teilhard de Chardin


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L'AVENIR DE L'HOMME, Editions du SEUIL


Dans cette conférence écrite à Pekin en mars 1945, Teilhard analyse les causes de la deuxième guerre mondiale qui est en train de s’achever : L’humanité tremble, se fissure et se referme par blocs immenses, nous sommes le jouet d’énergies qui dépassent des millions de fois nos énergies individuelles. Ce conflit mondial n’est pas une simple affaire de réajustement périodique d’équilibre. Ce que nous vivons et subissons sont des évènements liés à l’évolution générale de l’humanité, et c’est à l’échelle de la planète que nous devons nous situer pour les observer et les comprendre.

Ce n’est pas la première fois que Teilhard s’exprime sur le sujet de la guerre, puisqu’il a vécu celle de 14/18 dans les tranchées, il peut parler de ce problème avec une hauteur de vue assez unique, il utilise pour cela des propos très lucides qu’il faut avoir le courage de lire. Ces propos peuvent évidemment déplaire, surtout quand il écrit par ailleurs (PHENOMENE HUMAIN, ACTIVATION DE L’ENERGIE, etc …) que la guerre est une phase inévitable et malheureusement nécessaire à l’évolution de l’humanité. J’entends ici les remarques connues : « Si Dieu existait il n’y aurait pas de guerre »… ou encore : « Comment Dieu peut-il tolérer la guerre ». Dieu est muet, peut-être surveille-t-il les différentes phases de la divine manip qu’il a lancée … Peut-être considère-t-il cela comme la dissipation d’énergie résultant de toute organisation en cours d’élaboration ?

Mais ne serait-ce pas plutôt les êtres humains qui sont responsables lorsqu’ils répondent à l’appel des « fous de guerre » qui leur disent : « Dieu est avec nous » ? Pourquoi les é »clésiqstiques bénissent-ils les canons ? Pourquoi des missionnaires de diverses religions veulent-ils imposer leur religion à des populations qui en pratiquent une autre, tout autant respectable et adaptée à la population locale ?

Je note que Teilhard dans ce chapitre fait un rappel, une analyse et une synthèse des connaissances scientifiques avérées et amassées depuis cinquante ans dans les domaines de l’astrophysique, physique, biologie. Ses connaissances étaient visionnaires. Ses conclusions sont plus que jamais d’actualité et donnent un sens à la vie à n ul autre pareil, une espérance inégalée ; données reprises et récupérées par tous les vulgarisateurs actuels.

C’est lui qui, l’un des premiers, a proposé ce qui n’est plus une hypothèse, la victoire de l’improbable sur le probable. Il est le pionnier et l’artisan de ce qu’il nomme « disparition de la vieille irréductibilité entre la biologie et la physique ». Et il conclut : Au-delà du billion d’atomes, tout se passe comme si les corpuscules matérielles s’animaient si bien que l’univers s’arrange en une seule grande série clairement orientée et montante, de l’atome à l’être humain… l’Homme est la plus complexe des molécules, etc … »

De proche en proche, Teilhard nous amène à l’humanité contemporaine en phase de planétisation. On retrouve un Teilhard combatif qui n’a pas peur des mots : Lorsqu’on lit un traité philosophique, scientifique ou social sur l’avenir de l’humanité, fut-il écrit par Bergson, on est frappé par les présupposés selon lesquels l’Homme est parvenu à son état suprême, définitif et indépassable. Le processus de super-molécularisation serait complètement arrêté. Ces allégations sont décourageantes, gratuites et scientifiquement fausses, c’est un préjugé immobiliste. Au contraire, tout suggère que nous entrons dans une phase particulièrement critique de super-humanisation sociale… L’idée d’une totalisation planétaire de la conscience humaine (idem sur les autres planètes) n’est-elle pas l’extrapolation de la courbe cosmique de molécularisation ?

Pour appuyer cette idée, Teilhard cite son ami Sir Julian Hyxley, prix Nobel de biologie, qui diagnostique et traite de l’humanité comme s’il s’agissait d’un cerveau des consciences.

Cette deuxième guerre mondiale, selon Teilhard, est une crise d’enfantement proportionnée à l’énormité de la naissance attendue. Enormité qui donne la dimension que prend la notion nouvelle de Liberté/Responsabilité , deux termes à jamais inséparables désormais ; nouveau seuil critique que nous devons intégrer ce commandement de Teilhard digne du Décalogue : Il faut que les unités humaines prises dans le mouvement se rapprochent entre elles, non pas sous l’action de forces externes, mais sous l’action directe de centre à centre, par attirance VOLONTAIRE.

Voici énoncés les mots clefs : CENTRE A CENTRE et VOLONTAIRE QUE Teilhard complète par cette idée : C’est par sympathie que dans un univers personnalisé les éléments humains peuvent accéder à une plus grande synthèse.

Cette vision des choses est utopique, comme le dit lui-même Teilhard, mais à mon avis « utopique » ne signifie pas irréalisable.
Prenons l’exemple d’une équipe de footbal : les onze joueurs représentent une masse de 80 kg x 11 soit 880 kg. Les efforts fournis par l’équipe représentent 300 KW x 11 joueurs, soit 3 300 KW. On peut aussi ajouter le facteur « buts marqués » en 10 matches soit 25 buts, divisés par 10 = 2,5 buts par match. Et pourtant, ces données ne seraient pas suffisantes pour pronostiquer le match à venir. Il faudrait pour cela connaître l’état de cohésion de l’équipe et le niveau de sa stratégie et, aussi, confronter ce bilan à celui de l’équipe adverse. Nous achoppons ici contre l’état physique et mental des deux équipes adverses le jour du match, mais ce n’est pas une raison pour négliger ces éléments connus avant l’épreuve. C’est cela une utopie, il faut jouer tous les jours, parier sur des résultats escomptés. Avec le moral on a une chance de gagner ; sans le moral on n’en a aucune.

Pour le salut de l’humanité, il faut s’obliger d’opposer des forces positives aux forces négatives, telle est la lutte du bien contre le mal ; si non, la fin de la matière étant une certitude, aucune « vapeur d’esprit » ne se dégagera des « cendres froides » de la fin du monde.

Il faut injecter à l’humanité une drogue qui s’appelle amour de l’évolution. On peut la trouver dan L’HYMNE A LA MATIERE que Teilhard a écrit dans « LE CŒUR DE LA MATIERE » (SEUIL, tome 13, page 90) et qui commence ainsi : « Je te bénis, Matière……. »

Je conclus mon propos par une citation de Teilhard, extraite du chapitre 6 : Dans quelles conditions ne devient-il pas concevable que l’humanité atteigne un seuil critique au-delà duquel, laissant ce qui reste de matière retourner à la masse évanescente de l’énergie primordiale, tandis que l’énergie psychique, enrichie de nos individualités, rejoindra le point Omega ?

Sauf erreur de ma part, c’est le message que Teilhard a voulu faire passer dans ce chapitre 6.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 27 Mars 2011 à 15:59 | Commentaires (0)

Travaux des membres

L'AVENIR DE L'HOMME


Dans ce chapitre du tome V, L'Avenir de l'Homme, la vie s est montrée dans sa pleine et entière évolution.
Elle s est retracée scientifiquement, et pour beaucoup de façon évidente;
Ce sont, en schématisant et en simplifiant, dit l'auteur, au début les atomes, les cellules, etc,
,,,puis la vie dans ses complexités; arrive enfin, dans la chaine, et de tous les maillons le plus abouti, l'homme.

Et la marche évolutive continue, les complexités s'enrichissent, les amorisations individuelles grandissent chaque jour d'avantage.
Le père nous fait découvrir que l'évolution aboutit naturellement, après mille accros ( guerres, injustices, négations de l'autre,,,,) et tant d'autres aléas; la finalité, le cône , image chère à Teilhard, et dans son aboutissement, l'unité dans Oméga.

L'idée est osée; pour Teilhard le Tout est la seule fin qui conclut la marche totale de l'évolution de l'espèce. Ce concept est gratifiant dans sa logique car celui qui, sachant d'où il vient, entrevoit que, après la fin de la vie de la Terre, un nouveau champ, un nouveau monde hors de l'espace et du temps commence, est présent.

L'aboutissement du processus nous conduit, ou plutôt nous fait accéder à une autre nature, un autre état.
La complexité arrivée à son maximum, l'extase, la fusion, dans celui ou Cela qui n'a ni commencement ni fin;
Bien sûr, c'est incompréhension, mystère, (absurdité?,,,), pour celui, et moi le premier, qui par définition, par nature, est fini: ma nature-matière a commencé et elle va s'achever un jour.
Mais notre part, aujourd'hui, et chacun en est, à sa mesure propriétaire, notre part donc d'amorisation nous fait entrevoir l'inconcevable!
Nous sommes arrivés à la jonction, à l'aboutissement, à l'ultime de la Connaissance et de la Religion(*)


(*) : vient de religere, conduite de la vie qui est religieuse,
(CG Jung Le Divin dans l'Homme)
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 27 Mars 2011 à 15:53 | Commentaires (0)

Rubrique littéraire


Je me contredis.
Je suis vaste.
Je contiens des multitudes.
(Walt Whitman)


Tout au long de l’histoire, une seule notion sur la nature humaine est restée constante : la nature de l’homme est multiple.
On la qualifie le plus souvent de nature duelle. Elle a été exprimée du point de vue mythologique, philosophique et religieux. On l’a toujours considérée comme un conflit : celui entre le bien et le mal, celui entre l’extériorité et l’intériorité, celui entre la liberté d’agir et les voix de la conscience, celui des désirs ambivalents, etc…Cette nature de l’homme est donc avant tout paradoxale.

Que l’homme puisse aspirer et aboutir au bien est une évidence historique : pour Moïse, le bien suprême était la justice, pour Platon, le bien essentiel était la sagesse, pour Jésus, le bien central était l’amour et pour Gandhi, le bien fondamental était la totale non violence. Cependant, quelle qu’en fût leur conception, tous pensaient que la Vertu était menacée par une entité contenue dans la nature humaine. Selon Sigmund Freud, cette énigme peut être expliquée par une théorie selon laquelle les factions en lutte se situent dans l’inconscient. On a tenté de donner un nom à ces forces hostiles : le surmoi, considéré comme la force restrictive, contrôlant le ça en tant que pulsions instinctuelles, avec le moi pour arbitre.

Se pose alors la question de la complexité des phénomènes relationnels dans leur jeu d’action et de réaction. Face à une situation donnée, toute personne qui regarde ou écoute, subit en elle un changement brutal dont on peut décrire l’expression laissée sur le corps. Et pourtant il s’agit de la même personne. Le passage d’un état à un autre se révèle dans l’attitude, les mots et les gestes ; d’où l’importance de la nature de ce que nous faisons pour les autres et de ce que nous leur disons. Jésus a dit : « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite alors présente-lui l’autre joue ! » (Mat). Il ne s’agit pas là d’un appel à pratiquer le sado masochisme, mais d’une leçon de la plus subtile des psychologies. En fait la psyché est, chez tout individu, de nature ternaire et, de plus, les forces qui interagissent en son sein, déterminent tous les changements de personnalité qui peuvent apparaître successivement chez la même personne.
-L’une de ces forces est de nature contraignante et déterministe. Elle résulte d’une accumulation d’enregistrements, dans le cerveau, d’événements extérieurs vécus dans un lointain passé. On peut l’appeler notre Education ! Celle-ci imprime dans notre être intérieur une panoplie d’interdits dont le but est de nous rendre dépendants…et civilisés. Sa pression peut être excessivement importante de sorte que, plus tard, la personne se trouve face à face à plusieurs choix de vie intérieure : soit elle demeure prisonnière de principes très contraignants, soit, au contraire, elle rejettera brutalement son passé.
-L’autre de ces forces découle d’enregistrements intérieurs et s’oppose à celle précédemment décrite. C’est cette force qui conduit l’enfant que nous étions à s’extérioriser de manière plus ou moins contrôlée, à se libérer des contraintes, à se comporter de manière anarchique. Les impératifs de l’éducation ont une double influence sur le petit enfant ou même, l’adolescent ; ils apportent des repères et des valeurs qui structure indéniablement la pensée, mais ils jouent également un rôle négatif dans la mesure où ils distillent dans l’esprit un sentiment de frustration voire de culpabilité. Dans ce dernier cas, l’enfant ou l’adolescent se recroqueville dans une attitude d’où il ne peut échapper et le processus d’épanouissement de la personne est pour le moins compromis. Une jeune personne est alors amenée à penser que les autres sont infiniment meilleurs qu’elle. Mais tout n’est pas négatif. Cette force est aussi celle qui conduit à la créativité, à la curiosité, au besoin de toucher, de goûter, de sentir et d’expérimenter, base du savoir futur.
-Au domaine de la raison s’oppose celui de l’instinct, de l’émotion et de l’imaginaire. Mais cette configuration de la psyché ne superpose pas de simples données psychologiques dans un milieu inexorablement voué à l’harmonie et à l’absence de conflits majeurs. Il existe dans notre cerveau toute une vie trépidante qui obéit à une logique particulière un peu comme celle qui fait vibrer les particules de la mécanique quantique. Les différents états psychiques qui se succèdent en nous admettent, pourrait-on dire, une actualisation dont la traduction en langage familier serait : « accès à l’état d’adulte ». Selon cette logique évoquée, la critique permanente d’une personne possédant tel ou tel défaut, induit une situation selon laquelle la personne concernée demeure enfermée dans son état sans pouvoir en sortir. D’où l’importance de cette sorte d’énergie spirituelle qui s’exprime en termes d’humour ou d’encouragements. La Vie ne peut être qu’échanges de ces énergies qui entrent, il est vrai, dans le cadre de l’amour authentique.

Qu’est-ce qui caractérise alors l’état d’être dit « Adulte » ?
A travers l’évolution de sa personnalité, l’enfant commence à faire la différence entre la vie telle qu’elle lui a été enseignée et démontrée, la vie telle qu’il l’a sentie ou désirée ou imaginée et la vie telle qu’il la voit avec toute sa complexité. L’adulte est un calculateur qui examine les informations reçues antérieurement et ensuite les accepte ou les rejette. Il examine aussi les émotions ou les sentiments afin de les adapter au présent. Il est en recherche de vérité. Une autre fonction de l’adulte en tant qu’état d’être, est la capacité d’estimation de la probabilité qui peut être accrue par l’effort conscient. Devant les difficultés de toutes sortes, l’adulte sait exercer sa liberté et prendre ses responsabilités ; il n’est plus tout à fait la personne conditionnée par les contraintes archaïques imprimées dans sa psyché, ni tout à fait l’esclave de ses caprices et de ses émotions. Il incarne la Sagesse et la sérénité.

La Vie de tous les jours est marquée par une multitude de situations relationnelles entre les membres d’un groupe : famille, société, nation. Chacun doit alors analyser ce qu’il se passe, d’une part dans son être intérieur et d’autre part dans l’attitude extérieure que lui présentent les autres. Il faut savoir que plusieurs configurations peuvent apparaître dans notre jugement, suivant les sentiments qui peuvent naître en nous à un instant donné et pour un événement donné ; il existe une combinaison de situations telles que :
- je suis d’accord avec moi-même (confiance en soi)
- je ne suis pas d’accord avec moi-même (sentiment de dévalorisation de soi)
- je suis d’accord avec les autres (admiration d’autrui)
- je ne suis pas d’accord avec les autres (dévalorisation d’autrui)
Les progrès individuels ou sociaux sont déterminés par les attitudes justes que nous aurons adoptées dans toutes les interactions qui concernent les êtres humains. Ce qui importe, c’est que notre énergie soit employée dans une finalité de changement. Nous devons savoir utiliser notre langage et notre capacité de décision pour briser l’engrenage de l’entropie. Dans les situations de conflits, combien est importante la valeur du pardon, combien est utile la volonté de briser le silence, combien est primordiale la conscience de savoir que l’agresseur peut être infiniment dégoûté de sa propre personne, combien peut être efficace le recours à une spiritualité bien comprise. Tendre l’autre joue, ce peut être une provocation ; ce peut être au contraire un mot, un regard, une action dont le but immédiat est, non pas s’humilier soi-même, mais obtenir que l’autre ait la possibilité de changer dans son être intérieur. Beaucoup de gens, tout à fait incultes en matière de psychologie, ne cessent de ressasser leurs ressentiments sous prétexte que la Terre tournera plus rond autour d’eux. C’est le contraire qui se passe. Admirons cette mère intelligente qui sait calmer son enfant simplement en lui montrant un oiseau virtuel qui, derrière la fenêtre, semble vouloir emporter la soupe de l’enfant. Certes la Vie est complexe ; « Je ne comprends pas mes propres actes ! » disait Saint Paul. Mais la Vie peut être transformée et savoureuse, pour peu qu’on se soit convaincu que toutes les personnes sont importantes en ce sens qu’elle sont liées ensemble dans un lien universel qui transcende leur existence personnelle propre.
Teilhard écrit dans Le phénomène humain :
« L’Homme ne continuera à travailler et à chercher que s’il conserve le goût passionné de le faire. Or ce goût est entièrement suspendu à la conviction, strictement indémontrable par la Science, que l’Univers a un sens ». Ce goût passionné a en fait persisté tout au long de l’histoire de l’humanité à travers les guerres et les progroms. Seul l’adulte émancipé peut arriver à comprendre que le monde peut être changé en vertu du fait que l’homme lui-même a un sens tout comme l’univers. Cela signifie que la relation entre les êtres n’est pas seulement assujettie à la règle de sélection des espèces, mais à des lois universelles qui se situent dans les profondeurs de la psyché et qui sont susceptibles d’opérer d’innombrables retournements dans la ruche fébrile de nos préoccupations. Ramener l’homme à sa juste place de personne est le thème de la Rédemption, celui de toutes les religions lorsqu’elles ne dévient pas de leur but.

Teilhard qui, avec un émerveillement parfait, perçoit l’évolution de l’univers comme un processus éternel de perfectionnement et de convergence, termine néanmoins son ouvrage célèbre Le phénomène humain sur une note douloureuse lorsqu’il contemple le mal dans l’univers, se demandant si la souffrance et l’échec, les larmes et le sang « ne trahissent pas un certain excès inexplicable pour notre raison, si à l’effet normal d’Evolution ne se sur – ajoute pas l’effet extraordinaire de quelque catastrophe ou déviation primordiale » ? Sommes-nous une erreur d’évolution ? Teilhard parle de ce moment où le premier homme a réfléchi, où lui-même avait conscience d’être une « mutation de zéro à l’infini ». Ne touche- t-on pas là au mystère de la grandeur de l’homme ?

Reste à développer le problème de l’expérience religieuse.
Est-elle une aberration psychologique ? un fantasme ? D’où vient cette idéation d’un Dieu ou d’un « plus » ou d’une transcendance ? Est-ce une crainte de l’inconnu ? Un alibi pour manipuler les autres et acquérir des pouvoirs ? L’idée de Dieu s’est-elle simplement développée, a-t-elle survécu parce qu’elle est en quelque sorte liée à la survivance des plus habiles ? Teilhard dans Le phénomène humain prend position en proposant le point de vue suivant sur l’évolution :
« Nous devons décidément renoncer à parler simplement, dans tous ces cas de survivance du plus apte, ou d’adaptation mécanique à l’environnement et à l’usage. Alors quoi ? Plus il m’est arrivé de rencontrer et de manier ce problème, plus l’idée s’est imposée à mon esprit que nous nous trouvions, en l’occurrence, devant un effet, non pas de forces externes, mais de psychologie. Suivant notre manière actuelle de parler, un animal développerait ses instincts carnivores parce que ses molaires se font tranchantes et ses pattes griffues. Or ne faut-il pas retourner la proposition ? Autrement dit, si le tigre a allongé ses crocs et aiguisé ses ongles, ne serait-ce pas justement que, suivant sa lignée, il a reçu, développé et transmis une âme de carnassier ? ». Plus loin, il écrit :
« La loi est formelle. Aucune Grandeur au monde (nous le rappelions déjà en parlant de la naissance même de la Vie) ne saurait croître sans aboutir à quelque point critique, à quelque changement d’état ».

L’expérience religieuse peut être une combinaison unique de deux entités :
- le sentiment qui jaillit du monde intérieur originel : émotion, sensibilité, créativité
- la réflexion sur l’aboutissement final avec exclusion des contraintes archaïques.
Cet aboutissement final procède de ce que j’ai exposé au début, à savoir l’accord avec soi-même suivi de l’accord avec les autres et à une transcendance. Dans une vie, le rejet des dogmes et pratiques contraignantes marque effectivement une sorte de passage, de point critique. Il peut en découler une espèce de soulagement, de libération et souvent de renaissance spirituelle. Notre psyché, en cette occasion, fait l’expérience de la liberté, celle de l’adulte qui décide en toute lucidité de prendre tel ou tel engagement voulu et accepté. L’expérience religieuse n’est pas une marche aveugle dans l’exacerbation des sentiments ni dans un culte de la vertu parvenu à un paroxysme aliénant. C’est avoir avant tout la pensée libre avec le sentiment d’être aimé du Dieu en qui l’on croit. Le pardon humain dont j’ai parlé est parfois insuffisant en raison de la nature de l’homme qui doute très facilement de ses semblables. Le croyant sait que le pardon divin est une réalité absolue. La raison d’être d’une religion est dans la capacité de convaincre que le salut se situe dans les heures où l’on touche le fond en soi-même pour devenir une autre personne. Cela s’appelle la « kenosis » ou acte de se vider ; le départ d’Abraham de la terre d’Ur, l’exode de Moïse de l’Egypte, la conversion de Paul sur le chemin de Damas. Il s’agit moins de connaître tout ce qui se rapporte à Dieu que de ressentir sa présence, dirons certains. Etre touché par la grâce, c’est devenir comme les oiseaux du ciel qui ne se soucie pas de leurs états d’âme ni de leur nourriture. Un jour qu’on lui demandait ce qui le rendait heureux, Teilhard a répondu : « Je suis heureux parce que le monde est rond ! ». Il insinuait par là que les angles, les coins, les frontières, ne sont pas physiques mais psychologiques.

Pour conclure, j’évoquerai ces révolutions populaires qui ont secoué le monde et qui sévissent plus que jamais dans le monde arabo musulman. Il s’agit d’une explosion de conscience qui reconnaît enfin les vertus de la liberté qui, à cette occasion, représente ce qu’il y a de plus précieux en l’homme. La liberté est manifestement source de progrès matériel et de progrès moral. Un changement est amorcé mais son devenir est encore incertain. Trop de real politique assaisonnée d’hypocrisie a contribué à brouiller les cartes et à remplacé les simples valeurs morales en transactions de mandarins assoiffés de richesses matérielles. A ce propos, je cite encore Teilhard :
« Ou bien la nature est close à nos exigences d’avenir et alors la Pensée, fruit de millions d’années d’effort, étouffe mort-née, dans un Univers absurde, avortant sur lui-même.
Ou bien une ouverture existe ! »

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 26 Mars 2011 à 12:04 | Commentaires (0)

Travaux des membres

L’AVENIR DE L’HOMME, tome 5 Editions du Seuil


CHAPITRE 7

UN GRAND EVENEMENT QUI SE DESSINE : LA PLANETISATION HUMAINE
SOMMAIRE


Sous- jacente à l’histoire contemporaine, se discerne la masse des peuples avec son corollaire naturel qui est la socialisation humaine, phénomène d’une gravité extrême, irrésistible, et cela pour deux raisons Pour comprendre ce que nous veulent ces forces scientifiquement vérifiées :
a) La rotondité de la terre qui engendre un effet de compression,
b) Cosmiquement irrésistible nous voyons aux antipodes des atomes qui se désintègrent le psychisme qui émerge et croît dans le sein des groupements d’éléments de plus en plus complexes.
Extrapolée » vers l’avant » cette loi permet d’entrevoir un « futur » de la terre où la conscience humaine, parvenue à l’apogée de son évolution, atteindra, elle aussi, un maximum de complexité et de réflexion totale sur elle-même.

La révolte de nos instincts contre cette dérive collective est vaine, car aucune force au monde ne peut nous faire échapper à la dérive collective dans laquelle nous sommes pris. De plus, cette révolte est injustifiée puisque le mouvement qui nous entraine vers des formes super organisées et collectives ne tend, par nature, qu’à nous individualiser davantage ce qui à première vue est paradoxal. En effet, nous éveiller à cette nouvelle économie humaine totale, la synergie qu’elle suppose permettra à l’humanité de dépasser la phase où nous sommes forcés d’agir dans un sens qui nous déplait pour arriver à une phase suivante dans laquelle nous agirons librement..jusqu’à aimer la cohérence de l’humanité.

INTRODUCTION

Il est difficile pour un individu de comprendre l’agitation et le bouleversement actuel du monde et d’en percevoir la signification. Mouvements d’idées, passions, intérêts des peuples, etc … se croisent et se heurtent, nous voguons sur une nef humaine et dans la tempête. Quel est notre cap ?

La seule solution est de prendre de la hauteur de vue pour observer le mouvement d’ensemble, lequel ressemble fort à un processus cosmique majeur que je nommerai planétisation humaine. Malgré des apparences et des confluences qui tiennent à l’ampleur de l’objet observé, je maintiens que dans ce propos je ne quitte pas le domaine scientifique, je suis dans une extension de nos perspectives biologiques.



1- UN PROCESSUS IRRESISTIBLE DE LA COLLECTIVISATION HUMAINE

Au lendemain de la plus terrible secousse qui n’ ait jamais ébranlé les couches vivantes de la terre, si l’on fait un état des lieux après ce séisme, on pourrait s’attendre à découvrir des fissures profondes et un sol miné. Un pareil choc a-t-il révélé nos points faibles et laissé l’humanité brisée sur elle-même ? Si nous écartons ce voile psychologique de la lassitude dont la nature est provisoire, que voyons-nous ?

Depuis 1939 une grande partie de l’Asie est irréversiblement entrée dans l’orbe des pays industrialisés. Des masses humaines mécanisées ont envahi les mers du sud et installé des bases aériennes ultramodernes sur des îles poétiquement perdues. Ethniquement parlant, dans le même temps, de vastes mouvements ont brassé sans pitié les peuples, des armées entières vont d’un hémisphère à l’autre, des milliers de réfugiés ont été disséminés comme des germes par le vent… Si brutales qu’elles soient, qui ne voit les conséquences inévitables de cette mise en mouvement des masses humaines ?

La masse entière du genre humain s’est trouvée maintenue au même moule d’une existence commune, étroitement encadrée dans de multiples organisations internationales, les plus vastes et les plus audacieuses que l’on n’ ait jamais vues. Ces masses humaines fondues dans les mêmes remous et les mêmes modes de vie, pouvaient-elles s’en arracher ? Non. Pendant six années de haines déchainées les blocs humains ne se sont pas désagrégés.

1914/1918, puis 1939/1945…
A chaque fois un tour de vis supplémentaire a été donné. Chaque nouvelle guerre a pour résultat de faire se lier et s’emmêler un nœud toujours plus inextricable. Plus nous nous repoussons, plus nous nous compénétrons. En vérité comment pourrait-il en être autrement ? Sur la surface de la terre constamment rétrécie par les rayons d’action, les particules humaines non seulement se multiplient, mais en réaction à ces frottements de proximité elles développent autour d’elles une toile de communication toujours plus dense. Bien plus, exposées chacune jusque dans leur centre aux influences spirituelles de leurs voisins, elles se trouvent constamment soumises à un régime forcé de résonnance. Sous la pression de ces facteurs n’est-il pas évident qu’une seule direction demeure ouverte au mouvement qui nous entraîne, celle d’une toujours plus croissante unification ? Spéculant sur les destinées terrestres de l’Homme, les conclusions vont toujours sur le moment où le globe sera devenu inhabitable. Or, pour qui n’a pas peur de regarder, une deuxième chose est certaine : plus la terre vieillit, plus la pellicule vivante se contracte, et le dernier jour coïncidera au maximum de resserrement et d’enroulement sur soi.

Je le sais, il est peut-être trop simple et dangereux de voir partout des déterminismes, des voix autorisées le contestent, la montée démographique ne cache rien de fatal. D’un certain point de vue, ces voix ont peut-être raison, mais elles se trompent quant à la montée d’un super déterminisme général qui fait irrésistiblement se ramasser l’humanité sur elle-même. Que nous le voulions ou non, depuis le début de l’humanité, les forces conjuguées de la matière et de l’esprit nous poussent lentement, ou par saccades, à nous collectiviser davantage, voilà le fait, regardons le en face.

2- LA SEULE INTERPRETATION POSSIBLE : UNE SUPER ORGANISATION DE LA MATIERE AUTOUR DE NOUS .

Pour comprendre ce que nous veulent ces forces de collectivisation, il est nécessaire de considérer ce qui relie les termes de conscience et de complexité, ainsi que d’observer la loi de compensation qui fait coexister les âmes les plus spirituelles avec les corps les plus corruptibles et les plus composites.

Il appartient à la biologie et à la biochimie d’étudier cet aspect des choses. Comment se fait-il que face à ce perpétuel balancement entre pluralité physique et unité psychique nous ayons été aussi lents pour saisir le lien de causalité reliant ces deux termes ? Pour avancer dans ce sens commençons par supprimer la barrière que nous avons placée entre le monde minéral et le monde vivant, car l’un et l’autre ne sont, à des degrés divers de complexité et de dimensions, que l’expression d’une seule et fondamentale structure granulaire de l’univers.
Ceci étant, posons comme principe que la conscience est une propriété universelle commune à tous les éléments de la matière, et que cette propriété varie proportionnellement avec le degré de complexité des éléments considérés. Sous l’effet de ce nouveau principe, celui de la COMPLEXITE/CONSCIENCE, les notions d’infiniment grand et d’infiniment petit perdent leur désespérante image. Transversalement à l’axe montant qui va de l’infime à l’immense, un autre axe jaillit, allant de l’infiniment simple à l’infiniment complexe, c’est sur lui que s’établit le phénomène conscience. D’abord un long espace obscure « imperceptiblement animé » puis, arrivé au niveau de l’arrangement du million d’atomes (le virus), un premier « rougeoiement » annonçant la vie. On observe à partir de la cellule vivante la montée graduelle de la complexité qui aboutit au cerveau humain. Ainsi la vie, malgré son extrême rareté dans l’espace se découvre, symétriquement aux désintégrations atomiques, comme le courant fondamental de l’univers.

Dans cette nouvelle physique généralisée, l’Homme avec ses billions de cellules nerveuses parfaitement bien agencées, trouve enfin une place naturelle cosmiquement enracinée.

Mais encore, au-delà de l’Homme, quelque chose se dessine, nous voici face à face avec les forces de collectivisation, bien que le sens commun se soit longtemps refusé à admettre autre chose que des analogies superficielles entre le domaine moral des instincts humains et le domaine physique de la nature organisée. Maintenant, plus rien ne peut arrêter le mouvement qui tend à faire se rapprocher et se prolonger les deux mondes : dans les corps vivants se combinent molécules et cellules pour construire des individus isolés, et dans les organismes sociaux la même chose se produit à un étage plus haut.

Maintenant, s’éclaire la tendance qui pousse tout phylum vivant, insectes ou vertébrés, à se grouper en des ensembles socialisés ; chez l’Homme le phénomène prend toute son ampleur avec la montée corrélative à la socialisation. Ainsi donc s’explique la montée de divers phénomènes :
-Apparition d’une mémoire collective avec transmission par éducation.
-Développement d’un réseau nerveux sur la surface de la planète
-Emergence par concours et concentration toujours plus poussée des points de vue individuels doués de plus grandes facultés de vision.

Sous forme de collectivisation humaine, c’est vraiment la super organisation de la matière qui continue sa marche en avant avec son effet spécifique, celui d’une libération de conscience.
Par la nature même des éléments mis en jeu, le processus ne saurait atteindre son équilibre que lorsqu’autour du globe le quantum humain se trouvera cerclé sur lui-même, organiquement totalisé. Un arrangement planétaire de la masse et de l’énergie humaine coïncidant avec un rayonnement maximal de pensés ; voilà ce qui nous attend et vers quoi nous allons inévitablement, sous l’étreinte croissante des déterminismes sociaux. Nous ne pouvons résister aux forces cosmiques d’un univers convergent.

La caractéristique essentielle de l’Homme c’est d’être conscient au deuxième degré, il sait qu’il sait or, à part quelques exceptions, cette réflexion est élémentaire. A ce propos, citons Nietzsche : « L’individu seul en face de lui-même ne s’épuisera pas. Ce n’est que par l’opposition à d’autres hommes qu’il arrive à se voir jusqu’au fond, tout entier » . Plutôt que de nous opposer ou de nous abandonner aux puissances plasmatiques de l’astre qui nous porte, éclatons-nous à la lumière montante de cette deuxième hominisation qui est la connaissance de l’autre.

3- UNE SEULE INTERVENTION INTERIEURE PERMISE : L’ESPRIT D’EVOLUTION

Chez les animaux, chaque individu est faiblement séparé de ses semblables et celui-ci n’existe que pour perpétuer l’espèce.

Chez l’Homme, au contraire, chaque individu, dès qu’il a atteint un certain niveau de conscience, tend à s’isoler et à vivre pour lui-même, comme si le sens de l’espèce s’évanouissait en lui. C’est à cette inquiétante crise que la perspective d’un achèvement humain planétaire apporte un remède approprié. Si le phénomène social n’est pas un déterminisme aveugle mais l’annonce d’une deuxième phase de réflexion humaine, collective celle-ci, le sens de l’espèce réapparaitra, l’esprit d’évolution va refouler l’esprit égoïste et corriger ce que véhiculent de toxique les forces de collectivisation. Les expériences totalitaires communistes nous ont prouvé qu’elles mutilaient notre personnalité.
Par contre, qu’arrivera-t-il si nous observons le même traitement « planétisant » appliqué à une masse humaine animée de l’esprit d’évolution ? Un flot de forces sympathiques se répandra au cœur des systèmes humains et mobilisera toute l’allure du phénomène d’unification de l’espèce humaine. Un courant de sympathie quasi adorante de chaque élément humain à l’égard de ses semblables modifiera les « effets retour » des uns vers les autres et développera dans tout le système concerné la vision de ce que nous appelons la libération de nos actes de nos instincts animaux les moins sociaux. Qui dit amour dit liberté.

Donc pourvu qu’elle s’accompagne d’une résurgence au sens phylétique, la collectivisation de la terre s’avère bien un instrument de sur-hominisation cérébrale. En s’intériorisant, la planétisation ne peut avoir qu’un seul effet, celui de nous personnaliser davantage irréversiblement jusqu’à nous « diviniser » par l’accession à quel que foyer de suprême convergence universelle.
Mais ce nouvel esprit d’évolution va-t-il surgir à temps pour que, acculés au sur-humain, nous évitions de nous déshumaniser ?

4- PLUS PROFOND QUE NOS DISCORDES PRESENTES, UNE HUMANITE QUI SE REFORME

Si par ses déterminismes biologiques, économiques et mentaux l’humanité se retrouve au sortir de la guerre plus cimentée que jamais, dans ses zones libres, en revanche elle donne à première vue l’impression d’un désordre croissant. Aujourd’hui où tout les rapproche, jamais les hommes ne se sont tant repoussés et haïs. Un tel chaos moral est-il conciliable avec un espoir d’unanimité ? Regardons d’un peu plus près si, malgré cet état, la planétisation de l’humanité est possible.

La carte psychique de la terre laisse voir des compartiments ethniques, politiques et religieux aux limites très évidentes, alors qu’en profondeur l’antagonisme des classes s’étend sur toute la planète, discrètement. Tels sont les réseaux entrecroisés que la guerre a réactivés.

Ce fractionnement du monde ne peut que faire éclater la noosphère, sauf intervention d’un nouveau type d’homme jusqu’alors inconnu, « l’Homo Progressus » composé de chercheurs atteints de ce providentiel « virus » dont nous allons donner la carte de leur répartition.

On trouve les « Homo Progressus » sur toute la surface de la terre. Ils sont plus nombreux dans les pays de race blanche et dans les milieux modestes. Très soudés entre eux, ils communiquent à travers des réseaux serrés. Perdus dans une assemblée quelconque, étant doués de dons assez mystérieux, ils sont capables de se reconnaître rapidement ; à la force d’attraction dont je parle aucune cloison sociale ou religieuse ne résiste, j’en ai fait souvent l’expérience. Il en résulte un contact profond, définitif et total qui s’établit instantanément.. Dès lors nous constatons que nos antagonismes disparaissent comme s’il existait une certaine dimension au-dessus de laquelle tout effort rapproche. A ces diverses particularités je ne vois qu’une explication, les clivages de l’humanité ne se font plus que sur la foi au progrès, tel est le nouveau phénomène auquel nous assistons. De ce point de vue, la vieille opposition marxiste entre producteurs et profiteurs a fait son temps ou, du moins, elle n’était qu’une approximation mal placée ; ce qui tend à séparer les hommes aujourd’hui ce n’est pas la classe sociale mais un certain esprit de mouvement. Ici, ceux qui voient le monde à construire comme une demeure confortable, et là, ceux qui ne peuvent l’imaginer que comme un organisme en progrès. Ici l’esprit bourgeois et là les vrais ouvriers de la terre, ceux dont on peut prédire par pur effet de domination biologique qu’ils seront demain les éléments de la planétisation.





CHAPITRE 8
QUELQUES REFLEXIONS SUR LE RETENTISSEMENTSPIRITUEL DE LA BOMBE ATOMIQUE
Paris, septembre 1946

Il y a un peu plus d’un an, dans les terres de l’Arizona, une lueur éblouissante d’un éclat insolite illumina les montagnes et éteignit les rayons du soleil levant. Puis, un ébranlement formidable …La première bombe atomique venait de brûler en l’espace d’une seconde, industrieusement préparée et allumée par la science de l’Homme.
L’Homme, étourdi par son succès, a cherché à comprendre ce que son œuvre avait fait de lui-même. Son corps était sauf, mais quid de son âme ? Que venait-il d’arriver ?

-Au lendemain de cette expérience on a bien osé dire que les physiciens auraient dû détruire le fruit de leurs recherches comme si, en définitive, tout homme n’avait pas le devoir de poursuivre jusqu’au bout les puissances créatrices de la connaissance !
Aucune force n’est capable d’arrêter la pensée humaine.
Ici, je ne justifierai pas l’acte de libérer les énergies atomiques. Je ne discuterai pas non plus des problèmes économiques et politiques que cet acte soulève. Je laisse aux techniciens de la terre le soin de répondre. Qu’il me suffise de rappeler la condition générale à laquelle doit satisfaire le problème : être posé à une échelle internationale.

L’objet de ma réflexion est de rechercher quel a été le contre coup de l’invention sur l’inventeur. En libérant l’énergie des atomes l’homme n’a pas changé seulement la face du monde ; virtuellement, il devient un être nouveau qu’il ne connaissait pas. Plus un geste est nouveau et conséquent, et plus il retentit sur notre orientation interne.

-A l’instant critique où allait probablement se produire l’explosion, les expérimentateurs étaient couchés sur le sol et quand ils se relevèrent après l’explosion, ils ressentirent un nouveau sentiment de puissance. Quand le premier feu a été expérimenté par un homme et plus tard lors des premières utilisations de la machine à vapeur, chacune de ces conquêtes signifiait un remaniement total de la vie, sans pour autant changer de place la conscience humaine, il ne s’agissait rien de plus qu’un changement de voile pour un vent nouveau. Rien de commun avec la libération des forces de l’atome.

-Avec l’atome, une porte a été forcée, donnant accès à un compartiment réputé inviolable de l’univers. L’Homme venait de s’emparer des conduites commandant la genèse de l’univers, ressort si puissant qu’il faut y regarder à deux fois avant de faire un geste risquant de faire exploser la planète. Ce risque encouru est d’autant plus exaltant que la découverte de cette énergie n’est pas le fruit du hasard, comme pour le feu, mais d’un effort savamment concerté.

-Apparition d’un sentiment nouveau de puissance indéfiniment développable . Dans ce cas, le résultat des destructions escomptées était moins important que la vérification qui venait d’être faite des théories et hypothèses qui avaient permis d’obtenir le résultat. Une fin accélérée de la guerre, les milliards de dollars dépensés, qu’était-ce cela par rapport à la valeur de la science qui était en suspens ?

-Rêve ou réalité ? Hésitation tragique ; encore une seconde et l’on saurait. L’Homme venait d’acquérir la pleine confiance dans l’investissement d’analyse mathématique que, depuis un siècle il s’était forgé. Non seulement la matière était maîtrisable, géométrisable aussi, mais elle était conquérable. En trois ans, une équipe d’un millier d’hommes avait mis au point une technique qui aurait demandé plus d’un siècle à des hommes isolés. Rien ne résisterait plus à l’ardeur convergente d’un millier d’esprits groupés et organisés.

-Cette première libération de l’énergie atomique allait donner accès à d’autres mystères de la matière : après l’atome, le noyau, et les autres branches de la science comme le modelage de l’organisme humain, le contrôle de l’hérédité et des sexes par le jeu des gènes et des chromosomes. Réajustement et libération interne de notre âme mise à nu par la psychanalyse. Nous sommes en mesure d’espérer l’accès au pouvoir d’arranger toute espèce de matière.

-C’est ainsi qu’au fil des ambitions grandissantes que l’Homme ayant pris conscience de sa force ne songera plus qu’à se grandir et s’achever biologiquement lui-même. De toute nécessité organique, non seulement il peut mais il doit collaborer à sa propre genèse, par le jeu réfléchi de son intelligence.
Des énergies encore disséminées ou assoupies de la matière et de la pensée attendent l’Homme pour sa collaboration dans l’évolution à l’échelle planétaire. Tel se dessine dans ses lignes majeures l’engagement de l’Homme transformé par son destin.

-L’ennemi principal de l’homme moderne c’est l’ennui. C’est seulement à partir de l’instant où des loisirs réfléchis ont commencé à se former entre l’œuvre et l’opérateur que l’ouvrier a été atteint par l’ennui. Cette tendance a grandi démesurément à une vitesse inquiétante la quantité d’énergies vacantes qui montent en nous et autour de nous. L’énergie atomique jointe à tout le machinisme moderne va atteindre prochainement un paroxysme. L’humanité s’ennuie de plus en plus, voilà la source de nos maux.
De par le monde, l’agitation désordonnée des individus à la poursuite de fins disparates et égoïstes sont en partie la cause des luttes armées dans lesquelles se décharge destructivement l’excès des puissances accumulées.

-Eh bien, ce sont ces lourdes vapeurs d’orage qui vient dissiper en se levant dans la conscience humaine le sens de l’évolution. Quelles que soient les conséquences économiques de la bombe atomique il reste que, pour avoir étendu notre main jusqu’au centre de la matière, nous avons découvert l’intérêt suprême de pousser jusqu’au bout les forces de la vie dont l’espoir est le facteur principal. En faisant éclater les atomes, nous avons mordu au fruit de la grande découverte et rien ne saurait nous enlever ce goût ; au risque même de nous faire oublier les sanglants combats.
On dit que, enivrée par sa force, l’humanité court à sa perte et va se brûler au feu imprudemment allumé par elle. Il me semble au contraire que la bombe atomique a tué la guerre ; la guerre est tuée dans nos cœurs. La science par ses conquêtes rend désuets les héroïsmes guerriers. Un véritable objectif vient de nous apparaître, mais nous ne pouvons l’atteindre qu’en nous arcboutant tous à la fois dans un objectif commun, nos activités ne pourront un jour que se rapprocher et converger dans une atmosphère de sympathie, c’est inévitable.

L’ère atomique …ère non pas de la destruction mais de l’union dans la recherche. C’est l’annonce de l’esprit de la terre.

-Que faut-il entendre par ce terme ambigu ? S’agit-il d’un esprit démoniaque de possession solitaire ? S’agit-il au contraire de l’esprit Chrétien de service et de don de soi, l’évolution de la terre se fermant par un acte d’union ?

-Esprit de force ou esprit d’amour, où est la vérité ? Il serait trop long dans ces pages de discuter la valeur comparée de deux formes antagonistes d’adoration. Si la première a séduit les poètes, la seconde est la seule capable de conférer à l’univers sa cohérence spirituelle. Ce qui importe en revanche c’est d’observer que l’humanité ne saurait aller plus loin sans avoir à se décider ou à se diviser sur le choix du sommet à atteindre.

-En fin de compte le dernier effet de la lumière projetée par le feu atomique est d’y faire surgir, ultime et culminante, la question d’un terme à l’évolution, c'est-à-dire le problème de Dieu.

(Note de Teilhard : dans l’angoisse des dernières secondes avant la première explosion atomique, les témoins se sont surpris à prier)
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 25 Mars 2011 à 14:46 | Commentaires (0)
1) Edito de J.P. Frésafond, Président de l’Association Lyonnaise Teilhard de Chardin

Nos Associations Teilhard De Chardin vont mourir en raison de l’âge moyen de leurs membres.
Si l’on veut que la jeunesse connaisse et s’intéresse à Teilhard, il n’y a qu’un moyen, c’est d’inscrire son œuvre au programme des études universitaires.

J’ai donné mon pouvoir au Président G. Donnadieu pour que cette question soit à l’ordre du jour de l’Assemblée Générale de l’Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin / Ile de France, qui va se tenir les 26 et 27mars 2011 :

De nombreuses personnalités sont inscrites dans le codex des auteurs étudiés dans les Universités Françaises dans les filières scientifiques ou littéraires ; pourquoi l’œuvre de Teilhard de Chardin n’y figure-t-elle pas ?

Treize livres de Teilhard sont édités par les Editions du Seuil et quelques autres ailleurs. Mais il existe 6000 pages de communications scientifiques écrites par Teilhard et qui dorment dans les placards de la Fondation Teilhard de Chardin fondée juste après sa mort. Ces documents ne sont pas numérisés et rien n’est fait pour les rendre facilement accessibles. La cause de cette discrétion excessive est l’absence de demande de la part des étudiants qui, pour la plupart, ne connaissent pas le nom de Teilhard.

Cette lacune est typiquement Française, dans nos Universités on compte quelques centaines de publications concernant Teilhard, alors qu’aux U.S.A. il y en a plusieurs centaines de milliers.

On peut comprendre ce black-out sur Teilhard dans les Facultés Catholiques puisque le Vatican a interdit Teilhard depuis les années 30 et cet oukase a été confirmé avec le monitum de 1962 ; Mais de la part des Universités d’Etat ce vide est absurde. Un professeur de philosophie m’a dit que l’écriture de Teilhard était « baroque » ; un autre le qualifie de « poète » alors qu’aucun ne l’a lu complètement.
Des professeurs de filières scientifiques m’ont dit que Teilhard était « décalé » et qu’il n’était pas habilité pour parler d’autre chose que de paléontologie.

Teilhard a toujours été au courant de la pointe des recherches scientifiques. N’oublions pas qu’il fut l’ami de Sir Julian Huxley prix Nobel de biologie et premier Directeur de l’ UNESCO. Il fut également ami d’Albert Einstein. Lamarque, Darwin furent les précurseurs dans les études de l’Evolution, mais ils buttèrent au fond d’une impasse : l’Homme ne descend pas du singe . C’est Teilhard qui, après avoir pris connaissance des précédentes études trouva l’issue du labyrinthe en proposant la naissance de phylum , comme des « gerbes » , issus du hasard des mutations ; mutations fort opportunes il faut bien le dire.

De nos jours, des spécialistes de la paléontologie comme Yves Coppens, Pascal Pic, ne se réfèrent officiellement jamais aux travaux de Teilhard et ils ne citent son nom que dans des préfaces et à l’occasion des anniversaires de Teilhard, ils ne peuvent pas faire autrement.
Quelques vulgarisateurs comme Jean-Claude Hanesse sur France-Inter dans son émission « Sur les épaules de Darwin » ne cite jamais Teilhard, entre Darwin et lui il n’y a personne.

Même le Père François Euvé s.j., titulaire de la chaire de Teilhard de Chardin dans l’Université Catholique de Paris-Sèvre est très discret sur Teilhard ; notamment dans ses publications et communications ex-cathedra.

Et pourtant, Teilhard était un authentique scientifique dans des spécialités telles la biologie et la géologie (deux licences avant 14/18) et en paléontologie (doctorat en 1920).
Il connaissait les limites de la science de son époque et avait su tracer des perspectives d’avenir sans se tromper ; il suffit de lire ses écrits concernant la biologie, la génétique et l’avenir de l’énergie nucléaire. Il avait un siècle d’avance, c’est pour cela qu’il était et qu’il est encore gênant, pour ceux qui ne sont pas à son niveau d’intelligence.
On peut difficilement le prendre en défaut dans le domaine scientifique et paradoxalement pour le prêtre qu’il était ce serait plutôt dans le domaine des autres religions qu’il serait critiquable car muet.

C’est donc au nom de l’Association Lyonnaise Teilhard de Chardin que je demande officiellement à l’Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin (qui fut créée en 1955 à Paris) de faire les démarches d’inscription au codex, conjointement avec la Fondation Teilhard de Chardin (créée en 1955), la première Institution « diffuse » et la seconde « conserve », c’est leur rôle et leur devoir.

Espérons que la réhabilitation de Teilhard sera moins longue à venir que celle de Galilée. Je compare ces deux personnages car leurs découvertes furent d’un égal génie. Les Editions du Seuil pourraient éventuellement intervenir dans ces démarches.


2) Marcel CombyLa pensée de Teilhard et la physique moderne : Pouquoi la philosophie de Teilhard de Chardin n’est-elle pas dans les programmes universitaires Français ?

Bien avant d’avoir ouvert un seul livre sur Teilhard de Chardin, je m’étais imaginé que l’Univers avait une structure dite « feuilletée » en raison de divers plans ordonnés du monde, reliés entre eux par des analogies que les mathématiciens appellent isomorphismes. Ainsi au vide que nous connaissons (absence de matière) dans notre macrocosme, correspondent au niveau subatomique les états dits « virtuels » ou vides de potentialité. Puis à un niveau supérieur (métaphysique), les chrétiens parlent du VERBE qui représente toutes les manifestations de Dieu et en particulier l’Incarnation. Toute cette configuration n’est-elle pas ce que Teilhard nomme le « Dedans des choses ».

Pendant la première moitié du siècle dernier, Teilhard a conçu une théorie de l’évolution biologique qui n’était pas en accord avec la physique de son temps. Par contre elle se rapproche davantage de la physique moderne, non matérialiste et non déterministe. Dans le cadre de cette dernière, on peut dire que matière et esprit ne constitue pas un dualisme réducteur, mais un élément de conscience qui participe à l’Evolution. La physique quantique propose que la base primordiale du Réel soit justement une vie interne qu’on peut nommer « Conscience ». Dans cet espace feuilleté dont j’ai parlé, cette conscience se manifeste à tous les niveaux de la réalité ; en outre la réalité représente un TOUT non séparable.

La non – séparabilité du réel, dans la physique quantique, représente une propriété de l’Univers fort déroutante mais tout à fait captivante et je m’explique : Si deux particules ont été en contact, elles constituent un système qui interagit quelle que soit la distance qui les sépare, ce que l’on ne peut concevoir en physique classique. C’est le principe « d’intrication ». En physique traditionnelle, celle de Laplace, tout objet peut être localisé en vertu d’une logique mathématique déterministe qui fixe les bases de calculs pour tout phénomène observable. Le monde de la physique quantique est un univers incertain, soumis au hasard, où les particules peuvent en permanence changer de position, de vitesse, de trajectoire et d’énergie. Ainsi l’importance de la Conscience et la non – séparabilité du réel, sont parmi les thèses les plus caractéristiques de Teilhard. « A perte de vue, tout autour de nous l’Univers tient par son ensemble. Et il n’y a qu’une manière réellement possible de le considérer. C’est de le prendre comme un bloc, tout entier…l’Etoffe de l’Univers correspond à une seule figure : elle forme structurellement un Tout ». (Le phénomène humain, p. 32, 33)

Si la réalité est un Tout, tous ses états, réels ou virtuels, s’étendaient depuis toujours et partout à travers la totalité de l’univers. L’émergence de la vie n’est donc pas limitée à un seul point singulier du temps, ni en un lieu singulier tel notre planète. La Vie n’est ni un événement ni un accident superficiels, mais une réalité en émergence permanente à travers la moindre fissure tout comme l’herbe à travers le goudron de nos routes. La Vie se déploie alors inlassablement jusqu’à des limites extrêmes, extérieurement en Complexité et intérieurement en Conscience. La physique des particules montre un monde si étrangement organisé autour de fabuleuses myriades d’interactions que nous pouvons envisager que ce monde possède un « esprit » qui unifie parfaitement cette réalité que l’on pourrait appeler « Âme ». Pour Teilhard, toute unité de matière, si peu évoluée ou si immature soit-elle, possède un rudiment d’immanence, c’est-à-dire une étincelle d’esprit.
La physique classique n’offre aucune base pour supposer que la matière soit dite : « pré vivante » et que la conscience y joue un rôle quelconque dans les processus physiques. Pour notre regard, beaucoup de choses paraissent complètement mortes. Par contre la physique

quantique nous apprend que les particules sont des objets « actifs ». Cette activité se traduit par ce qu’on appelle des « sauts quantiques » spontanés. Ceux-ci sont régis par certains principes spécifiques : l’information, les ondes de probabilités, l’ordre d’états virtuels. Les particules se comportent donc comme des êtres vivants munis, il est vrai, d’un rudiment de conscience capable de réagir à telle information. Il existe alors toute une hiérarchie d’états qu’on appellera : « intelligents ». L’intelligence, dans ce cadre là, est la capacité d’utiliser l’information de façon organisée pour une existence et une finalité. Des aspects de conscience se manifestent à tous les niveaux du réel. Au-delà de cette hiérarchie dont le sommet est la conscience humaine réfléchie, on doit se demander s’il existe un niveau de conscience non limité par les structures matérielles de notre monde et par les contraintes de l’Espace – Temps. En outre, l’existence de chaque niveau d’intelligence est conditionnée par l’existence des autres niveaux ; c’est un des principes de la Vie qui est diversité et unité. Alors au fond de la réalité, on peut soupçonner l’existence d’une intelligence suprême, transcendante.
Dans ce modèle de hiérarchie des systèmes intelligents, chaque avancée de l’évolution biologique correspond à une intégration plus étendue d’un sous-espace plus grand que celle du niveau précédent. Teilhard propose donc que l’évolution mène les êtres vers une spiritualité croissante. Il attribue à la conscience une énorme importance et invente le concept de « Dedans des Choses ». Au fond de nous-mêmes existe depuis toujours un intérieur, de sorte que l’Etoffe de l’Univers possède une face interne et une face externe : « Coextensif à leur Dehors, il y a le Dedans des Choses ». Cette représentation du monde, aussi déconcertante soit-elle pour notre imagination, nous montre un aspect différent de la Matière originelle ; sous le feuillet physique et mécaniste initial, on doit concevoir, aminci à l’extrême, un feuillet biologique, comme je l’avais pressenti depuis quelques années. L’explication des diverses phases de la Vie se fonde sur les jeux de connexions entre états virtuels et états réels, des fonctions d’ondes et des distributions de probabilités. Depuis le niveau le plus élémentaire du monde des particules, jusqu’au niveau divin du réel, c’est l’éruption de la Conscience dans le monde matériel qui est la force motrice de l’émergence du Complexe. « En créant les esprits humains, la conscience cosmique a trouvé une nouvelle façon de surgir sur la scène. ».

Avec la naissance des êtres humains, tout un développement nouveau commence : abstraction, logique, archétypes, choix et inventions raisonnés, mathématiques, arts, sentiments, sensations, imagination, etc…effervescence du centre explosant sur lui-même. Cependant il est impossible de décrire cette force qui nous introduit dans le monde des idées sensible à l’information, élément non matériel. Elle n’est pas quantifiable mais elle produit des effets observables pouvant être quantifiés. Cette prodigieuse et complexe Evolution, transférée dans les mains d’êtres conscients d’eux-mêmes, exige que ces êtres aient un but afin de préserver cette force vive. Cette Evolution devient, en quelque sorte, libre de disposer d’elle-même, responsable de son avenir. Alors se pose la question de l’angoisse de se sentir enfermé dans l’Espace – Temps. Teilhard a perçu ce danger selon lequel l’Homme ne fera jamais un pas dans une direction qu’il sait bouchée. C’est le paradoxe de l’Evolution.
« Une seule chose, mais qui est tout. C’est que nous soient assurés l’espace et les chances de nous réaliser, c'est-à-dire d’arriver, en progressant, (directement ou indirectement, individuellement ou collectivement) jusqu’au bout de nous-mêmes » (Teilhard, loc. cit. p. 230)

Le but de l’Evolution dont la fonction est ainsi définie est le Point Oméga. Le but de l’humanité est d’atteindre ce point où la Conscience de l’humanité s’unira à la Conscience qui est active dans l’Univers, marquant l’achèvement en dehors de l’espace – temps. Ainsi Teilhard propose l’hypothèse « d’un Foyer universel », non plus d’extériorisation et d’expansion physiques, mais d’intériorisation psychique, vers où la Noosphère terrestre en voie de concentration par complexification semble destinée à aboutir dans quelques millions d’années. On aboutit à l’idée de transcendance, hors de cet espace – temps, dont les propriétés sont exprimables par un esprit scientifique. L’évolution vers ce point Oméga peut être considérée comme le processus par lequel nous apprendrons à exister dans une réalité « non séparée » afin d’entrer dans une réalité transcendante. Le réel possède la nature d’un Tout indivisible, mais il a une structure d’états cohérents virtuels, d’où des objets séparés singularisent par actualisation. Oméga ne peut être conçu que comme le point de rencontre entre l’Univers parvenu à la limite de centration et un autre centre encore plus profond. Ici s’insèrent le problème de Dieu et celui de la non localisation. Certains chercheurs ont proposé que les processus de non localisation relèvent d’une réalité extérieure à l’Espace – Temps, et que le processus fondamental qui régit la Nature se trouve également en dehors de cet espace – temps. « Ce processus devient donc métaphysique car il inclut la physique, dont il est à la fois en arrière et en avant ». (Stapp) L’hypothèse d’une réalité transcendante est à notre époque une proposition inévitable qui peut servir de base à l’engagement humain pour tout ce qui concerne les nécessités de base non individuelles.

Pour Teilhard, nous participons à un processus continu d’Evolution qui exige de tout individu un engagement personnel. Se pose alors la question de l’évolution des espèces dans l’histoire de la vie. Les espèces naissent, puis au bout d’un certain nombre d’années ou de siècles, disparaissent pour laisser place à une autre espèce. Qu’en est-il alors du destin de l’espèce humaine ? De nos valeurs morales ? Des religions ? Nous voyons apparaître en ce début de XXIe siècle, un développement exponentiel des techniques et un rapprochement spectaculaire des nations de notre planète associé à un raccourcissement des distances. Est- il patent de reconnaître dans cette nouvelle configuration, l’avènement d’un monde nouveau ?
On assiste bien à une évolution planétaire qui nous fait penser au principe fondamental d’interconnexion de toutes choses. Maintenant que nous connaissons le principe de non séparabilité, il nous faut savoir adhérer sans doute à une moralité et une conscience cosmiques. « Tout âme qui s’élève… élève le monde ! » écrivait en son temps Elisabeth Leseur. Il nous faut établir une connexion entre nos découvertes scientifiques et nos théories éthiques ou religieuses, tout en résistant aux méfaits planétaires de la désinformation ou de la mauvaise information. Teilhard voulait créer une science qui unit le cosmique, l’humain et le divin ; mais comment une telle union est possible ?

L’évolution biologique est expliquée comme un processus de transition entre des états
quantiques et le darwinisme ne fait que décrire quelques phénomènes observés ; il reste donc à l’interpréter différemment. Par exemple le hasard est identifié comme un mode de sélection entre des états préexistants et l’ordre spontané de l’évolution découle de l’actualisation de l’ordre virtuel préétabli de l’Univers. Cet ordre visible dépend donc d’un ordre plus profond qui siège dans le monde des particules. Dans l’évolution biologique, on doit admettre que des propriétés de la réalité nous sont dévoilées par des entités d’ordre quantique. Aussi peut-on affirmer que la physique quantique n’est pas seulement à la base de principes physiques nécessaires pour construire notre corps, mais aussi de principes qui se rapportent à notre esprit. Teilhard dit que l’Homme a des besoins spirituels, non pas parce qu’il est descendant
d’animistes, mais parce que son esprit a besoin d’être en contact avec le fond spirituel du réel qui est de même nature que lui. Si la NATURE était CONSCIENCE alors il semblerait patent que notre propre conscience aspire à communiquer avec elle. Ceci demeure une hypothèse qui se traduit par le fait que l’Homme n’est pas indépendant, mais lié à une partie transcendante de la Réalité. Ceci étant, référons -nous à cette parole de Saint Augustin : « Nisi credideritis, non intelligitis » (Si vous n’avez pas de croyance, vous n’aurez pas de savoir). Pour Teilhard, la Conscience du monde n’est pas autre chose que la Conscience du Christ cosmique ; ceci révèle son aspiration visionnaire qui témoigne de ses convictions scientifiques et de sa foi religieuse. Nous entrons avec lui dans le domaine des émotions les plus profondes. Devant un monde de plus en plus inquiet des risques énormes d’une utilisation perverse des
technologies, ne serait-il pas nécessaire et vital pour les croyants que de repenser les dogmes
de la foi chrétienne, juive ou musulmane, dans une autre dimension qui leur confèrerait cette
émotion qui emporte l’esprit vers une Sagesse et une sérénité nouvelles. Cette synthèse réalisée par Teilhard constitue une voie qu’il serait absurde de négliger.

Nous autres scientifiques, porteurs de savoir les plus divers, avons une responsabilité
gigantesque dans le devenir d’un monde entraîné dans une spirale planétaire que nous ne
saurons peut-être un jour plus contrôler.
Se pose donc le problème du Mal, celui engendré en particulier par les excès terrifiants
consécutifs à des manipulations insensées de nos capacités scientifiques et technologiques. Les découvertes en mécanique quantique aussi bien que les visions mystiques de Teilhard, ne font que décrire l’extrême profondeur de la nature humaine et faire reculer les limites de notre savoir sur le mystère de l’Homme. En fait, dans une théorie de l’évolution, ne convient –il pas d’attribuer à ce que nous appelons « Mal », une réalité ontologique nécessaire pour la Vie, dans la mesure où elle fait partie d’une structure d’ordre cosmique insufflant dans l’Homme la redoutable capacité d’être à la fois infiniment complexe et
infiniment libre. Notre époque est marquée justement par l’accélération de la complexité au
sens planétaire et des moyens qui nous permettent de grignoter toujours plus de liberté. Reste
à notre conscience de ne pas se laisser asservir par des forces internes et externes qui nous
éloignent de la vraie Sagesse, celle qui privilégie l’être sur l’avoir ; ne pas céder à
l’enfermement physique et mental, à cet engourdissement de l’esprit qui rend aveugle, sourd
et muet, devant l’aspiration de l’autre.
La pensée de Teilhard et les principes de la physique moderne enseignent que notre Univers
est un monde ouvert. Si on réfute à présent le dualisme matière – esprit alors il existe un ordre
moral naturel comme il existe un ordre physique. D’où l’importance en famille et à l’école de
l’éducation au valeurs morales et religieuses, au sens critique, à la responsabilité, à la curiosité
et la créativité.

L’histoire de ce « bébé – médicament » montre combien nous sommes
interpellés dans nos convictions les plus profondes. Contrairement à ce qui s’affirmait
autrefois à propos de la volonté divine, nous sommes amenés aujourd’hui à parler un langage
qui englobe le rôle de la science dans notre vie quotidienne. Où se situe la morale dans telle
action humaine ? Où se situe, pour un croyant, la volonté de Dieu ? Tel est le challenge pour
l’homme de bonne volontL’histoire de ce « bébé – médicament » ne pose-t-elle pas la question du contrôle et de l’entretien de ce que Teilhard appelle « les forces de finalité » ? Teilhard évoque deux voies :
- Celle de la moralisation de l’invention selon laquelle tout progrès scientifique et technique, fasse naître des obligations internes de nature spirituelle ; sachant que l’Evolution, en rebondissant réflexivement sur soi, doit se moraliser. Ce pouvoir d’arrangement réfléchi devrait engendrer autour de soi une atmosphère toute nouvelle d’exigences spirituelles. Pour un croyant, il s’agit de retrouver la vertu d’Espérance dans un Monde apparemment désenchanté.

-Celle qui rend le Monde, non seulement respirable, mais habitable pour la Pensée. Le plus « activant » des mondes possibles se situe dans la recherche d’une vision du Monde où l’âme doit se sentir le plus sensibilisée, le plus libre, le plus active. Le Christianisme y émerge en tête de son pouvoir d’immortaliser et de personnaliser dans le Christ, jusqu’à la rendre aimable, la totalité temporo – spatiale de l’Evolution. (Teilhard, L’avenir de l’homme)

La philosophie de Teilhard engage de se faire une conviction et une foi touchant l’avenir et la valeur de l’œuvre dont l’homme, devenu « quasi-démiurge », se trouve désormais chargé.
Pourquoi Teilhard n’est-il pas inscrit en France dans le codex universitaire, alors qu’il l’est aux Etats-Unis ?



Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 21 Mars 2011 à 17:17 | Commentaires (0)

Conférences

Cycle de conférences de l'association lyonnaise TDC
Pierre Rabischong est professeur émérite et doyen honoraire de la Faculté de Médecine de Montpellier. Il a dirigé l'Unité 103 de l'INSERM consacrée à la biomécanique et à son application au handicap moteur. Coordinateur du projet européen S.U.A.W. (stand up and walk), il est vice-président de l'Académie mondiale des technologies biomédicales à l'UNESCO.
Nous recommandons la lecture de son dernier livre "LE PROGRAMME HOMME" paru aux Editions Presses Universitaires de France.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 18 Mars 2011 à 16:31 | Commentaires (0)
M’appuyant sur le constat que tous les hommes de toute religion et de tout temps ont voulu ensevelir leurs morts en croyant en une éternité pour la plupart d’entre eux.
Les athées croient échapper à cette croyance, mais ils ne peuvent pas en apporter la preuve, alors ils restent eux-mêmes fidèle à une croyance.

« Je crois en Dieu, le Père tout puissant, créateur du ciel et de la Terre, de l’Univers visible et invisible » nous énonce le Crédo des Chrétiens. « L’esprit de Dieu planait au-dessus des eaux » nous dit la Genèse, Les orthodoxes prient ainsi : « L’Esprit de Dieu est partout présent et emplissant tout »

« S’il est partout présent, il l’est aussi bien dans la matière qu’en dehors. Il se trouve donc dans chaque particule matérielle qu’il a créée. Ce qu’on peut aussi l’exprimer en disant qu’il y a un Univers spirituel imbriqué dans l’Univers Matériel. » J. Kovalevsky
« On a semé corruptible, on se relève incorruptible, …, on se relève corps spirituel » St Paul épitre aux Corinthiens

Voici maintenant des textes de Teilhard tirés de l’ouvrage « Sur le Bonheur» Seuil p.23

« Depuis toujours, sans doute, l’Homme a été vaguement conscient d’appartenir à une seule grande humanité. Ce n’est toutefois que pour nos générations modernes que ce sens social confus commence à prendre sa réelle et complète signification. Au cours des dix derniers millénaires (période durant laquelle la civilisation s’est brusquement accélérée) les hommes se sont abandonnés sans beaucoup réfléchir aux forces multiples, plus profondes que toute guerre, qui à peu à peu les rapprochaient entre eux. Or en ce moment, nos yeux se dessillent ; et nous commençons à apercevoir deux choses. La première, c’est que, dans le moule étroit et inextensible représenté par la surface fermée de la Terre, sous la pression d’une population et sous l’action de liaisons économiques qui ne cessent de se multiplier, nous ne formons déjà plus qu’un seul corps. Et la seconde c’est que, dans ce corps lui-même, par suite de l’établissement graduel d’un système uniforme et universel d’industrie et de science, nos pensées tendent de plus en plus à fonctionner comme les cellules d’un même cerveau. Qu’est-ce à dire sinon que, la transformation poursuivant sa ligne naturelle, nous pouvons prévoir le moment où les hommes sauront ce que c’est, comme par un seul cœur, de désirer, d’espérer, d’aimer tous ensemble la même chose en même temps… »


Sur l’Amour p.91
« Tant qu’il absorbe ou paraît absorber la personne, le Collectif tue l’amour qui voudrait naître. En tant que tel, le Collectif est essentiellement inaimable. Et voilà où échouent les philanthropies. Le bon sens a raison. Il est impossible de se donner au Nombre Anonyme. Que l’Univers, par contre, prenne en avant, pour nous, un visage et un cœur, qu’il se personnifie, si l’on peut dire. Et aussitôt, dans l’atmosphère créée par ce foyer, les attractions élémentaires trouveront à s’épanouir. Et alors, sans doute, sous la pression forcée d’une Terre qui se referme, éclaterons les formidables énergies d’attraction encore dormantes entre molécules humaines.
« A notre sens du Monde, à notre sens de la Terre, à notre sens humain, les découvertes faites depuis un siècle ont apporté, par leurs perspectives unitaires, un nouvel et décisif élan. De là le sursaut des panthéismes modernes. Mais cet élan n’aboutira qu’à nous replonger dans de la supermatière s’il ne nous mène à quelqu’un.
« Pour que l’échec qui nous menace se transforme en succès, - pour que s’opère la conspiration des monades humaines, - il faut et il suffit que, prolongeant notre science jusqu’à ses dernières limites, nous reconnaissions et acceptions, comme nécessaires pour fermer et équilibrer l’Espace-Temps, non seulement quelque vague existence à venir, mais encore (et sur ceci il me reste à insister) la réalité et le rayonnement déjà actuels, de ce mystérieux Centre de nos centres que j’ai nommé Oméga.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 16 Mars 2011 à 18:19 | Commentaires (0)

L’ESPRIT NOUVEAU / L'AVENIR DE L'HOMME, Editions du Seuil/ Pages 107 à 126 tome 5


Dans ce chapitre Teilhard fait d’abord un constat sur lequel nous pouvons tous être d’accord. Il dit : « Aujourd’hui nous sentons tous que quelque chose de grand se passe dans le monde (fermentation politique et sociale, inquiétude morale et religieuse) »
Bien que ces propos paraissent avoir été écrits en 1942 et 1946, il aurait pu les écrire aujourd’hui sous la pression de l’actualité.
Plus loin, il émaille d’ailleurs son texte de réflexions et d’indices très actuels. En suivant sa pensée, on ne peut manquer ainsi d’être « accroché » par quelques thèmes d’aujourd’hui.
Par exemple :
- notre perception nouvelle du Temps et de l’Espace Temps,
- le problème de trouver un sens à l’évolution,
- la primauté de la place de l’homme dans l’évolution,
- la structure du temps : « Pourquoi ne pas définir le Temps lui-même par la montée justement de l’univers vers les hautes altitudes »,
- l’Espace Temps de nature convergente n’aurait pas encore atteint le terme de son évolution,
- l’évolution conduite par le mouvement de l’Espace Temps entraîne la naissance d’une pensée convergente qui pourrait être représentée en forme de cône.

Visitant ces thèmes, Teilhard en déduit qu’apparaît ainsi la relation entre esprit et matière. Selon lui, le résultat en est pour la foi et la mystique chrétienne de témoigner :
• du primat physique du Christ,
• du primat moral de la charité.
Les enchaînements un peu abrupts de cette pensée ne sont pas pour moi d’une logique très claire. En effet :
- D’abord l’image du cône pour décrire l’évolution et l’espace temps me paraît peu appropriée. J’ai une vision mathématique et géométrique du cône qui me semble nettement trop « fermée » ce qui ne m’empêche pas de « voir » un Christ très sophistiqué et plus ou moins historique, à un sommet convergent ; un Christ restant à décrire et à imaginer.
- Ensuite Teilhard affirme donc le primat physique du Christ. « Le Christ au sommet du cône s’inscrit et rayonne dans la totalité des siècles et des êtres. »
Voilà donc le Christ servi comme une clé de l’univers sur un plat d’argent. Je ne vois pas très bien quelle voie opérative il va choisir ainsi au sommet du cône.
J’ai donc cherché pour moi une humble interprétation que je vous propose, mais que je n’ai pas trouvée dans les lignes de Teilhard. Voici :

Depuis des siècles et des millénaires, nous, pauvres hommes, avons cherché à comprendre pourquoi la vie nous infligeait si souvent catastrophes, douleurs et désespoir, si bien qu’à travers ces millénaires nous avons acquis le réflexe atavique d’imaginer dieux, déesses, dragons et génies maléfiques ou bénéfiques pour nous aider à vivre et à mourir. Nous avons ataviquement besoin d’une représentation humaine ou quasi humaine pour essayer de comprendre et trouver Dieu et ses mystères. Le Christ serait devenu ainsi l’oint de Dieu et a servi de charpente à la constitution de la chrétienté. Ceci pour toutes les époques, pour toutes les sociétés, voire même tout le cosmos. On peut d’ailleurs penser que, sous d’autres noms, il existe d’une façon quasi universelle sur toutes les planètes du cosmos.
Quant à l’autre notion, le primat de la charité, déduite également de la marche de l’évolution, comme le dit Teilhard, le contour déductif ne me parait pas très clair. On a l’impression que, c’est parce que sa foi principalement lui en donne l’envie, ceci sans que le schéma logique apparaisse très clairement. C’est le seul moyen, selon lui, de nous resserrer les uns les autres et d’approcher ensemble le sommet du cône ou, si l’on préfère une autre figure mathématique, de tangenter ensemble une asymptote de l’évolution. Par contre, je trouve intéressant que Teilhard dise en fin de chapitre que « en ce moment, de partout, sans distinction de pays, de classe, de profession et de confession, des hommes surgissent qui commencent à raisonner, à agir et à prier dans les dimensions indéfinies et organiques de l’Espace Temps. Ces hommes peuvent encore passer, vu du dehors, pour des isolés, mais entre eux ils se sentent, ils se reconnaissent instantanément. »
C’est en effet je crois une chance que nous avons tous éprouvée en fréquentant parfois des amis occasionnels et de passage. Il me semble que cette émotion de la rencontre est à la source même du sentiment de fraternité, de solidarité et parfois de charité (fraternité des hommes de bonne volonté).

Pour en revenir au « Christ cosmique », je crois qu’il faut manipuler ce concept avec beaucoup de précautions car il peut en effet être à l’origine d’une destruction de la structure d’anciens dogmes et rites acceptés par des adeptes de telle ou telle confession. Ce concept est en effet unitaire et universel il conduit à faire fondre ensemble les croyances. Il n’est donc pas sans danger : il faut garder à l’esprit en permanence que, en tant qu’humble chercheur de Dieu et quel que soit notre niveau, nous conservons le réflexe atavique de vouloir donner une figure humaine à un pilote emblématique chargé de nous éclairer la voie dans notre recherche. C’est la figure de proue éclairante de chacune de nos religions. Nous sommes souvent acharnés, passionnés, voire violents à la défendre. Sans elle il ne reste plus que la guerre sainte.
Cela implique une vision claire du Christ historique, mais surtout cela implique la variabilité et le progrès de cette vision. On sait bien que les premiers siècles de la chrétienté ont vu des controverses et des débats à perte de vue sur la nature du Christ. Est-il Dieu, est-il homme, est-il Homme-Dieu, est-il trinitaire ? Arianiste, nestorien, nicéen, musulman, inspirateur des réformés de toutes natures ? Nous n’avons encore aujourd’hui pas fini d’en débattre.
On sait bien que Constantin a imposé une vision nicéenne de la question surtout pour les raisons politiques. En lisant l’histoire de la montée des structures chrétiennes, dont Constantin a été un des initiateurs principaux, on se rend compte en suivant Teilhard que celui-ci, sans bien entendu jamais l’avouer, est allé à l’envers du courant constitutif de la chrétienté.
A l’envers, pas sûr. Peut-être est-il allé en avant. Il est dommage que la mort l’ait empêché d’être en fin de compte l’architecte d’un nouveau christianisme moderne et évolutif débarrassé de ses archaïsmes.




Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 6 Mars 2011 à 18:07 | Commentaires (0)

Travaux des membres

L'AVENIR DE L'HOMME / Editions du Seuil / chapitre 5


A -LE CONE DU TEMPS
B-LA TRANSPOSITION CONIQUE DE L’ACTION



L’humanité sent que quelque chose se passe dans le monde à travers les différentes tensions politiques ,sociales, morales ou religieuses .TEILHARD de CHARDIN pense que sont en cause deux transformations majeures de la conscience humaine, la première dans le domaine de la perception du TEMPS , la seconde dans notre ACTION.

(A) LE CONE DU TEMPS

1-Profondeur organique du temps et de l’esprit :
Pour comprendre les évènements spirituels secouant notre monde , il nous faut remonter à la découverte du Temps .Avant le 19ème siècle les hommes ,bien sûr ,parlaient du temps et le mesuraient .’’Mais ce temps restait pour eux une grandeur homogène et sécable à volonté à l’intérieur de laquelle, chaque objet pouvait être déplacé sans altération du milieu ni de lui – même .’’La durée du monde ne dépassait pas quelques milliers d’années. Pour DESCARTES le temps est une succession d’instants indépendants les uns des autres.
Le développement des sciences naturelles , historiques et physiques laisse apparaitre une nouvelle perspective .’’Chaque élément du monde émerge nécessairement d’un antécédent et nous oblige à concevoir les choses avec un avant-elles dans le temps et un à-côté d’elles dans l’espace ‘’.Chacune d’elles s’étire en arrière formant une fibre non pas homogène mais représentant une série naturellement ordonnée. Chacune de ces fibres est prise dans un faisceau lui-même intégré dans un faisceau plus large et supérieur .Nous faisons partie d’un univers sans limite, de l’immense à l’infime où chaque chose occupe une place bien définie et non interchangeable. ‘’Alors que depuis deux siècles ,en Science ,en Histoire ,en Philosophie, nous pensions jouer avec des spéculations ,des imaginations, des hypothèses multiples ,c’était en réalité ,par des voies insidieuses, l’idée d’ Evolution qui tissait autour de nous ses fils’’ nous dit TEILHARD

2-Convergence du temps organique et de la montée de conscience :
Une chose est acquise,le monde est en évolution .La conscience humaine ne peut désormais progresser que dans l’espace-temps .Mais quelle figure et quelle direction prend le flux qui nous entraîne ?Explosion divergente ,tourbillon fermé, spirale indéfinie ?
Après GALILEE,LAMARCK , DARWIN, l’homme n’est plus le centre du monde, la ruine du géocentrisme entrainant celle de l’anthropocentrisme .Mais voici qu’alors qu’il se sentait submergé par le flot ‘’temporel’ ’il se retrouve en tête de la nature .Il est en train de transformer à sa mesure,et par la suite de définir…l’idée que nous nous faisons de l’évolution.
L’homme est un objet unique d’observation pour la science,

- d’abord par son extrême complexité physico-chimique en particulier le cerveau, ensuite par son extrême degré d’organisation qui fait de lui la plus parfaitement centrée des particules cosmiques
- enfin par un extrême développement psychique qui le place au premier rang des êtres conscients.
- La science s’est beaucoup occupée des changements subis par la matière sans découvrir que ce soit dans l’infime ou dans l’immense une explication à la VIE.
- TEILHARD pense qu’il est temps d’ouvrir une place dans la physique à l’axe du temps .Sur cet axe -dans le sens descendant de l’entropie, la matière se défait et l’énergie se neutralise.
- dans l’autre sens de l’électron à l’homme, une longue chaîne de composés se déploie où la matière se centre sur elle-même et s’anime.
- La VIE serait la propriété de l’étoffe de l’Univers à être portée aux plus grandes complexes et le TEMPS la montée vers la complexité et la conscience .
- ‘’Un monde qui naît au lieu d’un monde qui est ’’pour l’homme.
- Quelle forme donner à l’ESPACE-TEMPS ? Prise dans sa courbure particulière ,les nappes de la Matière …se resserrent et convergent en Pensée par synthèse .C’est donc par un cône que nous pouvons au mieux nous le représenter.


B) LA TRANSPOSITION « CONIQUE »DE L’ACTION.

1-Vers un humanisme nouveau
Reconnaître que l’ESPACE-TEMPS est de nature convergente c’est admettre que la pensée sur terre n’a pas atteint le terme de son évolution .La situation actuelle ne peut donc qu’être énergiquement instable .L’humanité se prolonge vers une ‘’sur-humanité’’.On peut penser que l’univers sort de l’ombre. Il s’éclaire .L’homme est rassuré ,le cosmos n’est plus source d’épouvante.’’Les nappes indéfinies du temps et de l’espace loin d’être le désert se découvrent le sein qui rassemble les parcelles d’une grande conscience en voie d’émersion’’.
Le monde sort de l’ombre :la morale donne un spectacle de confusion. Peut-on dire qu’il y a un Bien et un Mal tant qu’une direction n’est pas donnée à l’évolution ? Faute de point de repère dans l’univers ,les thèses les plus opposées peuvent être défendues avec vraisemblance nous dit Teilhard de Chardin mais pendant ce temps ,l’énergie humaine se dissipe .Or tout ce désordre cesse dés lors qu’au-dessus et en avant de chaque humain se découvre la réalité spirituelle de l’humanité.
Le seul but de la vie est une CIME. Cette cime ne sera atteinte qu’avec un resserrement des hommes à tous les niveaux :individuel, sociologique, nationalement ,racialement.
-L’univers se valorise ,il grandit dans notre estime.
-L’univers s’échauffe ,il s’ouvre aux puissances d’aimer.
‘L’univers s’illumine et se découvre capable de combler les plus hautes aspirations de notre mystique .Nous devons conjecturer l’existence d’une super-conscience en avant et au terme de l’évolution .Le sommet du cône ne peut être conçu que comme ultra-conscient , ultra-personnel ,ultra-actuel.
‘’Il doit nous atteindre et agir sur nous directement, de centre à centre,de conscience à conscience…Et c’est ainsi que notre humanisme vient s’achever dans une attitude de don et d’adoration’’
2-Vers un renouveau chrétien
Hier encore ,le christianisme marquait le point culminant atteint par la conscience humaine dans son effort pour s’humaniser. Actuellement il est en fléchissement ;aussi certains pensent –ils ‘’que la fleur évangélique s’acclimate mal au climat matérialiste du monde moderne et qu’il serait temps qu’une nouvelle tige croisse dans le champ des religions’’.
Rien de moins fondé que le pessimisme de ces diagnostics nous dit TEILHARD,transporté dans le Cône du Temps le système chrétien ni ne se désorganise ,ni ne se déforme .Au contraire :
-il croît vers plus de cohérence et de relief .L’esprit n’étant plus opposé à la matière ni indépendant d’elle -il peut en émerger sous l’attrait de Dieu.

L’esprit émergeant de la matière impose maintenant de donner priorité au double dogme sur lequel repose la christianité :’’primat physique du Christ et primat moral de la Charité.’’

a-Primat du Christ.
Pour les chrétiens le Christ était déjà perçu comme celui de qui tout dépend et en qui l’univers ‘’trouve sa consistance’’ ; ils ne cherchaient pas à l’intégrer à un système cosmique .La théologie ne doutait pas de l’incarnation du Christ qui n’apparaît possible à TEILHARD que dans une nouvelle organisation de l’univers .Dans un univers de structure conique le Christ trouve naturellement sa place :au sommet .De plus ‘’grâce aux liens génétiques qui courent ,à tous les degrès du Temps et de l’Espace ,entre éléments d’un Monde convergent ,l’influence christique ,loin de se confiner aux zones mystérieuses de la grâce se diffuse et pénètre dans la masse entière de la nature en mouvement. Dans un tel Monde ,le Christ ne saurait sanctifier l’esprit sans soulever et sauver la totalité de la Matière.’’
b-Primat de la charité.
L’esprit moderne pourrait ne voir dans le précepte : « Aimez-vous les uns les autres. » qu’une vertu statique demandant aux chrétiens de ‘’diminuer les injustices ,panser les plaies ,adoucir les rapports chez ceux qui les entourent’’.Pour TEILHARD il n’est plus temps de ces limitations ; est arrivée pour l’humanité l’heure de ‘’resserrer le cône’’ ; la masse humaine doit se mouvoir toute entière en direction du sommet .Mais l’espoir est là .La charité se répand comme une force ascensionnelle ,comme une essence commune ,au cœur de toutes les activités humaines. Or il lui semble’’ impossible d’aimer le prochain sans aimer DIEU et d’aimer DIEU sans aimer le prochain’’….. Deux mouvements inverses et complémentaires sont apparus ;le christianisme qui se voit amené à découvrir au-dessous de Dieu les valeurs du Monde et l’humanisme au-dessus du Monde la place d’un Dieu , marquant pour l’humanité les débuts d’une ère nouvelle… De toutes parts surgissent des hommes qui pensent ,agissent et prient dans les dimensions indéfinies et organiques de l’Espace -Temps .En eux réside l’espoir d’un monde nouveau qui verra et pensera comme eux.


Notes :_QUAND LA SCIENCE RENCONTRE TEILHARD DE CHARDIN
- Extrait d’une rencontre entre LAURA BOSSI neurologue et TRINH XUAN THUAN astrophysicien / Philosophie magazine- octobre 2009

T.X.H. :Nos disciplines se rencontrent à chaque fois qu’un individu ,au plus profond de son être ,s’émerveille en contemplant la beauté et l’harmonie de l’Univers .Sans un observateur pour le contempler ,l’Univers n’aurait pas de sens .Or, en astro-physique ,la question de la place de l’homme dans l’Univers reçoit un nouvel éclairage depuis quelque temps .Rappelons que l’astronomie et la cosmologie avaient ,de siècle en siècle ,progressivement réduit la part humaine dans le cosmos.Avec Copernic et Galilée ,aux 16ème et 17ème siècles ,la Terre avait perdu sa place centrale dans l’Univers pour être reléguée au rang de simple planète tournant autour du soleil…..Mais paradoxalement ,depuis quelques décennies ,la place de l’homme a été réhabilitée ,non par des discours éthiques ou religieux ,mais par la science elle-même .Dans les années cinquante ,les astro-physiciens ont découvert que nous sommes des poussières d’étoiles, qu’il existe bel et bien une alliance profonde entre l’homme et l’Univers .En étudiant les transformations chimiques qui ont eu lieu depuis le big bang ,il y a quelque quatorze milliards d’années ,ils se sont rendu compte que le big bang ne pouvait fabriquer par la fusion nucléaire que l’hydrogène et l’hélium ,deux éléments bien trop simples pour que la vie et la conscience puissent se construire .Heureusement ,l’univers a inventé les étoiles .Les étoiles ont repris les processus de fusion nucléaire interrompus lors du big bang et ont fini par donner naissance à toute la panoplie des éléments chimiques qui composent le monde, y compris les choses et les êtres : l’Univers est notre berceau ,non un espace étranger et hostile .
Dans les années soixante-dix,un nouveau fait troublant est appar qui a transformé notre vision de la place de l’homme dans l’Univers. On s’est rendu compte que l’univers a été ,dès sa naissance ,réglé de manière extrêmement précise ,avec des constantes physiques comme la vitesse de la lumière,la masse de l’électron ,la constante de Planck…Or si ces constantes et ces initiales avaient été un tant soit peu différentes ,la naissance des étoiles et leur alchimie nucléaire ,l’apparition de la vie ,et donc de l’homme ,auraient été strictement impossibles .Nous ne serions pas là pour en parler
.

-L.B C’est ce que l’on appelle le principe anthropique…

-T.X.T. : Oui, mais on peut le comprendre de deux façons .Selon une version faible du principe anthropique ,qui ne fait que constater que la compatibilité de l’Univers et de la vie ,l’Univers est fait de telle manière que la vie y soit rendue possible .Mais moi ,je parie sur la version forte du principe anthropique :l’Univers a été réglé dès le début pour que l’homme ( ou toute autre forme de conscience extra-terrestre) émerge ;l’Univers « savait « quelque part que l’homme allait venir ……..Il faut invoquer un principe créateur qui a réglé les constantes physiques et les conditions initiales de l’Univers dès son origine .Je ne parla pas du dieu barbu de telle religion, mais d’ un principe qui a permis de doter l’Univers d’ un observateur qui en contemple la beauté et l’harmonie .Un Univers vide et stérile n’aurait pas de sens.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 3 Mars 2011 à 14:09 | Commentaires (0)

Travaux des membres


Depuis 1940 et le Phénomène Humain où il évoqua « Le Dedans des Choses » TEILHARD. affine progressivement sa pensée jusqu’à envisager une transformation intrinsèque de la matière dont la science de son temps n’étudie que le « Dehors des Choses ».

En 1951 il écrit dans « Annales de Philosophie », un texte sur la « Structure Phylitique du Groupe Humain" : Il reprend là en une quarantaine de pages, des leçons déjà données en Sorbonne ; il y évoque une Mégamutation humaine et écrit ( II p. 195) 1951 :
« Laissée assez longtemps à elle-même… la Matière manifeste la propriété de s’arranger….. aussi loin que possible, une fois amorcée ».
En fin de texte, il envisage en conclusion de l’Evolution (II p. 234)
- « Un point critique…. Seuil d’irréversibilisation….avec une émersion hors des structures et des dimensions de l’Evolution »
- A l’échelle du cosmique ( toute la physique moderne nous l’apprend) seul le fantastique a des chances d’être vrai .

Pour ma part, je vois là, dans ce qui précède le terme ou tout au moins un palier dans l’évolution de
sa pensée, depuis les réflexions sur le « Dedans des Choses ».
Voici « en vrac » quelques réflexions, glanées dans le « Phénomène Humain » :!

- (p.44) « Puisque en un point, l’Etoffe de l’Univers a une face interne, c’est forcément qu’elle est biface par structure…..coextensif à leur « Dehors », il y a un « Dedans » des choses.

- (p.47) « L’atomisme est une propriété commune au-dedans et au Dehors des choses »
Pour Teilhard, pendant l’Evolution, la matière verra croître en parallèle, sa complexité et la conscience, fruit de cette complexité.
A Pékin, en 1942, lors d’un exposé, il confirme :
(III p.316) « La matière purement inerte, la matière totalement brute n’existe pas….la complexité ( et la centréité qu’elle entraîne) donne issue aux phénomènes de liberté.
A Pékin, toujours en 1946, il précise ce qu’il entend par complexité :
(V p.137) « Par complexité d’une chose, nous entendons……..non pas simplement complication mais complication centrée (V p. 137) 1946.

Cet ensemble de citations me fait penser à un atome, qui, en plus des éléments déjà connus et identifiés par la physique, contiendrait une « pincée » de conscience, partie intégrante de cet atome, au même titre que ses autres constituants.
Au fur et à mesure que les atomes se combineraient pour former des structures plus élaborées, selon les lois de la physique, pour constituer le dehors des choses, les Pincées de conscience se combineraient de leur côté, en parallèle, pour constituer le « Dedans » des choses.
On pourra penser que cette interprétation de Teilhard est trop hardie, on le vérifiera peut être après avoir franchi le « Point critique, seuil d’irréversibililation ».





Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 3 Mars 2011 à 12:33 | Commentaires (0)