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Renée Joubert / Qu’est-ce que la démocratie ?
Jeudi 29 Septembre 2011L’avenir de l’homme/Chapitre 16 :L’essence de l’idée de démocratie.
Ce mot formé de demos=peuple et kratos = pouvoir signifie simplement « pouvoir du peuple » Les grandes idées véhiculées par ce principe républicain : .Liberté ,Egalité ,Fraternité ont servi de bases à la déclaration Universelle des Droits de l’Homme adoptée en 1948 mais l’humanité est-elle en mesure de les réaliser ?
Pour Teilhard de Chardin l’idée de démocratie est un désir essentiel lié à la nature même de l’humanité, cependant « elle n’est encore pour une large part que l’expression approchée d’une aspiration profonde mais confuse. »
La conviction profonde de Teilhard.est que l’histoire a un sens. L’évolution s’est faite en allant toujours vers plus de complexité .La socialisation croissante est une chance pour l’humanité .
Plus d’humains signifie plus de conscience. Mais la progression de l’humanité telle que la conçoit Teilhard ne peut se faire qu’à certaines conditions ‘’ . « Pour évoluer la société doit tenir compte de la liberté de l’individu et c’est en s’appuyant sur cette liberté qu’elle et donc l’homme avancera et progressera ‘’…mais intervient alors la notion d’égalité. « Chaque homme doit pouvoir participer selon ses forces et ses qualités à l’effort commun pour construire et promouvoir l’avenir de l’espèce. ‘’
La liberté de chacun présuppose ‘’la pleine responsabilité du citoyen’’.Elle exige aussi de lui ‘’une maturité de conscience ‘’pour qu’il puisse en user totalement .
Se pose alors un problème .Que veut dire pour l’humanité ;être mûre pour la liberté ?
Il faudrait dit KANT ‘’avoir été mis dans la liberté pour apprendre la liberté’’.Donc les populations soumises depuis toujours à des situations d’asservissement : dictatures politiques ,religieuses ,esclavage ne sauraient avoir l’idée même de liberté et ne seraient jamais mûres pour la liberté de conscience .La maturité des peuples présuppose pourtant la fin d’un état de dépendance.
Teilhard de Chardin dit que « la marche réelle du monde oblige à prendre en compte l’aspiration légitime des populations à la liberté et à l’envie d’être responsable de leur avenir».
Il est cependant évident qu’accorder la liberté à un peuple soumis jusqu’alors à un système totalitaire ne peut aller sans troubles .Il lui faudra apprendre à vivre en accord avec sa seule conscience hors de la dépendance qui s’exerçait sur lui.
L’actualité des dernières années et même récemment dans le monde arabe a exprimé et exprime encore la volonté des peuples de parvenir à l’exercice de leur liberté-conscience.
L’égalité de droit n’est encore qu’une égalité formelle. Il reste à la traduire matériellement dans la réalité sociale et économique .Les systèmes qui ont voulu appliquer l’exigence égalitaire en ont trouvé très vite les limites .L’échec des expériences historiques dans les sociétés marxistes est là pour le rappeler. La marche de l’histoire telle que la conçoit Teilhard oblige pourtant à prendre en
compte l’aspiration universelle des peuples à la liberté et à leur légitime responsabilité dans l’avenir de l’homme .La démocratie se forme et s’impose par essais et tâtonnements
‘’Seule en effet une puissante polarisation des volontés individuelles après avoir guidé chaque fragment d’humanité vers la découverte de sa forme particulière de liberté peut assurer la convergence et l’agencement de cette pluralité en un unique système planétaire cohérent….
C’est du sens de l’espèce que dépend en dernier ressort la réalisation sur terre d’un arrangement social vraiment démocratique. Teilhard de Chardin a confiance en l’avenir de l’homme. "La démocratie se forme et s’imposera par essais et tâtonnements comme la nature a elle-même procédé pour arriver, à travers les différents phyla, jusqu’au genre humain. »
Pour Teilhard de Chardin l’idée de démocratie est un désir essentiel lié à la nature même de l’humanité, cependant « elle n’est encore pour une large part que l’expression approchée d’une aspiration profonde mais confuse. »
La conviction profonde de Teilhard.est que l’histoire a un sens. L’évolution s’est faite en allant toujours vers plus de complexité .La socialisation croissante est une chance pour l’humanité .
Plus d’humains signifie plus de conscience. Mais la progression de l’humanité telle que la conçoit Teilhard ne peut se faire qu’à certaines conditions ‘’ . « Pour évoluer la société doit tenir compte de la liberté de l’individu et c’est en s’appuyant sur cette liberté qu’elle et donc l’homme avancera et progressera ‘’…mais intervient alors la notion d’égalité. « Chaque homme doit pouvoir participer selon ses forces et ses qualités à l’effort commun pour construire et promouvoir l’avenir de l’espèce. ‘’
La liberté de chacun présuppose ‘’la pleine responsabilité du citoyen’’.Elle exige aussi de lui ‘’une maturité de conscience ‘’pour qu’il puisse en user totalement .
Se pose alors un problème .Que veut dire pour l’humanité ;être mûre pour la liberté ?
Il faudrait dit KANT ‘’avoir été mis dans la liberté pour apprendre la liberté’’.Donc les populations soumises depuis toujours à des situations d’asservissement : dictatures politiques ,religieuses ,esclavage ne sauraient avoir l’idée même de liberté et ne seraient jamais mûres pour la liberté de conscience .La maturité des peuples présuppose pourtant la fin d’un état de dépendance.
Teilhard de Chardin dit que « la marche réelle du monde oblige à prendre en compte l’aspiration légitime des populations à la liberté et à l’envie d’être responsable de leur avenir».
Il est cependant évident qu’accorder la liberté à un peuple soumis jusqu’alors à un système totalitaire ne peut aller sans troubles .Il lui faudra apprendre à vivre en accord avec sa seule conscience hors de la dépendance qui s’exerçait sur lui.
L’actualité des dernières années et même récemment dans le monde arabe a exprimé et exprime encore la volonté des peuples de parvenir à l’exercice de leur liberté-conscience.
L’égalité de droit n’est encore qu’une égalité formelle. Il reste à la traduire matériellement dans la réalité sociale et économique .Les systèmes qui ont voulu appliquer l’exigence égalitaire en ont trouvé très vite les limites .L’échec des expériences historiques dans les sociétés marxistes est là pour le rappeler. La marche de l’histoire telle que la conçoit Teilhard oblige pourtant à prendre en
compte l’aspiration universelle des peuples à la liberté et à leur légitime responsabilité dans l’avenir de l’homme .La démocratie se forme et s’impose par essais et tâtonnements
‘’Seule en effet une puissante polarisation des volontés individuelles après avoir guidé chaque fragment d’humanité vers la découverte de sa forme particulière de liberté peut assurer la convergence et l’agencement de cette pluralité en un unique système planétaire cohérent….
C’est du sens de l’espèce que dépend en dernier ressort la réalisation sur terre d’un arrangement social vraiment démocratique. Teilhard de Chardin a confiance en l’avenir de l’homme. "La démocratie se forme et s’imposera par essais et tâtonnements comme la nature a elle-même procédé pour arriver, à travers les différents phyla, jusqu’au genre humain. »
Jean-Pierre Fressafond
Actualités
J.P.Frésafond/En ECHO au CHAPITRE 10, tome 5 Ed. du Seuil de L’AVENIR DE L’HOMME
Jeudi 29 Septembre 2011
Intitulé « La formation de la noosphère »,
Paragraphe C , Quelques réflexions sur le chômage et les misères du monde
Teilhard traite les problèmes liés à la surcompression de l’humanité, la mondialisation, l’industrialisation, etc … et une brève allusion au chômage : « Un phénomène trop commun très inquiétant en apparence, mais au fond extrêmement révélateur et rassurant, c’est le phénomène du chômage ».
Si un chômeur lit ce passage il ira voir ailleurs… En revanche, Teilhard développe dans ce chapitre les autres effets de la compression de l’humanité sur sa petite planète ; il faudra franchir, dit-il, plusieurs seuils critiques pour créer le climat favorable au développement de la noosphère.
-La misère morale des acteurs de la finance génère la misère physique des pauvres lesquels, ayant le ventre vide, ont d’autres soucis en tête que de se construire une philosophie. De ce point de vue les riches ne se passionnent pas non plus avec avec l’étude de la philosophie, leur ventre est trop plein mais ils cherchent quand même à le remplir davantage. Leur désir de richesse est sans limite. Les managers financiers ont transformé la noblesse du travail des salariés en une variable d'ajustement, c'est une forme de crime contre l'humanité qui devrait être jugée à la Cour de la Haye, car ces gens là tuent aussi beaucoup de monde. A défaut nous pourrions punir les chefs d'Etats qui laissent faire cela en leur donnant un bulletin négatif lors des élections.
-On nous ressasse une contre vérité à propos des banlieues qui seraient le cœur de l’insécurité, et le seul remède consisterait à augmenter les effectifs policiers…Le fait est que les policiers y sont en insécurité et en augmenter le nombre ne supprimera pas le chômage, sauf si on transformait tous les chômeurs en flics. Il faut prendre le problème autrement. C’est le chômage, cause de la misère physique des personnes, qui les pousse à trouver d’autres moyens de subsistance, à savoir les commerces illicites, les vols et une organisation anti-flics. Le malheur est que si on supprimait le chômage, même en payant des salaires convenables, on ne supprimerait pas pour autant l’économie souterraine car les « chefs de bandes » ont pris goût à l’argent et, dans ce cas précis, des sureffectifs policiers seraient très probablement nécessaires.
Il faut prendre le problème à l’endroit :
Pour supprimer la misère il faut supprimer le chômage et, pour supprimer le chômage il faut remplacer l’économie libérale sauvage et mondialisée par une économie mixte : gérer un équilibre entre libéralisme et protectionnisme, tout en ne perdant pas de vue que la mondialisation est inévitable. En effet, une partie de l’humanité vit avec un dollar par jour (mais il y a pire) et l’autre partie vit avec cent fois plus, au minimum. Cette situation doit être rééquilibrée, elle durera peut-être un siècle mais, gérer comme je l’ai dit ci-dessus deux économies « concurrentes » en faisant en sorte de ne pas tuer l’une pour sauver l’autre, c’est à ce point précis qu’il faut doser les moyens intelligents et progressivement.
Gérer l’économie mondiale dans un tel but impose l’interdiction de la spéculation sur certains produits qui sont sacrés : les monnaies, la valeur du travail et l’énergie. Seuls les Etats devraient avoir le pouvoir, au sein d’un organisme mondial comme le FMI par exemple, de statuer sur la parité des monnaies. On ne peut concevoir une monnaie unique dans le monde et, quand bien même il y en aurait une, il serait impossible qu’elle ait la même valeur dans les pays riches et dans les pays pauvres.
Nous voyons bien le problème actuel avec l’Euro : la différence entre pays riches et pays pauvres dans la zone Euro se traduit par des déficits budgétaires aussitôt comblés par de l’endettement (emprunts ou émissions d’obligations ce qui revient au même). C’est d’ailleurs à ce niveau qu’interviennent les spéculateurs qui jouent non seulement sur les dettes, mais aussi sur les assurances destinées à couvrir des dettes ! Comme le décrit Teilhard (voir son article : visite d’un cyclotron à Berkeley, tome-7 « L’Activation de l’Energie »)et des personnalités de l’économie, l’argent c’est de l’énergie sous une forme facile à stocker et à transporter.
L’énergie au sens propre du terme, qu’elle soit sous forme de pétrole ou d’électricité doit aussi être à l’abri des spéculations car, elle aussi, est un bien public donc sacré.
Mais qu’est-ce que la spéculation ? C’est un pari que l’on fait sur un « produit » financier ou concret comme l’énergie, le blé, les métaux, etc … qui verra son prix monter ou baisser pour une cause réelle ou imaginaire et que, partant de cela, il faut acheter ou vendre cette « denrée ». Ce mécanisme ne produit aucune richesse réelle, si ce n’est le différentiel qui profite aux parieurs, au détriment des consommateurs de la denrée en question, dont le prix va monter ou baisser dans des proportions de 1 à 10 de la valeur réelle initiale. Le parieur gagnant profite de la perte de l’autre parieur perdant, mais c’est toujours le consommateur ou le producteur qui payent le différentiel final.
Le problème est que les gains des parieurs sont « hors bilan » pour la bonne raison que ces comptes courants sont dans les paradis fiscaux où ils sont intouchables pour la bonne raison que les capitalistes, les banques et les Etats qui en profitent aussi sont tous d’accord pour conserver les paradis fiscaux. Les réunions des G-20 et autres ne sont qu’une mascarade. L’un des pays fondateurs de l’U.E. est lui-même un paradis fiscal. La tricherie et le jeu sont les cancers de l’économie mondiale. Supprimer les paradis fiscaux dans une zone de la planète ne servirait à rien car ils se développeront ailleurs.
Ce sont tous les Etats ensemble qui doivent supprimer les paradis fiscaux ; tous ou personne, s’il en reste un, ça ne marchera pas. Le fond du problème est là.
Pour ce qui est de la prévention des guerres à l’O.N.U. le manque d’unanimité est gérable ; le « tout de peu » est possible, mais pour le fric c’est le « tout ou rien ».
Ces problèmes de spéculation ne sont pas nouveaux (voir l’ARGENT » d’E. Zola) ; les crises mondiales non plus (la dernière-née est toujours la plus forte, dit-on), mais on s’en remet toujours, ce qui prouve bien que la valeur de l’argent est une conséquence arbitraire, on refabrique de la monnaie et c’est le peuple qui paye, et la reprise se fera jusqu’à la prochaine crise.
Le problème est qu’avec l’informatique on fait des milliards de fois plus d’opérations que du temps de la « corbeille », et les valeurs de la spéculation portent sur des milliers de fois les valeurs de l’économie réelle.
Que font les dirigeants des pays ? Ils trichent avec les comptes qu’ils présentent à l’union mondiale de la triche. Les agences de notation et les médias économiques ont pour mission de créer les courants de panique ou les fausses joies. Il faut que ça bouge dans un sens ou dans l’autre, la « ligne plate » est une catastrophe ! De toute façon on a de la marge, disent-ils, jusqu’à 10% de chômeurs la situation est gérable !
Selon eux, l’énergie humaine est une variable d’ajustement… et dire que ces dirigeants affichent tous leur référence aux valeurs sacrées des religions et des idéologies ; surtout aux U.S.A.
Teilhard prêche pour donner le goût de vivre à l’humanité, à l’union sacrée des âmes pour construire la noosphère de notre terre. Cela aussi risque d’être long, mais peut-être moins long que l’union sacrée des économies mondiales, car l’union sacrée pour la noosphère dépend de la grande peur de la mort, tandis que l’union monétaire ne tue pas les dirigeants mais les peuples qui meurent de faim.
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Si un chômeur lit ce passage il ira voir ailleurs… En revanche, Teilhard développe dans ce chapitre les autres effets de la compression de l’humanité sur sa petite planète ; il faudra franchir, dit-il, plusieurs seuils critiques pour créer le climat favorable au développement de la noosphère.
-La misère morale des acteurs de la finance génère la misère physique des pauvres lesquels, ayant le ventre vide, ont d’autres soucis en tête que de se construire une philosophie. De ce point de vue les riches ne se passionnent pas non plus avec avec l’étude de la philosophie, leur ventre est trop plein mais ils cherchent quand même à le remplir davantage. Leur désir de richesse est sans limite. Les managers financiers ont transformé la noblesse du travail des salariés en une variable d'ajustement, c'est une forme de crime contre l'humanité qui devrait être jugée à la Cour de la Haye, car ces gens là tuent aussi beaucoup de monde. A défaut nous pourrions punir les chefs d'Etats qui laissent faire cela en leur donnant un bulletin négatif lors des élections.
-On nous ressasse une contre vérité à propos des banlieues qui seraient le cœur de l’insécurité, et le seul remède consisterait à augmenter les effectifs policiers…Le fait est que les policiers y sont en insécurité et en augmenter le nombre ne supprimera pas le chômage, sauf si on transformait tous les chômeurs en flics. Il faut prendre le problème autrement. C’est le chômage, cause de la misère physique des personnes, qui les pousse à trouver d’autres moyens de subsistance, à savoir les commerces illicites, les vols et une organisation anti-flics. Le malheur est que si on supprimait le chômage, même en payant des salaires convenables, on ne supprimerait pas pour autant l’économie souterraine car les « chefs de bandes » ont pris goût à l’argent et, dans ce cas précis, des sureffectifs policiers seraient très probablement nécessaires.
Il faut prendre le problème à l’endroit :
Pour supprimer la misère il faut supprimer le chômage et, pour supprimer le chômage il faut remplacer l’économie libérale sauvage et mondialisée par une économie mixte : gérer un équilibre entre libéralisme et protectionnisme, tout en ne perdant pas de vue que la mondialisation est inévitable. En effet, une partie de l’humanité vit avec un dollar par jour (mais il y a pire) et l’autre partie vit avec cent fois plus, au minimum. Cette situation doit être rééquilibrée, elle durera peut-être un siècle mais, gérer comme je l’ai dit ci-dessus deux économies « concurrentes » en faisant en sorte de ne pas tuer l’une pour sauver l’autre, c’est à ce point précis qu’il faut doser les moyens intelligents et progressivement.
Gérer l’économie mondiale dans un tel but impose l’interdiction de la spéculation sur certains produits qui sont sacrés : les monnaies, la valeur du travail et l’énergie. Seuls les Etats devraient avoir le pouvoir, au sein d’un organisme mondial comme le FMI par exemple, de statuer sur la parité des monnaies. On ne peut concevoir une monnaie unique dans le monde et, quand bien même il y en aurait une, il serait impossible qu’elle ait la même valeur dans les pays riches et dans les pays pauvres.
Nous voyons bien le problème actuel avec l’Euro : la différence entre pays riches et pays pauvres dans la zone Euro se traduit par des déficits budgétaires aussitôt comblés par de l’endettement (emprunts ou émissions d’obligations ce qui revient au même). C’est d’ailleurs à ce niveau qu’interviennent les spéculateurs qui jouent non seulement sur les dettes, mais aussi sur les assurances destinées à couvrir des dettes ! Comme le décrit Teilhard (voir son article : visite d’un cyclotron à Berkeley, tome-7 « L’Activation de l’Energie »)et des personnalités de l’économie, l’argent c’est de l’énergie sous une forme facile à stocker et à transporter.
L’énergie au sens propre du terme, qu’elle soit sous forme de pétrole ou d’électricité doit aussi être à l’abri des spéculations car, elle aussi, est un bien public donc sacré.
Mais qu’est-ce que la spéculation ? C’est un pari que l’on fait sur un « produit » financier ou concret comme l’énergie, le blé, les métaux, etc … qui verra son prix monter ou baisser pour une cause réelle ou imaginaire et que, partant de cela, il faut acheter ou vendre cette « denrée ». Ce mécanisme ne produit aucune richesse réelle, si ce n’est le différentiel qui profite aux parieurs, au détriment des consommateurs de la denrée en question, dont le prix va monter ou baisser dans des proportions de 1 à 10 de la valeur réelle initiale. Le parieur gagnant profite de la perte de l’autre parieur perdant, mais c’est toujours le consommateur ou le producteur qui payent le différentiel final.
Le problème est que les gains des parieurs sont « hors bilan » pour la bonne raison que ces comptes courants sont dans les paradis fiscaux où ils sont intouchables pour la bonne raison que les capitalistes, les banques et les Etats qui en profitent aussi sont tous d’accord pour conserver les paradis fiscaux. Les réunions des G-20 et autres ne sont qu’une mascarade. L’un des pays fondateurs de l’U.E. est lui-même un paradis fiscal. La tricherie et le jeu sont les cancers de l’économie mondiale. Supprimer les paradis fiscaux dans une zone de la planète ne servirait à rien car ils se développeront ailleurs.
Ce sont tous les Etats ensemble qui doivent supprimer les paradis fiscaux ; tous ou personne, s’il en reste un, ça ne marchera pas. Le fond du problème est là.
Pour ce qui est de la prévention des guerres à l’O.N.U. le manque d’unanimité est gérable ; le « tout de peu » est possible, mais pour le fric c’est le « tout ou rien ».
Ces problèmes de spéculation ne sont pas nouveaux (voir l’ARGENT » d’E. Zola) ; les crises mondiales non plus (la dernière-née est toujours la plus forte, dit-on), mais on s’en remet toujours, ce qui prouve bien que la valeur de l’argent est une conséquence arbitraire, on refabrique de la monnaie et c’est le peuple qui paye, et la reprise se fera jusqu’à la prochaine crise.
Le problème est qu’avec l’informatique on fait des milliards de fois plus d’opérations que du temps de la « corbeille », et les valeurs de la spéculation portent sur des milliers de fois les valeurs de l’économie réelle.
Que font les dirigeants des pays ? Ils trichent avec les comptes qu’ils présentent à l’union mondiale de la triche. Les agences de notation et les médias économiques ont pour mission de créer les courants de panique ou les fausses joies. Il faut que ça bouge dans un sens ou dans l’autre, la « ligne plate » est une catastrophe ! De toute façon on a de la marge, disent-ils, jusqu’à 10% de chômeurs la situation est gérable !
Selon eux, l’énergie humaine est une variable d’ajustement… et dire que ces dirigeants affichent tous leur référence aux valeurs sacrées des religions et des idéologies ; surtout aux U.S.A.
Teilhard prêche pour donner le goût de vivre à l’humanité, à l’union sacrée des âmes pour construire la noosphère de notre terre. Cela aussi risque d’être long, mais peut-être moins long que l’union sacrée des économies mondiales, car l’union sacrée pour la noosphère dépend de la grande peur de la mort, tandis que l’union monétaire ne tue pas les dirigeants mais les peuples qui meurent de faim.
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Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Henri Guyot / Synthèse et réflexion pour septembre 2011
Lundi 26 Septembre 2011
Chapitre 14 - Agitation ou genèse
Chapitre 15 – Les directions et conditions de l’avenir
Chapitre 16 – L’essence de l’idée de démocratie
(Pages 273 à 315 tome 5 L’avenir de l’homme – Seuil)
A première vue, si l’on s’en tient à l’énoncé de ces têtes de chapitre, il n’est pas immédiat de mettre en évidence le fil rouge qui les relie. Il faut pour y parvenir en pointer les étapes de déroulement en suivant la réflexion de biologiste de l’auteur.
Il dit tout d’abord, dans le chapitre "Agitation ou genèse ?", qu’il est possible de déterminer un axe d’évolution suggéré par les quatre remarques suivantes :
1 – La vie n’est pas un accident.
2 – La réflexion est la forme supérieure de la vie.
3 – Le phénomène social est significatif des progrès de la réflexion.
4 – Le phénomène chrétien est l’axe même de la réflexion.
En réfléchissant sur ces quatre points quels commentaires peut on faire ?
- Point 1 : pas grand-chose à dire. On le sait Teilhard dit et répète que la vie et les êtres animés sont les termes supérieurement caractéristiques du phénomène évolutif.
- Point 2 : la réflexion est une forme supérieure de la vie. En effet, la matière d’abord réussit à s’organiser. Dans ce processus, la vie n’est pas une anomalie et le degré de conscience est un indicateur de marche, un paramètre d’appréciation de l’évolution. On peut aussi faire une autre remarque : il est dit dans le texte que le goût de vivre est la forme universelle de la vie. Il se manifeste partout et en tous points, même à l’intérieur de chaque granule du corps de chaque être vivant. C’est ainsi qu’on soupçonne maintenant le cancer d’être comme une manifestation vitale primordiale de cellules atypiques cherchant à se développer (elles sont en effet capables de se vasculariser). De même notre corps abrite virus, bactéries, microorganismes semblant préoccupé d’une seule chose, leur survie et leur goût de vivre sans toujours se soumettre à la tutelle de notre corps. D’ailleurs nous ne pourrions pas vivre sans certains d’entre eux. Nous avons en outre en action des ADN ou ARN communs à tous les êtres vivants. Mais alors pourquoi et comment ce goût de vivre très partagé crée des êtres individuellement différenciés ?
- Point 3 : le phénomène social est significatif des progrès de la réflexion. On ferait bien sur ce point des commentaires en forme de questions : c’est quoi le phénomène social ? Existe-t-il une issue au-delà de l’élément humain ?
- Point 4 : le phénomène chrétien. Le chrétien, selon Teilhard, aurait la chance d’avoir une source complémentaire de connaissance. Pour lui Dieu apparaît comme un postulat assorti d’une déclaration de foi. Cette clé au sommet de la pyramide de son raisonnement paraît échapper à l’analyse de savant à laquelle Teilhard nous a habitués. Dieu et le Christ se décrètent. Pourtant, si on suit la manière habituelle de ses réflexions, le Christ principalement ne devrait être qu’une représentation humaine transitoire aidant entre autres à la recherche du mystère du goût de vivre ou du goût « d’arranger » de la réflexion. Cela sous-entendrait que le Christ doit être évolutif et cosmique et plus seulement historique et dogmatique.
Une fois le jalon Dieu ou Christ planté dans le processus de raisonnement, Teilhard peut continuer à chercher sereinement dans le chapitre XV quelles sont les conditions et les directions de l’avenir. Il aborde ce chapitre en remarquant que, sous l’effet des compressions subies par les hommes, subies par l’espace et les idées, notre planète devient trop petite. On assiste alors selon lui par nécessité
a - à une montée de l’unification sociale,
b - à une montée de la technique,
c - à une montée de la vision.
Ces montées impliquent des conditions pour la réussite de la vie.
1° Conditions de survie. On brûle nos réserves.
2° Conditions de santé crées par l’explosion démographique. Comment faire pour éviter la famine et l’étouffement ? Il prononce le mot d’eugénisme mais reste sur des interrogations.
3° Conditions de synthèse. Il dit que les hommes se trouvent pris dans un vortex d’organisation qui les entraîne vers une intensification de leur pouvoir de réflexion. Ce processus doit s’effectuer dans une union réalisée par amour et dans l’amour en dehors de toute cœrcition totalitaire et Teilhard croit au succès biologique final de l’homme. C’est une certitude, certitude dérivée qu’elle est d’un ordre supra phénoménal d’un acte de foi surnaturel. Cet acte de foi doit se traduire par un sens de l’espèce partagé par tous. Il en arrive ainsi à une conclusion qui a un sens politique tel qu’on entend ce mot habituellement aujourd’hui. Cela arrive selon le phylum ci-après :
Biologie → socialisation de compression → sens évolutif → sens de l’espèce → esprit de démocratie.
Nous avons laissé en cours de route le jalon péremptoire affirmé en acte de foi plus haut : le Christ et Dieu. Peut-être peut on essayer de voir si ce jalon aussi peut évoluer, on pourrait ainsi aller plus loin et faire un pas de plus « dans l’après Teilhard ». Faisons deux tentatives sans doute parmi d’autres possibles dans ce domaine. Voici :
1° Essayons de revisiter avec un œil actuel quelques éléments du credo chrétien que nous connaissons.
2° Essayons d’explorer quelques émergences scientifiques récentes autour de la notion présentée par Teilhard à propos du goût de vivre.
Le credo chrétien. Certains de ses éléments en sont – rappelons-le – la résurrection de la chair, la vie éternelle et la communion des saints. Ce sont des mots que nous avons un peu oublié de fréquenter au cours des dernières décennies. Tout au moins nous avons perdu l’habitude de la prendre au pied de la lettre comme autrefois. Ne peut-on pas renouveler l’éclairage qu’on leur donnait en s’appuyant sur des avancées de la biologie ? On sait par exemple que les mitochondries des cellules du vivant contiennent des briques qui nous viennent de l’homme de néandertal. On sait en outre, comme le dit Didier Raoult* dans son ouvrage « Dépasser Darwin » que l’homme est non seulement une mosaïque mais aussi un écosystème à lui tout seul. Nous sommes, dit-il, des chimères génétiques. Il dit aussi que l’homme n’est pas le fruit d’une création unique, mais l’objet de synthèse d’organismes d’origines extrêmement différentes. De plus l’homme continue à intégrer des gènes d’origines externes.
A ce compte-là, on peut très bien dire que la résurrection de la chair et la vie éternelle prennent progressivement dans leur consistance relative, comme dans leur évolution, des aspects réels de plus en plus lisibles pour les gens de notre époque. Notre patrimoine génétique partagé prend de plus en plus de densité. Dans ce contexte, si on élargit cette notion à une communauté moderne d’un futur encore incréé, la communion des saints n’est plus qu’un corollaire évident (la communion des saints, si l’on s’en tient à l’origine de la formule, exprime d’abord la solidarité reliant entre eux tous les membres de l’Eglise). Elle devient une connaissance immédiate** partagée par tous.
Le goût de vivre. Nous avons vu plus haut qu’il se manifeste partout et en tous points. Mais, que diable, où se trouve donc le moteur de ce goût de vivre ? Pourquoi y a-t-il un moteur plutôt que pas de moteur ? Qu’est-ce que le moteur ? C’est l’amour, disent Teilhard et quelques autres. Mais alors, qu’est-ce que l’amour ? On déplace la question. Où ? Récemment on vient de dire que le codage de l’ADN et plus généralement la vie serait quantique. Ce sont les biologistes qui le disent. Ils butent en effet sur les mystères qu’on pourrait en quelque sorte expliquer quantiquement :
- mystère des végétaux qui convertissent presque 100 % de la chaleur du soleil (c’est un rendement énorme),
- mystère de la remarquable stabilité de l’ADN, molécule qui se transmet de générations en générations.
- mystère de l’activité des cellules. La vie pourrait bien ne pas être entièrement chimique. Certains processus naturels paraissent pilotés par des actions régies par les propriétés des atomes et particules élémentaires. Pour faire bref, on dirait que les particules qui animent le vivant se comportent comme si elles avaient le don d’ubiquité et passaient en même temps par deux fentes percées sur un écran. (Voir également les mécanismes des phénomènes de catalyse, de sublimation et en général les arrangements chimiques).
Les biologistes en viennent à rêver d’un ordinateur quantique. En tout cas, peut-être bien sommes-nous prêts pour un pas de plus. Jusqu’où ? Ce qui est certain et qui se dessine, c’est que les mystères de la vie sont prêts à tutoyer les mystères de l’univers. Cela fait naître pour l’instant l’ambition de comprendre la notion de force vitale sans que ces intuitions soient trop suspectes d’ésotérisme scientifique. Attendons la suite. Il est de nos jours plus important que jamais de rester éveillé.
Bibliographie :
Didier Raoult : Dépasser Darwin – Plon
Etienne Klein : Petit voyage dans le monde des quanta – collection Champs sciences – Flammarion.
Sciences et vie : octobre 2010 – On a découvert un nouveau code génétique.
Sciences et vie : avril 2011 – La vie serait quantique.
* Didier Raoult, professeur de microbiologie à l’université de Marseille, dirige l’unité de recherche sur les maladies infectieuses. Contrairement à Teilhard, il ne parle pas d’évolution dans l’histoire de la vie, mais préfère dire changement.
** Connaissance immédiate = selon le langage des philosophes logiciens c’est une connaissance immédiate qui s’oppose à la connaissance discursive selon les étapes des règles de la méthode exposées par Descartes ou les méthodes scientifiques habituelles.
Il dit tout d’abord, dans le chapitre "Agitation ou genèse ?", qu’il est possible de déterminer un axe d’évolution suggéré par les quatre remarques suivantes :
1 – La vie n’est pas un accident.
2 – La réflexion est la forme supérieure de la vie.
3 – Le phénomène social est significatif des progrès de la réflexion.
4 – Le phénomène chrétien est l’axe même de la réflexion.
En réfléchissant sur ces quatre points quels commentaires peut on faire ?
- Point 1 : pas grand-chose à dire. On le sait Teilhard dit et répète que la vie et les êtres animés sont les termes supérieurement caractéristiques du phénomène évolutif.
- Point 2 : la réflexion est une forme supérieure de la vie. En effet, la matière d’abord réussit à s’organiser. Dans ce processus, la vie n’est pas une anomalie et le degré de conscience est un indicateur de marche, un paramètre d’appréciation de l’évolution. On peut aussi faire une autre remarque : il est dit dans le texte que le goût de vivre est la forme universelle de la vie. Il se manifeste partout et en tous points, même à l’intérieur de chaque granule du corps de chaque être vivant. C’est ainsi qu’on soupçonne maintenant le cancer d’être comme une manifestation vitale primordiale de cellules atypiques cherchant à se développer (elles sont en effet capables de se vasculariser). De même notre corps abrite virus, bactéries, microorganismes semblant préoccupé d’une seule chose, leur survie et leur goût de vivre sans toujours se soumettre à la tutelle de notre corps. D’ailleurs nous ne pourrions pas vivre sans certains d’entre eux. Nous avons en outre en action des ADN ou ARN communs à tous les êtres vivants. Mais alors pourquoi et comment ce goût de vivre très partagé crée des êtres individuellement différenciés ?
- Point 3 : le phénomène social est significatif des progrès de la réflexion. On ferait bien sur ce point des commentaires en forme de questions : c’est quoi le phénomène social ? Existe-t-il une issue au-delà de l’élément humain ?
- Point 4 : le phénomène chrétien. Le chrétien, selon Teilhard, aurait la chance d’avoir une source complémentaire de connaissance. Pour lui Dieu apparaît comme un postulat assorti d’une déclaration de foi. Cette clé au sommet de la pyramide de son raisonnement paraît échapper à l’analyse de savant à laquelle Teilhard nous a habitués. Dieu et le Christ se décrètent. Pourtant, si on suit la manière habituelle de ses réflexions, le Christ principalement ne devrait être qu’une représentation humaine transitoire aidant entre autres à la recherche du mystère du goût de vivre ou du goût « d’arranger » de la réflexion. Cela sous-entendrait que le Christ doit être évolutif et cosmique et plus seulement historique et dogmatique.
Une fois le jalon Dieu ou Christ planté dans le processus de raisonnement, Teilhard peut continuer à chercher sereinement dans le chapitre XV quelles sont les conditions et les directions de l’avenir. Il aborde ce chapitre en remarquant que, sous l’effet des compressions subies par les hommes, subies par l’espace et les idées, notre planète devient trop petite. On assiste alors selon lui par nécessité
a - à une montée de l’unification sociale,
b - à une montée de la technique,
c - à une montée de la vision.
Ces montées impliquent des conditions pour la réussite de la vie.
1° Conditions de survie. On brûle nos réserves.
2° Conditions de santé crées par l’explosion démographique. Comment faire pour éviter la famine et l’étouffement ? Il prononce le mot d’eugénisme mais reste sur des interrogations.
3° Conditions de synthèse. Il dit que les hommes se trouvent pris dans un vortex d’organisation qui les entraîne vers une intensification de leur pouvoir de réflexion. Ce processus doit s’effectuer dans une union réalisée par amour et dans l’amour en dehors de toute cœrcition totalitaire et Teilhard croit au succès biologique final de l’homme. C’est une certitude, certitude dérivée qu’elle est d’un ordre supra phénoménal d’un acte de foi surnaturel. Cet acte de foi doit se traduire par un sens de l’espèce partagé par tous. Il en arrive ainsi à une conclusion qui a un sens politique tel qu’on entend ce mot habituellement aujourd’hui. Cela arrive selon le phylum ci-après :
Biologie → socialisation de compression → sens évolutif → sens de l’espèce → esprit de démocratie.
Nous avons laissé en cours de route le jalon péremptoire affirmé en acte de foi plus haut : le Christ et Dieu. Peut-être peut on essayer de voir si ce jalon aussi peut évoluer, on pourrait ainsi aller plus loin et faire un pas de plus « dans l’après Teilhard ». Faisons deux tentatives sans doute parmi d’autres possibles dans ce domaine. Voici :
1° Essayons de revisiter avec un œil actuel quelques éléments du credo chrétien que nous connaissons.
2° Essayons d’explorer quelques émergences scientifiques récentes autour de la notion présentée par Teilhard à propos du goût de vivre.
Le credo chrétien. Certains de ses éléments en sont – rappelons-le – la résurrection de la chair, la vie éternelle et la communion des saints. Ce sont des mots que nous avons un peu oublié de fréquenter au cours des dernières décennies. Tout au moins nous avons perdu l’habitude de la prendre au pied de la lettre comme autrefois. Ne peut-on pas renouveler l’éclairage qu’on leur donnait en s’appuyant sur des avancées de la biologie ? On sait par exemple que les mitochondries des cellules du vivant contiennent des briques qui nous viennent de l’homme de néandertal. On sait en outre, comme le dit Didier Raoult* dans son ouvrage « Dépasser Darwin » que l’homme est non seulement une mosaïque mais aussi un écosystème à lui tout seul. Nous sommes, dit-il, des chimères génétiques. Il dit aussi que l’homme n’est pas le fruit d’une création unique, mais l’objet de synthèse d’organismes d’origines extrêmement différentes. De plus l’homme continue à intégrer des gènes d’origines externes.
A ce compte-là, on peut très bien dire que la résurrection de la chair et la vie éternelle prennent progressivement dans leur consistance relative, comme dans leur évolution, des aspects réels de plus en plus lisibles pour les gens de notre époque. Notre patrimoine génétique partagé prend de plus en plus de densité. Dans ce contexte, si on élargit cette notion à une communauté moderne d’un futur encore incréé, la communion des saints n’est plus qu’un corollaire évident (la communion des saints, si l’on s’en tient à l’origine de la formule, exprime d’abord la solidarité reliant entre eux tous les membres de l’Eglise). Elle devient une connaissance immédiate** partagée par tous.
Le goût de vivre. Nous avons vu plus haut qu’il se manifeste partout et en tous points. Mais, que diable, où se trouve donc le moteur de ce goût de vivre ? Pourquoi y a-t-il un moteur plutôt que pas de moteur ? Qu’est-ce que le moteur ? C’est l’amour, disent Teilhard et quelques autres. Mais alors, qu’est-ce que l’amour ? On déplace la question. Où ? Récemment on vient de dire que le codage de l’ADN et plus généralement la vie serait quantique. Ce sont les biologistes qui le disent. Ils butent en effet sur les mystères qu’on pourrait en quelque sorte expliquer quantiquement :
- mystère des végétaux qui convertissent presque 100 % de la chaleur du soleil (c’est un rendement énorme),
- mystère de la remarquable stabilité de l’ADN, molécule qui se transmet de générations en générations.
- mystère de l’activité des cellules. La vie pourrait bien ne pas être entièrement chimique. Certains processus naturels paraissent pilotés par des actions régies par les propriétés des atomes et particules élémentaires. Pour faire bref, on dirait que les particules qui animent le vivant se comportent comme si elles avaient le don d’ubiquité et passaient en même temps par deux fentes percées sur un écran. (Voir également les mécanismes des phénomènes de catalyse, de sublimation et en général les arrangements chimiques).
Les biologistes en viennent à rêver d’un ordinateur quantique. En tout cas, peut-être bien sommes-nous prêts pour un pas de plus. Jusqu’où ? Ce qui est certain et qui se dessine, c’est que les mystères de la vie sont prêts à tutoyer les mystères de l’univers. Cela fait naître pour l’instant l’ambition de comprendre la notion de force vitale sans que ces intuitions soient trop suspectes d’ésotérisme scientifique. Attendons la suite. Il est de nos jours plus important que jamais de rester éveillé.
Bibliographie :
Didier Raoult : Dépasser Darwin – Plon
Etienne Klein : Petit voyage dans le monde des quanta – collection Champs sciences – Flammarion.
Sciences et vie : octobre 2010 – On a découvert un nouveau code génétique.
Sciences et vie : avril 2011 – La vie serait quantique.
* Didier Raoult, professeur de microbiologie à l’université de Marseille, dirige l’unité de recherche sur les maladies infectieuses. Contrairement à Teilhard, il ne parle pas d’évolution dans l’histoire de la vie, mais préfère dire changement.
** Connaissance immédiate = selon le langage des philosophes logiciens c’est une connaissance immédiate qui s’oppose à la connaissance discursive selon les étapes des règles de la méthode exposées par Descartes ou les méthodes scientifiques habituelles.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
Marcel Pradines / AGITATION ou GENESE ?
Dimanche 25 Septembre 2011réflexion pour septembre 2011
Agitation désordonnée ou Genèse orientée ? Néant ou Existence ? Hasard ou Nécessité ? Rien ou Quelqu’un ?
Question première essentielle posée dans la conscience réfléchie de l’homme. Ces trois textes de Teilhard animés par sa pensée profonde, précise, perspicace que nous pouvons actualiser par les connaissances de la science, obligent à admettre que l’Univers est un système spatial temporisé de nature corpusculaire et ondulatoire dont l’homme ne peut s’évader ni sensoriellement ni psychiquement. Le monde est un tout, nous appartenons à ce tout .
Si nous prenons comme axiome et par principe qu’une plus grande cohérence est un signe infaillible de plus de vérité ;il devient juste de dire :
-Que dans l’ univers Matière, la Vie n’est pas un accident, mais l’essence de l’évolution ordonnée par cette loi ou cette force encore inconnue à ce jour, celle de l’UNION entre éléments qui engendre toujours un plus de complexité
-Que dans l’univers biologique la Conscience et la Réflexion ne sont pas un accident mais une forme supérieure de la vie.
-Que dans l’univers des Humains le phénomène social n’est pas un accident mais une forme supérieure de la réflexion partagée.
Scientifiques et religieux non dogmatiques admettent que l’évolution est plus qu’ une hypothèse, système en mouvement cohérent dans un sens directionnel du toujours à la recherche du supérieur et du plus. Pour ma part s’il y a un sens de direction il y a un sens de signification.
Cette évolution est telle terminée ? Pourquoi le serait telle !
Analysons dans quelle direction et comment.
Notre monde tiré, poussé, guidé par cette force encore inconnue de l’Union soumet les hommes à une pression d’arrangement et d’organisation.
L’unification sociale, le progrès grâce à la technique et au machinisme, la montée de la vision grâce à la science à la culture poussent l’homme a plus de sociabilité et de socialisation .
L’homosapien est passé de son animalité individuelle à la tribu, au village à la ville, à la région, à la nation, au continent ,enfin à la mondialisation ;ceci en quelque trois cent mille ans ,soit un soupir dans le temps cosmique.
Mon optimisme rejoint celui deTeilhard pour plusieurs raisons : -
-Du fait de la convergence ascensionnelle de la matière, de la vie, de la conscience réfléchie
-Du fait que l’homme ne peut vivre seul et en solitaire et qu’un principe fondamental l’ oblige à vivre en groupe et solidairement.
-Du fait que dans l’homme est inscrit un besoin de survie, de recherche ,de créativité, de savoir.
-Du fait que son animalité dans le temps fait place par une sève montante de moralité et d’amour à plus d’humanité.
-Du fait incertain mais probable de découvrir d’ autres vies dans le cosmos obligera l’homme à resserrer ces liens par humilité et sans doute par défense.
Soit ;cette sociabilité et cette socialisation mettront du temps à se construire ,mais la vie a mis des milliards d’années pour donner la beauté et, que de progrès considérables en ce dernier siècle.
Cette Conscience Réfléchie Universelle s’ appuiera
-Sur les Evangiles, « aimez vous les uns les autres »
-Sur la déclaration des droits des hommes , « liberté,égalité,fraternité »
-Sur les constitutions des états qui régentent les démocraties et certainement sur une constitution mondiale.
Ces trois textes écrits par Teilhard sont un hymne à la beauté de notre terre, une croyance en un sens à découvrir , une foi en l’homme, et qui donnent à notre espèce ce goût de vivre pour aller toujours plus loin dans la découverte du mystère de l’univers. ;
Question première essentielle posée dans la conscience réfléchie de l’homme. Ces trois textes de Teilhard animés par sa pensée profonde, précise, perspicace que nous pouvons actualiser par les connaissances de la science, obligent à admettre que l’Univers est un système spatial temporisé de nature corpusculaire et ondulatoire dont l’homme ne peut s’évader ni sensoriellement ni psychiquement. Le monde est un tout, nous appartenons à ce tout .
Si nous prenons comme axiome et par principe qu’une plus grande cohérence est un signe infaillible de plus de vérité ;il devient juste de dire :
-Que dans l’ univers Matière, la Vie n’est pas un accident, mais l’essence de l’évolution ordonnée par cette loi ou cette force encore inconnue à ce jour, celle de l’UNION entre éléments qui engendre toujours un plus de complexité
-Que dans l’univers biologique la Conscience et la Réflexion ne sont pas un accident mais une forme supérieure de la vie.
-Que dans l’univers des Humains le phénomène social n’est pas un accident mais une forme supérieure de la réflexion partagée.
Scientifiques et religieux non dogmatiques admettent que l’évolution est plus qu’ une hypothèse, système en mouvement cohérent dans un sens directionnel du toujours à la recherche du supérieur et du plus. Pour ma part s’il y a un sens de direction il y a un sens de signification.
Cette évolution est telle terminée ? Pourquoi le serait telle !
Analysons dans quelle direction et comment.
Notre monde tiré, poussé, guidé par cette force encore inconnue de l’Union soumet les hommes à une pression d’arrangement et d’organisation.
L’unification sociale, le progrès grâce à la technique et au machinisme, la montée de la vision grâce à la science à la culture poussent l’homme a plus de sociabilité et de socialisation .
L’homosapien est passé de son animalité individuelle à la tribu, au village à la ville, à la région, à la nation, au continent ,enfin à la mondialisation ;ceci en quelque trois cent mille ans ,soit un soupir dans le temps cosmique.
Mon optimisme rejoint celui deTeilhard pour plusieurs raisons : -
-Du fait de la convergence ascensionnelle de la matière, de la vie, de la conscience réfléchie
-Du fait que l’homme ne peut vivre seul et en solitaire et qu’un principe fondamental l’ oblige à vivre en groupe et solidairement.
-Du fait que dans l’homme est inscrit un besoin de survie, de recherche ,de créativité, de savoir.
-Du fait que son animalité dans le temps fait place par une sève montante de moralité et d’amour à plus d’humanité.
-Du fait incertain mais probable de découvrir d’ autres vies dans le cosmos obligera l’homme à resserrer ces liens par humilité et sans doute par défense.
Soit ;cette sociabilité et cette socialisation mettront du temps à se construire ,mais la vie a mis des milliards d’années pour donner la beauté et, que de progrès considérables en ce dernier siècle.
Cette Conscience Réfléchie Universelle s’ appuiera
-Sur les Evangiles, « aimez vous les uns les autres »
-Sur la déclaration des droits des hommes , « liberté,égalité,fraternité »
-Sur les constitutions des états qui régentent les démocraties et certainement sur une constitution mondiale.
Ces trois textes écrits par Teilhard sont un hymne à la beauté de notre terre, une croyance en un sens à découvrir , une foi en l’homme, et qui donnent à notre espèce ce goût de vivre pour aller toujours plus loin dans la découverte du mystère de l’univers. ;
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
JP Frésafond/Contraction de texte pour la réunion de travail du 28/10/11
Mercredi 21 Septembre 2011L'AVENIR DE L'HOMME, éditions du SEUIL TOME 5 chapitres 17 et 18
Ce n’est pas pour finir ce tome-5 d’ici la fin de l’année 2011 que j’ai groupé l’étude de ces deux chapitres mais parce que, dans leur esprit, ils sont absolument complémentaires. -Le chapitre 17 traite du problème psychico-physique de la structure et de l’évolution,
-Le chapitre 18 traite de la conséquence de cette nouvelle métaphysique et de cette nouvelle mystique religieuse dans l’évolution des religions et du catholicisme en particulier.
Le chapitre 17 reprend, sous une autre forme, les raisonnements du tome-5 alors que le chapitre 18 apporte une prospective nouvelle pour toute foie religieuse ; il est directement transposable et applicable dans la société contemporaine ; les titres de ce deux chapitres expriment cette idée :
-Chapitre 17 : « L’humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même ? » Teilhard la compare ainsi à un super organisme vivant (comme un animal, elle s’auto régule).
-Chapitre 18 : « « Le cœur du problème » où Teilhard rapproche l’idéologie matérialiste de l’idéologie déiste et théiste … sujet d’actualité.
CHAPITRE 17
L’Humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même ?
Sous-titre donné par Teilhard : « Une nouvelle question de Galilée »
Article écrit à St Germain en Laye le 4 mai 1949
INTRODUCTION :
C’est la troisième fois que j’aborde ce sujet sous l’angle scientifique afin de mettre en évidence son rebondissement dans l’évolution de la matière et l’immédiateté de ses conséquences. On ne peut pas remettre à plus tard cette réflexion si on considère l’expansion et les débordements en tous sens de la collectivisation humaine. Rien de stable ne pourra plus se construire sur terre tant qu’on n’aura pas réglé la question suivante : quelle est la signification de l’étrange dérive que représente le tourbillon unitaire qui semble annuler une propriété chèrement acquise par l’homme et qui est son moi incommunicable ? Est-ce la vie ou est-ce la mort qui s’élève à l’horizon ? Une chose est nécessaire : un jugement de valeur est à prononcer sur la marche du monde, il s’impose, de lui dépend la suite de l’histoire humaine.
1) S’AGIT-IL D’UN ENROULEMENT DE L’HUMANITE SUR ELLE-MEME ?
Je pense que c’est le cas et nous allons examiner cette question.
Il est évident que l’humanité a envahi les continents, mais n’oublions pas que durant des dizaines de millénaires le tissage des réseaux humains était si lent qu’il paraissait inexistant.
Au regard des anciens naturalistes, l’espèce humaine avait atteint son apogée et son équilibre et, mis à part son psychisme plus éveillé, rien ne la distinguait des autres familles animales quant à son développement. Sans trop y croire, nous sommes éveillés et découvrons cette fausse immobilité alors que l’humanité est emportée dans un maelstrom qui l’enroule sur elle-même. En une génération le gradient de ce changement est déjà considérable. Il est désormais impossible de s’isoler de l’actualité, même le cultivateur terré dans sa campagne profonde est obligé professionnellement de se préoccuper du reste du monde et d’en tenir compte.
Pour nous rassurer face à cet envahissement progressif de nos vies privées, nous avons tendance à nier la réalité, à nous mentir à nous même. Nulle part dans le monde on ne peut voir un relâchement de l’étreinte que nous subissons, les sursauts de révolte contre cette emprise sont toujours anéantis.
A mesure que le phénomène d’enroulement humain progresse nous découvrons ses mécanismes : compression démographique, information surpuissante, la terre se contracte en espace et en temps sous l’action infinie du pouvoir de la réflexion… Comment échapper à cet enroulement psychique ?
Plus on compresse les molécules humaines que nous sommes les unes contre les autres, plus elles se lient entre elles dans une synergie qui les propulse en haut, vers des zones inconnues et effrayantes. Comment ne pas voir que la société humaine ne pourra exister qu’en s’organisant toujours davantage, et la seule question utile maintenant est de chercher à prévoir où cette totalisation nous mène, vers quel sommet, ou dans quel abime ?
2) VALEUR BIOLOGIQUE DE LA SOCIALISATION HUMAINE
A peine émergés, les hommes, après des millénaires de différentiations laborieuses que les ethnologues nomment co-conscience primitive , va-t-il falloir par excès de zèle que l’humanité s’enfonce dans un nouveau tunnel plus obscure, qui semblerait se justifier par les apparences pessimistes de l’ère industrielle ? Les guerres continues contre les étatismes totalitaires en seraient un des exemples. Certains cas de la nature comme les sociétés d’abeilles, des fourmis, etc … qui sont nos grands ancêtres, voudraient amener à penser que notre avenir ressemblera à ces sociétés figées dans des hiérarchies mécanisées et rigides. Ne nous laissons pas impressionner par ces fausses similitudes car, dans les cas évoqués, il s’agit d’un monde neurologiquement inférieur à celui de l’espèce humaine, pour la bonne et indiscutable raison que les sociétés d’insectes n’ont pas franchi le pas de la réflexion, lequel donne accès au libre arbitre et à l’initiative. Le phylum humain est apparu après et plus haut dans l’arbre du monde vivant, il a franchi le pas de la réflexion et, sauf accidents neurobiologiques exceptionnels, il ne peut pas faire marche arrière. Le phylum humain est conçu pour monter et franchir des seuils critiques et notamment celui du moi pour acquérir cette qualité indispensable à l’individu en voie d’achèvement qui est l’altérité.
N’écoutons pas les discours de la littérature existentialiste dont les succès littéraires s’expliquent par la facilité d’être lu lorsqu’on se pose en prophète de malheur nihiliste.
La socialisation de l’humanité n’est pas incompatible avec le grand phénomène de sa totalisation, pour nous en convaincre regardons la vie telle que la science commence à la découvrir et à la re comprendre. Or, depuis la découverte scientifiquement démontrée de l’existence de la cosmogénèse, puis de la genèse de la matière et de sa montée vers l’infiniment complexe et l’extrêmement performant, nous constatons l’existence d’un foyer d’indétermination au cœur même de chaque élément de la matière. Cela fait que les êtres vivants, loin de former une singularité inexplicable, sont au contraire le terme extrême d’un processus physico chimique général, en vertu duquel l’étoffe cosmique, en plus de ses caractéristiques physiques, serait animée d’un mouvement d’enroulement qualitatif d’arrangements hétérogènes et répétitifs, mais aussi de complexité et de singularité infinies.
L’évolution de la matière est dirigée non pas vers le plus probable mais vers le plus improbable ; véritable défi à l’entropie. Ainsi définie, la forme la plus avancée de la matière est la vie, elle représente l’un des courants les plus fondamentaux de l’univers, elle est partout en pression dans les choses sous forme de centro-complexité-conscience et d’enroulement sur soi.
Ceci étant posé, revenons à la question de signification et de valeur du concept de la totalisation humaine. La caractéristique de ce concept est un réseau de liaisons technico-sociales qui, dès les premiers contacts avec notre liberté, apparait comme une mécanisation régressive. Mais dans la mesure même où ce réseau constitue un ensemble organisé, comment ne pas voir en lui le processus même de la complexification et, autrement dit, la manifestation réelle de la vie ?
De même manière, les complexités très élevées génèrent la conscience. Peu de lois sont aussi fermes et certaines dans la nature que celles énoncées ci-dessus.
Quoi qu’on ait pu dire sur la grégarité des foules, laquelle grégarité n’est pas un effet de la complexité mais un effet des grands nombres inorganisés, il faut dire que si la socialisation humaine n’est pas encore génératrice de vertus, , il faut reconnaître que c’est bien de la socialisation humaine que provient le formidable élan scientifique qui renouvelle de fond en comble notre conception de l’univers. Nous devons convenir que la totalisation humaine développe de l’esprit, elle s’accompagne de psychogénèse, elle est donc d’ordre de nature et de dimension biologique. Cette preuve est suffisante pour établir scientifiquement que l’enroulement social auquel nous sommes soumis n’est que le prolongement direct de l’enroulement cosmique qui est au-dessus de nos têtes. C’est le monde qui poursuit son évolution.
Il nous appartient désormais de choisir entre deux jugements antagonistes concernant le reploiement de l’humanité sur elle-même :
(a) La collectivisation qui nous attend est un phénomène de mécanisation aboutissant à nous déshumaniser.
(b) Cette même collectivisation est un effet du super arrangement biologique destiné à nous ultra personnaliser.
Entre des deux jugements c’est le second qui a le plus de chances de correspondre à la réalité si l’on considère le moment de l’histoire du monde où nous nous situons.
3) L’HEURE DE CHOISIR
En tous domaines, aussi bien psychiques qu’intellectuels ou moraux, le moment de prendre une décision grave et unique finit toujours par surgir, et ce choix obligatoire majeur ne se représentera plus jamais. Cette contrainte de choix d’option est la situation où se trouve placé l’homme de notre époque, face au flot montant de la socialisation montante de la phase actuelle que traverse l’humanité.
Deux formes d’existentialisme se présentent comme possibles :
(a) Refuser de choisir, résister, gagner du temps, quitte à périr stoïquement sur soi ;
(b) S’abandonner à l’exigence, collaborer activement à un courant libérateur et vivifiant.
En somme, nous avons le choix entre deux attitudes : esprit de défiance, ou esprit de confiance.
Nous discutons à perte de vue sur la paix, la démocratie, les droits de l’homme, les conditions d’un organisme individuel ou social, sur l’éthique, la croyance en Dieu, etc … Mais comment ne pas voir que chacune de ces inévitables questions à deux faces, donc deux réponses selon que l’on considère oui ou non l’espèce humaine comme culminant dans l’individu ou bien, au contraire, comme poursuivant collectivement une trajectoire tendue vers des zones supérieures de complexité et de conscience.
Pour décider de l’orientation que va prendre la vie, nous ne pouvons pas nous en remettre passivement au jeu statistique des évènements ; au contraire, nous devons nous engager ardemment dans le jeu d’une terre organiquement enroulée sur elle-même dans un mécanisme d’actions et de réactions, de visions et de prévisions de l’issue de l’histoire de la vie. Il faut créer l’atmosphère et le champ psychique d’attraction, faute duquel il serait impossible à l’humanité de continuer à converger sur soi. L’évolution devenue consciente doit s’éprendre d’elle-même. Pour trouver et dégager cette foi sauvante et transformante, il faut retrouver sur un plan supérieur le sens de l’espèce que nous avons plus ou moins perdu. C’est urgent car nous sommes dans un équilibre très instable.
Après le XVIe siècle, à partir du moment où Galilée a commencé à voir le monde avec les yeux de Copernic, la chrétienté s’est mise à voir le monde de la même façon. Après une illumination initiale et les confirmations croissantes de la science, une interrogation définitive de cette nouvelle vision s’est installée. Et tout comme aujourd’hui, les hommes se sont aperçus qu’ils ne pouvaient pas différer de prendre position devant un choix d’interprétation du cadre phénoménal de la démarche religieuse.
Puissent qu’après quelques siècles nos descendants, face à quelle qu’autre bifurcation que nous ne saurions prévoir, dire également : « Au XXe siècle ils avaient su voir claire, essayons de faire comme eux ».
Mais si je ne me trompe pas en faveur de la nature organique de la planétisation humaine, plus nous sommes nombreux à croire à cette super organisation, plus nous découvrons que nous avons raison et plus nous déclenchons une intuition collective qui ne saurait plus s’arrêter. De cette sorte, nul besoin d’être prophète pour affirmer que d’ici quelques générations, la notion d’enroulement psychique de la terre sur elle-même au sein d’un certain nouvel espace de complexité sera aussi universellement admis par nos successeurs que le fut l’idée du mouvement mécanique de la terre autour du soleil.
Chapitre 18 : LE CŒUR DU PROBLEME
(Les Moulins, Puy de Dôme / 8 septembre 1949)
INTRODUCTION
Les uns disent : « Attendons patiemment que le Christ revienne ».
Les autres : « Achevons plutôt de construire la terre ».
Les troisièmes pensent : « Pour hâter la parousie achevons de faire l’homme sur terre. »
L’un des aspects de l’homme actuel est l’insatisfaction généralisée en matière de religion, laquelle ne laisse aucune trace, sauf sous la forme humanitaire. Nulle trace de foi en état d’expansion mais ça et là des credo en voie de régression. Pourtant le christianisme n’a rien perdu fondamentalement de son pouvoir de séduction et malgré tout quelque chose ne va plus en l’homme et Dieu, tel qu’on le présente aujourd’hui l’athéisme est irrésistiblement montant.
Dans ces lignes je voudrais montrer où git la cause de ce malaise et comment un rebondissement complet a toutes les chances de se produire dans l’évolution de l’humanité. Ces lignes ne sont pas une leçon mais un témoignage de ma vie qui fut assez particulière en ce sens que, pendant cinquante ans j’ai vécu en étroits contacts professionnels, sur les cinq continents, avec des personnes que je qualifie de ce qu’il y a de plus significatif dans les milieux scientifiques et intellectuels et dans la recherche spirituelle libre.
1- Un grand évènement dans la conscience humaine : l’apparition de l’ultra humain
Pour comprendre ce qu’il se passe dans la conscience humaine il faut considérer les changements fondamentaux qui ont, depuis Galilée, bouleversé les données scientifiques. L’union n’est plus un Ordre mais un processus, le cosmos s’est mué en une cosmogénèse, l’homme lui-même est à considérer comme une anthropogenèse. Tout cela constitue des éléments capitaux qui entrainent des remaniements profonds dans notre pensée et dans nos croyances.
Pour de nombreux biologistes, très convaincus que l’homme est le produit de l’évolution, l’homo sapiens aurait atteint une limite organique supérieure dans laquelle son avenir serait limité. C’est totalement illogique, je suis convaincu du contraire. Sous les effets conjugués de la courbure de la terre qui nous comprime et de la courbure de la pensée qui nous rassemble, la puissance réflexive de la masse humaine, l’homme entre dans une phase critique d’intenses rejaillissements ; en d’autres termes, il n’est pas encore zoologiquement adulte. Sous une forme ou sous une autre l’ultra humain est en marche, un avenir se construit en avant de nous.
Ceci étant posé, mesure-t-on bien en haut lieu le pouvoir révolutionnaire que cela représente en matière de foi et de doctrine ? Jusqu’à maintenant, pour les spirituels de toutes les religions de la terre, s’il existait pour l’homme un chemin possible vers plus de vie, cette voie ne pourrait être que verticale, hors matière. Pour comprendre cette idée, veuillez examiner le schéma décrit ci-après (figure 1 p. 137) :
-Soit 3 lignes OY, OX et OR qui partent de OX)
O pour organique (homme), Y pour Yahvé, R pour rectifier et X pour inconnue.
-1-Soit la verticale OY de bas en haut, Yahve représentant le dogme chrétien. L’adepte de cette doctrine rejoint directement son créateur après la mort, s’il a suivi aveuglément ses préceptes.
-2-Soit l’horizontale OX en bas, de gauche à droite, représentant la vision métaphysique des athées matérialistes et rationalistes. (que je qualifie par ailleurs de communistes marxistes) et pour qui l’inconnue de l’Au-delà est un problème personnel absolument intime.
-3-Soit une ligne médiane OR en pointillé, qui représente un dogme chrétien rectifié par la vision que je propose pour le monde quant à l’au-delà. Ainsi, l’homme achevé rejoint son Créateur dans me Point Omega. Cette ligne OR est la résultante de la synthèse des lignes OY et OX et concerne l’homme ayant fait sur lui-même un travail tendant à se libérer d’un dogme ancien et étroit.
La question posée par ce schéma est : en haut, ou en avant ? Ou bien serait-ce les deux à la fois ? Cette question est de plus en plus inévitablement posée à toutes les consciences par la perception grandissante du courant d’anthropogenèse qui nous entraine, elle est vitale et sa réponse, laissée encore en suspens, engendre tous nos troubles religieux, alors que la solution est accessible. Cela marquerait une avancée décisive pour l’humanité en direction de Dieu. C’est le cœur du problème …
2 La source de la crise moderne : un conflit de foi entre l’en haut et l’en avant
La configuration décrite ci-dessus représente symboliquement l’état de tension où se trouve plus ou moins consciemment porté tout individu humain, par suite de l’apparition au cœur de lui-même des forces ascensionnelles de l’adoration OY, et de la toute moderne action propulsive OX issue de la trans-hominisation.
De cet affrontement, que constatons-nous ? Ici, suivant OY, une foi en Dieu assez hostile à toute idée d’ultra évolution de l’espèce humaine. Là, suivant 0X, une foi au monde opposée à l’idée de Dieu immanent . Le clivage parait irrémédiable, mais cette apparence est absurde car cela signifierait que l’âme humaine est en opposition avec elle-même, ce qui est inconcevable.
Prise toute seule la foi au monde ne suffit pas pour faire mourir la terre en avant ; il en est de même pour la foi chrétienne.
L‘Eglise dédaigne et même condamne cette troisième force, sans d’ailleurs même chercher à la comprendre, alors qu’elle devrait l’utiliser pour christianiser tout ce qui est humain dans l’homme, alors même que maintenant elle ne satisfait plus ses propres fidèles et ne touche plus aucun incroyant. Pourquoi tant d’inquiétude chez les prêtres, pourquoi tant d’impuissance pour gagner les masses ouvrières ? Réponse : tout simplement parce qu’à la magnifique charité chrétienne il manque cette dose sensibilisante de foi et d’espérance humaine sans laquelle, en droit et en fait, les religions paraissent à l’homme fades, froides et inassimilables dans leur théologie, sauf à des intellectuels familiarisés à cette dialectique.
Oy et Ox, l’en haut et l’en avant, deux faces religieuses qui s’affrontent dans le cœur des hommes ; deux forces qui s’affaiblissent pourtant si on les isole l’une de l’autre ; deux forces qui n’attendent qu’une chose : que nous trouvions le moyen de les combiner.
3 Rebondissement de la foi chrétienne : vers l’En haut par l’En avant
Ce qui fait drame dans le conflit religieux actuel, c’est l’apparente inconciliabilité de ces deux types de foi en présence : la foi chrétienne et la foi naturelle fondée sur le primat de l’ultra humain et de la terre. Mais il n’est pas certain que ces deux forces qui se réprouvent réciproquement soient aussi exclusives et anti progressistes l’une que l’autre, je suis même certain du contraire et je m’explique :
-D’une part, la foi néo humaine au monde, dans la mesure où elle demande elle aussi un abandon à plus grand que soi, implique nécessairement un élément d’adoration. Ce fut aussi le cas de l’évolutionnisme biologique qui, il y a un siècle, était athée mais dont l’âme spiritualiste est manifeste aujourd’hui. Il en est de même pour les intellectuels communistes que j’ai rencontrés dont l’athéisme n’était pas absolu, ils rejetaient simplement un Deus ex machina qui, selon eux, détendait les ressorts de l’effort humain et dont même les chrétiens ne veulent plus aujourd’hui.
-D’autre part, la foi chrétienne, dans la mesure où elle s’enracine dans les valeurs tangibles du monde et de la matière, pas suffisamment certes, mais ce défaut n’était-il pas inévitable à une époque où personne n’avait pris conscience des possibilités spirituelles de la matière. Pour finir de dresser le cadre, considérons un autre exemple : par habitude nous continuons à nous représenter la Parousie comme un évènement de nature catastrophique (voir toutes les représentations picturales de la fin du monde !), mais pourquoi donc aujourd’hui en conformité avec les nouvelles vues scientifiques de l’anthropogenèse, ne pas admettre que la parousie ne se produira, par nécessité physique et organique, qu’entre l’Esprit divin et une humanité biologiquement, psychologiquement et spirituellement achevée.
Théologiquement, je ne pense pas que cette perspective « rectifiée » (selon la ligne OR du schéma) puisse soulever de sérieuses difficultés avec les adhérents du Oy ; bien au contraire, eschatologiquement parlant et ce d’autant plus que pour arriver au « Règne de Dieu » il faut que l’humanité ait atteint son achèvement dans l’ultra humain. Ainsi, surnaturellement fusionneront l’en haut chrétien et l’en avant panthéiste.
En ce moment l’humanité n’est pas refroidie, mais elle cherche un Dieu proportionné aux immensités nouvelles d’un univers dont l’apparition a bouleversé l’échelle de notre pouvoir d’adoration. Et c’est parce que l’unité totale dont l’humanité rêve lui parait encore briller dans deux directions opposées, qu’on voit se multiplier en elle toute une « population » d’apatrides spirituels, déchirés par les actions dépersonnalisantes que sont le marxisme et le mondialisme ; autant de facteurs démoralisants comme celui de la tiédeur humaine du christianisme.
Mais que se découvre la possibilité de croire avec l’aide de ces deux pôles OY et OX, on peut être certain qu’une grande flamme embrasera l’humanité toute entière, par OR, en un Christ non plus Sauveur des âmes individuelles, mais comme Moteur de l’anthropogenèse.
-Le chapitre 18 traite de la conséquence de cette nouvelle métaphysique et de cette nouvelle mystique religieuse dans l’évolution des religions et du catholicisme en particulier.
Le chapitre 17 reprend, sous une autre forme, les raisonnements du tome-5 alors que le chapitre 18 apporte une prospective nouvelle pour toute foie religieuse ; il est directement transposable et applicable dans la société contemporaine ; les titres de ce deux chapitres expriment cette idée :
-Chapitre 17 : « L’humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même ? » Teilhard la compare ainsi à un super organisme vivant (comme un animal, elle s’auto régule).
-Chapitre 18 : « « Le cœur du problème » où Teilhard rapproche l’idéologie matérialiste de l’idéologie déiste et théiste … sujet d’actualité.
CHAPITRE 17
L’Humanité se meut-elle biologiquement sur elle-même ?
Sous-titre donné par Teilhard : « Une nouvelle question de Galilée »
Article écrit à St Germain en Laye le 4 mai 1949
INTRODUCTION :
C’est la troisième fois que j’aborde ce sujet sous l’angle scientifique afin de mettre en évidence son rebondissement dans l’évolution de la matière et l’immédiateté de ses conséquences. On ne peut pas remettre à plus tard cette réflexion si on considère l’expansion et les débordements en tous sens de la collectivisation humaine. Rien de stable ne pourra plus se construire sur terre tant qu’on n’aura pas réglé la question suivante : quelle est la signification de l’étrange dérive que représente le tourbillon unitaire qui semble annuler une propriété chèrement acquise par l’homme et qui est son moi incommunicable ? Est-ce la vie ou est-ce la mort qui s’élève à l’horizon ? Une chose est nécessaire : un jugement de valeur est à prononcer sur la marche du monde, il s’impose, de lui dépend la suite de l’histoire humaine.
1) S’AGIT-IL D’UN ENROULEMENT DE L’HUMANITE SUR ELLE-MEME ?
Je pense que c’est le cas et nous allons examiner cette question.
Il est évident que l’humanité a envahi les continents, mais n’oublions pas que durant des dizaines de millénaires le tissage des réseaux humains était si lent qu’il paraissait inexistant.
Au regard des anciens naturalistes, l’espèce humaine avait atteint son apogée et son équilibre et, mis à part son psychisme plus éveillé, rien ne la distinguait des autres familles animales quant à son développement. Sans trop y croire, nous sommes éveillés et découvrons cette fausse immobilité alors que l’humanité est emportée dans un maelstrom qui l’enroule sur elle-même. En une génération le gradient de ce changement est déjà considérable. Il est désormais impossible de s’isoler de l’actualité, même le cultivateur terré dans sa campagne profonde est obligé professionnellement de se préoccuper du reste du monde et d’en tenir compte.
Pour nous rassurer face à cet envahissement progressif de nos vies privées, nous avons tendance à nier la réalité, à nous mentir à nous même. Nulle part dans le monde on ne peut voir un relâchement de l’étreinte que nous subissons, les sursauts de révolte contre cette emprise sont toujours anéantis.
A mesure que le phénomène d’enroulement humain progresse nous découvrons ses mécanismes : compression démographique, information surpuissante, la terre se contracte en espace et en temps sous l’action infinie du pouvoir de la réflexion… Comment échapper à cet enroulement psychique ?
Plus on compresse les molécules humaines que nous sommes les unes contre les autres, plus elles se lient entre elles dans une synergie qui les propulse en haut, vers des zones inconnues et effrayantes. Comment ne pas voir que la société humaine ne pourra exister qu’en s’organisant toujours davantage, et la seule question utile maintenant est de chercher à prévoir où cette totalisation nous mène, vers quel sommet, ou dans quel abime ?
2) VALEUR BIOLOGIQUE DE LA SOCIALISATION HUMAINE
A peine émergés, les hommes, après des millénaires de différentiations laborieuses que les ethnologues nomment co-conscience primitive , va-t-il falloir par excès de zèle que l’humanité s’enfonce dans un nouveau tunnel plus obscure, qui semblerait se justifier par les apparences pessimistes de l’ère industrielle ? Les guerres continues contre les étatismes totalitaires en seraient un des exemples. Certains cas de la nature comme les sociétés d’abeilles, des fourmis, etc … qui sont nos grands ancêtres, voudraient amener à penser que notre avenir ressemblera à ces sociétés figées dans des hiérarchies mécanisées et rigides. Ne nous laissons pas impressionner par ces fausses similitudes car, dans les cas évoqués, il s’agit d’un monde neurologiquement inférieur à celui de l’espèce humaine, pour la bonne et indiscutable raison que les sociétés d’insectes n’ont pas franchi le pas de la réflexion, lequel donne accès au libre arbitre et à l’initiative. Le phylum humain est apparu après et plus haut dans l’arbre du monde vivant, il a franchi le pas de la réflexion et, sauf accidents neurobiologiques exceptionnels, il ne peut pas faire marche arrière. Le phylum humain est conçu pour monter et franchir des seuils critiques et notamment celui du moi pour acquérir cette qualité indispensable à l’individu en voie d’achèvement qui est l’altérité.
N’écoutons pas les discours de la littérature existentialiste dont les succès littéraires s’expliquent par la facilité d’être lu lorsqu’on se pose en prophète de malheur nihiliste.
La socialisation de l’humanité n’est pas incompatible avec le grand phénomène de sa totalisation, pour nous en convaincre regardons la vie telle que la science commence à la découvrir et à la re comprendre. Or, depuis la découverte scientifiquement démontrée de l’existence de la cosmogénèse, puis de la genèse de la matière et de sa montée vers l’infiniment complexe et l’extrêmement performant, nous constatons l’existence d’un foyer d’indétermination au cœur même de chaque élément de la matière. Cela fait que les êtres vivants, loin de former une singularité inexplicable, sont au contraire le terme extrême d’un processus physico chimique général, en vertu duquel l’étoffe cosmique, en plus de ses caractéristiques physiques, serait animée d’un mouvement d’enroulement qualitatif d’arrangements hétérogènes et répétitifs, mais aussi de complexité et de singularité infinies.
L’évolution de la matière est dirigée non pas vers le plus probable mais vers le plus improbable ; véritable défi à l’entropie. Ainsi définie, la forme la plus avancée de la matière est la vie, elle représente l’un des courants les plus fondamentaux de l’univers, elle est partout en pression dans les choses sous forme de centro-complexité-conscience et d’enroulement sur soi.
Ceci étant posé, revenons à la question de signification et de valeur du concept de la totalisation humaine. La caractéristique de ce concept est un réseau de liaisons technico-sociales qui, dès les premiers contacts avec notre liberté, apparait comme une mécanisation régressive. Mais dans la mesure même où ce réseau constitue un ensemble organisé, comment ne pas voir en lui le processus même de la complexification et, autrement dit, la manifestation réelle de la vie ?
De même manière, les complexités très élevées génèrent la conscience. Peu de lois sont aussi fermes et certaines dans la nature que celles énoncées ci-dessus.
Quoi qu’on ait pu dire sur la grégarité des foules, laquelle grégarité n’est pas un effet de la complexité mais un effet des grands nombres inorganisés, il faut dire que si la socialisation humaine n’est pas encore génératrice de vertus, , il faut reconnaître que c’est bien de la socialisation humaine que provient le formidable élan scientifique qui renouvelle de fond en comble notre conception de l’univers. Nous devons convenir que la totalisation humaine développe de l’esprit, elle s’accompagne de psychogénèse, elle est donc d’ordre de nature et de dimension biologique. Cette preuve est suffisante pour établir scientifiquement que l’enroulement social auquel nous sommes soumis n’est que le prolongement direct de l’enroulement cosmique qui est au-dessus de nos têtes. C’est le monde qui poursuit son évolution.
Il nous appartient désormais de choisir entre deux jugements antagonistes concernant le reploiement de l’humanité sur elle-même :
(a) La collectivisation qui nous attend est un phénomène de mécanisation aboutissant à nous déshumaniser.
(b) Cette même collectivisation est un effet du super arrangement biologique destiné à nous ultra personnaliser.
Entre des deux jugements c’est le second qui a le plus de chances de correspondre à la réalité si l’on considère le moment de l’histoire du monde où nous nous situons.
3) L’HEURE DE CHOISIR
En tous domaines, aussi bien psychiques qu’intellectuels ou moraux, le moment de prendre une décision grave et unique finit toujours par surgir, et ce choix obligatoire majeur ne se représentera plus jamais. Cette contrainte de choix d’option est la situation où se trouve placé l’homme de notre époque, face au flot montant de la socialisation montante de la phase actuelle que traverse l’humanité.
Deux formes d’existentialisme se présentent comme possibles :
(a) Refuser de choisir, résister, gagner du temps, quitte à périr stoïquement sur soi ;
(b) S’abandonner à l’exigence, collaborer activement à un courant libérateur et vivifiant.
En somme, nous avons le choix entre deux attitudes : esprit de défiance, ou esprit de confiance.
Nous discutons à perte de vue sur la paix, la démocratie, les droits de l’homme, les conditions d’un organisme individuel ou social, sur l’éthique, la croyance en Dieu, etc … Mais comment ne pas voir que chacune de ces inévitables questions à deux faces, donc deux réponses selon que l’on considère oui ou non l’espèce humaine comme culminant dans l’individu ou bien, au contraire, comme poursuivant collectivement une trajectoire tendue vers des zones supérieures de complexité et de conscience.
Pour décider de l’orientation que va prendre la vie, nous ne pouvons pas nous en remettre passivement au jeu statistique des évènements ; au contraire, nous devons nous engager ardemment dans le jeu d’une terre organiquement enroulée sur elle-même dans un mécanisme d’actions et de réactions, de visions et de prévisions de l’issue de l’histoire de la vie. Il faut créer l’atmosphère et le champ psychique d’attraction, faute duquel il serait impossible à l’humanité de continuer à converger sur soi. L’évolution devenue consciente doit s’éprendre d’elle-même. Pour trouver et dégager cette foi sauvante et transformante, il faut retrouver sur un plan supérieur le sens de l’espèce que nous avons plus ou moins perdu. C’est urgent car nous sommes dans un équilibre très instable.
Après le XVIe siècle, à partir du moment où Galilée a commencé à voir le monde avec les yeux de Copernic, la chrétienté s’est mise à voir le monde de la même façon. Après une illumination initiale et les confirmations croissantes de la science, une interrogation définitive de cette nouvelle vision s’est installée. Et tout comme aujourd’hui, les hommes se sont aperçus qu’ils ne pouvaient pas différer de prendre position devant un choix d’interprétation du cadre phénoménal de la démarche religieuse.
Puissent qu’après quelques siècles nos descendants, face à quelle qu’autre bifurcation que nous ne saurions prévoir, dire également : « Au XXe siècle ils avaient su voir claire, essayons de faire comme eux ».
Mais si je ne me trompe pas en faveur de la nature organique de la planétisation humaine, plus nous sommes nombreux à croire à cette super organisation, plus nous découvrons que nous avons raison et plus nous déclenchons une intuition collective qui ne saurait plus s’arrêter. De cette sorte, nul besoin d’être prophète pour affirmer que d’ici quelques générations, la notion d’enroulement psychique de la terre sur elle-même au sein d’un certain nouvel espace de complexité sera aussi universellement admis par nos successeurs que le fut l’idée du mouvement mécanique de la terre autour du soleil.
Chapitre 18 : LE CŒUR DU PROBLEME
(Les Moulins, Puy de Dôme / 8 septembre 1949)
INTRODUCTION
Les uns disent : « Attendons patiemment que le Christ revienne ».
Les autres : « Achevons plutôt de construire la terre ».
Les troisièmes pensent : « Pour hâter la parousie achevons de faire l’homme sur terre. »
L’un des aspects de l’homme actuel est l’insatisfaction généralisée en matière de religion, laquelle ne laisse aucune trace, sauf sous la forme humanitaire. Nulle trace de foi en état d’expansion mais ça et là des credo en voie de régression. Pourtant le christianisme n’a rien perdu fondamentalement de son pouvoir de séduction et malgré tout quelque chose ne va plus en l’homme et Dieu, tel qu’on le présente aujourd’hui l’athéisme est irrésistiblement montant.
Dans ces lignes je voudrais montrer où git la cause de ce malaise et comment un rebondissement complet a toutes les chances de se produire dans l’évolution de l’humanité. Ces lignes ne sont pas une leçon mais un témoignage de ma vie qui fut assez particulière en ce sens que, pendant cinquante ans j’ai vécu en étroits contacts professionnels, sur les cinq continents, avec des personnes que je qualifie de ce qu’il y a de plus significatif dans les milieux scientifiques et intellectuels et dans la recherche spirituelle libre.
1- Un grand évènement dans la conscience humaine : l’apparition de l’ultra humain
Pour comprendre ce qu’il se passe dans la conscience humaine il faut considérer les changements fondamentaux qui ont, depuis Galilée, bouleversé les données scientifiques. L’union n’est plus un Ordre mais un processus, le cosmos s’est mué en une cosmogénèse, l’homme lui-même est à considérer comme une anthropogenèse. Tout cela constitue des éléments capitaux qui entrainent des remaniements profonds dans notre pensée et dans nos croyances.
Pour de nombreux biologistes, très convaincus que l’homme est le produit de l’évolution, l’homo sapiens aurait atteint une limite organique supérieure dans laquelle son avenir serait limité. C’est totalement illogique, je suis convaincu du contraire. Sous les effets conjugués de la courbure de la terre qui nous comprime et de la courbure de la pensée qui nous rassemble, la puissance réflexive de la masse humaine, l’homme entre dans une phase critique d’intenses rejaillissements ; en d’autres termes, il n’est pas encore zoologiquement adulte. Sous une forme ou sous une autre l’ultra humain est en marche, un avenir se construit en avant de nous.
Ceci étant posé, mesure-t-on bien en haut lieu le pouvoir révolutionnaire que cela représente en matière de foi et de doctrine ? Jusqu’à maintenant, pour les spirituels de toutes les religions de la terre, s’il existait pour l’homme un chemin possible vers plus de vie, cette voie ne pourrait être que verticale, hors matière. Pour comprendre cette idée, veuillez examiner le schéma décrit ci-après (figure 1 p. 137) :
-Soit 3 lignes OY, OX et OR qui partent de OX)
O pour organique (homme), Y pour Yahvé, R pour rectifier et X pour inconnue.
-1-Soit la verticale OY de bas en haut, Yahve représentant le dogme chrétien. L’adepte de cette doctrine rejoint directement son créateur après la mort, s’il a suivi aveuglément ses préceptes.
-2-Soit l’horizontale OX en bas, de gauche à droite, représentant la vision métaphysique des athées matérialistes et rationalistes. (que je qualifie par ailleurs de communistes marxistes) et pour qui l’inconnue de l’Au-delà est un problème personnel absolument intime.
-3-Soit une ligne médiane OR en pointillé, qui représente un dogme chrétien rectifié par la vision que je propose pour le monde quant à l’au-delà. Ainsi, l’homme achevé rejoint son Créateur dans me Point Omega. Cette ligne OR est la résultante de la synthèse des lignes OY et OX et concerne l’homme ayant fait sur lui-même un travail tendant à se libérer d’un dogme ancien et étroit.
La question posée par ce schéma est : en haut, ou en avant ? Ou bien serait-ce les deux à la fois ? Cette question est de plus en plus inévitablement posée à toutes les consciences par la perception grandissante du courant d’anthropogenèse qui nous entraine, elle est vitale et sa réponse, laissée encore en suspens, engendre tous nos troubles religieux, alors que la solution est accessible. Cela marquerait une avancée décisive pour l’humanité en direction de Dieu. C’est le cœur du problème …
2 La source de la crise moderne : un conflit de foi entre l’en haut et l’en avant
La configuration décrite ci-dessus représente symboliquement l’état de tension où se trouve plus ou moins consciemment porté tout individu humain, par suite de l’apparition au cœur de lui-même des forces ascensionnelles de l’adoration OY, et de la toute moderne action propulsive OX issue de la trans-hominisation.
De cet affrontement, que constatons-nous ? Ici, suivant OY, une foi en Dieu assez hostile à toute idée d’ultra évolution de l’espèce humaine. Là, suivant 0X, une foi au monde opposée à l’idée de Dieu immanent . Le clivage parait irrémédiable, mais cette apparence est absurde car cela signifierait que l’âme humaine est en opposition avec elle-même, ce qui est inconcevable.
Prise toute seule la foi au monde ne suffit pas pour faire mourir la terre en avant ; il en est de même pour la foi chrétienne.
L‘Eglise dédaigne et même condamne cette troisième force, sans d’ailleurs même chercher à la comprendre, alors qu’elle devrait l’utiliser pour christianiser tout ce qui est humain dans l’homme, alors même que maintenant elle ne satisfait plus ses propres fidèles et ne touche plus aucun incroyant. Pourquoi tant d’inquiétude chez les prêtres, pourquoi tant d’impuissance pour gagner les masses ouvrières ? Réponse : tout simplement parce qu’à la magnifique charité chrétienne il manque cette dose sensibilisante de foi et d’espérance humaine sans laquelle, en droit et en fait, les religions paraissent à l’homme fades, froides et inassimilables dans leur théologie, sauf à des intellectuels familiarisés à cette dialectique.
Oy et Ox, l’en haut et l’en avant, deux faces religieuses qui s’affrontent dans le cœur des hommes ; deux forces qui s’affaiblissent pourtant si on les isole l’une de l’autre ; deux forces qui n’attendent qu’une chose : que nous trouvions le moyen de les combiner.
3 Rebondissement de la foi chrétienne : vers l’En haut par l’En avant
Ce qui fait drame dans le conflit religieux actuel, c’est l’apparente inconciliabilité de ces deux types de foi en présence : la foi chrétienne et la foi naturelle fondée sur le primat de l’ultra humain et de la terre. Mais il n’est pas certain que ces deux forces qui se réprouvent réciproquement soient aussi exclusives et anti progressistes l’une que l’autre, je suis même certain du contraire et je m’explique :
-D’une part, la foi néo humaine au monde, dans la mesure où elle demande elle aussi un abandon à plus grand que soi, implique nécessairement un élément d’adoration. Ce fut aussi le cas de l’évolutionnisme biologique qui, il y a un siècle, était athée mais dont l’âme spiritualiste est manifeste aujourd’hui. Il en est de même pour les intellectuels communistes que j’ai rencontrés dont l’athéisme n’était pas absolu, ils rejetaient simplement un Deus ex machina qui, selon eux, détendait les ressorts de l’effort humain et dont même les chrétiens ne veulent plus aujourd’hui.
-D’autre part, la foi chrétienne, dans la mesure où elle s’enracine dans les valeurs tangibles du monde et de la matière, pas suffisamment certes, mais ce défaut n’était-il pas inévitable à une époque où personne n’avait pris conscience des possibilités spirituelles de la matière. Pour finir de dresser le cadre, considérons un autre exemple : par habitude nous continuons à nous représenter la Parousie comme un évènement de nature catastrophique (voir toutes les représentations picturales de la fin du monde !), mais pourquoi donc aujourd’hui en conformité avec les nouvelles vues scientifiques de l’anthropogenèse, ne pas admettre que la parousie ne se produira, par nécessité physique et organique, qu’entre l’Esprit divin et une humanité biologiquement, psychologiquement et spirituellement achevée.
Théologiquement, je ne pense pas que cette perspective « rectifiée » (selon la ligne OR du schéma) puisse soulever de sérieuses difficultés avec les adhérents du Oy ; bien au contraire, eschatologiquement parlant et ce d’autant plus que pour arriver au « Règne de Dieu » il faut que l’humanité ait atteint son achèvement dans l’ultra humain. Ainsi, surnaturellement fusionneront l’en haut chrétien et l’en avant panthéiste.
En ce moment l’humanité n’est pas refroidie, mais elle cherche un Dieu proportionné aux immensités nouvelles d’un univers dont l’apparition a bouleversé l’échelle de notre pouvoir d’adoration. Et c’est parce que l’unité totale dont l’humanité rêve lui parait encore briller dans deux directions opposées, qu’on voit se multiplier en elle toute une « population » d’apatrides spirituels, déchirés par les actions dépersonnalisantes que sont le marxisme et le mondialisme ; autant de facteurs démoralisants comme celui de la tiédeur humaine du christianisme.
Mais que se découvre la possibilité de croire avec l’aide de ces deux pôles OY et OX, on peut être certain qu’une grande flamme embrasera l’humanité toute entière, par OR, en un Christ non plus Sauveur des âmes individuelles, mais comme Moteur de l’anthropogenèse.
Jean-Pierre Fressafond
Travaux des membres
J.P. GIROUD /AGITATION OU GENESE / essai sur un moment paroxysmique de notre Histoire.
Vendredi 16 Septembre 2011Chapitre 14 "L'AVENIR DE L'HOMME" pour réunion de septembre 2011
Notre monde par nature en mouvement, se construit, se défait, se transforme;
Des actes, des situations, font comme une marque dans le vécu d'une nation, d'une société.
Alors, regardons, faisons un arrêt sur image, découvrons notre nouvel espace-temps.
Vraiment, il n'est plus comme avant. des humains, et en grand nombre, ont changé et changent à chaque instant de la vie,...et moi aussi j'ai changé et je change, (en positif ou en négatif) et de toute façon différent d'avant.
Mais, que s'est-il donc passé qui une nouvelle fois a remué notre Terre? Regard sur notre planète; Vision satellitaire sur ce que l'on a appelé le Nouveau Monde, puis zoom sur l'Amérique du Nord. Ensuite, soyons plus précis; regard sur une ville, New York; un quartier, Manhattan; Enfin, un lieu, Ground Zero, là où étaient les Tours Jumelles...
Chacun sait que ce mois-ci a eu lieu le dixième anniversaire de la commémoration;
Le 11 septembre 2001, plusieurs milliers de personnes mourraient en quelques instants. Stupéfaction, tragédie insoutenable, impacte planétaire et toujours intensément présent aujourd'hui.
Quelle coïncidence, je préfère synchronicité, avec le thème de réflexion de ce mois !
Il y a des mouvements, des accélérations de l'Histoire qui font que in fine, dans les plus noirs des désespoirs une brillance nait, puis dix, puis cent...
Et l'intensité grandit et rien ne la fera diminuer: l'amour malgré tout, plus fort que la haine.
J'ai en mémoire le témoignage d'une mère qui y a perdu son fils; et combien sont-ils, ceux qui y ont laissé l'être cher!
Cette femme martèle qu'elle ne veut pas sombrer dans la haine bien que à jamais dans la douleur.
En elle surement, ironie de la mémoire ou rédemption de l'âme, nait le pardon que par pudeur elle ne nommera pas.
Et nombre de personnes sont dans cette réflexion et par leur présence lumineuse me rendent heureux à en pleurer, partie bien réelle que je suis de cette humanité. Que de courage et de dignité vus, instantané de l'information qui forcent le respect et invitent à la communion.
Teilhard disait en 1947: « ...C'est sur la valeur plus ou moins centrale et organique reconnue au Phénomène social qu'est en train de se re-compter et de se re-grouper autour de nous l'Humanité... ...un flot de sève humaine remontant jusqu'au coeur de la foi chrétienne »
Il est des moments dans l'Histoire où il faut regarder et s'imprégner du temps nouveau.
Optimisme non fondé, démesuré, diront certains ; d'autres y jugeront une interprétation facile et primaire mais lorsque je vois des actions ou des attitudes si belles dans leur plus simple authenticité, sens naturel de la Terre, ne dois- je pas en être heureux, et le dire?
Teilhard parle par ailleurs « d'intuition, c'est à dire une sorte de choix... »
Alors, la réelle conscience de faire partie de tous ceux, passés, présents, et aussi avenir, découle naturellement de ma vision de l'autre si je veux bien prendre cette option que l'on appelle Corps Mystique; Mais je crois que pour aujourd'hui d'autres mots deviennent superflus.
Jean-Pierre Fressafond
Editorial
Marcel Comby / La pensée religieuse de Darwin/
Vendredi 16 Septembre 2011
Excellent, l’article de Marcel Comby sur la pensée religieuse de Darwin. Il confirme que la pensée de Teilhard de Chardin s’appuyait sur plus de vingt siècles de réflexion, notamment Aristote.
Mais les adeptes de ce qu’on appelle « la théologie naturelle », se sont succédées sans interruption, notamment au début de notre ère chrétienne avec les hermétistes qui, jusqu'à la fin de la Renaissance bravèrent les bûchers réservés aux hérétiques. Bien que les meurs n’étaient pas les mêmes à son époque, Darwin se protégea avec certaines précautions comme : « mystery of mysteries, la tentation des origines » ; il évita de mêler les notions de temps avec les mystères de la révélation. Contrairement à ce qu’écrit Marcel Comby, je pense que le fossé qui sépare Darwin de Teilhard De Chardin n’est pas si large ; en fait il n’y a que 50 ans de progrès scientifiques. Les successeurs évitent souvent les erreurs bien compréhensibles commises par leurs prédécesseurs.
Avant de traiter de ce sujet, il est nécessaire de le replacer dans un contexte historique.
La théologie naturelle
En théologie, il s'agit de la démarche qui consiste à connaître Dieu à partir de l'expérience du monde ; son but est de fonder l’affirmation rationnelle de l’existence de Dieu sur la connaissance de la nature. Elle fut fermement récusée par le philosophe Kant qui refusa toute validité à une preuve cosmologique de cette existence divine.
La religion dite naturelle apparut à l’apogée de l’Empire romain. La notion de théologie naturelle a été définie par Varron (116 – 27 av J-C) qui distinguait :
La théologie fabuleuse portant sur les mythes
La théologie politique portant sur la pratique sociale de la religion
La théologie naturelle ou physique portant sur la connaissance du monde
Le projet est de fonder l’unité religieuse de l’humanité.
La théologie biblique, accueillie par le judaïsme, reconnaissait la valeur de la démarche rationnelle de l’esprit en quête de Dieu. Cette démarche fut reprise par saint Paul influencé par la morale stoïcienne ; les païens sont reconnus coupables car ils rendent captive la vérité qui leur est révélée. Elle fut reprise également par les Pères de l’Eglise qui voient en la philosophie un moyen de préparation à l’étude des textes sacrés. L’amour de la sagesse mène à la révélation de manière continue. Le discours sur le cosmos fut intégré à la démarche qui établit rationnellement l’existence d’un Dieu unique et transcendant. Si Dieu se dit dans la Bible alors il se dit aussi dans la nature qui est pour cette raison comparée à un livre ; « Le Grand Livre de la Nature ».
La théologie médiévale fut marquée par l’œuvre de saint Thomas d’Aquin ; celui-ci développa une argumentation fondée sur le fait que si l’esprit humain n’a pas de saisie immédiate de Dieu, ni de son existence, ni de sa nature, parce que Dieu n’est pas un objet du monde, il a la capacité de passer outre les apparences et, grâce au principe de causalité, de connaître la raison d’être des choses. Ainsi de ce qui est donné sensiblement, l’esprit humain peut conclure à un principe qui n’est pas de l’ordre du sensible ; on ne peut donc pas parler de théologie naturelle qui, par la suite dans le cadre de la modernité engendrée par les sciences, procèdera d’une autre source.
La théologie naturelle de Raymond Sebond (XVe siècle) se trouve développée dans son ouvrage : « Grand livre de la nature ». L’auteur veut fonder une voie de salut universel grâce à toutes les capacités de connaissances de l’homme. Il développe deux thèmes : le premier est celui de l’homme microcosme de l’Univers entier, placé à l’articulation du sensible et du spirituel ; le second est celui de l’homme dominant le monde des êtres vivants par l’usage de la liberté ; c’est par son libres arbitre que l’homme est image de Dieu. Nous sommes en présence ici d’une véritable « science de l’homme » révélatrice de l’esprit nouveau lié aux progrès de la science et fondatrice de l’esprit de laïcité. Cependant le livre sera fortement critiqué, notamment par Montaigne qui ne voit pas de possibilité de fonder des certitudes sur les contingences d’un monde instable et limité. C’est à cette époque que s’opposent le Dieu des philosophes et le Dieu sensible au cœur. La théologie naturelle de Raymond Sebond a recueilli un grand succès dans le monde anglo-saxon, mais en revanche elle fut récusée par la tradition augustinienne, Pascal et la tradition janséniste.
La théologie naturelle de Newton et de ses héritiers, soutenue par l’Eglise d’Angleterre avec l’aval des grandes figures de la science, soutint que l’ordre est l’harmonie du cosmos renvoient rationnellement à la reconnaissance d’un principe appelé : Dieu. On reconnaît là ce qu’on appelle le déisme. Cette référence à Dieu repose sur la conviction que les arrangements, les structures et les constituants de la matière, la beauté du monde, le mouvement parfait des astres, requièrent une cause qui domine l’ensemble des phénomènes. L’Univers atteste un dessein créateur et donc une intelligence menant toute chose à sa fin. Boyle, pionnier de la chimie moderne, est une figure éminente de cette tradition ; il élabore une sorte de « physique théologique » qui se veut fondatrice de l’unité de la science et de la théologie. Pour lui la sagesse chrétienne n’est pas dogmatique, mais se situe dans la vie concrète.
Il faut noter que, tant chez Newton que chez Lamarck, la création est limitée au don de l’être fait au tout commencement du monde ; les schémas de pensée, à cette époque, ont un caractère mécaniste. Ainsi Lamarck pense que le créateur fait surgir du néant les corps qui constituent l’Univers ;il donne à la nature l’énergie suffisante pour que tout soit en mouvement de manière parfaite ; puis selon les lois de conservation de l’énergie, il dure « tant que son suprême auteur la laisse subsister.
La théologie de William Paley (1743 – 1805) ministre de l’Eglise d’Angleterre et professeur à Cambridge. Cet universitaire avait pour conviction que les hommes de science devaient être profondément religieux, car la religion incite au travail scientifique et la connaissance de la nature permet la glorification de l’intelligence divine. Il s’agit là encore d’un point de vue déiste selon lequel l’harmonie de la nature renvoie à Dieu. La philosophie de Paley se comprend en terme d’adaptation puisque cette qualité est induite par l’intelligence du créateur et par l’ordre de l’Univers ; le Créateur a su adapter au mieux les mécanisme du monde, ce qui conduit à un sentiment d’admiration voire de louange. La perfection de toutes les adaptations entrant dans le cadre d’une merveilleuse unité, témoigne, non seulement d’un dessein (design) intelligent, mais de l’existence d’un créateur. Il admet que tout n’est pas parfait, mais le mal est dû à la faute de l’homme (Gn 2 , 24).
Il faut savoir qu’au début du XIXe siècle, la théologie naturelle était très en vogue en Angleterre, ce qui avait pour conséquence de demander aux scientifiques et aux clercs de posséder des connaissances universelles. Ce point est important pour comprendre les débats actuels, car lorsque le jeune Darwin cherchait sa voie au seuil d’une carrière scientifique, il s’était orienté vers le statut de pasteur de l’Eglise d’Angleterre et était inscrit à Christ College de Cambridge Où l’on enseignait la théologie naturelle. La pensée religieuse du jeune Darwin était donc imprégnée de cette vision harmonieuse de la nature soumise à la volonté divine.
Venons-en maintenant à l’évolution de la pensée de Darwin.
Elle est étroitement liée à son itinéraire scientifique. Sa méthode : expliquer les changements du passé à la lumière des causes observables. Il a appliqué ce principe à la vie, sans renoncer à son désir de trouver des lois établies par Dieu qui manifestent son dessein dans l’harmonie d’une nature bien ordonnée. C’est dans cette perspective qu’il entreprit de trouver ce qui explique la variation des espèces. Pour ce faire, il introduisit le concept de sélection naturelle.
Cette idée était fondée sur l’expérience des éleveurs améliorant leur cheptel en privilégiant telle ou telle aptitude, mais aussi sur la reconnaissance que l’élimination des individus malades ou inadaptés constituait un bien pour l’espèce : la purifier ou même la modifier.
En 1838, Darwin commence à se référer au concept de population exprimé par Malthus ; il y découvre le fameux principe de la lutte pour l’existence ; il y voit que la sélection est due à la lutte et que celle-ci a un rôle créateur. Cette découverte de l’importance de la lutte pour survivre et perpétrer l’espèce mène Darwin à prendre de distances à l’égard de la théologie naturelle. Celle-ci reposant sur la conviction de l’harmonie naturelle, induit des questions fondamentales : peut-on conclure que Dieu utilise comme instrument la lutte pour la vie ?
Peut-on affirmer que Dieu œuvre pour le bien des vivants par des processus qui éliminent les plus faibles ? La loi de sélection naturelle qui moralement est inacceptable, peut-elle produire du meilleur à partir du moins bon ? La notion de lutte pour la survie efface donc le visage angélique de la théologie naturelle ; c’est ainsi que la pensée religieuse de Darwin en fut radicalement transformée. Ce désenchantement est assez commun chez nos contemporains avec le spectre des guerres, de la violence, des catastrophes, de la peur, du mal et de la mort.
Cette perspective n’invalide pourtant pas aux yeux de Darwin la notion de dessein divin : Dieu agit, et c’est bien ainsi, par les lois de la nature plutôt que par une intervention directe. En outre cette « guerre de la nature » n’admet-elle pas comme résultat la production des animaux supérieurs dont l’homme ? N’y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière de concevoir les lois de la vie qui se révèlent ainsi dans toute leur complexité ?
Darwin, dans un de son ouvrage autobiographique, consent pourtant au déisme (p 76) : « Une autre source de conviction de l’existence de Dieu, liée à la raison et non aux sentiments, me paraît de bien plus de poids. Elle découle de la difficulté extrême, presque de l’impossibilité, à concevoir cet univers, immense et merveilleux, comprenant l’homme avec sa capacité de voir si loin dans le passé et vers l’avenir, comme le résultat d’une nécessité ou d’un hasard aveugles. Une telle considération me pousse à considérer une Cause Première ayant un esprit intelligent, analogue à un certain degré à celui de l’homme ; et je peux être qualifié de déiste ». En fait, Darwin finit par récuser totalement la théologie naturelle pour les raisons suivantes :
La question de la finalité est remise en cause « il ne semble pas qu’il y ait une plus grande finalité dans la variabilité des êtres organiques ou dans l’action de la sélection naturelle que dans la direction où souffle le vent » (Autobiographie p 83)
La question de la souffrance dans le monde ; la présence de celle-ci s’explique par la loi de sélection naturelle et ne peut déboucher sur l’admiration romantique de la beauté du monde. On reconnaît ici une tendance de l’esprit très actuelle. En outre Darwin perdit une de ses filles âgée de 10 ans, ce qui lui fit dire qu’un Dieu bon ne pouvait lui apporter, par la mort, un destin si cruel.
La question de l’origine du phénomène religieux qui n’est, en fait, que le fruit de l’éducation : comment l’esprit de l’homme développé à partir d’un être aussi frustre que celui de l’animal le plus inférieur, mérite-t-il confiance lorsqu’il tire des conclusions aussi lourdes de sens que la reconnaissance d’un Dieu ?
Cet agnosticisme, bien présent d’ailleurs dans notre monde, n’empêche nullement Darwin de rester attaché à une vision chrétienne de l’homme : les valeurs morales dans l’humanité sont réelles et les lois de l’évolution en fondent les exigences. Darwin récuse l’esclavage. Cette position morale se trouve conforme à l’esprit des Lumières car elle rejette la prétention du christianisme à avoir le monopole du salut en condamnant les non chrétiens à des peines éternelles. La pensée religieuse de Darwin est un refus clair et motivé de la théologie naturelle de Paley, mais son attitude éthique reste dans la tradition chrétienne. Certes son épouse Emma aura une certaine influence sur lui si bien que son ouverture sur la transcendance est marquée surtout par une profonde humanité. En outre il convient de constater que Darwin ne mélange pas les genres ; ses confidences sur son évolution religieuse ne paraissent que dans son autobiographie et non dans son œuvre spécifiquement scientifique. Darwin est tout à fait une figure de la conscience moderne confrontée à des questions clés de la condition humaine : sens de la vie, rôle de la souffrance et de la mort.
En ce qui concerne le rapport entre création et évolution et le problème des origines, l’interprétation des observations repose sur certains critères bien définis : station debout, volume de la cavité crânienne, outils, art, etc. Selon que l’on choisisse tel ou tel critère, la réponse est différente. Le scientifique se trouve donc confronté à des interrogations philosophiques : qu’est-ce qui est propre à l’homme par exemple ? Or dans ce choix qui permet de déterminer le facteur décisif pour affirmer qu’il y a commencement ou non, Darwin était bien conscient de cette difficulté. Darwin, dans un esprit de prudence, prend donc ses distances avec un récit qui ferait de son propos un mythe de création ; il se contente de l’observation d’un naturaliste. Dans ses recherches, il a explicitement exclu les questions d’origine et de commencement et il expose les interprétations de ce silence dans un chapitre intitulé : « Mystery of mysteries : la tentation de l’origine ». Cette question de l’origine radicale est volontairement laissée dans l’ombre, puisque spécifiquement métaphysique !
A propos de l’idée d’accomplissement évoquée dans la notion de création continue, voici les dernières lignes écrites par Darwin dans son ouvrage L’Origine des espèces :
« Les formes (…), si différentes les unes des autres et qui dépendent les unes des autres de manière si complexe, ont toutes été produites par des lois agissant autour de nous. Ces lois prises dans leur sens le plus général sont la Croissance accompagnée de la Reproduction ; l’Hérédité, qui est presque impliquée par la reproduction ; la Variabilité issue de l’action indirecte et directe des conditions de vie, ainsi que de l’usage ou du défaut d’usage ; un Taux d’Accroissement si élevé qu’il conduit à une Lutte pour la Vie, et par conséquent à la Sélection Naturelle, qui entraîne la Divergence de Caractère et l’Extinction directe et indirecte des formes les moins améliorées. Ainsi c’est de la guerre de la nature, de la famine et de la mort que procède directement l’objet le plus sublime que nous soyons capables de concevoir, c'est-à-dire la production des animaux supérieurs ».
En ce qui concerne la notion de finalité, elle fait partie du débat scientifique avec la notion d’orthogenèse. Ainsi Bergson assume l’orthogenèse dans le concept d’élan vital. De même Teilhard de Chardin a fondé sa vision du développement de la vie sur ce qu’il a appelé : « loi de complexité conscience «, mise au service d’une vision du cours de la vie dominée par la notion chrétienne de personne. Le rejet de l’orthogenèse participe à une philosophie de la nature qui refuse toute vision d’ensemble des phénomènes, car la théorie de l’évolution ne donne pas à voir des lignes droites, mais des buissons, ou plutôt un corail. Nous en arrivons à Darwin qui a écrit : « Le Corail de la vie », pour dire que de Darwin à Teilhard il existe un fossé incommensurable !
Charles Darwin (1809-82)
Darwin is the first of the evolutionary biologists, the originator of the concept of natural selection. His principal works, The Origin of Species by Means of Natural Selection (1859) and The Descent of Man (1871) marked a new epoch. His works were violently attacked and energetically defended, then; and, it seems, yet today.
Charles Robert Darwin was born at Shrewsbury. His father was a doctor and his mother was the daughter of Josiah Wedgwood. Darwin first studied medicine at Edinburgh. Will as they might, it soon became clear to the family, and particularly to young Charles, that he was not cut out for a medical career; he was transferred to Cambridge (Christ's Church, 1828), there to train for the ministry. While at Cambridge, Darwin befriended a biology professor (John Stevens Henslow, 1796-1861) and his interest in zoology and geography grew. Eventually, Darwin came under the eye of a geology professor, Adam Sedgwick (1785-1873). Just after a field trip to Wales with Sedgwick -- during which Darwin was to learn much from "Sedgewick's on-the-spot tutorials" and was to develop "intellectual muscle as he burnt off the flab"1 -- he was to learn, that, through the efforts of Professor Henslow, that he had secured an invitation to go aboard the Beagle, which, apparently, was being outfitted by the admiralty for an extended voyage to the south seas. In a letter, Henslow was to advise that "you are the very man they are in search of." Desmond and Moore were to write: "The admirals were scouting out someone to accompany Capt. Robert FitzRoy on his two-year survey of coastal South America. FitzRoy, only twenty-six himself, wanted a young companion, a well-bred 'gentlemen' who could relieve the isolation of command, someone to share the captain's table. Better still if he were a naturalist, for there would be unprecedented opportunities. The ship was equipped for 'scientific purposes' and a 'man of zeal & spirit' could do wonders, Henslow enthused. Charles might not be a 'finished naturalist,' but 'taking plenty of Books' would help, and he was the obvious choice."2
Needless to say, though there was some anxious moments, Darwin was accepted by those responsible for the voyage. The plans for the cruise of the Beagle were extended, in that it was to take place over the best part of five years (1831-36) and was to take in the southern islands, the South American coast and Australia. While aboard the vessel, Darwin served as a geologist, botanist, zoologist, and general man of science. It was rare to have aboard a sailing vessel of the early 19th century a person who could read and write, let alone one, such as Darwin, who could appreciate the necessity of applying scientific principles to the business of gathering data and carrying out research on it. I am sure that the telling of Darwin's travels and observations, while aboard the Beagle, would be an interesting topic in itself, but for my purposes here, I need only say, that Darwin gained an experience which would prove to be a substantial foundation for his life's work; the almost immediate result was the publication of his findings in 1840, Zoology of the Beagle.
"When on board H.M.S. Beagle as naturalist, I was much struck with certain facts in the distribution of the organic beings inhabiting South America, and in the geological relations of the present to the past inhabitants of that continent. These facts, as will be seen in the latter chapters of this volume, seemed to throw some light on the origin of species- that mystery of mysteries, as it has been called by one of our greatest philosophers. On my return home, it occurred to me, in 1837, that something might perhaps be made out on this question by patiently accumulating and reflecting on all sorts of facts which could possibly have any bearing on it. After five years' work I allowed myself to speculate on the subject, and drew up some short notes; these I enlarged in 1844 into a sketch of the conclusions, which then seemed to me probable: from that period to the present day I have steadily pursued the same object. I hope that I may be excused for entering on these personal details, as I give them to show that I have not been hasty in coming to a decision." (Darwin's opening paragraph to The Origin of Species, 1859.)
It was likely Darwin's reading of Adam Smith which led Darwin to his decisive breakthrough.3 ("Adam Smith was the last of the moralists and the first of the economists, so Darwin was the last of the economists and the first of the biologists.") Darwin read not only about those "laws" that govern the accumulation of wealth, but also those "laws" which lead to being poor. In regards to these poor "laws," Darwin read Malthus' Essay on Population:
"In October 1838, that is fifteen months after I had begun my systematic enquiry, I happened to read for amusement Malthus' Population, and being well prepared to appreciate the struggle for existence [a phrase used by Malthus] which everywhere goes on from long-continued observation of animals and plants, it at once struck me that under these circumstances favourable variations would tend to be preserved and unfavourable ones to be destroyed. The result of this would be a new species. Here then I had at last got hold of a theory by which to work."4
Personally speaking, Darwin, directly on account of his early adventures (with his evidence and his conclusions: zoological, botanical, geological and paleontological), could no longer subscribe to the teachings of Genesis, viz., that every species had been created whole and have come through the ages unchanged.5 All the evidence supports (and none exists that disproves) the proposition that life on earth has evolved; life started out slow and small, and our current state of existence is as a result of some process working upon natural materials throughout a period that consists of millions and millions of years. The question for Darwin is what is this process, a question which, for twenty years, Darwin worked on. He considered his own personal experiences which were considerable and the data that he had gathered. He read and read widely; he abstracted the learned journals; he talked to breeders of domesticated animals. And only after years of work did Darwin feel himself ready to express himself. More years were to pass, during which he gathered more and more evidence, when, in 1859, Darwin came out with his scholarly presentation, The Origin of Species.6
In 1859, Darwin's shattering work, The Origin of Species, came out ("a sell out in one day"); it is now recognized as a leading work in natural philosophy and in the history of mankind. Simply stated, Darwin's theory is that things, and, in particular, life, evolves by a process which Darwin called "natural selection." "Currently we accept the general idea that biological development can be explained by mutations in combination with natural selection. In its essential parts, therefore, Darwin's theory of development has been accepted. In Darwin's time mutations were not known about; their discovery has led to extensive modifications of his theory, but it has also eliminated the most important objections to it. ...
We are beginning to see that the awesome wonder of the evolution from amoeba to man - for it is without a doubt an awesome wonder - was not the result of a mighty word from a creator, but of a combination of small, apparently insignificant processes. The structural change occurring in a molecule within a chromosome, the result of a struggle over food between two animals, the reproduction and feeding of young - such are the simple elements that together, in the course of millions of years, created the great wonder. This is nothing separate from ordinary life. The wonder is in our everyday world, if only we have the ability to see it."7 (Alfvén's Atom, Man, and the Universe.)
Darwin's "evolutionary and comprehensive vision" is a monistic one, it shows that our universe is a "unitary and continuous process," there does not exist a "dualistic split," and that all phenomena are natural. Darwin's idea, it is written,
"is the most powerful and the most comprehensive idea that has ever arisen on earth. It helps us understand our origins ... We are part of a total process, made of the same matter and operating by the same energy as the rest of the cosmos, maintaining and reproducing by the same type of mechanism as the rest of life ..."8 (Sir Julian Huxley.)
The theory of evolution is no longer just a theory; an overwhelming amount evidence has accumulated since Darwin. Darwin's theory has never been successfully refuted. Darwin discovered a law just as surely as Copernicus, Galileo and Newton discovered laws: natural laws. Just as the earth is in orbit and has come to be and is depended on the force of gravity, a natural law; so life has come into being and exists and is depended on the force of natural selection. One need not necessarily understand the why or the how of it, but a natural law such as gravitation or selection nonetheless exists, whether a particular puny human being, or group of them believe it or not.
The theory as presented in Darwin's The Origin of Species, I should say, was not new to the world and it cannot be attributed to Darwin. The theory, contrary to popular belief has been around since Aristotle and Lucretius. Darwin's contribution is that he gathered indisputable evidence, and he SET forth a theory on how evolution works, the theory of natural selection. Darwin: "It may be said that natural selection is daily and hourly scrutinising, throughout the world, every variation, even the slightest; rejecting that which is bad, preserving and adding up all that is good; silently and insensibly working, whenever and wherever opportunity offers, at the improvement of each organic being in relation to its organic and inorganic conditions of life. We see nothing of these slow changes in progress, until the hand of time has marked the long lapses of ages, and then so imperfect is our view into long past geological ages, that we only see that the forms of life are now different from what they formerly were."9
We will let Julian Huxley sum up Darwin's place in the history of science:
"Darwin's work ... put the world of life into the domain of natural law. It was no longer necessary or possible to imagine that every kind of animal or plant had been specially created, nor that the beautiful and ingenious devices by which they get their food or escape their enemies have been thought out by some supernatural power, or that there is any conscious purpose behind the evolutionary process. If the idea of natural selection holds good, then animals and plants and man himself have become what they are by natural causes, as blind and automatic as those which go to mould the shape of a mountain, or make the earth and the other planets move in ellipses round the sun. The blind struggle for existence, the blind process of heredity, automatically result in the selection of the best adapted types, and a steady evolution of the stock in the direction of progress...
Darwin's work has enabled us to see the position of man and of our present civilization in a truer light. Man is not a finished product incapable of further progress. He has a long history behind him, and it is a history not of a fall, but of an ascent. And he has the possibility of further progressive evolution before him. Further, in the light of evolution we learn to be more patient. The few thousand years of recorded history are nothing compared to the million years during which man has been on earth, and the thousand million years of life's progress. And we can afford to be patient when the astronomers assure us of at least another thousand million years ahead of us in which to carry evolution onwards to new heights."
Bibliographie
Qu’est-ce que la théologie naturelle? Paul Clavier (poche)
Création par Evolution Jean-Michel Maldamé (le Cerf)
La Genèse et la Préhistoire J. B. Cornelius (Ed Lanore)
The Scientists Charles Darwin Web
Programme Homme Pierre Rabichong (PUF)
Jean-Pierre Fressafond
Editorial
Edito. de JP Frésafond
Mardi 13 Septembre 2011En mars 2009, j'avais présenté cette conférence . J'ai pensé que son contenu pourrait être utile à nos nouveaux membres
Pour les personnes qui ne connaissent pas TEILHARD DE CHARDIN, voici un résumé de sa vie :
-Il est né en 1881 dans une famille aristocrate et chrétienne d’Auvergne. Cette empreinte familiale l’a profondément marqué, il restera fidèle à sa religion et à son serment malgré l’évolution de ses convictions induite par ses recherches scientifiques.
-Il fit de brillantes études secondaires et supérieures chez les Jésuites et sous leur contrôle direct ou indirect.
-Enfant, il était fasciné par le fer qui représentait pour lui ce qu’il y a de plus solide et de plus inaltérable. Il collectionnait des morceaux de charrues dans une cache secrète. Mais un jour il s’aperçut que le fer s’oxydait…déçu, collectionna les minéraux qu’il imaginait indestructibles. Là encore il fut déçu car les minéraux se dégradaient aussi… Alors, il se passionna pour l’énergie. Tout jeune, et devenu étudiant, il eut l’intuition que la matière se résolvait dans l’énergie. J’insiste sur ce point : pour bien comprendre la pensée de TEILHARD il faut se référer à l’énergie, à l’espace/temps et à l’évolution.
-En 1911 il fut ordonné prêtre.
-En 1912 il fut reçu par le professeur de paléontologie Marcellin BOULE, au Musée d’Histoire Naturelle de Paris où il resta pour continuer ses études jusqu’en 1915.
-De 1915 à 1918 il fut simple soldat, puis caporal, dans l’Armée Française et remplit de manière héroïque des fonctions de brancardier sur le front (Chemin des Dames, Verdun, Ypres, etc …) Il refusa d’être officier, ce qui lui aurait permis d’être aumônier à l’arrière du front. Il fut titulaire de la médaille militaire de la Croix de Guerre, et de la Légion d’Honneur.
Durant cette période de sa vie on vit évoluer ses conceptions sur le sens de la vie et de la condition humaine.
-De 1918 à 1920 il passa à la Sorbonne des certificats de zoologie, géologie, puis un doctorat de paléontologie. Dans le même temps, il fut chargé de cours à l’Institut Catholique de Paris et travailla au Museum d’Histoire Naturelle dans le laboratoire de paléontologie.
-En 1923 il cessa malgré lui sa carrière d’enseignant sur ordre des autorités catholiques qui jugèrent trop avancées ses théories sur l’évolution et la philosophie qui en découlait. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point qui orienta toute sa vie.
-De 1923 à 1946, il travailla en Chine, hormis pendant les expéditions auxquelles il participa dans le monde entier.
En Chine, à Pekin, il dirigea un Institut National de Paléontologie que les autorités chinoises avaient commandé aux Jésuites. Dans ce pays, il acquit une notoriété qui dépassait largement sa spécialité et ses fonctions, notamment par ses relations avec le monde communiste.
En 1931, avec l’Abbé Breuil et une équipe de savants, il découvrit le synanthrope de Choukoutien (l’Homme de Pékin) âgé de 3 millions d’années.
-En 1940 il créa, avec le professeur Pierre LEROY, la revue « International-Geobiologia » d’intérêt mondial pour la paléontologie.
-En 1946 il noua des relations étroites avec l’anglais Sir JulianHuxley, biologiste, généticien, évolutionniste et directeur du moment de l’UNESCO. C’est à cette époque qu’il acheva l’écriture de son livre « LE PHENOMENE HUMAIN » qui fut interdit 3 fois de suite.
En 1948 il sollicita à nouveau auprès du Père Général des Jésuites l’autorisation de publier ce livre, ainsi que l’autorisation d’accepter la chaire qu’on lui proposait au Collège de France. Les 2 requêtes furent refusées.
-En 1950 il est élu à l’INSTITUT (académie des sciences).
-En 1951, se sachant très malade, et pour que son œuvre ne sombre pas dans l’oubli, il légua l’ensemble de ses droits moraux à sa secrétaire, Melle Mortier. Après sa mort à New-York en 1955, suite à un infarctus, Melle Mortier créa la FONDATION TEILHARD DE CHARDIN et constitua un comité scientifique réunissant les plus hautes autorités mondiales de l’époque qui présida à la publication du PHENOMENE HUMAIN, puis à celle de toute son œuvre, laquelle représente une vingtaine de livres dont la plupart sont des compilations de conférences, d’articles et des lettres de voyages.
Du PHENOMENE HUMAIN on pourrait dire que c’est un traité d’histoire naturelle dans lequel TEILHARD DE CHARDIN laisse entrevoir sa pensée métaphysique. Il faut le lire en premier. La suite logique est, selon moi, L’ACTIVATION DE L’ENERGIE dans lequel est développe le concept de « dedans des choses » ainsi que sa théorie de complexité/centréité/conscience.
Voici un résumé succinct du Phénomène Humain :
-Existence d’un Principe, hors espace/temps, antérieur à la création de l’univers.
-Création de l’univers dans l’espace/temps par ce Principe qui est consubstantiel à l’énergie de la matière. Ce Principe peut se définir ainsi : Energie et information de toutes choses.
-Evolution de la matière sous l’influence de ce même Principe dont l’action est perceptible à tous les paliers de cette évolution.
La loi récurrente de ce Principe est celle de la complexification et de la centréité. Elle place entre les 2 abîmes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit un concept grâce auquel l’Homme peut se retrouver, celui de l’infiniment complexe qui va de paire avec le concept de centréité.
-Grâce à l’extrêmement complexe : apparition de la vie.
-Le palier suivant est l’infinie complexité qui conduit au pas de la réflexion et à l’apparition de la conscience. L’Homme’ est arrivé …
-Avec l’apparition de l’Homme, la biosphère qui entoure la planète est recouverte d’une sphère de pensée (noosphère).
-En vertu du principe récurrent tout au long de l’évolution de la centréité/convergente, hypothèse de l’atomisme de l’esprit, dans cette image les atomes d’esprit, constitués par chaque être pensant, convergent avant et après la mort physique vers un point qui attire toutes les énergies : Le Point Omega queTeilhard présente tour à tour comme Point Omega Créateur, Point Omega Evoluteur, Point Omega Attracteur.
Il est important de signaler que dans l’introduction du PHENOMENE HUMAIN Teilhard précise, et je le site : Ce livre n’est pas un essai métaphysique ou théologique, mais un mémoire scientifique, rien que scientifique (…) et c’est dans cet esprit qu’il remplace le mot Dieu par la formule Point Omega ; Peut-être en cela inspiré par la parole évangélique : Je suis l’Alpha et l’Omega
Avec cet ouvrage, Teilhard s’adresse à la multitude des non croyants qui cherchent une voie.
L’ACTIVATION DE L’ENERGIE vise le même public pour lui donner le goût de vivre en lui communiquant sa passion pour l’énergie de la matière, moteur de l’évolution.
Voici les conseils qu’il a donné lui-même pour comprendre sa pensée :
« Par avantage, autant que par nécessité, c’est donc à l’Homme qu’il faut ramener toute science. Si vraiment voir c’est être plus, regardons l’Homme et nous vivrons davantage. Depuis des dizaines de siècles, l’Homme ne regarde que lui. Et pourtant c’est à peine s’il commence à prendre une vue scientifique de sa signification dans la physique du monde. Ne nous étonnons pas de cette lenteur dans l’éveil. A l’Homme pour découvrir l’Homme, toute une série de sens était nécessaire, dont l’acquisition graduelle couvre et scande l’histoire même de l’esprit.
1. Sens de l’immensité spatiale dans la grandeur et la petitesse.
2. Sens de la profondeur, repoussant le long de séries illimitées, sur des distances temporelles démesurées, des évènements qu’une sorte de pesanteur tend à resserrer pour nous dans la mince feuille du passé.
3. Sens du Nombre, découvrant la multitude affolante d’éléments engagés dans la moindre transformation de l’univers.
4. Sens de la proportion réalisant la différence d’échelle physique qui sépare dans les dimensions et dans les rythmes, l’atome et la galaxie.
5. Sens de la qualité ou de la nouveauté, parvenant sans briser l’unité physique du monde à distinguer des paliers de perfection et de croissance.
6. Sens du mouvement capable de percevoir les développements irrésistibles cachés dans les très grandes lenteurs.
7. Sens de « l’organique » découvrant les liaisons physiques et l’unité structurelle de l’univers.
Faute de ces qualités, l’Homme restera pour nous, quoiqu’on fasse, ce qu’il est encore pour tant d’intelligence : objet erratique dans un monde disjoint »
Sur la base d’une idée inspirée par Aristote, Teilhard pense qu’il existe un dedans des choses. Il a construit une théorie nommée principe d’émergence qu’il exprime ainsi :
« Tout au long de l’évolution de la matière, rien ne saurait éclater au grand jour qui ne soit déjà obscurément présent depuis le commencement. »
Autrement dit, cette conscience qui se manifeste au niveau de l’Homme est déjà présente très discrètement dans les phases antérieures de l’évolution sous des états de plus en plus diffus au fur et à mesure que l’on remonte en direction des particules élémentaires. Il s’agit d’un « programme » consubstantiel à l’énergie de la matière, dans lequel est inscrit tout le développement de la matière, jusqu’à l’Homme, et peut-être au-delà.
Nous venons d’évoquer l’hypothèse de Teilhard sur le développement en trois phases de l’univers : création, évolution et attraction par Omega.
A la même époque que Teilhard jusqu’à nos jours, les physiciens ont construit des figures mathématiques qui ressemblent à l’hypothèse ci-dessus évoquée et qui, elles aussi, se développe en 3 phases. Mais tout d’abord voici deux explications qui aideront à comprendre la suite et sur lesquelles nous devons nous mettre d’accord.
1. Le cône : les physiciens et Teilhard ont utilisé l’image du cône sur laquelle tous les points sont identiques sauf qu’ à l’approche du sommet, si l’on monte d’un cran, on se trouve sur un point qui n’a plus ni surface ni existence réelle nommé point de singularité. Teilhard a utilisé cette figure pour représenter le passage de la matière à l’esprit, à la fin des temps. Les physiciens, eux, l’ont utilisée pour représenter les débuts des temps, c'est-à-dire, le passage de l’esprit à la matière ; deux transformations symétriques et logiquement complémentaires.
2. L’entropie : cette notion est décrite différemment selon les contextes dans lesquels elle est utilisée mais, en ce qui concerne les hypothèses de Teilhard et des physiciens, la même acception est utilisée, à savoir : l’entropie définit une proportion d’incertitude ou de probabilité. L’entropie est dite maximale lorsque la matière tend vers ses états les plus probables, les plus stables, les plus homogènes et les moins chargés en informations. L’entropie est dite minimale lorsque la matière tend vers des états incertains, improbables, peu stables, hétérogènes et très chargés en informations. On peut remplacer le terme entropie minimale par le mot néguentropie.
Voici donc maintenant l’hypothèse des physiciens (symétrique à celle de Teilhard) qui elle aussi se développe en trois phases :
1) Pendant toute la période qui précède le moment zéro et avant le moment un (le big bang) l’entropie est nulle car l’information est infinie. Energie et information ne font qu’un, nous somme dans le point de singularité qui précède la phase spatio temporelle.
2) A partir du moment un, l’énergie se dégage de l’information. L’énergie est au maximum de sa puissance ; l’entropie est maximale car l’information, elle, est diluée à l’extrême dans l’univers de matière qui vient de naître. Mais avec l’évolution de l’univers qui suit le moment un, l’information tend à se concentrer progressivement, l’entropie diminue (l’univers se complexifie et se centre).
3) Vers la fin de l’univers, quand le dernier atome de matière aura disparu (phénomène hautement probable dans 10 puissance 1 milliard d’années), l’information qui tendait vers cet état depuis le moment un redeviendra infinie (entropie nulle) et retour à la phase un, sauf que, peut-être, le quantum d’informations aura probablement augmenté, si non, à quoi aurait servi la divine manip, par laquelle le Créateur a pris des risques énormes…
Selon les physiciens et Teilhard, l’univers est un système destiné à transformer de l’énergie en information…
Les religions emploient les mots Dieu, Créateur, Eternel ; les Franc Maçons utilisent l’expression Grand Architecte de l’Univers ; les physiciens, eux, se servent indifféremment des expressions Point de singularité, Information, Espace-temps, Etre Algébrique.
Ces différents vocables désignent la même inconnue inconcevable qui nous obsède. Pourtant, ce qui est certain, c’est que les hypothèses de Teilhard et des physiciens tendent vers le même but : donner un sens à l’univers, donner un sens à la vie.
Je reviens au point de singularité dans lequel est contenu tout le programme univers. Voici une image qui aidera à comprendre ce concept : prenons un film enregistré sur un DVD et mettons le lecteur en action. De la première à la dernière seconde toute l’histoire défile sur l’écran. Lorsque le film est terminé, on range le DVD dans son étui et il ne se passe plus rien, pourtant, toute l’histoire est virtuellement contenue dans le DVD… espace temps imaginaire.
Le postulat sorti du génie de Teilhard : celui du principe de complexité dont j’ai déjà parlé, extirpe l’homme de son angoisse existentielle provoquée par sa position entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Un troisième infini vient se placer entre les deux : l’infiniment complexe qui est, lui, à la mesure de la conscience humaine, puisqu’il s’agit de nous-mêmes, nous le comprenons et nous le mesurons.
Pourquoi cette importance de l’infiniment complexe ? Parce qu’il induit le principe de
Complexité-centréité-conscience . Le principe de centréité suggère un centre d’organisation, qui infère la conscience. Le concept de centre est universel et il existe concrètement dans la nature, par exemple : l’atome est centré par le noyau ; les systèmes solaires le sont par un astre-père ; la cellule est centrée autour de son noyau ; l’être vivant l’est autour de son cerveau ; les sociétés le sont autour de leurs rois et chefs d’état, etc …
Depuis son commencement, l’univers a vu sa température décroître. Ce déclin de température permit aux particules élémentaires de s’organiser en atomes, des plus simples aux plus complexes, des moins denses aux plus denses. Ensuite, la substance de l’univers s’est organisée en molécules, des plus simples aux plus complexes ; une complexité inimaginable puisque les molécules de protéines peuvent être composées de quelques milliers à quelques centaines de milliers d’atomes. C’est d’ailleurs grâce à cette complexité que l’évolution est passée du monde minéral au monde organique, franchissant ainsi le pas de la vie. Par la suite, il a fallu que chaque catégorie de molécules trouve un arrangement avec les autres. Imaginons le degré de complexité que cela suppose pour que l’organisme d’un animal fonctionne ! Le concept de complexité est capital dans notre raisonnement : lorsque la complexité augmente, l’évolution gravit un palier d’organisation supplémentaire. Cette coïncidence n’est pas un hasard et ce d’autant moins que l’évolution va dans le sens de plus de qualité et moins de quantité. Il y a plus d’informations dans une souris que dans une montagne de granite.
Selon Teilhard, il est très peu probable que sur terre apparaisse une nouvelle forme humaine, exception faite de « détails » liés à la pression du milieu, la morphologie humaine évoluera peu. Le cerveau humain lui-même n’évoluera que très peu dans sa morphologie apparente en vertu de raisons scientifiquement vérifiées selon lesquelles il y a un âge précis pour chacune des évolutions successives de notre planète ; tout comme il y a un âge pour que le petit de l’Homme apprenne à parler, la terre a eu un âge pour qu’apparaissent de nouveaux phyla, et ce temps est révolu. Maintenant, le cerveau humain va évoluer par complexification neuronale.
La biosphère de notre planète, qui est encore très jeune, va évoluer différemment et ceci est particulièrement sensible dans l’espèce humaine. Ce n’est pas par la modification du volume de son cerveau que l’évolution de l’homme se produira, mais par une meilleure utilisation de celui-ci. Il n’est donc plus question de forme physique nouvelle, mais de développement du quantum d’énergie spirituelle que la matière totale est potentiellement en mesure de produire.
Corollaire : tandis que l’énergie atomique de la planète va décroître au cours des prochains milliards d’années, l’énergie spirituelle, pour croître, devra s’organiser, s’unifier. Sous la pression ambiante des société humaines qui sera grandissante, les cerveaux humains tous ensemble devront augmenter leur capacité de stockage d’information et créer des circuits de réactions pour développer jusqu’à l’infini la sphère spirituelle de la planète et tendre vers l’hypothétique point de convergence de toutes les énergies, ce foyer d’attirance est nommé Point Omega, Suprême Centre s’il en est …
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Je vais maintenant expliquer pourquoi le Vatican avait mis Teilhard hors des circuits de l’enseignement. Les Jésuites avaient joué très finement en le missionnant en Chine pour lui éviter la mise à l’index. A mon avis, c’est une chance pour l’humanité que cette « punition » lui fut infligée. Sans elle, il aurait peut-être évolué autrement et son message eut été différent. Cependant, je peux comprendre l’allergie de certains chrétiens à l’égard de la pensée de Teilhard.
L’interdiction pesant sur Teilhard a été confirmée et promulguée par le monitum du Saint-Office en 1962 qui est clair et sans appel. Il se résume ainsi : interdiction aux ecclésiastiques de tous grades de diffuser la pensée de Teilhard qui porte atteinte à la doctrine chrétienne.
J’ai extrait ce passage de son livre LE CŒUR DE LA MATIERE (p. 90) écrit en 1919 qui décrit son attirance pour la théorie des monades de Leibniz. Ce fut la goutte qui fit déborder le vase … et motiva l’interdiction du Saint Office en 1923.
« Je te bénis, Matière, et je te salue, non pas telle que te découvrent, réduite ou défigurée, les pontifes de la science et les prédicateurs de la vertu, un ramassis, disent-ils, de forces brutales ou de bas appétits, mais telle que tu m’apparais aujourd’hui, dans ta totalité et ta vérité.
Je te salue, universelle puissance de rapprochement et d’union par où se relient les monades et en qui elles convergent toutes sur la route de l’esprit.
Je te salue, somme harmonieuse des âmes, cristal limpide dont est tirée la Jerusalem nouvelle.
Je te salue, Milieu divin, chargé de puissance créatrice, océan agité par l’esprit, argile pétri et animé par le Verbe Incarné. »
Désormais, on comprend le rapprochement possible de la pensée de Teilhard avec celle de son contemporain Bergson, à propos de laquelle d’ailleurs il avait émis des réserves. Le panthéisme de Bergson, disait Teilhard, est un panthéisme de dispersion, comme celui des religions hindoues et bouddhistes. Teilhard précisait qu’on pouvait rapprocher sa pensée d’un panthéisme de convergence ; ce qui cadre tout à fait avec sa théorie du Point Omega.
Il existe un autre facteur déclenchant de sa mise à l’écart, c’est son avis (que lui avait demandé un pseudo ami) sur le péché ou la chute originelle.
Y a-t-il seulement un haut ou un bas dans l’univers disait Teilhard ? Dans l’évolution, selon lui, on ne discerne pas de « chute », le processus de la manifestation ne fait que passer par la phase matière : il s’agit d’un passage suivi d’une montée en puissance du dedans des choses. Selon lui, le concept de péché originel est un repoussoir pour les humains qui cherchent un sens à l’univers. D’ailleurs, n’écrivait-il pas en 1922 à son meilleur ami chez les Jésuites, le Père Valensin : « Je suis chaque jour plus convaincu par expérience que notre représentation catéchétique de la chute barre la route à un large courant religieux qui ne demanderait qu’à s’engouffrer dans le Christianisme, mais qui s’en détourne parce que, pour y entrer, il faut , semble t-il laisser à la porte tout ce que les derniers efforts de la pensée humaine ont conquis de plus précieux et de plus vaste. »
Voici les raisons pour lesquelles je pense que l’Eglise est persuadée que la pensée de Teilhard
met en danger le dogme catholique de la rédemption. Je simplifie, mais c’est mon interprétation : s’il n’y a pas de péché originel, il n’est nul besoin d’un rédempteur pour effacer une faute qui n’a pas existé. Tout le dogme chrétien est construit sur l’arrivée du Messie, Jésus, Fils de Dieu qui, pour nous sauver, est mort sur la croix. Pour contrer cette attaque, Teilhard a repris à sa manière cette parole du Christ « Vous êtes tous des Elohimes » (des dieux) en réactualisant le concept du Christ universel, Centre organique conceptuel de tout l’univers. Dieu se constitue « Christ » en s’incarnant « homme-dieu ». Ainsi il centre sa création, surnaturalise l’Homme, lequel, par sa nature pensante et aimante, divinise l’univers tout entier.
Selon Teilhard, le phénomène christique est un évènement à haute probabilité qui sauve l’humanité du néant. A la fin probable de la matière tangible, l’Esprit survivra, enfin libéré
Ce que l’on peut dire c’est que Teilhard représentait deux pensées en apparence opposées, qui faisaient de lui un personnage à deux visages ou à deux stratifications plus exactement : celle de ses racines familiales très catholiques, et celle du scientifique philosophe. D’ailleurs il s’en ouvrit encore à son ami, le Père Valensin en lui écrivant à peu près ceci : « Comment le gosse que j’étais à 18 ans et qui s’était engagé dans la prêtrise, aurait pu concevoir ce que serait sa pensée après cinquante années de recherche scientifique ? »
D’ailleurs, le doute n’a jamais lâché Teilhard. J’ai pu le constater dans une communication qu’il a écrite quelques jours avant sa mort, dans laquelle, tout au long de la quinzaine de pages, alternent successivement à chaque page le doute et l’espérance ; le Teilhard chrétien et le Teilhard scientifique et philosophe.
Cette contradiction est utilisée par les défenseurs respectifs de ces deux tendances teilhardiennes, chacune prétendant que le vrai Teilhard est le leur ; conclusion naïve car les deux Teilhard sont vrais. On ne peut seulement qu’en préférer l’un par rapport à l’autre. Je considère que le Teilhard scientifique et philosophe est plus à même d’être compris par les non croyants, agnostiques et autres athées rationalistes. Ce Teilhard là me semble plus adéquat pour donner le goût de vivre à ceux qui sont plongés dans l’angoisse existentielle. Teilhard, le scientifique, donne un sens à la vie et à l’univers. Il est aussi un poète comme on peut le constater dans cette parabole que j’ai extraite de L’ACTIVATION DE L’ENERGIE : « Jusqu’ici les hommes vivaient comme des passagers accidentellement réunis dans la cale d’un navire dont ils ne soupçonnaient , ni la nature, ni le mouvement. Ils ne concevaient rien de mieux à faire que de se disputer ou se distraire, jusqu’au jour où l’un d’entre eux, plus hardi, s’est risqué sur le pont du navire, quelques autres passagers l’ont suivi craintivement. Ils ont découvert le vaisseau qui les portait et ils ont aperçu l’écume au fil de la proue, ils ont avisé qu’il y avait une chaudière à alimenter et un gouvernail à tenir. Ils ont humé le parfum des îles au-delà l’horizon, non plus l’agitation humaine sur place, non plus la dérive, mais le VOYAGE. Il est inévitable qu’une autre humanité sorte de cette vision là, une humanité dont nous n’avons pas encore idée. »
Dans L’ACTIVATION DE L’ENERGIE ce n’est pas pour rien que le premier chapitre est intitulé « Atomisme de l’Esprit ». C’est la clef de voûte de la pensée teilhardienne concernant le sens de l’univers, sur quoi est bâtie notre espérance.
Je vais tenter une explication de ce phénomène. L’âme est la molécule de l’Esprit disit-il
Précisons ce que Teilhard entendait par cette expression très symbolique « atomisme de l’esprit » : tout comme l’atome, élément tangible de la matière, constitué d’un noyau central autour duquel gravitent des particules et qui est, de ce fait, un organisme centré, Teilhard imagina que l’esprit pourrait se décrire de la même manière, c'est-à-dire, être composé d’éléments et centrés.
Pour Teilhard, la matière est composée d’un dehors et d’un dedans des choses soit, dans un autre langage, la matière est composée de Force et d’Information.
Nous savons que la force (l’énergie) est le seul composant pris en compte par la science parce qu’il est mesurable et tangible. Par contre, l’information (l’esprit) est un composant non mesurable, non tangible, qui ne peut pas être pris en compte par la science. Il est mis de côté et toléré en tant qu’élucubration philosophique.
Or, pour Teilhard, Force et Information sont consubstantielles dans la composition de la matière et qu’elles doivent être examinées ensemble comme deux aspects différents d’une seule et même énergie
Pour faciliter la communication je vais utiliser le mot « matière » pour désigner la force et le mot « esprit » pour désigner l’information.
Teilhard a postulé que l’esprit se comportait comme la matière et que, soit avant l’apparition de la matière, soit après sa disparition, l’esprit est, lui aussi, chargé de cette tendance à se centrer ; tendance récurrente qui se manifeste tout au long de la chaîne de l’évolution. L’univers est courbe, ne l’oublions pas.
Mais surgit une difficulté : comment argumenter cette hypothèse de l’existence de l’esprit, composant consubstantiel à la matière ? Les mathématiques nous apprennent qu’un système (organisation constituée d’éléments divers) est un mélange de contingence (hasard : être ou ne pas être) et de déterminisme (redondance : orienté par une information). Les mathématiques nous apprennent aussi qu’il n’y a pas d’organisation possible sans redondance et qu’à l’inverse le hasard, s’il est seul, joue vers un désordre de plus en plus grand (absence d’information). Comparaison : dans une cathédrale gothique il y a toutes les informations liées à l’architecture, alors que dans un tas de sable il n’y a que la seule information concernant la gravité.
En examinant l’évolution de la matière on constate que l’Esprit la pousse vers une organisation très sélective, très complexe, puisque, partant de l’atome le plus simple, l’hydrogène, on arrive à un tableau de 103 éléments qui sont, pour les derniers de ceux-ci, d’une plus grande complexité et, si l’on compare ce petit nombre de 103 éléments au nombre infini des diverses particules de l’univers, toutes les incertitudes s’évanouissent quant à l’existence de l’Information qui a poussé la matière vers l’infini de la complexité. (amusons nous à calculer factoriel 103).
Par l’expression atomisme de l’esprit, Teilhard nous a donc invités à faire un rapprochement entre les atomes de la physique et nos âmes individuelles que l’esprit de la matière a composées, grâce à l’apparition de l’Homme, dans chaque être humain, lui-même un centre très complexe.
Avant la naissance de chaque individu, l’esprit est dilué dans la matière. Après la naissance de cet individu, l’esprit de la matière « se distille et se concentre » en lui et crée son âme qui est un véritable phénomène de centréité/conscience ; d’où cette image de l’atomisme de l’esprit.
Teilhard va plus loin encore et propose une hypothèse cohérente : Il extrapole le comportement de la « matière tangible » et l’applique au comportement de la « matière esprit » dans un domaine qui lui est propre, hors de l’espace temps. Il a donc imaginé que les éléments personnalisés de l’esprit que représentent nos âmes sont, eux aussi, poussés à se centrer à leur tour sur un point de convergence extérieur , le Point Omega, pour constituer un « super organisme » encore plus complexe et plus fort que la noosphère, hors de l’espace temps, et que l’on peut nommer selon les religions : paradis, Jérusalem Céleste, Nirvana,esprit de l’Univers, etc …
Cette courbe ascendante de l’évolution, partant de l’atomisme de la matière, se prolongeant vers l’atomisme de l’esprit, est une hypothèse tout à fait cohérente, trajectoire sans rupture, et d’un optimisme raisonnable, tout à fait approprié pour donner le goût de vivre et motiver notre effort de lutte contre le néant, seule force d’inertie absolue.
«Etre ou ne pas être, là est la question. »
D’un point de vue plus large, on peut dire que la grande manip divine ne se limite pas aux planètes que nous connaissons. Elle concerne tout l’univers et l’univers, lui aussi, est de nature convergente. Albert Einstein parlait souvent de la « courbure de l’univers » ; ce qui signifie que tout ce qui le constitue a tendance à se centrer, puis à converger vers un même point. Teilhard, lui aussi, évoque fréquemment « la courbure de l’espace temps ». Mais peut-être faut-il expliquer ce que l’on entend par cette courbure. Plus personne ne conteste le fait que dans l’univers tout tourne autour de quelque chose, la ligne droite absolue n’existe pas. Même dans les espaces intersidéraux les plus désertiques il y a, toujours, une onde ou une particule venant de très loin qui modifiera la trajectoire d’une onde ou d’un objet passant dans le secteur. Un objet dont la trajectoire passe trop près d’un autre objet plus gros que lui va se mettre à tourner autour de lui et devenir son satellite. Au vu de ces deux exemples, on peut dire que toutes les trajectoires sont courbées, centrées, qu’il s’agisse de matière tangible ou de matière subtile et selon Teilhard l’énergie-esprit n’échapperait pas à cette loi.
Evidemment, ce langage serait compris et admis par les non croyants si les religions parlaient d’attraction universelle car cette force qui anime l’univers n’est contestée par personne. Les langages et les mots sont des ondes de communication qui méritent d’être codifiées dans un mode « pan humain » . Ce fut le souci majeur de Teilhard lorsqu’il écrivit les conférences qui furent compilées sous le titre L’ACTIVATION DE L’ENERGIE, dont les titres des chapitres sont les suivants :
-L’atomisme de l’esprit
-La montée de l’autre
-Universalisation et Union
-La Centrologie
-L’Analyse de la Vie
-Esquisse d’une dialectique de l’Esprit
-Place de la Technique dans une Biologie Générale de l’Humanité
-Sur la Nature du Phénomène Social Humain
-Les Conditions psychologiques de l’Evolution Humaine
-Un Phénomène de Contre-Evolution en biologie humaine,ou la Peur de l’Existence
-Le Sens de l’Espèce chez l’Homme
-L’Evolution de la responsabilité dans le Monde
-Pour y voir clair
-Le Goût de Vivre
-Un seuil Mental sous nos pas : Du Cosmos à la Cosmogénèse
-Réflexions sur la Probabilité Scientifique et les Conséquences Religieuses d’un Ultra-Humain.
-La Convergence de l’Univers
-Transformation et Prolongements en l’Homme du Mécanisme d’Evolution
-La Réflexion de l’Energie
-En Regardant un Cyclotron
-L’Energie d’Evolution
On ne peut pas traiter l’ensemble de ces sujets en une seule conférence. J’ai contracté les 417 pages de l’œuvre originale en une centaine de pages.
Le livre original étant épuisé, vous pouvez lire le manuel d’étude que j’ai conçu se rapportant à cette œuvre.
Dans une note intitulée « L’Heure de Choisir » Teilhard a livré le fond de s a pensée sur le problème de la guerre entre les hommes ; sujet qu’il connaissait bien puisqu’il a vécu deux guerres mondiales. Je vais résumer le fond de sa pensée. Selon Teilhard, la guerre est un phénomène naturel, incontournable, je le cite :
La vie ne peut avancer que par masses profondes. Lorsque son cours est étranglé par une mutation nouvelle, elle se redéploie d’autant plus pour se reconstituer en multitude.
L’humanité travaille sous l’impulsion d’un instinct obscure à déborder autour de son point d’émersion jusqu’à submerger la terre. La pensée fait de même. Ainsi se résume toute l’histoire de l’humanité.
En l’homme, pour des raisons liées au pouvoir de réflexion qui le caractérise, l’organisation en société est accélérée par rapport au monde animal. En deux ou trois dizaines de milliers d’années les hommes se sont partagé la terre et s’y sont enracinés.
Avec un nombre croissant d’individus les groupes se resserrent et se heurtent jusqu’à produire un effet de compression et d’échauffement psychologique qui induisent des guerres de défense et de conquête des territoires, ou de suprématie économique.
Si brutales que soient les guerres, elles s’accompagnent toujours de quelques assimilations et d’échanges culturels. Même partiellement absorbé, le vaincu réagit sur le vainqueur. Au fond, dit Teilhard, n’est-ce pas dans les rencontres, les conflits et, finalement, la graduelle harmonisation de ces grands courants « somato psychiques » que consiste l’essentiel de l’histoire ? Les guerres font partie des crises de croissance inévitables. La vie n’est jamais parvenue à s’organiser autrement que dans la souffrance. Tout progrès se paye par une dissipation d’énergie nous dit la Physique. L’histoire de l’Europe depuis plus de deux siècles en est la démonstration.
A cause d’un pur instinct animal nous avons subi la montée des nationalismes. La survie du plus apte est une loi de la nature, ainsi que la poussée d’une branche unique étouffant les autres branches. C’est contre cela que nous devons lutter.
… Et c’est contre cet idéal sauvage que, spontanément, l’Humanité s’est levée. Mais, attention : il existe une manière inférieure et dangereuse de faire la guerre à la guerre et le pacifisme ne sert pas forcément la paix … C’était dans l’axe de la nature d’appliquer ces méthodes violentes, maintenant cela ne doit plus être. La pensée a conféré au monde une dimension nouvelle : Ou bien un seul peuple dominera les autres, ou bien les peuples s’associeront en une « âme commune » afin d’être plus humains.
« Aimez vous les uns les autres ». Ce précepte qui nous est parvenu il y a 2000 ans se révèlera à notre esprit moderne comme le plus puissant et comme le seul principe imaginable d’un futur équilibre sur la terre ?
Cette vision de l’avenir proposée par Teilhard est peut-être une utopie, mais à long terme elle est possible. De toute manière, elle est la seule qui soit opposable à l’hypothèse de l’auto destruction.
Je voudrais terminer par un aspect optimiste, positif, mais non béat, de la pensée de Teilhard. Il s’agit de la relation qu’il écrivit en 1954 après sa visite de l’un des cyclotrons de Berkeley, démontrant ainsi aux générations suivantes que ses conceptions scientifiques et philosophiques ne sont nullement dépassées cinquante ans plus tard.
Nous savons qu’un cyclotron est un accélérateur de particules destiné à observer certains états de l’énergie constitutive de la matière.
Teilhard n’était pas physicien mais il se tenait informé sur toutes les branches de la recherche, et particulièrement celles concernant l’énergie. Teilhard était connu dans les milieux scientifiques du monde entier et il entretenait des relations avec de nombreuses personnalités. Les travaux d’Albert Einstein sur la relativité avaient fortement orienté ses réflexions.
Cette visite du cyclotron de Berkeley lui apporta la confirmation que, pour réaliser et utiliser un accélérateur de particules, toute une gamme de connaissances et de techniques, tout un spectre d’énergies aussi, convergent et se fondent les uns dans les autres : mathématiques, électronique, électricité, informatique, physique, chimie, imagerie, métallurgie, résistance des matériaux, architecture, etc …Ces multiples sciences doivent se rencontrer et fonctionner en même temps et au même degré de perfection. C’est d’ailleurs à cette époque, aux U.S.A., qu’est apparue une nouvelle science, « l’approche systémique des ensembles complexes ».
Tout un spectre d’énergies aussi est concerné : kilowatts, pétrole, uranium, et dollars par millions. Il est aisé de critiquer et de condamner l’argent dit Teilhard, mais il est le « sang » de la société humaine. Ce qui l’a le plus impressionné dans cette visite c’est d’observer comment, portés à un haut degré de rapprochement et d’intensité, des spécialistes dans des catégories professionnelles établies, tendent à se synthétiser en une réalité psychique nouvelle et inexploitée. Tous ces hommes, entraînés par un flux qui les dépasse, accèdent à une forme inédite de composé-humain : l’homme-ouvrier aspiré et transformé, ultra unifié, par une œuvre qui multiplie et accélère sa production de pensée.
Selon Teilhard, le tourbillon de la recherche n’a rien à voir avec le tourbillon des affaires qui est une agitation en tous sens. Le tourbillon de la recherche est un maelstrom aspirant tout ce qu’il englobe vers son axe montant. Par jeu de convergence, la recherche fait monter la conscience de la noosphère. Je le cite :
« Cette réalité colossale que je venais de découvrir aurait dû me donner le vertige, mais je n’éprouvais que calme et joie. »
Telle fut la conclusion de Teilhard après cette visite.
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Toutes les spiritualités s’accordent pour dire que le sentiment de la « montée de l’autre » est la clef de voûte de la réussite de l’humanité. Or, il semblerait que l’effet de la compression subie par le genre humain soit dû à la surface limitée de la terre qui accueille un nombre croissant d’individus, ce qui provoque en retour un effet de répulsion de l’autre ; circonstance aggravée par le développement technologique des sociétés. Il existe des contre-exemples, c’est le cas des pays pauvres dont la surpopulation liée à une grande misère induit dans ces communautés un effet termitière qui n’a rien à voir avec une fraternité délibérément acceptée.
Cela fit dire à Teilhard que si les termites s’étaient aimés il n’y aurait jamais eu de termitières.
Certaines disciplines scientifiques enseignent qu’en deçà d’une certaine distance entre deux personnes le flux de la communication était perturbé par un réflexe de répulsion pouvant aller jusqu’à la fermeture de l’écoute. Ce même phénomène est constaté dans le cas de mise en concurrence à l’intérieur des zones d’activité d’un individu, d’une entreprise ou d’une ethnie.
Si nous décidions d’assumer les conséquences de ce raisonnement, nous devrions réprimer cette répulsion naturelle par l’éducation de nos consciences dans le sens de « la montée de l’autre ». Le phénomène de compression physique et morale de l’humanité étant irréversible, le développement du sens de l’altérité est une évolution incontournable et nécessaire de notre conscience. L’autre existe, il n’est pas forcément un ennemi, il peut même devenir un partenaire pour défendre notre vie. L’égoïsme doit s’effacer devant cette nécessité
-Il faudrait que le principe de nécessité,qui apparemment se manifeste automatiquement dans les circonstances de danger de masse immédiat et imparable comme les guerres et les catastrophes naturelles, soit programmé dans notre système neuronal sous la forme d’un code du genre : seul on ne peut rien.
-Ce principe de nécessité devrait intervenir dans les cas de menace sournoise que l’on ne voit pas venir, qui avance lentement et inexorablement comme, par exemple, la poussée démographique, les atteintes à l’environnement, l’épuisement des ressources naturelles de la planète, etc… Pour tous ces dangers la prise de conscience n’est pas à la portée des individus, mais seulement des organisations institutionnelles.
Ces deux nécessités peuvent produire le miracle, mais sous certaines conditions très lourdes, ce n’est plus l’individu qui décide, mais des systèmes organisationnels collectifs qui, eux seuls, sont en mesure de conduire les observations, faire des réflexions analytiques, construire les synthèses optimales, peser le pour et le contre entre avantages et inconvénients, et enfin avoir les moyens financiers pour réaliser les décisions prises collectivement.
Quelles sont les caractéristiques de ces dangers lourds dont l’avance est discrète et inexorable ?
1. Il semblerait que la progression démographique soit à l’origine de tous les problèmes car elle est la cause de l’effet de compression, et sa régulation qui est possible ne fait sentir ses effets que sur de longues périodes générationnelles. En revanche, cette compression déclanche des réactions primaires immédiates et irraisonnées.
2. La compression de l’humanité induit l’organisation d’appareils de sociétés dans lesquels l’intérêt général passe devant l’intérêt particulier. L’individu devient anonyme, il est écrasé sous des cascades de hiérarchies, les systèmes sont des appareils extrêmement complexes et lourds dont les rétro actions en obscurcissent la compréhension. Même ceux qui ont conçu les systèmes ne les comprennent plus eux-mêmes. Les systèmes oscillent entre auto régulations et emballement, produisant ainsi dans les deux cas un effet de crise.
3. Circonstances aggravantes, les progrès techniques créés par l’homme qui les contrôle plus ou moins accélèrent l’Histoire. L’évolution de la société va plus vite que les capacités d’adaptation des individus.
Devant de telles perspectives, l’homme se replie sur lui-même et perd le sens de l’espèce. Réaction d’autant plus logique que, depuis qu’il a franchi le pas de la réflexion, l’homme se dégage de ses instincts animaux et prend son avenir en main, il acquiert une liberté qu’il craint et qu’il souhaite à la fois ; paradoxe lié à l’élévation de la conscience et qui ne fera que croître. L’homme doit apprendre à vivre dans le paradoxe et c’est le prix qu’il doit payer pour acquérir plus de liberté.
Si l’homme prend conscience qu’il est à l’image de son Créateur, il ne pourra éviter de se rendre compte que l’autre est un autre lui-même.
Dans l’univers de la matière règne une loi selon laquelle tout progrès se paye par une dissipation d’énergie. A l’échelle de l’humanité cette loi se manifeste par ce que l’on dénomme « les individus laissés sur le bord de la route ». L’homme doit avoir conscience que l’espèce humaine est conçue pour aller dans la direction inverse et doit lutter contre cette tendance. Cette prise de conscience s’appelle la foi. La foi est un état de tension, elle joue comme un catalyseur. Au sens chimique du terme, le catalyseur est un élément qui, par sa seule présence, en quantité infime, sans rien perdre de sa substance, provoque une réaction inexplicable, mais bien réelle.
Principe de récurrence oblige, la Foi est un catalyseur qui déplace les montagnes. La Montée de l’autre changera l’avenir de l’humanité pour conduire l’homme à Omega, s’il le veut bien.
Jean-Pierre Frésafond, mars 2009
Jean-Pierre Fressafond
Editorial
Création et Evolution / Marcel Comby
Vendredi 2 Septembre 2011L'AVENIR DE L'HOMME (ed. du Seuil) chapitre 14, "Agitation ou Genèse ?"
Dans le cadre de ce que Teilhard appelle : l’axe cosmique d’évolution (L’avenir de l’homme, page 255) se situe le problème de la création. J’aimerais donc traiter ici même de cette notion qui s’introduit tout naturellement dans les phénomènes de l’Evolution.
Le langage humain est par nature limité comparativement à la complexité de notre Univers, de notre histoire, de notre condition humaine. Ainsi les mots : « Création » et « Evolution » ne peuvent être compris et interprétés par tous de la même manière. De nos jours, le terme création désigne la production d’une nouveauté, sens qui n’est pas celui de la Bible car le verbe hébreu : bara n’admet que Dieu pour sujet ! Il en résulte que la création, au sens ontologique donné par les Pères de l’Eglise dés le IIe siècle, désigne la production totale de l’être : « de tous les êtres » et du « tout de l’être ». La première expression se rapporte à tout ce qui se laisse voir, entendre, toucher, penser, imaginer, le ciel et la terre, l’univers visible et invisible, tous les univers au sens moderne du terme. La seconde expression désigne tout ce qui fait qu’un être existe : matière, configuration, énergie, c'est-à-dire son essence et son existence. Il s’agit de la foi monothéiste dans toute sa rigueur, car elle exclut que l’action de créer ne soit simplement une mise en ordre d’un chaos primitif ou bien une réorganisation d’un univers antérieur. Ainsi le verbe créer c’est « Faire à partir de rien » et non opérer une transformation, un changement d’une réalité préexistante. La création n’est pas non plus un passage ; c’est un acte souverain d’un Dieu unique et transcendant : creatio ex nihilo sui et subjecti. Ce terme de création n’a donc pas sa place dans un discours scientifique. Par contre il fait penser à deux autres mots fondamentaux qui posent problème : le commencement et l’origine.
La notion de commencement s’inscrit dans une durée qui est une série continue d’instants au sein de laquelle il est impossible d’y placer une césure. Aucun événement ne peut être séparé de ce qui le précède et le cause, ni de ses effets et implications postérieurs. Il se place dans une genèse continue. Alors pour déterminer qu’un événement a été un commencement, il faut que l’esprit soit à même de comparer le passé et le présent. Lorsque la théorie de l’Evolution s’interroge sur le commencement de l’humanité, l’interprétation des observations repose sur plusieurs critères, par exemple : station debout, forme ou volume du crâne, outils utilisés, art, etc…Selon le choix du critère, la réponse est différente. Ainsi Darwin a du exclure les questions de premier commencement dans ses recherches et il a du évoquer cette difficulté dans un chapitre intitulé : « Mystery of mysteries ». La question devient alors spécifiquement métaphysique. L’interprétation des observations et des analyses scientifiques s’accompagne nécessairement de discussions philosophiques. Il est donc proposé légitimement une recherche des commencements dans le cadre d’une chronologie des embranchements qui marquent le déploiement de l’arbre de la vie. C’est ici qu’apparaît une nouvelle notion fort complexe : celle des origines, qui se situe sur un plan ontologique ou métaphysique.
Désignons sous le terme : origine la condition constitutive de tout ce qui apparaît dans le cours des événements et par conséquent n’est réductible à aucun. En topologie mathématique, on parlerait de point adhérent à un ensemble sans appartenir à cet ensemble. Si l’ensemble est la totalité de l’humanité, ce point ne saurait alors se comprendre en terme de mesure ou de réactions physico-chimiques. Penser origine, c’est reconnaître un acte qui n’est pas limité à un moment du temps ni à une localisation dans l’espace. Elle ne correspond à aucun commencement au sens usuel du terme car parler de commencement, c’est marquer une distinction entre un avant et un après, c’est aussi inscrire une rupture dans le temps pensé comme élément continu.
L’origine n’est pas un événement parmi d’autres mais la constitution constitutive de tout ce qui est, et donc de tout instant pris dans le cours des événements de la cosmogénèse et du cours de la vie. L’origine n’est pas une théorie scientifique. Ainsi, l’identification du point zéro du modèle cosmologique appelé : Big Bang au Fiat Lux de la Genèse, constitue un exemple majeur de confusion entre deux domaines du savoir : cosmologie et théologie. On ne doit donc pas confondre les deux concepts : origine et commencement. L’origine relève d’une démarche philosophique car la science ne s’occupe que de transformation de l’énergie, réalité bien formulée par Lavoisier à propos de la chimie : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! ». Le philosophe, par contre, s’interroge sur la raison d’être de cette transformation. Il s’interroge en particulier sur l’existence même de la vie et de l’univers. Cette question dépasse les limites de l’esprit humain qui n’arrive pas à formuler une certitude. La question a pourtant un sens et une réponse est légitime.
La création continue (Voir note de bas de page (1)
Cette notion apparaît dans la rencontre entre la théorie de l’évolution et la reconnaissance d’un principe transcendant. Elle est désignée pour préciser quelle est l’action divine au cours du processus décrit par la théorie de l’évolution.
Une vision mécaniste de la création consiste à dire : l’acte créateur consiste en la production des éléments du monde et leur mise en place optimale au sein d’un système bien ordonné, parfaitement et définitivement codifié ; le déroulement postérieur du système obéissant alors aux seules lois de la nature. L’action créatrice se limite donc à un premier instant, et c’est suivant cette logique réductrice que la pensée commune considère les premiers mots de la Genèse comme un commencement de la Vie. Telle était le sens de la création donné par Descartes en son temps où l’on pensait selon les paradigmes de la physique classique. Le scénario qui suit l’acte créateur n’est plus alors qu’un accompagnement du créateur qui peut intervenir ponctuellement et si nécessaire, pour réorienter et assurer le passage d’un ordre à un autre. Certains évoquent l’idée d’un retrait de Dieu pour dire l’acte créateur : vision fragmentée des choses qui s’exprime en termes d’interactions dans un ensemble dont on a du mal à saisir et à préciser le sens métaphysique.
En fait, la création ne se réduit pas au premier moment de l’Univers.
Elle est le don de l’être coextensif à la durée du cours des âges.
Dieu s’inscrit dans la temporalité de sorte que le concept de Vie n’est plus simplement fondé sur une vision mécaniste du monde. Se pose alors la question difficile du sens du mot : « intervention divine » dont l’usage se fait souvent sans discernement. Ce mot peut être, soit banni par les matérialistes ou les agnostiques, soit utilisé pour désigner le « Dieu bouche-trou » servant à pallier les déficiences ou les ignorances dans le domaine philosophique ou scientifique. La notion de création récuse l’image de l’intervention qui place, de façon anthropomorphique, cette réalité sur le même plan que les causes et faits naturels : « Dieu nous a puni car nous avons commis un acte défendu par notre religion !!! ».
La logique commune stipule que normalement : l’effet dépend de la cause !
Mais lorsqu’on aborde l’étude de question métaphysique, on se heurte à l’ambiguïté des mots du vocabulaire traditionnel, ici en l’occurrence celle du verbe : « dépendre de ». Dans notre monde les dépendances sont multiples : la vie du corps, celle de l’esprit, les contraintes sociales, morales et politiques. Mais il y a une autre dépendance, celle qui vient de l’acte créateur qui est un acte relationnel selon lequel l’accès à l’autonomie ne se fait pas contre, mais grâce à la volonté et l’action du créateur. Il s’agit d’une dépendance particulière, source de vie comme une relation entre personnes peut être source de bienfaits, de bonheur et d’épanouissement. La maturité spirituelle consiste, selon les mystiques, à écarter les dépendances infantilisantes ou aliénantes pour accéder à la liberté. La création continue est un processus qui repose sur l’idée de présence permanente. Dieu accompagne et suscite le mouvement des êtres vivants vers un accomplissement, non pas nécessairement de manière directe interventionniste mais plutôt indirectement dans un processus fait intervenir plusieurs acteurs.
Création et Evolution (voir note (1) en fin de cet article du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin)
La métaphysique et la science peuvent se rencontrer, respecter leurs différences et s’accorder dans leur quête de sens, ce qui ne veut pas signifier qu’elles sont complémentaires. En effet la frontière entre ces deux domaines de la pensée n’existe pas. La création se place à un autre niveau de causalité que l’action de transformation. Ce qui importe c’est de savoir articuler les deux ordres de causalité. L’action divine ne saurait être comprise comme une interaction entre éléments actifs du même ordre, comme cela se produit en physique, en chimie et en biologie. Seule l’action divine est capable de s’unir à une autre action sans la modifier et la dénaturer. Cela évoque le domaine particulier de la musique avec le rôle joué par l’artiste et celui joué par son instrument ; il y a une différence fondamentale de nature entre eux. Dans la vie, interviennent la science à un certain niveau de la réalité et la transcendance à un autre niveau. Pour penser sans contradiction la coopération entre Dieu et la nature, il faut comprendre que Dieu peut agir sans fausser ou détruire les lois de la nature, dans une sorte de phénomène de superposition et non de transformation au sens classique de la science. Les ordres de causalité n’étant pas exclusif, on peut dire comme l’affirme saint Thomas d’Aquin : «Tout est de la nature et Tout est de Dieu ». L’action divine consiste alors à donner aux êtres d’être ce qu’ils sont. Teilhard dit : « Dieu fait que les choses se fassent ». En leur accordant d’être, Dieu leur donne d’agir selon leur nature propre en toute liberté.
Saint Thomas écrit encore : « L’affirmation de l’autonomie des créatures est donc fondée sur la reconnaissance de la transcendance de Dieu qui seul peut agir sans fausser ce qu’il concourt à faire exister. La Providence de Dieu ne supprime pas la contingence des êtres, ni le libre arbitre, ni la fortune et le hasard ». L’action de Dieu est la réalisation du vœu de la nature et l’action créatrice mène chaque chose à son achèvement. La théorie de l’évolution en montre le déploiement et la création fonde l’être du monde dans sa continuité et sa cohérence. Selon le schéma cartésien, la pensée divine est morcelée en idées totalement séparées. On doit donc réfléchir en terme d’unification et de synergie. La création n’est pas un acte du passé mais une relation actuelle du créateur avec tout ce qui est.
La finalité
Cette notion ne fait pas partie du langage scientifique qui s’appuie sur les mathématiques et sur la notion de transformation, de jeu de force et de transferts d’énergie. Les lois de la nature ne se réfèrent pas à un ordre qui comprend le but et l’intention. En vérité, la finalité au sens large, construite à partir de l’expérience humaine, échappe au domaine de la science. La théorie de l’évolution s’inscrit d’ailleurs dans cette perspective.
Un être vivant est composé d’éléments divers ; proportionnés les uns aux autres, ils se régulent mutuellement dans la construction d’un équilibre interne qui est inhérent à l’acte de vivre. Tout être vivant est en tension vers l’unité et il se construit lui-même. Il s’agit là d’une finalité interne désignée sous le terme de téléonomie. On retrouve ce mot en embryologie où l’on étudie l’aptitude d’un organisme à s’organiser pour son bien, au cours du temps, par des mécanismes d’auto – régulation qui sont orientés vers la meilleure réalisation de ses aptitudes. La notion de téléologie, c'est-à-dire la finalité au sens strict, doit être écartée du travail scientifique et réservée à une vision spécifiquement métaphysique
Nature, Monde et Action divine
Dans le cadre du discours sur la création, se greffe la notion de dessein de Dieu.
La condition humaine fait apparaître de nombreuses difficultés dans la compréhension de réalités qui mettent en scène la liberté, la psychologie, la métaphysique, les sciences, le hasard, la Providence, la foi et la place de Dieu dans nos vies. Par exemple, on peut entendre un couple de divorcés remariés s’exprimer ainsi : « Dieu nous a puni car il nous a envoyé un enfant mongolien !! ». Il s’agit là d’une prise en compte du fait que Dieu peut intervenir dans une vie par la punition, donc par une violation des lois de la nature. En fait, Dieu ne punit pas au sens anthropomorphique du terme. Nous parlerons alors de hasard, mais il n’y a pas de hasard aux yeux de Dieu. Pour la tradition monothéiste, Dieu est celui qui sait tout et qui voit tout. La notion de hasard est toute relative. Ce qui est hasard pour un individu ne l’est plus pour un autre qui aurait une vision d’ensemble des événements. Il existe donc dans ce cadre là une hiérarchisation des choses de la nature qui débouche sur un débat plaçant en opposition hasard et action de Dieu, théorie de l’évolution et création. Cette opposition mène à deux options : l’une, athée, récuse la régulation du monde par un Dieu créateur ; l’autre, apologétique, écarte les valeurs des théories scientifiques. Cette dualité conduit à une erreur fondamentale de jugement et à de profonds malentendus.
Le monothéisme sépare Dieu et le monde ; on ne devrait pas dire : sépare Dieu du monde comme je l’ai expliquer plus haut. L’ordre du monde n’est pas divin même s’il engage la responsabilité de Dieu et l’exercice de son vouloir. On parle volontiers de toute – puissance de Dieu mais il faut préciser que celle-ci ne possède pas un caractère absolu et illimité. En réalité l’action divine se réfère à la notion de Sagesse, celle qui implique l’ordre des éléments, le respect de la contingence, l’harmonie, la proportion entre cause et effet, le Bien dans son sens le plus universel. La notion théologique de dessein de Dieu désigne la manière dont Dieu envisage le futur, ce qui naturellement pose débat ; le savoir absolu des choses du futur peut détruire la contingence et l’homme ne serait qu’un pantin réglé par un certain déterminisme, ce qui n’est pas admissible ; nous sommes là en plein mystère ! En fait, la tradition chrétienne répond que Dieu est hors du temps et que les notions de Futur et de Prévision, au sens littéral du terme, ne convient pas à notre démarche de compréhension du problème. La perfection divine réside entre autre dans le fait que le créateur respecte le caractère temporel du monde.
Dieu gouverne mais ne commande pas !
Citons de nouveau saint Thomas : « Il est clair qu’un même effet n’est pas attribué à sa cause naturelle et à Dieu comme si une partie était de Dieu et l’autre de la cause ; il est tout entier de l’un et de l’autre, mais suivant des modalités diverses, tout comme un même effet ressortit tout entier à l’instrument et tout entier à la cause principale. ».
La notion de contingence doit être employée pour dire que tout ce que Dieu a créé ne participe pas du caractère absolu ou nécessaire de son être. Elle qualifie aussi l’ordre de la nature au sein de laquelle les êtres sont reliés par des rapports de causalité qui définissent le champ du possible. Précisons que toute référence à Dieu est équivoque et génératrice d’oppositions entre croyants : citons le cas de la prédestination et celui introduit par la philosophie des Lumières.
Il y a une religion de l’amour et une religion de soumission. On peut aussi se demander si le processus de l’évolution est faussé par la présence du créateur. Il n’y a pas emprise totale de sa toute – puissance en ce qu’il fait, mais présence de la Sagesse comme on l’a dit. La relation de l’homme à Dieu est de l’ordre du singulier donc de ce que nous appelons l’improbable, le surnaturel voire le merveilleux. Si un événement est contingent, alors il ne cesse pas de l’être parce qu’il est connu et voulu par celui dont l’action est la source de l’être. Il est voulu comme tel, en sa contingence. Il n’y a donc aucune raison de placer en opposition dessein de Dieu et hasard ou contingence. Ainsi on peut dire que le processus vital est marqué par la contingence et que celle-ci n’est pas dénaturée par le fait que l’ensemble soit voulu pour lui-même ; en outre la contingence au niveau élémentaire ne détruit pas la cohérence du Tout. La notion de providence se fonde sur une reconnaissance de l’unité du monde, mais elle ne supprime pas le caractère aléatoire des phénomènes ; au contraire elle les fonde. L’acte créateur se résume dans le don de la dignité d’être des créatures, lesquelles conservent une large part de liberté et de responsabilité. Le créateur reste présent et attentif, même après la venue au monde…de notre petit mongolien cité antérieurement ! Depuis l’Ascension, Jésus est à la fois absent et présent. St Thomas écrit : « Comme la volonté divine est parfaitement efficace, il s’ensuit que, non seulement les choses voulues par Dieu sont faites, mais qu’elles se font de la manière dont il veut (…) afin qu’il y ait un ordre dans les choses, pour la perfection de l’Univers. C’est pourquoi Dieu a préparé pour certains effets des causes nécessaires, qui ne peuvent défaillir, d’où proviennent nécessairement les effets ; et pour d’autres effets il a préparé des causes défectibles, dont les effets se produisent de manière contingente ».
L’évolution du vivant pose aussi le problème du temps. Le présent porte l’héritage du passé ainsi qu’une qualité potentielle qui ouvre sur l’avenir. Il s’agit d’un passage marqué par la contingence. Le possible actualisé sera-t-il une imperfection ou une richesse ? Le temps est soit destructeur soit créateur et l’être humain est l’auteur de ses œuvres et de la réalisation de soi qui leur est liée. L’être humain n’est pas hors du processus qui fait la vie, mais il réalise de manière plus haute ce qui relève de toute la création. On doit penser en terme de globalité : dans cette perspective, on peut dire qu’il s’inscrit dans le cadre du sens au sein du processus évolutif, sans qu’il soit nécessaire de nier le caractère aléatoire des phénomènes singuliers. L’expression : « création continue » signifie que Dieu respecte la temporalité qui fait partie de l’être des créatures. La temporalité accompagne intimement les créatures dans une création qui se fait par évolution. L’acte créateur oriente la personne humaine vers un accomplissement sans que les lois naturelles et les interactions multiples soient soustraites au grand jeu de l’aléatoire. Dieu, dans sa bonté, a créé l’homme à son image et à la ressemblance avec lui. De là, toutes les créatures communient à cette ressemblance d’avec le créateur, suprême beauté de la création. Souvenons-nous de cet aphorisme de Gandhi : « Une âme qui s’élève, élève le monde ».
La christologie qui ressort des écrits de Teilhard de Chardin est ainsi associée à une création continue. Par son Incarnation, le Christ s'est inséré, non seulement dans l'Humanité, mais dans l'Univers en évolution qui porte l'Humanité : c'est le Christ cosmique. Le dessein du Père comprend la Création, l'Incarnation et la Résurrection du Fils. On peut dire que la Rédemption est contingente à l'Incarnation du Fils dans une humanité pécheresse mais qu'elle n'est pas la cause de cette Incarnation. Suivant le Père Martelet, l'homme créé dans la finitude avec un profond désir d'absolu au fond de son coeur ressent très douloureusement cette finitude. Que l'Homme soit heureux au terme de la Création est le grand dessein d'amour de Dieu. Aussi son projet devait-il impliquer l'Incarnation et la Résurrection pour donner à l'Homme, au-delà de sa finitude, l'Espérance de la lumière dans la communion à Dieu.
Fidèle à Saint Paul, Teilhard redonne à la Parousie une place essentielle qui termine, en quelque sorte, la trajectoire du Fils dans sa mission de salut : il réunit en lui toute l'humanité pour l'offrir au Père qui sera Tout en tous. Le Paradis des ressuscités est à la fin des temps !
La création de l’âme
L’âme constitue la spécificité humaine. La différence entre l’homme et l’animal est en vérité minime. C’est dans la complexité de fonctionnement que réside la différence. L’homme est une espèce parmi d’autres ; si elle reste l’espèce dominante, elle reste soumise aux mêmes exigences étudiées par la génétique des populations. En fait, l’être humain est ce qu’on appelle une personne et cette notion échappe au champ d’étude de la biologie et de l’éthologie : l’homme possède la capacité de penser. La réflexion sur l’âme a révélé un problème majeur : celui du dualisme qui concède une évolution pour la matière et la nie pour l’âme. L’Eglise catholique est tombée durant longtemps dans ce travers y compris Pie XII.
Il faut donc admettre que l’être humain possède un principe d’unité qui ne se réduit pas à l’ordre biologique. L’hominisation reconnue, si imparfaite soit-elle, par la théorie de l’évolution, n’est pas un processus d’introduction mécanique d’une âme dans un corps purement de nature animale. Il s’agit plutôt du couronnement d’une évolution qui était déjà liée à un ensemble d’êtres animés. L’action de Dieu est alors inscrite dans le mouvement de l’évolution depuis les origines de la vie. On doit parler alors d’un accomplissement.
La notion d’accomplissement est utilisée dans le Nouveau Testament pour signifier que la venue du Messie accomplit une espérance. Le verbe accomplir exprime que le Christ, Jésus de Nazareth, réalise ce qui était annoncé et attendu. La prise de parole de Jésus dans la synagogue de Nazareth l’exprime sans détour : guérir, libérer, enseigner, c’est faire advenir le temps messianique qui a été promis. Le fait que la création s’inscrive concrètement dans l’évolution invite à reconnaître que la création de l’homme par Dieu a valeur d’accomplissement et se trouve caractérisé par l’avènement d’une âme dont les aptitudes diffèrent de celles de ses prédécesseurs sur le phylum qu’il occupe. L’âme est cette capacité de relation à Dieu qui transcende toute autre capacité d’action et de réflexion, de connaissance et d’amour. On est en présence d’une autre dimension de l’être, d’une césure dans la continuité et d’une nouvelle donnée dans ce qu’on appelle la finalité. Cette téléologie prend ses racines dans les textes bibliques, dans les récits de la création qui s’inscrivent dans le cadre d’une Alliance conclue par Dieu avec ses élus pour le bien de l’humanité et de la création tout entière. Dieu parle à Adam, figure, archétype et patriarche, de l’humanité et lui confie une mission qui, dans la liberté, engage sa responsabilité.
(1) Note du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin :
L'idée de "création continue" peut être attribuée à J.P. Frésafond , qui l'a exprimée une première fois en 2007 dans son tome-2 "L'Activation de l'Energie". Il a d'ailleurs repris cette idée dans son édito. de juillet 2011 "Réflexion sur l'Utilité" (cf notre site).
Rappelons que les sociétaires des Associations Teilhard de Chardin peuvent acquérir les manuels d'étude (tome-1 et tome-2) auprès de l'Association Lyonnaise.
Le langage humain est par nature limité comparativement à la complexité de notre Univers, de notre histoire, de notre condition humaine. Ainsi les mots : « Création » et « Evolution » ne peuvent être compris et interprétés par tous de la même manière. De nos jours, le terme création désigne la production d’une nouveauté, sens qui n’est pas celui de la Bible car le verbe hébreu : bara n’admet que Dieu pour sujet ! Il en résulte que la création, au sens ontologique donné par les Pères de l’Eglise dés le IIe siècle, désigne la production totale de l’être : « de tous les êtres » et du « tout de l’être ». La première expression se rapporte à tout ce qui se laisse voir, entendre, toucher, penser, imaginer, le ciel et la terre, l’univers visible et invisible, tous les univers au sens moderne du terme. La seconde expression désigne tout ce qui fait qu’un être existe : matière, configuration, énergie, c'est-à-dire son essence et son existence. Il s’agit de la foi monothéiste dans toute sa rigueur, car elle exclut que l’action de créer ne soit simplement une mise en ordre d’un chaos primitif ou bien une réorganisation d’un univers antérieur. Ainsi le verbe créer c’est « Faire à partir de rien » et non opérer une transformation, un changement d’une réalité préexistante. La création n’est pas non plus un passage ; c’est un acte souverain d’un Dieu unique et transcendant : creatio ex nihilo sui et subjecti. Ce terme de création n’a donc pas sa place dans un discours scientifique. Par contre il fait penser à deux autres mots fondamentaux qui posent problème : le commencement et l’origine.
La notion de commencement s’inscrit dans une durée qui est une série continue d’instants au sein de laquelle il est impossible d’y placer une césure. Aucun événement ne peut être séparé de ce qui le précède et le cause, ni de ses effets et implications postérieurs. Il se place dans une genèse continue. Alors pour déterminer qu’un événement a été un commencement, il faut que l’esprit soit à même de comparer le passé et le présent. Lorsque la théorie de l’Evolution s’interroge sur le commencement de l’humanité, l’interprétation des observations repose sur plusieurs critères, par exemple : station debout, forme ou volume du crâne, outils utilisés, art, etc…Selon le choix du critère, la réponse est différente. Ainsi Darwin a du exclure les questions de premier commencement dans ses recherches et il a du évoquer cette difficulté dans un chapitre intitulé : « Mystery of mysteries ». La question devient alors spécifiquement métaphysique. L’interprétation des observations et des analyses scientifiques s’accompagne nécessairement de discussions philosophiques. Il est donc proposé légitimement une recherche des commencements dans le cadre d’une chronologie des embranchements qui marquent le déploiement de l’arbre de la vie. C’est ici qu’apparaît une nouvelle notion fort complexe : celle des origines, qui se situe sur un plan ontologique ou métaphysique.
Désignons sous le terme : origine la condition constitutive de tout ce qui apparaît dans le cours des événements et par conséquent n’est réductible à aucun. En topologie mathématique, on parlerait de point adhérent à un ensemble sans appartenir à cet ensemble. Si l’ensemble est la totalité de l’humanité, ce point ne saurait alors se comprendre en terme de mesure ou de réactions physico-chimiques. Penser origine, c’est reconnaître un acte qui n’est pas limité à un moment du temps ni à une localisation dans l’espace. Elle ne correspond à aucun commencement au sens usuel du terme car parler de commencement, c’est marquer une distinction entre un avant et un après, c’est aussi inscrire une rupture dans le temps pensé comme élément continu.
L’origine n’est pas un événement parmi d’autres mais la constitution constitutive de tout ce qui est, et donc de tout instant pris dans le cours des événements de la cosmogénèse et du cours de la vie. L’origine n’est pas une théorie scientifique. Ainsi, l’identification du point zéro du modèle cosmologique appelé : Big Bang au Fiat Lux de la Genèse, constitue un exemple majeur de confusion entre deux domaines du savoir : cosmologie et théologie. On ne doit donc pas confondre les deux concepts : origine et commencement. L’origine relève d’une démarche philosophique car la science ne s’occupe que de transformation de l’énergie, réalité bien formulée par Lavoisier à propos de la chimie : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ! ». Le philosophe, par contre, s’interroge sur la raison d’être de cette transformation. Il s’interroge en particulier sur l’existence même de la vie et de l’univers. Cette question dépasse les limites de l’esprit humain qui n’arrive pas à formuler une certitude. La question a pourtant un sens et une réponse est légitime.
La création continue (Voir note de bas de page (1)
Cette notion apparaît dans la rencontre entre la théorie de l’évolution et la reconnaissance d’un principe transcendant. Elle est désignée pour préciser quelle est l’action divine au cours du processus décrit par la théorie de l’évolution.
Une vision mécaniste de la création consiste à dire : l’acte créateur consiste en la production des éléments du monde et leur mise en place optimale au sein d’un système bien ordonné, parfaitement et définitivement codifié ; le déroulement postérieur du système obéissant alors aux seules lois de la nature. L’action créatrice se limite donc à un premier instant, et c’est suivant cette logique réductrice que la pensée commune considère les premiers mots de la Genèse comme un commencement de la Vie. Telle était le sens de la création donné par Descartes en son temps où l’on pensait selon les paradigmes de la physique classique. Le scénario qui suit l’acte créateur n’est plus alors qu’un accompagnement du créateur qui peut intervenir ponctuellement et si nécessaire, pour réorienter et assurer le passage d’un ordre à un autre. Certains évoquent l’idée d’un retrait de Dieu pour dire l’acte créateur : vision fragmentée des choses qui s’exprime en termes d’interactions dans un ensemble dont on a du mal à saisir et à préciser le sens métaphysique.
En fait, la création ne se réduit pas au premier moment de l’Univers.
Elle est le don de l’être coextensif à la durée du cours des âges.
Dieu s’inscrit dans la temporalité de sorte que le concept de Vie n’est plus simplement fondé sur une vision mécaniste du monde. Se pose alors la question difficile du sens du mot : « intervention divine » dont l’usage se fait souvent sans discernement. Ce mot peut être, soit banni par les matérialistes ou les agnostiques, soit utilisé pour désigner le « Dieu bouche-trou » servant à pallier les déficiences ou les ignorances dans le domaine philosophique ou scientifique. La notion de création récuse l’image de l’intervention qui place, de façon anthropomorphique, cette réalité sur le même plan que les causes et faits naturels : « Dieu nous a puni car nous avons commis un acte défendu par notre religion !!! ».
La logique commune stipule que normalement : l’effet dépend de la cause !
Mais lorsqu’on aborde l’étude de question métaphysique, on se heurte à l’ambiguïté des mots du vocabulaire traditionnel, ici en l’occurrence celle du verbe : « dépendre de ». Dans notre monde les dépendances sont multiples : la vie du corps, celle de l’esprit, les contraintes sociales, morales et politiques. Mais il y a une autre dépendance, celle qui vient de l’acte créateur qui est un acte relationnel selon lequel l’accès à l’autonomie ne se fait pas contre, mais grâce à la volonté et l’action du créateur. Il s’agit d’une dépendance particulière, source de vie comme une relation entre personnes peut être source de bienfaits, de bonheur et d’épanouissement. La maturité spirituelle consiste, selon les mystiques, à écarter les dépendances infantilisantes ou aliénantes pour accéder à la liberté. La création continue est un processus qui repose sur l’idée de présence permanente. Dieu accompagne et suscite le mouvement des êtres vivants vers un accomplissement, non pas nécessairement de manière directe interventionniste mais plutôt indirectement dans un processus fait intervenir plusieurs acteurs.
Création et Evolution (voir note (1) en fin de cet article du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin)
La métaphysique et la science peuvent se rencontrer, respecter leurs différences et s’accorder dans leur quête de sens, ce qui ne veut pas signifier qu’elles sont complémentaires. En effet la frontière entre ces deux domaines de la pensée n’existe pas. La création se place à un autre niveau de causalité que l’action de transformation. Ce qui importe c’est de savoir articuler les deux ordres de causalité. L’action divine ne saurait être comprise comme une interaction entre éléments actifs du même ordre, comme cela se produit en physique, en chimie et en biologie. Seule l’action divine est capable de s’unir à une autre action sans la modifier et la dénaturer. Cela évoque le domaine particulier de la musique avec le rôle joué par l’artiste et celui joué par son instrument ; il y a une différence fondamentale de nature entre eux. Dans la vie, interviennent la science à un certain niveau de la réalité et la transcendance à un autre niveau. Pour penser sans contradiction la coopération entre Dieu et la nature, il faut comprendre que Dieu peut agir sans fausser ou détruire les lois de la nature, dans une sorte de phénomène de superposition et non de transformation au sens classique de la science. Les ordres de causalité n’étant pas exclusif, on peut dire comme l’affirme saint Thomas d’Aquin : «Tout est de la nature et Tout est de Dieu ». L’action divine consiste alors à donner aux êtres d’être ce qu’ils sont. Teilhard dit : « Dieu fait que les choses se fassent ». En leur accordant d’être, Dieu leur donne d’agir selon leur nature propre en toute liberté.
Saint Thomas écrit encore : « L’affirmation de l’autonomie des créatures est donc fondée sur la reconnaissance de la transcendance de Dieu qui seul peut agir sans fausser ce qu’il concourt à faire exister. La Providence de Dieu ne supprime pas la contingence des êtres, ni le libre arbitre, ni la fortune et le hasard ». L’action de Dieu est la réalisation du vœu de la nature et l’action créatrice mène chaque chose à son achèvement. La théorie de l’évolution en montre le déploiement et la création fonde l’être du monde dans sa continuité et sa cohérence. Selon le schéma cartésien, la pensée divine est morcelée en idées totalement séparées. On doit donc réfléchir en terme d’unification et de synergie. La création n’est pas un acte du passé mais une relation actuelle du créateur avec tout ce qui est.
La finalité
Cette notion ne fait pas partie du langage scientifique qui s’appuie sur les mathématiques et sur la notion de transformation, de jeu de force et de transferts d’énergie. Les lois de la nature ne se réfèrent pas à un ordre qui comprend le but et l’intention. En vérité, la finalité au sens large, construite à partir de l’expérience humaine, échappe au domaine de la science. La théorie de l’évolution s’inscrit d’ailleurs dans cette perspective.
Un être vivant est composé d’éléments divers ; proportionnés les uns aux autres, ils se régulent mutuellement dans la construction d’un équilibre interne qui est inhérent à l’acte de vivre. Tout être vivant est en tension vers l’unité et il se construit lui-même. Il s’agit là d’une finalité interne désignée sous le terme de téléonomie. On retrouve ce mot en embryologie où l’on étudie l’aptitude d’un organisme à s’organiser pour son bien, au cours du temps, par des mécanismes d’auto – régulation qui sont orientés vers la meilleure réalisation de ses aptitudes. La notion de téléologie, c'est-à-dire la finalité au sens strict, doit être écartée du travail scientifique et réservée à une vision spécifiquement métaphysique
Nature, Monde et Action divine
Dans le cadre du discours sur la création, se greffe la notion de dessein de Dieu.
La condition humaine fait apparaître de nombreuses difficultés dans la compréhension de réalités qui mettent en scène la liberté, la psychologie, la métaphysique, les sciences, le hasard, la Providence, la foi et la place de Dieu dans nos vies. Par exemple, on peut entendre un couple de divorcés remariés s’exprimer ainsi : « Dieu nous a puni car il nous a envoyé un enfant mongolien !! ». Il s’agit là d’une prise en compte du fait que Dieu peut intervenir dans une vie par la punition, donc par une violation des lois de la nature. En fait, Dieu ne punit pas au sens anthropomorphique du terme. Nous parlerons alors de hasard, mais il n’y a pas de hasard aux yeux de Dieu. Pour la tradition monothéiste, Dieu est celui qui sait tout et qui voit tout. La notion de hasard est toute relative. Ce qui est hasard pour un individu ne l’est plus pour un autre qui aurait une vision d’ensemble des événements. Il existe donc dans ce cadre là une hiérarchisation des choses de la nature qui débouche sur un débat plaçant en opposition hasard et action de Dieu, théorie de l’évolution et création. Cette opposition mène à deux options : l’une, athée, récuse la régulation du monde par un Dieu créateur ; l’autre, apologétique, écarte les valeurs des théories scientifiques. Cette dualité conduit à une erreur fondamentale de jugement et à de profonds malentendus.
Le monothéisme sépare Dieu et le monde ; on ne devrait pas dire : sépare Dieu du monde comme je l’ai expliquer plus haut. L’ordre du monde n’est pas divin même s’il engage la responsabilité de Dieu et l’exercice de son vouloir. On parle volontiers de toute – puissance de Dieu mais il faut préciser que celle-ci ne possède pas un caractère absolu et illimité. En réalité l’action divine se réfère à la notion de Sagesse, celle qui implique l’ordre des éléments, le respect de la contingence, l’harmonie, la proportion entre cause et effet, le Bien dans son sens le plus universel. La notion théologique de dessein de Dieu désigne la manière dont Dieu envisage le futur, ce qui naturellement pose débat ; le savoir absolu des choses du futur peut détruire la contingence et l’homme ne serait qu’un pantin réglé par un certain déterminisme, ce qui n’est pas admissible ; nous sommes là en plein mystère ! En fait, la tradition chrétienne répond que Dieu est hors du temps et que les notions de Futur et de Prévision, au sens littéral du terme, ne convient pas à notre démarche de compréhension du problème. La perfection divine réside entre autre dans le fait que le créateur respecte le caractère temporel du monde.
Dieu gouverne mais ne commande pas !
Citons de nouveau saint Thomas : « Il est clair qu’un même effet n’est pas attribué à sa cause naturelle et à Dieu comme si une partie était de Dieu et l’autre de la cause ; il est tout entier de l’un et de l’autre, mais suivant des modalités diverses, tout comme un même effet ressortit tout entier à l’instrument et tout entier à la cause principale. ».
La notion de contingence doit être employée pour dire que tout ce que Dieu a créé ne participe pas du caractère absolu ou nécessaire de son être. Elle qualifie aussi l’ordre de la nature au sein de laquelle les êtres sont reliés par des rapports de causalité qui définissent le champ du possible. Précisons que toute référence à Dieu est équivoque et génératrice d’oppositions entre croyants : citons le cas de la prédestination et celui introduit par la philosophie des Lumières.
Il y a une religion de l’amour et une religion de soumission. On peut aussi se demander si le processus de l’évolution est faussé par la présence du créateur. Il n’y a pas emprise totale de sa toute – puissance en ce qu’il fait, mais présence de la Sagesse comme on l’a dit. La relation de l’homme à Dieu est de l’ordre du singulier donc de ce que nous appelons l’improbable, le surnaturel voire le merveilleux. Si un événement est contingent, alors il ne cesse pas de l’être parce qu’il est connu et voulu par celui dont l’action est la source de l’être. Il est voulu comme tel, en sa contingence. Il n’y a donc aucune raison de placer en opposition dessein de Dieu et hasard ou contingence. Ainsi on peut dire que le processus vital est marqué par la contingence et que celle-ci n’est pas dénaturée par le fait que l’ensemble soit voulu pour lui-même ; en outre la contingence au niveau élémentaire ne détruit pas la cohérence du Tout. La notion de providence se fonde sur une reconnaissance de l’unité du monde, mais elle ne supprime pas le caractère aléatoire des phénomènes ; au contraire elle les fonde. L’acte créateur se résume dans le don de la dignité d’être des créatures, lesquelles conservent une large part de liberté et de responsabilité. Le créateur reste présent et attentif, même après la venue au monde…de notre petit mongolien cité antérieurement ! Depuis l’Ascension, Jésus est à la fois absent et présent. St Thomas écrit : « Comme la volonté divine est parfaitement efficace, il s’ensuit que, non seulement les choses voulues par Dieu sont faites, mais qu’elles se font de la manière dont il veut (…) afin qu’il y ait un ordre dans les choses, pour la perfection de l’Univers. C’est pourquoi Dieu a préparé pour certains effets des causes nécessaires, qui ne peuvent défaillir, d’où proviennent nécessairement les effets ; et pour d’autres effets il a préparé des causes défectibles, dont les effets se produisent de manière contingente ».
L’évolution du vivant pose aussi le problème du temps. Le présent porte l’héritage du passé ainsi qu’une qualité potentielle qui ouvre sur l’avenir. Il s’agit d’un passage marqué par la contingence. Le possible actualisé sera-t-il une imperfection ou une richesse ? Le temps est soit destructeur soit créateur et l’être humain est l’auteur de ses œuvres et de la réalisation de soi qui leur est liée. L’être humain n’est pas hors du processus qui fait la vie, mais il réalise de manière plus haute ce qui relève de toute la création. On doit penser en terme de globalité : dans cette perspective, on peut dire qu’il s’inscrit dans le cadre du sens au sein du processus évolutif, sans qu’il soit nécessaire de nier le caractère aléatoire des phénomènes singuliers. L’expression : « création continue » signifie que Dieu respecte la temporalité qui fait partie de l’être des créatures. La temporalité accompagne intimement les créatures dans une création qui se fait par évolution. L’acte créateur oriente la personne humaine vers un accomplissement sans que les lois naturelles et les interactions multiples soient soustraites au grand jeu de l’aléatoire. Dieu, dans sa bonté, a créé l’homme à son image et à la ressemblance avec lui. De là, toutes les créatures communient à cette ressemblance d’avec le créateur, suprême beauté de la création. Souvenons-nous de cet aphorisme de Gandhi : « Une âme qui s’élève, élève le monde ».
La christologie qui ressort des écrits de Teilhard de Chardin est ainsi associée à une création continue. Par son Incarnation, le Christ s'est inséré, non seulement dans l'Humanité, mais dans l'Univers en évolution qui porte l'Humanité : c'est le Christ cosmique. Le dessein du Père comprend la Création, l'Incarnation et la Résurrection du Fils. On peut dire que la Rédemption est contingente à l'Incarnation du Fils dans une humanité pécheresse mais qu'elle n'est pas la cause de cette Incarnation. Suivant le Père Martelet, l'homme créé dans la finitude avec un profond désir d'absolu au fond de son coeur ressent très douloureusement cette finitude. Que l'Homme soit heureux au terme de la Création est le grand dessein d'amour de Dieu. Aussi son projet devait-il impliquer l'Incarnation et la Résurrection pour donner à l'Homme, au-delà de sa finitude, l'Espérance de la lumière dans la communion à Dieu.
Fidèle à Saint Paul, Teilhard redonne à la Parousie une place essentielle qui termine, en quelque sorte, la trajectoire du Fils dans sa mission de salut : il réunit en lui toute l'humanité pour l'offrir au Père qui sera Tout en tous. Le Paradis des ressuscités est à la fin des temps !
La création de l’âme
L’âme constitue la spécificité humaine. La différence entre l’homme et l’animal est en vérité minime. C’est dans la complexité de fonctionnement que réside la différence. L’homme est une espèce parmi d’autres ; si elle reste l’espèce dominante, elle reste soumise aux mêmes exigences étudiées par la génétique des populations. En fait, l’être humain est ce qu’on appelle une personne et cette notion échappe au champ d’étude de la biologie et de l’éthologie : l’homme possède la capacité de penser. La réflexion sur l’âme a révélé un problème majeur : celui du dualisme qui concède une évolution pour la matière et la nie pour l’âme. L’Eglise catholique est tombée durant longtemps dans ce travers y compris Pie XII.
Il faut donc admettre que l’être humain possède un principe d’unité qui ne se réduit pas à l’ordre biologique. L’hominisation reconnue, si imparfaite soit-elle, par la théorie de l’évolution, n’est pas un processus d’introduction mécanique d’une âme dans un corps purement de nature animale. Il s’agit plutôt du couronnement d’une évolution qui était déjà liée à un ensemble d’êtres animés. L’action de Dieu est alors inscrite dans le mouvement de l’évolution depuis les origines de la vie. On doit parler alors d’un accomplissement.
La notion d’accomplissement est utilisée dans le Nouveau Testament pour signifier que la venue du Messie accomplit une espérance. Le verbe accomplir exprime que le Christ, Jésus de Nazareth, réalise ce qui était annoncé et attendu. La prise de parole de Jésus dans la synagogue de Nazareth l’exprime sans détour : guérir, libérer, enseigner, c’est faire advenir le temps messianique qui a été promis. Le fait que la création s’inscrive concrètement dans l’évolution invite à reconnaître que la création de l’homme par Dieu a valeur d’accomplissement et se trouve caractérisé par l’avènement d’une âme dont les aptitudes diffèrent de celles de ses prédécesseurs sur le phylum qu’il occupe. L’âme est cette capacité de relation à Dieu qui transcende toute autre capacité d’action et de réflexion, de connaissance et d’amour. On est en présence d’une autre dimension de l’être, d’une césure dans la continuité et d’une nouvelle donnée dans ce qu’on appelle la finalité. Cette téléologie prend ses racines dans les textes bibliques, dans les récits de la création qui s’inscrivent dans le cadre d’une Alliance conclue par Dieu avec ses élus pour le bien de l’humanité et de la création tout entière. Dieu parle à Adam, figure, archétype et patriarche, de l’humanité et lui confie une mission qui, dans la liberté, engage sa responsabilité.
(1) Note du président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin :
L'idée de "création continue" peut être attribuée à J.P. Frésafond , qui l'a exprimée une première fois en 2007 dans son tome-2 "L'Activation de l'Energie". Il a d'ailleurs repris cette idée dans son édito. de juillet 2011 "Réflexion sur l'Utilité" (cf notre site).
Rappelons que les sociétaires des Associations Teilhard de Chardin peuvent acquérir les manuels d'étude (tome-1 et tome-2) auprès de l'Association Lyonnaise.
Jean-Pierre Fressafond
Omaha-beach.fr

