teilhard de Chardin


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Nous venons d’apprendre la disparition de la grande égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt., à l’âge de 97 ans.

On lui doit de nombreux livres sur Toutânkhamon, Ramsès-2 et beaucoup d’autres. Mais surtout, c’est elle qui a sauvé les monuments qui menaçaient d’être immergés par la montée des eaux du barrage d’Assouan en 1954. Elle a mobilisé Nasser, l’UNESCO et même le Général De Gaulle qui , lorsqu’il la reçut, lui demanda :

« Madame, de quel droit avez-vous parlé au nom de la France ? »
Ce à quoi elle lui répondit :
« Et vous, Mon Général, de quel droit avez-vous parlé au nom de la France pendant l’occupation quand vous étiez à Londres ? »

L’histoire se souviendra que le Général de Gaulle soutint Madame Desroches- Noblecout dans sa démarche.

Dans l’un de ses meilleurs livres « La véritable histoire de Ramses-2 », un passage nous intéresse particulièrement, nous judéo-chrétiens. Il concerne Moïse qui a sauvé une partie des mythes égyptiens dans la religion Juive, notamment ceux qui concernent la doctrine du Verbe Lumière, reprise par St Jean l’Evangéliste.

Le 27/6//11 le paléontologiste Yves Coppens, qui était dans le studio pour la promotion d’un de ses livres, signala avoir travaillé avec Mme Desroches-Noblecourt qui lui aurait dit : « Les paléontologistes sont des barracoudas….. » (Emission « La Tête au Carré » sur France Inter)
Quelques minutes plus tard, Yves Coppens en donna la preuve en ne répondant pas à un auditeur qui lui posait la question sur une autre origine de l’homme en Asie, alors que le paléontologiste ne parlait que de l’Afrique, il biaisa la réponse sur le Sinanthrope pour ne pas avoir à citer Teilhard de Chardin qui fut l’un de ses maîtres.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 28 Juin 2011 à 08:31 | Commentaires (0)

Travaux des membres

Renée Joubert : L'AVENIR DE L'HOMME

Dimanche 26 Juin 2011

Chapitre 11 : LA FOI EN L’HOMME
[Chapitre 12 : QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME


Chapitre 11 : LA FOI EN L’HOMME

1-Définition et nouveauté
Pour Teilhard ,la foi en l’homme est la conviction que l’humanité entière a un avenir fait non seulement de temps à vivre mais aussi d’états supérieurs à atteindre.
Dès l’instant où les hommes ont pris conscience de quelque chose au-dessus d’eux, ils ont eu envie de tout envahir et de se « frayer un chemin jusqu’aux cieux ». La mythologie et le folklore regorgent de symboles de cette volonté.
L’univers est en état d’évolution psychique. Celle-ci peut-elle modifier notre pouvoir de pensée ? Notre conscience s’est élevée par nœuds dit Teilhard , à la perception de dimensions et de valeurs nouvelles .Nous sommes précisément à un de ces paliers .Nous avons acquis le « double sens de la durée et du collectif ».Sous l’influence de la science ,de l’histoire et du regroupement social le futur apparait comme une période de genèse et de maturité que nous ne pourrons affronter que ‘’solidairement’‘ .L ‘émergence simultanée de deux idées modernes : collectivité et avenir de l’ensemble humain ont fait que l’homme a dû passer d’un état de confiance instinctive et naïve en lui-même à une foi d’adulte raisonnée constructive et militante .Une crise spirituelle était, est inévitable.
René Girard explique que les guerres résultent de la tendance des hommes à désirer la même chose. « Ils imitent le désir les uns des autres .L’imitation, pour cette raison, est source de conflits .Désirer la même chose, c’est s’opposer à son modèle, c’est essayer de lui enlever l’objet qu’il désire .Le modèle se change en rival. Ces allers-retours accélèrent les échanges hostiles et la puissance croissance du désir : il y a donc chez l’homme une espèce de spirale ascendante de rivalité, de concurrence et de violence ».
Revenons à TEILHARD .Pour lui un monde nouveau est né de la guerre. « Sous les désordres, nous devons voir une fièvre de croissance ; sous la soif de bien-être une soif de plus-être.’ »
L’humanité ne peut plus ignorer tout ce qui lui reste à faire pour arriver au terme de son pouvoir et de ses possibilités.

2-Puissance et ambigüité
Pour TEILHARD, ce serait folie de s’opposer à l’explosion des forces intérieures de la Terre. Mais les hommes ne doivent pas s’abandonner passivement et sans discernement à cette impulsion qui pourrait devenir équivoque et dangereuse (goût de la puissance et de la non-réflexion).
Je vais à nouveau citer René Girard : « Les outils dont l’homme dispose aujourd’hui sont infiniment plus puissants que tous ceux qu’il a connus auparavant. Ces outils, l’homme est parfaitement capable de les utiliser de façon égoïste et rivalitaire. Ce qui m’intéresse, c’est cet accroissement de la puissance de l’homme sur le réel. Les statistiques de production et de consommation d’énergie sont en progrès constants et la rapidité d’augmentation de ce progrès augmente elle aussi constamment, dessinant une courbe parfaite presque verticale. C’est pour moi une immense source d’effroi tant les hommes restent des rivaux, rivalisant pour le même objet ou la même gloire –ce qui est la même chose. […].Nous sommes arrivés à un stade où le milieu humain est menacé par la puissance même de l’homme. Il s’agit avant tout de la menace écologique, des armes et des manipulations biologiques. »

Je vois poindre ici avec R.Girard les conflits possibles autour de l’eau par exemple.

La foi en l’homme devrait conduire à l’adoration d’un Autre, au-dessus de nous. « Devenir plus grand et plus fort pour se donner et étreindre d’avantage ‘’ dit la Bible, deux mots importants pour moi : donner et non pas prendre, étreindre pour comprendre et non étouffer. »
Mais pourquoi l’homme, conscient de sa puissance, chercherait-il un Dieu en dehors de lui-même ? Il est devenu autonome, maître du Monde et de sa destinée. Dès lors naît en lui la sensation de superpuissance (Tour de Babel, Faust).
La foi en l’homme tend à s’exprimer sous deux formes divergentes : d’un côté, l’esprit Chrétien fait de don et d’union dans l’attente d’un ‘’en avant’’ et de l’autre l’esprit Prométhéen, l’envie d’organiser la Terre pour l’Homme.
Teilhard pense qu’actuellement (1947) c’est la forme Prométhéenne qui domine, bien que certain la considère comme diabolique « signe d’orgueil incoercible sentiment de puissance et de progrès qui font à l’heure présente se gonfler ensemble toute les poitrines humaines ».

3- Pouvoir rapprochant de la foi en l’homme
L’Humanité tend à se réunir. Les entreprises communautaires connaissent un réel succès : l’OTAN, l’ONU, etc … La menace d’un même danger a soudé entre elles de larges fractions de la Terre lors de la guerre. La nécessité physique est un des facteurs de rapprochement, mais elle demeure fragile parce qu’accidentelle et momentanée. Le danger passé, la cohésion s’efface.
« Une profonde aspiration commune se dégageant de la structure même prise par le monde moderne, ne serait-ce pas ce qu’on appelle la foi en l’homme ? ». En pensée religieuse comme en science un certain noyau de vérité universelle grandit. La foi en l’homme présuppose donc une certaine conception basique de la place de l’homme dans la nature. Même divisé apparemment, elle continue à unir tout ce qu’elle imprègne.
Teilhard donne deux exemples extrêmes : un marxiste et un chrétien. Les deux, tout en étant convaincus de leur doctrine particulière, ont un point commun, la foi en l’homme. Les deux se retrouvent donc malgré leur conflit de formule en un même sommet : « Car par nature tout ce qui est foi monte et tout ce qui monte converge inévitablement ». Chacun pense avoir résolu une fois pour toute l’ambigüité du monde. Leur divergence n’est pas complètement définitive aussi longtemps du moins que le marxisme n’aura pas éliminé de sa doctrine la force ascensionnelle de l’esprit.(1947)
La foi en l’homme se découvre comme l’atmosphère générale au sein de laquelle peuvent le mieux croître et dériver l’une vers l’autre les formes supérieures de croyances générales. Ce n’est donc pas formule mais milieu d’union. De cette foi élémentaire tous sont ou seront touchés.


Chapitre 12 : QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME


A l’origine, les droits de l’homme reposent sur une volonté d’autonomie individuelle. L’accroissement rapide des liaisons techniques, économiques et psychiques font que l’homme se trouve désormais engagé dans un processus tendant à l’établissement sur Terre d’un système solidaire. L’humanité se collectivise ; apparaît alors un conflit entre l’individu toujours plus conscient de sa valeur et les liens sociaux toujours plus exigeants. Teilhard pense que ce conflit n’est qu’apparent, l’homme ne se suffit pas. Pour atteindre sa plénitude, il a besoin des autres. « Collectivisation et individualisation ne sont pas deux mots contradictoires mais complémentaires. ».
La totalisation humaine devra s’effectuer non pas par compression externe mais par effet interne d’harmonisation et de sympathie. Toute solution devra satisfaire à trois critères :
- premièrement, l’individu n’as plus le droit de ne pas chercher à se développer ; il doit aller jusqu’au bout de lui-même
- deuxièmement la société doit dans son propre intérêt tendre à créer le milieu le plus favorable au plein développement physique et psychique de chacun de ses éléments
- troisièmement en aucun cas les forces collectives ne peuvent obliger l’individu à se déformer ou à se mentir à lui-même.
Pour résumer Teilhard pense à une charte de l’humanité qui comporterait de nouveaux droits et devoirs :
- devoir absolu de l’homme de travailler à se personnaliser
- droit relatif de l’homme d’être placé dans les meilleures conditions possibles pour se personnaliser
- droit absolu de liberté et de choix

En conclusion, je vais rejoindre Stéphane Hessel qui , malgré toutes les épreuves qu’il a traversées conserve comme Teilhard de Chardin sa foi dans l’homme .Ils ont dû se rencontrer sûrement.
Stéphane Hessel écrit dans son livre ‘’-Engagez-vous’’ son espoir dans le devenir de l’homme : « Toutefois l’humanité , l’espèce humaine est une espèce jeune. Nous ne sommes dans ce cosmos que dans un petit endroit et sur une période de temps infiniment petite par rapport à tout ce que le cosmos a connu .Aller sur d’autres planètes me semble improbable. Mais utiliser les ressources qui sont à notre disposition-éthiques, scientifiques , matérielles , intellectuelles-pourquoi pas ? Nous devons, par exemple, apprendre à franchir pas mal d’obstacles. Rien n’est exclu, nous sommes une espèce jeune mais qui peut se casser la figure demain, disparaitre…Mais nous pouvons nous dire : « Nous comprenons des choses ,nous devons nous transformer, nous pouvons aborder une nouvelle phase de l’ existence de l’espèce humaine sur cette petite planète qui peut nous offrir encore de merveilleux horizons. ….Oui j’ai confiance en l’homme.
Cet animal là ,il est dangereux, il est capable de tout bousiller…mais il est formidablement capable d’aborder de nouveaux problèmes avec de nouvelles idées. »

Stéphane Hessel rejoint ainsi Teilhard dans la conscience des risques que font courir à l'humanité les progrès techniques et, cependant, tous deux veulent rester optimistes. De toutes parts surgissent actuellement des voix pour appeler à la prudence. Les règles de l'éthique sont en train de découvrir les conditions de survie de l'espèce et je veux croire avec eux en une poursuite idéale de l'évolution "
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Dimanche 26 Juin 2011 à 20:55 | Commentaires (1)

Travaux des membres

A propos des Droits de l'Homme.

L'homme, dans son unité personnelle, est en quête d'épanouissement, du désir de vivre dans la liberté; ces idéaux se font paroxysmiques dans le mouvement révolutionnaire de la fin du 18ème siècle. La compression, les refus aux demandes d' aspirations légitimes des peuples, amènent à faire sauter les verrous des injustices devenues insupportables, et l'homme debout aspire à la naissance de jours nouveaux. Les rêves et les espoirs pour vivre autrement germent et se construisent; la vérité trouvera toujours un jour son chemin et son épanouissement.
Mais si cette période de notre histoire nous est bien connue, la suite du mouvement ouvre la voie à plusieurs directions conditionnelles.

Dans ce chapitre en effet, sont rappelées trois idées fortes pour que l'individu puisse se développer, suite à l’effervescence et même la rupture de 1789,
« de manière à exalter en chacun la singularité incommunicable de l'être que nous sommes », et d'expliquer les trois conditions:

a) La nécessite, le devoir, de se développer, d'apprendre encore et encore, (psychiquement, intellectuellement, manuellement, etc) car mon perfectionnement aide, participe au perfectionnement des autres, de la communauté des hommes.
Et se pose aussi la question du développement des peuples, des groupes, qui n'ont que trop partiellement accès au savoir, et celle de l’authenticité de l'information; la prise en compte du respect de l’originalité de chacun pour le bien et le devenir de tous, et aussi toute la problématique de la coopération, de l'intégration de la formation...

b) Que la société crée de plus en plus les meilleurs conditions pour que l'individu s'épanouisse harmonieusement dans tout son être.
Vaste programme qui doit s'ouvrir à chaque instant sur l'inventivité, l'originalité, l'ouverture consensuelle aux autres, une dynamique du goût de vivre.
Pari que certains jugeront absurde tant souvent se côtoient des mondes que d'aucuns jugent irréconciliables et pourtant il se disait déjà, il y a bien longtemps:
« Le loup habitera avec l’agneau, et le léopard se couchera près du chevreau... » Isaïe II, 1-10

c) La troisième idée forte est que « l'organisme social humain ne peut obliger l'individu à se déformer ou se fausser », (négation de l'individu au profit du groupe) sous prétexte de faire avancer l'ensemble.
Là aussi la difficulté est grande; en effet dans le groupe, les idées, les aspirations, les directions veulent être souvent très différentes, et même parfois opposées; seule devient évidente la discussion, la recherche du consensus dans le respect et l'écoute de l'autre.
L'accord de chacune des vérités entre elles amènera à une autre organisation, créatrice de progrès et de nouvelle harmonie; un schème neuf, fruit des richesses de chacun alors se met en place et l'espace est ouvert pour d'autres futurs.


Et sur la foi en l'Homme,

Après les idées qui font le cadre dans lequel l'homme pourra harmonieusement grandir dans sa complétude, il nous est montré maintenant que l'Humanité a un avenir, « avenir formé, non seulement d'années qui se succèdent, mais d'états supérieurs à gagner par voie de conquête ».
La foi en Dieu, si sublime, extatique soit-elle, puise son élan, sa vitalité, sa source-même, dans la vitalité primordiale de l'homme de la terre.
Ne peut monter que ce qui s'appuie sur une base solide, l’Élémentarité, la Terre, la richesse ancestrale de progrès qui demeure en chaque homme comme il est dit par ailleurs.
Ce fond commun est indépendant des croyances et des religions; là est la dynamique de la confiance en l'autre qui doit s'instaurer; l'écoute et l'échange vont nourrir chacun, et immanquablement de la création se fera à nouveau jour; le repli sur soi, le refus, la négation, ou plus ordinairement, l’indifférence, de l'autre, sont les freins et la mort de l'union créatrice.
Le regard vraiment attentif donne la dynamique sur les avenirs.

Le Rêve devient moteur pour tous les nouveaux futurs vers les nouvelles réalités...
« I have a dream... » message d'espoir prononcé le 28 aout 1963 par Martin Luther King qui fit bouger le monde, et à ce moment-là bien des choses ont commencé à changer.
Oser des nouveaux avenirs, et, forcément, un jour, ils seront là!

« Par nature tout ce qui est foi monte; et tout ce qui monte converge inévitablement...
...la foi en l'Homme, son universalité et son élémentarité... »

Croire résolument à cette source vive, choix captivant et exaltant, mais également difficile parce qu'il faut oser; finalement cet amour de la Terre saura surement me conduire.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 25 Juin 2011 à 19:32 | Commentaires (0)
Je remercie Marcel Comby de son texte « Le rebondissement de l’évolution » enregistré dans notre site le 20/6 sous le n° 448, au titre des travaux des membres pour le mois de juin. Cet article est intéressant et soulève de bonnes questions qui reflètent probablement le ressenti de beaucoup ; voici les réflexions qu’il m’a suggérées. Elles concernent le mal, la misère, les horreurs de la guerre, les injustices et tout ce qui dépend uniquement des hommes, sans rapport avec « l’efficacité » présumée d’un Dieu dont on met en doute non seulement l' efficacité mais surtout l' existence. Ce doute alimente des lignes de pensée philosophique potentiellement négatives justifiant, pour ceux qui les lisent, des attitudes concrètement négatives.
Or, ces positions de masse sont mises sur le compte de la « liberté absolue de conscience » à laquelle, tous pensent avoir droit. C’est ici que prospère un malentendu généralisé : au nom de la liberté on pourrait tout se permettre ! Et là je m’insurge n’étant absolument pas d’accord ; les personnes qui se comportent ainsi n’ont rien compris au mot « liberté ».

Alors, que dire de la liberté dans son acception philosophique et théologique ? La vraie liberté consiste à se libérer du mal qui est en chacun. Ce problème est extrêmement sérieux puisqu’il est évoqué dans la seule prière à portée universelle, le « Notre Père » qui se termine par cette demande lucide : Délivrez nous (libérez nous) du mal.

Le mal qui est en nous est tout à fait identifiable, il se résume à cette formulation : absence d’altérité. L’altérité est la reconnaissance du Prochain comme étant notre frère en Dieu, un « autre nous même ». Celui qui a compris le Notre Père a identifié le mal et devient responsable de lui-même, il a acquis le droit de liberté en se libérant de l’attirance du mal.

Mais qu’est-ce que le mal ? Un animal peut laisser jouer librement son élan vital, instinct qui garantit la survie de son espèce.L' Homme, lui, est partiellement un « animal »mais il a spécifiquement atteint un niveau de conscience qui lui dit « ta liberté s’arrête là où commence celle des autres »; elle se situe à un autre niveau.

Celui qui a compris le Notre Père a donc, en principe, identifié le mal. Ce faisant il devient responsable de lui-même et ne peut plus séparer ces deux mots : liberté et responsabilité et il les formule désormais ainsi :
RESPONSABILITE = LIBERTE
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mercredi 22 Juin 2011 à 15:48 | Commentaires (0)
Il fallait que ce livre soit écrit pour faire connaître Teilhard au-delà du cercle des croyants inconditionnels.

Le Père Chabert, né en 1928, fait partie des prêtres qui ont reçu une longue et complète formation théologique, philosophique et littéraire. En homme lucide, libre et réalisé, il va plus loin que l’appareil religieux.

Je croyais bien connaître Teilhard, sauf que je ne le percevais qu’à travers ma propre sensibilité, et le père Chabert m’a fait découvrir un Teilhard qui, sur le plan théologique, était plus en avance que je ne le pensais encore.

Cependant, et cela concerne Teilhard, j’ai toujours quelques réticences à accepter « l’éternel féminin » tel qu’il est développé dans un tiers du livre. Je veux bien reconnaître la réalité d’un « éternel féminin » à condition qu’il soit assorti d’un « éternel masculin » ; les deux sont inséparables physiquement et spirituellement ; on ne peut glorifier l’un sans l’autre, ainsi va la loi de l’évolution et de la nature.
La reproduction sexuée, par rapport à la reproduction par bourgeonnement à l’identique, est la plus belle invention de Dieu, elle est l’instrument de la complexification qui est le troisième infini inventé par Teilhard.

Bien sûr, il faut protéger la Femme contre le machisme, promouvoir l’égalité de ses droits p ar rapport à l’Homme. Cependant je ferais remarquer que Teilhard lui-même ne développe pas beaucoup ces aspects de la condition féminine. Il ne faut pas diviniser la femme sans l’homme, les deux sont créés à l’image de Dieu, et je note que la dépravation des meurs sévit des deux côtés.
En lisant Teilhard sur le sujet n’oublions pas qu’il a été élevé principalement par sa mère, au milieu de ses sœurs et cousines. On ne parle pas assez de son père qui lui a transmis son attirance pour les sciences et que serait Teilhard sans elles, un « mystique au fond d’une caverne » sans doute ! Utilisant les relations de causes à effets, le destin en a voulu autrement et quand il était professeur au lycée du Caire il a failli choisir cette voie. Il n’aurait pas offusqué le Saint Office avec ses idées théologiques nouvelles, il n’aurait pas non plus été nommé à la direction d’un institut de paléontologie à Pekin et il n’aurait pas évolué dans le sens que l’on sait.

J’ai beaucoup apprécié ce qu’ a écrit le Père Chabert de la page 39 à la page 59, notamment sur l’Eglise primitive et les directives qu’Elle a proclamées entre les 3e et 4e siècles sur quatre questions importantes :
-L’éternel féminin,
-Une Eglise démocratique,
-Quelle Eglise pour la terre
-et enfin Une Eglise prophétique et œcuménique

Toutes ces déclarations étaient très belles mais elles furent rapidement oubliées.

Je retiens cette remarque personnelle du Père Chabert « La grandeur du prophétisme juif est d’avoir soutenu l’espérance messianique, épine dorsale du Premier Testament. »
L’auteur n’a pas inventé cette phrase véridique mais il l’a sortie de l’oubli.

Je conseille vivement la lecture du livre du Père Chabert, lequel avec une centaine de pages est moins rebutant que la « Somme » de Thomas d’Aquin, tout en étant aussi fort.
Cet ouvrage a aussi la qualité de faire connaître l’essentiel de la pensée de Teilhard, ainsi que de nombreuses citations dûment repérées de son œuvre. Tout cela donne une perspective à ceux qui veulent approfondir leurs connaissances sur le sujet.

L’auteur termine son livre par une description de la prêtrise en France ; elle est désespérée. Selon le Père Chabert, l’interdiction des femmes à la prêtrise, le célibat des prêtres, et le retard pris par la catéchèse peu adaptée au XXIe siècle, en sont les causes principales. Il souligne que les religions Réformées ont évité ces problèmes et elles ne sont pas anti chrétiennes pour autant.
Pour renforcer ses convictions, le Père Chabert cite le Pape Pie XII qui, en 1947, déclarait « Ce que l’Eglise fait, Elle peut le défaire ». Puisse notre Pape actuel ne pas oublier cette phrase.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 21 Juin 2011 à 17:07 | Commentaires (0)

Travaux des membres

chapitre 7 : La planétisation humaine
Chapitre 8 : Quelques réflexions sur le retentissement spirituel de la bombe atomique




Chapitre 7 écrit en 1945 Planétisation Humaine

Teilhard propose une hypothèse dont il semble convaincu. Pour lui, la planétisation humaine serait « un phénomène d’une gravité extrême, irrésistible, cosmiquement irrésistible, et il ajoute que
« Nous ne pouvons résister aux forces cosmiques d’un univers convergent ».

Je reconnais que cette hypothèse est séduisante et pourrait peut-être s’inscrire dans le processus évolutif universel.

Mais peut-être aussi, habité par un doute, Teilhard cherche-t-il plutôt à se convaincre lui-même. N’évoque-t-il pas, par exemple, "la tendance de l’homme à s’isoler et à vivre pour lui-même, comme si le sens de l’espèce s’évanouissait en lui » ?

Reconnaissons que depuis 1945, année au cours de laquelle ce chapitre a été écrit, malgré un flux évolutif de plus en plus rapide, nous ne voyons pas ce phénomène de collectivisation apparaître clairement. Nous assistons plutôt à une suite de fractionnements de la collectivité humaine : luttes ethniques et religieuses de plus en plus graves responsables du démantèlement de plusieurs Etats (Belgique, Soudan, Libye, Yemen, Côte d’Ivoire…)

Autre aspect plus ou moins évoqué par Teilhard : ce nouvel esprit d’évolution va-t-il surgir à temps ? Nous avons déjà évoqué les graves problèmes d’environnement (réchauffement climatique, atteinte à la bio diversité, destruction des réserves alimentaires et énergétiques de la planète) dont les hommes sont responsables et qui constituent une menace très sérieuse pour leur survie et dont l’échéance est maintenant à court terme… A moins d’un sursaut immédiat (dans les 5 / 10 ans ?) l’humanité pourrait disparaître avant d’avoir le temps d’amorcer sa planétisation.

Enfin j’ajouterai que si j’observe le « tableau de Mendeleiev » (1834/1907) qui présente la classification périodique des 92 éléments, je constate que les éléments les plus compliqués, donc les plus lourds, ont de moins en moins de stabilité ; l’uranium qui porte le n° 92 est le plus instable. Pourquoi l’homme qui est le plus complexe des organismes vivants échapperait-il à la règle de l’instabilité et ne serait-il pas condamné, lui aussi, à une explosion du même ordre ?

Finalement, j’en reviens toujours à poser un grand point d’interrogation…



Chapitre 8 (septembre 1948 °Quelques réflexions sur le retentissement spirituel de la bombe atomique.

Teilhard affirme avec raison que le problème de l’énergie nucléaire « doit être posé à l’échelle internationale ». Les récents évènements du Japon en apportent une preuve évidente.

Teilhard avance également : « aucune force n’est capable n’est capable d’arrêter la pensée humaine ». Je serais tenté de dire « HELAS » . Il est bien vrai que la pensée humaine est peut-être allée trop loin. L’homme agit comme « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf » et on sait comment a fini le batracien. Teilhard lui-même envisage le pire : « Avec la libération des forces de l’atome, l’homme vient de s’emparer des conduites commandant la genèse de l’univers, un geste risquant de faire exploser la planète ».

Un peu plus loin, Teilhard retrouve un peu d’optimisme : « L’homme ayant pris conscience de sa force ne songera qu’à se grandir et s’achever biologiquement lui-même ». Puis Teilhard ajoute :
« Il me semble que la bombe atomique a tué la guerre. » Peut-être … mais les nuisances du nucléaire ne sont pas maîtrisées et resteront présentes pendant des siècles.

… et puis, le religieux reprend le dessus avec la conclusion imprévue de Teilhard : « En fin de compte, le dernier effet de la lumière projetée par le feu atomique est d’y faire surgir, ultime et culminante, la question d’un terme à l’évolution, c'est-à-dire le problème de Dieu. »

C’est sans doute sa façon d’écarter le risque !!!
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 21 Juin 2011 à 15:44 | Commentaires (0)

Travaux des membres

L’AVENIR DE L’HOMME / chapitre 6




Ecrit à) Pekin en mars 1945, ce chapitre retrace l’évolution de l’univers depuis l’origine (le big bang ?) Teilhard décrit l’aventure mondiale, telle que nous la connaissons actuellement mais qui, à son époque, était assez nouvelle et connue essentiellement par le monde scientifique.

C’est ainsi que, partant des éléments de base les plus simples, l’auteur met en évidence les différentes étapes de la complexification du monde pour arriver à la planète terre, à la vie et, finalement, à l’homme qu’il décrit dans son état actuel.

C’est alors que se pose la question : « si telle est la place de l’homme, quelle est sa destinée ? » Evoquant la fin de la vie planétaire (dans quelques 4,5 milliards d’années) Teilhard se demande « Que restera-t-il un jour de l’humanité ? ».

Ne pouvant admettre que l’évolution puisse arrêter sa route en si bon chemin Teilhard affirme : « Il faut absolument exorciser le spectre de la mort totale avec l’idée qu’il existe, selon la logique du principe complexité/centréité/conscience, un centre divin de convergence, dont la fonction synthétisante et personnalisante est probable, bien qu’elle se situe hors du temps. Nous appellerons ce principe Point Omega ».

Je cite la conclusion finale de Teilhard : « Dans de telles conditions, ne devient-il pas concevable que l’humanité atteigne un seuil critique au-delà duquel, laissant ce qu’il reste de la matière retourner à la masse évanescente de l’énergie primordiale, tandis que l’énergie psychique, enrichie de nos individualités, rejoigne le Point Omega ? Phénomène semblable à une mort, donc, mais en réalité simple métamorphose et accès à la synthèse suprême … Evasion non spatiale par le dehors des choses , mais spirituelles par le dedans des choses. »
Pourquoi pas ? Pure spéculation … Cependant je crois, moi aussi, que la mort n’est pas une destruction totale, mais une transformation : les cellules de notre corps se décomposent, les atomes, neurones, protons et électrons se dispersent et peut-être l’énergie qu’ils portent se recomposera-t-elle en super énergie ? Mais à cette spéculation qui finalement me semble douteuse, je préfère poser un point d’interrogation.

Je me permets maintenant de vous lire un passage du dernier livre d’Edgar Morin intitulé « La Voie pour l’avenir de l’humanité ». (Editions Fayard, janvier 2011)

Soixante dix ans après Teilhard, E.Morin reprend, en d’autres termes, le processus évolutionniste qui a engendré la vie pour aboutir, aujourd’hui, à son produit le plus élaboré : l’être humain, mais il en tire des conclusions très différentes des spéculations de Teilhard selon lesquelles « L’énergie psychique, enrichie de nos individualités, rejoindrait le Point Omega » … Edgar Morin propose, lui, l’avènement d’une « conscience écologique » , seul moyen de préserver l’humanité d’une auto destruction qui semble actuellement programmée à court terme.

PRIMUM VIVERE - DEINDE PHILOSOPHARI !
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 21 Juin 2011 à 14:58 | Commentaires (0)

Réflexion pour réunion du vendredi 24 06 11


Un magazine catholique publie chaque semaine un interview d’une personnalité du monde littéraire, artistique ou politique, sous la forme d’un jeu de questions – réponses.
La dernière question est traditionnellement la suivante : « Qu’aimeriez-vous dire à Dieu ? ».
Je cite Frédéric Lenoir : « Pourquoi ne pas t’être débrouillé pour créer un monde avec moins de souffrance ? »
Je cite Michelle Torr : « Un vœu, une prière : Et si l’homme devenait sage ? Vaste programme ».
Je cite Sylvain Tesson : « Petit, au catéchisme, je m’étais interrogé : pourquoi nous arrive-t-il de faire le mal ? On m’avait répondu : parce que nous sommes libres. J’aimerais donc demander à Dieu : Pourquoi sommes nous libres ? ».

Pour chaque personne interrogée, toujours le même leitmotiv apparaît : une sorte de regret et de déception sur l’Homme de notre temps. Je pourrais moi-même multiplier les questions. Par exemple pourquoi une nation aussi évoluée que la France a-t-elle attendu le milieu du XXe siècle pour accorder le droit de vote aux femmes ? Pourquoi la plupart de mes camarades de lycée, élevés très sérieusement dans la religion chrétienne, ont-il plongé dans l’athéisme ? Mais il semble que l’ensemble des questions que nous nous posons montre comme une certaine ignorance de ce qu’est l’être humain en vérité. Nous sommes parfois inconscients, d’autres fois prisonniers de nos illusions, le plus souvent aveuglés par l’emprise de nos intérêts immédiats et victimes de nos contradictions.

Les grandes illusions ont de tous temps marqué l’Histoire de l’humanité tout en provoquant des ruptures célèbres comme la révolution copernicienne et celle de mai 1968.
L’homme est par nature un chercheur et un inventif. Il est attiré inexorablement vers un autre chose qui meuble ses rêves les plus fous. Il a par exemple imaginé un avenir radieux dans le phénomène de la « Colonisation » de certains peuples et plus tragiquement encore dans le massacre des Indiens d’Amérique. Toute l’histoire du monde en fut bouleversée et une nouvelle géopolitique a du naître pour faire face à de nouveaux problèmes. Paradoxalement émerge, non pas le chaos, mais un nouvel ordre des choses. L’homme inventif est aussi l’homme destructeur, destructeur de ce qu’il croit contraire à son bonheur et à sa liberté. On sait combien les idéologies, religieuses ou sociologiques, ont durant des décennies ou même des siècles, emprisonné la pensée dans des systèmes souvent très contraignants. Sont alors apparus sur le théâtre du monde occidental les fameux philosophes de la déconstruction avec Marx, Nietzsche, Derrida, Sartre,etc. Mais l’homme possède un besoin de règles et de sécurité : les turbulences de mai 68 ont connu un rebondissement spectaculaire dans les élections qui ont suivi. J’ai moi-même durant mes activités d’enseignant mesuré combien certaines situations ne pouvaient perdurer dans l’ignorance de ce que révèle en fait la nature humaine.

Dés son plus jeune âge, l’enfant fait l’expérience de la chute, de la souffrance, mais aussi celle de l’aventure désirée et voulue indépendamment de l’opinion du monde extérieur.
Il existe une finalité intérieure qui fait que le jeu de l’enfant devient sérieux ; la poussée de Vie, comme le dit Teilhard, tend à se transformer, à se retourner en élan de Vie ; et c’est cet élan de Vie qu’il faut sauver et faire grandir à tout prix au cœur de l’Homme. Pourquoi le mal ? pourquoi la liberté ? Pourquoi pas alors l’homme – robot pour qui la Terre ne serait qu’un manège de poupées sans âme ? C’est que l’Homme possède en soi ce que la Bible appelle un « abîme », abîme de vitalité, c'est-à-dire tout ce qu’il y a de plus profond en son être, aussi bien dans le sens du Bien que celui du Mal, sachant bien que ces réalités certes mystérieuses ont leurs racines dans le monde métaphysique. Ce que Teilhard désigne comme étant les rebondissements de l’Evolution, c’est le passage obligé par la double voie : effort et satisfaction, erreur et réinvention.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 20 Juin 2011 à 11:58 | Commentaires (0)

-Chapitre 11 : La foi dans l’Homme
-Chapitre 12 : Quelques réflexions sur les Droits de l’Homme
-Chapitre 13 : Le rebondissement humain de l’évolution et ses conséquences


-CHAPITRE 11 : LA FOI DANS L’HOMME

Si la foi dans l’homme est aussi vieille que le monde, comme le dit Teilhard, elle n’est pourtant pas très étendue. Chez les animaux existe une pulsion primitive comparable qui se traduit par l’élan vital, forme instinctive de la confiance en soi et en l’espèce. Chez l’homme, cet élan vital se prolonge au-delà de la vie, comme une pulsion d’éternité, donnant aussi naissance aux religions. Dans certaines espèces animales on observe un sentiment d’inhibition intra-espèce, qui interdit au mâle dominant vainqueur d’un combat de chefs, de tuer son adversaire s’il donne des signaux de reddition ; c’est une forme de foi en l’espèce peut-être.

Pour nous, à mon sens, les mythologies, les folklores, les religions, répondent à un besoin de foi en l’homme et si tel n’était pas le cas ce serait désespérant pour notre espèce et les sociétés disparaîtraient, ce qui fut le cas de beaucoup de civilisations qui disparaissent dans la luxure et le laisser-aller , et je ne suis pas de l’avis de Teilhard lorsqu’il dit que la foi en l’homme est un phénomène nouveau. Par contre, je partage son point de vue sur l’accélération du phénomène et de sa tendance inverse, avec le rôle des médias qui joue dans les deus sens.
Le facteur médiatique croît exponentiellement ; l’éthique des journalistes est maintenant un intermédiaire ultra sensible, attention aux abus d’utilisation. Les guerres, les famines, les catastrophes naturelles, les crises financières peuvent aussi faire l’objet d’abus d’utilisation, surtout si le public réagit à ces malheurs en disant que si Dieu existait cela ne se produirait pas ; Dieu n’y est pour rien, si tant est qu’un Dieu nous observe et nous punit en nous infligeant « Les sept plaies d’Egypte ». On peut discuter sur le rôle d’une croyance en Dieu pour maintenir « la foi en l’homme », mais elle n’est pas de cet ordre là. D’ailleurs, peut-on vraiment apprécier un niveau de croyance en Dieu pour soi-même et à fortiori pour les autres ? On peut douter du degré de sincérité des réponses aux questions de ce genre, d’une part, et l’impact de la question sur les réponses varie selon les religions et les références divines, d’autre part ; les conceptions de la divinité entre les religions védantes et les religions du Livre (Judaïsme, Christianisme, Islam) n’ont pas grand-chose de commun, hormis le fait qu’il s’agit d’une force supérieure. Parmi toutes les religions énumérées ci-dessus, aucune ne suggère que l’attitude de l’homme puisse avoir une quelconque influence sur la réussite de l’univers, sauf les conceptions de Teilhard que l’on peut résumer ainsi :
(a) Un « dedans des choses » (information contenue dans la matière) permet à la matière d’évoluer jusqu’à l’homme.
(b) (Cette énergie spirituelle dégagée par l’homme forme une sphère de l’esprit (noosphère), idem dans chaque planète habitée.
(c) A la fin des temps toutes ces énergies convergent vers un point suprême (Point Omega).
(d) De cela il résulte que l’homme est à la fois acteur et auteur du scenario et, en cas d’échec, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. La foi en l’homme est donc bien le facteur principal de sa réussite.

-CHAPITRE 12 : QUELQUES REFLEXIONS SUR LES DROITS DE L’HOMME

Les Droits de l’Homme et ses devoirs sont les premiers facteurs de réussite de l’humanité, et insister sur leur importance dans la conduite de l’homme équivaut à traiter de la foi dans l’homme. Il n’est donc pas étrange de lier ces deux sujets de réflexion.

Je rejoins Teilhard lorsqu’il dit que les Droits de l’Homme et Devoirs de l’Homme sont deux notions inséparables ; c’est ce que n’ont pas fait nos républicains et la Ligue des Droits de l’Homme dans leurs proclamations.

Le député Abbé Grégoire avait bien remué ciel et terre ^pour que les « devoirs du citoyen » fussent promulgués dans la foulée des Droits de l’Homme, mais ils ont été oubliés.

Là où je vais surenchérie sur Teilhard c’est en disant qu’il faut promouvoir en premier les devoirs de l’homme avant les droits auxquels il peut prétendre. Les droits se méritent en agissant d’abord sur nos devoirs, ceux que nous nous imposons nous-mêmes d’abord et ceux que la société nous impose. Une phrase maçonnique importante dit : « Il est plus facile de faire son devoir que de le connaître ». Faire son devoir est un acte d’obéissance, tandis que connaître son devoir est un, acte de réflexion ; la nuance est importante. Je sais « vendre » les Droits de l’Homme est une opération facile (je dirais presque démagogique), tandis que « vendre » les devoirs est politiquement incorrecte pour ne pas dire « invendable », alors on fait comme si droits et devoirs étaient la même chose.

-CHAPITRE 13 : LE REBONDISSEMENT HUMAIN DE L’EVOLUTION ET SES CONSEQUENCES

Si nous avons admis les points fondamentaux de la pensée de Teilhard, résumés dans le chapitre 11, nous pouvons aller plus loin, ce qui n’interdit pas des divergences et des oppositions de conceptions que le milieu scientifique ne lui ménagea pas et qui sont la règle du jeu qui fait avancer la science. D’ailleurs, Teilhard ne se prive pas d’en faire autant, notamment par rapport à ses prédécesseurs, soit l’école de Lamarck et l’école de Darwin entre lesquelles Teilhard se plaça. Nous allons voir comment il les dépasse.
Points communs entre les deux écoles
Les espèces animales sont le résultat d’arrangements de plus en plus complexes et la réponse aux pressions du milieu se fait par de multiples tâtonnements spontanés jusqu’à ce qu’émerge la formule du plus apte, par le jeu du hasard des grands nombres et cela en fonction des lois de la génétique. Il y a eu d’autres écoles évolutionnistes, les voici par ordre chronologique :
BUFFON : 1707 – 1788
LAMARCK : 1744 – 1829
DARWIN : 1809 - 1882
Et TEILHARD DE CHARDIN : 1881 – 1955
Deux siècles de recherche dans le même secteur scientifique, dans une progression cohérente sur l’évolution ; mais on peut dire que Teilhard a atteint dans ce secteur de recherche un point qui n’a pratiquement pas été dépassé. Malheureusement les personnalités actuelles qui ont pris la suite oublient les deux premiers cités ainsi que Teilhard, ils veulent faire croire qu’entre eux et Darwin il ne s’est rien passé de remarquable et de surcroît, volontairement je pense, ils ne mettent pas en évidence les nuances fondamentales qui existent entre nos quatre héros de l’évolution.

Différences entre Lamarck et Darwin

-Tendances de Lamarck au niveau humain : les forces d’arrangements internes de chaque individu commencent à jouer un rôle sensible dans l’évolution de l’espèce.

-Tendances de Darwin : L’influence statistique des chances tient une place prépondérante ; vision matérialiste des choses, vision transformiste des espèces. Darwin, issu d’une famille aux convictions religieuses prononcées, perdit plus ou moins sa foi à la fin de sa vie.

-Tendances teilhardiennes : ce n’est pas l’espèce qui évolue, ses branches inadaptées disparaissent, tandis que surgissent des branches mieux adaptées qui prennent la place des disparues. Les branches ne descendent pas les unes des autres, et l’homme ne descend pas du singe … Teilhard reconnaît le rôle des préférences métaphysiques (sensible chez l’homme uniquement) comme l’instinct de finalité et il précise sa pensée : « Né sous le signe du hasard, c’est par la finalité réfléchie que la vie peut s’élever par effet d’auto-évolution, vers plus de complexité. Aux facteurs de pression du milieu et jeux des hasards liés aux grands nombres, un facteur nouveau est apparu, celui des forces de finalité, comparable à une volonté de vivre au-delà de sa propre personne. »

Teilhard, on s’en souvient, a déjà développé cette idée dans les chapitres précédents, appelons cela « finalisme » ou « déterminisme », l’homme est actif dans l’évolution de son espèce, tandis que les animaux, moins conscients que l’homme, ont une apparence passive. On peut penser que Teilhard serait plus proche de Lamarck que de Darwin.

Aux théories de Lamarck et de Darwin, Teilhard a ajouté une précision qui change tout : ce n’est pas la pression du milieu qui fait pousser les canines des félins, ou grandir les pattes des oiseaux échassiers, c’est un autre mécanisme. Quand des espèces ou des races sont mal adaptées à leur milieu, soit elles changent de milieu si c’est possible, soit elles disparaissent ; ou encore, des caractères récessifs qui jusqu’alors étaient cachés (peut-on dire en réserve ?), potentiellement et virtuellement mieux adaptés au milieu surgissent concurrentiellement, les meilleurs prospèrent. C’est ainsi que naissent les nouveau phylum, par tâtonnements compétitifs, selon les lois de la génétique et des mutations, comme si toute la nature était dotée d’une « tension » de recherche.
Teilhard a eu une autre géniale intuition avec le nouveau facteur qu’il a nommé « force de finalité », qui serait géré, si l’on peut dire, par un coefficient d’activance qui permettrait d’apprécier la dynamique de l’esprit de l’humanité (et de la noosphère). Ces facteurs de croissance de la complexité sont imaginés dans le but pédagogique de faire comprendre le principe d’émergence, de finalité, et d’irréversibilité sur lesquels repose toute la pensée de Teilhard. Dans toute son œuvre il répète qu’il n’existe qu’une seule énergie vitale, se manifestant différemment aux divers paliers de l’évolution, et la dernière de ces manifestations est l’amour de l’évolution dont l’humanité est en charge. Le nihilisme et l’inertie en sont l’antithèse.
L’humanité balance entre enthousiasme et nausée.

A la fin de sa vie Teilhard avait intégré les influences des physiques relativistes et quantiques. C’est grâce à elles qu’il a développé une pensée encore non dépassée que certains scientifiques modernes ne se sont pas privés d’utiliser sans citer leurs sources. Ainsi est né le principe anthropique des physiciens actuels et l’Intelligent-Design des créationnistes américains qui tentent de dégager leurs stupides théories. Mais de tout cela il faut retenir une leçon, la physique quantique a permis aux scientifiques modernes de ne plus avoir à affronter les perfides plaisanteries qu’ils s’envoient entre eux à propos de la spiritualité. Je dois cette idée à l’un des membres de notre groupe lyonnais, Marcel Comby (ancien professeur de mathématiques et de physique).

Ainsi, comme l’a écrit Teilhard : « Il est brisé le cercle du phénomènalisme qui limiterait notre regard à un horizon fini au-delà duquel s’étend l’Inconnaissable Absolu, tout ce qui est en dehors de l’expérience sensible. »
Cette affirmation concerne ce qui est improbable et qui par hypothèse sera victorieux contre le probable que Teilhard exprime ainsi : « Brisé aussi, virtuellement et en espérance, le cercle infernal de l’égocentrisme. Un nouveau monde commence … »
L’espérance évoquée par Teilhard n’est-elle pas la première des trois vertus théologales ?
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 18 Juin 2011 à 09:32 | Commentaires (2)

Teilhard de Chardin « L’avenir de l’homme, tome V - édition du Seuil
Chapitre 9 « La foi en la paix » et 10 « la Formation de la noosphère »


Ce chapitre contient quelques phrases ou notions clés.

- Les feuillets du développement humain changent d’allure et s’enroulent les uns sur les autres jusqu’à former un super organisme.

- Il y a unanimité dans la quête et pas dans la conquête.


Ces idées ci-dessus sont certes importantes, mais nous demeurons encore fortement influencés par les conditions générales imposées par la géographie physique. Ces conditions ont été assez largement exposées au début du XXème siècle par certains stratèges et professeurs d’écoles de guerre anglo-américains comme Spykman et Mackinder. Ils ont montré que l’Asie centrale se comportait comme le noyau de la cellule terre (Chine, Mongolie, Karzhen, Sibérie occidentale, etc). Ce noyau est entouré par l’anneau océanique des autres pays (Japon, Corée, Inde, Afrique, Amérique). A cause de leur nature géographique, ces deux catégories de pays ne conduisent pas la même politique extérieure. Les pays du noyau central sont enclins à une politique de conquête et de création de marches pour se protéger (Chine : incursions pérennes au Tibet et en Mongolie intérieure). Les pays de l’anneau océanique voyagent ou, en cas de péril, s’enfuient en mer. Ils ont une politique de création de comptoirs (USA, anciens pays coloniaux européens, histoire de la Corée, du Japon, de l’Angleterre et de la France pendant la dernière guerre).
Chacun d’eux est donc plus ou moins contraint par des conditions géophysiques à une politique extérieure qui lui réussit.

- Teilhard parle d’unanimité dans la quête et non pas dans la conquête.
Cela me paraît vrai pour l’unanimité dans la quête, mais pas absolument certain pour la conquête.

- Autre mot clé : le démon de l’immobilisme.

- Les institutions : âme nouvelle de l’humanité.

La formation de la noosphère

Dans ce chapitre, Teilhard s’attache à définir et à décrire la noosphère. C’est la nouvelle machine à penser de l’humanité. Il montre que cette noosphère se comporte comme un véritable organisme terrestre doué de véritables fonctions circulatoires et nutritives de l’humanité. Ce système possède une véritable physiologie caractérisée par :

1° une hérédité noosphèrique : éducation. Cet appareil éducatif est un meilleur conservateur qu’un système chromosomique aussi complexe soit-il.

2° C’est un appareil mécanique, un outil noosphérique de l’univers appartenant à tous.

3° C’est un appareil cérébral. Il contient les linéaments d’un super cerveau.


Teilhard résiste mal à la séduction de cette représentation physiologique. Au bout de sa réflexion – et c’est là qu’il veut en venir – il trouve comme développement ultime de ce processus l’affection et la présence de Dieu.
C’est un cheminement très séduisant qui a été de toutes les époques et a habité tous les peuples conquérants : Romains, Charlemagne, Charles Quint, Mongols (Gengis Khan = le Khan océanique), Tamerlan, Napoléon, Hitler. Conquêtes à des niveaux différents et réussites différentes à analyser en fonction des données sociales et géostratégiques.
Certes on peut sans doute dire aujourd’hui que la conscience des peuples de la terre a augmenté. Nous sommes moins sectorisés et l’information, je dis bien l’information, fait que nous sommes beaucoup plus largement coresponsables.

Est-ce suffisant ? Il semble qu’au niveau des moyens à mettre en œuvre pratiquement (par exemple au G8) une action commune reste assez difficile. Les accords bilatéraux réussissent plus facilement que les accords globaux. Il reste, après quelques décisions, des résistances locales importantes : désaccords juifs/palestiniens, les indignés espagnols ou grecs, les révolutions arabes de printemps qui connaissent quelques inachèvements ou résistances.
Dans le domaine spirituel, il y a également un grand écart entre les spiritualités que j’appellerai baroques (à l’italienne, à la mexicaine, à la manière évangéliste ou à la manière des anciennes superstitions fétichistes) et la réflexion philosophique moderne. Il faut dire que nous avons besoin de symboles et de rites sur le chemin de la connaissance spirituelle.


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 11 Juin 2011 à 16:58 | Commentaires (0)