teilhard de Chardin


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Présentation par J.P. Frésafond

-Soufiane Zitouni était l’un des cinq intervenants du colloque teilhardien que l’Association. Lyonnaise Teilhard de Chardin avait organisé à l’Université Lyon3 le 26/09/2009. Son intervention portait sur un rapprochement entre la pensée soufie et la pensée de Teilhard et . j’invite nos lecteurs à prendre connaissance de ce texte dans notre site.
Le texte présenté ci-dessous concerne le Ramadhan, rituel similaire au carême chrétien : Je vous invite à goûter le moment de paix et d’harmonie que vous donnera la lecture de ce texte qui fait ressortir la sensibilité de l’auteur et la poésie de la langue arabe, tout en nous rappelant les origines communes ne nos religions.



Bismi Llahi Al-Rahman Al-Rahim

On ne médite peut-être pas assez ces deux Noms d’Allah que nous prononçons si souvent, au moins 17 fois par jour pour celles et ceux qui font leurs cinq prières canoniques : Al-Rahman Al-Rahim. Mohammed Chiadmi, dans sa traduction du Coran (1), ne déroge pas à une certaine tradition française qui consiste à traduire ces Noms d’Allah par : le Clément, le Miséricordieux. Mais André Chouraqui, en tant que Juif connaissant bien son hébreu, nous propose cette autre traduction : le Matriciant, le Matriciel (2). Et cela pour une raison tout à fait fondée : la racine RHM, en hébreu comme en arabe (qui sont des langues sémitiques sœurs, ne l’oublions pas), signifie aussi matrice et/ou utérus (cf. par exemple la Sourate Le Tonnerre, verset 8 : « Dieu sait ce que porte chaque femelle en son sein, de même qu’Il connaît le moment où les matrices (al-arham) se contractent ou se dilatent, car toute chose chez Lui a sa mesure. »).

Qu’est-ce à dire ? En quoi Allah peut-Il être dit Matriciant et Matriciel ? Il y a d’autres termes coraniques très importants qui pointent vers cette dimension matricielle : en effet, les mots « oumma », « oummi », « oum al-kiteb » sont aussi des termes matriciels si l’on peut dire, parce qu’ils renvoient à la notion de maternité : la oumma, la communauté, est matricielle au sens où elle est sa propre matrice, s’auto-perpétue, se génère elle-même ; le mot oummi, attribut essentiel du Prophète de l’islam et généralement traduit par « illettré », parce que Seydna Mouhammed (saws) aurait été illettré selon la tradition, pourrait être aussi traduit par « vierge de connaissance » (par profonde humilité et questionnement sincère face au mystère de la vie), et donc « ouvert à la connaissance », « disponible pour la connaissance » (la connaissance de Dieu, cela va sans dire !), et par extension, « matrice de la connaissance », comme une feuille blanche et vierge sur laquelle Dieu pourrait écrire librement, sans obstacles, avec Son Calame… ; enfin, « oum al-kiteb », « la mère du Livre », qu’on identifie traditionnellement à la Sourate Al-Fatiha qui contiendrait en elle tout le Coran, mais qu’on pourrait traduire aussi par « matrice du Livre », c’est-à-dire « lieu » (ou non-lieu plutôt ?) d’où émerge le Livre Sacré porteur de la Sagesse divine, guidance pour tous les êtres humains.

Mais pourquoi mettre l’accent d’emblée sur cet aspect matriciel de Dieu, du Prophète (saws), de la Révélation et de la communauté, alors que le sujet de cet article est le jeûne ? C’est ce que nous allons examiner maintenant.
Jeûner, c’est en quelque sorte faire le vide en nous, nous vider, afin de pouvoir accueillir autre chose que ce que nous accueillons habituellement : nourritures, boissons, fumée de cigarette, corps du partenaire sexuel, mais également diverses perturbations causées par la vie mondaine, la vie d’ici-bas, et que la Sunna (la Tradition prophétique) nous invite à fuir, à délaisser plus que jamais durant le mois de Ramadhan (3).

Le jeûne pendant ce mois béni nous invite donc à quitter pour un temps l’ici-bas afin de nous rapprocher de l’au-delà, dès cet ici-bas précisément. Délaisser pour un temps les préoccupations, les soucis, les habitudes de la dounia (le monde temporel et matériel), pour nous rapprocher ici et maintenant, de la akhira (le monde atemporel et spirituel), cet au-delà de l’ici-bas, qui n’est autre que la finalité et la fin de l’existence humaine (Al-Akhir, le Dernier, étant d’ailleurs l’un des Noms d’Allah). Il ne faut pas craindre alors d’affirmer que le jeûne du mois de Ramadhan nous invite à nous rapprocher de l’Essentiel, voire à nous fondre en l’Essentiel, en délaissant pour un temps l’accidentel, le contingent. Et cet Essentiel, n’est-ce pas notre propre Essence, notre Soi véritable ?
Pour pouvoir accueillir cet Essentiel, il faut donc se vider. Un verre plein ne peut plus rien recevoir : si ce verre est plein de nourritures, de boissons terrestres, de préoccupations et de soucis mondains, il ne pourra pas accueillir ce qu’il y a à accueillir. Voilà le lien entre le jeûne et le matriciel. En effet, faire le vide, se vider de l’accidentel, du contingent, du mondain, pour pouvoir accueillir l’Essentiel, c’est se faire matrice, devenir matrice, car une matrice peut accueillir ce qu’elle doit accueillir précisément parce qu’elle est vide…

Concentrons-nous alors sur cette notion de vide. Deux symboles au cœur de l’islam évoquent le vide : le premier, c’est la grotte du mont Hira en laquelle notre Prophète (saws) a désiré, attendu patiemment, des jours et des nuits, sans doute en état de jeûne ou avec une nourriture extrêmement frugale, la Révélation. Quoi de plus matriciel, maternel comme symbole qu’une grotte ? On pourrait évoquer aussi une autre grotte très importante dans l’histoire de l’islam, celle où le Prophète (saws) et Abou Bakr Al-Saddiq (raa) se sont réfugiés pour se protéger de Mecquois polythéistes qui voulaient les tuer au moment précis de leur Hégire (migration de la Mecque vers Médine) qui marque le début de l’ère islamique.

Ces deux grottes si importantes dans l’histoire de l’islam nous indiquent donc que de grandes choses, de grands événements peuvent naître dans un lieu matriciel, un lieu vide… Il faut mettre aussi l’accent sur l’immobilité nécessaire de celui qui se tient dans la grotte : se tenir là immobile, être juste présent et ouvert, ne pas agir, surtout ne pas agir… Abou Bakr Al-Saddiq (raa) a eu peur que leurs persécuteurs entrent dans la grotte et les tuent, mais le Prophète (saws) lui a demandé de ne pas bouger et d’avoir confiance en Dieu, ce qu’il fit, tant il avait lui-même confiance en son Prophète (saws), d’où son surnom Al-Saddiq, qu’on peut traduire par le fidèle (au sens de digne de confiance) (4). La suite est très connue : miraculeusement, une araignée tisse une toile à l’entrée de la grotte et une colombe y couve des œufs comme par enchantement, ce qui dissuade les persécuteurs mecquois d’y entrer, attachés qu’ils sont au monde des apparences, et donc ne pouvant voir le secret que contient la grotte…

Le deuxième symbole évoquant le vide, c’est évidemment la Kaaba. Quel mystère que cette Kaaba ! Des millions de musulmanes et de musulmans dans le monde entier prient en direction de ce cube vide ! Quelle chose étonnante ! Elle est appelée aussi Beyt Allah, la Maison de Dieu. Mais comment se fait-il que la Maison de Dieu soit vide ?! Et vide de quoi ? Quand les premiers musulmans ont enfin conquis la Mecque (sans violence faut-il le préciser ?), le Prophète (saws) a ordonné à ses Compagnons de détruire toutes les idoles que contenait la Kaaba, de faire place nette ! Voilà ce qui s’appelle faire le vide ! Et seul ce vide est digne d’Allah, peut accueillir Allah… Mais en quoi ces symboles, la grotte, la Kaaba, ont-ils un rapport avec le jeûne du mois de Ramadhan ?
Approfondissons le lien entre le jeûne et le vide. Muhieddine Ibn Arabi, dans ses Illuminations Mecquoises (Al-Futûhât al-Makiyya) (5) affirme que « le jeûne n’est pas un acte mais l’abandon d’un acte (tark) ». Jeûner, c’est donc lâcher prise, ne plus s’accrocher, abandonner, s’abandonner. Il insiste sur la dimension exceptionnelle du jeûne en mettant l’accent sur cette idée exprimée en un hadith bien connu (6) : l’œuvre d’adoration que constitue le jeûne est à part, elle ne ressemble à aucune autre œuvre d’adoration, car elle appartient en propre à Dieu seul, alors que les autres oeuvres appartiennent à celles et ceux qui les pratiquent. Ibn Arabi met alors en parallèle le jeûne du mois de Ramadhan et le verset coranique « Rien ne Lui est semblable » (7). Ce qui l’amène à rappeler un autre hadith (8) selon lequel « Ramadhan » serait un Nom d’Allah.

C’est dire à quel point le jeûne durant ce mois sacré est important, car jeûner serait en quelque sorte réaliser un Nom d’Allah, ou goûter à ce Nom. Et sur ce sujet, l’auteur des Illuminations Mecquoises n’hésite pas à associer le jeûne du mois de Ramadhan au Nom d’Allah As-Samad (exprimant l’idée d’une indépendance absolue du divin à l’égard du monde créé), en faisant dire à Dieu Lui-Même : « L’attribut As-Samad qui indique l’indépendance (tanzîh) à l’égard de la nourriture, n’appartient qu’à Moi ; si Je te l’attribue (à toi créature qui jeûne), il exprime uniquement un aspect conditionné de la transcendance (tanzih), non la Transcendance absolue qui ne convient qu’à Ma Majesté. ».

Ibn Arabi affirme également un peu plus loin que « le jeûne est un abandon », ou que « le jeûne est une abstention », affirmation dont ressort la notion clef de « lâcher prise », si importante pendant le mois de Ramadhan. Dans le même ordre d’idée, il cite un poète qui dit : « Lorsque le serviteur s’abstient de tout autre que Lui, le jour « jeûne » (sâma) et s’éloigne ». En ce sens, jeûner c’est s’éloigner du « jour », symbolisant le monde visible et matériel, al-dounia, pour se rapprocher du monde nocturne, symbolisant al-akhira ou le monde invisible, comme on traduit parfois le terme coranique « al-ghayb », qui signifie aussi : le mystère. « En effet, la nuit est véritablement le symbole du mystère (ghayb) » nous confirme Ibn Arabi.

A cette étape de notre réflexion, rassemblons un peu nos idées : nous avons associé le jeûne au vide, et maintenant avec l’auteur des Illuminations Mecquoises, nous l’avons associé au monde invisible, au mystère divin, à la Transcendance absolue de Dieu. Il y a une grande tradition spirituelle qui pourrait peut-être nous aider à nous approcher un peu plus de ce mystère divin qu’est le jeûne, c’est le Taoïsme.

« Le Tao est vide
Jamais l’usage ne le remplit.
Gouffre sans fond
Il est l’origine
De la multitude des êtres et des choses. »

Ce passage du Tao Te King (9) de Lao Tseu nous fait étrangement penser à ce que nous avons dit plus haut de la Kaaba. Il n’est pas facile de parler du Tao, et Lao Tseu prévient même dans le Tao Te King que celui qui en parle ne connaît pas le Tao ! Alors je vais me concentrer sur la célèbre notion taoïste du non-agir. Et quoi de mieux pour illustrer une notion spirituelle fondamentale qu’une histoire ! Une histoire vraie, si l’on en croit le psychanalyste Carl Gustav Jung (qui s’est lui-même beaucoup intéressé au Taoïsme, cf. son Commentaire du Mystère de la Fleur d’Or ) (10), et qu’il tenait de son ami Richard Wilhelm, sinologue et traducteur allemand du plus vieux livre de sagesse chinoise, le Yi King (11) Un hadith ne dit-il pas : « allez chercher la science jusqu’en Chine ! ». Alors allons-y sans crainte si le Prophète lui-même (saws) nous conseille de le faire ! Voici l’histoire :

« Il y eut une terrible sécheresse dans la partie de la Chine où vivait Richard Wilhelm. Après que les gens eurent essayé en vain tous les moyens connus (prières, rituels) pour obtenir la pluie, ils décidèrent d’envoyer chercher un faiseur de pluie. Cela intéressa beaucoup Wilhelm qui s’arrangea pour être là quand le faiseur de pluie arriva. L’homme vint dans une charrette couverte, un petit vieux desséché, qui renifla l’air avec une répugnance évidente quand il sortit de la charrette, et qui demanda qu’on le laissât seul dans une petite cabane en dehors du village ; même ses repas devaient être déposés à l’extérieur devant la porte.

On n’entendit plus parler de lui pendant trois jours ; puis, non seulement il plut, mais il y eut une grosse chute de neige, ce qui ne s’était jamais vu à cette époque de l’année. Très impressionné, Wi1helm dénicha le faiseur de pluie et lui demanda comment il se pouvait qu’il ait pu faire de la pluie, et même de la neige. Le faiseur de pluie répondit : « Je n’ai pas fait la neige ; je n’en suis pas responsable. » Wilhelm insista : il y avait eu une terrible sécheresse jusqu’à sa venue, et puis, après trois jours, il y avait eu des quantités de neige. Le faiseur de pluie répondit : « Oh, cela, je peux l’expliquer. Voyez-vous, je viens d’un endroit où les gens sont en ordre ; ils sont en Tao ; alors le temps aussi est en ordre. Mais en arrivant ici, j’ai vu que les gens n’étaient pas en ordre et ils m’ont aussi contaminé. Je suis donc resté seul jusqu’à ce que je sois à nouveau en Tao, et alors, naturellement, il a neigé. » (12)

« Je n’ai pas fait la neige ; je n’en suis pas responsable »… peut-être que tout le Taoïsme, toute sa célèbre philosophie du non-agir se trouve dans cette réponse du faiseur de pluie à Richard Wilhelm… Qu’est-ce que signifie « être en Tao » ? Le faiseur de pluie parle d’ordre et de désordre, et à l’aune de sa conception taoïste de l’univers, tout se passe comme si notre comportement et notre état intérieur avait une influence directe sur notre environnement, sur le monde. On peut associer cette sagesse taoïste à la parole coranique suivante : « En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple tant que les hommes qui le composent n’auront pas modifié ce qui est en eux-mêmes » (Sourate Le Tonnerre, verset 11). Nous avons une version soufie de cette histoire du faiseur de pluie, on la trouve dans le Mathnawi de Djalaloddin Rumi (13), la voici :

« Au sein du désert vivait un ascète, plongé dans la dévotion comme les gens de ’Abbâdân.
Des pèlerins venus de différents pays arrivèrent là ; ils aperçurent l’ascète émacié.
La demeure de l’ascète était sèche, mais son tempérament était humide : dans le simoun du désert, il avait un remède.
Les pèlerins furent stupéfaits de sa solitude et de son bien-être au sein de conditions misérables.
Il se tenait sur le sable, occupé à la prière rituelle — le sable dont la chaleur aurait fait bouillir de l’eau dans un récipient.
On aurait dit qu’il se trouvait dans le ravissement parmi des herbes et des fleurs, ou monté sur Bûrâq ou Duldul,
Ou que ses pieds étaient posés sur des étoffes de soie brodée ; ou que pour lui le simoun était plus agréable que la brise.
Les pèlerins attendirent, tandis qu’il restait debout en prière, absorbé dans une longue méditation.
Quand le derviche revint à lui de son état d’absorption en Dieu, une personne de ce groupe, homme spirituellement éveillé et d’esprit éclairé, Remarqua que l’eau dégouttait de ses mains et de son visage, et que son habit était mouillé par les traces de son ablution.
Aussi, il lui demanda : « D’où te procures-tu de l’eau ? » Il leva la main, indiquant que cela venait du ciel.
Le pèlerin dit : « Est-ce que cela vient chaque fois que tu le veux, sans puits et sans corde de fibres ?
« Résous notre difficulté, ô Sultan de la Religion, afin que ton expérience puisse nous apporter une foi certaine.
« Révèle-nous l’un de tes mystères, pour que nous puissions couper de nos tailles les cordes (de l’infidélité). »
L’ascète leva les yeux vers le ciel, disant : « O Dieu, réponds à la prière des pèlerins !
« Je suis accoutumé à rechercher en haut mon pain quotidien : Tu as ouvert pour moi la porte d’en haut,
« O Toi qui du non-spatial as fait voir l’espace et as rendu manifeste le fait que dans le ciel sont les biens qui vous sont destinés. »
Durant cette oraison, un beau nuage apparut soudain comme un éléphant porteur d’eau,
Et se mit à déverser de la pluie, comme de l’eau s’écoulant d’une outre : l’eau de pluie resta dans le fossé et les trous.
Le nuage continua à faire pleuvoir des larmes, comme une outre, et les pèlerins ouvrirent tous leurs gourdes.
Une partie d’entre eux, en raison de ces merveilleux événements, coupaient les cordes (de l’incroyance) de leurs tailles.
La certitude d’un autre groupe augmentait à cause de ce miracle — et Dieu sait mieux comment guider dans la voie droite.
Ceux d’un autre groupe étaient insensibles, butés et ignorants, éternellement imparfaits. Ici se termine le discours. »

Cette belle histoire soufie nous montre bien que celui qui s’en remet totalement à Dieu peut obtenir de Lui directement sa nourriture, c’est ce que dans la tradition du Tassawwuf, le Soufisme, on appelle le Tawakkul, la remise confiante de soi à Dieu. Or il y a un « personnage » coranique qui correspond parfaitement à ce Tawakkul, parmi d’autres certes, c’est Myriam (as), la Vierge Marie de nos frères chrétiens. Voici le verset coranique qui représente peut-être le mieux cet abandon confiant de soi à Dieu :
« Dieu reçut la petite fille en Sa grâce, lui assura une croissance heureuse et en confia la garde à Zacharie. Or, chaque fois que Zacharie allait la voir au temple, il trouvait auprès d’elle de la nourriture, et il lui demandait : « O Marie ! D’où cela te vient-il ? » Et elle lui répondait : « Cela vient de Dieu, car Dieu donne Ses biens à qui Il veut sans compter. » (Sourate Al-‘Imran, verset 37).
Myriam (as), Marie, mère de Seydna ‘Issa (as), Jésus, a été consacré à Dieu dans le Temple de Jérusalem, selon le vœu de sa mère, comme nous le relate la Sourate Al-‘Imran. C’est le Prophète Zacharie (as), père de Seydna Yahya (as), Jean le Baptiste (un grand jeûneur nous dit le Nouveau Testament), qui assura son éducation spirituelle. Il faut noter que ce fut exceptionnel car normalement seul des enfants mâles pouvaient être consacrés à Dieu dans le Temple. On voit bien dans la scène décrite par le verset cité, que l’élève dépasse le maître ! Myriam (as), Marie, c’est l’archétype de l’abandon de soi à Dieu.
C’est pourquoi elle seule peut accueillir en sa matrice, al-Massih, le Messie, Verbe et Parole de Dieu. Nous retrouvons ici la notion de matriciel fécondant, Al-Rahman. Le Coran nous dit aussi que Myriam (as) jeûne, mais il s’agit d’un jeûne de la parole, tandis que Dieu la nourrit de « dattes mûres et succulentes », précisément au moment où les douleurs de l’enfantement de son fils béni arrivent… « Mange, bois et réjouis-toi ! S’il t’arrive de voir quelqu’un, dis-lui : « J’ai fait vœu d’un jeûne au Matriciant (Al-Rahman). Je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain. » (Sourate Myriam, verset 26). Voyez comme Myriam (as) ne dit pas : « j’ai fait vœu d’un jeûne à Allah » ou bien « j’ai fait vœu d’un jeûne à mon Seigneur », non, elle dit plutôt : « j’ai fait vœu d’un jeûne à Al-Rahman » , ce Nom d’Allah dont nous avons vu au début de cet article toute la dimension matricielle.
Voilà sans doute pourquoi le jeûne du mois de Ramadhan est de l’ordre du non-agir. Durant ce mois béni, il s’agit d’être plutôt Yin que Yang, pour reprendre des termes propres à la grande tradition spirituelle du Taoïsme. Et donc, comme on le voit avec la magnifique figure de Myriam, être plus féminin que masculin, plus femelle que mâle, afin que notre jeûne puisse être fécond spirituellement. En un beau quatrain de ses Rubâi’yât (14), Djalaloddin Rumi emploie effectivement des symboles qui ont une connotation féminine pour qualifier le jeûne, parce qu’ils expriment l’idée de contenant, de réceptacle :
Garde ce jeûne comme une corbeille
Afin que ce jeûne pour toi demande à Dieu.
L’eau de la vie rafraîchit la brûlure du cœur,
Ce jeûne est comme une aiguière, ne la brise pas !
Mais dans un monde patriarcal, phallique, où le pouvoir, le contrôle, la puissance, l’hyperactivité frénétique et la productivité sans frein sont des maîtres mots (voyez l’agitation angoissée du moment de toutes les bourses du monde…), il peut être difficile d’accepter cette « féminisation de soi » associée au jeûne… Tant d’hommes (et de femmes aussi !) ont peur d’être « efféminés », c’est-à-dire, faibles, bons à rien, loosers, etc., puisque c’est bien connu, la femme est le sexe faible !
Alors qu’il s’agit juste de cesser de s’agiter dans tous les sens, de cesser de vouloir tout contrôler tel un Pharaon phallique noyé dans une toute-puissance imaginaire, et reconnaître humblement et sincèrement, qu’il n’y a de réellement Pouvant, de réellement Agissant et de réellement Voulant que Dieu. C’est pourquoi le jeûne du mois de Ramadhan nous invite à ce lâcher prise, à cet abandon de soi confiant à Dieu, à ce non-agir, afin qu’Il puisse Lui seul agir en nous et pour nous, et nous guider vers Lui, nous attirer à Lui, nous nourrir de Lui à l’exclusion de toute autre chose.

Notes :
(1) Le Noble Coran, Nouvelle traduction française du sens de ses versets par Mohammed Chiadmi, Editions Tawhid.
(2) Le Coran, l’Appel, traduit et présenté par André Chouraqui, Editions Robert Laffont.
(3) Par exemple ce hadith authentifié rapporté par l’Imam Malik : « Le jeûne est un bouclier (terme dérivé de janna, verbe indiquant l’action d’occulter, voiler aux regards). Lorsque vous jeûnez, pas de propos indécents ou ignares. Si l’on vous agresse ou vous insulte, répondez : Je jeûne, je jeûne. ». Source : Quarante Hadiths authentiques de Ramadân, Dr Al Ajamî, Editions Zenith.
(4) Le Saint Coran lui-même relate cette expérience spirituelle fondamentale et inauguratrice de l’ère islamique : « Si vous ne voulez pas prêter assistance au Prophète, Dieu lui a déjà prêté la Sienne lorsque, chassé par les négateurs et se trouvant dans la grotte avec son seul compagnon, il disait à celui-ci : « Ne t’afflige pas ! Dieu est avec nous. » Dieu étendit alors sur lui Sa sérénité, envoya à son secours des troupes invisibles, faisant ainsi échec aux négateurs et assurant le triomphe de la Parole divine, car Dieu est Puissant et Sage. » Sourate Le Repentir, verset 40.
(5) Ibn ’Arabi, Textes sur le jeûne, traduits par Abd ar-Razzâq Yahya (Charles-André Gilis), Éditions Maison des Livres, Alger, 1989.
(6) « Dieu, qu’Il soit glorifié et magnifié, a dit : « Le fils d’Adam détient toutes ses œuvres sauf le jeûne. Le jeûne m’appartient et c’est Moi qui en donne la récompense. » Certes, l’haleine du jeûneur est plus agréable à Dieu que le parfum du musc. ». Hadith Qudsî transmis par Abû Hurayra (raa) et rapporté par Ibn Hanbal. Source : Quarante Hadiths authentiques de Ramadân, Dr Al Ajamî, Editions Zenith.
(7) Sourate 42, La Délibération, verset 11.
(8) « … Ahmad b. ’Adiyyin al-Jurjânî rapporte un hadîth véritable (najîh) transmis par Abû Ma’shar d’après Sa’îd al-Muqbirî, qui le tenait de Abû Hurayra, selon lequel l’Envoyé d’Allâh -qu’Allâh répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix !- a dit : "Ne dites pas "Ramadan" car Ramadan est un des Noms d’Allâh le Très-Haut"-. »
(9)Tao Te King par Lao Tseu, traduit par Ma Kou. Paris, Albin Michel, 1984.
(10) Commentaire sur Le Mystère de la Fleur d’Or, par Carl Gustav Jung, traduction d’Etienne Perrot, Editions Albin Michel, Collection Spiritualités Vivantes.
(11) Yi King, Le Livre des Transformations, traduction allemande de Richard Wilhelm et traduction française de l’allemand, d’Etienne Perrot, Editeur Médicis.
(12) Extrait de Rencontres avec l’âme, L’imagination active selon C.G.Jung, de Barbara Hannah, Editions Dauphin, Collection la Fontaine de Pierre, pp. 21/22.
(13) Djalâl-od-Din Rûmî, Mathnawî, La Quête de l’Absolu, traduction d’Eva de Vitray Meyerovitch et Djamchid Mortazavi, Editions du Rocher, pp.522/523.
(14) Djalâl-od-Din Rûmî, Rubâi’yât, traduction d’Eva de Vitray Meyerovitch et Djamchid Mortazavi, Albin Michel.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Mardi 23 Août 2011 à 11:37 | Commentaires (1)

« CROIRE QUAND MEME / Libres entretiens sur le présent et le futur du Catholicisme »
EDITIONS TEMPS PRESENT, février 2011,

Entretiens menés par Karim Mahmoud-Vintam en collaboration avec Lucienne Gouguenheim


Cet ouvrage se présente sous la forme d’une entretien entre le Père Moingt s.j. et ses deux interlocuteurs. Il fallait bien être à deux contre un pour équilibrer le débat !

Le père Joseph Moingt est né en 1915. Il fut professeur de théologie à Paris à l’Institut Catholique de Sèvres, et Directeur pendant plus de trente ans de la revue « Recherches de Sciences Religieuses ». Il est considéré comme l’un des plus grands théologiens vivants.

Les entretiens se sont déroulés durant quatre journées et quatre thèmes ont été abordés :
-A bâtons rompus,
-De la foi au Christ aux dogmes de l’Eglise,
-D’une Eglise à l’autre,
-Au plein vent du monde, épilogue

Pour quiconque s’intéresse à ce genre de questions, ce livre est agréable et facile à lire car il est très bien écrit, avec des mots du langage courant, ceux d’une discussion à bâton rompu ; les parties ne sont pas épargnées, les interviewers étaient des professionnels érudits, connaissant bien le sujet et le père Moingt est un baroudeur de la dialectique dont les « retours de volée » sont redoutables.

Après que le décor fut planté, les questions brèves et incisives ont été posées et elles ont donné lieu à des réponses approfondies.

-Page 38 l’auteur évoque le silence, vertu qui aide à réfléchir, contrairement à la parole qui empêche de penser, rendant ainsi hommage à Socrate l’un des pères de la pensée de la Grèce antique ; en cela il est aussi l’un des fondateurs indirects de la pensée occidentale.

-Vers la page 91, dans le même ordre d’idée, l’auteur parle des prophètes qui selon lui n’entendent pas la Parole de Dieu avec leurs oreilles mais à travers leur esprit.

-Page 96, le père donne une bonne définition de l’Eglise : elle n’est pas une religion elle est l’Evangile. Il n’hésite pas à classer l’Ancien Testament de « légende » s’appuyant pour cela sur l’exemple de Moïse. Selon le père Moingt, les dieux avant Jésus-Christ sont des manifestations imaginaires du Dieu unique, appuyant cette idée par une remarque originale : « Avec l’arrivée de Jésus-Christ, il est arrivé quelque chose à Dieu et, peut-être a-t-Il changé… »

-Page 109, des idées très intéressantes sont proposées à propos de la foi : « Il n’est pas nécessaire d’être un homme de foi pour être un homme de bien ; être un homme de bien est suffisant ». ou encore : « S’oublier au profit de l’autre est déjà de la foi. » et puis : « La foi chrétienne est un engagement et non une croyance. »

-Page 132, la question du péché originel est abordée, un peu comme Teilhard de Chardin mais il ne le cite pas, malgré la similitude de pensée : « Le péché originel est une force d’inertie » et cela correspond à la définition que je donne du mal en tant qu’absence de bien. Je m’explique : l’évolution est une pulsion de la matière depuis la particule jusqu’à l’homme. Tout le monde vivant est soumis à cette pulsion qui pousse chaque espèce vivante à envahir le monde ; c’est la loi de la vie, sauf qu’à partir de l’homme elle est modulée par la réflexion en discernant ce qui est moralement dicté par la loi de la liberté, qui s’arrête là où commence celle de l’autre. En augmentant son niveau de conscience la notion de responsabilité apparaît et limite la liberté d’où l’idée de péché originel qui n’est pas autre chose que cela : un être humain ne doit plus se comporter comme un animal. J’observerais qu’il est évident que, vue sous cet angle, la notion de péché originel (ou de chute) n’a plus besoin d’un Sauveur ou d’un Rédempteur qui efface une présumée-faute, commise par personne si ce n’est par le Créateur. L’homme n’a plus besoin d’un Rédempteur ou d’un Sauveur mais d’un « PHARE » qui indique la direction à viser en même temps qu’Il donne le goût de vivre puisque désormais un « SENS » est tracé.
Du temps de Teilhard, le Vatican a eu peur pour le dogme chrétien alors qu’il n’était pas attaqué, mais présenté sous un angle accessible à la raison contrairement au dogme chrétien. C’est pour cette raison que Teilhard a été interdit d’enseigner. Ne voulant pas suivre totalement la piste teilhardienne, le père Moingt a choisi la voie de la Révélation pour transmettre son message de foi, sans oublier tout de même de le « poinçonner » du sceau de l’inertie

-Page 158, le père Moingt répond à la question sur la croyance en Dieu et, là aussi, il choisit la voie dogmatique, celle de la révélation biblique. Pour convaincre les non-croyants de l’existence de Dieu (pour eux il vaut mieux parler de Principe Créateur), la théorie de Teilhard est mieux adaptée que le dogme du Dieu d’Abraham et de Moïse, deux personnages dont l’existence est un mythe ; mais comme le suggère le père Moingt à propos de Moïse, un mythe fondateur doit-il être historiquement avéré ?

-Page 163 l’auteur signale courageusement que le Vatican actuel combat les intentions prises par Vatican-2 qui, selon lui, sont trop ouvertes aux incroyants et aux autres religions. Telles sont les causes de cette tendance théocratique autocratique et conservatrice. (Voir en -annexe à la fin un extrait in extenso des pages 162, 163, 164 et 165 de ce livre).

-Page 168 l’auteur évoque les causes internes de cette tendance de l’Eglise qui, prise dans son ensemble, s’oppose à l’introduction de l’élite laïque dans l’Institution, qu’elle soit philosophe, scientifique ou théologienne. Le père Moingt, lui, se défausse lorsqu’il est questionné par des laïques sur les problèmes soulevés par la sexualité,parmi d’autres problèmes de société. Le père se défausse en disant que c’est aux chrétiens de « dire la loi morale au monde car ils ont double qualité : chrétiens et élite laïque »

-Plus fort encore, pour les questions relevant de l’éthique, il oppose la « loi naturelle » à la « loi morale », comme si tout cela ne ressortait pas de la conscience unique de chaque individu.

-Page 223 l’auteur se lance dans les mystères de l’au-delà et dit au passage que "le père Teilhard de Chardin avait de bonnes idées sur ce sujet », sans citer une seule de ces idées ferai-je observer.
Personne ne sait ce qu’est l’au-delà, , et ce serait sans risque et même très adroit de « récupérer » Teilhard sur un tel sujet ; notamment avec ses théories concernant l’évolution de la matière, celles qui, scientifiquement, sont en mesure de donner la foi ainsi qu’un sens à la vie. Mais de cela l’Eglise et le père Moingt s’en gardent bien.

-En revanche, de la page 228 à 231, le père propose une bonne approche dans la définition du Royaume de Dieu ; notamment en se référant au Prologue de St Jean lequel, soit dit en passant, a été supprimé de la messe quotidienne et conservé uniquement pour célébrer les fêtes de Pâques. Mais page 232, le père Moingt se réfère au Pater Noster, la plus belle prière du monde, pour dire : Dieu fait faire le monde par l’homme » (tout comme le disait Teilhard.

-Depuis la page 234 et pratiquement jusqu’à la fin du livre, le père développe son idée d’une Eglise non institutionnelle, qui témoigne de Jésus, phare de l’humanité et serait ainsi un facteur d’universalisme et devrait « aller dans le monde » à l’imitation de Saint Ignace de Loyola, qui a inauguré une nouvelle manière d’agir : « le je n’est pas seulement contemplatif, il est actif ».

-Quant à la situation de l’Eglise actuelle, dit l’auteur, il ne s’agit pas uniquement de sa crise à elle mais d’une crise de civilisation ; l’humanité n’a pas intégré ce que représente l’Autre, cet autre nous même. L’auteur écrit qu’un croyant qui voudrait vivre en solitaire risquerait de ne pas rester longtemps croyant ; pour vivre, la foi doit être sociétale (comme le disait Teilhard).
-Le livre se termine par un dernier point fort : « L’Eglise à venir doit se présenter sous deux formes sociétales, l’une institutionnelle et traditionnelle ; l’autre doit être plus libre et axée sur l’Evangile. Cette institution laïque pourrait aller jusqu’à la célébration de l’Eucharistie. » Cette dernière assertion est courageuse !

En conclusion : ce livre contient l’essence du nécessaire progrès qui sauvera l’humanité de son auto-destruction.


(1) Extraits du livre, citation intégrale :
Page 162 à 263 : « Pourriez-vous définir, en quelques mots pour le profane, ce qu’a été Vatican II ? En quoi Vatican II a-t-il constitué une rupture par rapport à ce qui l’a précédé ?"

Vous savez, dans tous les conciles, il y a une majorité et une minorité : une majorité qui se rattache à ce qui se disait ou se faisait auparavant, et une minorité qui veut aller de l’avant. Ou bien c’est l’inverse ! A Vatican II, il y a eu une majorité qui a voulu réconcilier l’Eglise avec la société de son temps. Mais la minorité était assez nombreuse quand même pour faire entendre sa voix. On a voulu faire l’unanimité, donc on a abouti à des textes de compromis, qu’on peut interpréter dans la ligne de la continuité -et on revient à Vatican I et à Trente- soit dans la ligne de la nouveauté introduite par Vatican II -tendance que combattent trop souvent de nos jours le Vatican et une partie de la haute hiérarchie de l’Eglise en plusieurs pays.
Alors, quels sont ces éléments de nouveauté ? Je les énoncerai comme ils me viennent à l’esprit, sans me soucier de les ranger en ordre de priorité.

C’est la volonté de l’Eglise de se réconcilier avec les autres confessions chrétiennes, de reconnaître qu’elles ont gardé l’essentiel des enseignements du Christ et une bonne partie de la tradition chrétienne, de les traiter en Eglises-sœurs (quoique l’expression soit employée avec parcimonie) ; c’est donc un encouragement donné au mouvement « œcuménique », déjà ancien, qui tendait à relativiser un peu les formules dogmatiques, pour faciliter l’union des chrétiens dans une foi moins pointilleuse, ou moins sclérosée, moins mise en formules.

C’est aussi la volonté de se réconcilier avec les religions non chrétiennes, de les traiter avec respect en reconnaissant la valeur de leurs apports spirituels et leur contribution à la paix entre les peuples ; de saluer plus particulièrement la parenté d’origine entre le christianisme et le judaïsme et de se réconcilier avec le peuple juif, qui a -hélas !- de douloureux et récents motifs de se plaindre de l’hostilité de l’Eglise. Et une mention spéciale au troisième monothéisme musulman, de plus en plus mêlé au monde actuellement ou anciennement chrétien.

C’est encore la volonté d’instaurer une nouvelle forme de gouvernement de l’Eglise, caractérisée par l’idée de la collégialité, qui voulait donner aux Eglises locales un peu d’autonomie, qui leur permette de répondre aux besoins particuliers de leurs pays respectifs, de faire valoir leur culture nationale ou régionale…

Page 164 à 165 : … « Donc une Eglise envisagée comme communion d’Eglises ? »
C’est ça ! Exactement ! La théologie des pères Tillard et Rigal ! Mettre de la « collégialité » et de la « subsidiarité » dans l’Eglise et desserrer l’étau monarchique, afin que les affaires de l’Eglise universelle ne soient pas toutes réglées exclusivement par les fonctionnaires du Vatican, et que les évêques d’un même pays puissent se concerter entre eux pour décider des problèmes propres à ce pays. Laisser un peu de liberté au évêques locaux pour leur permettre de devenir, s’ils le voulaient du moins, l’expression des fidèles dont ils ont la charge.

Autre élément de nouveauté : la place faite aux laïcs, voulue par l’Eglise avec notamment la mise de la parole de Dieu à la disposition des laïcs, afin qu’ils ne soient plus uniquement à la remorque de « l’enseignement » de la hiérarchie, et puissent comprendre leur foi par eux-mêmes et l’interpréter, la prendre en charge en quelque sorte. Et l’invitation faite aux laïcs à prendre des activités et des responsabilités dans l’Eglise, ce qui revenait à les traiter en personnes « majeures » -comme ils le sont dans la société civile et politique -et ouvrait la voie à une relative démocratisation de l’Eglise, afin qu’elle ne soit plus la dernière monarchie absolue du globe et puisse entrer dans le débat commun des peuples civilisés.

Enfin, au principe de ce que je viens de dire, il y avait la volonté de l’Eglise de se réconcilier avec l’esprit moderne, c'est-à-dire en gros -en très gros !- avec l’esprit des Lumières. Annuler les condamnations portées contre les « idées nouvelles » au cours du XIXe siècle et reconnaître les Droits humains, la liberté de conscience et la liberté de religion. Ce qui a été effectivement fait par la Constitution « Gaudium et spes », mais qui n’a pas produit à l’intérieur de l’Eglise l’effet de libération qui aurait dû en résulter, car c’est cette « ouverture » sur le monde -un monde sécularisé et laïcisé- et sur la « modernité » une modernité accueillante à toutes les libertés, mais aussi à l’incroyance et à la permissivité en matière morale, c’est donc cette ouverture, cette parenthèse dans l’histoire de l’Eglise, que la papauté voudrait ardemment refermer.

Voilà les éléments de nouveauté de Vatican II. On comprend que bien des évêques, des prêtres et des fidèles en aient été déstabilisés. C’était assurément accepter de faire entrer un certain vent de modernisme dans l’Eglise. D’où de fortes réactions qui ont conduit à une montée en puissance de l’ancienne minorité de Vatican II, soutenue et maintenant remplacée par des évêques plus récemment choisis et nommés et par un nouveau clergé issu en grande partie de congrégations nouvelles. Les deux volumes des « Carnets du Concile » du père Henri de Lubac, dont j’ai fait l’analyse, montrent bien quelles étaient les craintes et les répugnances de la minorité conciliaire qui ont depuis explosé bruyamment : la peur des « sciences humaines », de « l’exégèse historique », la peur que le pouvoir d’enseignement des évêques n’en subisse le contrecoup ; la crainte du « relativisme religieux » qui pourrait amener des chrétiens à déserter l’Eglise, et qui dévaloriserait la propagation de la foi chrétienne dans les pays de mission ; la peur de faire aux laïcs une trop grande place, susceptible de démonétiser le ministère consacré et de tarir les vocations religieuses ; la crainte de desserrer les liens de l’unité chrétienne et l’uniformité de la liturgie ; par-dessus tout, pour m’en tenir là, la répugnance à l’égard de l’ouverture au monde dénoncée comme athéisme
.

(Fin ce citation)

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Samedi 20 Août 2011 à 18:04 | Commentaires (0)

Chapitres 14, 15 et 16 "L'AVENIR DE L'HOMME" aux Editions du Seuil
Réflexion proposée pour septembre 2011


D’après Teilhard l’aboutissement de la démocratie serait davantage, dans l’état actuel des choses, un potentiel en cours d’actualisation; vaste chantier.
« DEMOCRATIE » deux termes grecs : démos : "peuple" et kratos : " pouvoir" soit : pouvoir du peuple.
peuple : ensemble des humains dans la pensée de Teilhard (et non pas seulement certaines classes sociales)
-pouvoir : la capacité de ... , le potentiel pour …. L'accomplissement n'est donc pas gagné d'avance.

Nous verrons différentes manifestations de ce mouvement d’unification à la fois abyssal et sidéral selon Teilhard. A titre d’exemple, l'utilisation d'internet sera évoquée.

Nous verrons aussi que l’univers a un axe principal d’évolution sur lequel la socialisation est la charnière centrale et non un épiphénomène. Toutefois, il s’avère que le système démocratique -et par là même l’histoire de l’humanité- ne sont pas affranchis de risques considérables pouvant tout faire échouer…Pour Teilhard, la capacité de pouvoir est en devenir par l’évolution à moins que les peurs, le manque de réflexion, les erreurs, entravent le chemin.

L’enchaînement des chapitres 14, 15 et 16 conduit à penser que la présence de la démocratie dans certains groupes humains serait reliée à des conditions préalables analysées successivement par Teilhard. Le concept de démocratie serait plus vaste qu’une vision politique, biologique, juridique, sociale… tout en les intégrant nécessairement. Une direction morale et spirituelle sera dégagée de l’écriture-même de Teilhard : sa fine précision terminologique a permis de mieux le suivre dans cette voie et d’en escompter l'heureuse issue.

-Enfin, marchant dans les empreintes de pas de Teilhard, nous aborderons la traçabilité des origines de la démocratie à travers la biologie.

(1) Démocratie et «noosphère informatique » / pouvoir d’un peuple anonyme et cosmopolite

Teilhard voit le jour en 1881, soit 47 ans après la naissance de l’informatique ; gageriez-vous qu’il fut au courant ?



-Origines (références Wikipédia)
« Charles Babbage, mathématicien britannique du XIXe siècle . En 1834 il fut le premier à énoncer le principe d'un ordinateur, pendant le développement d'une machine destinée au calcul et à l'impression de tables mathématiques il eut l'idée d'y incorporer des cartes du métier JACQUARD (1752-1834, célèbre lyonnais) dont la lecture séquentielle donnerait des instructions et des données à sa machine. Babbage imagina l’ancêtre mécanique des ordinateurs d'aujourd'hui. Il ne finira jamais sa machine analytique, mais il passera le reste de sa vie à la concevoir dans les moindres détails et à en construire un prototype. Un de ses fils en construira l'unité centrale (le moulin) et l'imprimante en 1888 et fit une démonstration réussie de calcul de table à l’académie royale d'astronomie en 1908 ».

-Evolutions possibles de l’utilisation de l’informatique : démocratie / démoncratie
Hormis les avancées technologiques précieuses qu’elle permet en libérant des énergies créatrices chez l’homme (parmi beaucoup d’autres techniques), l’informatique est devenue l’insidieux pouvoir d’un peuple, pour le meilleur OU pour le pire, peu contrôlable et cosmopolite.
Il s’agit d’un véritable tissage de « filet » de type technico- noosphérique et je vais souligner le fait, conséquent, qu’une démocratie moderne peut aussi disparaître si elle bascule en «démoncratie» suivant l’esprit majoritaire avec lequel cette arme à double tranchant est utilisée.

-Les médias relatent depuis plusieurs années différents méfaits à échelle planétaire aux retombées anti démocratiques et égoïstes. Ces fléaux agissent sur le plan humain par des biais économiques, financiers, politiques, écologiques, idéologiques….

-Les terroristes internationaux, auraient contaminé ce système de communication planétaire depuis belle lurette, à seule fin de faire tomber leurs antagonistes, s’ils n’avaient pas risqué d’en être eux-mêmes neutralisés : on ne scie pas la branche sur laquelle on est assis.

-Une démocratie est affermie par des moyens politiques, juridiques technologiques et éducatifs. Or le sort d’une démocratie dépend de qui détient le pouvoir, de la façon dont il a été obtenu et dont il peut toujours être perdu.
Pour être stable et prospère, la démocratie doit être unanimement approuvée sur des principes éthiques communs.

(2) Chapitre 14 : Y a-t-il dans l’univers un axe principal d’évolution ? (pages 243 à 255)

La réponse est OUI car Teilhard démontre que le cosmos, la matière, la vie, la réflexion humaine d’où découle la socialisation ne sont pas des épiphénomènes mais, ensemble, constituent le phénomène central de l’évolution et de l’hominisation.

Le phénomène biologique qu’est la vie est la perle rare fabriquée par l’organisme -mesuré (aux confins hors de mesures) qu’est l’univers dont la terre et ses habitants font partie intégrante.

Après avoir mis au jour les fondements cosmologiques, matériels, biologiques, sociaux et noosphériques d’une future démocratie Teilhard en fait déjà apparaître le fondement moral :

p. 254-255 : Accepte-t-on l’idée, fortement supportée par les faits, que l’homme individuel n’arrive au bout de lui-même que solidairement avec tous les autres hommes présents, passés et à venir ? Dans ce cas, la conscience, ainsi éveillée en chacun, d’être élément responsable d’une évolution en cours de rebondissement fait immédiatement apparaître en même temps que le goût et la raison d’agir, un principe fondamental et un système précis d’axes de moralité.

Mais son diaporama ne s’arrête pas à la morale nécessaire pour un vaille que vaille vivre ensemble, et c’est ce qui fait l’originalité de ses propositions: Sur l’axe de l’évolution vers la démocratie, Teilhard se risque à imaginer un point ultime de convergence de deux super entités, celle des forces naturelles et celle des forces surnaturelles et il écrit (p. 252 ) quitte à faire apparaître cette proposition étonnante, ou même suspecte d’illuminisme (...) l’individu humain ne s’achève et n’existe pleinement que dans une unification organique de tous les hommes en Dieu » et c’est sur ce point précis, d’après Teilhard, que devrait aboutir en termes de capacité ou potentiel le véritable pouvoir du peuple qu’est l’humanité.

Teilhard voit dans la pensée chrétienne le fleuron de l’axe spirituel. On peut éventuellement être d’accord avec lui mais, pour avoir une vision holistique du groupe humain, il aurait fallu prendre en considération les points de concordance avec d’autres systèmes culturels et cultuels. Un tronc commun de compréhension mutuelle existe certainement puisque nous partageons tous les mêmes caractères fondamentaux d’un phylum unique en son genre; il en va d'un terrain d'entente sur une démocratie stable et prospère comme écrit plus haut.

(3) Chapitre 15 : Les directions et les conditions de l’avenir (pages 273 à 278)

Unification, technisation et rationalisation croissantes.
-Montée continue de l’unification sociale : Toujours plus d’inter liaisons et de cohésion sont le pendant de toujours plus de compression sur terre de la masse humaine, en contrepartie à Toujours davantage de technique et de machinisme généralisés le phénomène industriel facilite et multiplie indéfiniment nos actions.
-D’où une montée de la vision car main mise technique générale sur les ressorts physiques du monde, entraînant une libération d’une puissance disponible qui se transformerait en efforts de recherche et de création.

Pour autant, ces perspectives sont soumises à conditions ; Teilhard passe en revue les dangers qui pourraient les compromettre. Par rapport à son époque, ces dangers n’ont pas cessé de s’amplifier :

-soit par cataclysmes naturels, ce qui n’est pas nouveau, (sur terre, ou depuis le firmament),

-soit du fait de l’homme : pollution de l’eau, perte des terres cultivables, déforestations massives, exterminations d’une partie de la faune (au risque de rompre l’écosystème), épuisement des gisements d’énergie, menace nucléaire et chimique, terrorisme bactériologique potentiel, famines (qui ne s’expliquent pas que par l’explosion démographique), fractures sociales et économiques (récession), individualisme forcené dans les sociétés occidentales.
Cependant, l’importance de ces risques a déclenché une réaction d’éveil des consciences : des groupes d’humains se constituent de plus en plus, se resserrent et s’unissent dans tous les domaines imaginables. Leur force de cohésion n’est-elle pas déjà l’amorce d’une formidable démocratie pour sauvegarder les directions et les conditions de l’avenir ?
" S’unir ou périr" et on ne peut pas dire qu’en parlant ainsi Teilhard soit atteint d’un optimisme angélique et naïf qui lui est parfois attribué. Il est simplement lucide ; ce qui n’exclut pas l’espérance.

Alors, comment ? " En sortant par le haut" dit-il par un acte de foi surnaturel en Omega, principe de vie qui porte le monde … On comprend pourquoi cette vision serait difficile à intégrer dans des programmes scolaires d’éducation civique. Cependant, la « sortie par le haut » ne bannit pas mais au contraire intègre l’organisation » par le bas »: C’est ce que nous allons tenter d’examiner en abordant l’Essence secrète de l’idée de démocratie selon Teilhard.

(4) Chapitre 16 : L’Essence Secrète de l’Idée de démocratie (p. 272 à 278)

L’idée de démocratie n’est pas un de ces concepts abstraits que nous puissions espérer préciser (…) Elle n’est pour une large part que l’expression approchée d’une aspiration profonde, mais confuse, qui cherche à venir au jour et à se formuler. De ce chef, le problème de son élucidation relève autant (si non plus) de la psychologie plutôt que de la logique. (p. 273)

Teilhard choisit savamment ses mots, d’où certaines difficultés aujourd’hui pour le comprendre car le langage a souvent perdu de son acuité (syndrome de la tour de Babel). Aussi analysons le choix de deux d’entre eux : essence et secret :

- Le mot essence est à prendre dans deux acceptions :

-D’abord dans le sens prosaïque de carburant en tant qu’énergie nécessaire pour propulser un mouvement ; le carburant qui fait démarrer le moteur des intentions, des actes terre à terre que Teilhard prend d’ailleurs totalement en considération.

-Ensuite, le mot essence, loin d’être compréhensible immédiatement, est chargé de valeurs d’ordre philosophique et métaphysique. C’est aussi par cette voie que Teilhard amène le lecteur à comprendre de quelle nature est la démocratie, son origine en tant que réalité émanant d’un autre ordre.

Teilhard aurait tout bonnement pu se contenter d’un titre comme "L’idée de démocratie" mais il ne l'a pas fait et avec la double signification du mot « essence » il parvient à amalgamer organisation par « le bas » et organisation « par le haut » deux aspects pour lui inséparables et présentés déjà au chapitre 15 .

-Le mot secret : est issu du latin secerno : séparer, mettre à part.
L'idée de séparation est aussi ancrée dans le mot sacré, en latin sacer : inviolable, interdit, coupé. Le « sacré » est un concept spirituel universel car il déborde toute confession.

En fait, le « secret » dont parle Teilhard n’est ni inviolable ni interdit, il est juste très difficile d’accès et il faut, au contraire, oser l’aborder afin de mieux en comprendre les mécanismes, les effets et l’évolution au cours de l’Histoire humaine. Je ne pense pas trahir sa pensée en raccordant les deux mots « secret » et « sacré » :
- En raison de la double compréhension du mot « essence ».;
- En raison du chapitre 15 où nous avons vu en quels termes l’auteur propose une sortie par le haut. Un alpiniste qui s’est trouvé engagé dans une voie irréversible comprendra très bien ce que cela veut dire. A quoi serviraient pensées et élucubrations si elles ne se traduisaient pas en actes ? A rien. Aussi, Teilhard propose d’aborder la question par une voie quand même moins éthérée : la biologie

-Démocratie et biologie
L’essence secrète de l’idée de démocratie deviendrait plus compréhensible si, laissant provisoirement de côté les faces politiques et juridiques du problème, nous essayerons d’aborder le sujet en passant par la biologie.

-(p. 274) Parmi les diverses propriétés structurelles inhérentes à l’étoffe humaine, la plus fondamentale (…) est certainement pour l’humanité de se trouver par double effet de compression planétaire et compénétration psychique en cours d’irrésistible unification et organisation sur elle-même.

L’unification par l’essence secrète de la démocratie « aux contours si flous » passe par un double mouvement:

-Pour être viable et stable, l’unification obtenue doit avoir pour résultat non d’étouffer, mais d’exalter l’originalité incommunicable de chaque élément du système
-Tout en assurant et en favorisant l’établissement des courants de convergence (organisation collective)


-La socialisation de compression, dans la mesure où elle commence à pénétrer notre conscience, remue au fond de nos âmes le monde trouble des aspirations dites démocratiques.

En touchant son âme, partie subtile de son être, on peut supposer que l’Homme élèvera assez son niveau de conscience pour percevoir que le développement de l’espèce dont il dépend appartient à un monde liminaire entre matière et esprit.


Conclusion

Tous ces différents aspects ont fait transparaître la mystérieuse armature de la démocratie qui, telle un arbre retourné, plongerait ses racines dans le ciel et dont les branches déposeraient leurs fruits sur terre : "Liberté, Egalité, Fraternité" ; à nous de vouloir les cueillir. Pour les utiliser. La démocratie, en fin de compte, se révèlerait à travers ses effets lesquels, de transposition en transposition, pourraient se résumer me semble-t-il par cinq termes : rapport, harmonie, analogie, unanimité et communion ;

-Rapport entre la société humaine et le cosmos sur un axe principal d’évolution,

-Harmonie par identification au sens de l’espèce,

- Analogie entre l’homme et ses technologies. Elles sont devenues ses « prothèses biologiques » qui prolongent son pouvoir d’action à l’échelle planétaire. (cf le chapitre "Place de la technique dans une biologie générale de l'humanité" du livre "L'ACTIVATION DE L'ENERGIE")

-Unanimité sur des principes éthiques communs entre les différentes cultures afin de stabiliser la démocratie, (voir bas de page (1)/ extrait de "Croire quand même" de Joseph Moingt s.j.)

-Communion par spiritualisation ( pour ceux qui sont sensibilisés). Elle conduit à une affinité de cœurs à cœurs, de centres à Centre (Point Omega), par amorisation et non plus par contrainte.



(1) (...) "que s'établisse un dialogue entre les religions, non pour se renforcer par un appui mutuel, mais pour puiser dans leurs croyances respectives, sans chercher à les mélanger, de quoi défendre une haute idée de l'homme et guider et soutenir les débats et les combats des peuples pour un avenir meilleur de l'humanité"/Joseph Moingt s.j. "CROIRE QUAND MEME Libres entretiens sur le présent et le futur du catholicisme" / Editions TempsPrésent 2010, page 76.
Entretiens menés par Karim Mahmoud-Vintam et Lucienne Gouguenheim.
Joseph Moingt est né en 1915. Ancien professeur de théologie à Paris (Centre Sèvres et Institut Catholique), ce jésuite a dirigé pendant plus de trente ans la revue "Recherches de Sciences Religieuses". Il est considéré comme l'un des plus grands théologiens vivants.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 8 Août 2011 à 09:51 | Commentaires (0)

Réflexion pour septembre 2011


Introduction :

Les membres de notre groupe devraient se faire plaisir en analysant ces trois chapitres qui, non seulement se suivent et se complètent, mais sont terriblement d’actualité ; notamment depuis une vingtaine d’années durant lesquelles la société mondiale humaine a presque doublé, s’enroule sur elle-même et se complexifie dans des proportions exceptionnelles. L’économie joue les vases communicants, le droit et les structures politiques tentent d’en faire autant, etc … Un siècle de crise dans tous les domaines nous attend pour que tout soit uniformisé. Mais cela est-il possible, et au prix de quels gâchis ?
La pensée (irréfléchie) des responsables politiques avec la courte vue qui est la leur conçoit que seule l’uniformisation peut convenir à l’humanité. Parallèlement, je n’ai pas attendu Teilhard pour être persuadé que ce n’est ni par les structure ni d’une manière tangentielle que l’humanité doit s’unir mais personnellement, de centre à centre. Il ne faut pas confondre union des cœurs avec uniformisation des sociétés, et pourtant, c’est le processus vers lequel on nous dirige.

Chapitre 14 : LES DIRECTION DE L’AVENIR / AGITATION OU GENESE ?

Dans ce chapitre Teilhard affirme que le phylum chrétien forme l’axe-même de la socialisation de l’espèce humaine. Il oublie simplement que la Chrétienté ne représente que le tiers des populations recensées et reconnues comme adeptes de l’une des trois grandes religions mondialement organisées.
Par ailleurs, le phénomène religieux est apparu bien avant les trois grands courants religieux actuels et, de plus, c’est le fait religieux qui est pris comme référence dans ce qui sépare les animaux de l’espèce humaine.
Le volume et la forme de la boîte crânienne sont des critères importants pour décider où classer les squelettes trouvés dans la terre, mais ils ne sont pas les seuls pour décider du franchissement du « pas de la réflexion » . En effet, ce sont les indices de cultes funéraires qui permettent de décider ce changement de niveau car ils attestent de l’existence d’un début de religion, d’une croyance en l’au-delà ; sorte d’instinct de conservation de l’esprit et d’une vie éternelle.
Toutes les religions procèdent ainsi et proclament l’existence des dieux, puissances supérieures à vénérer pour attirer leur bienveillance. La seule véritable différence entre les religions consiste à donner plus ou moins de précisions sur la vie dans l’au-delà, et la manière dont est révélée cette connaissance et, à ce double titre, les religions chrétiennes ne sont pas en retard ; c’est même ce qui fait leur point faible dans les sociétés modernes. C’est d’ailleurs sur la réforme du dogme que Teilhard voulait agir et l’Eglise Catholique évolue lentement dans ce sens , se rapprochant imperceptiblement de la pensée scientifique et philosophique qui en découle. Mais elle doit aussi tenir compte de la moitié de la population inculte ou analphabète pour laquelle le vieux dogme chrétien a été élaboré.
Cette position de primat de la religion chrétienne adoptée par Teilhard est surprenante car il devait certainement bien connaître les autres religions et les estimer à leur juste valeur. Je persiste à penser que cette position rigide ne reflétait pas le fond de sa pensée, ses écrits en attestent tout au long de sa vie. Il cherchait à se faire pardonner ce qui, justement, le séparait des dogmes chrétiens car en tant qu’homme d’honneur il était fidèle à son serment, par principe moral.
Ainsi donc Teilhard aurait eu totalement raison si au lieu d’écrire « L’Eglise n’est pas un épi phénomène mais l’axe central du rassemblement », il avait écrit : » Les religions ne sont pas un épi phénomène mais l’axe central de ce rassemblement ».

Mais n’oublions pas cette parole révolutionnaire de Teilhard, de même portée que la révolution copernicienne : « L’homme est un seuil critique d’évasion psychique. »

Chapitre 15 : LES DIRECTIONS DE L’AVENIR

Cette citation de Teilhard m’a particulièrement accroché : « La chose la plus impossible à arrêter c’est la marche des idées. »
J’ajouterai une précision, il ne faut pas confondre une idée avec une pensée. La première est une réponse à une recherche, un souci ou autre questionnement ; tandis que la seconde, la pensée, c’est comme si on traversait un nuage, elle est imprécise, non demandée, elle ne répond pas à un questionnement précis comme peut le faire une idée qui, elle, est une vague de fond causée par quelque chose d’important et concret.
Les pensées alimentent l’œuvre des artistes ; les idées, celles des ingénieurs. Ainsi peut-on caricaturer ces deux concepts, en dehors de toute notion de valeur comparative. Les deux sont indispensables à l’avenir de l’homme.

Dans ce même chapitre Teilhard aborde un problème vital qui s’est posé à tous les âges de la terre et particulièrement au nôtre, à cause de la montée galopante de la démographie et de la tendance au gaspillage. Voici comment Teilhard présente la chose :
«Le problème le plus dangereux concerne l’alimentation car les terres cultivables sont limitées, fragiles et irremplaçables »

Ce n’est pas en vivant dans un pays comme la France qui sur le plan agricole est un paradis terrestre, que l’on peut prendre conscience du problème, mais en parcourant le monde dans des régions aux éléments hostiles où les habitants parviennent péniblement à prélever 500 grammes de céréales et 50 grammes de laitage par jour et par personne. Là, le moindre incident climatique devient dramatique, alors qu’en Europe on se permet de mettre en jachère des terres riches, ou de les laisser être envahies par la forêt par absence de cultures. Dans les pays favorables à l’agriculture les facteurs les plus destructeurs sont, justement, les techniques agricoles modernes qui ne respectent pas la nature et je vais citer quelques exemples incontestables, induits par les industries agroalimentaires, les industries fournisseurs de l’agriculture et les méthodes de management qui tiennent davantage compte des lois de la finance que des lois de la nature.
-1- les façons culturales
Elles concernent le travail du sol lui-même : labour, sous-solage, sarclage.
(a)Les labours n’ont pas comme unique objet de retourner la terre pour qu’elle soit propre, mais aussi de l’aérer pour favoriser le développement des micro-organismes qui sont le maillon indispensable pour l’assimilation des engrais chimiques. La présence des micro-organismes se mesure à la couleur de la terre : en surface la terre est plus sombre qu’en profondeur. Les labours ont pour objet d’enfouir les engrais végétaux comme les pailles et les végétaux cultivés dans ce but qu’on nomme « engrais verts ». En 10 ans on peut doubler le rendement d’une terre aride en enfouissant de plus en plus profondément un maximum de végétaux. Ce fait est démontré par le passage du grattage superficiel avec un « areau » au labour de 15 cm, puis au labour de 30 cm. C’est une règle absolue : il faut rendre à la terre ce qu’on lui prend en végétaux et en éléments chimiques. Le brûlage des pailles est un non-sens. Les engrais chimiques sont nécessaires mais sans micro-organismes ils ne servent à rien et passent dans les nappes phréatiques.
(b)Le sous-solage est une technique qui permet de remuer la terre sans la retourner jusqu’à 1 mètre de profondeur ; avantages : micro-organismes en profondeur, les racines des végétaux pénètrent plus profondément et leur partie aérienne est plus forte, la capillarité de la terre étant rompue le sol se dessèche moins vite.

(c)Le sarclage a pour but d’enlever les mauvaises herbes et de ralentir l’évaporation de l’eau ; or maintenant on remplace cette opération par des produits désherbants, on tue l’herbe mais, ne grattant plus le sol, celui-ci se dessèche plus vite et on compense en arrosant.

-2- L’arrosage
Autrefois, on irriguait par écoulement d’eau dirigée par de petits canaux et toute l’eau dépensée était utilisée. Maintenant on utilise des jets tournants que l’on déplace. Par cette méthode la moitié de l’eau utilisée se perd par évaporation avant de toucher le sol. Les paysans ne payant l’eau qu’un prix symbolique, ils ne la comptent pas, d’où le dessèchement des nappes phréatiques. Il existe des moyens d’aspersion au ras du sol , c’est un moyen terme pouvant être complété par un autre compromis : ne mettre du désherbant que sur la rangée de maïs et continuer les sarclages entre les rangées, soit moins de pollution par les désherbants et moins d’arrosage.

3- L’assolement
Il s’agit de la rotation des cultures entre parcelles de la même exploitation afin d’éviter l’épuisement des sols. Les Indiens d’Amérique du sud ne savaient cultiver que le maïs et quand le sol était épuisé ils quittaient une terre pour en cultiver une autre. C’est ainsi que les villages se déplaçaient irréversiblement.

4- Les engrais verts
Plutôt que de faire les jachères imposées par l’Europe, on devrait semer de la luzerne car cette légumineuse enrichit le sol en azote en emmagasinant dans ses racines cet élément pris dans l’atmosphère.

Toutes ces techniques inventées par Olivier de Serres sous Henri IV peuvent être modernisées et ainsi supprimer le gaspillage des ressources de la terre.

5-Enfin, l’énergie
Quand j’étais en école d’agriculture de 1950 à 1953, nous avions visité une ferme-modèle qui produisait toute son énergie pour les moteurs, le chauffage et l’éclairage à partir du gaz de fumier dans des gazomètres miniatures dont le cylindre mesurait 5 mètres de diamètre pour 5 mètres de haut. Le fumier venait des vaches et retournait à la terre après avoir fermenté. On a reparlé timidement de cette technique il y a quelques mois après cinquante années d’oubli, mais l’EDF et les pétroliers ne veulent pas céder la place. Cadeau supplémentaire : cela stopperait l’émission de méthane qui participe à l’effet de serre car le fumier qui fermente produit du méthane

-Bilan de ce gaspillage
De mon temps, une famille vivait bien avec 30 hectares de terre ; maintenant, il faut 300 hectares pour vivre. Les rendements des cultures ont été multipliés par 10 , alors que les coûts d’exploitation et d’amortissement du matériel sont tels que la qualité de la vie est inférieure à ce qu’elle était il y a 50 ans. Maintenant, 80% de la population vit dans les villes et la bonne économie des sols n’est pas respectée.

En adoptant une économie raisonnable, la terre peut nourrir correctement plus de 20 milliards d’habitants et les justes craintes annoncées par Teilhard seraient infondées. Les inventions d’Olivier de Serres sont toujours valables, elles sont même améliorables. Son livre s’appelle « Le ménage des champs ».

Dans le chapitre 15, paragraphe (B) « Conditions de santé » p. 265 de l’édition Points du Seuil, Teilhard emploie le mot « eugénisme » qui, à notre époque, a une connotation négative. Je rappelle sa définition dans le Larousse : « vient du grec eu qui signifie « bien » et de gennâm qui signifie « engendrer ». L’eugénisme est la science des conditions favorables au maintien de la qualité de l’espèce humaine. L’eugénisme est aussi l’ensemble des théories sociales fondées sur cette science »

Le roman de fiction d’Aldous Huxley publié en 1932 « Le meilleur des mondes » décrit une société imaginaire qui a développé une industrie de procréation in-vitro qui interdit l’amour aux catégories supérieures ; quant aux catégories inférieures, les prolétariens (au sens propre du terme), on ne leur demande pas de réfléchir et d’ailleurs ils sont pas programmés dans ce but. Ce roman, très critique à l'égard de l'eugénisme, est toujours étudié et publié. Ce n’est pas le cas du livre du docteur Alexis Carrel « L’homme cet inconnu » publié en 1935 qui est un livre de réflexion scientifique traitant des moyens à mettre en œuvre pour les « conditions favorables au maintien de la qualité de l’espèce humaine » (comme précisé dans le Larousse). Suite à ce livre, ce médecin a connu son heure de gloire, notamment à Lyon sa ville d’origine où des rues portaient son nom. Mais après la deuxième guerre mondiale, les nazis ayant pratiqué l’eugénisme dans le sens que l’on sait, le livre d’Alexis Carrel a été diabolisé et ses rues débaptisées. Cette différence de traitement est due au fait qu'il s'agi d'une part d'un livre de fiction et d'autre part d'un livre scientifique. J’ai relu le livre d'Alexis Carrel, les passages concernant l’eugénisme sont effectivement écrits maladroitement.

Je pense que Teilhard a commis la même erreur à plusieurs reprises et dans plusieurs livres ; erreurs que j’avais occultées dans mes deux manuels d’étude pour ne pas nuire à la pensée de Teilhard et par incompréhension de ma part..
Je cite Teilhard dans ce livre :

- « Conditions de santé, par là, j’entends beaucoup moins l’hygiène et la condition physique que les problèmes vitaux et cependant volontairement ignorés posés par la génétique… »
-et un peu plus loin, à propos de surpopulation : « Comment faire, surtout pour que dans cet optimum numérique ne figurent que des éléments harmonieux en soi et aussi harmonisés entre eux que possible ? Eugénisme individuel, génération et éducation ne donnant que les meilleurs produits ; eugénisme social, groupement ou mélange de divers types ethniques, non pas laissés au hasard, mais opérés dans des proportions humainement plus favorables ? »
-plus loin encore, on lit : « On se heurte dans ces deux directions à des difficultés apparemment insurmontables »

Dans ces phrases, Teilhard pose des questions prudemment, il souligne le danger. Il n’empêche que le problème doit être posé, et il conclut :
-« Aidés par la science et soutenus par un sens renouvelé de l’espèce, saurons-nous franchir le tournant dangereux ? »

On ne peut pas douter des bons sentiments de Teilhard alors qu’il a eu le courage de poser une question incontournable : faut-il laisser au hasard le soin de laisser évoluer l’espèce humaine de manière aléatoire ; ou bien l’humanité doit-elle prendre les choses en main ? De l’eugénisme, l’humanité en fait déjà : contrôle des naissances à l’échelle mondiale, mariages entre frères et sœurs et cousins interdit ; idem pour les enfants trisomiques : la société actuelle permet à ces personnes de se marier mais pas de procréer, tandis que les nazis leur interdisait de vivre.
Ce qui est débile c’est l’univers incestueux entre familles royales pendant des siècles en Europe et on a vu ce que cela produit. Il existe un juste milieu et l’humanité a le devoir d’intervenir avec l’outil qu’est l’éthique.

Chapitre 16 : Essence et idée de démocratie

Définition par le Larousse de « démocratie » : vient du grec demos, le peuple et de kratos, pouvoir, soit gouvernement où le peuple exerce la souveraineté.
Contrairement à Teilhard, je pense que la démocratie relève autant de la psychologie que de la logique. Ensuite, pour l’étudier, il ne faut pas en écarter les aspects ^politiques et juridiques. D’ailleurs à ce propos Teilhard se contredit par rapport à ce qu’il a écrit dans les pages précédentes du même livre : « L’homme est né LEGION » ce qui signifie que dans la notion de vivre ensemble l’idée de démocratie est incluse.
A mon avis il ne se cache rien derrière l’idée de démocratie, c’est un des aspects de la vie sociétale animale et, à ce titre, ce n’est pas un privilège de l’homme. Tous les aspects de la vie sociétale sont plus ou moins émergents chez les animaux, même l’idée de démocratie est présente puisque les individus dominants deviennent « chefs de bande » et sont reconnus comme tels par les individus dominés.

Paraphrasant Teilhard, on peut dire que l’humanité est un phylum qui, grâce à un niveau de conscience plus élevé, a développé davantage tous les aspects de la vie sociétale ; autant les bons que les mauvais d’ailleurs.
Le développement et le perfectionnement de la démocratisation de l’humanité sont tributaires de la notion de temps ; tout comme l’évolution de la matière puisque l’esprit est l’un des aspects de la matière (on peut aussi dire l’inverse : la matière est l’un des aspects de l’énergie esprit).

Différentes formules se sont développées dans le contexte de la démocratie : la royauté, la théocratie, le soviétisme, la dictature, la monarchie constitutionnelle, la république. Seule l’anarchie n’a jamais pris forme car ses adeptes dans leur ensemble ne sont pas suffisamment sages pour s’auto-réguler spontanément (selon la définition du Larousse) ; sauf peut-être en tout petits groupes de moins de dix personnes ; mais cela reste une exception, ce qui prouve que chaque individu ne peut atteindre sa plénitude qu’en présence de l’Autre.
Mon ami Bernard Frangin (Dieu ait son âme) qui fut un grand reporter pour le « PROGRES » de Lyon, spécialiste de l’Afrique, disait un jour à propos de la meilleure formule de vie en société : « La démocratie est un produit de luxe qui ne peut prospérer que dans les pays déjà développés. »

La démocratie ne s’exporte pas, contrairement à ce que les pays occidentaux essayent de faire au XXIe siècle en Afghanistan et en Afrique. Pour qu’elle réussisse, il faut que l’idée de démocratie remonte de la base jusqu’au sommet d’une population et non pas l’inverse. Dans presque tous les cas d’établissement de régime démocratique, cela s’est produit devant la menace d’une révolution ou après l’éclatement d’une révolution ; elle n’est jamais spontanée.

En Afghanistan, la société est totalement « mérovingienne ». Depuis toujours cette nation est composée de tribus nomades guerrières et de seigneurs locaux, guerriers eux aussi, et, par-dessus tout, ils AIMENT ce genre de vie. Je doute même qu’un jour les talibans puissent arriver à les maîtriser sous quel que régime que ce soit car le mouvement taliban, un « pseudo Islam », a été créé artificiellement pour chasser les Russes, d’abord, et les Américains ensuite. Je me réjouis en constatant que les membres de l’O.T.A.N. aient enfin compris que cette guerre était perdue d’avance. Quand il n’y aura plus d’occupants en Afghanistan, il n’y aura plus de talibans car ils se seront retranchés au Pakistan, le pays qui les avait « inventés » et quand ce jour viendra, malheur à ce pauvre pays …

Quant à l’Afrique, les anciens pays colonisateurs (France, Allemagne, Angleterre, Belgique, Portugal, etc …) ont créé des « républiques bananières » à leurs ordres, littéralement collées comme une pellicule superficielle sur la Tradition Coutumière des Anciens qui, d’ailleurs, dirigent toujours les pays en sous-main.

Pour le reste de son analyse sur la notion de démocratie, Teilhard a totalement raison sur l’analyse des fondamentaux qu’il propose, et notamment son interprétation du grand slogan si mal interprété : « Liberté, Egalité, Fraternité » pour lesquelles les peuples doivent, encore beaucoup réfléchir.
Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 8 Août 2011 à 09:41 | Commentaires (1)

Travaux des membres


Chapitre 11, tome " l’Avenir de l’Homme" présenté le 24/6/11 lors de notre réunion de travail



Pierre Teilhard de Chardin a foi en l’homme. A mon modeste niveau je constate les faits extraordinaires suivants :

Les particules découvertes à ce jour lancée dans le vide lors du Bing Bang, soumises aux forces connues découvertes à ce jour, ont réussi par UNION à créer la matière, la vie, la conscience, la réflexion.
Cette montée en puissance dans la complexité s’est faite dans un sens directionnel du toujours plus.
Cette « FORCE » inconnue non découverte à ce jour qui permet ceci, inscrite dans le dedans ou le dehors de ces éléments, a triomphé des pires difficultés de survie dans toujours plus de beauté et d’intelligence.

Quant à l’homme vieux de 3 millions d’années environ, ce qui représente une fraction de seconde en temps cosmique, il a découvert l’art, la science, la technique, éthique…..Laissons lui encore quelque secondes sans nous laisser aller au pessimisme, au doute, à la peur .L’homme appartient au tout de l’univers, il a donc en lui cette « Force » citée plus haut, mais en plus dans son psychisme sont incrustés son appétit de découvertes et son goût du bonheur.

L’homme a maintenant le pouvoir d’accompagner, d’aider, de modifier sans doute le cours des choses ; dans quel sens ? Voila la grande question.

Il est indéniable que la conscience individuelle s’élève à la perception des dimensions et des valeurs nouvelles de la mondialisation. Si l’homme voit, comprend, admet que seul il ne peut rien et que pour vivre il a besoin de l’AUTRE et qu’une des lois fondamentales de l’univers est l’UNION, alors il saura trouver les éléments pour réussir. Dans un élan nouveau il trouvera de nouvelles règles dans une éthique de socialisation qui respectera la valeur unique de chacun.

J.P. Sartre a dit « les autres c’est l’enfer », quelle ânerie ! L’autre pour soi est source de survie, de découvertes, de bonheur.
Je suis fasciné, admiratif, devant cette création évolutive et son sens directionnel indique qu’il y a un sens de signification
La matière ayant sorti l’esprit en l’homme lui fera découvrir cette signification en dégageant une nouvelle spiritualité dans cette noosphère si chère à Teilhard.

Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Jeudi 4 Août 2011 à 13:39 | Commentaires (0)

Travaux des membres

"L'AVENIR DE L'HOMME" éditions du Seuil
Chapitre 5 ; "L'Esprit Nouveau"


L’ensemble de l’humanité actuelle désire, espère et ressent quelque chose qui est en train de changer dans notre monde à tous niveaux .Les découvertes scientifiques et techniques, l’économie mondiale, la rapidité des communications, l’internet, la télévision entrainent les hommes dans une centreité de complexité et de conscience qui va développer une nécessaire socialisation d’entraide et de partage
Les découvertes sur l’ évolution de notre univers ont donné enfin une vision du temps et de l’espace ;et nous comprenons que chaque élément dépend de l’arrière et de l’avant du temps et d’autres éléments d’à coté de l’espace. Dans ce cône du temps et de l’espace l’homme prend une vision de son appartenance au tout de l’univers. Dans l’infiniment grand ,dans l’infiniment petit, dans l’infiniment complexe, chaque élément, chaque être, chaque acte se croisent, s’interfèrent et une force inconnue encore à ce jour pousse et tire l’évolution dans un sens directionnel vers le le haut du cône.
L’homme, ce produit historiquement le dernier formé, se caractérise par trois éléments fondamentaux :

-Son extrême complexité physyco-chimique
-Son extrême organisation, la plus centrée des particules cosmiques
-Son extrême développement psychique (réflexion pensée)

Ce constat oblige à voir et à admettre que l’évolution est la genèse de la matière et de l’esprit.
La science a cherché dans la matière de l’ infini grand et de l’ infini petit l’explication de la vie ; elle n’ a trouvé que la loi de l’entropie où la matière disparait et l’énergie se neutralise ;cherchons aussi sur le chemin directionnel et ascensionnel, là où la matière s’ organise depuis les premières particules.
Ce sens directionnel nous entraine vers plus de centréité de complexité, de conscience; ce sens de direction apporte un sens de signification donc une raison d’être.
Ainsi reconnaître que l’espace-temps est de nature convergente, c’est admettre que l’homme, la pensée, n’ont pas encore atteint de terme de l’évolution : l’homme à l’échelle du temps du cosmos n’a vécu que quelques minutes, et cependant quelle ascension ! Laissons lui encore quelques secondes ! Alors un Homme Nouveau va apparaître au psychisme encore plus développé car ce n’est pas un monde qui EST c’est un monde qui NAIT. De ce constat plusieurs remarques :

-Si le monde sort de l’ombre, s’il se construit, si l’évolution est une genèse, alors nous comprenons mieux et admettons le mal, les inégalités, la souffrance, la mort.

-De même la morale, l’éthique construites à travers quelques règles élémentaires de justice, posées elles aussi sur le cône du temps, donnent aussi l’espoir que l’ascension se construira.

-Cette force unificatrice, qui pousse et qui tire de la base au sommet du cône en unifiant atomes, molécules, cellule de la matière à la vie, à la conscience, à la réflexion, à la puissance de l’amour, cette force unificatrice entrainera aussi les hommes vers plus de centréité, de communion.

-Depuis toujours, l’homme a eu au plus profond de sa conscience un appel vers l’au-delà, une interrogation ! Quelle est cette attente inscrite dans sa conscience ? N’est ce point le désir d’atteindre le sommet du cône ?Pour aller de l’ombre a la lumière, de l’incertitude a la certitude, de la cruauté a la bienveillance, du néant a l’esprit, de rien a la beauté ? Alors tout s’illumine en citant Teilhard : "Et c’est ainsi que notre humanisme, renouvelé dans son gout de vivre et aiguillonné dans ses ambitions pour avoir découvert qu’il y a une cime à la flèche du temps, vient logiquement s’ achever dans une attitude de don et d’adoration".


Jean-Pierre Fressafond
Rédigé par Jean-Pierre Fressafond le Lundi 1 Août 2011 à 12:40 | Commentaires (0)