Association lyonnaise Pierre Teilhard de Chardin

Recherche






échange  épistolaire entre Christian Méraud et Jean-Pierre Frésafond
Merci Jean-Pierre pour la copie de ta communication que j’ai lue avec beaucoup d’intérêt.
L'idée centrale, si je t'ai bien compris, serait qu’il faudrait au catholicisme une réforme baroque analogue à celle du XVIe pour le réveiller de sa léthargie et le rendre à nouveau attractif.
Mais n'est-ce pas déjà en cours ? Je viens en effet d'achever la lecture « des confessions d'une catho branchée » de Frigide Barjot. Plus baroque qu'elle, tu meurs ! Qu'en penses-tu ? En tout cas ce regard original sur l’univers des média a été une révélation pour moi.

J'ai cependant tendance à penser que le succès des évangéliques que tu n'aimes pas est révélateur des faiblesses du catholicisme pour notre époque ? Comme l’a fait le christianisme des premiers siècles, armé du seul évangile, l’Eglise Evangélique se répand aujourd’hui sur la terre comme une inondation (les sociologues occidentaux qui travaillent en Chine par exemple prévoient qu'au rythme actuel l’Eglise Evangélique l’aura christianisée avant 30 ans). Face aux structures légères et peu hiérarchisées de cette Eglise, comme l’étaient celles des premiers siècles, l'église romaine paraît bien encorsetée pour suivre l'évolution rapide du monde bouillonnant qui l’entoure. Fruit d'un syncrétisme longtemps heureux entre le génie juridique et le sens du sacré de l'administration romaine avec l'idéalisme éthique du jeune christianisme, ces qualités anciennes parfaitement adaptées à stabiliser un monde peu évolutif sont un handicap aujourd'hui. Aussi les cardinaux électeurs m’ont paru bien lucides dans leur consensus sur la nécessité de simplifier le catholicisme par le choix d’un jésuite proche du peuple et de l'évangile pour siéger sur le trône de Pierre.
Donc selon moi heureuse diversité du christianisme qui lui permet de survivre.
Après Frigide Barjot "la baroque", je lis maintenant « la vie de Jésus » du rationaliste Ernest Renan, à la fois républicain et croyant. Très intéressant aussi, mais l'absence de la vision de convergence de T se fait sentir. Cette lecture me renvoie à la question du conflit entre Rome et le curé de Mégève que je crois comprendre ainsi, « Peut-on s'engager totalement à obéir à deux autorités indépendantes ? ». Tu dois bien avoir des idées là-dessus. Qu'en penses-tu ?
Amicalement,

Cher Christian Méraud
Je te remercie de tes commentaires concernant mon édito de juillet 2013. Voici quelques réponses à tes questions.

1-Le baroque que je propose est différent de ce lui de la Renaissance, il concerne des réadaptations de la doctrine chrétienne à l’état d’esprit et à la culture contemporaines et, qui plus est, selon la pensée de Teilhard. Cette communication n’a rien de scolastique, elle utilise tous les modes d’expressions artistiques : parole, écriture, musique peinture,sculpture, etc
L’important est que le message soit entendu, compris et qu’il dévoile le sens de notre vie, lié à l’évolution de l’univers. L »Hymne à ma Matière de Teilhard en est l’application la plus évidente. On trouve ce texte dans LE CŒUR DE LA MATIERE, tome 13 pages 89 à 91. Mais nous reparlerons certainement de cette question d’actualité.

2-Je ne considère pas que Mme Frigide Barjot soit un maître à penser, c’est une personne médiatique dont la démarche est politique ; rien à voir avec ce que nous faisons.

3-Je n’ai rien contre les mouvements évangélistes, sauf quand ils profèrent des âneries dans le domaine de l’origine de l’univers. En revanche, ce sont leurs méthodes de communication qui mériteraient un certain intérêt.

4-Tu cites Erneste Renan à la fois républicain et croyant. C’est un excellent exemple qui mériterait d’être étudié à nouveau .

5-Quant au « curé de Megève » qui a des ennuis à cause de son appartenance à la franc maçonnerie, c’est un faux problème : son cas est fréquent. Il existe même au Vatican certains prêtres qui ont été désignés par leur Hiérarchie pour adhérer à la Maçonnerie Régulière. Il n’y a pas plus d’incompatibilité entre cette sensibilité maçonnique, régulière et croyante, qu’il n’y en a entre l’Eglise et les prêtres ouvriers.

Amitiés, Jean-Pierre Frésafond, président de l'Association Lyonnaise Teilhard de Chardin

Vendredi 16 Août 2013 19:13