Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin


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Nous allons réfléchir sur l'être pensant que nous sommes , que je suis . L' humanoïde bipède comme on sait, est vieux de quelques millions d'année et donc plutôt jeune s'il est comparé dans sa nature, à l'espace-temps de la matière, affaire de relativité si l'on peut dire... Mais ne revenons pas sur ce qui n'est pas le propos de maintenant, et arrivons à des temps moins anciens pour regarder plus intensément l'histoire « récente ». Elle m'intéresse parce qu'elle est ma mémoire en temps qu' être de la Terre, vivant et participant.

Donc, le pas de la réflexion franchi, qu'on me permette d'insister sur le fait qu'avant, comme après, un mouvement dynamique est, comme une route qui se parcoure, il est non stagnation .

Plusieurs siècles avant notre aire ainsi que le précise PT , l'âme humaine peu à peu se métamorphose. Cette mouvance se précise dans les régions près des fleuves Tigre et Euphrate ainsi que vers les contrées du Nil ; dans la Bible s'est faite pour une bonne part, la transcription des traditions et des témoignages oraux ou autres...
Rougeoiement du Monde, il est vu, PT en fait état, que deux transformations majeures se précisent : l'universalisation et l'amorisation du Dieu Yahvé Hébreu ; le plus puissant des dieux s'impose,se cristallise. Il est celui qui dirige, commande récompense ou punit , selon le comportement des siens.
Le temps de l'alliance est là, existe, impulsion de la vitalité du monde, d'autres élans vont suivre, nature même de la Vie !
L'histoire est en route, continue;
Il y a environ deux milles ans, hier donc, comme le dit si bien le père, la révolution chrétienne se produit. Le Dieu craint, devient aimant et aimable (qui peut être aimé) ; la conscience dévoile et se dévoile, évolution de l'âme, ce qui avant n'était pas vu peu à peu arrive au grand jour ;
Des écrits des Évangiles le message est révolutionnaire si je veux bien en lire l'esprit et non pas que la lettre ; les Béatitudes par exemple :
« ...bienheureux les cœurs purs...»(Matt V, 3-12)

Et, comme au début de notre aire se fit la transformation radicale du monothéisme, aujourd'hui, maintenant, dans la pensée humaine se dessinent des horizons nouveaux ;
Certainement est-il* (*PT) visionnaire, de la terre, à l'écoute des autres, qu'on relise sa messe sur le Monde :
« ...Je m'élèverai par dessus les symboles jusqu'à la pure majesté du Réel, et je vous offrirai, moi votre prêtre, sur l'autel de la Terre entière le travail et la prière du Monde ».

Il nous suggère ce que nous n'avions peut-être pas pensé ou pas vu :
« Le Dieu-Père d'il y a deux milles ans ne se transfigurerait-il pas insensiblement, sous l'effort même de notre adoration en Cosmogénèse ».
C'est à dire que le créé, chacun, à la mesure de son vouloir, converge, va vers Celui qui est ; amorisation, goût dynamique de plus vivre : harmonie de vivre avec soi-même, avec les autres, avec Celui qui est ; en somme encore une foi tout le programme des Béatitudes !
Maintenant permettez-moi de vous rapporter cette histoire qui peut donner à réfléchir :
Cela se passait il n'y a pas plus d'un an au cœur de l'Australie grand pays aux visages si différents (est-ce un pléonasme ?), écoutons la suite.
Un journaliste, également cinéaste, peut-être sociologue moderne , et français, après avoir fait plusieurs reportages dans les grandes métropoles modernes (Sydney, Melbourne), voulait connaître et faire découvrir d'autres gents, de ceux qu'il n'avait guère trouvé dans la ville, les aborigènes.
Ceux-ci sont établis généralement loin des grandes agglomérations et se regroupent souvent en des communautés d' une vingtaine de familles dans le bush fait de contrées plutôt arides et souvent inhospitalières pour l'homme dit moderne.
Notre reporter d'une grande perspicacité, nous offrirait c'est sûr, un reportage original et comme il sait le faire, empreint de vérité et de simplicité, qui serait un délice pour les prochains fidèles de son émission. Autre particularité de notre ami, c'est seul qu'il va, avec une caméra fixée au bout d'un pied télescopique, « vision satellitaire » oblige, dont le système bricolé maison est d'une surprenante efficacité.
A la recherche de nouveaux échanges, avec son sourire désarmant et son parlé vrai les portes les plus verrouillées étonnamment s'ouvrent, la table est offerte...en somme il fait découvrir la vrai vie à ses auditeurs.
Antoine donc, cinéaste solitaire, après s'être documenté, s'en va pour trouver une ethnie de l’Australie primordiale au nord-est, du côté de Mata-mata.
Plusieurs milles après et plus de trois heures passées dans un 4x4 soulevant un nuage de poussière, à rouler sur une piste jaune bien cabossée, l'arrivée n'est pas loin, se devine après un ou deux virages derrière quelque colline ou ravine. Le parcoure en stop a bien marché et il a hâte d'être parmi ce peuple étonnant et mystérieux ; il y aura tant de choses à apprendre. Ça y est, on est arrivé. Le lieu se compose d'une place plus ou moins entourée de quelques bungalows, une dizaine et de baraquements ; l'ensemble fait sobre et presque confortable, aménagé par le gouvernement fédéral pour touristes en quête de dépaysement .
Une plus grande maison toujours en bois sans étage assez centrale fait office de lieu d 'accueil avec sa grande pièce. Là, à l'intérieur, au fond de l'espace, quelqu'un, le responsable sans doute, est assis derrière un comptoir. La peau couleur ébène il semble attendre ou peut-être pas, visiblement dérangé par notre nouvel arrivant.
Antoine, avant d'entrer, a remarqué que sur la petite place il n'y a presque personne sous ce soleil déjà haut et qui très vite deviendra accablant. Les deux ou trois éventuels interlocuteurs vont d'un pas plutôt lent visages masqués par des chapeaux et casquettes sans âge ; l'un va vers un pick-up des années cinquante, l'autre le bras accroché à un jerricane donne à boire à une chevrolet qui doit dater de la prohibition, quand au troisième sans doute dérangé par le bruit du nouvel arrivant va chercher de l'ombre un peu plus loin.
L'atmosphère est pesante, Antoine n'est surement pas le bien venu.
Notre journaliste donc, avec un sourire qui pourrait faire ouvrir à lui seul plus d'une porte de pénitencier, s'adressant à l'homme à l'intérieur de la pièce, après avoir salué, demande s'il est possible de parler, d'échanger avec les gents de la communauté ; les bungalows sont déserts et le véritable village se situe à l'extérieur, à quelques cinq minutes là bas caché derrière des talus de terre et quelques arbres décharnés témoins d'une eau trop rare.
A la demande la réponse n'arrive pas à sortir de la gorge de l'homme fermé mais pas méchant plutôt décontenancé;quelle drôle de question lui pose-t-on ; venir jusqu'ici lui un blanc,pour parler et échanger; la demande doit cacher quelque chose ; un blanc c'est fourbe, avide, voleur et pire encore ; c'est un prédateur, impossible de lui faire confiance ; toute les injustices, les frustrations se sont ravivées dans ce non gêné.
Nullement décontenancé le français va demander au chauffeur du pick-up pourquoi il n'est pas possible de venir les voir, parler, chanter, rire avec ceux d'ici . L'homme au visage noir aux rides profonds et dont le nez n'a pas été sculpté au couteau ne veut pas répondre, il ne dira rien et répond par un sourire avant que son visage se referme. Décidément il faudra se faire une raison, la caméra n'ira pas au village ; Antoine sait que ce soir pourtant une fête barbecue y aura lieu mais il n'y est pas le bienvenu, il est persona non grata.
Combien de mains tendues faudra-il encore pour que s'efface de leur mémoire toutes les injustices que d'autres blancs ont commises envers ces peuples ?
Antoine sait aussi que beaucoup de désespoir s'est accumulé, installé, et que chez nombre d'entre eux l'alcool a remplacé le dieu-soleil.
Notre témoin de la vie laisse une page blanche là ou des échanges auraient enrichi chacun... la négation de vivre elle aussi peut exister...
Mais si le temps garde la mémoire, il aide aussi au pardon.
PT parle du virus du découragement ; certes cet état n'est pas incurable mais il existe bien.
Comme il dit plus haut sous l'effort de notre adoration Celui qui est, imprègne la Terre c'est à dire chacun ;
N'est-ce pas un appel à « la connexion », à la méditation, le rendez-vous de la Terre avec le ciel, l'ultra-personnalisation, le système psychique convergeant pour dire compliqué (clin d’œil...).
Notre adoration c'est :
 la méditation du don
 la méditation d'ouverture, active
 la méditation de la communion des Saints
 la méditation de la quête, de la nuit de l'âme, de la recherche
 la méditation du vide-plénitude
 la méditation contemplation de l'Unité

Peut-être est-il bien de terminer par ces quelques mots que Paul au début de notre aire, adressait aux Romains :
« O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensibles ».(Romains XI,33-36)

Mardi 29 Octobre 2013 13:49

Tome 10 "Comment je Crois"


Dans ce chapitre Teilhard évoque deux thèmes essentiels dessinant l'évolution spirituelle des groupes humains.

Le premier, bien décrit, présente "les nappes pensantes de la noosphère". Arrêtons nous un instant sur ce point :
Teilhard commence par nommer l'Islam et dit qu'il est "une résurgence archaïsante du judaïsme". Il y a là de quoi, avec ces quelques mots, fâcher quelques musulmans et en convaincre certains de lui adresser une fatwa ou tout au moins de les dissuader de trouver dans chez lui des parfums conciliatoires ou œcuméniques. On sait pourtant que celui-ci est très respectueux de la pensée spirituelle des peuples. Il faut croire que l'aspect fixiste et dicté de la religion musulmane le fait s'exprimer d'une façon un peu péremptoire.
On aurait plutôt attendu, qu'évoquant "les nappes pensantes de la noosphère", il dise que l'Islam ne fait que représenter, parmi d'autres, un de ces mouvements nécessaires qui traversent l'histoire de la spiritualité des hommes comme pour en mieux marquer l'évolution. Si on veut bien les analyser, non pas en tant que tel, mais comme des soubresauts réformistes propres à un moment d'une civilisation, on en trouve de très nombreux en réaction sur leur époque comme : la Réforme avec un R majuscule, les nouvelles pensées philosophiques, les Lumières d'un nouveau siècle, un essai de moralisation après la traversée d'un désert moral, de nouveaux scientifiques,.. Ils peuvent être Platon, Aristote, Averroès, Spinoza, Pascal, Einstein, des prix Nobel, les adhérents à la gnose de Princeton, Le New Age ... etc. L'émergence du Christianisme n'était-elle pas déjà elle-même, à ses débuts, un événement de cette nature.

Le deuxième thème évoqué dans ces pages propose l'idée "d'amorisation". Celle-ci sous-tend l'idée du "goût de vivre"qui anime l'effort "en avant" du vivant. On aurait souhaité que Teilhard développe davantage. Il prédit simplement en une ligne en fin de chapitre "qu'un monothéisme de plus en plus christifié sera là pour aérer l’univers et amoriser l’Évolution". C'est peu pour bien parler d'amour, et pourtant Teilhard devait, sans aucun doute dans ses méditations de prière, avoir besoin de mystique et d'esthétique. Il le montre bien dans d'autres textes.
Il ne faudrait pas croire, en somme, que dans un désir d'accorder la foi aux nouvelles sciences de notre époque nous puissions perdre de vue l'exercice esthétique "amorisant" qu'impose la foi, sous prétexte qu'amour et esthétique sont des connaissances inexactes donc suspectes. Nous devons au contraire nous poser sans cesse la question de leur nature. Comment se fait-il que des êtres de chair et de sang soient capables de résonner comme une corde vibrante aux mystères insécables d'un paysage sublime, d'une note bleue, d'une fleur, d'une musique, d'un poème, d'un cintre gothique, d'une volute baroque...
Il faudrait pouvoir harmoniser la montée de la conscience en symbiose avec le labyrinthe de ces émotions qui contiennent la totalité des espérances.
Nous devons nous soucier des progrès de l’esthétique et de la mystique autant que nous nous soucions des progrès scientifiques. A coté de la recherche, l'expression de la foi doit encore s'inquiéter du sublime et du grandiose.


Lundi 28 Octobre 2013 14:49

Pierre Teilhard de Chardin, dans « Comment je crois » ditions du Seuil




A – La situation religieuse présente foi en Dieu et Foi au monde : une synthèse nécessaire

1 – « On entend souvent dire que religieusement parlant, la Terre est en train de se refroidir ». Loin de croire à cette rumeur, TDC croit que la plus grande partie de la masse humaine ressent « une foi et une espérance en quelque salut lié à l'achèvement évolutif de la terre. » Cette évolution est due à un renouvellement de l'esprit religieux qui bouillonne avec une grande énergie.
2 - Tout le monde n'adhère pas à cette évolution, ce qui entraîne des tensions et des troubles au sein du christianisme et des doutes en ce qui concerne ses dogmes. Ces doutes concernent non seulement la masse des chrétiens mais même certains de ses religieux et de ses prêtres. TDC suit Nietzsche qui pense que « ce ne sont pas les arguments mais le goût de l'évangile qui se perd ». Cependant le christianisme semble être pour TDC la seule religion où puisse « survivre la foi en un centre personnel et personnalisant de l'Univers ».
3 – Dans le monde actuel monte une nouvelle foi au monde qui s'éloigne du monde chrétien qui reconnaissait une foi en Die.. La foi au monde pour TDC est une sorte de « néopaganisme » gonflé de vie et représenté par un humanisme moderne mais encore acéphale. La foi en Dieu figurée par le christianisme est comme une tête où le sang ne circule plus qu'au ralenti. Pour TDC, ces deux aspects sont faits pour se rejoindre.
4 – Pour se faire, le christianisme doit évoluer par assimilation de nouveaux éléments. La rencontre des forces traditionnelles du christianisme et des forces modernes de l'Evolution devraient se féconder mutuellement : « Pour que cette synthèse se fasse, le christianisme doit sans modifier la position de son sommet ouvrir ses axes jusqu'à embraser dans sa totalité la nouvelle pulsion d'énergie religieuse qui monte d'en bas pour être sublimée » nous dit TDC.

B – Une nouvelle orientation théologique : le Christ universel

5 - L'intérêt actuel du christianisme est de comprendre les relations reliant l'un à l'autre le Christ et l'Univers.
6 – Nature de l'Univers = valeur propre de « l'être participé » pour le chrétien. Qu'entendons nous par être participé ? C'est un être créé par Dieu mais qui possède une autonomie croissante sans jamais devenir Dieu lui-même. Le monde créé considéré soit d'un point de vue humain, soit d'un point de vue chrétien ne nous satisfait pas : le monde humain ne justifie pas les labeurs de l'Evolution et le monde chrétien n'explique pas comment Dieu peut être impliqué dans autant de souffrance. Dieu ne se suffit-il pas à lui-même ? Que peut lui apporter l'univers ?
6bis – Lors de la création décrite dans la Genèse, Dieu pouvait créer tout ce qui lui convenait et sa création terminée était considérée comme parfaite. : « et Dieu vit que cela était bon » rythme chacune de ses créations. La connaissance moderne de l'évolution ne nous permet pas d'admettre cela. La création ne peut être qu'évolutive et n'avoir qu'un objet : l'Univers. Elle implique des transformations progressives depuis la matière jusqu'à l'esprit.
7 – Les relations du Christ avec le monde pour le chrétien se focalisent sur le Christ Universel. On peut identifier le christ cosmique de la foi avec le point oméga de la science vers qui tout converge.
8 - Les lois profondes de l'évolution doivent inclure au départ le Christ Universel. Ce Christ Universel ne peut pas apparaître soudainement au sommet du monde s'il n'était pas présent comme un « élément » initial.

La science pousse de plus en plus loin la complexité. Depuis l'assemblage des atomes en molécules de plus e plus complexes pour voir apparaître la Vie. Celle-ci évolue à son tour pour acquérir de nouvelles fonctions et passer au stade de la pensée réfléchie chez l'homme puis pour atteindre la conscience.
TDC nous dit « l'homme n'est pas autre chose que l'Evolution devenue consciente d'elle-même. C'est un Amour qui construit l'Univers » Son credo résume bien ce rôle de l'évolution vers le Christ Universel :
Je crois que l'Univers est une Evolution
Je crois que l'Evolution va vers l'Esprit
Je crois que l'esprit s'achève en du Personnel
Je crois que le personnel suprême est le Christ Universel

9 – Un autre aspect de la théologie chrétienne est celle qui concerne le Père et le Fils. Le père a été considéré depuis toujours comme celui qui gouverne, nourrit, pardonne, récompense... Le Fils lui est l'objet d'amour qui s'est incarné et a souffert la Passion pour racheter le péché des hommes.
10 – Création, Incarnation, Rédemption sont trois mystères fondamentaux dans la Foi chrétienne. Ils sont à la base de l'histoire chrétienne du Monde. Dieu pouvait apparemment se passer de l'Univers. « Créer pour Dieu, c'est s'unir à son œuvre, cad s'engager dans le Monde par incarnation. » S'incarner c'est participer aux souffrances d'un monde en voie de rassemblement. Création, Incarnation et Rédemption sont donc 3 aspects d'un même processus de fond que TDC appelle Mystère de l'Union créatrice du monde en Dieu ou Pléromisation. »

C - Une nouvelle orientation mystique : l'amour de l'évolution
11 – Si le Christ Universel remplace le point Oméga, la cosmogenèse se transforme en Christogenèse, quelqu'un remplace quelque chose. Il devient impératif d'aimer l'Evolution.
12 – Né du contact entre Foi au Monde et Foi au Christ , l'amour de l'évolution s'étend à la notion de Charité. Les deux premiers commandements deviennent : « Tu aimeras Dieu dans et à travers la genèse de l'Univers et de l'Humanité ». « La Charité se trouve dynamisée, universalisée et même panthéisée ».
13 - « Aimer Dieu dans et par l'univers en évolution ».
14 – L'Amour apparaît comme la forme supérieure et unique vers laquelle convergent en se transformant toutes les autres espèces d'énergie spirituelle.



Samedi 26 Octobre 2013 16:27

Chapitre 14 TOME 10 « COMMENT JE CROIS » (Indédit de Teilhard, mai 1950)




INTRODUCTION
Selon Teilhard, le christianisme serait le dernier courant religieux apparu sur notre planète et le seul à pouvoir s’adapter aux évolutions futures de l’humanité. En fait, il ne tient pas compte de l’islam qui est apparu vers 622 après J.C. et, ajoute-t-il, que cette religion est une récupération archaïque du judaïsme, ce en quoi il a partiellement, raison, l’islam étant un mélange de religions païennes, nestoriennes, judaïques, etc …a été conçu pour des marchands nomades du désert afin de structurer leur vie et de faciliter les échanges et, sur ce dernier point, elle a fort bien réussi (en Indonésie notamment). Quant au judaïsme, Teilhard n’en parle presque pas. A propos des religions védantes (hindouisme et bouddhisme) il est aussi péremptoire : les adeptes de ces cultures sont, dit-il, trop intériorisés pour maîtriser les technologies modernes. L’avenir lui a encore une fois donné tort. Pierre Leroy, fidèle compagnon de Teilhard en Chine, confirme cette allergie à toutes les cultures non chrétiennes (voir son livre « Pèlerin de l’Avenir » rassemblant les écrits épistolaires de Teilhard). Ayant parcouru ce livre, je me suis aperçu que cette attitude était une forme de défense contre l’énorme pression que le Vatican exerçait sur Teilhard par l’intermédiaire de l’Ordre des Jésuites. Cependant, il n’y avait pas que cela pour expliquer l’attitude de Teilhard : tous les pays colonisateurs du XIXe siècle pensaient que les habitants de ces pays baptisés, dirigées par « le goupillon et le sabre » étaient des sauvages. Les occidentaux sont allés trop loin dans ce domaine, ils auraient dû se contenter d’exploiter les richesses , construire des équipements et apprendre à lire et à écrire aux indigènes, mais ne pas leur imposer une religion d’importation et sans rapport avec les cultures locales.

Le comportement brutal de quelques pays musulmans à l’égard des églises chrétiennes ne s’explique pas pour autant. Nous reconnaissons que l’attitude individuelle de certains occidentaux du XXIe siècle à propos des mosquées n’est guère mieux. Les européens ne passent pas à l’acte mais il y a ici des braises sous les cendres .
Toutes ces brutalités inter religieuses ne sont pas des cas isolés. L’exemple est donné par le capitalisme sauvage et ultra libéral qui ne connait ni les frontières ni les différences de cultures. Guerre du fric, guerre des religions, même combat : la loi de la jungle règne sur terre.

Dans ce chapitre Teilhard s’inquiète de la baisse de notoriété du christianisme et se questionne sur ce qu’il sera dans quelques millénaires, et si aucune modification de la doctrine chrétienne n’est opérée pour l’adapter aux théories scientifiques qui sortent sans cesse. Le’ problème se pose en quatre points :
1- On ne peut concevoir une cosmogénèse dans le cadre d’un cosmos fixe.
2- Les scientifiques qui étudient l’origine de la matière et son évolution sont très écoutés et ils sont de plus en plus nombreux à penser qu’il existe une « information divine » cachée dans la matière ; certes les scientifiques disent cela autrement, mais ils ont moins peur de le dire, ce n’est plus un tabou.
3- L’évolution de la matière dans le contexte de cette « information » cachée conduit tout droit au « dieu nature » ou à la « sainte matière » de Teilhard et, dans le monde chrétien face à ce danger présumé, on brandit l’épouvantail du spinozisme, du panthéisme et de l’animisme, religion la plus ancienne de toutes, présente sur tous les continents, qualifiée de païenne voire hérétique quand elle s’approche du christianisme.
4- La probabilité existe que dans quelques milliers d’années les religions du Livre ne subsisteront que dans les bibliothèques universitaires, les grandes religions seront remplacées par des nébuleuses de micro religions et familiales . Classiques et familiales, les religions animistes ne seront pas inquiétées parce qu’elles sont déjà discrètement sous la forme de micro religions.. Quant au bouddhisme, il ne risque rien parce qu’il n’est pas vraiment une religion mais une voie philosophique, laquelle se diffuse facilement dans les pays occidentaux.

1er PARAGRAPHE : CHRISTIANISME ET MONOTHEISME
Le monothéisme, contrairement à ce que dit Teilhard, ne peut pas être considéré comme la forme élémentaire du sentiment religieux car, à l’origine, les religions s’appuyaient sur la peur qu’inspiraient les éléments de la nature qui donnèrent naissance à des milliers de divinités dans le monde, avec toutes les hiérarchies divines que cela suppose (le panthéon égyptiens en est l’exemple type. ) Au contraire, le monothéisme est issu de l’élite intellectuelle et d’une longue maturation doublée d’un besoin humain, celui d’avoir un « roi » (voir la fable de Jean de la Fontaine : « les grenouilles qui demandent un roi »). Une fois de plus l’Egypte est l’exemple type avec son Dieu Soleil au sommet de la hiérarchie, Amon-Raa, pendant 10 ans, remplacé par Aton, mais qui repris définitivement sa place avec la doctrine du Verbe-Lumière transmise par Moïse au peuple juif, transmis à son tour au christianisme par l’apôtre Jean (voir son prologue). Teilhard confirme cette filiation dans le présent chapitre : « Un point est bien assuré, il y a trois ou quatre mille ans, ce qui devait devenir le trône du monothéisme moderne, émerge distinctement dans les régions qui s’étendent du Nil à l’Euphrate ; à la chaleur dégagée par l’Egypte, l’Iran et la Grèce en sont la tige judéo chrétienne. » Cette doctrine du Verbe-Lumière existait déjà en Afrique Centrale et en Ethiopie avant que l’Egypte la récupère.

Toutefois, rendons au christianisme ce qui lui appartient : les religions qui le composent sont les seules à évoquer la « loi d’amour », point fort clairement exprimé par rapport au judaïsme et à l’islam dans lesquelles l’individu humain n’est pas le « fer de lance de l’évolution, mais un sujet, directement et entièrement soumis à Dieu. Dans l’islam il est davantage question d’aumône et de charité que d’amour dans le sens chrétien. De leur côté, si les deux autres religions du Livre veulent survivre elles devront, elles aussi, opérer des transformations profondes : le judaïsme devra attacher moins d’importance au « Peuple Elu » et l’islam devra déléguer le pouvoir juridique à la société civile. C’est ce qu’ont fait les occidentaux depuis environ deux siècles, cependant il reste à ces dernières à reconnaître les autres religions du Livre car elles ont le même Dieu que celui des Chrétiens.
Sur un plan général, Teilhard est dans le vrai lorsqu’il écrit que la foi judéo chrétienne s’exprime encore en termes néolithiques. C’est pour cette raison qu’il est urgent d’actualiser la doctrine chrétienne dans les zones où elle est contredite par l’évolution des connaissances scientifiques de plus en plus divulguées et le grand public en est friand ; raison de plus pour opérer rapidement cette actualisation afin d’éviter les erreurs d’interprétation que les profanes ne sont pas à même de détecter. Il faut éviter que le passage allant du cosmos à la cosmogénèse se fasse sans les Eglises chrétiennes. Expliquer à tous les chrétiens la différence entre cosmos et cosmogénèse ne sera pas une mince affaire …
Que dit Teilhard sur ce problème ? « Comment Dieu le Père d’il y a deux mille ans qui était alors un Dieu-Cosmos ne se transforme-t-il pas en Dieu-Cosmogénèse ? »
Teilhard n’a pas franchement répondu à cette question et je vais essayer de le faire :

A mon sens, la transformation d’un Dieu-Cosmos en un Dieu-Cosmogénèse n’est plus à faire, elle existe déjà. . Pour s’en rendre compte, il suffit de lire les trois premiers livres de la Bible. La Genèse y est présentée comme la description d’un processus évolutif :
-Dieu sépare la lumière des ténèbres,
-les cieux sont constitués,
-la terre est séparée des eaux,
-les végétaux apparaissent, puis les poissons et les reptiles, puis les mammifères,
-et enfin l’Homme est créé avec de la glèbe et le « souffle » que Dieu lui insuffle dans les narines.
… et ainsi de suite. Il s’agit bien de la description d’une cosmogénèse. Comment ne pas le remarquer ? Le Père T. Magnin, Recteur de l’Université Catholique de Lyon, m’a confirmé il y a plusieurs mois que les trois premiers livres de la Bible faisaient bien partie de la doctrine chrétienne. C’est donc une référence absolue dans le dogme chrétien. Le Père Magnin a précisé qu’il existait une vingtaine d’exégèses officielles et je serais très intéressé de les connaître.
En ce qui concerne directement Teilhard, je ne comprends pas pourquoi il ne s’est pas servi des trois premiers livres de la Bible pour défendre son « Phénomène Humain » face au Saint-Office du Vatican car c’était une arme absolue. (nous étudierons ce point dans le chapitre XVI)
Albert Einstein avait examiné ces trois premiers livres de la Bible et il en avait conclu, il y a presque un siècle, ce que j’ai rappelé ci-dessus et ses notes étaient intitulées « La Formule de Dieu ». Vraisemblablement et à la même époque que Teilhard, ces deux « jeunes hommes » étaient arrivés aux mêmes conclusions sur l’hypothèse cosmogénèse.

2ème PARAGRAPHE : MONOTHEISME ET NEO HUMANISME
Teilhard revient sur la question du monothéisme. Etait-il nécessaire de débattre encore sur cette question qui est un sujet inaccessible à l’homme et, qu’est-ce que cela change ? Dieu est-il le UN, le DEUX, le TROIS, le TOUT ? Dieu est-il un sénat à lui tout seul ou est-il un « dictateur » sur son nuage ? Dieu est-il un immense organisme pour la construction duquel il aurait besoin des hommes ? Si tel était le cas, cela expliquerait la mystérieuse »pression d’intentionnalité » qui serait le moteur de l’évolution; j’aime cette expression, moins rude que le mot « déterminisme ». Les scientifiques modernes utilisent une autre expression : « principe anthropique ». Finalement, avec des mots différents tout le monde dit la même chose et c’est plutôt rassurant. Mais sur le sujet qui est cher à Teilhard, je lui laisse le dernier mot : « sur une substance vivante complètement indifférente ou détendue, aucune excitation du milieu, aucun jeu des grands nombres ne sauraient avoir la moindre prise. » Ainsi est faite la place au « dedans des choses ».
Rien ne peut arrêter la force d’évolution, sauf si l’humanité perd le goût de vivre. Cependant, selon la foi chrétienne, jusqu’au dernier moment un sursaut peut sauver l’humanité et pour ce faire, Teilhard a inventé un nouveau principe, celui du « besoin d’irréversible ». Les scientifiques seront réticents à le suivre sur ce point. Plus scientifique serait d’évoquer une règle qui exigerait une « taille » critique en dessous de laquelle un palier supérieur ne peut être ni atteint ni franchi. Dans ce cas, la substance et son énergie ne sont pas définitivement perdues mais retournent dans le grand creuset de la matière ; ainsi définirais-je l’enfer … Et puis Teilhard n’exclut pas cette éventualité : si ça ne marche pas sur la planète terre, la réussite peut être envisagée sur une planète équivalente dans une autre galaxie.

3ème PARAGRAPHE : CHRISTIANISME ET AVENIR

“La confluence des consciences mystiques et le sens de l’évolution sont les deux formes de foi s’éclairant réciproquement. » Cette réflexion de Teilhard est un message d’avenir qui réconcilie la foi et les sciences ; de surcroit, il touche les non-croyants, plus nombreux que les croyants. Nous devons les traiter comme la « brebis égarée » pour laquelle on quitte provisoirement les 99 autres qui sont restées dans la bergerie. Tel est le symbole de cette parabole dans l’Evangile..
En principe le croyant considère que la vie a un sens, alors que le non-croyant est perplexe. Mais il suffit qu’il découvre la merveille qu’est l’évolution de la matière pour échapper au nihilisme. Cela n’exclut pas le doute auquel les croyants n’échappent pas non plus. C’est là que toutes les religions convergent, vers « une messe annonciatrice d’un plérôme final ». Ce n’est pas de la méthode Coué dont l’humanité a besoin. Ne croyons pas celui qui prétend ne pas connaître le doute. Seul le merveilleux de la nature peut donner l’espérance.
Samedi 26 Octobre 2013 16:18

sujet du travail à présenter le 4e vendredi de janvier 2014 CHAPITRE 16, tome 10, « COMMENT JE CROIS »
Editions du Seuil


(I) INTRODUCTION

Ce chapitre est un inédit, écrit par Teilhard à New York le 14/10/852


Le but de ce chapitre, court rapport à l’attention du Vatican, est de faire comprendre que les relations entre science et religion sont une source d’inquiétude liée à l’antagonisme supposé entre le Dieu évolutif de l’En Avant et le Dieu transcendant de l’En Haut ; antagonisme qui entrainerait une baisse de la séduction vis-à-vis du catholicisme. Ce risque est nul et je vais donc poser le problème différemment par rapport à ma précédente requête, c'est-à-dire en utilisant le symbolisme de la Croix, plus à même de renouveler la conception des relations entre l’homme et l’humanité.

(II) OBSERVATION PRELIMINAIRE / APPARITION ET NATURE D’UN NEO HUMANISME CONTEMPORAIN

-A l’époque de la scolastique, les grands esprits se disputaient sans résultat, signe infaillible d’une question mal posée. Maintenant, l’évolution scientifique a clarifié le problème par simple introduction d’espèces phylétiques, soit une certaine population animale dérivée d’une même souche et comprise à l’intérieur d’une certaine courbe statistique de variabilité. Ainsi l’idée de l’homme (et de toutes les espèces animales) a perdu son mystère mais, en revanche, l’idée d’homme a vu ré authentifier ses lettres de noblesse.
-En bonne science il devient de plus en plus nécessaire de reconnaitre qu’avec l’apparition de la conscience réfléchie au quaternaire s’est ouverte une nouvelle phase de l’histoire de la biosphère.
L’homme, mammifère primate apparaissant sur la planète représente une deuxième espèce de vie (ou d’une vie au second degré) qui est par nature d’allure convergente. Pour raison biologique de fond, l’homme ne peut exister sans couvrir toute la planète (idem pour les autres espèces), mais il ne peut pas non plus couvrir la terre sans se « totaliser et se concentrer » de plus en plus sur lui-même. Et, fait unique, l’espèce humaine au lieu de se dissiper va se ramassant de plus en plus sur elle-même, à la limite d’une « super personnalité-unité ».
-Cette singulière perspective sur la nature de l’homme n’est pas encore exprimée par la science, mais elle résulte directement et intimement de la weltanscauung (vision du monde) scientifique moderne, laquelle commence à imprégner tout le conscient de notre temps.
-Après une période de flottement entre XVIe et XIXe siècles dans laquelle l’humanité a failli se désagréger dans l’individualisme, sous la pression de formidables déterminismes, avant de retrouver maintenant, à un plan supérieur le sens de l’espèce, n on plus l’asservissement à une lignée, mais une poussée unanime et concerté, afin d’accéder à étage supérieur de la vie. Un nouvel humanisme pousse un peu partout par le jeu de la co réflexion.
-Il ne s’agit plus d’un humanisme d’équilibre mais d’un mouvement auquel aucune valeur ne saurait résister, même et surtout en matière de religion, sauf à se plier aux exigences de quelque avenir cosmique ultra humain. D’où la nécessité urgente pour l’Eglise de présenter au monde un nouveau sens de la Croix.

(III) CROIX D’EXPIATION ET CROIX D’EVOLUTION

-Par naissance et à jamais le christianisme est dominé par le signe de la Croix qui est son essence. Mais quelle est cette essence de la Croix ? Sous sa forme élémentaire, telle que la présentent les séminaires et les sermons, la croix est ^premièrement un symbole de réparation et d’expiation à travers lesquels se reconnaissent les éléments suivants :
a) Notion catastrophique, dominance du mal et de la mort, suite naturelle d’une faute originelle.
b) Défiance vis-à-vis de l’Homme qui, sans être exactement mutilé et perverti, n’a plus la vigueur qui lui permettrait de réussir dans ses entreprises terrestres, sauf à posséder des dons surnaturels.
c) Et plus symptomatique, méfiance pour tout ce qui est « matière », celle-ci étant considérée beaucoup moins comme une réserve d’esprit que comme un principe de chute et de corruption.

Tout ce qui précède (a, b et c) est pris dans le feu d’un amour puissant pour le Dieu crucifié, d’un amour presque exclusivement ascensionnel, épuration douloureuse et détachement souffrant. Pour les néo humanistes que nous sommes, ceci est irrespirable et doit être changé
-Pour régner sur une terre soudainement éveillée à la conscience d’un mouvement biologique vers l’avant, la Croix doit à tout prix et au plus tôt se manifester à nous comme un signe non seulement d’évasion mais de progression. Elle n’est plus seulement purificatrice mais motrice. Mais une telle transformation est-elle possible ? Oui, elle est possible et exigée parce qu’il y a du traditionnel (note de JPF : je propose le terme « symbolique ») plus qu’on ne le pense dans la croix.

-Tournons nous maintenant vers le deuxième terme du conflit religieux moderne. L’évolution qui s’impose à notre expérience a les caractères suivants :
(a) Par sa nature arrangeante elle est EFFORT.
(b) Par effet statistique de probabilités elle ne peut avancer dans ses constructions tâtonnantes qu’en laissant derrière soi un long sillage de désordre et de «mal évolutif ».
(c) Par structure même du processus d’évolution biologique (vieillissement organique, relais génétique, métamorphose …) elle implique la mort.
(d) Par exigence à la fois psychologique et énergétique elle requiert à son sommet un principe attractif, « amorisant » le fonctionnement entier de l’univers.
Pénétrons-nous de ces quatre données sur l’évolution ; revenons à la Croix et regardons un Crucifix . ce que nous voyons, cloué sur le bois, peinant, mourant, libérant, est-ce bien encore le Dieu du péché originel ? N’est-ce pas au contraire le Dieu de l’évolution que notre néo humanisme attend ? Porter les péchés du monde coupable pourrait se traduire par : « porter le poids d’un monde en évolution ». Tel est le témoignage que je voudrais faire entendre à qui de droit. En vérité, autant il m’est devenu impossible physiquement de m’agenouiller intérieurement devant une croix purement rédemptrice, autant je me sens passionnément séduit et satisfait par une Croix dans laquelle se synthétisent les deux composantes de l’avenir !: le transcendant et l’ultra humain soit : « l’en haut et l’en avant ». Dans cette disposition intérieure catégorique et finale, je ne suis pas seul, d’autres me rejoignent.


(IV) CONCLUSION
Malgré les profonds remaniements en cours dans notre vision phénoménale du monde, la Croix est toujours debout et se dresse de plus en plus au carrefour des valeurs et des problèmes placés au cœur de l’humanité. Sur elle doit continuer à se faire la division entre ce qui monte et ce qui descend. Mais ceci à une condition, c’est qu’en s’élargissant aux dimensions d’un âge nouveau, qu’elle cesse de s’offrir à nous surtout (ou même exclusivement) comme un signe d’une victoire sur le péché, pour devenir le symbole dynamique d’un univers en état de permanente évolution.
Mercredi 23 Octobre 2013 12:07

Ce texte a été écrit par Jean-Pierre Frésafond en 2007 pour son manuel d’étude tome-2
sur le livre « L’ACTIVATION DE L’ENERGIE » de Teilhard (tome-7, Editions du Seuil)


Jean-Pierre Frésafond / INTRODUCTION A LA PENSEE DE TEILHARD
Dans le précédent livre que j’ai écrit sur la pensée de Teilhard de Chardin, lequel est une contraction de texte et une analyse de son PHENOMENE HUMAIN, j’ai souligné que Teilhard qualifie son ouvrage d’exclusivement scientifique et il y explique comment la matière, grâce au dedans des choses s’auto-organise, se complexifie, jusqu’à franchir le pas de la vie et, continuant son évolution, franchir le pas de la réflexion.
Mercredi 16 Octobre 2013 19:11

Comment je Crois, chapitre 12, Editions du Seuil
Réflexion pour septembre 2013


Au chapitre 12 de son livre « Comment je crois »Teilhard suggère à la chrétienté des idées, des remarques, une pensée pour aider à l'élaboration d'une théologie adaptée au principe de l'évolution et en harmonie avec les découvertes scientifiques du XXIe siècle.
Teilhard de formation jésuite,par son amour de la terre et de ses hommes est philosophiquement humaniste, par raison et au vu de ses découvertes de paléontologue, des connaissances actuelles. Sa pensée s'est développée dans une perspective chrétienne universelle, évolutionniste du cosmos.

Premier constat : Lors de l’avènement de la conscience réfléchie, l'Homme s'est heurté à l'interrogation du sens de sa vie, du comment, du pourquoi.
La réponse chrétienne lui a été donnée par l'Ancien et le Nouveau Testament. Les dogmes et sa foi lui étaient suffisants et nécessaires pour comprendre et le rassurer. Mais les découvertes de Galilée, de Darwin, de Freud ont remis l'Homme dans ses interrogations existentielles. Les connaissances du XXIe siècle sur l'infiniment grand ,l'infiniment petit et l'infiniment complexe ont ébranlé sérieusement l'héritage de la pensée judéo-chrétienne de st Paul, st Irénée, Augustin, Thomas d' Aquin. Cette Théologie écrite sur une Terre plate, au centre de l'Univers vivant dans un monde fermé et statique se heurtait aux théories d'un Cosmos infini, d'une matière et d'une vie en perpétuelle évolution
L’homme moderne ni religieux ni spirituel est tout simplement déboussolé. Les « histoires » de l'Ancien Testament sur la création en sept jours, d'Adam et d’Ève, du péché originel, de la chute, deviennent incompréhensibles. La pensée de l'humanité bouillonne d'une nouvelle sève. Des sectes et des espèces de religion nouvelles apparaissent en essayant de capter des personnes égarées en recherche....

Deuxième constat:L’homme par sa nature est fait pour aller de l'avant en créant et en cherchant. Il cherche a être toujours « plus ».De ce fait il participe à l'évolution de ce Monde vers quelque chose « Tout ce qui monte converge » …possible mais vers quoi, vers où ? Teilhard est convaincu que le christianisme est le seul courant humain, à travers la charité et l'amour dictés par le Christ qui puisse donner le goût de vivre car le christianisme dont la base est l'Amour des Autres est immortel ne conduit pas vers quelque chose mais vers Quelqu'un et de ce fait personnalise l'univers.

Troisième constat:Il y a 2000 ans le Christ n'a t'il pas heurté les docteurs religieux avec sa pensée ? Il a révolutionné leur « vérité ». Dans la crise actuelle la chrétienté doit savoir marier les forces traditionnelles et les forces modernes de l'évolution. C'est une providentielle et nécessaire Union Créatrice qui deviendra pensée universelle. Le christ a dit « mon royaume n'est pas de ce monde ». N'est il pas ce point « oméga »qui se trouve peut être au bout de l’évolution. Hominisation en évoluant vers plus d'humanisation, doit voir le Christ non plus seulement sur une croix mais en avant vers le sommet du cône de l’évolution.

Quatrième constat:L'évolution de la matière et de la vie indique que Dieu n'a pas pu créer ce monde et le multiple définitivement et « d'un seul coup. Teilhard dit « Dieu a lancé le Monde pour qu 'il se crée ». Effectivement, c'est bien à travers le phénomène de l'Union Créatrice que la Matière et la Vie sont apparues. Faisant sortir du néant la matière, la force à travers l'Esprit de Dieu lutte contre l'entropie qui s'y oppose ; ce qui explique une partie du mal et du gâchis de cette création qui révoltent la raison de l'Homme. Il faut donc reconnaître que Dieu ne peut créer qu'évolutive ment.

Cinquième constat:: si Dieu est self suffisant par l'Esprit -explique Teilhard- l’univers par la matière lui apporte quelque chose de vitalement nécessaire. Le créé devient essentiel sur le plan de l'Union. La conscience réfléchie de l'Homme devient « coévoluteur » de la création dans un vaste mouvement de convergence.
En effet nous remarquons :
-Que l'inconscient de l'Homme appelle à quelque chose de plus grand.
-Que les scientifiques sentent et veulent trouver cette loi ultime qui régit le monde.
-Que le Monde évolue vers plus de Beauté, de Bonté, de Conscience.
-Que le Christ a dit « Je suis la Voie ,la Vérité, la Vie »
Alors Teilhard, avec sa pensée audacieuse et ses réflexions pertinentes ose écrire : mais alors ce point oméga est le même. Humaniste,scientifique,chrétien,panthéiste,bouddhiste.....peuvent communier ensemble. Le sommet du cône n'est plus quelque chose, il devient Quelqu'un, l’univers se personnalise, la matière physico-chimique du monde à travers le Christ trouve un sommet concret un cœur, un visage.

Position fantastique du Christ ? Peut être, mais ce monde,la Vie, ne sont-ils pas fantastiques ; ne trouve –t-on pas là la vraie échelle du monde, celle de l'infini grand ,de l'infiniment petit? Ce qui nous dépasse totalement. Osons regarder et aimer ce Cosmos, non pas à travers notre courte vue d'homme embourbé dans sa petite vie étriquée et qui ne dure que l'espace d'un soupir.

Il y a 2000 ans le Christ était révolutionnaire. il devient évoluteur. Il faut oser faire la synthèse entre foi en Dieu, foi au monde et foi en l'Homme.

Notre génération, face à ce Monde qui bouge, aperçoit une direction ascendante. Elle attend de cette direction un sens de signification ; le Christ nous le donne. Le péché n'est pas en arrière à travers une pomme mal digérée, mais bien en avant de nous. L'Homme n'ose pas n'ose plus croire. Croire, servir n'est plus assez, il devient impératif d'aimer ce Monde.
Dans un Univers qui se construit par les forces de l'Union Créatrice, poussé ou aspiré par l'esprit de Dieu l'Homme conscient réfléchi et, libre, peut y participer.
Il devient impossible d'imaginer une action plus complète et plus enthousiasmante.
Saint-Exupery a dit « Forcez les Hommes a construire ensemble une citadelle et vous les transformerez en frères ».

Vendredi 11 Octobre 2013 15:21

Chapitre XIV Comment je Crois, éditions du Seuil
réflexion pour octobre 2013


Il est indéniable que la problématique des commencements nous échappe, tant sur le plan de la formation du monde matériel que sur l’avènement du vivant, le premier humain et le premier outil sont à jamais perdus. Nous ne pouvons faire des hypothèses que loin des origines. L’aube de la spiritualité n’échappe pas à cette règle.

L’homme a pu contempler depuis toujours le ciel et les nuits semées d’étoiles, le soleil qui réchauffe et qui éclaire comme le feu qu’il a dompté. Il a pris conscience de la mort qui enlève mystérieusement l’être présent et aimé. Il a découvert l’absence, mais il a pu admirer l’étrange apparition d’un nouveau vivant expulsé du ventre de sa mère. Cette nature qui le domine et la conscience qu’il a de lui-même le conduisent insensiblement à la réflexion sur l’organisation du monde et le mystère qui enveloppe toute chose. Du chasseur de l’âge de pierre aux grands physiciens de l’époque moderne, s’est déroulée toute une série de mutations dans la relation entre l’homme et son Créateur, qui va de la reconnaissance de la toute puissance protectrice de Dieu à une forme régressive de la spiritualité. Pour parler comme Teilhard, disons que le centre spirituel de tout homme créé ne serait-il pas inconsciemment relié dès sa conception à tous les autres centres et plus précisément à une toute puissance divine qui envelopperait subtilement la noosphère dans l’attente du plérôme.
L’homme de la préhistoire a conscience de cette puissance dominatrice de la nature et des hommes. Les rites d’inhumation des derniers survivants des peuples de chasseurs de l’âge de pierre sont moins élaborés que ceux de l’homme de Neandertal, mais la spiritualité imprègne leur vie quotidienne. Dans son émouvant recueil intitulé : Pieds nus sur la terre sacrée, l’ethnologue américain : J Mc Culloch rapporte les propos, datant de 1911, d’un indien Dakota sur la prière :

« Dans la vie de l’Indien, il n’y a qu’un devoir inévitable – le devoir de prière – la reconnaissance quotidienne de l’invisible et de l’éternel. Ses dévotions quotidiennes lui sont plus nécessaires que sa nourriture de chaque jour. Il se lève au petit jour, chausse ses mocassins et descend à la rivière. Il s’asperge le visage d’eau froide ou s’y plonge entièrement. Après le bain, il reste dressé devant l’aube qui avance, face au soleil qui danse sur l’horizon, et offre sa prière muette. Sa compagne peut l’avoir précédé ou le suivre dans ses dévotions mais ne doit jamais l’accompagner. Le soleil du matin, la douce terre nouvelle et le grand silence, chaque âme doit les rencontrer seule !
Chaque fois qu’au cours de sa chasse quotidienne, l’homme rouge arrive devant une scène sublime ou éclatante de beauté – un nuage noir chargé de tonnerre avec l’arche étincelante d’un arc-en-ciel au-dessus d’une montagne, une cascade blanche au cœur d’une gorge verte, une vaste prairie teintée de rouge sang d’un couchant – il s’arrête un instant dans la position d’adoration. Il ne voit pas le besoin de distinguer un jour parmi les sept pour en faire un jour saint puisque pour lui tous les jours sont de Dieu. »

Certes le monde a profondément changé et semble, du point de vue phénoménologique, avoir suivi, tout au moins chez l’homme occidental, un chemin de régression. Un souvenir me vient subitement à l’esprit. Au beau milieu du XX e siècle, conjointement à mes études universitaires, j’exerçais des fonctions d’encadrement dans un internat catholique. L’enseignement religieux dispensé à l’époque et les offices réguliers maintenaient dans les esprits une religiosité non remise en cause. Ainsi le règlement imposait que chaque surveillant rassemble ses élèves le soir pour la prière commune. Ce que je garde en mémoire c’est l’ambiance particulière qui régnait durant ces quelques instants. Grâce au fait que tous ces jeunes acceptent sans polémique une telle tradition disparue, je ressentais un profond apaisement. Nous ne célébrions pas l’arrivée du jour comme cet Indien Dakota, mais la profondeur du silence après une journée active voire conflictuelle parfois. La prière était vécue comme une réconciliation collective et une union avec le monde invisible, prélude à la nuit où tout s’oublie et se fond dans l’attente d’un sommeil réparateur.

L’expérience religieuse, dans ce qu’elle a de radical et de plus intime, se dérobe à toute forme d’explication la réduisant à une simple réalité psychologique, anthropologique, sociologique et historique. Elle émerge dans la conscience dès l’origine de l’humanité comme donnée première, irréductible à toute autre. Le développement des cultures va multiplier les figures au travers desquelles cette expérience tentera de s’exprimer : ce sont les religions. Mais cet habillage culturel ne réussira jamais à masquer le fait premier de cette Donation, surgissant comme venue d’ailleurs dans une conscience d’homme. On se trouve là aux limites de la rationalité qui rend l’homme incapable de penser sa spécificité. La foi religieuse n’est pas de l’ordre de la connaissance et du savoir. Elle est une attitude générale face à la vie, une prise de position vitale par rapport à cette donation, comme fut le fiat de Marie en réponse à l’annonce de l’ange. La foi est reconnaissance du mystère de l’être et adhésion à ce mystère.
Cette prise de position n’est pas propre au christianisme. On la retrouve dans toutes les religions ou sagesses philosophiques en quête d’une transcendance ou d’absolu. Il existe donc dans toutes les religions, même les plus archaïques et les plus primitives, un élément commun ; ce qui fait dire à certains : « toutes les religions se valent ! ». Cependant toutes les religions ne sont pas équivalentes ; catholique signifie universel. Elles sont étroitement dépendantes des terreaux culturels sur lesquels elles ont pris naissance. Au-delà de la quête de transcendance qui leur est commune, elles ne répondent pas aux mêmes défis sur les plans sociologiques, anthropologiques, historiques, etc. Leurs corpus religieux se trouvent diversement influencés et interpellés par les nouveaux savoirs acquis au cours de l’Histoire. D’où l’importance des sciences humaines dans la recherche théologique en général, et celle en particulier qui mettra en évidence l’originalité du christianisme et sa cohérence par rapport aux autres aspects de la Connaissance.
 Dans son intimité, Dieu est d’abord « RELATION ». La doctrine de la Trinité, en langage humain, enseigne que cette relation est faite d’amour ; et c’est parce Dieu est relation d’amour en Lui-même qu’il l’est aussi dans son rapport à la Création. Au sein de cette création, l’homme est alors considéré comme personne et non seulement comme individu.
 Dans le christianisme, importance est donnée à l’Histoire : celle qui évoque la révélation divine, l’événement de l’Incarnation du Verbe divin dans l’homme, qui comporte une longue préparation dans le temps, la vingtaine siècles avant J.C. de l’histoire d’Israël, le mystère de l’Alliance toujours renouvelé. Cet événement, qui a pour mission de transmettre la « Bonne Nouvelle » à toutes les nations de la terre, représente déjà là une sorte de mondialisation, contribuant à l’édification du Corps Total du Christ.
 Importance est donnée également à l’INTERPRETATION. La croyance chrétienne ne porte pas d’abord sur un texte, mais sur un événement historique dont la nature d’événement singulier, protéiforme, paradoxal, mystérieux, nécessite le recours à l’utilisation de toutes les méthodes de l’exégèse moderne.
 Les progrès de la Science ont mis en évidence la notion de complexité. Celle-ci se trouve au cœur de la relation de l’homme à Dieu, mais aussi de la relation avec les autres. La complexité est inhérente à l’histoire humaine faite d’un nombre considérable d’interactions qui s’inscrivent dans le cadre de toutes les dualités. La complexité est mise en évidence chaque fois que la logique formelle se trouve piégée par la nature du Réel. On a alors recours à des formules surprenantes et paradoxales, les « oxymores », jouant surtout sur les images suggestives : Dieu est à la fois Un et Trois, proche et lointain, absent et présent, tout-puissant et faible, Jésus vrai Dieu et vrai homme, le salut qui est donné mais qui reste à venir, pur don de Dieu mais que les hommes ont à construire, une Eglise sainte mais pécheresse et sans cesse à réformer.

La pensée chrétienne, surtout par la voix de ses mystiques, a su dire ces choses-là, mais comment apprendre à penser cette complexité afin de construire un monde toujours plus compliqué en raison des impératifs de la mondialisation ? Teilhard s’inquiète justement de l’état religieux du monde actuel (nous sommes en 1950)
« Car enfin, en toute et profonde vénération pour les paroles humaines de Jésus, est-il possible de ne pas observer que la Foi judéo-chrétienne continue à s’exprimer (et par force !) dans les textes évangéliques, en fonction d’un symbolisme typiquement néolithique ? (…) Dans un pareil Univers comment imaginer, sans contradiction psychologique, que le Monothéisme ait pu se traduire autrement qu’en termes de Dieu grand Chef de famille et suprême propriétaire du Monde habité ?
Or tel est précisément le cadre ou milieu mental hors duquel notre conscience moderne est en train d’émerger de plus en plus. Irrésistiblement, autour de nous, par tous les accès de l’expérience et de la pensée, l’Univers va se liant organiquement et génétiquement sur lui-même. Comment, dans ces conditions, le Dieu – Père d’il y a deux mille ans (un Dieu du Cosmos encore) ne se transfigurerait-il pas insensiblement, sous l’effort même de notre adoration, en un Dieu de Cosmogénèse, c’est-à-dire en quelque Foyer ou Principe animateur d’une création évolutive au sein de laquelle notre condition individuelle apparait beaucoup moins celle d’un serviteur qui travaille que celle d’un élément qui s’unit ? ».
Mais il ne faut pas se bercer d’illusions et, pour les clercs, sombrer dans une espèce de populisme qui, pour éviter la réprobation du peuple de Dieu, ne cesse de proclamer que Dieu est amour et qu’il pardonne inconditionnellement toutes nos fautes. Le processus de la Cosmogénèse fondé sur cette union au Christ est profondément exigeant. Tout chrétien est appelé à suivre une voie qui est à l’image de celle de Jésus souffrant et mort sur une croix. En cela le Christianisme est bien loin de se réduire à des rites stéréotypés, à une morale sociale ou individuelle, et même à des pratiques de grande vertu et de sacrifice surhumain.

Pour moi, l’avenir du Christianisme est représenté par la voie de l’enfance spirituelle, celle pratiquée par sainte Thérèse de Lisieux. Celle-ci n’est pas de nature psychologique et n’a rien à voir avec un culte des états d’âmes ou de la soumission passive. Elle s’apparente à la « pauvreté en esprit » symbolisée par la « porte étroite » et le « trou de l’aiguille » dont il est question dans les évangiles. Il faut la situer au niveau ontologique. C’est un stade de « non expansion » où toutes les puissances de l’être sont concentrées en un point réalisant par leur unification une simplicité indifférenciée, apparemment semblable à la potentialité embryonnaire. Cet état d’enfance n’est encore que potentiel ou virtuel et il doit être actualisée par le Christ. A cet égard, il est comparable à l’état virginal de la Théotokos dont les virtualités doivent être actualisées par la descente du Logos ou de l’Esprit-Saint. Concrètement il s’agit d’un chemin de liberté, de sérénité, d’offrande de soi et d’abandon. Il est tout-à-fait compatible avec l’évolution évoquée par Teilhard dont on connaît l’attrait pour un Christ attracteur et amorisant.
L’Eglise catholique romaine se doit de conformer son action pastorale et missionnaire à tout principe laissant l’homme grandir et se déculpabiliser.
Jeudi 10 Octobre 2013 19:36

Chapitre XIV, COMMENT JE CROIS, éditions du Seuil
Réflexion pour octobre 2013


Phénomène, définition : Façon dont une chose du monde physique (objet, action…) ou psychique (émotion, pensée…) se présente à notre esprit (conscient ou non), par opposition à ce qu'est en soi la chose réellement existante. Par exemple, je vois un arbre, des couleurs (phénomène), mais qu'est-ce qui est réellement ? Nous n'en savons rien, que ce soit intuitivement, scientifiquement ou métaphysiquement.

Au phénomène peut s'opposer le noumène, ce qui existe mais n'est pas perceptible par les sens, bien que compréhensible par l'intellect. Le noumène est distinct de la chose en soi car il en est la partie imperceptible, qui ne se manifeste pas en un phénomène. (Le noumène pourrait être le "dedans des choses" selon Teilhard).

Chrétien, définition :
-Baptisé; Trois sortes de baptêmes : le baptême d'eau, le baptême de sang et le baptême de désir. Cependant il n'y qu'un seul sacrement de baptême.

-Qui tend à se conformer aux enseignements de Jésus-Christ, vrai Homme et vrai Dieu, mort et ressuscité, le « Rédempteur » c'est-à-dire le Libérateur ; Celui qui n’est pas venu abolir les lois de la création mais qui est venu les « accomplir », procéder à leur aboutissement.

-Pour le chrétien, la présence du Christ, est à la fois :
-sensible dans l’eucharistie (ou par les yeux de la foi pour certains) et par sa traçabilité humaine de l’histoire dans les Evangiles.
-invisible avant et après la vie de Jésus sur terre,



Il me semble que Teilhard traite et développe Le Phénomène Chrétien avec les deux modèles, le phénoménal et le nouménal, ce qui pourrait surmonter des clivages, mais encore pas tous. C’est par rapport à l’aspect noumène qu’un lecteur risque de « coincer », particulièrement s’il ne partage pas la même foi. Pourtant chez Teilhard la vision scientifique et le regard mystique sont dans une logique d’interactions, eu égard à des valeurs chrétiennes évoluées ou a une interrogation évoluée tout court.

PROLOGUE (pages 233-234)

-Prégnance diffuse du christianisme dans la civilisation occidentale.
Page 233 : « Qui pourrait dire (…) tout ce qui circule d’évangélisme, non seulement potentiel, mais héréditaire, dans le matérialisme le plus stalinien ? »

-Mais que dire du présent et, encore plus, de l’avenir du christianisme ?

Page 234 : « Il semble possible de déterminer l’orbite cherchée, et de reconnaître, sur bonnes données objectives, que, au-dessus de nos têtes, l’astre céleste, loin de décliner, poursuit toujours (et parait destiné à poursuivre jusqu’u zénith coïncidant avec celui de la Pensée terrestre elle-même)sa marche ascendante, à travers un perpétuel renouveau de netteté et d’éclat. »
Par l’allégorie de « l’astre céleste »Teilhard utilise une image traditionnelle du Soleil-Christ, conférant au phénomène chrétien (page 234) « une valeur exactement coextensive, en intensité comme en durée, aux développements prévisibles de l’humanité. »


(I)CHRISTIANISATION ET MONOTHEISME

-Le paléontologiste Teilhard constate que « l’Homme est entré sans faire de bruit » (cf. Le Phénomène Humain), sans témoignages possibles, car les origines de la saga humaine se perdent au fond de l’épaisseur insondable du temps.

-(page 235) « Comme d’habitude en matière de « spéciation » ou de phylogénèse, les premiers stades de ce développement religieux échappent à notre vision distincte, aussi bien dans leurs modalités mystiques que dans leur répartition ethnique et géographique »

-Il en va de même pour l’apparition sur terre de l’homo religiosus :

(page 235) : « A priori aussi bien qu’à postériori, le monothéisme a toutes sortes de droits pour être considéré comme une des principales formes élémentaires (…) du sentiment religieux »

-Une interprétation « visionnaire » d’émergence typiquement teilhardienne : (page 236) :

« Irrésistiblement, autour de nous, par tous les accès de l’expérience et de la pensée, l’Univers va se liant organiquement et génétiquement sur lui-même ».

-Et cela, sous la forme de noumène d’une « Christologie étendue aux nouvelles dimensions du temps et de l’espace, profondeur phylétique du christianisme (…) : Monothéisme non plus seulement de domination, mais de convergence, au sommet duquel, par action victorieuse de l’amour sur les forces cosmiques de multiplicité et de dispersion, rayonne et se plérômise (suivant l’expression biblique) un Centre Universel des choses. » (page 237).

(II)MONOTHEISME ET NEO-HUMANISME (pages 238 à 240)

-Pression d’évolution / le goût de vivre:
« Un certain ressort ou dynamique sans lequel les mécanismes évolutifs resteraient fatalement aussi inertes qu’un moteur auquel on aurait oublié de fournir sa réserve d’essence ». Que la transformation des espèces s’opère du dehors par effet de sélection naturelle (néo-darwinistes), ou au contraire du dedans par effet d’invention (néo-lamarckiens) "il est nécessaire d’imaginer, au cœur de l’être animé, une certaine polarisation ou préférence en faveur du « survivre », si non même du « super-vivre ».

-Les rescapés de la mine :

« Imaginons un groupe de mineurs pris, par accident, au plus profond de la terre. N’est-il pas évident que ces rescapés ne se décideront à la peine de remonter la galerie où ils se trouvent que si, au-dessus d’eux, ils peuvent présumer l’existence 1) d’une issue et 2) d’une issue s’ouvrant sur du respirable et du lumineux ? Eh bien, pareillement à une génération (la nôtre) brusquement confrontée avec la réalité d’un long et pénible effort à donner pour atteindre la limite supérieuer, toujours plus reculée, de l’humain, il serait inutile, je prétends, de dire de marcher si, en avant de nous, nous pouvions soupçonner que le monde est hermétiquement clos, ou qu’il ne débouche que sur de l’inhumain (ou du sous-humain) ».
L’histoire des mineurs veut dire que « la seule forme d’univers compossible avec la présence et la persistance d’une pensée sur terre implique un système psychiquement convergent sur un foyer cosmique de conservation et d’ultra-personnalisation »

Reprenant les mots clef de Teilhard, il s’agit d’une exigence biologique péremptoire, d’un ressort et d’une dynamique capables d’exercer une pression d’évolution vécus, tout simplement, en tant que goût de vivre. Ces conditions réunies sont favorables à l’apparition d’une aspiration supérieure, celle du monothéiste des origines mais, cette fois, évolué, adapté aux conceptions modernes.

(III)CHRISTIANISME ET AVENIR

Ces étapes dans l’évolution au cours du temps ont un énorme impact psychologique dans la noosphère (sphère de la pensée), «rencontre ni plus ni moins de l’En-Haut avec l’En-Avant » ; tout en intégrant sur la continuité de l’axe chrétien le «torrent plus nouveau, mais rapidement grossissant, du sens de l’évolution. » Telle est l’analyse prévisionnelle de Teilhard, «anticipation conjuguée d’un surhumain transcendant et d’un ultra-humain immanent" ; deux courants qui convergent et confluent pour le «mystérieux processus planétaire de l’Hominisation» dans sa double nature : matière et esprit.
Le phénomène chrétien selon Teilhard devrait aboutir à un « ultra-monothéisme » de plus en plus christifié qui amorise l’évolution.

Faut-il voir la création, terre comprise, comme un seul et même être en gestation, mis au monde dans les douleurs de l’enfantement, selon la Genèse ? Organisme « phénoménal » et gigantesque dans lequel chaque partie fonctionne pour un seul corps, une seule Ame, laquelle donnerait souffle, vie et identité à toutes les composantes de cet organisme démesuré ?

En réponse à la question, écoutons une phrase souvent attribuée à St Augustin, du moins dans son sens, car c'est Pascal qui a trouvé la formule utilisée (chapitre 10 des Confessions) : "Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais pas déjà trouvé" lui dit le Christ, Centre des centres.

Photo : et ce n'est qu'une galaxie parmi des centaines de milliard d'autres ... la taille de l'univers est inimaginable ! Alors que pourrait-on dire du Centre des centres, Omega ?
Anne-Marie Tisserand / LE PHENOMENE CHRETIEN
Jeudi 10 Octobre 2013 18:16

Chapitre 12 ‘’Comment je crois’’ Editions du Seuil.
Réflexion de septembre 2013


‘’Tu aimeras Dieu ,dans et à travers la Genèse de l’univers et de l’humanité .’’ Cette phrase (page 215 ) résume entièrement l’idée fondamentale de la pensée de Pierre Teilhard de Chardin .
Avec l’émergence de cette nouvelle option, la charité chrétienne se découvre d’un seul coup ‘’dynamisée’’,prise dans un mouvement évolutif de plus en plus accéléré,’’universalisée’’ la création, pour réussir, devient l’affaire de tous et ‘’panthéïsée’’.
Elle demande ,exige même pour durer, une réflexion entièrement nouvelle : ’’Aimer Dieu dans et par l’univers en évolution " ; non plus le Dieu de nos ancêtres, créateur et observateur de l’humanité, mais un Dieu participatif dès l’origine à la création.

‘’Le nouvel esprit religieux doit se présenter comme la vision et l’anticipation passionnée de quelque super – humanité ‘’ ( page 214) auxquelles devra correspondre une religion renouvelée.Celle- ci aura pris en compte l’existence du mouvement qui nous totalise,nous réunit .

Ce faisant, à la lumière de cette nouvelle conscience de l’avenir et des connaissances scientifiques toujours plus avancées de l’évolution et de la matière, l’Eglise actuelle apparait comme dépassée et mise en contradiction .Je pense en particulier au concept de couple unique originel, impossible à accepter désormais et demandant une remise en cause du concept de‘’péché originel’’
L’Eglise doit donc pour poursuivre sa route prendre en compte un évènement nouveau en train de se produire ‘’la confluence sur l’axe chrétien entre le flot canalisé des anciennes mystiques et le torrent plus nouveau mais rapidement grossissant du sens de l’évolution ‘’ (page 241 )
Le chrétien ne peut plus se contenter de chercher au terme de sa vie ’’une félicité individuelle’’ éternelle mais c’est l’humanité toute entière qui doit travailler à aller vers ‘’l’en- haut ‘’ et ‘’l’en -avant’’.Il devient nécessaire que les hommes pour s’unir se découvrent un projet commun à accomplir et évoluent dans une nouvelle énergie, l’énergie d’AMOUR.
Ainsi parviendront-ils au CHRIST reconnu comme le sommet ultime, le point OMEGA


Lundi 7 Octobre 2013 15:01

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