Elle s’enroule sur elle-même, elle se centre mais en plus elle décide… elle devient une âme, notre âme. Elle existe déjà à l’état embryonnaire dès la naissance du « petit de l’homme » et elle devient conscience dès qu’il découvre sa présence ; une présence qui peut devenir plus forte que la volonté de l’homme, jusqu’à provoquer en lui des déchirements, sa force est invincible. Cet embryon demande à l’homme de le cultiver, de le développer à l’infini, c’est la condition sine qua non de sa vie éternelle. L’enfer ce ne sont pas des flammes qui le caractérisent , mais les cendres froides d’une âme morte.
L’âme et la conscience sont une même et unique chose issue de l’esprit qui participe au ternaire : corps, esprit, âme par ordre d’apparition....Etymologiquement le mot conscience signifie avec la connaissance. Cette conscience est d’abord au-dessus de nous, immanente, imposée et nous oblige à transformer cette connaissance en une transcendance acceptée et voulue qui jaillit de notre conscience et tend à rejoindre l’Etre Suprême.
Après la découverte de son âme, l’homme doit apprendre à lui parler et à l’écouter pour décider de certains choix difficiles et fondamentaux. Ainsi joue l’âme de l’esprit contre l’âme de l’élan vital naturel qui pousse à choisir des options égoïstes. Telle est la forme prise dans le combat du bien contre le mal, ce qui revient à discerner ce qui est bon en de ça de ce qui devient mal au-delà. Poussé à l’extrême l’élan vital aboutit à l’égoïsme dispersant .
3) AU SOMMET QUE VOYONS-NOUS ? QUELQUE CHOSE OU QUELQU’UN ?
Que Teilhard se pose une telle question est remarquable de franchise et en cela il n’était pas un homme d’appareil. Dans le cas contraire, il aurait évité de poser le problème. Il est intéressant d’analyser la question.
-Dans ce contexte, être quelque chose signifie être une entité inanimée, une banque de données passive.
-Etre quelqu’un désigne une intelligence animée évolutive et décisive et j’ajouterai perfectible. Dieu sera parfait à la fin des temps (« à la fin des
temps » … si l’on peut dire, le temps existe-t-il dans l’éternité ?) quand Il aura achevé son projet audacieux et risqué. Teilhard le dit clairement, le risque d’échec est possible si l’homme n’y participe pas loyalement. Les Evangiles ne cachent pas ce risque : « Celui qui croit en Dieu est déjà sauvé» (Jean)
Devant une telle alternative présentée par Teilhard, nous pouvons espérer que notre Dieu percevra nos appels et qu’Il nous répondra par la voie animique, tel est le mystère de la Révélation.Dieu inspire à certains hommes lemessage qu’ils doivent transmettre.
Tout ce qui précède est indémontrable mais incontestable selon la logique de Teilhard.
CONCLUSION
Mes réflexions ne sont bien entendu que ce que je crois comprendre du texte de Teilhard et ce qu’il a voulu exprimer et transmettre...
Si nous adhérons au principe de Genèse, il faut aussi admettre qu’il s’étend au TOUT (ensemble matière et esprit). La genèse de la matière aboutit à l’homme et avec lui commence celle de l’espritt, dans ces deux genèses, Dieu est inclus. Les résonnances de son esprit en nous prouvent son existence.
Le principe de genèse de l’esprit (contexte dynamique lui aussi) introduit la notion de perfectibilité de Dieu. Si Dieu était parfait avant le commencement son principe serait passif. Le passage de la genèse par l’homme et son aboutissement signifie que le quantum d’énergie spirituelle du commencement est inférieur à ce qu’il sera à la fin de la cosmogénèse. Dieu a besoin des hommes et l’homme a besoin de Dieu ; l’Eucharistie est faite pour satisfaire ce besoin de l’homme et nous verrons peut-être dans l’étude du tome-10 comment Teilhard argumente ses idées quant à la faute originelle.
L’ultra humain est une société d’hommes supérieurs, spiritualisés, solidaires et individualisés. Le contact avec notre prochain nous apporte plus que nous de lui donnons. L’ultra humain est la future noosphère. La noosphère n’est pas l’inconscient collectif de Yung, mais le CONSCIENT COLLECTIF de Teilhard de Chardin.
Voilà l’espérance qui se dévoile en avant de nous et qui nous maintient debout, vigilants et actifs..
Cette réflexion portera sur la fin du chapitre 19 dont les idées fortes sont :
1- L’Effet de Voute est produit par l’Amour
2- L’esprit qui survit au physique, formation de l’âme
3- Au sommet que voyons-nous, quelque chose ou quelqu’un ?
J’ai choisi cette dernière partie du chapitre où Teilhard se pose la question de savoir si les lecteurs le suivront dans cette intuition… j’aurais tendance à le suivre.
1) L’EFFET DE VOUTE EST PRODUIT PAR L’AMOUR
Dans les cathédrales, l’effet de voute est une composante des forces de la gravité qui, dans ce contexte symbolique, représentent l’AMOUR, force identique à la gravité universelle.
Ces deux forces sont à l’inverse des forces de haine, composantes des égoïsmes dont les effets sont dispersant, et pourtant ils sont nécessaires à l’expansion de la vie. Ces forces peuvent se percevoir comme une explosion c'est-à-dire contraires à l’esprit de voûte.
La voûte ne se conçoit pas sans une clef de voûte (Le Christ peut être ressenti symboliquement comme une clef de voûte) dont la pierre est un ordre majeur et il en est de même pour toutes les pierres de la voûte. Car, sans cette harmonie, il n’y aurait pas de voûte possible parce que les pierres seraient encore à l’état brut dans la carrière. Souvenons-nous de la formule ordo ab chaos (le chaos contient un ordre caché).
Ces forces extérieures de pression proviennent du centre d’attraction universelle d’un cercle dont la voute est un segment . La finalité de la voute est le cercle et la finalité du cercle est la centréité (« Q.G. » de l’ensemble), premier pas vers la complexité.
Comparaison entre la voute et la société humaine : La pression verticale exercée sur la voute est transformée par celle-ci en pressions horizontales de resserrement des pierres les unes sur les autres. Autrement dit, la pression de l’immanence qui s’exerce sur chacune de nos têtes se traduit par un resserrement des hommes entre eux. Ils deviennent à la fois individualisés et solidaires.
A ce stade du raisonnement nous ne sommes plus dans le physique mais dans le spirituel et nous sommes passés du corps à l’esprit. Mais selon Teilhard, les lois qui gouvernent l’esprit sont les mêmes que celles qui gouvernent la matière ; il s’agit de l’atomisme de l’esprit, idée si chère à Teilhard et toujours unique en son genre (voir tome-7, chapitre 2, Editions du Seuil)
2) L’ESPRIT QUI SURVIT AU PHYSIQUE
Le Professeur Pierre Rabischong, neuro-anatomiste mondialement connu dans sa spécialité, m’avait dit après la conférence qu’il nous avait accordée en mars 2011 : après la mort physique le cerveau cesse de fonctionner et n’émet plus aucune onde, ce qui, selon lui, prouvait qu’après la mort il n’y avait que le néant …
Des indices me permettent de penser que le Professeur a évolué sur ce point. Si le cerveau n’émet plus d’ondes après la mort, que sont devenues les ondes émises par lui avant le décès ? C’est ici que classiquement la science et la métaphysique se séparent ; les ondes émises logiquement par le cerveau avant la mort sont éternellement présentes comme le laisse supposer leur nature spirituelle. Personne ne peut rien prouver à ce sujet, ni dans un sens ni dans l’autre, même si des transmissions de pensée sont constatées entre vivants, sans aucune réserve de part et d’autre. Entre vivants et morts les mêmes phénomènes sont rapportés mais on ne peut évidemment pas les vérifier en interrogeant le disparu. Cependant, des enquêtes post-mortem auprès des témoins sont parfois positives.
Les teilhardiens sont entrainés à l’utilisation du « principe anthropique » utilisé par les scientifiques depuis le début de leur démarche dans les pas de Teilhard et nous postulons que « les effets prouvent la cause. »Puisque le monde existe tel que nous le voyons, il n’a pas pu se faire tout seul sans l’existence d’un Principe Créateur. Nous avons même admis que ce Principe de Forces et d’informations de toutes choses était consubstantiel à la matière. En conséquence, on peut dire que le Principe Créateur était présent avant l’apparition de l’univers manifesté, et il sera toujours présent après sa disparition.
Cette énergie qui subsiste est-elle différente de celle qui ETAIT avant le commencement ? Teilhard répond à cette question par sa théorie de l’atomisme de l’esprit déjà citée.
Mais revenons à cette énergie-esprit produite par notre cerveau (comme les autres ondes elle est partout et nulle part) et qui, par hypothèse, survit à notre mort. Que fait-elle quand elle vient d’être émise ? Elle s’enroule sur elle-même, elle se centre mais en plus elle décide… elle devient une âme, notre âme. Elle existe déjà à l’état embryonnaire dès la naissance du « petit de l’homme » et elle devient conscience dès qu’il découvre sa présence ; une présence qui peut devenir plus forte que la volonté de l’homme, jusqu’à provoquer en lui des déchirements, sa force est invincible. Cet embryon demande à l’homme de le cultiver, de le développer à l’infini, c’est la condition sine qua non de sa vie éternelle. L’enfer ce ne sont pas des flammes qui le caractérisent , mais les cendres froides d’une âme morte.
L’âme et la conscience sont une même et unique chose issue de l’esprit qui participe au ternaire : corps, esprit, âme par ordre d’apparition....Etymologiquement le mot conscience signifie avec la connaissance. Cette conscience est d’abord au-dessus de nous, immanente, imposée et nous oblige à transformer cette connaissance en une transcendance acceptée et voulue qui jaillit de notre conscience et tend à rejoindre l’Etre Suprême.
Après la découverte de son âme, l’homme doit apprendre à lui parler et à l’écouter pour décider de certains choix difficiles et fondamentaux. Ainsi joue l’âme de l’esprit contre l’âme de l’élan vital naturel qui pousse à choisir des options égoïstes. Telle est la forme prise dans le combat du bien contre le mal, ce qui revient à discerner ce qui est bon en de ça de ce qui devient mal au-delà. Poussé à l’extrême l’élan vital aboutit à l’égoïsme dispersant .
3) AU SOMMET QUE VOYONS-NOUS ? QUELQUE CHOSE OU QUELQU’UN ?
Que Teilhard se pose une telle question est remarquable de franchise et en cela il n’était pas un homme d’appareil. Dans le cas contraire, il aurait évité de poser le problème. Il est intéressant d’analyser la question.
-Dans ce contexte, être quelque chose signifie être une entité inanimée, une banque de données passive.
-Etre quelqu’un désigne une intelligence animée évolutive et décisive et j’ajouterai perfectible. Dieu sera parfait à la fin des temps (« à la fin des
temps » … si l’on peut dire, le temps existe-t-il dans l’éternité ?) quand Il aura achevé son projet audacieux et risqué. Teilhard le dit clairement, le risque d’échec est possible si l’homme n’y participe pas loyalement. Les Evangiles ne cachent pas ce risque : « Celui qui croit en Dieu est déjà sauvé» (Jean)
Devant une telle alternative présentée par Teilhard, nous pouvons espérer que notre Dieu percevra nos appels et qu’Il nous répondra par la voie animique, tel est le mystère de la Révélation.Dieu inspire à certains hommes lemessage qu’ils doivent transmettre.
Tout ce qui précède est indémontrable mais incontestable selon la logique de Teilhard.
CONCLUSION
Mes réflexions ne sont bien entendu que ce que je crois comprendre du texte de Teilhard et ce qu’il a voulu exprimer et transmettre...
Si nous adhérons au principe de Genèse, il faut aussi admettre qu’il s’étend au TOUT (ensemble matière et esprit). La genèse de la matière aboutit à l’homme et avec lui commence celle de l’espritt, dans ces deux genèses, Dieu est inclus. Les résonnances de son esprit en nous prouvent son existence.
Le principe de genèse de l’esprit (contexte dynamique lui aussi) introduit la notion de perfectibilité de Dieu. Si Dieu était parfait avant le commencement son principe serait passif. Le passage de la genèse par l’homme et son aboutissement signifie que le quantum d’énergie spirituelle du commencement est inférieur à ce qu’il sera à la fin de la cosmogénèse. Dieu a besoin des hommes et l’homme a besoin de Dieu ; l’Eucharistie est faite pour satisfaire ce besoin de l’homme et nous verrons peut-être dans l’étude du tome-10 comment Teilhard argumente ses idées quant à la faute originelle.
L’ultra humain est une société d’hommes supérieurs, spiritualisés, solidaires et individualisés. Le contact avec notre prochain nous apporte plus que nous de lui donnons. L’ultra humain est la future noosphère. La noosphère n’est pas l’inconscient collectif de Yung, mais le CONSCIENT COLLECTIF de Teilhard de Chardin.
Voilà l’espérance qui se dévoile en avant de nous et qui nous maintient debout, vigilants et actifs..
Jean-Pierre Fressafond
Conférences
dimanche 20/11/2011 sur France-Culture
Dimanche 13 Novembre 2011
dimanche,20/11/2011 sur France-Culture, dans la série A écouter ou ré écouter .
LES RACINES DU CIEL Animée par Frédéric LENOIR
-la-pensée-moderne-de-Teilhard-de-Chardin -avec-jacques-Masurel-
Ces émissions peuvent s'écouter en direct sur Radio ou sur internet ou en différé sur le site France-Culture www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4343299
LES RACINES DU CIEL Animée par Frédéric LENOIR
-la-pensée-moderne-de-Teilhard-de-Chardin -avec-jacques-Masurel-
Ces émissions peuvent s'écouter en direct sur Radio ou sur internet ou en différé sur le site France-Culture www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4343299
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Marcel Pradines / L’HUMANITE SE MEUT-ELLE BIOLOGIQUEMENT SUR ELLE-MEME ?
Samedi 12 Novembre 2011L'Avenir de l'Homme, éditions du Seuil
L’homme, à peine émergé dans le XXème siècle avec ce qu’il croyait avoir acquis sur la sécurité de ses droits individuels dans une société construite a travers des milliers d'années de lutte , se découvre aspiré dans une mondialisation où son MOI le plus incommunicable semble devoir disparaitre dans une totalisation de l’espèce humaine. Est-ce la vie ou la mort qui l’attendent derrière l’horizon qui s’élève de plus en plus rapidement ?.
En effet depuis que l’homme a pris conscience de son univers et de lui même ,il est resté dans cette confortable perspective qu’il était un animal évolué et qu’il avait atteint son équilibre vital sur une planète immobile, accueillante, chacun cultivant son champ. Brusquement la connaissance, les progrès technologiques, les découvertes de la science, la prolifération de l’espèce humaine ont envahi la planète Le paysan de France est en liaison directe avec le paysan de Chine en quelques secondes Tout se lie, se démultiplie, le son, l’image ,la finance, le technologie, la pensée …..Tout devient universel, une noosphère se met en place.
Nous avons vu que la force de vie encore non identifiée à ce jour par un élan universel entraine les éléments dans l’union avec un sens ascensionnel de complexification lequel joue là aussi , son rôle de mutation dans cette noosphère humaine. Les liaisons techniques, économiques sociales,….qui relient les hommes dans un progrès constant modifient les propriétés physico-chimiques pour plus de propriétés psychiques de conscience réfléchie.
Le développement de ce psychisme du au progrès, à l’instruction, à la créativité, a fait sortir l’humanité de la grégarité de l’abêtissement et s’il est encore loin d’être générateur de vérité et d’éthique il est cependant dans le grand élan scientifique en train de renouveler de fond en comble notre appréhension et conception de l’univers .Cette totalisation humaine qui développe l’esprit, s’accompagne de psychogénèse, donc elle est de nature biologique.
Nous sommes irrévocablement destinés à nous unir par la structure physico-chimique de notre monde. Celui ci poursuit sa marche ascensionnelle. La seule question utile est de savoir où cette totalisation conduit : cime ou abime ?
Le pessimiste qui regarde le monde dans son unité de temps ne peut voir que difficultés, chez l’homme bêtise, hypocrisie, ingratitude,….disparition de civilisations et de peuples, mort des espèces, crises politique, financière économique. Oui bien sur, mais l’évolution se regarde à échelle cosmique , après les révolutions il y a les renaissances. Après Persépolis, Rome il y a eu Venise il ya Paris.
Pourquoi avons-nous peur ?
Si l’on regarde le monde on s’aperçoit que la totalisation par nature non seulement différencie mais encore personnalise ce qu’elle unit. De toute façon le choix est simple : face a cette poussée ascensionnelle de la vie ou l’on regarde en arrière et l’ on refuse d’avancer pour retourner où ? …Au contraire à l’esprit de défiance nous devons avec raison offrir notre collaboration à cet univers en marche avec confiance pour l’unification humaine. Il faut qu’à travers les peuples se transcende une spiritualité humanisant le monde, trouver le sens de notre espèce et dégager ce gout de vivre.
Entrainé par cette force de la vie ancrée au plus profond de son essence l’ homme solitaire émergeant de la matière deviendra l’Homme Solidaire des Autres et du Tout La vie et le bonheur de l’homme passe par les Autres.
C’est par la culture, le progrès, les découvertes, que l’homme comprendra enfin que l’humanité est un Tout avec l’infiniment petit et l’infiniment grand. Cette connexion au Tout s’opère a travers l’espace et le temps à l’humanité entière. De cette mondialisation il en sortira une science de l’esprit, une spiritualité humanisé et humanisant, anéantissant tous les dogmatismes et fanatismes .Elles dégageront enfin cette sagesse collective qui guidera la science pour l’utilisation intelligente de ce monde qui nous a été donné
Aux incrédules, aux sceptiques, aux pessimistes, je leurs dis, soyez patients, car à l’échelle du temps cosmique l’homme n’est apparu dans ce monde que depuis quelques secondes, laissez lui quelques minutes de plus ……
En effet depuis que l’homme a pris conscience de son univers et de lui même ,il est resté dans cette confortable perspective qu’il était un animal évolué et qu’il avait atteint son équilibre vital sur une planète immobile, accueillante, chacun cultivant son champ. Brusquement la connaissance, les progrès technologiques, les découvertes de la science, la prolifération de l’espèce humaine ont envahi la planète Le paysan de France est en liaison directe avec le paysan de Chine en quelques secondes Tout se lie, se démultiplie, le son, l’image ,la finance, le technologie, la pensée …..Tout devient universel, une noosphère se met en place.
Nous avons vu que la force de vie encore non identifiée à ce jour par un élan universel entraine les éléments dans l’union avec un sens ascensionnel de complexification lequel joue là aussi , son rôle de mutation dans cette noosphère humaine. Les liaisons techniques, économiques sociales,….qui relient les hommes dans un progrès constant modifient les propriétés physico-chimiques pour plus de propriétés psychiques de conscience réfléchie.
Le développement de ce psychisme du au progrès, à l’instruction, à la créativité, a fait sortir l’humanité de la grégarité de l’abêtissement et s’il est encore loin d’être générateur de vérité et d’éthique il est cependant dans le grand élan scientifique en train de renouveler de fond en comble notre appréhension et conception de l’univers .Cette totalisation humaine qui développe l’esprit, s’accompagne de psychogénèse, donc elle est de nature biologique.
Nous sommes irrévocablement destinés à nous unir par la structure physico-chimique de notre monde. Celui ci poursuit sa marche ascensionnelle. La seule question utile est de savoir où cette totalisation conduit : cime ou abime ?
Le pessimiste qui regarde le monde dans son unité de temps ne peut voir que difficultés, chez l’homme bêtise, hypocrisie, ingratitude,….disparition de civilisations et de peuples, mort des espèces, crises politique, financière économique. Oui bien sur, mais l’évolution se regarde à échelle cosmique , après les révolutions il y a les renaissances. Après Persépolis, Rome il y a eu Venise il ya Paris.
Pourquoi avons-nous peur ?
Si l’on regarde le monde on s’aperçoit que la totalisation par nature non seulement différencie mais encore personnalise ce qu’elle unit. De toute façon le choix est simple : face a cette poussée ascensionnelle de la vie ou l’on regarde en arrière et l’ on refuse d’avancer pour retourner où ? …Au contraire à l’esprit de défiance nous devons avec raison offrir notre collaboration à cet univers en marche avec confiance pour l’unification humaine. Il faut qu’à travers les peuples se transcende une spiritualité humanisant le monde, trouver le sens de notre espèce et dégager ce gout de vivre.
Entrainé par cette force de la vie ancrée au plus profond de son essence l’ homme solitaire émergeant de la matière deviendra l’Homme Solidaire des Autres et du Tout La vie et le bonheur de l’homme passe par les Autres.
C’est par la culture, le progrès, les découvertes, que l’homme comprendra enfin que l’humanité est un Tout avec l’infiniment petit et l’infiniment grand. Cette connexion au Tout s’opère a travers l’espace et le temps à l’humanité entière. De cette mondialisation il en sortira une science de l’esprit, une spiritualité humanisé et humanisant, anéantissant tous les dogmatismes et fanatismes .Elles dégageront enfin cette sagesse collective qui guidera la science pour l’utilisation intelligente de ce monde qui nous a été donné
Aux incrédules, aux sceptiques, aux pessimistes, je leurs dis, soyez patients, car à l’échelle du temps cosmique l’homme n’est apparu dans ce monde que depuis quelques secondes, laissez lui quelques minutes de plus ……
Jean-Pierre Fressafond
Actualités
lien Teilhard International
Bravo pour votre site que je découvre grâce à une "alerte" de Google.
Il me paraît très sympathique et donc très incitatif.
Aussi je vous invite à découvrir également celui mis au point l'année dernière par le Centre Européen Teilhard à l'occasion de l'opération ASSISE 2010 et qui demeure désormais consacré à l'Exposition Ensemble, construisons la Terre, qui en était issue.
Après avoir été présentée à la Mairie du XVIe arrondissement à Paris, l'Exposition est devenue itinérante, elle a été au Collège jésuite Tivoli, à Bordeaux, et vient de passer - avec grand succès - par deux endroits à St Maur des Fossés, dans le Val de Marne, pendant trois semaines. Voir :
- http://www.teilhard-international.com/assise2010/
- Association des amis de Pierre Teilhard de Chardin , 114 rue Vaugirard 75006 Paris, www.teilhard.org
Nous pourrions vous en faire parvenir le catalogue avec son DVD, si cela vous intéresse, il vous suffira de le demander à l'Association ou à moi-même directement. Je vous envoie déjà la 4e de couverture qui en donne une introduction. (1)
Après avoir pris connaissance à travers ces différents moyens je vous suggère pour commencer d'ajouter ce lien à ceux que vous signalez, très justement, déjà !
Il suffit de renvoyer simplement aussi à teilhard-international.com
Merci et encore bravo.
Unissons nos efforts pour faire connaître Teilhard à un monde qui en a grand besoin.
Amicalement, Remo Vescia
(1) Réunir par delà l’espace et le temps, trois personnages en apparence très différents, St. François, né à Assise, en 1181, en plein Moyen Âge, Teilhard de Chardin, né près de Clermont Ferrand, sept siècles plus tard, en 1881, et le poète et calligraphe franco-chinois François Cheng, né en 1929, à Nanchang, en pleine révolution chinoise, c’est reconnaître le lien spirituel, poétique et mystique qui les unit et les rend si proches dans leur foi en un même Dieu d’Amour Universel, le Christ, « sommet de l’Évolution ».
Chacun à sa manière invite à un chemin ascensionnel d’intériorité spirituelle. Un même regard vers l’Essentiel. A St. François, l’amour de la Création dans ses forces de vie obscures et lumineuses, astres, éléments, êtres vivants, et le rêve de restaurer l’Église de son temps. A Teilhard, la foi en la puissance spirituelle de la Matière organique et la vision dynamique d’un Monde en évolution vers l’Unique. A François Cheng, la connexion au Souffle primordial qui transforme son œuvre de calligraphe et son univers de poète de la Beauté.
Aussi, le parcours que propose l’Exposition TEILHARD DE CHARDIN « Ensemble, construisons la Terre dans la Paix et l’Amour » en une centaine de panneaux iconographiques, donne sens à la Vie ouverte par la Connaissance et l’Amour, vers la Joie spirituelle. Le mot sens, pris dans les trois acceptions chères à François Cheng : de sensation au niveau physique, de direction au niveau intellectuel, et de signification au niveau spirituel, qui « cristallisent les trois niveaux essentiels de notre existence au sein de l’univers vivant ».
Ainsi le message unitaire que délivrent nos trois guides s’éclaire mutuellement : à partir du même Souffle d’Énergie qui nous porte, s’inscrire dans le flux qui élève et, sans rien négliger de la souffrance du monde, vivre dans la Paix et s’accomplir dans l’Amour universel dans la Joie spirituelle de la création en devenir.
Remo Vescia
Commissaire de l’Exposition vesciaremo@gmail.com
Centre Européen Teilhard site : teilhard-international.com
Président honoraire du Centre Européen Teilhard
1, quai aux Fleurs
75004 Paris
tél. 01 43 54 88 30 et O6 70 32 17 88
Il me paraît très sympathique et donc très incitatif.
Aussi je vous invite à découvrir également celui mis au point l'année dernière par le Centre Européen Teilhard à l'occasion de l'opération ASSISE 2010 et qui demeure désormais consacré à l'Exposition Ensemble, construisons la Terre, qui en était issue.
Après avoir été présentée à la Mairie du XVIe arrondissement à Paris, l'Exposition est devenue itinérante, elle a été au Collège jésuite Tivoli, à Bordeaux, et vient de passer - avec grand succès - par deux endroits à St Maur des Fossés, dans le Val de Marne, pendant trois semaines. Voir :
- http://www.teilhard-international.com/assise2010/
- Association des amis de Pierre Teilhard de Chardin , 114 rue Vaugirard 75006 Paris, www.teilhard.org
Nous pourrions vous en faire parvenir le catalogue avec son DVD, si cela vous intéresse, il vous suffira de le demander à l'Association ou à moi-même directement. Je vous envoie déjà la 4e de couverture qui en donne une introduction. (1)
Après avoir pris connaissance à travers ces différents moyens je vous suggère pour commencer d'ajouter ce lien à ceux que vous signalez, très justement, déjà !
Il suffit de renvoyer simplement aussi à teilhard-international.com
Merci et encore bravo.
Unissons nos efforts pour faire connaître Teilhard à un monde qui en a grand besoin.
Amicalement, Remo Vescia
(1) Réunir par delà l’espace et le temps, trois personnages en apparence très différents, St. François, né à Assise, en 1181, en plein Moyen Âge, Teilhard de Chardin, né près de Clermont Ferrand, sept siècles plus tard, en 1881, et le poète et calligraphe franco-chinois François Cheng, né en 1929, à Nanchang, en pleine révolution chinoise, c’est reconnaître le lien spirituel, poétique et mystique qui les unit et les rend si proches dans leur foi en un même Dieu d’Amour Universel, le Christ, « sommet de l’Évolution ».
Chacun à sa manière invite à un chemin ascensionnel d’intériorité spirituelle. Un même regard vers l’Essentiel. A St. François, l’amour de la Création dans ses forces de vie obscures et lumineuses, astres, éléments, êtres vivants, et le rêve de restaurer l’Église de son temps. A Teilhard, la foi en la puissance spirituelle de la Matière organique et la vision dynamique d’un Monde en évolution vers l’Unique. A François Cheng, la connexion au Souffle primordial qui transforme son œuvre de calligraphe et son univers de poète de la Beauté.
Aussi, le parcours que propose l’Exposition TEILHARD DE CHARDIN « Ensemble, construisons la Terre dans la Paix et l’Amour » en une centaine de panneaux iconographiques, donne sens à la Vie ouverte par la Connaissance et l’Amour, vers la Joie spirituelle. Le mot sens, pris dans les trois acceptions chères à François Cheng : de sensation au niveau physique, de direction au niveau intellectuel, et de signification au niveau spirituel, qui « cristallisent les trois niveaux essentiels de notre existence au sein de l’univers vivant ».
Ainsi le message unitaire que délivrent nos trois guides s’éclaire mutuellement : à partir du même Souffle d’Énergie qui nous porte, s’inscrire dans le flux qui élève et, sans rien négliger de la souffrance du monde, vivre dans la Paix et s’accomplir dans l’Amour universel dans la Joie spirituelle de la création en devenir.
Remo Vescia
Commissaire de l’Exposition vesciaremo@gmail.com
Centre Européen Teilhard site : teilhard-international.com
Président honoraire du Centre Européen Teilhard
1, quai aux Fleurs
75004 Paris
tél. 01 43 54 88 30 et O6 70 32 17 88
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
L’avenir de l’homme (pages 318 à 349) - Seuil
L’humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même.
Ce chapitre, bien qu’écrit il y a plus de 60 ans, paraît avoir été écrit pour les hommes d’aujourd’hui. En effet il est moderne par plusieurs de ses aspects.
D’abord par l’approche biologique de l’évolution. A l’époque de Teilhard on connaissait déjà cette approche à travers de nombreux écrits : Darwin, Huxley, Bernanos, Lorenz, Alexis Carel, bien d’autres, etc.
Maintenant ce point de vue est, si possible, encore mieux ancré et confirmé par des publications scientifiques actuelles : citons les récents travaux sur l’A.D.N., les mitochondries et de nombreux ouvrages dont celui de Didier Raoult (Dépasser Darwin) : l’homme est une mosaïque génétique qui continue à s’approprier des gènes. L’originalité de Teilhard est de dire que ce mouvement s’inscrit dans le même processus que la naissance de la vie et la naissance de la première pensée. Originalité confortée par le commentaire suivant : En même temps il n’y a pas déshumanisation mais ultra personnalisation. C’est dire qu’il y a une sorte de totalisation humaine dans une prise de conscience globale, mais sans totalitarisme imposé ce qui serait fixiste voire rapidement rétrograde. L’évolution est irréversible. Elle est irréversible sur le plan biologique, social, le plan religieux et même le plan politique contrairement à ce que les adversaires de certains combats voudraient nous faire croire. Dans ces quatre ordres, on ne peut revenir en arrière. C’est-à-dire faire des restaurations de régimes révolus; on ne peut pas, par exemple et entre autres :
- rétablir d’anciennes structures révolues (castes, corporations, féodalité…)
- rétablir d’anciens rites désuets, expression de fétichismes et superstitions anciennes ;
- rétablir d’anciennes structures politiques (monarchies de droit divin ou même acquis sociaux politisés archaïques).
Pas plus qu’on ne peut transformer une fourmi en dinausore.
La nostalgie n’y peut rien : En avant, la vie n’attend pas, nous sommes en position instable. Il faut choisir :
- Peut-on être pessimiste comme parfois Edgar Morin (Vers l’abîme) et René Girard (l’Apocalypse a déjà commencé).
- Il faut être au contraire optimiste comme Teilhard qui discerne quelques frémissements favorables dans le mouvement du monde. Il dit « Nous nous mettons à croire à une super organisation du monde ».
Les dernières convulsions du monde semblent confirmer cet aspect. Finalement c’est la force d’entraînement du pari de Pascal qui joue encore chaque fois.
Dans le chapitre 18, Le cœur du problème,
Teilhard examine plus précisément l’aspect religieux de l’évolution. Il s’attriste de constater que nous assistons « à une montante et irrésistible déchristianisation » ou plus généralement à une insatisfaction généralisée en matière de religion.
Pour Teilhard la source de cette difficulté réside dans le fait que les hommes ne savent choisir dans la marche de la connaissance ni la solution de « l’en-avant » ni la voie de « vers l’en-haut » soit :
- foi chrétienne ascensionnelle vers l’en-haut,
- foi humaine propulsive en de l’ultra humain en-avant.
La bonne voie serait une troisième courbe résultante des deux forces.
Bien modestement il me semble à moi que, finalement, Teilhard ne va pas vraiment au cœur du problème. Il semble qu’il faudrait faire un tri des rites et des dogmes qui plombent et fixent la courbe évolutive du christianisme et l’empêchent de bouger. C’est en outre aussi vrai pour l’aspect dicté de bien d’autres religions. Teilhard par le passé s’est un peu aventuré dans dette direction et cela a failli lui coûter sa carrière (affaire du péché originel et peut-être de l’immaculée conception). Pourtant Jean-Paul II et Paul VI, à travers leurs écrits, ont l’air d’avoir généralement une vision très claire de l’évolution, mais leur énergie réformiste ne paraît pas évoluer dans le sens évoqué plus haut. Ont-ils peur, en supprimant quelques piliers, d’abattre tout l’édifice ? Les structures qui les entourent paraissent alourdir leurs pas. D’autre part, il est certain qu’il faut aussi tenir compte de la nostalgie et de la propension quasi atavique des peuples à réagir d’une façon fétichiste ou superstitieuse.
Il est vrai aussi que l’expérience de la connaissance de Dieu est un exercice très complexe, obscur et parfois dangereux. Il faut ancrer la recherche sur des symboles suffisamment évolutifs pour rester clair à tout moment et ne pas risquer de devenir totalitaire.
Peut-être est-ce cette tâche et cette analyse à accomplir, point par point, après inventaire, sur les dogmes et rites existants. Qui donc aurait la situation et l’audience suffisante pour le faire ?
Ou bien encore faut-il attendre les amples mouvements des peuples jusqu’aux limites de l’impossible ? C’est également dangereux.
Jean-Pierre Fressafond
Omaha-beach.fr

