teilhard de Chardin


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L'AVENIR DE L'HOMME/chapitres 9 et 10
1) FOI EN LA PAIX
2)NOOSPHERE


LA FOI EN LA PAIX,
est l'idée que veut transmettre Teilhard dans ce chapitre; il regarde intensément les faits avec sa vision synthétique. Ensuite, il analyse, prend du recul, de la hauteur, attitude qu'il maîtrise parfaitement ; pour lui c'est presque une seconde nature; L'évolution de la Mère Terre il la voit comme à livre ouvert, et il raconte la marche du monde; science du savant et aussi, sûrement de l'ascète en harmonie avec lui-même, qui a appris à aller à l'essentiel, l’auteur se détache des scories de la Terre, bien que pourtant il revendique en être partie prenante et qu'il aime tant.

Lentement, scrupuleusement, il étudie les faits, les évolutions, « par-dessus la poussière et les fumées qui masquent l'horizon » (ce sont ses mots), pour comprendre et raconter ce qu'il voit.

Et que voit-il ?

-La Paix humainement possible.
Les sceptiques opposent qu'il y a toujours comme par le passé, des guerres, que de nombreux hommes sont mauvais, malfaisants, prédateurs, etc..

-Mais face à tout cela, lui, il voit un fait d'ordre supérieur :
La structure spécifique, unique, du groupe zoologique auquel nous appartenons:
De par notre nature extraordinairement originale, de par le pas de la réflexion; ce moment de l'espace temps peut être qualifié de «nucléairement premier» tant il fut et est important ;

-Notre nature est aujourd'hui amorisée, nous sommes entre nous comme aimantés; la prodigieuse affinité encore dormante, qui attire entre elles les « molécules pensantes du monde » nous dit-il; et cela commença il y a quelques six cent millions d'années et depuis, jour après jour, la conscience monte à la surface de la terre.
Là est la vision.

Les décennies et les siècles qui passent, font que nous sommes bien différents de ceux qui étaient avant nous.
Tout le monde est d'accord sur ce constat; conscience plus affutée par les découvertes, les conquêtes (libertés nouvelles des peuples...) et aussi par les manques (guerres, crimes, injustices, négations...).
Aujourd'hui n'est plus hier parce qu’ en dépit ou plutôt à cause de tout ce qui est dans notre espace-temps, nous allons, par toutes nos constructions nouvelles, vers l'union... Et le savant de dire :
« Ici le sommet ardu qui ne se gravit qu'au prix d'efforts constants et de multiples chutes; mais là, par contre le point d'équilibre sur lequel le système trouve sa nouvelle assise ou son nouvel état, magistralement, infailliblement... »

La paix, aussi sûr que le temps est, ne peut qu'arriver.
Par structure, dit-il, l'humanité ne peut manquer d'émerger un jour dans la paix.
Vision du futur bien osée, et que le bon sens contredit, diront certains...
Bien que notre libre arbitre soit présent à chaque instant de notre vie et chacun sait trop qu'il peut être ange ou démon et, si les extrêmes existent sont bien présents donc, les petits diamants des actions qui font les âmes plus belles comme les actes manqués qui nourrissent le désespoir.

Une orientation de fond est présente et depuis plus de six cent millions d'années la conscience grandit sur la terre, notre terre et Teilhard de dire:
« Mes yeux se tournent du côté des groupements toujours plus nombreux, où s'élabore silencieusement dans la recherche, l'âme nouvelle d'une humanité résolue à atteindre coûte que coûte, dans son intégrité totale, l'extrême bout de ses puissances et de sa destiné. »

Acte de foi, vision encore une fois devenue évidente pour lui, pari gagnant vu après Maître Eckhart, Jean de la Croix, et tant d'autres acteurs d' hier et d' aujourd'hui. Espoir qui, au bout du compte...apporte joie et dilate le cœur;
Quelle chance j'ai aujourd'hui de pouvoir entendre ce message.

Et maintenant,QUELQUES REFLEXIONS SUR LA FORMATION DE LA "NOOSPHERE"
et dit autrement en tête de chapitre : Une interprétation biologique plausible de l'Histoire Humaine.

« Une seule liberté, prise isolément, est faible, incertaine, et peut facilement errer dans ses tâtonnements. Une totalité de libertés, agissant librement, finit toujours par trouver son chemin. » dit Teilhard.
Comme cette idée est d'actualité!
Aujourd'hui ce sont les grands de ce monde, G8, présents à Deauville, qui veulent aider ce qu'on nomme le printemps arabe; à nouveau le vent de liberté, l'amorisation, la noosphère, sont là. Des hommes et des femmes ont soif d’espérance en une vie plus juste, plus libre, tournée vers un avenir où les rêves qu'ils chérissent sont possibles.
Vraiment, une totalité de libertés agissant librement, finit toujours par trouver son chemin.
Il semble, et chaque jour de plus en plus, que la planétisation, et en elle la concentration des volontés et des actions, est fantastiquement présente:

Il y a un peu plus d'une semaine c'était le premier forum de décideurs, d'acteurs, de chefs d'entreprises, sur les enjeux du numérique. Beaucoup n'y ont vu qu'une minuscule vitrine d'Internet. Mais là aussi, on est conscient que la toile est planétaire, et que ce sont des milliards d' individus qui sont à chaque instant connectés.

En janvier 1947, date de la conférence du Père, presque rien du foisonnement d'aujourd'hui n'existait... Pourtant, déjà, il était conscient de la marche du monde. Il disait ces paroles qui sont tellement d'actualité:
« ...vers la concentration, par la planétisation, nous avançons à la fois librement et inéluctablement. »


C' est en conclusion par une note d'espoir qu'il termine ce chapitre:
« Ce n'est qu'en nous plongeant au cœur de la noosphère que nous pouvons espérer, que nous pouvons être sûr de trouver, tous ensemble aussi bien que chacun, la plénitude de notre humanité », ou en d'autres termes : Par les sciences les découvertes, les médias, etc. , je suis acteur et le monde devient village. Peu à peu la toile se tisse, les liens se nouent, les échanges, les sympathies se resserrent. Nous avançons librement et inéluctablement.

Une fois encore et c'est je crois un des attraits de ses écrits, l'espoir en l'avenir est présent.
Une fois encore il conclut qu'il ne peut en être autrement.
Il a la vision, profonde, intime, qu'il n'y a pas d'autre conclusion... Et il en faut du courage pour dire ce que les autres occultent, nient,... parce que çà dérange, ô combien !, l'ordre établi, les habitudes de tous les jours...
Des schémas nouveaux se construisent les esprits neufs veulent de ce nouveau souffle, nouveau goût de vivre comme il dit si souvent!

Jeunesse de l'esprit de la Terre,
« O abîme de la richesse, de la sagesse et de la science...
que Ses voies sont incompréhensibles »
(Paul aux Romains XI, 33)
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 31 Mai 2011 à 10:25 | Commentaires (0)

Travaux des membres

REFLEXION POUR LE 27/05/2011 à Brignais


Teilhard incorrigible optimiste ,Teilhard qui a foi en la destinée de l’homme ,croit à la paix .Il nous interpelle :La Paix, cette Paix que vous n’osez même plus espèrer, ne voyez -vous pas qu’elle est possible ?
.Il parle non pas d’une paix basée sur la peur de l’autre( nous sommes en 1947 et la guerre froide a commencé) mais d’une paix émergeant d’une montée de conscience générale ..Thomas Hobbes (1588-1679) mentionnait déjà cette peur de l’autre : <<C’est une chose toute avérée que l’origine des plus grandes et des plus durables sociétés ne vient point d’une réciproque bienveillance que les hommes se portent mais d’une crainte mutuelle qu’ils ont les uns des autres.>> disait-il.
Teilhard rappelle qu’Il y a toujours eu des guerres ; elles tiennent à la nature de l’homme
.J.J.Rousseau dans le discours sur l’origine et le fondement de l’inégalité parmi les hommes(1755)
écrit que l’homme devient de plus en plus mauvais à mesure qu’il se civilise ,Il change :<<L’âme humaine altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes ,par l’acquisition d’une multitude de connaissances et d’erreurs …et par le choc continuel des passions ,a changé d’apparence au point d’être presque méconnaissable.. »

Teilhard pense que ces preuves s’annulent par une force d’origine supérieure , la nature unique du phénomène humain.
Dans l’évolution du vivant, les rameaux tendaient à se séparer et à diverger .Avec l’homme ils se mettent au contraire à s’infléchir et à converger jusqu’à former pas à pas ( races ,peuples, nations..)une zone de super-organisme inconscient.

Il ne s’agit plus de prolonger l’histoire des animaux pour envisager l’avenir de l’humanité par rapport à la guerre et à la paix. Pour survivre les rameaux humains ne devront plus s’éliminer mais s’unir .Alors les guerres ne seront plus que conflits de courants

C’est alors qu’apparait le jeu de la liberté. Pris individuellement , nous sommes libres de résister aux appels de la vie mais le sommes –nous collectivement ?
Le mouvement qui depuis des milliers d’années a fait monter la ‘’conscience ‘’ à la surface de la terre est désormais inflexible .Les forces géographiques , ethniques, économiques se conjuguent pour faire se resserrer sur elle-même la masse humaine .On peut entrevoir l’attirance ’’ des molécules pensantes du monde’’ et ceci ne peut conduire qu’à une seule conclusion :rien ne peut empêcher l’Univers de réussir. Pour Teilhard la paix est assurée.

Mais de quelle paix s’agit-il ? Non pas d’une paix tranquille ‘’rêve de félicité millénaire’ ’mais d’ une paix née de l’unanimité dans la volonté de nous élever ensemble vers toujours plus de conscience et de liberté.
Teilhard pense que la paix ne peut être compatible avec des mondes dont l’état de pensée est à des niveaux aussi différents que l’on peut le constater actuellement .Il a foi en des groupements d’hommes toujours plus nombreux où s’ élabore l’âme nouvelle d’une humanité ,résolue à atteindre l’extrême bout de sa destinée.
Les grands organismes internationaux inter-gouvernementaux type O T A N ou O N U se révèlent impuissants à maintenir la paix .Leur intervention étant limitée ,Ils ne peuvent qu’assister impuissants aux conflits . Mais çà et là sur terre des hommes s’organisent et travaillent à la montée de conscience qui permettra à l’humanité de survivre .Pour Teilhard la foi en la paix n’est possible que sur une terre où dominera la foi en l’homme .’’Ce n’est dit-il qu’en nous plongeant au cœur de la noosphère que nous pourrons espérer , que nous pourrons être sûrs ,de trouver, tous ensemble aussi bien que chacun, la plénitude de notre Humanité. ‘’
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 26 Mai 2011 à 14:37 | Commentaires (0)

tome 5 Editions. du SEUIL
Sujet de travail à distribuer le 27 mai pour être présenté lors de notre réunion du 24 juin 2011 à Brignais
Voir rubrique Travaux des Membres du 1/06/2011



CHAPITRE 11 : LA FOI DANS L’HOMME

(Paris, février 1947 pour une conférence du 8 mars 1947)


1) DEFINITION ET NOUVEAUTE
La foi en l’homme est la conviction agissante et passionnée que l’humanité, prise dans sa totalité, a un avenir non seulement en années mais en états supérieurs.
Considérée depuis ses origines cette tendance vers le plus être est aussi ancienne que le monde, on l’observe jusque dans les manifestations les plus humbles de la vie, mue par une force secrète. Les innombrables essais de la nature sont comparables à un acte de foi en recherche vers une issue supérieure.

Dès la phase critique où l’instinct s’est réfléchi dans la pensée, la perception du futur est devenue un fait accompli et l’homme a éprouvé l’ambition vitale de tout envahir et de se surpasser. Mythologies et folklores sont pleins de symboles à travers lesquels transparait cette volonté de l’homme de se frayer un chemin vers les cieux.
De cela on discerne une foi de l’homme pour l’homme, laquelle constitue la structure de l’histoire dont nous émergeons. Ce phénomène nouveau est important, voici pourquoi : un des problèmes majeurs posés à notre esprit est que l’univers est en état d’évolution psychique, laquelle est susceptible de modifier notre pouvoir de penser. Or, quelle que soit la réponse, il est indéniable que cette nouvelle faculté nous élève à la perception de dimensions et de valeurs nouvelles. Nous sommes justement dans cette phase de l’évolution.

En quelques générations, sous l’influence des sciences et du fait social, le double sens de la durée et du collectif ont fait que notre regard sur le monde s’est modifié en profondeur, nous sommes entrés dans une autre phase de genèse et de maturation. Une crise spirituelle inévitable est survenue à la suite des guerres, comparable à une fièvre de croissance de l’humanité qui, ainsi, est soudainement envahie par la notion de tout ce qui lui reste à faire pour arriver au terme de son pouvoir et de ses possibilités.

2) PUISSANCE ET AMBIGUITE
A cette grande explosion ce serait folie de s’opposer. La montée de foi humaine est un phénomène porteur de vie et, partant, irrésistible ; ce qui ne signifie pas pour autant qu’il faille s’y abandonner sans discernement, car plus une énergie est puissante et juvénile, plus elle est équivoque et dangereuse.

En soi la foi en l’homme inclut l’adoration transcendante d’un Autre qui est au-dessus de l’homme ; devenir plus grand et plus fort pour donner et étreindre davantage, voilà la vraie manière d’interpréter l’élan qui nous soulève. Mais les faits le prouvent, à côté de cette première façon de croire en l’homme, il y en a une autre, plus élémentaire et plus séduisante qui, correctement interprétée, pourrait nous jeter dans les bras de ce « plus grand que nous » qui précisément serait identique à nous même. Alors pourquoi, étant donné sa puissance, l’homme chercherait-il un Dieu en dehors de lui-même ? L’homme self sufficient et maître du monde, ne serait-ce pas beaucoup plus beau ? Et c’est ici, à l’échelle moderne, qu’apparait la tentation héroïque de tous les temps, celle de Prométhée, de Babel, du Christ sur la montagne, celle de Faust etc …tentations aussi vieilles que la terre. Cette tentation entre maintenant dans sa phase critique avec l’homme moderne aux pouvoirs immenses qui se croit autorisé alors à mettre la main sur les ressorts du monde.

Cette ambigüité est-elle irréductible ou bien est-elle destinée à s’évanouir à un stade ultérieur, et comment ? On peut hésiter : esprit chrétien d’attente, ou esprit prométhéen d’auto-adoration ?

Provisoirement peut-être, actuellement c’est le tangible qui garde l’initiative, d’où cette tendance, elle aussi vieille comme le monde, qui porte les défenseurs de l’esprit à considérer comme diabolique l’orgueil irrépressible de l’homme et son incoercible sentiment de puissance qui incite toutes les poitrines humaines à se gonfler ensemble. Gardons nous d’aller aussi vite, car cette ambigüité n’est pas perversité mais seulement danger. Cherchons plutôt à voir ce que signifie et ce que peut apporter la foi en l’homme, en son état indifférencié qui est à la fois prométhéen et pré chrétien.

3) POUVOIR RAPPROCHANT
L’humanité d’aujourd’hui prend conscience de son unité, non plus en arrière dans le sang, mais en avant dans le progrès. De toute part des mouvements de réunion se dessinent. On peut dire qu’au lendemain de la guerre ce mouvement est spontané et unanime. D’où vient ce principe de rapprochement, d’un intérêt commun ou d’une foi commune ? Ne sous-estimons pas le sens de l’intérêt commun, il est essentiel, la dernière guerre mondiale et la menace d’une autre guerre ne sont pas étrangères à ce mouvement d’union ; il s’agit là d’un facteur de synthèse entre les particules humaines que nous sommes. Cependant cette forme de synthèse est plus fragile car elle s’est faite sous la pression de la peur et cette peur, une fois surmontée, se désagrège avant d’avoir donné naissance à une âme.

Voilà où se découvre le rôle capital de la foi en l’homme pour s’opposer aux forces montantes de dispersion.

En pensée religieuse comme en science un noyau de vérité universelle se forme et grandit, il est le même pour tous et, sans lui, y aurait-il une évolution spirituelle ?

Mais dans cette construction peut-être nous trompons-nous en voyant le résultat plutôt que le principe générateur d’une véritable union ? Toute formulation abstraite peut masquer l’ambigüité de l’avenir, elle risquerait de fixer le mouvement, alors que c’est du mouvement que nait l’unification. Cette foi en l’homme présuppose une conception basale de la place de l’homme dans la nature à partir de laquelle elle s’élève, chargée de potentialités diverses.

Actuellement, prenez les deux extrêmes : un marxiste et un chrétien, tous deux convaincus de la supériorité de leur doctrine mais tous deux animés d’une foi égale en l’homme. N’est-il pas évident que ces deux hommes, dans la mesure où ils s’estiment réciproquement, éprouvent l’un pour l’autre une sympathie de fond et finiront par se rencontrer tous les deux sur le même sommet ? Chacun à sa manière, de façon divergente, ils pensent avoir résolu une fois pour toute l’ambigüité du monde. Mais cette divergence n’est ni totale ni définitive, ce serait contraire à leurs fois respectives, car le marxiste, par exemple, n’aura pas éliminé toute spiritualité de son matérialisme. Poussées à bout, les deux trajectoires finissent par se rapprocher. Tout ce qui monte converge. On pourrait dire ainsi que la foi en l’homme, par son universalité et son élémentarité réunies, est l’atmosphère dans laquelle peuvent le mieux croître et dériver l’une vers l’autre les formes supérieures de la croyance ; non pas formule mais milieu d’union. De cette foi élémentaire nous sommes tous touchés, si non serions-nous vraiment de notre temps ?

CHAPITRE 12
QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME
(Paris 22 mars 1947 à l’UNESCO)


Dans la première version de 1789, LES DROITS DE L’HOMME expriment la volonté d’une autonomie individuelle. Ceci implique que l’espèce humaine doit s’épanouir en une pluralité d’éléments ayant atteint individuellement leur maximum de développement.

Au XXème siècle l’élément humain est engagé dans un processus irréversible d’établissement d’un système organico psychique solidaire, d’où le conflit apparent dans chaque homme de plus en plus conscient de sa valeur propre avec des liens sociaux toujours plus exigeants.

L’homme doit donc réfléchir et admettre que l’isolement est contraire à ses intérêts et que c’est en s’associant convenablement avec les autres que l’individu peut espérer atteindre la plénitude de sa personne.

Collectivisation et individuation ne sont pas contradictoires si elles s’effectuent par effet de libre volonté et non par effet de compression de mécanique forcée.

De ce nouveau point de vue une nouvelle définition des Droits de l’Homme s’impose. A cette question il n’y a pas de réponse simple et je propose trois idées :
1- Au sein d’une humanité en voie d’organisation, l’individu n’a plus le droit de ne pas chercher à se développer car, de son perfectionnement, dépend la perfection de tout le système.
2- La société, dans son propre intérêt, doit créer le milieu le plus favorable au développement physique et psychique de chacun. Ces règles sont complexes, elles doivent s’adapter à la diversité des individus.
3- Pour être légitime, toute limitation aux directions imposées à l’autonomie de chaque individu par la force du groupe, ne peut s’exercer que conformément à la structure interne et libre de cet élément qu’est l’individu, sous peine de dysharmonie du collectif.
Ces trois points doivent être explicités et garantis dans toute nouvelle charte de l’humanité.

CHAPITRE 13
-LE REBONDISSEMENT HUMAIN DE L’EVOLUTION ET SES CONSEQUENCES
(St Germain en Lay, le 23 septembre 1947 dans le n° du 20/4/48 de
« REVUE DES QUESTIONS SCIENTIFIQUES »)


I- Introduction / LE REBONDISSEMENT DE L’EVOLUTION
(Note JPF : l’introduction de ce chapitre reprend la description de la noosphère, thème que nous avons déjà largement étudié, je vais donc l’abréger à l’extrême et la remplacer par une citation de Teilhard, extraite du texte).
« Observé d’une certaine façon le phénomène social humain montre que l’évolution de la vie sur terre n’est pas arrêtée, mais qu’elle repart et rejaillit sur soi pour une phase nouvelle. »

II- L’EMERGENCE DE LA FINALITE
Aux origines de l’évolutionnisme biologique, au XIXe siècle, existent deux courants de pensée qui se propagent sans se mélanger.

Que le monde des formes vivantes soit le résultat d’arrangements de plus en plus complexes des éléments de l’univers, personne n’en doute plus, mais comment comprendre ce mécanisme générateur et quelle en est son origine ? Procède-t-il du « dedans » d’une manière comparable à notre pouvoir d’invention, ou vient-il du « dehors » par sélection automatique des arrangements les plus stables ? Depuis Lamarck et Darwin, ces deux causes d’arrangements s’opposent de plus en plus vigoureusement. Mais, le néodarwinisme prospère chez les biologistes grâce à une formulation plus claire et statistiquement appuyée sur le succès du « plus apte » et le rôle scientifiquement reconnu du jeu des grands nombres dans la formation des espèces selon les lois de la génétique moderne. A ce facteur, on peut ajouter le rôle des préférences métaphysiques ou tempéramentales. Néanmoins ces options restent suspendues dans le vide par leur aspect isolé et décroché de la nature.

En revanche, qu’arrivera-t-il si l’hominisation, prise avec le déploiement complet des arrangements sociaux et « artificiels », conformément aux lois qui régissent l’univers, vient se placer dans la continuité organique du phénomène de la vitalisation de la matière ?

Il apparait alors, si les néopdarwiniens ont raison dans les zones pré humaines en prétendant ne voir que sélection de hasard pour expliquer le niveau atteint dans l’évolution ; en revanche, les néolamarckiens reprennent l’avantage puisqu’au niveau des hominiens les forces d’arrangement internes de chaque individu commencent à jouer un rôle dans l’évolution. Cela revient à dire que la finalité biologique présente dans « le dedans des choses » , n’est perceptible qu’à un certain niveau de complexité. (Note JPF : Voir l’énoncé dans le tome 1 du Seuil du « principe d’émergence »).

Voilà donc le point précis où je voulais en venir : dans l’hominisation en cours, l’influence statistique des chances tient une place énorme, c’est cela la théorie darwinienne. Il pourrait même sembler que l’espace gagné par l’effet inventif de l’homme compte pour peu de choses, contrairement aux bases de la théorie lamarckienne. Mais ne nous y trompons pas, né sous le signe du hasard, c’est seulement par la finalité réfléchie lentement conquise, que la vie peut s’élever, par effet « d’auto évolution », dans la direction de la plus haute « complexité conscience. (C’est la théorie teilhardienne de l’évolution). C’est là que résident tous les espoirs dans l’avenir de l’univers et, sauf à regarder le monde comme absurde et contradictoire, nous n’avons pas d’autre alternative.

III- LE CONTROLE ET L’ENTRETIEN DE LA FINALITE
(Notre JPF : Les forces de finalité sont un principe nouveau chez Teilhard, il correspond à cet autre principe qu’il a déjà énoncé : « Si l’évolution de la matière a franchi autant d’obstacles pour arriver à l’homme, cela signifie que cette évolution n’est pas absurde et possède en elle une force qui la pousse vers une finalité… »

Après une courte période de possession tranquille de cette nouvelle énergie, dite de finalité, celle-ci, nouvellement conquise, ne tarde pas à poser deux problèmes : celui de ses limitations et celui de son entretien. (Note JPF : voir le principe de Carnot).

Ainsi donc en va-t-il avec cette nouvelle énergie naturelle que représente l’homme et que j’appellerai « forces de finalité ».

Le pouvoir inventif humain tel qu’on l’observe chez l’enfant, se confond avec le jeu et rien ne laisse prévoir le moment où ce jeu n’en sera plus un ; et puis, à mesure que le phénomène se propage au sein d’une humanité en passe de devenir adulte, ce qui n’était qu’un jeu devient formidablement sérieux. A force de tâtonner, l’apprenti sorcier met le doigt sur des ressorts vitaux et il a peur de causer des malheurs à la nature. Ensuite, il s’aperçoit que certaines commandes du monde sont entre ses mains et qu’en vertu de sa qualité de quasi-démiurge il doit se forger lui-même une éthique sur l’avenir des forces qu’il a découvertes.

Maintenant je voudrais montrer deux voies par où certaines de ces nouvelles forces font leur apparition au cœur même du flux biologique de l’évolution .

(a) Moralisation de l’invention
Par « invention » je désigne toutes les créations de l’activité humaine concourant à la construction et au développement organico social de la noosphère.Du point de vue matérialiste les progrès de ces inventions seraient dus au jeu des nécessités externes et matérielles. Actuellement il devient évident, au contraire, que ces pressions externes d’unification ne sauraient agir que sous certaines conditions psychiques et mystiques, rejoignant les règles de l’éthique traditionnelle mûrie par dix mille ans de civilisation, telles le respect de la vérité dans les choses et dans les individus.
Sans cela, toute tentative de construction tombera en poussière. Il est intéressant de noter combien un petit mensonge est sans conséquence grave dans un petit groupe, mais devient un vice rédhibitoire dans les grands organismes sociaux pour ce qui concerne la formation de la noosphère. Cette idée est à rapprocher du décalage grandissant entre progrès techniques et progrès moraux. Beaucoup de personnes voient dans ce surcroît de moralité un contrepoids externe appliqué à l’homme pour équilibrer ses débordements dans la matière. Jusqu’alors ces règles d’éthique étaient considérées comme le couronnement superflu de la biologie. En réalité, elles sont les conditions sine qua non de survie de l’espèce humaine.

Cela ne prouve-t-il pas qu’à tous les niveaux les choses de la matière sont étroitement interdépendantes ?

(b) L’alimentation spirituelle de l’esprit humain
Les théoriciens engagés spéculent sur l’avenir du phénomène humain, considérant que l’énergie vitale est une valeur fixe identique aux forces de gravitation et aux rayonnements solaires. Or, si ce postulat d’invariance est compatible avec les théories de Darwin qui s’appuient uniquement sur le hasard, il est incompatible avec les théories lamarckiennes basées sur le déterminisme de la matière (dedans des choses) qui prennent en compte les forces de l’interactivité de l’individu sur l’évolution de l’espèce humaine. Cela signifie que l’évolution biologique qui est passive aux niveaux infra humains, devient active au niveau humain. Par voie de conséquence, l’énergie créatrice humaine, selon la motivation des individus entre enthousiasme et nausée, peut sauter de l’ébullition à la rigidité glaciaire. Ainsi, comme je l’ai déjà dit en 1937 , même si l’humanité est assise sur des montagnes de richesses alimentaires, elle pourrait mourir spontanément si elle n’était pas habitée par le goût de vivre ; n’en déplaise aux matérialistes qui s’obstinent à ne pas vouloir faire de la » biologie sociétale humaine ». Allez donc faire produire un ouvrier ou un ingénieur qui ont le cafard ! C’est donc bien le goût de vivre et l’élan vital qu’il faut sauver et faire grandir dans le cœur de l’homme ; sans lui rien ne bougera ; avec lui tout se fera spontanément.

Mais par quel moyen agir sur ce ressort primordial ? Dans l’esprit des matérialistes le problème de la motivation n’existe pas, les crises de dépression sont exceptionnelles car la santé physique suffit à maintenir un niveau entreprenaial positif. Hélas les matérialistes oublient un facteur redoutable, en même temps que se développent les facultés d’invention et d’imagination, se développe également le sens critique. Il est impossible de se lancer dans un effort créateur s’il n’est pas motivé par des arguments le justifiant : « à quoi bon ? » est l’argument massue des nihilistes ; si aucune force ne s’oppose à l’atonie c’est le retour en arrière qui nous tire vers le bas.
Deux propriétés peuvent redresser notre trajectoire vers le haut :
-La première est que la montée en puissance du couple moteur complexité-conscience se pense comme étant irréversible et tende vers l’infini. Le réflexe inverse est égoïste et stupide, il conduit au néant.
-La seconde propriété, dépendante de la première, est que la notion d’irréversibilité pénètre au plus profond de notre conscience et se qualifie ainsi en terme d’ultra individuation (ou ultra centréité). Telle est la propriété qui permettra d’imaginer le monde comme dérivant vers le haut et l’ultra personnel.

La montée de la pensée vers l’irréversible pour atteindre une masse critique spirituelle qui la rende immortelle est la seule alternative pour que l’univers atteigne une fin glorieuse dans le point de convergence suprême de toutes les énergies.
Avec ce postulat assez spécial l’élan de la recherche se poursuivra, le monde deviendra habitable pour la pensée et le goût de vivre sera maintenu.

Arrivés à ce niveau de réflexion, notre univers tel que nous l’avons défini, doit être comparé à d’autres formes d’univers possibles, à travers d’autres dimensions. Mais en ce qui concerne notre univers on peut imaginer une 5ème dimension qui serait son coefficient d ’activance, correspondant la dynamique de l’esprit (la noodynamique). Cette nouvelle dimension permettrait de pronostiquer l’allure générale de l’évolution religieuse de demain. On peut dire que l’étude de la compétition historique des religions entre elles pour envahir la terre fait partie de l’observation des tâtonnements de l’âme humaine. Peut-être y découvrirait-on que le Christianisme est le mieux placé en ce qui concerne l’amour de l’évolution ?

IV- CONCLUSION / DU NOUVEAU SOUS LE SOLEIL
Si l’évolution de la vie se prolonge dans l’hominisation, elle ne rejaillira pas dans un nouveau bond sans se « mysticiser » ; la complexification de la matière ne pourra pas aller plus loin si l’Esprit n’intervient pas avec sa puissance d’arrangement et de tension interne. A partir de l’homme le facteur conscience, qui fut longtemps considéré comme un effet secondaire, doit s’autonomiser et unifier le « dedans » et le « dehors » des choses. Il doit aussi faire éclater le cercle infernal de l’égocentrisme et le cercle magique du phénoménalisme.

(a) Brisé d’abord, le cercle magique du phénoménalisme qui, nous assure-t-on, limiterait notre regard à un horizon fini au-delà duquel s’étend l’incommensurable absolu, tout ce qui est hors de l’expérience sensible.
C’est justement ce cercle infranchissable que la trajectoire irréversible de l’évolution humaine passera, car nous savons qu’au-delà de ce cercle, notre conscience devine l’existence de quelque chose, nous ne sommes plus enfermés.

(b) Brisé aussi, virtuellement et en espérance, le cercle infernal de l’égocentrisme qui empêche chacun de sortir de soi, comme si par exemple l’univers était formé d’autant d’univers partiels et répulsifs entre eux.
Ils sont incomptables les effets néfastes de ces égocentrismes élémentaires, qui sont eux-mêmes repris par les médias jouant effets de caisses de résonnance qui, à leur tour, les amplifient à l’infini, jusqu’à les déformer entraînant ainsi les « loi de fer » des nationalismes et des diktats de la finance ; conflits hegeliens du « maître à l’esclave ». Que sont-elles ces prétendues nécessités inchangeables de la condition humaine si non l’expression de l’antagonisme de chaque noyau de pensée ?
Eh bien, ici encore levons la tête car le mouvement évolutif exige pour être viable que nous progressions vers une forme d’unité qui se fasse en passant à travers chaque élément personnel et qui, ainsi ouvert, nous libère au lieu de nous mécaniser.
Les molécules humaines que nous sommes vont enfin franchir la barrière critique de leur mutuelle répulsion, pour tomber dans le rayon intérieur de leurs mutuelles attractions. A partir de ce phénomène, ce sera un nouveau monde qui commencera.

Ces perspectives nous semblent encore fantastiques, mais la raison scientifique est là pour nous aider à voir. Si en effet, il y a quelques centaines de millions d’années, cas précis de l’apparition de la conscience réfléchie, l’univers s’est transformé, jusque dans les lois mêmes de son développement, cela est dû encore une fois à son principe d’émergence qui, de manière récurrente fait rebondir l’évolution. (Notre de JPF : voir tome 1, LE PHENOMENE HUMAIN)

En l’homme l’évolution s’intériorise et se finalise. Une fois hominisée, la matière ne peut plus continuer à se sur arranger en dehors d’une atmosphère psychique déterminée.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 23 Mai 2011 à 09:20 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Ch. 11 : LA FOI DANS L'HOMME
Ch. 12 : QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L'HOMME
Ch. 13 : REBONDISSEMENT HUMAIN DE L'EVOLUTION et ses CONSEQUENCES


-Teilhard et les Droits de l’Homme,
-Teilhard et l’insécabilité du temporel et du spirituel
-Teilhard, chaînon manquant entre Darwin et Lamarck
-Teilhard et la mystique (référence à une conférence de Gérard-Henry Baudry)



1) TEILHARD ET LES DROITS DE L’HOMME

D'après Teilhard (de la p. 217 à 219). notre société aurait évolué au-delà du stade des «DROITS DE L’HOMME » de 1789 à savoir : "Non seulement il est aujourd’hui nécessaire de continuer à défendre les droits fondamentaux individuels, mais ils doivent maintenant s’inscrire « non plus en faveur et à la mesure de l’individu isolé, (…) mais tout combiner pour l’achèvement (la « personnalisation ») de l’individu, par intégration bien conduite de celui-ci au groupe unifié en lequel doit un jour culminer organiquement et psychiquement l’humanité ».

Des droits, et des devoirs. C’est cela que précise la troisième déclaration des «Droits et des devoirs de l’homme et du citoyen » (voir abbé Grégoire bas de page -1-) le 22 août 1795; On lit :

Article 1er. La déclaration des droits contient les obligations des législateurs : le maintien de la société demande que ceux qui la composent connaissent et remplissent également leurs devoirs.

Article 2. Tous les devoirs de l’homme et du citoyen dérivent de ces deux principes, gravés par la nature dans tous les cœurs : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’il vous fît. Faites constamment aux autres le bien que vous voudriez en recevoir.

Principes gravés par NATURE dans tous les cœurs . On pense au principe d’émergence de Teilhard, sorte de programmation d'une information initiale. On pense aussi à une inexorable loi boomerang (article 2 ci-dessus) : même si les faits que nous avons un jour « lancés » sont enfouis dans notre mémoire et que nous ne sommes plus en capacité d’identifier ni de quand ni d’où ils proviennent, ces faits tôt ou tard reviendront sur le lanceur. Telle est la complexe loi d’interactivité… « Ce que tu fais te fait » ; pas toujours facile à assumer.

Teilhard attribue au sens moral et spirituel une dimension à implications tangibles, biologiques, sociales, évolutives,finales et universelles. …D’ailleurs, le préambule des « Droits de l’Homme » de 1789 tout comme celui de 1795 placent cette déclaration « Sous les auspice et en présence de l’Etre Suprême » . Teilhard ne le précise pas, mais il le savait certainement. On peut donc considérer que cette référence spirituelle soit en filigrane quand Teilhard aborde le sujet, ce qui appuie davantage encore ses prises de position. Il est évident que sous ce « Haut Patronage » la devise républicaine Liberté-Egalité-Fraternité prend tout son sens, justifiant, tout en les incluant, les interprétations situées à des degrés moins sublimes. Nous connaissons certains « dinosaures laïcards » (à ne pas confondre avec « laïcs") qui souhaiteraient effacer cette divine référence du préambule des Droits de l’Homme, lesquels sont traditionnellement présentés sous la forme des « Tables de la Loi » ou « Décalogue". N’en soyons pas étonnés, étant donné la similitude de fond qui unit ces deux textes, à quelques millénaires de distance, quant aux règles de morale révélées à retombées sociales positives.

2) TEILHARD et L’INSECABILITE du TEMPOREL et du SPIRITUEL

Teilhard, mais on le conjecture depuis longtemps, parle d’abord à mots couverts, puis très clairement , de l’importance de la spiritualité, jusqu’à l’instant où il finit par déclarer « voilà où je voulais en venir ».Tout au long de ces 3 chapitres il évoque la finalité de la terre et des hommes en ces termes (p. 207 et 208):
-super vie, plus être,
-quelque chose qui nous dépasse,
-se surpasser, se frayer un chemin jusqu’aux cieux,
-évolution psychique, morale,
-perception de dimension et de valeurs nouvelles
-Force ascensionnelle vers l’esprit

-Page 209 il écrit : « La foi en l’homme n’exclut pas -elle inclut au contraire- l’adoration d’un « AUTRE » au dessus de l’Homme » et plus loin : « la foi en l’Homme pourrait bien, elle devrait-même nous jeter aux pieds, dans les bras d’un plus grand que nous »

-P. 212 nous lisons : « (…) Nous sommes convaincus que, graduellement, en pensée religieuse comme en science, un certain noyau de vérité universelle se forme et grossit lentement, le même pour tous. Sans cela y aurait-il une véritable évolution spirituelle »

-Pour, in fine réunir tous les êtres de bonne volonté en disant i[« L’esprit n’a qu’un seul sommet. Mais, en revanche, il n’a aussi qu’une seule base et que notre foi en Dieu, si détachée soit-elle, sublime en nous un flot montant d’aspirations humaines. »
Pour un teilhardien, on ne peut pas parler de manière plus précise d’Alpha-Omega et conférer une place essentielle sur terre et dans l’univers au Christ ; l’univers, manteau de chair du Christ, répète souvent Teilhard d’une manière ou d’une autre


« Mystique » ! le mot est lâché, du moins dans cette partie du livre car, par ailleurs, Teilhard l’utilise souvent, voire en d’autres termes.

-Enfin, p. 231, lors d’une phase de développement de sa démonstration, Teilhard parle sans équivoque de l’alimentation spirituelle de l’effort humain puis de réalités d’ordre métaphysique qui équivaudrait -si on le suit bien- à un coefficient d’activance capable d’entretenir et de stimuler le goût de vivre.

3) TEILHARD, CHAINON MANQUANT entre Darwin et Lamarck (voir article de JP Frésafond du 18/6/11 sur ce chapitre : différences et points communs entre Lamarck, Darwin et Teilhard)
Teilhard devient ainsi une sorte de missionnaire au pays de la pensée contemporaine.

Dès les premières origines, au XIXe siècle de l’évolutionnisme biologique, deux courants de pensée se sont dessinés, qui continuent à se propager côte à côte, sans se mélanger appréciablement , parmi les hommes de science (…) depuis les temps de Lamarck et de Darwin (…) c’est à ce conflit, me parait-il, que la perspective, scientifiquement admise, d’un rebondissement humain de l’évolution apporte une solution, et s’ouvre une issue satisfaisante. (p. 226,227 et 228)

- (p. 223) Nous sommes actuellement dans une phase nouvelle.

-(p. 229) Certaines énergies et certains rayonnements, de nature morale et mystique, font inévitablement leur apparition au cœur même du flux biologique de l’évolution.

-p. 235 La complexification de la matière, considérée au point où elle se trouve actuellement parvenue dans l’organisme humain social, est physiquement capable de se poursuivre plus loin à moins que l’Esprit n’intervienne » (…) non seulement par son pouvoir de combinaisons techniques, mais ses puissances volontaires et affectives d’arrangement et de tension interne.
Encore une référence parmi beaucoup d’autres au dehors et au-dedans des choses .

-Il semblerait que, pour Teilhard, les termes : conscience, psychisme, morale , spirituel, foi, esprit convergent vers un seul concept : une métaphysique transphénoménale désormais repérée ou encore d’autre dimension pour conclure (p. 239) que, pour que le monde s’en sorte, il faudra combiner une articulation fonctionnelle précise entre énergie physique et énergie spirituelle.

Les domaines Physiques et spirituels n'allant pas l'un sans l'autre, d'après Teilhard, dans le grand tout qu’est la Vie et l’évolution; mais qu’est-ce au juste pour Teilhard que la mystique?

4) TEILHARD et la MYSTIQUE

L’Abbé Gérard-Henry Baudry ( voir bas de page 2) donne la réponse sur ce que Teilhard entend par « Mystique » . voir l’intégralité de son texte dans la rubrique littéraire du site de l’association lyonnaise Teilhard de Chardin du 1/2/2010. En voici seulement quelques extraits, mais il serait regrettable de ne pas savourer le cheminement global de la pensée de l’auteur en ne consultant pas son texte original :

« Le lecteur de Teilhard est frappé par la fréquence du mot mystique.
- Le sens premier, le plus profond, – le plus fréquent, semble-t-il, – est celui-ci : la mystique, c’est la passion de l’Unité et de la Totalité. (…) le mystique est l’homme qui a été saisi par la fascination du Tout, et qui a soif de trouver l’Un dans le Multiple, de communier à l’Un à travers le Multiple. Quand Teilhard aborde le thème mystique, ces mots reviennent souvent : Tout, Totalité, Un, Unité, Union. On pourra retenir la définition qu’il donne en 1951 : « Essentiellement, le Sentiment mystique est un sens et pressentiment de l’Unité totale et finale du Monde par-delà sa multiplicité présente et sentie : sens “cosmique” de l’Oneness [Unité]. Ceci vaut pour l’Hindou et le Sufi aussi bien que pour le Chrétien. Ceci permet de mesurer la “teneur” mystique d’un texte et d’une vie. »
(…) Déjà les Écrits du Temps de la guerre étaient animés de cette perspective. On relira avec intérêt, par exemple le Milieu mystique de 1917 . Teilhard y évoque la « deuxième phase de nos perceptions », celle qui brise « la surface du mystère de la connaissance » pour nous faire déceler « en tout contact, le seul Essentiel de l’Univers ». Et d’affirmer : « Le mystique est celui qui est né pour donner à cette auréole la première place dans son expérience ». Puis il conclut : « L’intuition mystique fondamentale vient d’aboutir à la découverte d’une unité supra-réelle, diffuse dans l’immensité du Monde …. »
-Sous le temporel et le plural, le mystique ne regarde plus que la Réalité , unique support commun des substances, qui se pare et se colore des teintes innombrables de l’Univers sans partager leur fragilité. Le mystique, selon Teilhard, c’est l’homme du Réel. Ce Réel, il ne se contente pas de le contempler passivement, il le transforme ou plus exactement il le conquiert par l’action. Le mystique, c’est l’homme de la « transformation créatrice » de la réalité, (…)Le mystique, c’est le conquérant, l’aventurier de l’Absolu. (Voir le symbole du combat de Jacob, souvent évoqué par Teilhard). Laissons-lui à nouveau la parole : « Je dois chercher, et je dois trouver », écrit-il toujours dans le Milieu Mystique. Et il ajoute quelques lignes plus loin : « C’est au mystique (…) qu’est réservé de s’emparer du Monde là où il échappe aux autres et de réaliser la synthèse où échouent et se brisent l’expérience et la philosophie commune ». « Du milieu de son rêve, le mystique est un grand Réaliste » . Au cours de ces citations on aura noté l’apparition d’autres précisions sur ce qu’est le sentiment mystique dans sa généralité. Avec les notions de Tout et d’Unité, voici celles du Réel, d’Action, de Synthèse. La mystique n’est pas ce que l’on croit souvent : une évasion hors du monde, ou une contemplation panthéiste du cosmos, c’est la passion d’achever le Monde, de faire pression sur tout le Réel, pour qu’il se découvre, pour qu’il révèle l’Absolu, l’Un à travers et au-delà du Multiple, ce Quelque chose qui est à l’origine, au fond et surtout au terme du devenir, ce quelqu’ Un dira bientôt Teilhard quand il aura intégré le Personnel dans sa vision de l’Universel.
Voici un texte de « Comment je crois » (1948) qui résume bien cette notion de base : « Par “mystique”, j’entends ici le besoin, la science et l’art d’atteindre, en même temps et l’un par l’autre, l’Universel et le Spirituel. Devenir simultanément, et du même geste, un avec Tout, par libération de toute multiplicité ou pesanteur matérielle : voilà, plus profond que toute ambition de plaisir, de richesses et de pouvoir, le rêve essentiel de l’âme humaine » .
-(…) si le mystique est un réaliste, il n’est pas en dehors du Réel comme le serait un extra-terrestre observant notre planète. Il est un élément de ce Réel, et le plus significatif. Or le Réel est évolutif. Qui plus est, l’Évolution d’après Teilhard, se fait selon un processus d’union. « Être, c’est unir ou être uni ». Il faudrait exposer ici la philosophie de l’union qui donne la clé de toute la pensée teilhardienne. C’est elle qui lui permet de placer l’homme à la flèche de l’Évolution, et de découvrir Dieu comme l’Être supra-personnel, Pôle de la personnalisation universelle. Dans cette philosophie fondamentalement personnaliste, le mystique, c’est l’homme de l’union, de l’union à Dieu bien sûr. Et là, Teilhard donne au mot mystique sa dimension religieuse de communion au mystère, au mystère des mystères, le Tout Autre.
-Il ne s’agit pas cependant d’une fusion dans un grand Tout impersonnel. Non. L’union « différencie », « personnalise », ne cesse de répéter Teilhard . Dans l’union à la Personne divine, le mystique se sur-personnalise. Il faut aussi s’empresser d’ajouter que le mystique est en même temps et nécessairement (car le Divin ne s’atteint qu’à travers le sacrement du Monde et le sacrement de l’humanité) l’homme de l’union avec les autres hommes. Le mystique, c’est l’homme des relations interpersonnelles, l’être social par excellence qui, de tout son être et de tout son agir, poursuit l’achèvement de l’humanité. C’est lui qui permet au phénomène inéluctable de la socialisation humaine de ne pas avorter dans une sorte de termitière dépersonnalisée, mais dans une communauté fraternelle. En bref c’est l’homme de l’Amour-Charité. À ce stade, bien entendu, il s’agit non seulement d’une mystique religieuse, mais d’une mystique chrétienne, puisque Teilhard identifie Dieu-Oméga avec le Christ universel.
Le dernier chapitre de Christianisme et Évolution (1945) est intitulé : « Une nouvelle orientation mystique : l’amour de l’Évolution ». Cet amour est possible, parce que Quelqu’Un est en gestation dans l’Univers, et non seulement Quelque Chose. Dans cette grandiose vision d’une Évolution convergente, on voit comment le mystique comprend le double commandement de l’Évangile :
« Tu aimeras Dieu dans et à travers la genèse de l’Univers et de l’humanité » . Car le mystique selon Teilhard n’est pas seulement un « voyant », un contemplatif, c’est un homme d’action et de l’action la plus haute qu’est l’Amour. Il aspire à s’unir au Divin de tout son esprit, de tout son cœur et de tout son corps
Dans La Mystique de la Science (1939), Teilhard écrit : « Nulle mystique ne peut vivre sans amour. La religion de la Science [il entend par là la conception du scientisme positiviste] avait cru trouver une foi, une espérance. Elle est morte pour s’être fermée à la charité » . Il faudrait relire et méditer ici le magnifique paragraphe intitulé « mystique » qu’on trouve dans L’Atomisme de l’Esprit (1941). L’auteur y souligne le rôle incomparable de la
« charité dynamisée ». Il y décrit les trois composantes du sens mystique :
- Sens humain ;
- puis sens de la Terre ;
- et enfin sens d’un Oméga ;
trois étapes progressives d’une même illumination . Ceci l’amène à caractériser l’action du mystique comme l’acte synthétique par excellence, c’est-à-dire l’acte le plus humain qui soit (…) D’une part, en vertu de la liaison dynamique de toutes choses en la Noogénèse, la moindre action, si humble et monotone soit-elle, se découvre comme un moyen de coopérer au Grand Œuvre universel. D’autre part, en vertu de la nature particulière, synthétique de l’Opération en cours, coopérer signifie s’incorporer dans une réalité vivante. Agir, sous toutes ses formes (pourvu que celles-ci soient positives, c’est-à-dire unificatrices) équivaut à communier » (Fin de citation de G.H. BAUDRY).


CONCLUSION

Alpha/Omega, le début et la fin, la base et le sommet : dans le fond, Christ a toujours donné son Corps, et cette "incorporation" s'élucide progressivement, en fonction des différentes phases possibles de l'évolution de la conscience humaine à travers les âges; Tel est le pari de la thèse de Teilhard, Jésuite, paléontologiste et scientifique : la noogénèse passe par l'Incarnation. Avant "IL" était en gestation dans la matière depuis la nuit des temps, et après "IL" est né.

Quelles que soient nos valeurs, nous sommes tous cocréateurs, responsables du devenir de l'humanité, de la création. Une telle perspective n'aboutira pas
-Sans construire unanimement, non pas de force extérieurement, mais à partir d'une disposition intérieure , une cohérence entre respect des individualités et socialisation de l'humanité (Droits et devoirs de l'homme et du citoyen);
-Sans l'effort intellectuel du plus grand nombre, nécessaire pour atteindre la suprématie du goût de vivre en envisageant les horizons teilhardiens et Chrétiens, ou ceux de tout "citoyen" de bonne volonté (insécabilité de la matière et des forces mentales et/ou spirituelles).

TOUS LES CHARISMES SONT REQUIS !



(1) Abbé Grégoire : Élu député à la Constituante du Premier Ordre (le Clergé qui avait 291 élus) en 1789 par le clergé du bailliage de Nancy aux États généraux, Henri Grégoire se fit rapidement connaître en s'efforçant, dès les premières sessions de l’Assemblée, d’entraîner dans le camp des réformistes ses collègues ecclésiastiques et de les amener à s'unir avec le Tiers état.
À l'Assemblée constituante, l'abbé Grégoire réclama l'abolition totale des privilèges, proposa le premier la motion formelle d'abolir le droit d’aînesse, et combattit le cens du marc d'argent, exigeant l'instauration du suffrage universel.
Nommé l’un des secrétaires de l'Assemblée, il fut l'un des premiers membres du clergé à rejoindre le Tiers état, et se joignit constamment à la partie la plus démocratique de ce corps. Il présida la session qui dura 62 heures pendant que le peuple prenait la Bastille en 1789, et tint à cette occasion un discours véhément contre les ennemis de la Nation. Il proposa que la Déclaration des droits de l'homme soit accompagnée de celle des Devoirs.


(2)Gérard-Henry Baudry, prêtre, docteur en philosophie et en théologie, est connu pour ses écrits sur Teilhard de Chardin et son intérêt pour la formation de la culture chrétienne. Auteur de nombreux ouvrages, il a été directeur de la collection « L'horizon du croyant » (Desclée/Novalis) et de la revue de l'université catholique de Lille, « Mélanges de science religieuse », ainsi que codirecteur de l'encyclopédie « Catholicisme, hier, aujourd'hui, demain » (Letouzey & Ané).
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 20 Mai 2011 à 10:50 | Commentaires (0)

Travaux des membres



-Laissons d’abord s’exprimer Teilhard :

« L’énergie représente pour la science la forme la plus primitive de l’étoffe de l’univers. Considérée par son aspect énergie,cette étoffe semble ne tenir que par le bas. Vrai et faux, car, à considérer plus profondément, l’évolution de la matière tient aussi par sa complexification, et donc par le haut…
L’Univers est tissé d’une seule pièce, suivant un même procédé que nous appellerons loi de conscience et complexité, mais qui, de point en point, ne se répète jamais. L’Etoffe de l’Univers forme structurellement un Tout…
L’immensité que nous observons n’est plus que la vision de la tranche de coupe d’un tronc d’arbre dont les racines plongent dans l’abîme d’un Passé insondable et dont les branches vont quelque part vers un Avenir à première vue illimité. Cet arbre se définit désormais comme une Cosmogénèse… ».


-Référons-nous maintenant au Psaume 104 :

Tu as fait la lune pour marquer les temps,
le soleil connaît son coucher ;
tu poses la ténèbre, c’est la nuit,
toutes les bêtes des forêts s’y remuent,
les lionceaux rugissent après la proie
et réclament à Dieu leur manger.

Le soleil se lève, ils se retirent
et vont à leurs repaires se coucher ;
l’homme sort pour son ouvrage,
faire son travail jusqu’au soir.
Que tes œuvres sont nombreuses, Yahvé !
Toutes avec sagesse tu les fis,
la terre est remplie de ta richesse.

Le long de ces versets, nous découvrons bien sûr le mouvement, le déploiement des énergies, la beauté de la création, mais aussi le rythme. Rappelons nous du vêtement qui recouvre la terre et posons-nous la question : le vêtement n’est-il pas confectionné à l’aide de deux sortes de fils : le fil de chaîne et le fil de trame. Nous sommes entrés là dans le monde de la dualité : jour – nuit ; travail – repos ; haut – bas ; supérieur – inférieur ; lumière – ténèbre…et aussi : onde – corpuscule.

La Chaîne, c’est le vertical, le transcendant, la lumière solaire, le masculin yang. Ce sont les Principes reliant tous les mondes et tous les états d’être. C’est le livre sacré par excellence, archétype de toutes les paroles.
La Trame, c’est l’horizontal, l’humain, les événements, le manifesté, le féminin yin, la lumière lunaire. La Trame correspond au schéma de cohérence énergétique de l’Univers, c'est-à-dire à des sortes de faisceaux énergétiques de nature ondulatoire, qui, en s’organisant selon un plan précis, vont générer les fondations de tout ce qui compose l’Univers. On peut comparer ces lignes aux méridiens de la médecine chinoise. Ce symbole de la trame n’est-il
pas l’image de ces « sinusoïdes » lesquelles se faufilent alternativement au-dessus puis au-dessous des fils de chaîne. Tel est d’ailleurs le principe premier de tout tissage. Ici il s’agit de tissage « cosmique ». La Noosphère n’est-elle pas une sorte de tissage, une entité possédant une double nature, caractéristique de la Vie ?
En outre, sur cette trame circulent des informations fondamentales, qui sont des énergies de nature ondulatoire. Nous pouvons penser là à nos émotions, positives ou négatives, ainsi qu’à toutes les bi – polarités qui permettent toute la dynamique de la Vie.
Ce que le symbolisme nous apprend encore, est que les fils de chaîne représentent ce qui apparaît immuable, les lignes de force sous-tendent la Manifestation ; le fil de trame représente au contraire ce qui est contingent, variable, muable, la substance unique qui se différencie en quatre éléments : air, eau, feu, terre. Alors, si l’on considère un fil de chaîne et un fil de trame, on s’aperçoit immédiatement que leur réunion forme la croix dont on connaît la sublime et universelle signification.
Naissance et mort se succèdent comme le jour et la nuit ; elles se succèdent à l’image des phases de la lune, comme les phases de la respiration : inspire – expire, comme les battements de notre cœur : diastole – systole, comme les modes musicaux : majeur – mineur.
Dans son essence, la Vie est le retour au non manifesté et la mort est le passage vers une nouvelle manifestation, une « résolution des dualités », un processus de convergence vers le point Oméga évoqué par Teilhard

Il importe de partir des principes, sans lesquels aucune synthèse intelligible n’est possible, et il faut comprendre qu’il existe des « monuments d’intelligence » comme nos belles églises romanes et nos cathédrales où toutes les connaissances traditionnelles se compénètrent et se complètent mutuellement. Sans les nombres et les formes, sans la beauté suggestive de l’Art, la métaphysique reste abstraite ; sans la métaphysique, l’Art reste au niveau de l’horizontalité. Sans la Théologie, la cosmologie reste païenne et dangereuse pour l’esprit ; sans la cosmologie, et là Teilhard est notre maître à penser, la théologie manque d’ampleur. Le mérite de Teilhard est d’avoir donné une autre dimension à l’homme, à l’Univers et à la métaphysique. Ainsi, par exemple, le Portail Royal de la cathédrale de Chartres, comme beaucoup de ses semblables, comporte une baie centrale et deux baies latérales qui évoquent immédiatement l’Unité et la Bipolarité de l’Être. Nous sommes là au niveau de l’ontologie : selon l’enseignement traditionnel, l’Être – Un se polarise en deux principes complémentaires, l’un actif et l’autre passif, considérés comme masculin et féminin, et c’est entre ces deux pôles que se déploie toute la manifestation autrement dit la Création. Ces deux pôles, sans lesquels il n’y aurait aucune manifestation possible, peuvent être désignés respectivement par les mots Essence et Substance : cette dernière ne doit pas être conçue comme une matière préexistante, mais comme un « principe ontologique » qui se tient sous la manifestation universelle. Considérée en elle-même, elle n’a aucune réalité et elle est inintelligible. Elle n’existe qu’en corrélation avec le Principe actif (l’Essence) qui, par son action sur la Substance, produit tous les êtres et les amène à l’Existence. De même, l’Essence doit être conçue en corrélation avec la Substance, à partir de laquelle elle produit tous les êtres, et cela sans que la permanente actualité de l’Être en soit affectée, et sans que la multiplicité innombrables des êtres ajoute quoi que ce soit à l’Unité du Principe ontologique.
Il s’en suit que la multiplicité ne « sort » de l’Unité qu’en apparence, au niveau de la création. Mais au niveau de l’Être, la multiplicité ne cesse d’être contenue éternellement dans l’Un. On peut dire alors qu’il y a « multiplication incessante de l’Un inépuisable et unification
incessante de l’indéfinie multiplicité ». Selon ce schéma de pensée, on peut évoquer la double et mystérieuse réalité : péché originel et Rédemption.
Nous avons mis en évidence une première dualité à partir de laquelle se déploie la multiplicité. C’est de cette dualité première que procèdent, dans le monde manifesté, toutes les dualités possibles, tous les couples d’opposés ou de complémentaires que l’on peut rencontrer dans la nature. Mais de même que la multiplicité des êtres, éphémère et transitoire au niveau d’un monde ou d’un état d’existence, doit finalement être réintégrée dans l’Unité de l’Être. La résolution des oppositions et l’union des complémentaires se réalisent au niveau de l’Un. C’est précisément ce qu’expriment les trois baies du Portail Royal : le complémentarisme de la baie de droite et de la baie de gauche se résout ou s’intègre dans l’unité de la baie centrale.
La dualité qui apparaît immédiatement est celle de la montée et de la descente : à gauche, au Solstice d’hiver, c’est le Christ ascendant au ciel ; à droite, au Solstice d’été, c’est le Verbe divin descendant sur la Terre ; et cette dualité se résout immédiatement dans l’immutabilité du Christ en gloire de la baie centrale, au centre du Zodiaque. Citons ce verset de St Jean (III , 13) :
« Et nul n’est monté au ciel, si ce n’est celui qui est descendu du ciel : le Fils de l’Homme qui est dans le ciel ».
Ceci s’applique analogiquement à tous les êtres : nous descendons du ciel, et nous remonterons au ciel, mais notre archétype éternel n’a jamais cessé d’être dans le ciel. Nous pouvons évoquer là en quoi réside l’Avenir de la Noosphère. Teilhard ne se contente pas d'une philosophie de la nature. Il propose ce qu'il convient d'appeler une métaphysique. Cette métaphysique n'est pas la métaphysique scolastique qui spécule sur l'être, c'est une métaphysique qui puise ses concepts dans l'expérience explicitée par la science de la vie.
- Le transformisme manifeste que la vie est un processus d'unification. Dans un être vivant, les divers éléments sont unis pour former un individu qui jouit d'une certaine autonomie. Telle est l'intuition métaphysique de Teilhard : le devenir se comprend quand on perçoit que les échanges qui font la vie sont tendus vers une réalisation meilleure : une unité plus grande.
- La métaphysique de Teilhard est attentive à l'œuvre la plus éminente de la nature, la personne humaine La personne est une réalisation parfaite de l'œuvre de la nature. D'abord, elle est une unité indivisible ou individu. Elle est vivante et donc comme toute individualité vivante, elle assume la diversité dans l'unité d'un seul être. Surtout, elle est un centre spirituel. En elle la conscience n'est pas seulement réflexes ou réactions instinctives aux sollicitations extérieures, comme dans les formes élémentaires de la vie, mais bien un centre d'esprit. Mais à la différence des animaux supérieurs qui ont part à la conscience et exercent leur volonté, la personne est capable de réflexion et donc habitée par l'esprit qui se rend indépendant de la matière. L'unité de la personne est indestructible. Mais la personne n'est jamais statique, enfermée sur elle-même.
- La métaphysique de Teilhard n'est pas fixiste ; elle situe la personne dans une tension vers ce qui est plus grand qu'elle. Cette tension s'appelle l'amour. L'amour est le dynamisme qui habite l'ensemble de la nature : cette force qui le tend vers une réalisation de soi optimale et qui l'ouvre sur autrui. Lorsque Teilhard parle d'amour, il ne se contente pas de parler de la force qui habite tous les êtres. Il envisage les choses de manière concrète sans ignorer la dimension affective de la vie humaine. Sur ce point, sa vie est aussi exemplaire, car par les œuvres de Teilhard, en particulier sa correspondance, on peut retrouver l'importance de l'amitié et de l'amour dans la vie de cet homme. L'amitié est un élément important ; elle a pour nom solidarité dans la masse des hommes. Elle a le visage de quelques fidèles parmi ses compagnons jésuites qui l'ont accompagné et soutenu pendant les années de persécution. Il a aussi le visage de ce que tout le monde appelle amour : la relation d'un homme et d'une femme. La vie de Teilhard s'est déroulée en relation avec des femmes. Teilhard n'a jamais trahi son engagement religieux, mais il a éprouvé la valeur de la présence d'une femme, le caractère particulier de la collaboration et du partage des taches scientifiques... Il a de ce fait écrit parmi les plus belles pages sur ce qu'il appelle « l'éternel féminin », reconnaissant que l'amour est lié à la relation des personnes dans un horizon qui les transcende. La métaphysique de Teilhard est nourrie de cette dimension concrète et réelle du rapport entre hommes et femmes dans une dimension dynamique de la chasteté :
- La christologie de Teilhard a renoué avec des éléments fort traditionnels. En particulier il a donné une importance majeure aux textes du Nouveau Testament qui montrent la dimension cosmique de l'action du Christ. Le premier texte est dans l'épître de Paul aux Colossiens qui dit que « tout subsiste dans le Christ » (Col 1, 15) ; le second est dans l'évangile de Jean où Jésus dit qu' « élevé de terre il attirera tout à lui » (Jn 12, 32). Le mot tout est ici entendu au sens le plus large. Ces textes étaient méconnus dans la théologie de l'époque. Teilhard les a repris dans le cadre d'une pensée qui sort de la théologie des manuels et redonne du souffle à des vieilles expressions. Pour cela sa pensée est plus proche de celle des Pères de l'Église que de la scolastique. Le Christ est celui qui accomplit.
- Pour Teilhard de Chardin, le Christ est le Verbe de Dieu qui s'est incarné. Mais cette incarnation n'a pas été un emprunt extérieur et fugace de quelques éléments du monde. Elle a été un acte par lequel Dieu a assumé toute la cosmogénèse. L'incarnation ne concerne pas seulement quelques êtres humains, mais tout l'univers. Teilhard propose donc une vision cosmique du Christ. Il l'exprime dans les premiers écrits comme dans l'ultime grand texte qui a pour titre Le Christique - écrit à la veille de sa mort. Le terme de « christique » dit que l'identité du Christ ne se limite pas à la jonction de la nature divine avec la nature humaine, mais avec tout le processus de l'anthropogenèse, de la noogénèse et plus avant de la biogenèse et de la cosmogénèse. Sur ce point, le concile Vatican II a reconnu la valeur de cette vision des choses : puisqu'il a transformé la fête du « Christ roi », en fête du « Christ roi de l'univers » - faisant sortir cette fête de l'idéologie antimoderne qui la marque encore.
- Un trait particulier de la christologie de Teilhard de Chardin est de préciser le mode d'action du Christ ressuscité. Ce mode d'action est exprimé par le mot de l'évangile de Jean : attraction. Jésus agit par attraction. Il est celui vers qui tendent les forces de l'univers qui sont à l'intime de la matière, des vivants, des humains et des cultures. Teilhard voit l'univers comme une montée de la conscience. Celle-ci est orientée vers un point qu'il appelle Oméga. La foi permet d'identifier ce point avec le Christ qui attire à lui tous les siècles.
- Un point sur lequel Teilhard apporte un élément important pour discerner le visage de l'avenir est celui de la rencontre des religions. Teilhard a connu l'Islam en Égypte. Mais surtout, il a parcouru le vaste monde pour son travail scientifique de géologue paléontologue. Il n'a pas fait que de l'observation scientifique : il a rencontré des peuples et des civilisations. Il a rencontré des religions. Pour cette raison, sa réflexion a été attentive au fait religieux mondial. Il est évidemment sorti de l'étroitesse d'esprit qui habite les universitaires européens qui considèrent que la religion n'est qu'esprit archaïque ou primitif.
Il a considéré que les religions participent de la construction de la Noosphère : ce monde de l'esprit qui se construit par l'effort de l'homme.
- La perspective religieuse de Teilhard s'inscrit dans ses grandes intuitions fondatrices. Les religions s'accomplissent non dans leur affrontement, mais dans leur rencontre qui est une convergence. Il les présente comme par l'image issue de la biologie, celle du phylum - qui est un embranchement des vivants dans l'arbre retracé par l'évolution. Or dans la théorie de l'évolution, les divers éléments convergent. Les religions sont des voies par lesquelles se réalise l'unité de la Noosphère. C'est donc une vision très positive des religions dans l'aventure humaine.
- Le moteur de cette montée est la mystique. La mystique est l'âme des religions. Elle est désir de communion et de personnalisation. Elle est désir de rencontre. Dans cette perspective, Teilhard juge les religions en fonction de leur aptitude à la construction de la Noosphère qui converge vers le point Oméga. Il oppose deux spiritualités, celle de l'Est et celle de l'Ouest. Il voit dans la première un consentement à la fatalité et à une vision qui ramène l'être humain à son état antérieur. Il voit dans la seconde une dimension de dynamisme par son esprit de transformation de la réalité.
- Le moteur de l'avancée des religions est le sens de la vérité qui prend forme de recherche qui caractérise l'âme de la modernité. Or une telle aspiration doit être convertie. La conversion n'est pas un renoncement, mais une réalisation optimale. Telle est la mission de l'Église : faire réussir la grande aspiration des hommes à exister pleinement dans l'esprit.
- Teilhard a souffert de l'Église, mais il n'a jamais manifesté quelque hostilité à l'Église, même si sous sa plume, on trouve quelques mouvements d'humeur contre ceux qui le persécutent, en particulier les tenants de la vision fixiste de la nature. Il voit en eux des obstacles au rayonnement du Christ. Ce texte le montre clairement :
« Je me fous complètement des théologiens. Seulement j'enrage en les voyant maintenir le Christianisme dans un état de nanisme qui dégoûte les Gentils (sans parler de beaucoup de chrétiens...) : alors que le christianisme est fondamentalement le seul `phylum' religieux capable d'amoriser l'Univers, comme il le faut à tout prix (du simple point de vue `énergétique', précisément) pour que l'hominisation continue »
(lettre à Pierre Leroy, 1953).
- Le point de départ des difficultés rencontrées par Teilhard a été une note confidentielle rédigée à l'attention d'un collègue lui demandant comment il voyait la théologie du péché originel dans la perspective tracée par l'évolution en ce qui concerne les origines de l'humanité. Teilhard a répondu brièvement qu'il était impossible de tenir pour la lecture traditionnelle qui voit en Adam et Ève des personnages historiques. Il lui semblait nécessaire de reconnaître ce fait qui pour lui est incontestable. Plus encore, sa formation théologique lui fait percevoir que cette remise en cause n'est pas isolée d'un ensemble, et qu'elle invite à repenser l'ensemble de la théologie de la rédemption. Cette lucidité est admirable ; elle explique l'acharnement de ses adversaires à le réduire au silence et à le cantonner dans un travail scientifique et technique qu'ils jugeaient sans danger. Mais Teilhard ne pouvait y consentir, car il voyait bien que se cantonner dans une telle manière de faire était impossible : les travaux scientifiques sont liés à une vision du monde et donc ont un lien avec la théologie.
- Teilhard de Chardin n'a jamais renoncé à servir l'Église. Il a refusé de quitter la Compagnie de Jésus, comme l'y invitait ses collègues scientifiques qui ne comprenaient pas pourquoi il avait tant de patience à l'égard de ses persécuteurs. Il a toujours travaillé à ce que l'Église soit plus fidèle à l'inspiration qui était celle du Christ et qui repose sur le mystère de l'incarnation. Le changement que Teilhard espérait de l'Église était qu'elle cesse de mépriser le monde. Pour Teilhard le monde n'est pas mauvais ; il n'est pas le fruit d'une chute originelle. Tout est bon dans l'œuvre de Dieu. C'est le rôle de l'Église que de permettre à l'aspiration humaine de parvenir à son terme.
- L'œuvre de Teilhard qui n'a rien perdu de sa valeur est son œuvre spirituelle. Celle-ci a été reprise de manière incessante dans la rédaction d'un ouvrage qui, à la différence des autres, n'a pas pris une ride : Le Milieu divin. Là aussi, Teilhard prend un titre qui ne fait pas chapelle, mais ouvre sur l'universel. Dans ce livre, écrit attentivement et soigneusement révisé en dialogue avec ses compagnons jésuites, il exprime une vision très belle de la spiritualité toute entière tournée vers le désir de la rencontre de Dieu.
- Le premier point de cette spiritualité est de communier avec les forces qui sont dans la création et qui sont le meilleur du monde. La spiritualité est celle de l'attention et de l'effort, l'un et l'autre couronnés par la joie de chercher, de trouver, de partager et de communier à Dieu à travers son œuvre.
- Le deuxième point concerne ce qu'il appelle les passivités. Le terme nomme la réalité sans la qualifier par des termes qui relèvent du péché ou du mal. Il s'agit de ce qui limite, contraint ou entrave le désir de vivre. Il s'agit aussi de ce qui fait souffrir et qui mène à la mort. Teilhard ne nie pas cette réalité ; il demande à ce qu'elle soit vécue.
Nous devons constater combien est vaste voire passionnant, la constitution et l’évolution de la pensée qui se fraye un chemin à travers toutes les interrogations sur notre condition humaine. Teilhard a tracé une voie.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Vendredi 20 Mai 2011 à 10:42 | Commentaires (0)
-Ainsi parlait Teilhard : « La paix est possible, comment osez-vous en douter, hommes de peu de foi ? La paix est entre vos mains, abandonnez votre tranquillité bourgeoise, n’écoutez plus les palabres des pseudo-objecteurs de conscience. »

Il faut avoir foi en l’Homme. L’optimisme n’est pas le mot qui convient, il faut le remplacer par l’expression « espérance active » comme le disait Raymond Aubrac.

L’Homme doit viser l’élévation de son niveau de conscience pour être libre et se dégager de « la loi de la jungle » et la remplacer par « l’élan humaniste ».

Tuer son prochain c’est comme scier la branche sur laquelle on est assis, ne pas voir cela équivaut à ne pas voir plus loin que le bout de son nez. Déjà l’homme chasseur primitif avait compris cela et pour tuer le mammouth il avait besoin d’être en groupe. Hélas l’homme cultivateur a cru qu’en étant seul et qu’en commandant tout le monde il serait le plus fort. Il s’était trompé et l’erreur dure depuis 10 000 ans. Il continue à faire des guerres de conquêtes militaires et économiques, il amasse des fortunes représentant les besoins de 10000 vies pendant 10 000 ans et il en veut encore davantage. Expression même de la bêtise, la moitié de la population de la planète peut mourir de faim et il n’en est nullement ému pour autant. Les loups sont plus intelligents que lui, ils refusent les combats intra-espèce conduisant à la mort ; le vainqueur regarde en grognant le vaincu et le laisse partir. Le loup a un instinct d’inhibition que l’homme n’a pas mais qui doit normalement être remplacé par sa conscience.

A l’inverse du fauve, l’Homme n’est pas spécialisé pour quelque chose mais il peut s’adapter à tout, encore faut-il qu’il trouve sa voie. Quand il aura admis que la guerre, soit militaire, soit économique ne mène nulle part, il aura tout compris, s’étant libéré de l’esprit de la jungle, il deviendra un homme.

Arrivé au XXIe siècle, l’homme commence à désirer le sens du collectif ; la formation de la noosphère a commencé. Cette mutation ne signifie pas qu’il faille copier l’organisation de la ruche, formule totalement bloquante.
L’humanité dit Teilhard est un groupe animal énigmatique, l’Homme n’a finalement que peu de différences anatomiques avec les grands primates, sauf que, avec le « pas de la réflexion », sont apparues en lui des propriétés nouvelles : il s’autonomise et prépare son avenir, il pense et invente le perfectionnement de la société dont il est un des éléments. La noosphère est pour l’Homme une nouvelle matrice, un appareil héréditaire.
Voici selon Teilhard et Huxley la différence entre le cerveau humain et le cerveau collectif :
-dans le cerveau humain la pensée émerge depuis un système d’éléments non-pensants,
-tandis que dans le cerveau collectif chaque élément (chaque homme) est déjà un foyer pensant unique et complexe

D’où la supériorité du cerveau collectif dès sa construction. Tout part de l’individu et tout s’achève au-dessus de lui. Les idées nouvelles sont l’armature indestructible de la noosphère. La montée démographique provoque la surchauffe de la noosphère qui butte devant des seuils critiques qu’il faut franchir ou mourir.

La recherche scientifique qui était une fonction isolée devient une fonction collective, elle se céphalise jusqu’à établir des liaisons télépathiques. Telle sera la nouvelle étoffe de l’univers. Les progrès se succèdent. Les progrès libèrent une énergie qui sera utilisée dans de nouvelles recherches, et ainsi de suite, jusqu’à buter contre de nouveaux seuils critiques. Dès lors, l’invention de l’éthique est une science qui s’impose. Il n’y a pas que l’évolution de la matière qui est soumise à des épreuves, l’énergie spirituelle est soumise aux mêmes lois. « L’atomisme de l’esprit’ » se découvre à lui-même, l’âme humaine se constitue et doit croître et franchir des seuils critiques, au risque de disparaître en cas d’échec. Quelles leçons tirer de cela ?

La biologie est une face complémentaire de la physique. Qu’est-ce que cela signifie ? L’étoffe de l’univers se désagrège en dissipant de l’énergie élémentaire et produit en faible quantité une énergie plus subtile, la pensée, qui elle ne se dissipe pas. Concrètement, cela représente des êtres humains qui prospèrent et d’autres « laissés sur le bord de la route » et d’autres personnes qui profitent du système et font les guerres militaires et économiques, les erreurs de gestion écologique, les erreurs de gestion culturelles etc … Teilhard parle de ces crises incontournables, avant qu’elles ne se produisent en termes lucides et froids, responsabilisants (termes non cyniques parce qu’il a vécu ces épreuves). Des progrès en tous domaines ont été accomplis pendant les phases dramatiques. Comme tous les éléments de la nature, l’humanité ne progresse qu’en réaction à des situations de crise. Quand tout va bien l’humanité s’endort ; quand tout va mal elle se réveille. Ainsi va la loi de la nature et la comprendre c’est découvrir la voie de la sagesse.

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D’un certain point de vue on pourrait conclure que tout s’arrêtera un jour et qu’il est vain de vouloir lutter contre cette issue fatale.

D’un autre point de vue, on peut décider d’une attitude inverse en disant avec Teilhard : « rien ne saurait être fini car un des effets de la réflexion est la volonté de survivre ; l’exigence d’irréversibilité est une loi récurrente. »

Que proposer d’autre ? demandait Teilhard à la fin du PHENOMENE HUMAIN.
Dans l’évolution de l’univers apparaissent deux tendances : vers le bas, nous chutons vers le probable et vers le haut, nous montons vers l’improbable.

La planétisation de la pensée ne peut que continuer car cette unanimisation de la pensée, de nature convergente, ne peut qu’arriver à un terme naturel : le point Omega. Pour l’atteindre, nos âmes individuelles en tant qu’éléments de l’Esprit de l’univers, doivent franchir des seuils critiques qui leur sont imposés afin de survivre éternellement et pour cela nos âmes doivent se sur complexifier et se sur centrer. Là réside le seul triomphe de la liberté.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 12 Mai 2011 à 13:40 | Commentaires (0)

Chapitre 7 / L'AVENIR DE L'HOMME


Teilhard, à propos de la collectivisation humaine, pense qu’elle doit dépasser le phase forcée où elle se trouve pour entrer dans sa phase libre ; celle où, les hommes ayant enfin reconnu qu’ils sont les éléments solidaires d’un tout convergent. L’unanimité d’affinités et de sympathie se substituera aux puissances de coercition. Il conseille donc de prendre de l’altitude pour découvrir la « régularité significative de quelque grand phénomène ».

La philosophie au siècle dernier parlait de « déconstruction » . C’était l’œuvre de Nietzsche, Marx, Freud, Althusser, Lacan, Deleuze, etc … Il s’agissait d’une sorte de révolution de la pensée destinée à pourfendre le culte des « idoles » et les produits de nos illusions. Il s’agissait essentiellement d’une philosophie du « soupçon » qui faisait un procès à toutes les « constructions » philosophiques, religieuses et sociologiques qui, au cours de l’histoire, ont eu pour but le contrôle et l’encadrement de la pensée humaine et de la conscience collective. Chacun d’entre nous, de par son éducation, de parles nécessités d’adaptation à l’environnement, de par les modes et les enfermements de l’esprit dans les impératifs de nature culturelle, subit à son insu, l’influence déterministe de logiques cachées. En somme notre cerveau se trouve soumis la plupart du temps, à des modèles cognitifs qui s’imposent à lui. Les fondateurs de la déconstruction pensaient libérer l’homme de ses entraves culturelles. L’évolution de la science a d’ailleurs participé à cette œuvre de déconstruction : citons le cas de la révolution copernicienne qui a mis un terme définitif à des croyances de nature mystique. Plus tard la loi naturelle de Darwin a battu en brèche les illusions « créationnistes » . Au XXe siècle les développements de la physique moderne ont montré de manière magistrale notre inconnaissance de la structure du Réel et des règles qui en assurent la cohésion. Quant à la connaissance de notre être intime, elle se trouvera dans une large mesure avec Freud, contrariée par une nouvelle théorie traitant du rôle du langage et celui des pulsions inconscientes.

D’autre part la sociologie, durant un temps assez long, fut marquée par les pensées de Marx et de Engels qui s’appuyaient sur des considérations d’ordre économique sensées jeter les bases d’une société idéale. Le soupçon porta aussi sur tous les termes en « isme » dont nous croyons avoir conçu un contenu idéal à nos yeux. Le Christianisme a servi d’alibi à des guerres fratricides et à un contrôle intolérable des consciences. Le Communisme a subi un revers de grande envergure en jouant maladroitement sur l’illusion égalitariste. Les humanismes contemporains ne sont-ils pas le résultat d’une nécessité vitale basée sur nos seuls intérêts économiques ? La démocratie ne repose-t-elle pas, elle aussi, sur des forces « réactives » décrites par Nietzsche ?

Interminable serait le procès de toutes les idoles, au nom de la raison, de la lucidité, de l’esprit critique et de la liberté intérieure ! Le phénomène social, dit Teilhard, n’est pas un déterminisme aveugle, mais l’annonce, l’amorce d’une deuxième phase de réflexion humaine. C’est le phylum qui se reconstitue au-dessus de nos têtes ; et c’est par suite l’esprit d’évolution qui, refoulant l’esprit d’égoïsme, se ranime en droit dans notre cœur, précisément de manière à corriger ce que véhiculent de vitalement toxique les forces de collectivisation.

Réfléchissons un peu sur le fait que ce travail de déconstruction peut devenir à son tour une nouvelle idole ! En fait nous sommes incapables de percer les secrets de « l’Absolu » qui pour certains, se réduisent à la sacralisation du réel. Beaucoup ont cru à la justice, à la liberté, à la raison, au progrès, à la science, à l’art même, en leur conférant une valeur de fin en soi, capable de procurer un bonheur définitif. C’est sans compter avec le relativisme du monde. Ce monde est immanent et toute réalité immanente est sujet à la dualité, à l’opposition, à la bipolarité. Une dualité surgit donc ici même dans la réflexion de l’homme insatisfait :
D’une part se présente en lui l’impérieuse nécessité de suivre Nietzsche dans un combat sans fin. D’autre part se présente également à lui, la nostalgie d’un passé certes imparfait, mais un passé rempli de repères sécurisants. En tout homme se blottit le paradoxe qui le torture. Ne vit-il pas dans une sorte de névrose permanente relayée par les médias qui ne font que le déterminer un peu plus ? Quelle est donc cette complète humanisation dont parle Teilhard ? Nous personnaliser toujours plus, écrit-il, et même nous « diviniser » par accession à quelque Foyer suprême de convergence universelle.

Certains intellectuels ont pris conscience de ce phénomène et, sans rejeter le fait incontestable de la déconstruction, recherche une voie rationnelle vers plus de clarté dans le destin futur de la pensée. La seule soumission à la science et à la technologie risque de l’emporter dans un monde schizophrène et déshumanisé. Il est bien vrai que les processus inéluctable de la mondialisation apportent avec eux, un cortège d’interrogations. On y discerne tout le positif et le négatif d’un tel phénomène planétaire. Il est légitime de penser, comme Heidegger, que ces processus échappent à notre contrôle et à la prise en main de notre destin historique. Pour la première fois au sein de l’humanité, se dessine un monde d’interactions multiples dont on ne discerne plus l’amplitude, la direction et le sens. L’histoire n’est plus la contemplation raisonnée des résultats du travail accompli par l’homme en symbiose avec la nature, mais la vision angoissée d’une réalité dynamique qui accomplit sans son concours et malgré lui. L’homme se trouve comme embarqué sur un radeau qu’il ne gouverne plus dans la mouvance impétueuse des flots d’un économie devenue folle. On peut relire et relire plusieurs fois Nietzsche et Heidegger, on ne trouvera pas de solution miracle aux problèmes de l’humanité. Avec ce rejet citoyen de la chose politique, ne vit-on pas dans un mécanisme de survie ?Et pourtant émergent dans cette planétisation, d’autres formes de forces sympathiques : la multiplication de certaines initiatives telles que les rencontres régulières entre représentants des états, les ONG, les associations, les contacts internet, le développement spectaculaire des pays émergents, les transferts de technologies et de matériel de santé, la solidarité fonctionnant maintenant au niveau planétaire, le respect de l’environnement, etc …

Compte tenu du fait que les mots qui se rapportent aux « vérités » enseignées par les religions monothéistes, ne sont plus acceptés argent comptant par la majorité de nos contemporains, le problème de la transcendance parait livré au seul sens critique de l’individu enclin à se forger sa propre religion. L’homme moderne est devenu exigeant en raison de l’évolution accélérée des connaissances et des produits techniques. Il est devenu impatient et obsédé par le désir de toujours avoir plus. Il n’aime et ne reconnaît que ce qui lui paraît tangible. Il faut dire que le Christianisme, par exemple, ne lui offre qu’un langage intellectuel chargé d’abstraction et une théologie sans changement ; d’où un certain engouement pour les philosophies venues d’Orient ; Tibet et Japon en particulier ; d’où un attrait vers l’ésotérisme et le merveilleux en général. La moyenne d’âge des fidèles présents dans les églises est devenue très élevée, tandis que la jeunesse attirée par les religions est prédisposée à une radicalisation intégriste de leurs convictions. Il en résulte une fracture d’incompréhension entre plusieurs mondes nsocioculturels. Il y a ceux qui prétendent être dans la vie et ceux qui se réfugient hors de la vie, pensant y trouver un paradis perdu, ou tout au moins un monde sécurisant. Sortira-t-on un jour de ce désastre culturel ? Rien n’est moins sûr en raison de l’état de désagrégation des idéaux porteurs.

Retour sur la transcendance. Il y a ceux qui nient carrément cette notion et ceux qui la déforment. Il existe d’ailleurs plusieurs conceptions de la transcendance :
Celle qui demeure liée à l’univers où nous vivons. C’est la conception des Anciens qui fondaient leurs croyances sur l’harmonie du cosmos et sa redoutable grandeur C’est une réalité qui dépasse l’homme sans pour autant se trouver complètement isolé de lui. Selon la pensée grecque, cet univers ordonné et parfait contient toutes les réalités terrestres.

Celle qui fut le support des mystiques orientales affirmant que notre monde est illusoire et cause de souffrances. La grande Réalité se situe au-delà de nos concepts rationnels et représentatifs et on la découvre par une pratique longue et difficile de la Sagesse et de la Méditation. Elle représente inconsciemment chez les adeptes, une certaine nostalgie d’un Eden à jamais perdu.

Celle qui exprime l’existence d’un Etre suprême extérieur à la nature humaine et à l’univers tout entier. Elle s’applique au Dieu des religions monothéistes qui sont fondées sur la Révélation.

Celle qui fut décrite par Husserl au début du siècle dernier, à travers la phénoménologie : « la transcendance dans l’immanence ». En fait le modèle phénoménologique de Husserl ne tient pas compte des multiples relations de dépendance qui régissent le fonctionnement du réel. J’ai choisi à mon tour d’autres métaphores pour modéliser ce que notre esprit a du mal à saisir. La transcendance est pour certains la Terre sans le Ciel, pour d’autres le Ciel privé de la Terre. J’ai lu un jour au-dessus d’une icône russe : le Ciel « sur » la Terre ! Les fameuses idoles que l’on désire voir disparaître, résultent effectivement d’une confusion entre le Ciel et la Terre ! La vraie transcendance pour moi reste modélisée par cette imbrication géniale suivant laquelle les nombres rationnels se situent par rapport aux nombres dits irrationnels. Autrement dit le Ciel et la Terre sont imbriqués l’un dans l’autre sans se confondre. S’il existe bien des réalités prouvées par l’expérience et la mesure, il existe également d’autres réalités inaccessibles. Il convient de laisser la place à une métaphysique qui n’est pas invention commode pour légitimer nos pensées et nos actions. Il nous faut laisser la place à la confiance et au discernement, sans pour autant nous laisser bercer par des utopies destructrices de notre mental. Je pense ici au sectarisme et à toutes les formes de structures perverses que l’on connaît de nos jours.

Au sens de la phénoménologie, une expérience intense et sincère ne sous-entend-elle pas aussi une présence d’un autre monde ? Tel se disant non-croyants n’enfile-t-il pas les oripeaux d’un être étranger à soi-même ? D’ailleurs on se trouve là dans une situation paradoxale. D’une part on fustige ce qui provient de la pure invention intellectuelle non éprouvée par l’expérience authentique. D’autre part on s’intéresse aux phénomènes vécus par d’autres selon ce schéma intellectuel ! Si le Christianisme constitue l’une de ces « idoles nietzschjéennes » alors que l’Athéisme doit honnêtement être considérée comme une autre de ces idoles. Ne dit-on pas parfois que certains non-croyants valent beaucoup mieux que certains chrétiens pratiquants ? Il convient donc de se méfier de tous les raccourcis et de toutes les illusions en matière de philosophie et de religion. La relation entre l’homme et son Créateur revêt des visages multiformes, inexplicables et inattendus, ce qui impose une profonde modestie dans l’expression de nos nombreuses conceptions de la réalité. La vérité nous échappe, il faut le reconnaître en toute bonne foi. Beaucoup de réflexions restent à initier dans ce monde qui court après le sens de ce qu’il vit aussi impétueusement. Si je n’en retenais qu’une seule, ce serait : « Quel que soit l’état du monde où nous vivons, le message de Jésus demeure actuel jusqu’à la fin des temps. »

Si je voulais définir cet esprit d’évolution, dont parle Teilhard, je me réfèrerais à cet aphorisme du philosophe Jacques Maritain : « Il faut avoir l’esprit dur et le cœur doux, or combien n’ont que le cœur dur et l’esprit mou ! »

Cet esprit dur, qu’est-ce à dire : « Un goût passionné de grandir, d’être, voilà ce qu’il nous faut. Arrière donc les pusillanimes et les sceptiques, les pessimistes et les tristes, les fatigués et les immobilistes ! La vie est perpétuelle découverte. La vie est mouvement. » L’esprit de planétisation est celui qui se tourne vers le changement et l’universalisme, dans tous les sens du terme.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 7 Mai 2011 à 09:15 | Commentaires (1)